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« Rayé de la
carte » : la rumeur du siècle Ce qu’a vraiment dit Mahmoud Ahmadinejad Par Arash Norouzi Traduit et présenté par Xavier Rabilloud
Présentation du traducteur 1) L’objectif de cet article et de
sa présente traduction L’objet
du présent article est d’éventer une manipulation médiatique délibérément
exploitée à des fins de démonisation à l’encontre du régime du Président
iranien, M. Mahmoud Ahmadinejad. Il ne constitue cependant en rien une
défense de ce régime, ni de ses abus ou exactions réels. La conclusion
même de cet article qualifie le régime d’Ahmadinejad d’ « arriéré »
et, établissant un parallèle avec une citation (réelle, celle-ci) d’Ahmadinejad,
de « cruel » et d’ « oppressif ». Cette
précision m’apparaît nécessaire en introduction de cette traduction,
d’autant plus que Téhéran a accueilli les 11 et 12 décembre 2006 une
conférence intitulée « Review of the Holocaust : Global Vision »
(« Réexamen de l’Holocauste : une vision globale »).
Selon Wikipédia (http://en.wikipedia.org/wiki/Holocaust_conference#_note-0),
citant le journal allemand Der Spiegel du 12 décembre, le Ministre des
Affaires Etrangères iranien, M. Manouchehr Mottaki, a déclaré que la
conférence ne cherchait « ni à nier ni à prouver la réalité de
l’holocauste [...] mais à permettre aux universitaires de profiter d’une
atmosphère scientifique appropriée pour exprimer leurs opinions en toute
liberté sur un sujet historique ». Il n’en reste pas moins que
parmi les intervenants figuraient des grands noms du négationnisme,
comme M. David Duke et M. Robert Faurisson. Qu’il
soit donc clairement affirmé que le présent article ne constitue ni
pour son auteur ni pour son traducteur une quelconque défense de cette
manifestation qui a eu, sinon pour objectif, en tout cas pour effet,
de donner tribune à des assertions factuellement et historiquement fausses,
niant le génocide des Juifs par les nazis. 2) Une courte présentation de l’auteur
et de son positionnement politique M.
Arash Norouzi est un artiste illustrateur et co-fondateur du site web
The Mossadegh Project
(« Le projet Mossadegh »). Citons
la présentation - faite sur ce site web - de M. Mohammad Mossadegh
(ancien premier Ministre de l’Iran à partir de mai 1951 jusqu’au coup
d’Etat du 19 août 1953 qui rétablit le Chah sur son trône) : « Pendant
la période où il dirigeait l’Iran, Mossadegh initia des lois visant
à mettre en place des sytèmes de « transparence gouvernementale »
et d’indépendance du pouvoir judiciaire, défendit la liberté d’affiliation
religieuse et politique, et promu des élections libres. Il mit en place
de nombreuses réformes sociales et lutta en faveur des droits des femmes,
des travailleurs et des paysants. […] Et surtout, Mossadegh contribua
à développer une auto-suffisance nationale que l’Iran n’a jamais plus
réussi à atteindre depuis l’achèvement de son mandat […] Ses choix
politiques rencontrèrent souvent l’opposition du Chah, des généraux
de l’armée, des principaux clercs, des propriétaires terriens, du parti
communiste (Tudeh) et des gouvernements britannique et usaméricain. » Pour
achever cette introduction, voici ce qu’on peut lire également sur le
site du Projet Mossadegh : « QUESTION :
1)
Quelle est la
principale force déstabilisatrice et négative au Moyen-Orient ?
