Dossier Quibla
Saint-Brice-sous-Forêt devient Saint-Brice-sous-Erouv :
à quand le drapeau frappé de l’étoile
de David sur le toit d’une mairie française ?
L’information est passée inaperçue
des médias français. Elle est pourtant d’importance
: une muncipalité française du Val d’Oise
(département 95) vient de déclarer que son territoire
est sous Erouv : désormais les 13 000 habitants vivent
sous une loi juive, alors qu’il n’y a que 700 familles
juives dans la commune. Et la laïcité, dans tout ça
? Imaginons un peu la réaction que susciterait une décision
de proclamer une commune française comme appartenant à
Dar El islam !
La rédaction de Quibla, peu au fait des affaires juives,
a découvert avec stupéfacion de qu’est l’Erouv
et ne peut s’empêcher de faire partager ce savoir
tout frais à ses lecteurs. Lisez, c’est hallucinant
! L’information est parue le 15 janvier sur le site web
de Guysen Israël News, l'agence de presse francophone d'Israël.
En 2001, la vile d’Outremont au Québec a connu une
polémique publique sur la déclaration de la moitié
de son territoire comme territoire sous Erouv. Nous documentons
cette affaire. Enfin, on pourra lire des explications qualifiées
et détaillées sur cette curieuse pratique qu’est
le Erouv.
On peut écrire ou téléphoner au Maire de
Saint-Brice pour lui demander des explications : LORAND, Alain
• Adresse: 14 rue de Paris • Tél: 01 34 29
42 00 • Fax: 01 39 94 48 52 • Email: a.lorand@saintbrice95.fr
ou info@saint-brice.com.
Une première en France : Un «
Erouv » bientôt installé à Saint Brice
!
Par Albert Bellaïche pour Guysen Israël News,
15 janvier. Source : http://www.guysen.com/articles.php?sid=4075
Au moment où il est encore question d’actes antisémites
en France, témoins les dépêches de Samy Gozlan
président du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme,
il faut noter en parallèle les gestes de sympathie des
édiles du pays envers la Communauté.
A ce sujet il nous a semblé utile et nécessaire
d’en relever un qui vaut son pesant d’or, car il est
si rare, voire rarissime, qu’il mérite d’être
signalé avec ostentation et insistance.
En effet à l’instar de Philadelphie dont le Maire
John Street a signé l’accord pour que sa ville ait
son propre « Erouv », une petite localité de
la banlieue Nord de Paris, située entre Sarcelles-le- village
et Montmorency, un petit bourg d’environ 13 000 habitants
dénommé Saint Brice vient, par la voix de son Maire
Alain Lorrand, d’accepter l’installation d’un
« Erouv » dans la ville.
« Le Erouv, appelé aussi Chitoufei Mevoot, peut,
sous certaines conditions, embrasser toute une ville et lui conférer
le caractère de Domaine Privé et permettre à
un chacun de déplacer des objets d’un endroit à
un autre, sans se mettre en contravention avec la Loi ».
(Choul’Hane Aroukh) Cet évènement exceptionnel
et unique en France, est dû à l’obstination
d’un Président de Communauté, François
Sitruk, de son rabbin Joseph Touitou et de son équipe,
qui mettent tout en œuvre pour réaliser les objectifs
qu’ils se sont fixés.
Après la construction d’une Synagogue de 400 places,
la création d’une cantine « cachère
» ouverte aux écoliers juifs des écoles communales,
après l’obtention par protocole officiel d’un
« carré juif » indépendant dans le nouveau
cimetière de la commune, alors qu’à Paris
un débat s’ouvre autour de l’idée de
« normaliser » les espaces en les rendant communs,
et après l’édification d’un centre communautaire
de 4000 m2 ainsi que d’autres avantages qu’il serait
fastidieux d’énumérer ici, voici que cette
Communauté obtient de son Maire, l’autorisation de
faire entourer la ville de ce fameux cordon métallique
dénommé « Erouv ». Cela va aider, notamment
nos jeunes mères de famille, hier encore cantonnées
à la maison les « Chabatot » et jours de Kippour
par le fait qu’il leur était impossible de sortir
de chez elles avec bébés, poussettes, couches, biberons
et tout le bazar qui s’ensuit sans enfreindre la Loi du
portage.
