Répüblik de Sarköland
Les amis
africains du Président Sarkozy
par Xavier Monnier , bakchich.info,
16 mai 2007
Nicolas
Sarkozy, non content d’être un président bien élu, se double d’un garçon
poli. Et, dès le soir du 6 mai, a eu un gentil mot pour tout le monde,
salle Gaveau, lançant notamment un appel « fraternel » à « tous
les Africains ». Bref au bon peuple du continent noir. Pour leurs
chefs d’État, tous démocratiquement élus, les messages sont partis bien
avant. Avec plus ou moins de réussite.
L’Afrique
pétrolière dans la poche. Sarkozy compte des amis en Afrique. Si, si, promis. Au premier
rang desquels le toujours vert El Hadj Omar Bongo Ondimba, président
du Gabon depuis 40 ans. Entre les deux grands hommes, le courant est
finalement bien passé. A coups de lettre de congratulations réciproques,
et d’une chaleureuse missive de félicitations lancée par Nicolas à Omar,
après la triomphale réélection du gabonais à l’automne 2005, un couple
s’est formé. Leurs rencontres, au choix dans le discret hôtel particulier
d’Omar, dans le XVIe arrondissement parisien, ou à l’hôtel Meurice,
se sont multipliées, et leur compte tenu avec précision par la Lettre du Continent.
Mieux,
comme l’a raconté Bakchich, les services du ministère de l’Intérieur
et des Contraventions ont laissé miroiter un étrange mirage à leur homologue
gabonais. Dans une lettre adressée à l’Intérieur français, le ministre
gabonais rappelle « proposition visant la suppression des visas
d’entrée pour les citoyens des deux États, principe pour lequel vous
vous êtes déclaré favorable lors de notre rencontre du 09 juin 2006
à Paris ». L’heureux élu prié de cornaquer le dossier n’est
autre que « Monsieur Godin, Directeur général de la
Police nationale française, […] chargé de préparer
un projet de Convention d’exemption de visas entre les deux États ».
Plus
de visa entre France et Gabon, un grand flic chargé d’amadouer les affidés
de Bongo, Sarko a mis le paquet pour draguer un vieil ami de la chiraquie,
accessoirement patron d’un pays riche en pétrole.. Et en a remis une
louche, tout juste élu. Bongo a été le seul président africain auquel
Nicolas a téléphoné.
Autre
bon soutien du nouveau chef de l’État français, le Béninois Yayi Boni.
L’étape de la tournée de Sarko en avril, à l’été 2006, a même été l’une des
« plus agréables », a confié l’un des membres de la
délégation. Et pour cause. Peu de manifestants, hostiles à l’immigration
choisie, et surtout un éminent VRP sur place. Le ministre de la Sécurité intérieure local n’est autre qu’Edgar Alia,
un ancien encarté RPR qui a longtemps milité en Seine-Saint-Denis avec
Eric Raoult, député fort sarkozyste s’il en est.
Enfin,
petit dernier de ce groupe d’amis africains de « Nicolas »,
le sympathique Denis Sassou Nguesso. Copain comme cochon avec Chirac,
le père Denis a pris le temps de rencontrer Sarko, au cours d’une de
ses innombrables virées à Paris. Et à Brazzaville, le nouveau président
dispose d’un relais de choix, Jean-Yves Ollivier (Cf. Le
pétrole, c’est la branche de l’Ollivier). Ex-missi dominici
du RPR en Afrique australe reconverti dans la pétrofinance chez Sassou,
JYO a de très bonnes entrées à l’UMP. Et a même pris le temps de briefé
l’équipe Sarko sur le Congo.
Le
converti d’Abidjan. C’était pas gagné mais il l’a fait. L’ancien maire de Neuilly
est entré, du moins en grâce, sinon dans les papiers de Laurent Gbagbo.
Ennemis intimes de Chirac ça rapproche. Pourtant il a fallu lever la
méfiance du « boulanger d’Abidjan » envers Sarkozy, ami intime
de l’opposant Alassane Dramane Ouattara. Heureusement, le bon vieux
Robert Bourgi a joué les bons offices. Homme de l’ombre de moins en
moins discret, formé à la politique africaine par Jacques Foccart, missi
dominici de Villepin en Côte d’Ivoire depuis les débuts de la crise
ivoirienne, a troqué son costume de vomisseur en chef de Nicolas Sarkozy
il y a quelques mois. Et a laissé tout son charme agir pour convaincre
le « cauchemar africain » de Chirac que Sarko n’était pas
si mauvais bougre. Avec succès apparemment. D’autant que des passerelles
de footeux ont été établies. Fidèles soutiens du candidat de la rupture,
Basile Boli et Bernard Tapie ont désormais leurs entrées au palais de
la lagune d’Ebrié.