2)
Qui encourage
la déstabilisation d’Etats, la déstabilisation de la paix et la résolution
de tous les problèmes à coups de fusil ? Selon le néo-conservateur usaméricain M. Nicholas Burns,
la réponse à la question 1) n’est pas le sionisme, en dépit du
fait qu’Israël a plus d’ennemis dans la région que n’importe quel autre
Etat, est constamment en guerre avec ses voisins, et vient d’être condamné
par les Nations Unies pour crimes de guerre lors de son agression contre
le Liban (crimes que les Etats-Unis et Non, la réponse à ces deux questions, selon Burns,
est la nation qui n’a attaqué aucun pays depuis plus de 250 ans,
qui est signataire du TNP, déclare être opposée aux armes nucléaires,
a condamné les attaques terroristes du 11 septembre Le régime islamique iranien peut être décrit
de plusieurs façons : non démocratique, oppressif, dur, dictatorial,
fasciste, arriéré... mais il n’est pas belliqueux. En d’autres
termes : les crimes de l’Iran sont dirigés contre son propre peuple,
tout juste comme les crimes du Chah envers son peuple, qui furent soutenus
par les Etats-Unis. Les véritables ennemis de la paix qui aiment « tout
résoudre à coups de fusil » sont les Etats-Unis – l’Etat qui a
les dépenses militaires les plus élevées au monde, et a été en guerre
avec le plus grand nombre de pays – et Israël – la quatrième puissance
militaire mondiale et un Etat d’apartheid qui mène l’occupation militaire
la plus longue de l’histoire connue. Lorsque l’on évalue les vices et
les vertus des nations du monde, on a besoin de moins de « révélation
des tripes » * et de plus de vérité. * jeu de mots intraduisible entre le mot d’argot usaméricain « truthiness »,
qui désigne une vérité connue instinctivement, que nous révèleraient
nos « tripes », par opposition à la vérité réelle « truth »,
qui s’appuie sur des faits et des arguments, sur des preuves. Xavier Rabilloud, Tlaxcala _________________________________________________________________________________________ « Nous devons
parler vrai à propos de l’Iran. C’est la principale force déstabilisatrice
et négative au Moyen-Orient. Pensez à ce que nous voulons encourager
au Moyen-Orient : nous voulons voir les Israéliens et les Palestiniens
trouver la paix, et une solution à deux Etats. Nous voulons voir un
Liban libre et indépendant. Nous voulons un Irak libéré du terrorisme.
Qu’est-ce que l’Iran encourage ? L’Iran encourage la déstabilisation
d’États, la déstabilisation de la paix et la résolution de tous les
problèmes à coups de fusil. » M. Nicholas Burns, Sous-Secrétaire d’Etat des États-Unis, Bruxelles, 3
décembre 2006
Une
dangereuse rumeur s’est propagée à travers le monde ; elle pourrait
bien avoir des conséquences catastrophiques. Si l’on en croit la légende,
le Président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a menacé de détruire Israël,
ou, pour reprendre la citation erronée : « Israël doit être
rayé de la carte » [1]. Contrairement à une certitude très répandue,
une telle déclaration n’a jamais été faite [par Ahmadinejad, NDT], et
c’est ce qui sera démontré dans cet article. LE CONTEXTE Le
mardi 25 octobre 2005, dans la salle de conférences du Ministère de
l’Intérieur à Téhéran, Mahmoud Ahmadinejad - le Président iranien élu
depuis peu [2] - prononça un discours à l’occasion d’une conférence
intitulée « Le monde sans le sionisme ». Selon les rapports
qui en ont été faits, plusieurs milliers de personnes y ont assisté.
De grandes affiches l’entouraient, qui affichaient ostensiblement ce
titre en anglais – « The World Without Zionism », à destination
évidente des médias internationaux. Sur les affiches figurait, en-dessous
de cette inscription, une illustration qu’un regard superficiel pouvait
trouver réussie et qui montrait un sablier contenant le globe terrestre
dans sa partie supérieure. Deux globes plus petits figurant les Etats-Unis
et Israël [leurs drapeaux, plus exactement - voir l’illustration ci-contre
NDT] étaient représentés en train de tomber à travers l’orifice médian
du sablier, et finissant leur chute brisés. Avant
d’en venir à la formule tristement célèbre en elle-même, il est important
de noter que la « citation » en question était elle-même une
citation – ce sont les mots du défunt Ayatollah Khomeiny, le père de
Qu’a
donc réellement dit Ahmadinejad ? Commençons par citer ses mots
exacts en persan [4] : « Imam ghoft een rezhim-e ishghalgar-e
qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shavad. » Ce
passage ne signifiera rien pour la plupart des gens, mais un mot cependant
devrait faire dresser l’oreille : « rezhim-e ». C’est
le mot « régime », prononcé comme le mot anglais [« regime »,
NdT] avec un son supplémentaire – « eh » - à Ce
qui soulève une autre question : que voulait-il exactement voir
« rayé de la carte » ? La réponse est : rien du
tout. Puisqu’il n’a jamais utilisé le mot « carte ». Nulle
part dans sa phrase originale en persan, ni d’ailleurs dans l’intégralité
de son discours, n’apparaît le mot persan « nagsheh » qui
signifie « carte ». Pas plus que la formule occidentale « rayer ».