Certes dirons-nous, cette ville compte environ 700 familles
juives qui auraient pu justifier auprès des autorités
locales d’un poids politique indéniable. En vérité,
ce n’est pas cet argument qui a motivé cette décision
mais c’est tout simplement le fait que le Premier magistrat
de cette commune est l’un des rares Maires de France qui
ne cache pas sa sympathie pour Israël, pour la Communauté
juive dont il connaît bien l’histoire et qui lutte
pour sa sécurité et sa liberté !
Et pourtant le Maire de St Brice ainsi que tous les hommes politiques
de ce pays, savent bien que l’électorat juif français
qui ne déroge pas à la règle, est instable
et inconstant !
On se souvient que lors de la manifestation du mois d’avril
2002 à Paris, en faveur de l’Etat Hébreu,
il a été le seul Maire de France entouré
de ses adjoints à avoir défilé, au milieu
de 300 000 personnes, de la République à la Bastille,
ceint de l’écharpe tricolore. Il est aussi l’un
des seuls hommes politiques français à s’être
toujours exprimé franchement et sans détours en
faveur de l’Etat juif! A cette occasion, Saint Brice va
donc vivre un épisode de la vie judaïque qui peut
paraître banal, mais qui en France revêt une importance
d’envergure, dans un contexte que d’aucuns qualifient
parfois de délicat à l’égard d’une
Communauté Juive Française, sensible, fragile et
vulnérable, très attachée à ses traditions
et à l’Etat d’Israël.Des gestes comme
celui-là ne peuvent que la conforter dans son sentiment
que la France et les Français ne sont en général
aucunement antisémites… Un exemple que nombre de
Maires et pourquoi pas d’hommes politiques français,
se devraient de méditer et d’imiter sans réticence
ni complexes!
Le précédent d’Outremont
au Québec
Déclaration du Mouvement laïque québécois
sur la question de l'érouv à Outremont
3 mai 2001
En août 2000, un groupe de résidents d'Outremont
de dénomination juive orthodoxe (hassidim) s'est adressé
au conseil municipal afin d'obtenir l'autorisation d'établir
un érouv sur une base permanente à Outremont, ce
qui leur a été refusé.
Un érouv est un territoire délimité par
un mur, ou par des installations symbolisant un mur (fils, aqueduc,
clôtures, etc.), à l'intérieur duquel les
hassidim peuvent se soustraire à certains obligations religieuses
les jours de sabbat et les jours de fête. Lors de ces jours
fériés, ils ne peuvent transporter quoi que ce soit
dans leurs mains (livre, parapluie, enfant, sac d'épicerie,
médicaments, etc.) à l'extérieur de leur
résidence privée. Leurs préceptes religieux
les autorisent toutefois à transporter certains objets
de nécessité si l'espace extérieur peut être
privatisé. Pour cela, l'espace doit être entouré
d'une enceinte et faire l'objet d'un rituel d'appropriation. C'est
ce qu'ils appellent un érouv. Pour être privatisé,
l'espace public doit être loué par l'autorité
civile à la communauté hassidim qui se proclame
propriétaire collectif.
L'érouv n'a donc pas pour but de permettre la liberté
de religion, mais d'exempter les hassidim d'obligations qu'ils
jugent trop lourdes.
Une telle problématique ne regarde en rien la municipalité
qui n'a pas à céder, même symboliquement,
l'espace public à quel que groupe que ce soit. Ceci va
au-delà de l'accommodement raisonnable parce que la demande
des hassidim n'est pas essentielle à leur liberté
de religion et amène Outremont à s'afficher comme
une municipalité juive en s'encerclant de symboles territoriaux
religieux, niant ainsi son caractère multiculturel et de
pluralisme religieux.
