Les Protocoles des Fous de Sion
Le puissant lobby
pro-israélien des USA vu de l’intérieur : récit du congrès de l’AIPAC
à Washington
par Gregory Levey, salon.com, 16 mars 2007

Dick Cheney à la tribune de l’AIPAC |
À la conférence politique annuelle de l’ American Israel Public Affairs
Committee [AIPAC] cette semaine à Washington, un couple de chrétiens
conservateurs de l’ouest du Tennessee m’a annoncé que leur fils avait
décidé de rejoindre l’armée israélienne.
C’était l’un des nombreux moments surréalistes de ce rassemblement de
trois jours organisé par l’AIPAC, le groupe de lobbying qui s’emploie
à tisser des liens étroits entre les États-Unis et Israel et qui reste
extraordinairement influent à Washington. « Nous aimons tout simplement
Dieu, et nous aimons tout simplement Israel, » déclara, rayonnant, le
couple, quand j’ai demandé pourquoi ils étaient venus à la conférence.
Dans une atmosphère surchauffée et parfois proche de celle du cirque,
toute l’assistance partageait deux préoccupations principales : l’
élection présidentielle américaines de 2008 et la confrontation
avec l’Iran. Et la conférence de cette année a connu un record d’assistance
: plus de 6.000 personnes, venant de tous les états du pays et dépassant
en nombre les participants de l’année dernière qui étaient environ 5.000.
Bon nombre d’entre eux étaient des juifs américains, naturellement,
mais la communauté chrétienne évangélique a également fait une forte
apparition. Quant à ceux qui ont un pressentiment apocalyptique au sujet
de la crise du Moyen-Orient, le pasteur John Hagee était là pour les
rassurer. Parmi les nombreux intervenants renommés de la conférence,
Hagee a obtenu une des réceptions les plus enthousiastes.
« Le géant endormi du sionisme chrétien s’est réveillé ! » a proclamé
Hagee, en prenant le microphone à la réception du dîner d’ouverture
dimanche. La foule électrifiée, en majorité juive, criait d’enthousiasme,
en martelant sur les tables. Hagee a continué en déclarant que les Nations
Unies sont « un bordel politique » et affirmé qu’Israël ne doit jamais
abandonner de territoires. Il était d’accord avec l’écrivain israélien
Dore Gold sur le fait que l’octroi d’une partie de Jérusalem aux Palestiniens
serait « comme la remettre aux Talibans. » Et, après blâmé le Président
iranien Mahmoud Ahmadinejad, il a amené la foule a chanter « Israel
vit ! » les invitant « à le crier des sommets des montagnes ! »
Pendant le discours de Hagee, un délégué de l’AIPAC assis près de moi
m’a confié, « je vais voter pour lui au lieu de McCain. »
L’AIPAC, dont les publications précisent qu’elle est décrite par le
New York Times comme l’« organisation la plus importante influençant
les rapports de l’Amérique avec Israel, » a réellement réussi a établir
des liens puissants avec les deux partis politiques des États-Unis.
La conférence de cette année a été suivie par tout le monde, du vice-président
Dick Cheney à Hillary Clinton et Barack Obama (et d’autres compétiteurs
présidentiels des élections de 2008), aussi bien que l’ancien directeur
de la de CIA James Woolsey. Des leaders du Congrès étaient là, de même
que de nombreux officiels du Département d’État et de la Maison Blanche.
Lundi matin, Cheney a été chaudement accueilli et a
reçu des applaudissements soutenus pour ses discours a la tonalité familière,
telle son affirmation que la « seule option » contre les terroristes
est « l’offensive. » Bien des membres de l’AIPAC semblent en faveur
de l’action militaire contre l’Iran — « Nous devons leur faire ce que
nous avons fait à Saddam, » m’a dit un délégué — mais la direction de
l’AIPAC demeurait étonnamment circonspecte à ce sujet.
Aucun des leaders de l’AIPAC n’a mentionné la guerre avec l’Iran dans
les discours, les réceptions ou les discussions de groupe auxquels j’ai
assisté, de même que fort peu le firent parmi les éminents orateurs
invités. Ceci les a parfois mis en désaccord avec les délégués de base
; Marvin Feuer, le directeur pour les questions politiques et gouvernementales
de l’AIPAC, a été attaqué oralement par un participant de la conférence
lui reprochant d’être « faible » quand il a minimisé la valeur des options
militaires contre l’Iran pendant une session de Questions Réponses.
Mais les leaders de l’AIPAC encouragent à un genre d’offensive différent
contre l’Iran : un nouveau programme de sanctions beaucoup plus dures
que toutes celles précédemment imposées par les Nations Unies. Le plan,
qu’un membre du panel a appelé « une campagne tranquille » pour frapper
l’Iran sur le champ de bataille financier, inclurait des pressions accrues
sur les alliés étrangers qui font des affaires avec l’Iran, une vaste
campagne américaine de désinvestissement, ainsi que d’autres mesures
prévues pour créer une pression économique pénalisante sur la république
islamique.
