Protocoles des Fous de Sion
Les atteintes
physiques et, par-dessus le marché, l’insulte : l’affaire des
immigrés marocains irradiés en Israël pour traiter
la teigne
par Relly Sa’ar, Ha’aretz, 14 décembre 2006
Bien que cela se soit produit il y a 51 ans, Albert Asayag, un habitant
de Dimona âgé de 55 ans, se souvient du moment traumatisant
où il fut attaché à une chaise et où il
eut la tête irradiée aux fins de traiter sa teigne du cuir
chevelu, affection au nom scientifique de « tinea capitis »,
comme si c’était hier.
Âgé alors de quatre ans, il avait émigré
du Maroc en Israël avec ses parents et ses quatre frères
et sœurs. C’était en 1955, au cours d’une des vagues d’immigration
de masse, en provenance d’Afrique du Nord. Quelques mois plus tard,
sa famille s’installa à Kfar Shamai, dans le nord d’Israël
; des responsables des autorités vinrent pour emmener Asayag
et ses frères et sœurs dans le camp de transit pour immigrants
de Sha’ar Ha’aliya, près de Haïfa.
« Je me souviens d’avoir beaucoup pleuré : je ne voulais
pas m’asseoir sur cette chaise, et on m’y a forcé. Je me souviens
qu’ils m’ont étalé quelque chose de chaud, comme de la
poix, sur la tête, après quoi ils ont arraché tous
mes cheveux », se remémore-t-il.
Asayag faisait partie de ces dizaines de milliers d’enfants immigrés
de pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, qui furent exposés
à des niveaux extrêmement élevés d’irradiation,
dans le cadre d’un projet des autorités médicales israéliennes
visant à éradiquer la teigne. Cette initiative eut cours
de la fin des années 1940 jusqu’à la fin des années
1960. Les champignons qui causent la teigne, une mycose – le Microsporum
canis et le Tricophyton verrucosum – sont particulièrement contagieux
entre enfants, et peuvent provoquer des rougeurs squameuses et une démangeaison
extrême, susceptible de provoquer une alopécie [perte des
cheveux, NdT] irréversible.
La Tinea capitis [teigne du cuir chevelu] se traite, de nos jours, à
l’aide de crèmes fongicides et éventuellement d’antibiotiques.
Mais, au milieu du vingtième siècle, la crainte de la
contagion et de l’épidémie incitaient les personnels soignants
à « traiter » les enfants immigrants en les exposant
à des radiations atteignant une intensité équivalente
à près de cinq cents radiographies classiques. Asayag
se souvient avoir passé deux mois dans le camp de transit de
Sha’ar Ha’aliya, et y avoir été soumis à ce type
d’irradiation.
Voici douze ans de cela, Israël a reconnu sa responsabilité
dans les conséquences dévastatrices de ces irradiations
intempestives, dont des cicatrices sur le cuir chevelu, des calvities,
des chutes des dents prématurées et des tumeurs, tant
cancéreuses que bénignes. La Loi de Compensation de la
Teigne du Cuir Chevelu stipule que les personnes en mesure de prouver
à un comité d’experts du ministère de la Santé
qu’elles ont été irradiées dans leur enfance ont
droit à des compensations proportionnelles aux dommages corporels
subis.
Mais les victimes doivent effectuer des démarches interminables
avant de percevoir les compensations que leur reconnaît cette
loi.
Le procureur Zvi Regev, qui indique avoir représenté près
de mille personnes concernées devant ledit comité, en
atteste. « Les personnes entamant des démarches en vue
d’obtenir des compensations gouvernementales pour les souffrances indicibles
qui leur ont été infligées sont soumises à
des interrogatoires tortueux. Des membres du comité s’ingénient
à le désarçonner par leurs questions retorses,
ignorant le fait que des dizaines d’années se sont écoulées
depuis ces événements. Ainsi, par exemple, s’il atteste
avoir ressenti de la douleur au moment où il était irradié,
son appel sera vraisemblablement rejeté. Car, pour être
précis, ce n’étaient pas des radiations – lesquelles sont
totalement indolores, sur le moment – mais bien l’arrachage des cheveux
restants qui causaient cette douleur », explique-t-il.