Une telle appropriation permanente du domaine public est contraire
à la loi et contrevient au principe voulant que l'espace
public soit laïque afin que tous les citoyens puissent en
jouir de façon égale sans distinction d'appartenance
religieuse.
Le Code civil ne permet pas l'appropriation du domaine public
par un groupe religieux et la Loi sur les cités et villes
n'autorise le passage de fils au-dessus des rues qu'en faveur
des entreprises d'utilité publique comme Hydro-Québec,
Bell, Vidéotron, etc. Le fait d'appartenir à un
groupe religieux ne permet pas d'être dispensé de
l'application de la loi et ne donne aucun droit à l'occupation
permanente d'une partie du domaine public.
Pour le Mouvement laïque québécois, le véritable
enjeu se situe à ce niveau: préserver le caractère
laïque et inclusif de l'espace public. Ce caractère
permet à tous de circuler comme bon leur semble en tout
temps de l'année et de transporter tout objet qu'ils veulent
bien sans que cela ne nécessite aucune forme de réglementation
spécifique à un groupe particulier. L'enjeu est
en fait de préserver la préséance des lois
civiles sur les lois religieuses afin d'assurer la liberté
de religion de tous. Les institutions publiques n'ont pas à
se plier aux principes religieux sous prétexte que des
groupes religieux intégristes ne reconnaissent pas cette
préséance du civil sur le religieux.
La pratique de toute religion comporte des restrictions et les
hassidim n'ont pas à exiger des autres citoyens de subir
des inconvénients parce qu'ils veulent être dispensés
des obligations religieuses qu'ils s'imposent à eux-mêmes.
Pour se dispenser de ces obligations qu'ils jugent trop lourdes,
les hassidim doivent se tourner vers leurs autorités religieuses
et non vers les élus municipaux.
Dans leur recours contre la Ville d'Outremont, le groupe de cinq
hassidim fait valoir que les fils d'érouv ne sont que peu
visibles. Là où des fils sont installés en
permanence (du côté de Montréal), il s'agit
de câbles bien visibles de jour comme de nuit. Par définition,
ces câbles se doivent d'être visibles puisqu'ils délimitent
le territoire au-delà duquel l'exemption religieuse ne
s'applique plus. Même si les fils étaient ténus,
cela n'invaliderait pas les principes exposés précédemment
et qui nous semblent être garants de la démocratie
et de l'harmonie sociale.
Les requérant allèguent également que l'érouv
est un accommodement alors qu'en fait ce sont les autres résidents
qui auront à s'accommoder d'installations sur l'espace
public leur renvoyant une signification religieuse qu'ils ne partagent
pas. L'article 9.1 de la Charte des droits et libertés
de la personne stipule que «Les libertés et droits
fondamentaux s'exercent dans le respect des valeurs démocratiques,
de l'ordre public et du bien-être général
des citoyens du Québec.» Tous les citoyens ont droit
au respect de leur identité culturelle et religieuse, au
respect de leur vie privée et ils ont le droit à
ce que les rues où ils résident conservent un caractère
laïque leur assurant l'exercice de leurs droits et libertés
en toute égalité.
Pour ces raisons, le Mouvement laïque québécois
a demandé d'intervenir dans le litige en question afin
de défendre les principes et les droits fondamentaux qu'il
juge menacés par la requête du groupe d'hassidim.
Le MLQ fera également témoigner des résidents
qui craignent de subir des préjudices par l'établissement
de l'érouv.
Cette action, qui s'inscrit en appui à la position défendue
par la Ville d'Outremont, n'est en aucune façon dirigée
contre la communauté hassidim ni contre la liberté
de religion de qui que ce soit. La liberté de religion
est un droit fondamental auquel le Mouvement laïque souscrit
sans aucune hésitation puisque la défense de l'ensemble
des droits fondamentaux constitue le centre même de la notion
républicaine de laïcité pour laquelle nous
nous battons depuis plus de 20 ans. Nous considérons par
ailleurs que cette liberté de religion doit s'exercer dans
les limites raisonnables que peuvent imposer les lois civiles
dans le cadre d'une société libre et démocratique.