Et pourtant, on nous pousse à croire que le Président de l’Iran a menacé
de « rayer Israël de la carte », bien qu’il n’ait jamais prononcé
les mots « carte », « rayer » ni même « Israël ». LES PREUVES DE Voici
maintenant la citation dans son intégralité, directement traduite en
anglais : « The Imam said this regime occupying [c’est-à-dire
en français et tout aussi directement : « L’Imam disait que ce
régime qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps. »,
NdT] Traduction
mot par mot : Imam (Khomeini) ghoft (said)
een (this) rezhim-e
(regime) ishghalgar-e (occupying) qods
( [Même
chose en français : Imam
(Khomeini) ghoft (disait) een (ce) rezhim-e (régime) ishghalgar-e (occupant
= qui occupe) qods (Jérusalem) bayad (doit) az safheh-ye ruzgar (de
la page du temps) mahv shavad (disparaître de). NdT] [7] La
transcription complète en persan du discours d’Ahmadinejad est archivée
sur le site du Président : www.president.ir/farsi/ahmadinejad/speeches/1384/aban-84/840804sahyonizm.htm LE DISCOURS
ET SON CONTEXTE Alors
que la fausse citation « rayé de la carte » a été répétée
à l’infini sans vérification, le discours réel fait par Ahmadinejad
a été en lui-même presque entièrement ignoré. Vu l’importance accordée
au commentaire de la « carte », il serait judicieux de présenter
les mots utilisés dans leur contexte complet, pour donner une meilleure
compréhension de la position d’Ahmadinejad. En fait, lorsque l’on considère
le discours dans son intégralité, une trajectoire claire et logique
se dégage qui conduit à son exigence d’un « monde sans le sionisme ».
On peut être en désaccord avec ce raisonnement, mais aucune évaluation
critique n’est possible si l’on ne s’en enquiert pas d’abord. Dans
son discours, Ahmadinejad déclare que le sionisme est l’instrument d’oppression
politique utilisé par l’Occident contre les musulmans. Il dit que le
« régime sioniste » a été imposé au monde islamique en tant
que tête de pont devant assurer la domination [occidentale, NdT] sur
la région et ses ressources. Il soutient que Ahmadinejad
reconnaît que la fin de la puissante mainmise usaméricaine qui s’exerce
sur la région par le biais des sionistes est une perspective qui peut
sembler inconcevable à certains, mais rappelle à son auditoire que d’autres
empires apparemment invincibles ont disparu, ainsi que l’avait prédit
Khomeiny, et n’existent plus à présent que dans les livres d’histoire.
Il énumère ensuite trois régimes de cette sorte, qui se sont écroulés
ou ont disparu, tous au cours des trente dernières années :
1)
Le Chah d’Iran [Mohammed Reza Pahlavi, NdT] monarque
installé par les Etats-Unis [9]
2)
L’Union Soviétique
3)
L’ancien « ennemi numéro un » de l’Iran,
le dictateur irakien Saddam Hussein. Ahmadinejad
introduit le premier et le troisième exemples par les propres mots de
Khomeiny prédisant la fin de ces régimes personnels. Il conclut en rappelant
le vœu inaccompli de Khomeiny : « L’Imam disait que ce régime
qui occupe Jérusalem doit disparaître de la page du temps. Cette
affirmation est très sage. » C’est là le passage qui a été si fameusement
isolé, déformé et dénaturé. Du fait de la comparaison qu’il opère, Ahmadinejad
semble appeler de ses vœux un changement de régime, et non pas la guerre. L’ORIGINE DE
On
peut se poser la question suivante : où cette fausse interprétation
a-t-elle trouvé son origine ? Qui est responsable de la traduction
qui a lancé une telle controverse internationale ? La réponse est
surprenante. La
citation incendiaire « wiped off the map » (« rayé de
la carte ») a d’abord été diffusée non pas par les ennemis de l’Iran,
mais par l’Iran lui-même. L’Agence de presse de En
pleine controverse sur le programme nucléaire iranien, et après des
mois d’accusations constantes et infondées visant à rallier des soutiens
en vue d’attaques préventives contre l’Iran, les impérialistes se sont
ainsi vu fournir la raison d’être [10] idéale pour justifier
une invasion. Pour les faucons bellicistes, c’était un cadeau du ciel. Il
faut noter qu’en d’autres occurrences qui se référaient également à
la conférence, la traduction faite par l’IRNA a varié. Par exemple,
« map » (« carte ») a été remplacé par « earth »
(« terre », notre planète). Dans certains articles, on pouvait
lire « The Qods [11] occupier regime should be eliminated from
the surface of earth » (c’est-à-dire « Le régime occupant
de Jérusalem devrait être éliminé de la surface de la terre »)
ou la formulation similaire « The Qods occupying regime must be
eliminated from the surface of the earth » (c’est-à-dire « Le
régime occupant Jérusalem doit être éliminé de la surface de la terre »).