Asayag dit qu’il a été en mesure de décrire au
comité la couleur des fleurs qui poussaient tout près
de la chambre d’irradiation, à Sha’ar Ha’aliya. « Ils m’ont
demandé comment il se faisait que je m’en souvenais ? J’ai répondu
que je n’avais jamais pu l’oublier, car je n’ai jamais cessé
d’avoir mal à la tête, depuis lors », explique-t-il.
La politique extrêmement rigide du comité s’est avérée
un moyen efficace et délictueux pour épargner l’argent
public. Les statistiques du ministère de la Santé montrent
que durant le seul mois écoulé pas moins de 34 500 personnes
ont attaqué l’État afin d’obtenir des compensations, sous
l’empire de la Loi Tinea Capitis de 1994. 47 % de ces procès
ont été cassés. Seuls, 16908 plaignants ont franchi
l’épreuve de l’établissement de la preuve et ont produit
des pièces à conviction que le Comité n’a pas été
en mesure de démentir.
Malgré cela, le trésor s’efforce toujours de réduire
les coûts induits par la loi Tinea Capitis. La semaine dernière,
la Knesset a adopté le budget 2007 en première lecture,
avec une majorité de 68 députés. Ce budget comporte
un amendement à la loi Tinea Capitis, initialisé par le
ministère des Finances conformément au projet de loi sur
les Arrangements économiques, adopté voici deux mois :
tout individu peut faire appel en vue d’obtenir des compensations «
durant jusqu’à quatre années, à compter de la date
à laquelle l’événement le rendant éligible
à des compensations est intervenu. »
De plus, le chapitre 2 de cet amendement stipule : « Les protocoles
des délibérations du comité d’experts ainsi que
les décisions relatives à l’éligibilité
aux compensations financières en vertu de la Loi Tinea Capitis
ne sauraient être transmis à aucune des parties. »
Me Avri Rav-Hon est le conseiller juridique de l’association à
but non-lucratif qui assiste les victimes à obtenir des compensations
en vertu de la loi Tinea Capitis. Il dit avoir représenté
les intérêts de dizaines de victimes de ces radiations.
« En dépit de ses obligations morales, le nombre de personnes
reconnues et dédommagées par l’État d’Israël
est infinitésimal. D’après les témoignages et les
archives, ce sont de 150 000 à 200 000 enfants de moins de quinze
ans qui ont été exposés à des radiations,
durant plus de quatorze années, en Israël et dans des camps
de transit en Europe », explique-t-il.
Les compensations sous l’empire de la loi Tinea Capitis étant
accordées en fonction de la gravité de la maladie de l’individu,
quelqu’un qui – comme M. Asayag – n’a pas encore développé
de tumeur maligne, et qui « ne souffre que » de zones de
calvitie et de céphalées constantes n’a droit que de 5
à 39 pour cent d’invalidité. Cela ne lui garantit qu’un
versement unique de 1 218 NIS [nouveaux shekels israéliens =
220 €] pour chacun de ces points.
« Le comité m’a reconnu une pension voici un an de cela.
En dépit du fait que cela ne change pas grand chose, étant
donné tout ce que j’ai souffert, je ne suis pas d’accord pour
me soumettre à des examens interminables. J’ai vraiment peur
qu’ils ne trouvent autre chose. Ma famille me dit que je me mets en
danger, mais je ne veux pas l’écouter. J’ai dit au comité
: « Si je découvre que je l’ai attrapé [le cancer],
je serai incapable de le supporter. »
Quiconque développe « la chtouille » – sous forme
de leucémie, de cancer de la peau, de la thyroïde ou de
la gorge – est éligible à une compensation maximale. Des
personnes atteignant les 75 à 100 % d’invalidité sont
éligibles à un prêt versé en une seule fois
d’un montant de 150 000 shekels [=27 000 €], et à une allocation
mensuelle de 1 400 à 1 800 shekels [254-326 €]. Une fois que
le comité a reçu la plainte d’une personne affirmant avoir
été exposée à ces radiations durant l’enfance,
un comité de l’Institut National de l’Assurance [INA] détermine
le niveau des compensations, et des paiement rétroactifs sont
garantis à partir du jour de l’année 1994 où la
loi est entrée en vigueur.