Victoire des intégristes : Outremont
officiellement territoire Hassidim
par Daniel Baril, président du MLQ, juillet
2001
Le juge Allan Hilton de la Cour supérieure vient de reconnaître
aux Hassidim d'Outremont le droit d'exiger que la municipalité
se plie aux exigences de l'érouv qu'ils veulent instaurer
sur le territoire municipal. Ce faisant, il introduit une nouvelle
forme de zonage -- le zonage de quartier religieux --, qui crée
une enclave ou un ghetto au sein de l'espace public qui par principe
appartient à tout le monde.
Le terme érouv désigne à la fois un territoire
ainsi que des fils tendus au-dessus des rues représentant
un mur autour de ce territoire. Les Hassidim recourent à
ces installations parce qu'ils s'interdisent, au nom d'une interprétation
intégriste de la loi rabbinique, de transporter quoi que
ce soit dans leurs mains à l'extérieur de leur résidence
le samedi. Leurs croyances religieuses les autorisent toutefois
à transporter certains objets de nécessité
si l'espace public peut être privatisé, d'où
l'enceinte symbolique représentant une extension de leur
domaine privé.
L'érouv est ainsi une appropriation permanente du domaine
public par un groupe qui se déclare propriétaire
collectif pour faire prévaloir ses principes religieux
sur ceux de l'espace public neutre et inclusif. Comme tous les
résidents du territoire doivent en principe accepter l'érouv,
la municipalité doit adopter une déclaration par
laquelle elle reconnaît que le territoire est un érouv.
Outremont a déjà adopté une telle déclaration
en février 1990.
L'érouv n'a pas pour but de permettre l'exercice de la
religion, mais de déroger aux obligations que les Hassidim
trouvent trop lourdes. Il s'agit là d'un point fondamental
que le juge Hilton n'a pas compris. Dans son jugement, il affirme
que pour les Hassidim l'érouv est essentiel à leur
pratique religieuse du sabbat parce qu'ils ne pourraient se rendre
à la synagogue sans barrer leurs portes alors qu'ils ne
peuvent transporter leurs clés!
Le Mouvement laïque québécois, qui est intervenu
dans la cause aux côtés de la Ville d'Outremont,
a soutenu que les Hassidim devaient diriger leur requête
vers leurs autorités religieuses plutôt que vers
les autorités civiles. Le juge n'a pas retenu cet argument
et a reconnu que l'érouv était le type d'accommodement
consenti par le judaïsme orthodoxe et que la municipalité
devait en accepter la règle. Il n'a pas tenu compte du
fait que l'accommodement, tiré de la loi hébraïque
d'il y a 3000 ans, obligeait à une réglementation
municipale particulière alors que ce n'est pas la Ville
qui impose les restrictions aux Hassidim.
À l'argument de la séparation des Églises
et de l'État, le juge a répliqué par le préambule
de la constitution fondé sur la reconnaissance de la suprématie
de Dieu. Dans son jugement, il donne comme autre exemple l'installation
de lumières de Noël par les municipalités.
Bien que cette pratique soit discutable, il ne s'agit pas ici
de l'appropriation permanente de l'espace public par une religion;
il faudrait comparer ces lumières à des décorations
que les Hassidim voudraient installer pour une fête ponctuelle,
ce qui serait tout à fait acceptable.
Reconnaissant que plusieurs éléments doivent être
précisés pour l'érection de l'érouv,
le juge Hilton non seulement interdit à la Ville d'enlever
les fils d'érouv mais l'oblige à déterminer
les normes comme le nombre de fils, leur emplacement, leur hauteur,
en lieu et place de l'autorité religieuse.