La versatilité de la traduction faite par l’IRNA devrait suffire à démontrer
qu’on ne peut la tenir pour une source fiable, en particulier en ce
qui concerne leurs transcriptions en anglais de leurs propres communiqués
publiés d’abord en persan. LES RÉACTIONS Traduite
de travers et attribuée au Président iranien [12], la citation « wiped
off the map » (« rayé de la carte ») a été propagée partout
dans le monde, répétée des milliers de fois dans les médias internationaux,
et nombre de dirigeants internationaux ont tenu à Une
fois rendue publique la formule de l’IRNA, les condamnations ne se sont
pas faites attendre. Le Premier Ministre britannique, M. Tony Blair,
a exprimé sa « révulsion » et a laissé entendre qu’il pourrait
s’avérer nécessaire d’attaquer l’Iran. En raison de la controverse,
le Secrétaire Général de l’ONU, M. Kofi Annan [13], a annulé un voyage
en Iran qui était déjà programmé. M. Ariel Sharon [14] a exigé (sans
que cela soit suivi d’effets, NdT) que l’Iran soit expulsé des Nations
Unies pour avoir appelé à la destruction d’Israël [15]. M. Shimon Pérès
[16] a plus d’une fois menacé de rayer l’Iran de La
citation factice a également subi des altérations additionnelles. Les
officiels et les médias usaméricains s’autorisent fréquemment à éliminer
complètement la métaphore de la « carte », en la remplaçant
par la formule bien plus menaçante « wipe Israel off the face of
the earth » (« rayer Israël de la (sur)face de la terre »).
Des articles de journaux et de magazines rapportent consciencieusement
qu’Ahmadinejad a « appelé à la destruction d’Israël », comme
le rapportent également des officiels de haut rang au sein du gouvernement
des Etats-Unis. Le
Président usaméricain, M. George W. Bush, a dit que les commentaires
d’Ahmadinejad représentaient une « menace explicite »
de détruire Israël. Dans un discours prononcé à Cleveland en mars 2006,
Bush a juré qu’il pourrait recourir à la guerre pour protéger Israël
de l’Iran, parce que « la menace représentée par l’Iran est, bien
évidemment, constituée par son objectif affirmé de détruire notre proche
allié Israël. » L’ancien Conseiller de Compliquant
encore plus les choses, Mahmoud Ahmadinejad pontifie plutôt que de répondre
de manière directe lorsqu’il est interrogé sur sa déclaration, comme
dans son interview par Mme Lally Weymouth pour le Washington Post en
septembre 2006 : « -
Etes-vous vraiment sérieux lorsque vous dites qu’Israël devrait être
rayé de la surface de la terre ?
-
Nous devons regarder ce qui se déroule au Moyen-Orient
– 60 années de guerre, 60 années de déplacement [des populations palestiniennes,
NdT], 60 années de conflit, pas un seul jour de paix. Regardez la guerre
au Liban, la guerre à Gaza – quelles sont les causes de ces situations ?
Nous devons nous attacher à résoudre le problème qui est à la racine
de tout cela.
-
Votre suggestion [à cette fin, NdT] est de rayer Israël
de la surface de la terre ?
-
Notre suggestion est très claire : … Laissons
le peuple palestinien décider de son destin par un référendum libre
et juste, et le résultat, quel qu’il soit, devrait être accepté… Les
gens qui règnent actuellement sur ce pays n’y sont en rien enracinés.