L’indécis
dakarois.
Assez colérique, le président sénégalais n’aime rien moins que provoquer
des polémiques et passer dans les médias internationaux. Le concept
« d’immigration choisie » de Sarkozy a été accueilli au palais
de l’avenue Roume comme il se doit : du pain béni. « Gorgui »
a virevolté de France 2 à RFI l’été dernier pour s’offusquer « du
pillage en règle » de l’Afrique. Et après quelques passes d’armes
et rendez-vous orageux tenus à la résidence de l’ambassadeur du Sénégal
à Paris avec Sarkozy (cf. Wade-Sarkozy, des échanges très Seck sur notre
site), le climat s’est pacifié.
« Le
Vieux et Sarko pensent toujours avoir raison et adorent donner des leçons.
Ça ne peut pas coller du premier coup », glisse un proche du pouvoir sénégalais.
« Mais Wade ne respecte que ceux qui s’opposent frontalement
à lui ». En même temps, le Sénégal ne recelle ni pétrole ni
matières premières, seulement une base militaire française. Rien de
capital.
Pas
d’inquiétude donc, « frères africains », le nouveau président
français ne rompra pas avec le continent noir, ni avec ses richesses.
Voir
en ligne : in Bakchich
#34

Sarko
et d’autres grands présidents
©
Masioni
Source :
http://www.bakchich.info/article1132.html
Repüblik de Sarköland, An I
Un
éditorialiste palestinien commente le nouveau gouvernement français Retournement de la France contre les Arabes
par Abdelbari Atwane, 19 mai 2007
Il
parait désormais clair, à la lecture de la composition du nouveau gouvernement
français, que le président Nicolas Sarkozy veut brader l’héritage politique
gaulliste, et rallier l’axe anglo-saxon sous le leadership américain
mettant un terme à l’identité de ce pays et à sa politique indépendante
non seulement en Europe mais également en direction du Monde arabe.
Le choix de Bernard Kouchner comme ministre des Affaires étrangères
de même que les critiques qu’il avait adressées, à tort, contre l’ancien
gouvernement lui reprochant de ne pas s’être engagé dans le conflit
irakien, donnent à penser que Sarkozy cherche à être l’allié privilégié
de l’actuelle administration américaine entrant ainsi en compétition
avec la chancelière allemande Angela Merkel et même avec le futur Premier
ministre britannique Gordon Brown.
Nous aurions parfaitement compris la position française (les critiques
tant de Sarkozy que de Kouchner) si l’Amérique avait gagné en Irak et
instauré un État démocratique stable et prospère en Irak. Mais ce ne
fut pas le cas. L’administration républicaine n’a pas vaincu en Irak
et l’Amérique est dans une impasse tragique, car le retrait des troupes
américaines pose problème, de même que le maintien des troupes. Kouchner
aurait pu regretter que la France ne se soit pas rangée
au coté de l’Amérique, si celle-ci avait triomphé, car cela aurait eu
pour effet de priver la
France des bénéfices de la guerre (les butins de guerre).
En quoi la France
a eu tort de s’opposer à la guerre, elle, dont la claire vision des
choses lui a fait gagner un respect international, alors que l’administration
Bush a été sanctionnée aux récentes élections par le triomphe des Démocrates
au congrès US et que l’Espagne et le Royaume-Uni ont été la cible d’attentats
meurtriers sur le territoire du fait de leur participation à la guerre
d’Irak ?
Le plus étrange est que Sarkozy cherche à accrocher les wagons de la France derrière la locomotive
américaine au moment où les alliés de l’Amérique dans la guerre cherchent
à s’en détacher. Aznar a été sanctionné en Espagne, Berlusconi en Italie
et les Anglais viennent d’infliger une sévère défaite aux travaillistes
lors des dernières élections municipales.
La politique hostile menée par Sarkozy contre les Arabes et les Musulmans,
du moins telle qu’elle découle de ses prises de positions, peut satisfaire
la communauté juive française pro-israélienne qui a voté en faveur du
candidat de la droite, ainsi qu’Israël et les néo-conservateurs américains.