La laïcité de l'espace public est un gage d'harmonie
dans une société pluraliste et c'est pour garantir
à tous le même sentiment d'appartenance à
cet espace public commun que le MLQ s'est opposé à
l'érouv. Même si le juge Hilton affirme que l'érouv
n'est un territoire religieux que pour ceux qui y croient, il
ne peut demander aux autres résidents d'en ignorer l'existence
ni les empêcher de se sentir étrangers sur un tel
territoire délimité par une enceinte bien visible
et dont le caractère religieux est officiellement reconnu
par la municipalité.
Ce jugement ouvre la porte à toutes sorte de demandes
farfelues (pensons au turban des Sikhs dans la GRC ou au colportage
des Témoins de Jéhovah à Sainte-Thérèse)
en autant que ce soit au nom de la liberté de religion.
Il s'agit en fait de la victoire d'un groupe intégriste
qui réussit à imposer des normes religieuses d'il
y a 3000 ans sur les principes républicains qui devraient
guider les sociétés démocratiques. Et avec
la bénédiction de la Cour supérieure.
L'érouv est un « ghetto volontaire
»
par Daniel BARIL, Président du MLQ, Le
Devoir, 9 juillet 2001
Pour être valide, l'érouv doit être accepté
par tous les résidents. Comme cela est impossible, les
Hassidim procèdent par demande de déclaration de
la part des autorités municipales.
En s'en remettant à des dispositions théocratiques
d'il y a 3000 ans, le juge Hilton montre l'urgence de la proclamation
de la laïcité de l'État.
Les médias ont fait écho au jugement Hilton sur
la question de l'érouv à Outremont, mais de nombreux
aspects de ce jugement méritent une analyse critique. Pour
bien des gens, la question de l'érouv se limite à
un fil à peine visible tendu au-dessus de la rue. Mais
ce fil met en question les principes de base qui assurent l'harmonie
et la démocratie de nos sociétés pluralistes.
Il faut d'abord préciser que la délimitation du
territoire encerclé par les fils d'érouv n'a pas
pour but de permettre la liberté de religion des Hassidim,
mais de leur permettre de déroger à leurs obligations
religieuses. Au nom de leur interprétation intégriste
de la loi juive, les Hassidim s'interdisent de transporter quelque
objet que ce soit (sac d'épicerie, clés, parapluie,
poussette, etc.) dans leurs mains à l'extérieur
de chez eux le samedi. Ils peuvent le faire si l'espace public
peut être privatisé et c'est ce que signifie l'érouv:
une extension du domaine privé sur l'espace public dans
un périmètre délimité par un mur symbolique.
La description de l'érouv en fait un "ghetto volontaire".
Le juge Hilton a ainsi commis une première erreur fondamentale
en considérant que l'érouv était essentiel
à la liberté de religion des Hassidim.
Pour être valide, l'érouv doit être accepté
par tous les résidents. Comme ceci est impossible, les
Hassidim procèdent par demande de déclaration de
la part des autorités municipales. À Outremont,
cette première manche avait été jouée
en 1990 alors les conseillers ont adopté une résolution
permettant au maire de "proclamer l'érouv".
Ainsi, l'érouv ne constitue ni plus ni moins qu'un nouveau
type de zonage, le zonage de quartier religieux. Ce caractère
religieux attribué à la rue est contraire aux principes
de base de nos sociétés qui veulent que tous puissent
jouir de l'espace public sans distinction de croyance religieuse.
Le libre accès à cet espace public garanti par la
charte inclus le droit de ne pas être affecté par
l'attribution permanente d'un caractère religieux à
la rue ou au quartier. L'espace public doit être laïque
et inclusif, et les ghettos même volontaires sont à
proscrire.
L'érouv n'a donc rien à voir avec les cloches des
églises et les lumières de Noël auxquelles
le juge Hilton l'a comparé. Les lumières de Noël
installées par les municipalités n'ont aucun caractère
rituel en elles-mêmes alors que les cloches sont installées
dans des édifices privés, et non sur la voie publique,
et sont soumises à la réglementation sur le bruit.