-
On vous a cité disant qu’Israël devait être rayé de
la surface de
-
Ce que j’ai dit exprimait clairement ma position. Si
nous regardons une carte du Moyen-Orient tel qu’il était il y a 70 ans…
-
Donc votre réponse est « oui », vous croyez
qu’Israël devrait être rayé de la surface de la terre ?
-
Etes-vous en train de me demander de répondre par « oui »
ou par « non » ? Est-ce un examen ? Respectez-vous
le droit à l’auto-détermination de la nation palestinienne ? « Oui »
ou « non » ? Cet
échange est typique des interviews d’Ahmadinejad dans les médias usaméricains.
Ainsi qu’il était prévisible, M. Mike Wallace dans le programme « 60
Minutes » sur CBS News et M. Anderson Cooper sur CNN lui ont tous
deux demandé s’il voulait « rayer Israël de la carte ». Comme
d’habitude, Ahmadinejad renvoie la question au visage du journaliste
avec sa réplique habituelle « Les Palestiniens n’ont-ils aucun
droit ? etc. » (question à laquelle il n’est jamais répondu
plus directement qu’à la première, d’ailleurs). Néanmoins, jamais il
ne confirme la véracité du commentaire de la « carte ». Ce
qui n’a nullement empêché Anderson Cooper, se référant au début de l’interview
après une pause publicitaire, de mentir en disant « comme il l’a
dit précédemment, il veut qu’Israël soit rayé de la carte ». Même
si tous les médias du monde en venaient demain à démentir la
citation erronée, le dommage a déjà été fait en majeure partie, en fournissant
les fondations de la phase de désinformation suivante : la démonisation
complète du personnage. On nous dit qu’Ahmadinejad est le prochain Hitler,
une grave menace sur la paix mondiale [21] qui veut déclencher un nouvel
Holocauste [22]. Selon certains de ses détracteurs, il ne se contente
pas de vouloir détruire Israël, puisqu’ensuite il larguera des bombes
nucléaires sur les Etats-Unis puis sur l’Europe ! En octobre 2006,
le puissant groupe de lobbying israélien AIPAC [23] a publié un mémo
intitulé « Mots de haine : l’Iran, une surenchère de menaces »
[24], qui s’ouvre sur cet avertissement : « Ahmadinejad et
d’autres dirigeants iraniens font des déclarations de plus en plus belliqueuses
menaçant de détruire les Etats-Unis, l’Europe et Israël ». De telles
affirmations non seulement fabriquent une menace dénuée de réalité,
mais en outre attribuent à Mahmoud Ahmadinejad bien plus de pouvoir
qu’il n’en a en fait. Les alarmistes feraient bien mieux de surveiller
les déclarations de l’ultra-conservateur Guide Suprême, l’Ayatollah
Khamenei, le personnage qui détient le plus de pouvoir en Iran. Comme
s’en est plaint M. M.A Mohammadi (le responsable iranien des relations-presse
aux Nations-Unies) dans une lettre de juin 2006 adressée au Washington
Post : « Rien
de surprenant dans tout cela – cette approche dillettante qui consiste
à mettre en avant les remarques mal interprétées émises par le Président
Mahmoud Ahmadinejad en octobre, et à ignorer les paroles prononcées
ce mois-ci par le guide suprême de l’iran, l’Ayatollah Ali Khamenei,
selon lequel « Nous n’avons aucun problème avec le [reste du] monde.
Nous ne sommes en aucune façon une menace pour le monde, et le monde
le sait bien. Nous ne déclencherons jamais une guerre. Nous n’avons
pas la moindre intention d’entrer en guerre avec quelque État que ce
soit. » Le
gouvernement israélien a pressé chaque lettre de la citation spécieuse
pour en tirer supposément avantage. Lors de son adresse à l’Assemblée
Générale des Nations-Unies en septembre 2006, le Ministre des Affaires
Etrangères israélien, Mme Tsipi Livni, a accusé l’Iran de se préparer
activement à faire usage d’une bombe nucléaire contre Israël et à malmener
le reste du monde. « Ils parlent fièrement et ouvertement de leur
désir de « rayer Israël de la carte ». Et à présent, ils orientent
leurs actions en vue de disposer des armes nécessaires à la réalisation
de cet objectif – mettre an danger toute la région et menacer le monde ».
