Repüblik de Sarköland
Atteinte
au droit à l'image de M. Muhammad : Le Point condamné par le Tribunal
de Grande Instance de Paris
par le Collectif contre l’islamophobie en
France, 11 octobre 2007
Le Collectif Contre l’Islamophobie en France
(CCIF) tient à exprimer sa satisfaction à la lecture du jugement rendu
par le Tribunal correctionnel de Paris, le 26 septembre 2007, dans l’affaire
opposant M. Muhammad à l’hebdomadaire Le Point.
Le Point a été condamné au versement de la somme de 10 000 € à titre
de dommages et intérêts pour atteinte au droit à l’image et à 3 000
€ au titre des frais exposés par la victime. L’hebdomadaire devra également
publier la condamnation.
Le 20 octobre 2005, Monsieur Muhammad a eu l’immense désagrément de
découvrir sa photographie éditée en pleine page de couverture de l’hebdomadaire
d’information accompagnée de la légende suivante : « Les islamistes
et Nous. Leur stratégie d’infiltration en Occident. Pourquoi ils nous
haïssent. Notre reportage au cœur des écoles ». L’hebdomadaire a également
estimé nécessaire de surexposer ce numéro à la vue du grand public,
en s’offrant de nombreux espaces publicitaires dans les transports en
commun et kiosques à journaux.
M Muhammad a pris contact avec le CCIF, crée en 2004, afin de lui apporter
un soutien. Ce que le CCIF n’a pas manqué de faire considérant que le
droit à l’image est une prérogative reconnue à toute personne de s’opposer
à ce que des tiers non autorisés reproduisent et diffusent son image,
a fortiori lorsqu’elle celle-ci est accompagnée de la légende sus mentionnée.
Par cette condamnation et sa publicité, le CCIF souhaite que les médias
s’assurent de ne plus diffuser des informations offensantes et de nature
à déformer la réalité de l’image des musulmans en France et à travers
le monde.
Le dernier rapport de l’observatoire européen des phénomènes racistes
et xénophobes note le rôle clé des médias dans la formation des attitudes
et des comportements sociaux rappelant implicitement qu’ils doivent
veiller à ce que leur contenu ne provoque pas des manifestations de
haine.
Le héros n'en était
pas un, mais il ne le savait pas
Avec
le recul, et maintenant qu'il a surmonté le choc, Jilali
El-Mrabet "a honte". C'est
ce qu'il a indiqué à son avocat, Me Jacques Bourdais. M.
El-Mrabet, 25 ans, victime d'une agression le 9 février à Sainte-Geneviève-des-Bois
(Essonne), se demande si celle-ci n'a pas été, ensuite, l'objet d'une
manipulation politico-médiatique.
Frappé à coups de pelle par quatre ou cinq jeunes gens, il avait été
admis à l'hôpital Henri-Mondor de Créteil dans un état très grave. Selon
le récit qui avait été livré au lendemain des faits, Jilali
se serait interposé face à une bande de jeunes qui s'en prenaient à
une dame après un accident de la circulation. L'affaire avait été largement
reprise par les médias et avait fait l'ouverture de certains journaux
radio. Resté un temps entre la vie et la mort, M. El-Mrabet
avait été hissé au rang de héros de la
République.
Un
jeune homme, présenté comme témoin, avait raconté la scène sur les ondes.
Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur en campagne pour l'élection
présidentielle, s'était rendu au chevet de Jilali
le 20 février. "Je suis allé dire à ce jeune homme combien il
pouvait être fier de son acte, et que la nation lui était reconnaissante
de son attitude", avait déclaré le ministre-candidat, avant
de lui remettre trois semaines plus tard la médaille d'or du courage
et du dévouement.
Dans
une lettre datée du 9 mars à l'en-tête du ministère de l'intérieur,
M. Sarkozy écrit à Jilali El-Mrabet
: "J'ai l'immense plaisir de vous convier à la remise de décorations
qui aura lieu, sous ma présidence, le mercredi 14 mars prochain à 11
heures, dans la cour du 19-août de la préfecture de police de Paris.