Les décorations de Noël marquent un événement
ponctuel alors que l'érouv marque l'appropriation permanente
du domaine public par un groupe. Il faudrait comparer ces lumières
à des décorations que les Hassidim voudraient installer
pour une fête ponctuelle, ce qui serait tout à fait
autre chose.
Le juge Hilton affirme étrangement que l'érouv
n'est religieux que pour ceux qui y croient. Il ne peut tout de
même pas demander aux autres résidents d'en ignorer
l'existence ni les empêcher de se sentir étrangers
sur un tel territoire délimité par une enceinte
visible et dont le caractère religieux est officiellement
reconnu par la municipalité. C'est en fait la même
problématique que la prière à l'hôtel
de ville: on ne peut pas demander à l'assistance de faire
semblant de ne pas l'entendre.
De plus, les Églises ont l'obligation au Québec
de respecter la Charte des droits et liberté qui garanti
l'accès sans préjudice à l'espace public.
Ceci oblige les religions à s'adapter aux normes de la
société civile. L'obligation d'accommodement ne
peut pas toujours être à la charge de l'État
et des institutions civiles. Le juge Hilton a imposé à
la municipalité un accommodement qui gêne le bien-être
général dans l'usage de la rue alors que le problème
qu'il a voulu régler relevait des autorités religieuses
et non de la municipalité.
Il aurait pu à l'inverse imposer aux Hassidim de s'accommoder,
dans le domaine public, des normes qui régissent les sociétés
démocratiques pluralistes plutôt que d'appliquer
telles quelles des normes édictées il y a 3000 ans
pour gérer la vie publique dans la théocratie d'Israël.
Au nom de l'accommodement raisonnable, la Cour supérieure
a donné sa bénédiction à une vision
intégriste de la société où les préceptes
religieux priment sur la législation civile.
Finalement, par sa référence à la fiction
juridique de la suprématie de Dieu dans le préambule
de la constitution, le juge Hilton montre qu'à ses yeux
une discrimination déjà existante peut en justifier
une nouvelle! Sur cette voie, les prétentions des religions
et la multiplicité des accommodements que devrait leur
consentir l'État auront tôt fait d'annihiler le principe
de sa neutralité religieuse, gage d'une société
libre et démocratique.
Il est évident que le préambule de la constitution
doit être modifié et qu'une proclamation de laïcité
de l'État s'impose de toute urgence pour donner de la cohérence
aux principes républicains qui inspirent nos chartes.
Ville d'Outremont : La pêche à
l'érouv
Par Pierre Lacerte, journaliste, Le Devoir 27
juillet 2001
Bien que certaines personnes aient mordu au leurre ultradémagogique
des représentants de la communauté juive ultraorthodoxe,
l'érouv est loin du simple fil de pêche
Le 9 juillet dernier, la salle du conseil de la Ville d'Outremont
a été remplie à pleine capacité par
des citoyens de toutes origines venus demander au maire Jérôme
Unterberg d'en appeler du jugement de la Cour supérieure
légalisant l'installation d'un érouv autour de la
moitié du territoire municipal.
Cette levée de boucliers est en soi un exploit. Surtout
quand on sait combien il est délicat d'aborder des sujets
touchant de près ou de loin à une communauté
dont certains membres ont l'épiderme ultrasensible. De
crainte d'être taxés à tort et à travers
d'antisémitisme, un nombre considérable de citoyens
s'imposent la loi du bâillon et mettent en berne leur droit
légitime et démocratique de débattre de la
place que devraient (ou non) occuper les symboles religieux dans
l'espace public.
A l'hôtel de ville d'Outremont, on a décloué
(avec raison) le crucifix qui trônait au-dessus de l'assemblée.
Au nom du caractère laïc de notre société,
on a également sacrifié, sans aucun problème
de conscience, la prière de début de session. Bravo!