D’après les données de l’INA, Israël verse des allocations
d’invalidité pour les victimes irradiées pour tinea capitis
d’un montant de 40 points ou plus. Jusqu’à la fin de l’année
2006, l’INA a ainsi versé 790 millions de shekels [=143 millios
€], et 3 150 personnes sont allocataires de pensions d’invalidité
mensuelles.
Regev dit que le décret du Trésor imposant des limitations
à quatre ans est « une catastrophe morale. Ces limitations
signifient qu’au cas où un individu a découvert qu’il
avait un cancer, voici cinq ans, et qu’il n’a pas pu établir
un lien de causalité entre les radiations et sa maladie – en
conséquence de quoi il n’est pas inscrit en vue de se voir reconnaître
une compensation et une invalidité, sa demande est considérée
comme ayant expiré, et il n’est éligible à aucune
compensation pécuniaire, en dépit du fait que l’Etat est
bel et bien responsable de sa maladie ».
Le ministre des Finances affirme que les dépenses très
importantes découlant de la Loi Tinea Capitis justifient cet
amendement. « Quand la loi a été adoptée,
il a été estimé que de 100 à 150 millions
de shekel seraient nécessaires à sa mise en application.
L’INA a versé, au total, 850 millions de shekel jusqu’à
ce jour [ce qui est supérieur de 60 millions de shekels au montant
déclaré par l’INA lui-même au Ha’aretz]. Sous la
forme qui est la sienne aujourd’hui, la loi coûterait plus d’un
milliard de shekels. »
Tous ceux qui ne sont pas familiarisés avec la cuisine interne
des comités du ministère de la Santé risquent de
ne pas comprendre pourquoi l’amendement au deuxième chapitre
de la loi, qui finalise les protocoles de ces comités, pourrait
permettre d’épargner les finances publiques. Mais Regev dit que
l’objectif de cet amendement est de rendre encore plus difficile, pour
les plaignants et leurs conseils, de répondre aux questions retorses
des comités…
« Actuellement, le plaignant et son avocat ne sont autorisés
à recevoir que des protocoles partiels, afin d’assurer la confidentialité
des questions des comités et des réponses des plaignants.
Au cas où on demanderait à quelqu’un s’il (elle) était
assis(e), ou s’il (si elle) était étendu(e) durant l’irradiation,
au cas où le plaignant (la plaignante) hésiterait dans
la réponse, et où le représentant de l’État
israélien ferait des commentaires à ce sujet, alors le
protocole pourrait aider un autre postulant à répondre
correctement aux questions posées, ce qui risquerait de lui valoir
une pension… »
Le budget ayant franchi désormais l’examen en première
lecture, l’amendement à la Loi Tinea Capitis est assujetti aux
procédures législatives normales. Apparemment, il sera
transféré à la commission du Travail, de la Santé
et de la Sécurité sociale afin de l’amender en vue d’une
deuxième lecture. Ce n’est qu’après celle-ci que le projet
de loi pourra être soumis à la Knesset, aux fins d’être
voté.
