Répüblik de Sarköland

Les amis africains du Président Sarkozy

par Xavier Monnier , bakchich.info, 16 mai 2007

Nicolas Sarkozy, non content d’être un président bien élu, se double d’un garçon poli. Et, dès le soir du 6 mai, a eu un gentil mot pour tout le monde, salle Gaveau, lançant notamment un appel « fraternel » à « tous les Africains ». Bref au bon peuple du continent noir. Pour leurs chefs d’État, tous démocratiquement élus, les messages sont partis bien avant. Avec plus ou moins de réussite.

L’Afrique pétrolière dans la poche. Sarkozy compte des amis en Afrique. Si, si, promis. Au premier rang desquels le toujours vert El Hadj Omar Bongo Ondimba, président du Gabon depuis 40 ans. Entre les deux grands hommes, le courant est finalement bien passé. A coups de lettre de congratulations réciproques, et d’une chaleureuse missive de félicitations lancée par Nicolas à Omar, après la triomphale réélection du gabonais à l’automne 2005, un couple s’est formé. Leurs rencontres, au choix dans le discret hôtel particulier d’Omar, dans le XVIe arrondissement parisien, ou à l’hôtel Meurice, se sont multipliées, et leur compte tenu avec précision par la Lettre du Continent.

Mieux, comme l’a raconté Bakchich, les services du ministère de l’Intérieur et des Contraventions ont laissé miroiter un étrange mirage à leur homologue gabonais. Dans une lettre adressée à l’Intérieur français, le ministre gabonais rappelle « proposition visant la suppression des visas d’entrée pour les citoyens des deux États, principe pour lequel vous vous êtes déclaré favorable lors de notre rencontre du 09 juin 2006 à Paris ». L’heureux élu prié de cornaquer le dossier n’est autre que « Monsieur Godin, Directeur général de la Police nationale française, […] chargé de préparer un projet de Convention d’exemption de visas entre les deux États ».

Plus de visa entre France et Gabon, un grand flic chargé d’amadouer les affidés de Bongo, Sarko a mis le paquet pour draguer un vieil ami de la chiraquie, accessoirement patron d’un pays riche en pétrole.. Et en a remis une louche, tout juste élu. Bongo a été le seul président africain auquel Nicolas a téléphoné.

Autre bon soutien du nouveau chef de l’État français, le Béninois Yayi Boni. L’étape de la tournée de Sarko en avril, à l’été 2006, a même été l’une des « plus agréables », a confié l’un des membres de la délégation. Et pour cause. Peu de manifestants, hostiles à l’immigration choisie, et surtout un éminent VRP sur place. Le ministre de la Sécurité intérieure local n’est autre qu’Edgar Alia, un ancien encarté RPR qui a longtemps milité en Seine-Saint-Denis avec Eric Raoult, député fort sarkozyste s’il en est.

Enfin, petit dernier de ce groupe d’amis africains de « Nicolas », le sympathique Denis Sassou Nguesso. Copain comme cochon avec Chirac, le père Denis a pris le temps de rencontrer Sarko, au cours d’une de ses innombrables virées à Paris. Et à Brazzaville, le nouveau président dispose d’un relais de choix, Jean-Yves Ollivier (Cf. Le pétrole, c’est la branche de l’Ollivier). Ex-missi dominici du RPR en Afrique australe reconverti dans la pétrofinance chez Sassou, JYO a de très bonnes entrées à l’UMP. Et a même pris le temps de briefé l’équipe Sarko sur le Congo.

Le converti d’Abidjan. C’était pas gagné mais il l’a fait. L’ancien maire de Neuilly est entré, du moins en grâce, sinon dans les papiers de Laurent Gbagbo. Ennemis intimes de Chirac ça rapproche. Pourtant il a fallu lever la méfiance du « boulanger d’Abidjan » envers Sarkozy, ami intime de l’opposant Alassane Dramane Ouattara. Heureusement, le bon vieux Robert Bourgi a joué les bons offices. Homme de l’ombre de moins en moins discret, formé à la politique africaine par Jacques Foccart, missi dominici de Villepin en Côte d’Ivoire depuis les débuts de la crise ivoirienne, a troqué son costume de vomisseur en chef de Nicolas Sarkozy il y a quelques mois. Et a laissé tout son charme agir pour convaincre le « cauchemar africain » de Chirac que Sarko n’était pas si mauvais bougre. Avec succès apparemment. D’autant que des passerelles de footeux ont été établies. Fidèles soutiens du candidat de la rupture, Basile Boli et Bernard Tapie ont désormais leurs entrées au palais de la lagune d’Ebrié.