Mais si c'était pour imposer l'érouv en retour,
il y a quelque chose de pas trop catholique là-dessous.
Au cours de cette fameuse assemblée spéciale du
9 juillet, des représentants de la communauté ultraorthodoxe
ont tenté de faire avaler aux citoyens que l'érouv
s'apparentait à un fil à pêche. De toute évidence,
certaines personnes comme l'éditorialiste de La Presse,
Michèle Ouimet, ont goulûment mordu au leurre ultradémagogique.
Une telle comparaison est aussi grotesque que si on disait qu'un
calice est un bol pour mettre des Cheerios! L'érouv est
un symbole puissant. Et le fait qu'il soit peu visible ne change
strictement rien à la réalité. Que je sache,
personne n'a jamais vu Dieu (certains l'attendent encore!), et
on sait ce que les hommes ont fait en son nom au «fil»
des siècles.
Appelons un chat un chat. Les catholiques ont leurs fous de Dieu,
les musulmans ont leurs fous d'Allah et leurs talibans. Pas en
reste, les juifs, eux, ont leurs fous d'Abraham. Faut-il être
antisémite pour qualifier les hassidims d'intégristes?
Mordecai Richler, juif d'origine orthodoxe, ne s'est pas gêné
pour critiquer vertement la communauté au sein de laquelle
il a grandi. Le journaliste montréalais Michel Vaïs,
également juif, milite ouvertement contre l'érection
des érouvs. Et pour cause.
À Montréal, les hassidims qui réclament
leur érouv ne cherchent pas seulement à déjouer
les préceptes de la loi de Moïse (qu'ils prétendent
pourtant vouloir suivre à la lettre!). Ils sont la «filiale»
d'une branche hassidique de New York qui déploie une extraordinaire
activité missionnaire. Ces mouvements hassidiques, loin
d'être majoritaires dans le monde juif pris globalement,
travaillent d'arrache-pied à reconstituer des noyaux communautaires
forts en s'appuyant sur une pratique scrupuleuse de la Loi et,
lorsqu'ils y parviennent, sur un habitat regroupé ou, si
vous préférez, un ghetto (lire le magazine L'Histoire,
n° 224, septembre 1998). En Israël même, «les
hommes en noir» ont pris le contrôle de quartiers
entiers de Jérusalem, harcelant les citoyens juifs non
orthodoxes jusqu'à les faire fuir.
Après l'érouv, que dicteront au maire Unterberg
ces théocrates qui craignent la démocratie comme
la peste tout en s'en servant habilement à leurs fins?
Qu'il ferme les rues le jour du sabbat? Puis les cinémas
et le théâtre Outremont? Les cafés, tant qu'à
y être! Pour sûr, ils remonteront aux barricades pour
refaire interdire les maillots de bain dans les parcs! De la «science
friction», tout ça? Avec un taux d'accroissement
de leur population de plus de 5 % par an, les hassidims sont pressés
d'atteindre une masse critique. Déjà, avec l'ultralaxisme
ambiant, Unterberg et d'autres ferment les yeux sur les synagogues
illégales qui éclosent en zones résidentielles.
Mieux! En prime, ces lieux de culte délinquants sont gracieusement
exemptés de taxes. Contribuables, gardez le sourire!
Et si par malheur, une Céline Forget, citoyenne élue
démocratiquement conseillère municipale d'Outremont,
pousse l'affront jusqu'à dénoncer une synagogue
illégale ou le favoritisme, on la menacera de mort, on
vandalisera sa voiture, on la harcèlera dans la rue, par
téléphone et jusque dans la salle du conseil. So
what? Jérôme Unterberg dira qu'elle est paranoïaque.