M. Rav-Hon indique espérer que « la proposition injuste
du trésor sera rejetée par les députés à
la Knesset. Le trésor est en train de jouer à la roulette
avec les secteurs les plus affaiblis de la société. Les
victimes affectées par la teigne causée par le champignon
Tinea capitis ne vivent certes ni dans la somptueuse Mevasseret Zion,
ni à Denia, la banlieue chic de Haïfa, ni dans les quartiers
huppés du Nord de Tel-Aviv. Ils habitent les cités pourries
de Be’er Sheva, de Dimona, de Sderot et d’Ofakim. Ce sont de pauvres
gens, déshérités, à l’é ducation
limitée, que l’Etat israélien a sévèrement
blessés durant leur enfance. Et voilà qu’aujourd’hui,
le Trésor radine sa fraise et se targue de leur dénier
des droits que le législateur leur avait pourtant reconnus. Pourquoi
faut-il qu’ils soient ainsi blessés deux fois ? »
Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/787468.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier et révisé
par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs
pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft
pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction,
à condition de respecter son intégrité et de mentionner
auteurs et sources.
URL de cet article :
Pascal SEVRAN et la « bite des Noirs »: « Le degré
zéro de la légitimation intellectuelle du racisme anti – Noir » selon
Doudou DIENE
Par Gorgui Wade NDOYE, http://www.continentpremier.info/,
8 janvier 2007

Doudou
Diène |
Sous le couvert de la liberté d’expression, on
assiste à une reproduction du langage historique du racisme anti - Noir.
L’animateur télé, Pascal Sevran n’a fait que grossir le constat en justifiant
que « la bite des Noirs était responsable de la famine en Afrique »
et qu’il « fallait stériliser » la moitié de la planète, c’est à dire
éliminer la moitié des Blacks du Continent. « Ces propos dégueulasses
», pour reprendre Abdoulaye Wade Président du Sénégal, s’indignant sur
RTL , témoignent de l’irresponsabilité incalculable de certains hommes
de médias qui ne sont que les faces visibles des comités d’arrière garde
en Occident qui pensent que leur identité nationale est menacée par
la présence des étrangers notamment des Noirs.
Nous assistons, aujourd’hui, au retour des vieilles
constructions sémantiques de l’homme noir. Le début du 21ème siècle
est marqué par la légitimation intellectuelle de toutes les formes de
racisme comme c’est le cas avec Samuel Huntington aux USA qui dans son
dernier livre « Who are we ? » ( Qui sommes - nous ? », préconise que
la présence des Latinos aux Etats – Unis d’Amérique, constitue une menace
pour l’identité américaine. La France, a aussi son intellectuel
réactionnaire, Alain Finkielkraut qui a voulu théoriser le concept de
racisme anti – blanc.
Le Sénégalais Doudou Diène, rapporteur des Nations
– Unies contre le racisme ne cesse de dénoncer dans ses rapports « la
reproduction du langage historique du racisme ». Interrogé sur les propos
de Sevran rapportés par l’APPA, il nous a déclaré : « C’est une affaire
sérieuse et grave qu’il ne faut pas donner une importance ou une dignité
qu’elle ne mérite pas ». « Cependant, l’affaire est préoccupante car
nous sommes dans un contexte où les mots ont un poids ». Le rapporteur
de dégager deux remarques, « Il ne faut pas laisser passer de tels propos
à cause du climat actuel marqué par un retour du refoulé idéologique
et sémantique sur le racisme. Si Pascal Sevran a vraiment tenu de telles
paroles, analyse Doudou Diène, « il ne fait que reproduire une des vieilles
images construites par les idéologues du 18ème siècle pour animaliser
et déshumaniser l’homme Noir.»
« La déshumanisation ne portait pas uniquement
sur l’absence de culture mais de l’image de l’homme noir comme un animal
mu par des pulsions fondamentalement animales donc dépourvues de pensée
», assène le rapporteur des Nations – Unions contre le racisme.
Pour Doudou Diène, « certains média contribuent
à la légitimation intellectuelle du racisme. »
L’image de construction de l’animalité de l’homme
noir est l’image de la bête sexuelle. Cette déshumanisation traduit
l’expression d’une vieille philosophie chrétienne du 18ème siècle d’une
méfiance à l’égard de la chair et du sexe. Les propos de Pascal Sevran
sont donc dangereux. Force est de reconnaître que beaucoup de médias
occidentaux participent à renforcer la peur entre les différentes communautés
de la famille humaine. Et ce, dans un contexte idéologique et post idéologie
du 11 septembre avec son climat de peur qui ramène à une diabolisation
de communautés entières.