L’indécis dakarois. Assez colérique, le président sénégalais n’aime rien moins que provoquer des polémiques et passer dans les médias internationaux. Le concept « d’immigration choisie » de Sarkozy a été accueilli au palais de l’avenue Roume comme il se doit : du pain béni. « Gorgui » a virevolté de France 2 à RFI l’été dernier pour s’offusquer « du pillage en règle » de l’Afrique. Et après quelques passes d’armes et rendez-vous orageux tenus à la résidence de l’ambassadeur du Sénégal à Paris avec Sarkozy (cf. Wade-Sarkozy, des échanges très Seck sur notre site), le climat s’est pacifié.

« Le Vieux et Sarko pensent toujours avoir raison et adorent donner des leçons. Ça ne peut pas coller du premier coup », glisse un proche du pouvoir sénégalais. « Mais Wade ne respecte que ceux qui s’opposent frontalement à lui ». En même temps, le Sénégal ne recelle ni pétrole ni matières premières, seulement une base militaire française. Rien de capital.

Pas d’inquiétude donc, « frères africains », le nouveau président français ne rompra pas avec le continent noir, ni avec ses richesses.

Voir en ligne : in Bakchich #34

Sarko et d’autres grands présidents

© Masioni

Source : http://www.bakchich.info/article1132.html

Repüblik de Sarköland, An I


Un éditorialiste palestinien commente le nouveau gouvernement français Retournement de la France contre les Arabes
par Abdelbari Atwane, 19 mai 2007


Il parait désormais clair, à la lecture de la composition du nouveau gouvernement français, que le président Nicolas Sarkozy veut brader l’héritage politique gaulliste, et rallier l’axe anglo-saxon sous le leadership américain mettant un terme à l’identité de ce pays et à sa politique indépendante non seulement en Europe mais également en direction du Monde arabe.
Le choix de Bernard Kouchner comme ministre des Affaires étrangères de même que les critiques qu’il avait adressées, à tort, contre l’ancien gouvernement lui reprochant de ne pas s’être engagé dans le conflit irakien, donnent à penser que Sarkozy cherche à être l’allié privilégié de l’actuelle administration américaine entrant ainsi en compétition avec la chancelière allemande Angela Merkel et même avec le futur Premier ministre britannique Gordon Brown.
Nous aurions parfaitement compris la position française (les critiques tant de Sarkozy que de Kouchner) si l’Amérique avait gagné en Irak et instauré un État démocratique stable et prospère en Irak. Mais ce ne fut pas le cas. L’administration républicaine n’a pas vaincu en Irak et l’Amérique est dans une impasse tragique, car le retrait des troupes américaines pose problème, de même que le maintien des troupes. Kouchner aurait pu regretter que la France ne se soit pas rangée au coté de l’Amérique, si celle-ci avait triomphé, car cela aurait eu pour effet de priver la France des bénéfices de la guerre (les butins de guerre).
En quoi la France a eu tort de s’opposer à la guerre, elle, dont la claire vision des choses lui a fait gagner un respect international, alors que l’administration Bush a été sanctionnée aux récentes élections par le triomphe des Démocrates au congrès US et que l’Espagne et le Royaume-Uni ont été la cible d’attentats meurtriers sur le territoire du fait de leur participation à la guerre d’Irak ?
Le plus étrange est que Sarkozy cherche à accrocher les wagons de la France derrière la locomotive américaine au moment où les alliés de l’Amérique dans la guerre cherchent à s’en détacher. Aznar a été sanctionné en Espagne, Berlusconi en Italie et les Anglais viennent d’infliger une sévère défaite aux travaillistes lors des dernières élections municipales.
La politique hostile menée par Sarkozy contre les Arabes et les Musulmans, du moins telle qu’elle découle de ses prises de positions, peut satisfaire la communauté juive française pro-israélienne qui a voté en faveur du candidat de la droite, ainsi qu’Israël et les néo-conservateurs américains.