Mais une telle politique déplait
à la majorité du peuple français et interpelle les quatre millions de
Français de la communauté immigrée issue des pays arabes et musulmans,
qui sont souvent des citoyens de seconde zone, subissant quotidiennement
les vexations de l’extrême-droite française.
Nous ne parvenons pas à saisir la sagesse de cette déviation d’une diplomatie
qui a protégé la France
du terrorisme, qui a renforcé son indépendance, conféré crédit à la France et servi ses intérêts
dans le monde, en particulier dans le monde arabe et le monde musulman.
La politique de substitution prônée par Sarkozy vise à dynamiter d’un
seul coup les anciennes réalisations diplomatiques de la France, sans véritable contrepartie,
allant même jusqu’à faire peser des risques sur ses intérêts économiques
et sa sécurité nationale.
Le plus inquiétant est que les prémisses d’une telle politique servent
les intérêts des groupes islamistes, qui pourront menacer la stabilité
de la France, en attisant la fibre
vindicative par le rappel du passé colonialiste de la France toujours vivace dans
les mémoires.
Le communiqué publié par les brigades d’Aboul Fahs al Masri, qui passe
pour être rattaché à "Al Qaïda", qui avait menacé de frapper
la France après l’élection du
nouveau président, est éloquent à ce sujet. Nous ne contestons pas à
Sarkozy le droit de ne pas se soumettre à de telles menaces. Ce qui
fait débat est que sa politique ne confirme pas les fondements et les
principes d’une politique qui a fait de la
France l’amie de 350 millions d’Arabes et d’un milliard
et demi de Musulmans dans le monde.
Sarkozy doit toujours se rappeler qu’au sein du bassin méditerranéen,
il est riverain d’un monde arabe qui recèle un réservoir considérable
"d’extrémisme", apte à tout moment à exploser, attisé par
les privations et la corruption, l’accumulation de richesses sans répartition,
l’absence de gouvernements démocratiques. Un réservoir prêt à s’enflammer
à la moindre étincelle.
L’Amérique dont Sarkozy veut se faire l’allié, n’a gagné aucune des
guerres qu’elle a menées, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, notamment
la guerre contre le terrorisme.
Alors que le monde combattait Al Qaïda dans l’Émirat de Bora-Bora (Afghanistan),
le voilà qu’il doit faire face à quatre organisations jumelles surgies
par effet de clonage, la première en Irak, la deuxième en Arabie saoudite,
la troisième en Somalie et la quatrième enfin au Maghreb, à un jet de
pierre de la
France.
Il reste encore un peu de temps au nouveau ministre
des Affaires étrangères français (Kouchner) et à son président (Sarkozy)
pour méditer et réfléchir avant de se lancer dans une politique précipitée
et dangereuse, avec l’espoir qu’il s’arme de sagesse et tire profit
des erreurs de l’administration américaine, de ces guerres destructrices
et de la faillite de sa politique, avant de choisir ses nouveaux alliés
et sa nouvelle politique.
Original :
Al Quds Al Arabi , Londres
Traduit par René Naba pour Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2740&lg=fr
Repüblik de Sarköland – Jour 5
La vidéo du jour
La France d’après, un docu-fiction
qui décoiffe !
http://www.onnouscachetout.com/la-france-d-apres
La médaille Sarkö
Avis
aux collectionneurs : « Les élections présidentielles
2007 sont immortalisées par la première frappe de Nicolas Sarkozy, 6ème
Président de la Vème République Française. Cette pièce de collection,
en qualité Belle Epreuve, livrée sous écrin de collection et accompagnée
de son certificat d'authenticité est un chef d'oeuvre historique à collectionner
sans attendre »(c’est le texte de la pub). On a le choix entre trois
versions :
Super deluxe, en or 18 carats à 398 €
(980 exemplaires)
Deluxe en argent à 49 € (4900 exemplaires)
Vulgaire en cupro-nickel à 19,80 € (100 000
exemplaires)
L’ami Saad et les chaînes visibles
Après Bolloré, Hariri : Sarkö, à peine rentré de sa croisière
express à Malte, s’est précipité à l’Élysée pour la passation, non pas
de pouvoirs, mais de contacts claniques. Il hérite en effet non seulement
de l’Élysée, mais des Grands Amis de Chichi, à commencer par celui qui
pèse le plus en espèces sonnantes et trébuchantes, j’ai nommé le flamboyant
(et flambeur) Saad Hariri, deuxième du nom, rejeton quelque peu dégénéré
de feu Rafic Hariri, le milliardaire qui fut un grand financeur du RPR,
devenu UMP, et du couple Chirac. C’est d’ailleurs dans un modeste appartement
de quelques centaines de mètres carrés prêté par le clan Hariri que
Jacques et Bernadette vont emménager après le déménagement de l’Élysée,
prévu pour le 16 mai. Saad Hariri, qui est plus souvent à Monte-Carlo
qu’à Beyrouth, saura sans doute se montrer aussi généreux avec Sarkö
que son père et lui-même l’ont été avec Chichi.