Sarah Steelman, la trésorière d’État du Missouri, décrit comment elle
a travaillé pour limiter les investissements de l’État dans les compagnies
qui font des affaires avec l’Iran, et inciter les membres de l’AIPAC
a faire du lobbying auprès de leurs propres gouvernements d’état afin
qu’ils adoptent des politiques semblables. Steven Perles, un avocat,
a expliqué comment il était possible de paralyser les capitaux du gouvernement
iranien et des institutions financières en engageant contre eux des
procès pour financement de groupes terroristes.
L’ancien Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou recommande depuis
un certain temps de tels efforts, et dans un briefing à huis clos tenu
pendant la conférence il a déclaré qu’ils pourraient se révéler fatals
a l’Iran : « De moins en moins de compagnies entreront en Iran. Elles
partiront de plus en plus. Les dollars des investissements et la technologie
qu’ils achètent se tariront. La base fondatrice d’un régime détesté
sera détruite, son futur mis en danger. »
En plus des nombreux panélistes de la conférence, qui se sont souvent
sentis au diapason du dynamisme des rassemblements, des délégués ont
aussi assisté à des « laboratoires de lobbying, » où les membres de
l’AIPAC les ont instruit sur la façon de persuader efficacement leurs
représentants au Congrès de suivre les politiques de l’AIPAC. Ces sessions
n’étaient pas ouvertes aux médias, ni même mentionnées sur le programme
des événements distribué aux membres de la presse. Mais les leaders
de l’AIPAC ont à plusieurs reprises invité des délégués à les rejoindre.
Et mardi, l’organisation a déployé son armée de lobbyistes pour oeuvrer
en faveur de nouvelles sanctions contre l’Iran, qui sont contenues dans
une nouvelle proposition de loi appelée l’acte de Contre-Prolifération
de l’Iran [Iran Counter-Proliferation Act], présentée par le Démocrate
Tom Lantos et la
Républicaine Ileana ROS-Lehtinen, qui sont les plus
hauts membres de la
Commission parlementaire aux Affaires étrangères .
Quand les milliers de lobbyistes se sont rendus au Congrès, ils ont
été salués par presque chaque sénateur des États-Unis et plus de la
moitié des membres de laCchambre des représentants [House of Representatives]
— approximativement 500 réunions ont été tenues entre les représentants
de l’AIPAC et les membres du Congrès, rien que la journée de mardi.
En plus des pressions en faveur du plan des sanctions, le but était
d’exhiber la force de l’AIPAC et d’établir plus de liens pour les futures
communications et lobbying.
Les activistes de l’AIPAC étaient aidés dans leur mission par certains
membres eux-mêmes du Congrès, qui les ont conseillés sur la manière
d’atteindre leurs collègues. « Notre engagement envers Israël nous définit
comme nation, » a affirmé le républicain Norm Coleman du Minnesota,
un membre du Comité des relations étrangères du Sénat, ajoutant que
les lobbyistes de l’AIPAC « aident à s’assurer que nous n’oublions pas.
»
Nita Lowey, une élue Démocrate de New York, a indiqué que la meilleure
stratégie pour atteindre ce but était de continuer à préciser aux législateurs
que le rapport avec Israël « est dans l’intérêt des États-Unis. »
« Je ne m’assieds pas derrière mon bureau a attendre, » déclare Coleman,
soulignant qu’il a souvent consulté le directeur exécutif de l’AIPAC
Howard Kohr pour des conseils politiques. Barbara Mikulski, une démocrate
du Maryland, indique, qu’elle aussi, a souvent parlé à Kohr et à d’autres
leaders de l’AIPAC. « Ce sont comme des appels téléphoniques quotidiens,
» a-t-elle dit, pendant que d’autres membres démocratiques et républicains
du congrès approuvaient d’un hochement de tête.
Les démonstrations de soutien bipartisanes étaient légions pendant cette
conférence. Même si les démocrates et les républicains se querellent
sur toute autre question, les leaders de l’AIPAC ont semblé constamment
désireux de souligner qu’une chose sur laquelle les partis peuvent s’accorder,
c’est un dévouement ferme envers Israël. Par exemple mardi matin, juste
avant que les activistes de l’AIPAC se préparent a descendre sur le
Capitol Hill avec leurs sujets de discussions en mains, la Speaker Démocrate de la Chambre Nancy Pelosi
et le Leader de la minorité républicaine John Boehner se sont adressés
aux délégués, les assurant d’un engagement dévoué en faveur de la sécurité
d’Israël. À un certain moment, quand Pelosi a saisi l’occasion de critiquer
le plan de renforcement de l’administration Bush, elle a été huée par
certains des délégués rassemblés. Alors que Boehner a obtenu une ovation
debout, après avoir dit : « Qui ne croit pas qu’un échec en Irak serait
une menace directe pour l’État d’Israël ? Les conséquences d’un échec
en Irak sont si sinistres pour les États-Unis que vous ne pouvez même
pas commencer a y penser. »
Le dîner de gala de clôture, dans la soirée du lundi, a eu pour participants
la crème du who’s who de Washington. À cet événement, les dirigeants
de l’AIPAC — accompagnés par une musique adaptée pour un film de super-héros
de Hollywood — ont lu avec enthousiasme la liste des participants -
qu’ils ont qualifiée d’ « appel » (« roll-call » : appel militaire).