Mais une telle politique déplait à la majorité du peuple français et interpelle les quatre millions de Français de la communauté immigrée issue des pays arabes et musulmans, qui sont souvent des citoyens de seconde zone, subissant quotidiennement les vexations de l’extrême-droite française.
Nous ne parvenons pas à saisir la sagesse de cette déviation d’une diplomatie qui a protégé la France du terrorisme, qui a renforcé son indépendance, conféré crédit à la France et servi ses intérêts dans le monde, en particulier dans le monde arabe et le monde musulman.
La politique de substitution prônée par Sarkozy vise à dynamiter d’un seul coup les anciennes réalisations diplomatiques de la France, sans véritable contrepartie, allant même jusqu’à faire peser des risques sur ses intérêts économiques et sa sécurité nationale.
Le plus inquiétant est que les prémisses d’une telle politique servent les intérêts des groupes islamistes, qui pourront menacer la stabilité de la France, en attisant la fibre vindicative par le rappel du passé colonialiste de la France toujours vivace dans les mémoires.
Le communiqué publié par les brigades d’Aboul Fahs al Masri, qui passe pour être rattaché à "Al Qaïda", qui avait menacé de frapper la France après l’élection du nouveau président, est éloquent à ce sujet. Nous ne contestons pas à Sarkozy le droit de ne pas se soumettre à de telles menaces. Ce qui fait débat est que sa politique ne confirme pas les fondements et les principes d’une politique qui a fait de la France l’amie de 350 millions d’Arabes et d’un milliard et demi de Musulmans dans le monde.
Sarkozy doit toujours se rappeler qu’au sein du bassin méditerranéen, il est riverain d’un monde arabe qui recèle un réservoir considérable "d’extrémisme", apte à tout moment à exploser, attisé par les privations et la corruption, l’accumulation de richesses sans répartition, l’absence de gouvernements démocratiques. Un réservoir prêt à s’enflammer à la moindre étincelle.
L’Amérique dont Sarkozy veut se faire l’allié, n’a gagné aucune des guerres qu’elle a menées, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, notamment la guerre contre le terrorisme.
Alors que le monde combattait Al Qaïda dans l’Émirat de Bora-Bora (Afghanistan), le voilà qu’il doit faire face à quatre organisations jumelles surgies par effet de clonage, la première en Irak, la deuxième en Arabie saoudite, la troisième en Somalie et la quatrième enfin au Maghreb, à un jet de pierre de la France.
I
l reste encore un peu de temps au nouveau ministre des Affaires étrangères français (Kouchner) et à son président (Sarkozy) pour méditer et réfléchir avant de se lancer dans une politique précipitée et dangereuse, avec l’espoir qu’il s’arme de sagesse et tire profit des erreurs de l’administration américaine, de ces guerres destructrices et de la faillite de sa politique, avant de choisir ses nouveaux alliés et sa nouvelle politique.


Original : Al Quds Al Arabi , Londres
Traduit par René Naba pour Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2740&lg=fr

Repüblik de Sarköland – Jour 5
La vidéo du jour

La France d’après, un docu-fiction  qui décoiffe !

http://www.onnouscachetout.com/la-france-d-apres

 

Metin Kutusu:  La médaille Sarkö

Avis aux collectionneurs : «  Les élections présidentielles 2007 sont immortalisées par la première frappe de Nicolas Sarkozy, 6ème Président de la Vème République Française. Cette pièce de collection, en qualité Belle Epreuve, livrée sous écrin de collection et accompagnée de son certificat d'authenticité est un chef d'oeuvre historique à collectionner sans attendre »(c’est le texte de la pub). On a le choix entre trois versions :

Super deluxe, en or 18 carats à 398 € (980 exemplaires)

Deluxe en argent à 49 € (4900 exemplaires)

Vulgaire en cupro-nickel à 19,80 € (100 000 exemplaires)

Metin Kutusu:  L’ami Saad et les chaînes visibles


Après Bolloré, Hariri : Sarkö, à peine rentré de sa croisière express à Malte, s’est précipité à l’Élysée pour la passation, non pas de pouvoirs, mais de contacts claniques. Il hérite en effet non seulement de l’Élysée, mais des Grands Amis de Chichi, à commencer par celui qui pèse le plus en espèces sonnantes et trébuchantes, j’ai nommé le flamboyant (et flambeur) Saad Hariri, deuxième du nom, rejeton quelque peu dégénéré de feu Rafic Hariri, le milliardaire qui fut un grand financeur du RPR, devenu UMP, et du couple Chirac. C’est d’ailleurs dans un modeste appartement de quelques centaines de mètres carrés prêté par le clan Hariri que Jacques et Bernadette vont emménager après le déménagement de l’Élysée, prévu pour le 16 mai. Saad Hariri, qui est plus souvent à Monte-Carlo qu’à Beyrouth, saura sans doute se montrer aussi généreux avec Sarkö que son père et lui-même l’ont été avec Chichi.