Puis, après cette petite rencontre entre
amis, on a pris la direction des jardins du Luxembourg pour inaugurer
une sculpture de bronze représentant une chaîne brisée, en guise de
monument commémoratif de l’abolition de l’esclavage. Sarkö l’a dit et
répété, pas de repentance. Ni pour la traite négrière, ni pour les guerres
coloniales ni pour le génocide du Rwanda. À ceux des Nègres qui insisteront
pour exiger une repentance de la
France officielle pour les crimes commis en son nom,
il pourra répondre désormais : « Vous avez votre journée
commémorative, votre loi déclarant la traite négrière crime contre l’humanité
et en plus, votre monument. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? »
Les chaînes visibles ont été brisées.
Quant aux chaînes invisibles, c’est une autre histoire.
Source : Basta !
Rien de tel que quelques mois de prison
pour éduquer un jeune
Les condamnations
à des peines de prison ferme pleuvent depuis mercredi comme grêlons
en juin.
À Paris, ce sont deux jeune manifestants interpellés Place de la Bastille dimanche soir qui
ont écopé chacun de 4 mois de prison ferme pour jets de pavé vers les
forces dites de l’ordre. Le procureur avait requis six mois fermes. À l'audience, les prévenus
ont exprimé leurs regrets, présenté leurs excuses aux policiers et expliqué
avoir agi sous le coup du dépit ressenti après la victoire de Nicolas
Sarkozy. « J'ai commis une erreur impardonnable, j'étais comme
un mouton dans cette foule », a dit le premier, qui se présente
comme "artiste de rue". Le second, titulaire d'une maîtrise
de droit et qui travaille comme journaliste, a assuré que les trois
jours passés en détention depuis dimanche l'avaient convaincu de ne
jamais recommencer. Le tribunal a remis en liberté un troisième suspect
et ordonné qu'il comparaisse à nouveau le 20 juin prochain en présence
du policier qui l'accuse de faits similaires aux deux premiers.
À Bordeaux, ce sont sept hommes âgés de 20 à 35 ans qui ont été
condamnés à des peines de quatre à six mois de prison ferme pour avoir
jeté des projectiles sur des policiers lors d'une manifestation contre
l'élection de Nicolas Sarkozy dimanche soir. Le parquet avait requis des peines de deux
à six mois de prison ferme contre ces sept hommes poursuivis pour "violences
aggravées sur personne dépositaire de l'autorité publique avec arme
et en réunion". Quatre d'entre eux ont été maintenus en détention,
le sort des trois autres étant confié par le tribunal correctionnel
au juge d'application des peines. Deux des condamnés devront également verser
chacun 300 euros de dommages et intérêts à deux policiers. 8 autres
prévenus devaient jugés mercredi soir.
Sources : agences de presse
Repüblik de Sarköland – Jour 4
L’ami
Vincent

Ainsi donc, Nikola
Sarközy est à Malte. Il passe quelques jours de détente à bord du yacht
Paloma, gracieusement mis à sa
disposition par son grand ami Vincent
Bolloré, qui a également mis à sa disposition son avion
privé, un Falcon 900EX
(immatriculé F-HBOL) pour le conduire à Malte. Sarkö a de la chance
: normalement, l’ami Vincent, quand il loue son yacht de 60,25 mètres,
le facture entre 173 693 et 193 431 € la semaine. Mais bon, l’ami Vincent
fait un bon investissement en faisant du nouveau président son obligé.
Il ne pourra rien lui refuser et saura lui renvoyer l’ascenseur.