Cela a pris 13 minutes et incluait la majeure partie du Congrès, des
officiels de haut rang de la Maison Blanche, du
Département d’État et du Conseil de Sécurité Nationale. Pendant ce temps,
le Premier ministre israélien Ehoud Olmert — s’adressant à la foule
en téléconférence à partir de Jérusalem - est entré dans le débat américain
sur l’Irak d’une manière que le leadership israélien avait évité jusqu’ici.
Il a ouvertement invité les délégués de l’AIPAC à pousser le Congrès
à soutenir la stratégie actuelle de l’administration Bush en Irak. Dans
les jours qui ont suivi, Olmert a été vivement critiqué par la presse
israélienne et d’autres membres de son propre gouvernement. (Nombreux
sont ceux qui en Israël croient qu’il est inadéquat pour un chef ‘État
israélien d’essayer d’influencer ouvertement un débat américain.)
Une grande partie des discussions concernait le fait de savoir qui allait
occuper prochainement le bureau ovale. Avant et après le dîner, les
candidats présidentiels et leurs collègues du congrès plaisantaient
avec les délégués de l’AIPAC. Circulant parmi la foule, Joe Biden s’est
assuré que sa présence soit enregistrée. « Bonjour, je suis Joe Biden
! » a-t-il dit à plusieurs reprises, ajoutant plusieurs fois : « je
fréquente l’AIPAC depuis des années ! »
Quand un journaliste européen a vu la foule autour de Biden, il a accouru
vers eux, demandant, « est ce Hillary ? » Quelques moments plus tard,
il est réapparu semblant déçu. « Non, » m’a-t-il dit, le plus sérieusement
du monde, « je ne sais pas qui c’est, mais je pense que ce pourrait
être Charlton Heston. »
Après le dîner, Clinton et Obama se sont exprimés chacun de leur coté
au centre de conférence — dans des salles distantes d’environ 25 mètres — tous
deux très désireux de mettre en avant leurs lettres de créances pro-israéliennes.
Des discussions s’en sont suivies sur le choix à faire. « Je ne peux
pas décider, » a dit un délégué de l’AIPAC. « Je voudrais vraiment voir
Obama en tant que personne, mais Hillary est meilleure pour Israël.
»
Environ 1.000 personnes ont assisté au discours d’Obama, mais l’assistance
de Clinton était si nombreuse qu’elle débordait dans le vestibule.
Dans leur souci de maintenir leur image bipartisane, les membres de
la direction de l’AIPAC sont restés fermement à l’écart du débat en
pensant aux futures élections de 2008. En apparence, au moins, ils donnent
l’impression que tous les candidats seraient aussi bons pour les intérêts
d’Israël. Quand je me suis renseigné au sujet de Barack Obama et sur
la question souvent soulevée de son inexpérience en matière de politique
étrangère, le porte-parole de l’AIPAC, Josh Block, a rapidement rejeté
cette objection, disant qu’Obama « a un bon dossier de son temps passé
au Sénat. » Il y avait, cependant, certains membres de la conférence
qui s’étaient donné pour mission de s’assurer que d’autres délégués
savaient qu’Obama avait récemment déclaré que « personne ne souffre
davantage que les Palestiniens » lors d’un voyage récent dans l’Iowa
— une déclaration qui a provoqué l’irritation de certain délégués de
l’AIPAC.
On ne pouvait cependant qu’être frappé par l’état d’esprit qui régnait
à cette conférence en ce qui concerne l’administration encore au pouvoir.
Pendant la cérémonie d’ouverture, les grands écrans vidéo derrière l’estrade
ont projeté une série de diapositives retraçant la chronologie des présidents
américains et des premiers ministres israéliens qui étaient leurs contemporains.
Quand la projection en est arrivée à George W. Bush, la salle a éclaté
en applaudissements — bien plus d’applaudissements que la foule n’en
avait donné pour Reagan, Kennedy ou même Truman. Et quand Cheney est
apparu la première fois sur la scène lundi matin, la foule s’est immédiatement
levée et a rempli la salle d’applaudissements sonores, qui ont continué
par intermittence lors de son discours, belliciste comme prévu.
Cela contrastait remarquablement avec les mauvais scores actuels des
sondages d’opinion publique concernant Bush et Cheney. Comme un délégué
se tenant à mes cotés l’a dit pendant le discours du vice-président,
« ceci doit être la dernière fois qu’une foule le salue de cette façon.
»
Original : http://fairuse.100webcustomers.com/fairenough/salon061.html
Traduit par Karim Loubnani pour http://contreinfo.info/ et révisé
par la rédaction de Basta !
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