Faisant face à la menace en décembre, c’est plein d’ardeur que le Premier
Ministre israélien, M. Ehud Olmert, a révélé par inadvertance que son
pays possède déjà des armes nucléaires [25] : « Nous n’avons
jamais menacé d’annihiler quelque nation que ce soit [26]. L’iran menace
ouvertement, explicitement et publiquement de rayer Israël de L’IRRESPONSABILITÉ
DES MÉDIAS Le
13 décembre 2006, plus d’un an après la conférence « The World
Without Zionism » (« Le monde sans le sionisme »), deux
éminents journaux israéliens, The Jerusalem Post et Haaretz, ont fait
état d’une menace réaffirmée de la part d’Ahmadinejad. La manchette
du Jerusalem Post titrait « Ahmadinejad : Israël sera « anéanti »
» (en anglais « Ahmadinejad : Israël will be « wiped
out » »), tandis que Haaretz titrait « Ahmadinejad à la conférence
sur l’Holocauste : Israël sera « bientôt anéanti » (en
anglais : « Ahmadineajd at Holocaust conference : Israel
will « soon be wiped out » »). Où
ont-ils trouvé leurs informations ? Il s’avère que les deux journaux,
comme la plupart des médias occidentaux et usaméricains, utilisent très
largement les dépêches d’agences de presse comme Associated Press et
Reuters en guise de sources pour leurs articles. Il est relativement
certain que dans le cas présent leurs sources sont en fait les articles
de M. Paul Hughes pour Reuters [27] et de M. Ali Akbar Dareini pour
Associated Press [28], parus le 12 décembre. Les
cinq premiers paragraphes de l’article paru dans Haaretz, attribué à
« la rédaction et [aux] agences de Haaretz », sont un plagiat
à presque cent pour cent des cinq premiers paragraphes du papier de
Reuters. La seule différence est que Haaretz a changé « l’État
juif » [18] en « Israël » dans le second paragraphe ;
cela mis à part, les deux textes sont identiques. L’article
de M. Herb Keinon paru dans le Jérusalem Post fait sa petite cuisine
avec les ingrédients pris chez Reuters et Associated Press. Comme Haaretz,
il utilise sans mentionner sa source la citation suivante d’Ahmadinejad :
« « Exactement comme l’Union soviétique a été anéantie et
n’existe plus aujourd’hui, le régime sioniste sera bientôt anéanti »
a-t-il ajouté ». Un autre passage repose apparemment sur une dépêche
de l’IRNA : « « Le
régime sioniste sera bientôt anéanti de la même façon que l’a été l’Union
Soviétique, et l’humanité atteindra alors la liberté. » [29] a
déclaré Ahmadinejad mardi lors d’une rencontre dans ses bureaux avec
les participants à la conférence, selon l’agence de presse officielle
de l’Iran, l’IRNA. Il a déclaré que des élections devraient être tenues
qui impliqueraient à la fois « les juifs, les chrétiens et les
musulmans de sorte que la population de Palestine puisse choisir elle-même
son gouvernement et son avenir, de façon démocratique » ». Une
fois encore, la première phrase du passage ci-dessus a été purement
recopiée de l’article d’Associated press. La seconde phrase y était
identique, si ce n’est que « Il a appelé à la tenue d’élections »
(« he called for elections ») est devenu « il a déclaré
que des élections devaient être tenues » (« he said elections
should be held »). Mais
c’est ensuite que cela devient plus intéressant. La
citation utilisée dans l’article original d’Associated Press et reprise
dans l’article du Jerusalem Post provient prétendument de l’IRNA. Si
tel est bien le cas, on doit pouvoir le vérifier facilement. Ça vous
dit ? Aller voir à l’adresse suivante : www.irna.ir/en/news/view/menu-234/0612134902101231.htm Là,
vous découvrirez que la véritable citation rapportée par l’IRNA est : « Comme
a disparu l’Union Soviétique, disparaîtra aussi le régime sioniste et
l’humanité sera libérée. » [30] Comparez
cela avec la prétendue citation de l’IRNA rapportée par Associated Press : « Le
régime sioniste sera bientôt anéanti de la même façon que l’a été l’Union
Soviétique, et l’humanité atteindra alors la liberté. » [29] Dans
la version réelle de l’IRNA, le régime sioniste disparaîtra (« vanish »)
exactement comme a disparu l’Union Soviétique. Disparaîtra (« vanish »,
« disappear »). Dans la version malhonnête de l’Associated
press, le régime sioniste sera « anéanti » (« wiped out »).