Puis, après cette petite rencontre entre amis, on a pris la direction des jardins du Luxembourg pour inaugurer une sculpture de bronze représentant une chaîne brisée, en guise de monument commémoratif de l’abolition de l’esclavage. Sarkö l’a dit et répété, pas de repentance. Ni pour la traite négrière, ni pour les guerres coloniales ni pour le génocide du Rwanda. À ceux des Nègres qui insisteront pour exiger une repentance de la France officielle pour les crimes commis en son nom, il pourra répondre désormais : « Vous avez votre journée commémorative, votre loi déclarant la traite négrière crime contre l’humanité et en plus, votre monument. Qu’est-ce que vous voulez de plus ? »

Les chaînes visibles ont été brisées. Quant aux chaînes invisibles, c’est une autre histoire.
Source :
Basta !

 

Rien de tel que quelques mois de prison pour éduquer un jeune


Les condamnations à des peines de prison ferme pleuvent depuis mercredi comme grêlons en juin.
À Paris, ce sont deux jeune manifestants interpellés Place de la Bastille dimanche soir qui ont écopé chacun de 4 mois de prison ferme pour jets de pavé vers les forces dites de l’ordre. Le procureur avait requis six mois fermes.
À l'audience, les prévenus ont exprimé leurs regrets, présenté leurs excuses aux policiers et expliqué avoir agi sous le coup du dépit ressenti après la victoire de Nicolas Sarkozy. « J'ai commis une erreur impardonnable, j'étais comme un mouton dans cette foule », a dit le premier, qui se présente comme "artiste de rue". Le second, titulaire d'une maîtrise de droit et qui travaille comme journaliste, a assuré que les trois jours passés en détention depuis dimanche l'avaient convaincu de ne jamais recommencer. Le tribunal a remis en liberté un troisième suspect et ordonné qu'il comparaisse à nouveau le 20 juin prochain en présence du policier qui l'accuse de faits similaires aux deux premiers.
À Bordeaux, ce sont
sept hommes âgés de 20 à 35 ans qui ont été condamnés à des peines de quatre à six mois de prison ferme pour avoir jeté des projectiles sur des policiers lors d'une manifestation contre l'élection de Nicolas Sarkozy dimanche soir. Le parquet avait requis des peines de deux à six mois de prison ferme contre ces sept hommes poursuivis pour "violences aggravées sur personne dépositaire de l'autorité publique avec arme et en réunion". Quatre d'entre eux ont été maintenus en détention, le sort des trois autres étant confié par le tribunal correctionnel au juge d'application des peines. Deux des condamnés devront également verser chacun 300 euros de dommages et intérêts à deux policiers. 8 autres prévenus devaient jugés mercredi soir.
Sources : agences de presse

 

Repüblik de Sarköland – Jour 4


L’ami Vincent


Ainsi donc, Nikola Sarközy est à Malte. Il passe quelques jours de détente à bord du yacht Paloma, gracieusement mis à sa disposition par son grand ami Vincent Bolloré, qui a également mis à sa disposition son avion privé, un Falcon 900EX (immatriculé F-HBOL) pour le conduire à Malte. Sarkö a de la chance : normalement, l’ami Vincent, quand il loue son yacht de 60,25 mètres, le facture entre 173 693 et 193 431 € la semaine. Mais bon, l’ami Vincent fait un bon investissement en faisant du nouveau président son obligé. Il ne pourra rien lui refuser et saura lui renvoyer l’ascenseur.
C’est que l’ami Vincent n’est pas n’importe qui. Avec une fortune personnelle estimée à 1,7 milliard de dollars, ce qui le classe au 451ème rang mondial des hommes les plus riches, l’ami Vincent est à la tête d’un empire de 33000 salariés. Hériter d'une papetrie familiale bretonne, il a pris le contrôle d'une bonne partie de l’exploitation du bois en Afrique de l’ouest ainsi que dune bonne partie du fret martitime de l’Ouest africain, sans oublier un quart du capital de Havas. Il est marié dans l’UMP, puisque sa femme Sophie est la sœur de Brigitte, épouse de Gérard Longuet, député UMP (qui a été militant d’Occident dans sa jeunesse, mais c’était il y a longtemps.
Vincent Bolloré est un des principaux acteurs de la Françafrique, cette nébuleuse mafieuse qui contrôle les « anciennes » colonies françaises d’Afrique. Le responsable « Afrique » du groupe Bolloré n’est autre que Michel Roussin, l’ancien gendarme et ministre de la Coopération, souvent mis en examen pour les affaires d’argent sale du RPR mais jamais jugé. Lequel Roussin s’est précipité à la tête d’une délégation du MEDEF à Abidjan, dès que l’accord Gbagbo-Soro a été signé, pour enfin pouvoir reprendre le « business as usual ».
Chers amis africains, vous avez des soucis à vous faire. Comme les Français. Et même encore plus qu'eux.
Mais qu’est-ce qu’ils foutent vos sorciers, bon sang ? Ils ne pourraient pas jeter un sort pour faire couler le Paloma ?