L’ONU n’a –t- elle pas échoué ?
« Peut – être que vous avez raison », nous rétorque
Doudou Diène, et de préciser « s’il y a échec, il faudra plutôt l’imputer
aux Etats membres, aux sociétés du monde qui ont échoué face à la lutte
contre le racisme. »
Le rapporteur des Nations – Unies, tend à rassurer
: « la troisième conférence de Durban sur le racisme montre que le combat
est dur et difficile mais le fait de tenir cette rencontre et d’adopter
un programme consensuel démontre aussi que le combat n’est pas perdu.
»
Il faudrait, a –t- il ajouté, « appliquer le programme
d’actions de Durban. Il faudrait aussi faire une lecture approfondie
de la résurgence du racisme, de la discrimination et de la xénophobie
»
La violence de cette résurgence du racisme et notamment
le recours à la violence physique, dans beaucoup de pays du Nord comme
au Sud, est le signe qu’il y a une crise identitaire dans les sociétés
où cela se produit.
« Les vieilles identités nationales ethnocentrées
ne sont plus conformes et sont en conflit avec les dynamiques multiculturelles
et religieuses qui sont en train de restructurer toutes ces sociétés
» décortique le philosophe sénégalais. « Les vieilles identités nationales
inscrites dans le marbre des constitutions et enseignées dans les écoles
ne sont plus conformes aux réalités plurielles et multiculturelles des
sociétés actuelles. »
Ainsi, serait – on tenter à croire que la montée
du racisme et de la xénophobie sont les dernières résistances au surgissement
et à la naissance de nouvelles identités multiculturelles.
Ces résistances prennent deux formes selon Doudou
Diène:
« Une instrumentalisation politique par l’utilisation
de plate - formes xénophobes qui se basent sur la menace de l’identité
nationale. Cette instrumentalisation qui était le domaine des partis
politiques d’extrême droite a infiltré des partis dits démocratiques
avec la lutte contre l’immigration clandestine et le droit d’asile.
L’autre forme, c’est la légitimation intellectuelle avec le concept
de défense de l’identité nationale contre l’invasion multiculturelle
et religieuse et sur la défense des valeurs nationales. »
« L’intégration strip – tease »
En effet, beaucoup de pays en Europe, développent
une approche de « l’intégration strip – tease » selon laquelle l’immigré
doit se déshabiller à la frontière de toute singularité religieuse,
culturelle ou même si possible ethnique pour se présenter nu et être
intégré.
Ceci renvoie au concept qui stipule que « les immigrés
doivent s’adapter à nos valeurs. » Ne peut – on pas voir dans une telle
posture, le retour du vieux discours historique de l’inhumanité et de
la non culture des peuples non - européens. C’est ce discours là qui
avait légitimé des entreprises historiques comme l’esclavage et la colonisation
pour masquer les intérêts économiques qui les sous tendaient. Derrière
l’image de civilisation et d’émancipation, se cachait l’exploitation
de l’homme « barbarisé » par l’homme « civilisé ».
« Les propos de Sevran sont le degré zéro de cette
légitimation intellectuelle du racisme anti – Noir », conclut Doudou
Diène.