Et comment sera-t-il anéanti ? « De la même façon que l’a
été l’Union Soviétique. » Cette référence à Ce
qui vient d’être exposé constitue la preuve irréfutable d’une manipulation
médiatique et d’une propagande en action. Associated Press déforme délibérément
une citation de l’IRNA pour la faire rendre plus menaçante. Les médias
israéliens non seulement répètent la citation factice, mais en plus
reprennent sans vergogne les termes exacts de l’article d’origine. Le
grand public, sans rien soupçonner, lit cela, se forge une opinion et
soutient des guerres d’agression totalement superflues, présentées comme
de l’autodéfense, et fondées sur la désinformation. Voilà
le reflet des déclarations mensongères qui ont conduit les Etat-Unis
à envahir illégalement l’Irak, déclenchant une guerre qui est à présent
très largement considérée comme une erreur catastrophique. Et pourtant,
l’administration Bush et les grands médias serviles continuent de mariner
dans la propagande et les spéculations en vue d’attaques contre l’Irak
– en augmentant considérablement leur force de frappe - , et contre
son voisin bien plus redoutable, l’Iran. Tout cela repose majoritairement
sur la supposition dénuée de preuve que l’Iran est en train de fabriquer
des armes nucléaires, et sur le mensonge selon lequel l’Iran a promis
de détruire physiquement Israël. Vu son étendue et le désastre qui pourrait
en résulter, on peut arguer qu’il s’agit là de la rumeur du siècle. Le
président de l’Iran a écrit deux lettres d’une tonalité plutôt philosophique
à l’attention des Etats-Unis. Dans sa première lettre, il signalait
que « l’histoire nous montre que les gouvernements oppressifs et
cruels ne survivent pas ». Par cette déclaration, Ahmadinejad a
également formulé l’avenir probable de son propre régime arriéré, qui
lui aussi « disparaîtra de la page du temps » (« will
vanish from the page of time »). Notes du
traducteur [1]
La citation anglaise sur laquelle se base l’auteur de l’article est :
« Israel must be wiped off the map », ce qui a le même sens
que la traduction française. [2]
Ahmadinejad a été élu au second tour le 24 juin 2005. Il est en poste
depuis le 3 août 2005. [3]
Les majuscules sont évidemment de l’auteur. [4]
Le farsi, ou persan, est la langue parlée en Iran. Elle s’écrit en alphabet
arabe, mais est une langue tout à fait distincte de la langue arabe.
Il s’agit bien-sûr ici d’une transcription en alphabet latin à l’usage
du lecteur occidental. La phonétique adoptée est plus précisément à
l’usage d’un lecteur anglophone. J’ai choisi de ne pas l’adapter à la
phonétique française, n’étant pas moi-même locuteur du persan. [5] « régime israélien
» sans qualificatif est bien-sûr synonyme de « régime politique israélien
». [6]
Pour la simple et bonne raison qu’un « régime politique »
est une notion dénuée de toute matérialité géographique. [7]
J’ignore si la double attribution de la particule « de » (dans
« disparaître de ») aux expressions « az safheh-ye ruzgar »
et « mahv shavad » est une imprécision de l’auteur ou bien
une ambiguïté due au persan. [8]
Les anglophones nomment « Middle-East », c’est-à-dire « Moyen-Orient »,
ce qu’en français on appelle généralement le « Proche-Orient ».