C’est que l’ami Vincent n’est pas n’importe qui. Avec une fortune personnelle
estimée à 1,7 milliard de dollars, ce qui le classe au 451ème rang mondial
des hommes les plus riches, l’ami Vincent est à la tête d’un empire
de 33000 salariés. Hériter d'une papetrie familiale bretonne, il a pris
le contrôle d'une bonne partie de l’exploitation du bois en Afrique
de l’ouest ainsi que dune bonne partie du fret martitime de l’Ouest
africain, sans oublier un quart du capital de Havas. Il est marié dans
l’UMP, puisque sa femme Sophie est la sœur de Brigitte, épouse de Gérard
Longuet, député UMP (qui a été militant d’Occident dans sa jeunesse,
mais c’était il y a longtemps.
Vincent Bolloré est un des principaux acteurs de la Françafrique,
cette nébuleuse mafieuse qui contrôle les « anciennes » colonies françaises
d’Afrique. Le responsable « Afrique » du groupe Bolloré n’est autre
que Michel Roussin, l’ancien gendarme et ministre de la Coopération, souvent
mis en examen pour les affaires d’argent sale du RPR mais jamais jugé.
Lequel Roussin s’est précipité à la tête d’une délégation du MEDEF à
Abidjan, dès que l’accord Gbagbo-Soro a été signé, pour enfin pouvoir
reprendre le « business as usual ».
Chers amis africains, vous avez des soucis à vous faire. Comme les Français.
Et même encore plus qu'eux.
Mais qu’est-ce qu’ils
foutent vos sorciers, bon sang ? Ils ne pourraient pas jeter un sort
pour faire couler le Paloma ?
Source : Basta ! , 9 mai 2007
Sarkozy
ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation
Par Olivier Le Cour Grandmaison, 9
mai 2007
Ce texte d’Olivier Le Cour Grandmaison est une salutaire dénonciation
de l’apologie de la colonisation française faite par celui qui est désormais
appelé à diriger les "destinées de la France" !
Car cette question est loin
d’être simplement "historique". La tentative forcenée de réhabilitation
du passé colonial, que cherchent à imposer les représentants politiques
de l’impérialisme français, est au service de leurs ambitions néocoloniales
toujours bien actuelles. En témoigne à nouveau, au soir du second tour
des présidentielles, le discours de Sarkozy qui, outre la place qu’il
a accordée au "sud de la
Méditerranée", n’a pas manqué de pourfendre tout
esprit de "repentance". En revanche, faire l’éloge des croisades
(…)
Une menace pour les peuples
et pays sous domination impérialiste et une provocation à l’égard des
populations vivant en France issues de la colonisation et de l’esclavage.
A ce double titre, il faut battre en brèche cette apologie revancharde.
Un combat qui est partie intégrante du combat contre l’offensive réactionnaire
globale que prépare Sarkozy.
Enseignant à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne, Olivier Le Cour Grandmaison
est l’auteur de « Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat
colonial » (Fayard, 2005).
« Le
rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci quand
s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe
sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs
du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de
Bonaparte en Égypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc.
Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. »
Après cette énumération supposée rendre compte d’une glorieuse tradition
incarnée par la France
depuis des siècles et inlassablement défendue par tous ceux qui furent
soucieux de défendre son rayonnement, le même ajoute : « Faire
une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes des
Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de
Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la
crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à la mondialisation.
Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée
où tout fût toujours grand, les passions aussi bien que les crimes,
où ne rien fut jamais médiocre, où même les Républiques marchandes brillèrent
dans le ciel de l’art et de la pensée, où le génie humain s’éleva si
haut qu’il est impossible de se résigner à croire que la source en est
définitivement tarie. La source n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos
forces et tout recommencera. »
Quel est auteur de ces lignes qui se veulent inspirées alors qu’elles
ne font que reprendre la plus commune des vulgates destinée à légitimer
les « aventures » coloniales de la France ? Un ministre des Colonies de la Troisième République ?
Un membre de la défunte Académie des « sciences coloniales » ?
Un nostalgique de l’Algérie française qui les aurait rédigées pour prononcer
un discours destiné à célébrer cette période réputée faste où la
France commandait à 70 millions « d’indigènes »
répartis sur 13 millions de kilomètres carrés ?
Non, l’auteur de cette prose, aussi mythologique qu’apologétique de
la colonisation, n’est autre que Nicolas Sarkozy qui a prononcé ces
fortes paroles en tant que ministre-candidat lors d’un meeting à Toulon
le 7 février 2007.