Pourquoi j’ai décidé de déposer
plainte contre Alain Finkielkraut
Par
Claude Ribbe, 8 janvier 2007
Le 12 décembre 2006, Alain Finkielkraut, qui venait juste d’apprendre
que les poursuites engagées contre lui par une association pour ses
propos racistes avaient été déclarées irrecevables par la 17e
Chambre du tribunal correctionnel de Paris, s’en est pris publiquement
à moi d’une manière raciste et absolument insupportable. Peut être était-ce
un façon de commémorer à se manière le premier anniversaire de l’attaque
générale coordonnée le 12 décembre 2005 par ses amis Pierre Nora et
Patrick Gaubert. (*)
Au lendemain de la manifestation à la mémoire d’Ilan Halimi, Alain Finkielkraut
m’accusait déjà d’être presque responsable de la mort accidentelle du
gendarme Raphaël Clin, survenue le 12 février 2006. Il me faisait porter
la responsabilité de l’ «amertume» de l’armée française face à
ce qu’il appelle le «racisme anti-blancs», étant bien entendu que, selon
Alain Finkielkraut, l’armée française serait, comme en 1802, réservée
aux «blancs». Ces propos étaient développés dans un article particulièrement
haineux publié dans Le Figaro du 2 mars 2006 sous le titre
La France et l’irruption
de la férocité, où le rôle des «féroces» et des «barbares» était
joué par des gens qui n’avaient en commun que d’être «noirs» aux yeux
de M. Finkielkraut : « Imaginez la stupeur et l’amertume
des gendarmes de Saint-Martin, mais aussi de tous les militaires. La France a commémoré du bout
des lèvres la bataille d’Austerlitz ; Claude Ribbe, l’écrivain
qui fait de Napoléon l’inventeur des chambres à gaz, a été récompensé
par une nomination à la Commission nationale consultative
des droits de l’homme ; et voici qu’un gendarme de 31 ans est victime,
dans l’exercice de ses fonctions, d’un lynchage passif digne des prouesses
du Ku Klux Klan.»
Cette instrumentalisation de l’accident de Saint-Martin, qui n’a absolument
rien à voir avec la vérité, était destinée à accréditer une thèse raciste.
Mais voici qu’Alain Finkielkraut, encouragé par l’impunité dont il bénéficie
et aussi par les propos de ses émules, Georges Frêche et Pascal Sevran,
se débonde le 12 décembre 2007 en apprenant que je suis candidat à l’élection
législative dans la huitième circonscription du Val d’Oise contre Dominique
Strauss-Kahn.
Alain Finkielkraut voit en moi un «noir». Il ne supporte pas qu’il y
ait des «noirs» dans l’équipe de France de football : «On nous dit que l'équipe de France est admirée
parce qu'elle est black-blanc-beur. [...] En fait, aujourd'hui, elle
est black-black-black, et on se moque de nous dans toute l'Europe.»
(interview donnée au journal israélien Haaretz et publiée le 17 novembre 2005). Il tolère encore moins qu’il
y ait des «noirs» à l’assemblée nationale. Surtout pour représenter
une circonscription où vit une importante communauté juive. L’idée d’un
juif votant pour un «noir» apparaît absolument insoutenable à Alain
Finkielkraut.
Alors, il me traite de «normalien noir» et, de ce simple fait, accuse
mon dernier ouvrage d’antisémitisme.
Voici la retranscription de ce qui a été enregistré le 12 décembre et
diffusé ensuite sur RCJ :
« - Nous avons appris, Alain Finkielkraut
et moi-même, aujourd’hui, que la personne qui allait affronter Dominique
Strauss Kahn lors des élections législatives s’appelle Claude Ribbe.
C’est une information étonnante de savoir qu’il va porter les couleurs
de François Bayrou…
- Oui, je crois qu’il faut parler de
ce problème : Claude Ribbe et d’autres – parce que cela fait partie
de la nouvelle configuration de la haine, cette haine dont je parlais
tout à l’heure et qui n’est pas, justement éteinte par la mémoire, le
devoir de mémoire comme on dit, mais au contraire exacerbée, alimentée
par celui-ci. Claude Ribbe , qui est normalien – noir ! – a publié,
il y a quelques mois un livre, qui a rencontré malheureusement un grand
succès, intitulé Le Crime de Napoléon. De ce livre, il ressortait que, non seulement
Napoléon avait rétabli l’esclavage, mais qu’en plus il avait inventé
les chambres à gaz…
- Qu’il a rétabli l’esclavage, c’est vrai…
- Oui, mais il avait inventé les chambres à gaz, donc, dans les bateaux
qui emmenaient les esclaves. Et ce livre a été très critiqué par les
historiens, notamment Pierre Nora et c’est un livre de haine parce que
c’est un livre, justement, inspiré si vous voulez, par une sorte de
rage victimaire, une manière quand même de dire aux juifs qu’ils occupent
indûment la place de la victime et que celle-ci revient aux descendants
d’esclaves, descendants parfois d’ailleurs autoproclamés »
Le Crime de Napoléon est un pamphlet, soit, mais n’est pas un livre
de haine contre qui que ce soit. Encore moins un livre reprochant quoi
que ce soit aux juifs. Bien au contraire, j’y écris que les héritiers
des victimes de tous les crimes contre l’humanité, quelle que soit la
couleur de leur peau «sont liés par une fraternité de souffrance que
l’histoire leur a imposée». J’ai toujours combattu le racisme et l’antisémitisme
et je trouve les accusations infondées d’Alain Finkielkraut absolument
révoltantes.