J’ai pris le parti de conserver ici la dénomination issue de l’anglais,
qui est géographiquement moins restrictive, et me paraît donc ici plus
proche de la réalité, notamment du fait des résonnances de la question
palestinienne dans tout le monde musulman (y compris non arabe, donc). [9]
En fait, il fut réinstallé en 1953 par un coup d’Etat téléguidé
par [10]
En français dans le texte. [11]
Dans cette traduction en anglais, comme dans la phrase en persan, Jérusalem
est désignée par son nom arabe, « Qods » (la formule arabe
complète étant « Al-Qods al-Sharif »). A noter que le nom
hébreu Jérusalem existe dans une forme arabisée (« Urshalim »)
qui témoigne au moins en partie du processus systématique d’hébraïsation
de la toponymie mis en place par Israël depuis 1948. [12]
Sous-entendu : de manière également inexacte, puisqu’il s’agit
d’une formule reprise de l’Ayatollah Khomeiny. [13]
Remplacé depuis le 1er janvier 2007 par M. Ban Ki-Moon. [14]
Ancien Premier ministre d’Israël de 2001 à 2006, co-fondateur du Likoud
et du nouveau parti « centriste » Kadima. [15] Rappelons au lecteur distrait, auquel une telle exigence
ne paraîtrait pas incongrue, qu’Israël bafoue quotidiennement et depuis
des décennies plusieurs dizaines de résolutions de l’ONU. Le 19 juin
[16]
Ancien Premier Ministre d’Israël de 1984 à 1986, ancien dirigeant du
Parti Travailliste israélien, actuel vice-Premier Ministre et Ministre
du Développement Régional, figure éminente du parti Kadima fondé par
Ariel Sharon, à la tête duquel lui a succédé hud Olmert. [17]
Ancien Premier Ministre d’Israël de 1996 à 1999, et actuel dirigeant
du Likoud, le grand parti de la droite israélienne. [18]
Je traduis ici « the jewish state » littéralement, par l’expression
« l’État juif ». Je conseille néanmoins au lecteur rigoureux
de se reporter à la préface de Claude Klein à sa traduction de l’ouvrage
le plus connu parmi les œuvres fondatrices du sionisme, « Der Judenstaat »
(« L’État des Juifs ») de Theodor Herzl ( [19] Co-fondatrice de Democracy Now ! et charismatique journaliste du réseau
de radios indépendantes usaméricaines Pacifica
Radio. [20]
La « United Nations Special Commission » (Commission spéciale
des Nations Unies) a été créée le 3 avril 1991 par la résolution 687
du Conseil de sécurité de l’ONU, un mois après la fin de la première
« guerre du Golfe » contre l’Irak de Saddam Hussein. L’Unscom
a d’abord été chargée de contrôler, conjointement avec l’Agence internationale
à l’énergie atomique (AIEA), le démantèlement des armes de destruction
massive irakiennes, puis (depuis la résolution 715 du 11 octobre 1991)
d’empêcher, par un contrôle permanent, toute reconstruction éventuelle
d’un tel arsenal. Source : http://www.monde-diplomatique.fr/cahier/irak/presentation-unscom [21] On pourrait légitimement se demander : « Quelle paix
mondiale ? »… [22] La majuscule est de l’auteur. Le lecteur pourra utilement se
reporter à la distinction opérée par Norman Finkelstein dans son livre
« L’industrie de l’Holocauste : réflexions sur l’exploitation
de la souffrance des Juifs », Ed. [23] L’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee – c’est-à-dire
le Comité Américain aux/sur/pour les Affaires Publiques d’Israël) est
le principal lobby pro-israélien (et donc pro-sioniste) juif aux États-Unis.
Il est bien écrit ici « lobby pro-israélien juif », ce qui
n’a rien à voir avec la notion de « lobby juif », qui prête
le flanc aux accusations d’antisémitisme. L’AIPAC se définit lui-même
comme « lobby pro-Israël ». ( www.aipac.org ) [24] En anglais,
« Words of Hate : [25] Ce qui est bien-sûr un secret de Polichinelle connu de tou-te-s,
mais les dirigeants israéliens ne s’en gardent pas moins de le révéler. Rappelons que M. Mordechaï Vanunu, le technicien atomiste
israélien qui en [26] Ce qui n’a nullement empêché les gouvernements israéliens successifs
de mettre beaucoup en œuvre pour procéder à ce que l’historien israélien
Ilan Pappé lui-même a qualifié de « nettoyage ethnique » (une
forme d’ « annihilation », jusqu’à preuve du contraire !)
à l’encontre des Palestiniens (et donc de la « nation » palestinienne). [27] Intitulé « Iran president says Israel’s days are numbered »,
c’est-à-dire : « Le Président iranien affirme que les jours d’Israël
sont comptés ». [28] Intitulé « Iran President : Israel will be wiped out »,
c’est-à-dire : « D’après le président iranien : Israël
sera anéanti ». [29] « The Zionist regime will be wiped
out soon the same way the [30] « As the Traduit de l’anglais et
présenté par Xavier Rabilloud, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction
est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition
de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources. |
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