Singulièrement passée sous silence par la plupart des médias et des
autres dirigeant(e)s politiques engagés dans les élections présidentielles,
cette intervention confirme que la réhabilitation du passé colonial
de la France n’est pas une embardée
conjoncturelle de l’actuelle majorité et de son principal représentant.
Au contraire, cette réhabilitation, sans précédent depuis la fin de
la guerre d’Algérie, s’inscrit dans un projet politique cohérent, systématique
et crânement assumé par le candidat de l’UMP désormais chef de l’État
français.
Pour des motifs partisans, et pour défendre ce que ce dernier croit
être l’honneur de la
France et de ses citoyens, il se fait donc porte-parole
d’une histoire officielle, mensongère et révisionniste des causes qui
ont conduit à la construction de l’empire français, érigé par de nombreuses
guerres de conquête, puis dirigé par des institutions coloniales racistes
et discriminatoires. En témoigne, notamment, le statut des « indigènes »,
considérés alors non comme des citoyens libres et égaux mais comme des
« sujets français » privés des droits et libertés démocratiques
élémentaires et soumis, qui plus est, à des dispositions répressives
- le Code de l’indigénat, entre autres, - qui ne pesaient que sur eux.
Sous
le prétexte fallacieux de lutter contre on ne sait quelle « pensée
unique » et désir de « repentance », lesquels n’existent
que dans l’esprit de Sarkozy et de ceux qui ont forgé ces pseudo-concepts
grossiers, sur le plan intellectuel s’entend, pour mieux faire croire
à leur propre courage et originalité, on assiste donc à une instrumentalisation
spectaculaire du passé colonial de la
France. Manipuler cette histoire par la surexposition
de certains de ses aspects « positifs » supposés - la colonisation
au nom de la civilisation par exemple -, par l’euphémisation ou
la sous-estimation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre
commis au cours de cette longue période de l’empire colonial, et par
l’occultation enfin de l’oppression et de l’exploitation imposées à
ceux qu’on appelait alors avec mépris « les indigènes », tels
sont les ressorts principaux de cette opération.
Moderne et audacieux Sarkozy ? De tels discours nous ramènent au
plus convenu de la doxa officielle forgée sous la Troisième République.
Quel est l’adjectif qualificatif adéquat à cette opération qui repose
sur un mépris souverain de l’histoire et des innombrables victimes des
guerres et des répressions coloniales ? Réactionnaire, assurément.
Jamais depuis des décennies, un candidat soutenu par le plus important
parti de la droite parlementaire ne s’était engagé dans cette voie.
Stupéfiante involution. Elle témoigne d’une radicalisation significative
des discours élaborés sur ces questions par l’UMP et son représentant
en même temps qu’elle légitime et banalise des thèmes qui n’étaient
jusque-là défendus que par l’extrême-droite et quelques associations
de nostalgiques de la période coloniale. Pour les amateurs d’exception
française, en voilà une remarquable mais sinistre car la
France est le seul État démocratique et la seule ancienne
puissance impériale européenne où l’un des principaux candidats à l’élection
présidentielle ose tenir de pareils propos. A quoi s’ajoute le fait
que ce pays est également le seul où une loi - celle du 23 février 2005 -,
toujours en vigueur en dépit du tour de passe-passe politico-juridique
du Président de la République, sanctionne
une interprétation officielle de ce passé colonial. « La Nation exprime sa
reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre
accomplie par la France
dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie
et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement
sous la souveraineté française. » Telle est, en effet, la première
phrase de l’Article 1 de ce texte voté par l’UMP et l’UDF au terme de
débats où Rudy Salles, le très officiel porte-parole de cette dernière
formation politique à l’Assemblée nationale, a joué un rôle particulièrement
actif. Qu’en pense François Bayrou lui qui prétend dépasser le clivage
gauche/droite et incarner une autre façon de faire de la politique ?
Il n’est pas besoin d’être un brillant philologue pour comprendre que
le terme œuvre, employé dans ce contexte, emporte une appréciation évidemment
positive de la période considérée.
Face à cette offensive politique, engagée depuis longtemps par les diverses
composantes de la droite parlementaire, notamment, et son principal
représentant que comptent faire les dirigeants de la gauche parlementaire
et radicale ? Ils doivent le faire savoir au plus vite.
Source : http://www.mouvement-egalite.org/article.php?id_article=122
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