La loi du 16 octobre 1791, qui a précédé la République et l’abolition
de l’esclavage, énonce un principe fondamental. Elle dispose que
tous les citoyens français ont les mêmes droits «sans distinction de
couleur». Il n’y a en France pas plus de «normaliens noirs» qu’il n’y
a de «normaliens juifs».
Les propos diffusés par RCJ sont clairement diffamatoires et racistes.
Leur but est indéniablement de susciter des affrontements entre Français.
C’est la raison pour laquelle je viens de demander à Maître Gilbert
Collard, mon avocat, qui a immédiatement accepté vu les faits, de déposer
plainte contre Alain Finkielkraut.
Il me semble, par ailleurs, inadmissible qu’un raciste invétéré
continue à disposer d’une tribune à France Culture ainsi que d’une chaire
qu’à l’École polytechnique. Un homme qui avoue être capable de distinguer
des polytechniciens «noirs» parmi ses élèves est indigne d’enseigner.
Alain Finkielkraut est rongé par le racisme et la négrophobie. Jusqu’ici,
il a bénéficié d’une totale impunité et il continue à diffuser son idéologie
nauséabonde dans les médias et dans une grande école prestigieuse. L’expérience
montre que cette impunité l’incite à persévérer et à rendre plus violente
encore l’expression publique de ses préjugés. J’en appelle aujourd’hui
aux journalistes, aux écrivains, aux intellectuels et plus généralement
à tous ceux qui refusent que le pays des droits de l’Homme et de la
fraternité soit, demain, totalement corrompu par le racisme. J’en appelle
également aux politiques, aux ministres de la Défense et de l’Éducation nationale qui emploient
M. Alain Finkielkraut, ainsi qu’au directeur de France Culture. J’en
appelle aussi à la direction de RCJ qui a engagé sa responsabilité en
diffusant ces propos scandaleux et qui offre à cet idéologue de la haine
une tribune régulière.
Pour écouter les propos de M. Finkielkraut diffusés sur RCJ, cliquer
ici et aller à la fin du fichier à 55.56
Le texte de l’article publié dans Le Figaro du 2 mars 2006 :
http://www.lefigaro.fr/debats/20060302.FIG000000064_alain_finkielkraut_la_france_et_l_irruption_de_la_ferocite.html
(*) Le 12 décembre 2005, tandis que Patrick Gaubert se plaignait dans une
lettre publique au Premier ministre de ma nomination à la
Commission nationale consultative des droits de l’Homme
parce que j’avais écrit un livre « comparant Napoléon à Hitler»,
Pierre Nora, le même jour, tout en lançant par ailleurs une pétition
au nom de la liberté de l’Histoire, me traitait de «quidam» dans Le
Monde et parlait d’une nomination « par aberration» à la CNCDH, reprenant ainsi le mot du général raciste
Thiébault qui disait du général Dumas qu’il avait été nommé à ce
grade « par aberration ». Thiébault, plus indulgent que l’Académicien,
ajoutait quand même dans ses Mémoires : «C’est le seul noir
à qui j’aie pardonné sa peau.»
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