(...) Cette cérémonie réunira des femmes et des hommes qui se
sont distingués par des gestes de bravoure accomplis, parfois au péril
de leur vie, pour le bien de la communauté humaine."
Devenu
président de la
République, M. Sarkozy avait invité le héros le 14
juillet à la garden-party de l'Elysée au milieu d'autres individus pareillement honorés.
Le maire d'Evry (PS), Manuel Valls, qui ne
voulait pas être en reste de ce concert de louanges, lui avait adressé
"ses sincères félicitations" par un courrier du 21
mars.
Problème
: Jilali El-Mrabet
n'a jamais porté secours à personne. Interrogée après l'incident par
les policiers, Christine B. - la dame que M. El-Mrabet
aurait secourue - a déclaré n'avoir subi aucune menace. "J'ai
peut-être été bousculée un peu au départ par les petits curieux, mais
cela n'avait rien d'une agression", a-t-elle affirmé sur procès-verbal
le 1er mars. Et d'ajouter : "Le seul moment qui aurait
pu être critique c'est quand j'ai couru vers la victime pour que ses
agresseurs la laissent tranquille."
"INSTRUMENTALISÉ"
En
fait, M. El-Mrabet avait heurté le pare-chocs
arrière du véhicule de Christine B. qui avait freiné brusquement afin
d'éviter la voiture qui la précédait. C'est en allant demander aux occupants
de celle-ci pourquoi ils s'étaient arrêtés brutalement, que Jilali
El-Mrabet a été presque lynché à coups de
pied et de pelle. Christine B. était au cœur de la scène.
"Quand
j'ai vu que la victime s'était pris un premier coup de pelle au niveau
de la nuque, j'ai accouru vers le groupe pour leur dire d'arrêter. Je
leur criais dessus pour qu'ils s'en aillent", a-t-elle expliqué lors de cette audition.
"Les
agresseurs s'en sont-ils pris à vous ?", lui ont demandé les
enquêteurs. "Non, jamais", a répondu celle-ci. "La
victime vous a-t-elle porté secours ?", ont insisté les policiers.
"Bien sûr que non puisque je n'ai pas été agressée. C'est lui
qui s'est fait taper dessus, pas moi", a assuré Christine B.,
qui s'est dite "écœurée" par ce qu'elle avait lu dans
la presse. "On fait de moi une victime. Ce n'est pas le cas",
a-t-elle déploré.
A
la suite de ces violences, M. El-Mrabet a
sombré dans un coma dont il est sorti deux jours plus tard. Sérieusement
blessé au crâne, il a conservé un souvenir imprécis des événements.
Lorsque à son réveil on lui a dit qu'il s'était comporté en héros, il
l'a cru.
Mais
en prenant connaissance du dossier d'instruction il y a quelques jours
- ses agresseurs comparaîtront le 12 décembre devant le tribunal correctionnel
d'Evry -, il a découvert la vérité. "Lui, il est traumatisé,
on ne peut pas lui en vouloir", plaide Me Bourdais.
En
revanche, les intentions de ceux qui ont érigé ce fait-divers en exemple,
n'hésitant pas, pour cela, à tordre la réalité, lui paraissent autrement
plus douteuses. "Une semaine après le drame, les services de
police, la préfecture de l'Essonne, le parquet d'Evry
qui avait ouvert une information judiciaire sur cette affaire savaient
que mon client n'avait secouru personne", souligne-t-il.
Aujourd'hui Jilali
El-Mrabet et Me Bourdais s'interrogent
: le ministre-candidat a-t-il été mal informé ou a-t-il sciemment fait
de cette affaire un symbole ? "Mon client a l'impression d'avoir
été instrumentalisé" conclut Me Bourdais.
Source :
Le Monde, 17 octobre 2007
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