Source : Basta ! , 9 mai 2007


Sarkozy ou le triomphe d’une histoire apologétique de la colonisation
Par Olivier Le Cour Grandmaison, 9 mai 2007

Ce texte d’Olivier Le Cour Grandmaison est une salutaire dénonciation de l’apologie de la colonisation française faite par celui qui est désormais appelé à diriger les "destinées de la France" !
Car cette question est loin d’être simplement "historique". La tentative forcenée de réhabilitation du passé colonial, que cherchent à imposer les représentants politiques de l’impérialisme français, est au service de leurs ambitions néocoloniales toujours bien actuelles. En témoigne à nouveau, au soir du second tour des présidentielles, le discours de Sarkozy qui, outre la place qu’il a accordée au "sud de la Méditerranée", n’a pas manqué de pourfendre tout esprit de "repentance". En revanche, faire l’éloge des croisades (…)
Une menace pour les peuples et pays sous domination impérialiste et une provocation à l’égard des populations vivant en France issues de la colonisation et de l’esclavage. A ce double titre, il faut battre en brèche cette apologie revancharde. Un combat qui est partie intégrante du combat contre l’offensive réactionnaire globale que prépare Sarkozy.


Enseignant à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne, Olivier Le Cour Grandmaison est l’auteur de « Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial » (Fayard, 2005).


« Le rêve européen a besoin du rêve méditerranée. Il s’est rétréci quand s’est brisé le rêve qui jeta jadis les chevaliers de toute l’Europe sur les routes de l’Orient, le rêve qui attira vers le sud tant d’empereurs du Saint Empire et tant de rois de France, le rêve qui fut le rêve de Bonaparte en Égypte, de Napoléon III en Algérie, de Lyautey au Maroc. Ce rêve ne fut pas tant un rêve de conquête qu’un rêve de civilisation. »
Après cette énumération supposée rendre compte d’une glorieuse tradition incarnée par la France depuis des siècles et inlassablement défendue par tous ceux qui furent soucieux de défendre son rayonnement, le même ajoute : « Faire une politique de civilisation comme le voulaient les philosophes des Lumières, comme essayaient de le faire les Républicains du temps de Jules Ferry. Faire une politique de civilisation pour répondre à la crise d’identité, à la crise morale, au désarroi face à la mondialisation. Faire une politique de civilisation, voilà à quoi nous incite la Méditerranée où tout fût toujours grand, les passions aussi bien que les crimes, où ne rien fut jamais médiocre, où même les Républiques marchandes brillèrent dans le ciel de l’art et de la pensée, où le génie humain s’éleva si haut qu’il est impossible de se résigner à croire que la source en est définitivement tarie. La source n’est pas tarie. Il suffit d’unir nos forces et tout recommencera. »
Quel est auteur de ces lignes qui se veulent inspirées alors qu’elles ne font que reprendre la plus commune des vulgates destinée à légitimer les « aventures » coloniales de la France ? Un ministre des Colonies de la Troisième République ? Un membre de la défunte Académie des « sciences coloniales » ? Un nostalgique de l’Algérie française qui les aurait rédigées pour prononcer un discours destiné à célébrer cette période réputée faste où la France commandait à 70 millions « d’indigènes » répartis sur 13 millions de kilomètres carrés ?
Non, l’auteur de cette prose, aussi mythologique qu’apologétique de la colonisation, n’est autre que Nicolas Sarkozy qui a prononcé ces fortes paroles en tant que ministre-candidat lors d’un meeting à Toulon le 7 février 2007.
Singulièrement passée sous silence par la plupart des médias et des autres dirigeant(e)s politiques engagés dans les élections présidentielles, cette intervention confirme que la réhabilitation du passé colonial de la France n’est pas une embardée conjoncturelle de l’actuelle majorité et de son principal représentant. Au contraire, cette réhabilitation, sans précédent depuis la fin de la guerre d’Algérie, s’inscrit dans un projet politique cohérent, systématique et crânement assumé par le candidat de l’UMP désormais chef de l’État français.
Pour des motifs partisans, et pour défendre ce que ce dernier croit être l’honneur de la France et de ses citoyens, il se fait donc porte-parole d’une histoire officielle, mensongère et révisionniste des causes qui ont conduit à la construction de l’empire français, érigé par de nombreuses guerres de conquête, puis dirigé par des institutions coloniales racistes et discriminatoires. En témoigne, notamment, le statut des « indigènes », considérés alors non comme des citoyens libres et égaux mais comme des « sujets français » privés des droits et libertés démocratiques élémentaires et soumis, qui plus est, à des dispositions répressives - le Code de l’indigénat, entre autres, - qui ne pesaient que sur eux.

Sous le prétexte fallacieux de lutter contre on ne sait quelle « pensée unique » et désir de « repentance », lesquels n’existent que dans l’esprit de Sarkozy et de ceux qui ont forgé ces pseudo-concepts grossiers, sur le plan intellectuel s’entend, pour mieux faire croire à leur propre courage et originalité, on assiste donc à une instrumentalisation spectaculaire du passé colonial de la France. Manipuler cette histoire par la surexposition de certains de ses aspects « positifs » supposés - la colonisation au nom de la civilisation par exemple -, par l’euphémisation ou la sous-estimation des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au cours de cette longue période de l’empire colonial, et par l’occultation enfin de l’oppression et de l’exploitation imposées à ceux qu’on appelait alors avec mépris « les indigènes », tels sont les ressorts principaux de cette opération.
Moderne et audacieux Sarkozy ? De tels discours nous ramènent au plus convenu de la doxa officielle forgée sous la Troisième République. Quel est l’adjectif qualificatif adéquat à cette opération qui repose sur un mépris souverain de l’histoire et des innombrables victimes des guerres et des répressions coloniales ? Réactionnaire, assurément.
Jamais depuis des décennies, un candidat soutenu par le plus important parti de la droite parlementaire ne s’était engagé dans cette voie. Stupéfiante involution. Elle témoigne d’une radicalisation significative des discours élaborés sur ces questions par l’UMP et son représentant en même temps qu’elle légitime et banalise des thèmes qui n’étaient jusque-là défendus que par l’extrême-droite et quelques associations de nostalgiques de la période coloniale. Pour les amateurs d’exception française, en voilà une remarquable mais sinistre car la France est le seul État démocratique et la seule ancienne puissance impériale européenne où l’un des principaux candidats à l’élection présidentielle ose tenir de pareils propos. A quoi s’ajoute le fait que ce pays est également le seul où une loi - celle du 23 février 2005 -, toujours en vigueur en dépit du tour de passe-passe politico-juridique du Président de la République, sanctionne une interprétation officielle de ce passé colonial. « La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française. » Telle est, en effet, la première phrase de l’Article 1 de ce texte voté par l’UMP et l’UDF au terme de débats où Rudy Salles, le très officiel porte-parole de cette dernière formation politique à l’Assemblée nationale, a joué un rôle particulièrement actif. Qu’en pense François Bayrou lui qui prétend dépasser le clivage gauche/droite et incarner une autre façon de faire de la politique ? Il n’est pas besoin d’être un brillant philologue pour comprendre que le terme œuvre, employé dans ce contexte, emporte une appréciation évidemment positive de la période considérée.
Face à cette offensive politique, engagée depuis longtemps par les diverses composantes de la droite parlementaire, notamment, et son principal représentant que comptent faire les dirigeants de la gauche parlementaire et radicale ? Ils doivent le faire savoir au plus vite.
Source : http://www.mouvement-egalite.org/article.php?id_article=122