Michael Rosenberg, ce bon mécène du clan hassidique
prêchant l'harmonie et la tolérance, la traitera
de raciste, comme il a traité d'extrémistes les
citoyens venus s'exprimer à l'hôtel de ville. Quant
à d'autres, comme l'éditorialiste de La Presse,
Michèle Ouimet, qui écrivait le 20 juillet dernier
qu'une «poignée de citoyens» à la solde
d'un «lobby anti-juif» s'objectent à l'installation
de ce qu'elle appelle «un simple fil de pêche»,
de tels propos s'avèrent une insulte à l'intelligence
et relèvent de la grossière désinformation.
Parions que la conseillère Forget aurait été
nettement mieux accueillie si elle s'était attaquée
à l'intégrisme musulman, hindou ou autre.
Maintenant, dites-moi qui se tient debout? Un maire qui s'accommode
de l'intolérable ou celle qui le combat au prix de tracas
inouïs et d'un traitement de pestiférée? Reste
à voir maintenant si ma prise de position anti-obscurantiste
me vaudra à mon tour les foudres d'un groupe qui prône
tout sauf la tolérance et le multiculturalisme.
Qu’est-ce donc que l’Erouv
? Petit cours de halakha à l’usage des ignorants
Voici les explications fournies par le journal Kountrass Magazine
Porter le Chabbath
L’un des problèmes halakhiques [Halakha, qui vient
du verbe hébreu « leholekh » (aller), désigne
une prescription à suivre dans la législation juive.
Les livres dans lesquels sont énumérées des
nombreuses halakhot sont Choulkhan Orukh, Michnah Brurah et Khaïe
Odom, NDLR Quibla] que l’on rencontre souvent dans les communautés
juives est lié à l’interdiction pendant Chabbath
de porter hors de chez soi. Quoi, juste mettre un mouchoir en
poche serait interdit ? Et comment ferez-vous lorsque vous serez
enrhumé ? Il s’agit là de l’une des
Halakhoth les moins bien comprises de la part de nombreuses personnes
de notre communauté, et il nous faut donc tenter de l’expliquer.
En fait, comme nous allons le voir, cette règle a souffert
des changements survenus dans la structure des communautés
juives au cours des siècles passés !
La première michna du traité Chabbath aborde d’emblée
ce sujet, de la manière la plus pragmatique qui soit. Le
cas traité est celui d’une personne aisée
qui donne une miche de pain à un pauvre se trouvant dans
la rue, à la porte de notre donateur. Cette michna énumère
quatre manières de transmettre le pain dans la main du
mendiant, selon que sa main se trouve dans la maison du riche
ou à l’extérieur, ou que c’est celle
du riche qui dépose le pain dans celle du pauvre ou au
contraire laisse celui-ci l’y prendre, restant elle-même
dans le domaine public. Tous les cas de figure sont interdits,
les uns au titre d’une prohibition de la Tora, avec pour
sanction la peine de lapidation, les autres, au titre d’une
loi édictée par les rabbanan.
Si cette michna est la première du traité Chabbath,
c’est qu’effectivement ces questions de passage d’un
domaine à l’autre sont les plus courantes, et peut-être
les moins évidentes pour le commun des mortels.
Soulignons enfin que le choix par cette michna d’un tel
cas de figure n’est pas indifférent. Il lui permet
en effet de souligner que, malgré l’estime que mérite
une bonne action comme celle accomplie par le riche au profit
du pauvre, ce même geste peut, selon le cas, valoir une
condamnation à mort à l’un ou l’autre
des deux protagonistes pour avoir profané le Chabbath !
Bien entendu, rien n’empêchait le riche d’inviter
le pauvre à venir manger chez lui, dans son domaine…
Voici, sommairement exposées, les lois interdisant le passage
d’un domaine à l’autre le Chabbath, et voici
ce qu’est un ‘érouv ‘hatséroth
(à ne pas confondre avec le ‘érouv tavchilin,
permettant d'effectuer les préparatifs du Chabbath durant
un jour de fête le précédant, le point commun
entre les deux notions étant que l’un et l’autre
a pour vocation de permettre un acte) :
La Tora distingue deux domaines essentiels le Chabbath : le domaine
privé (rechouth haya‘hid) et le domaine public (rechouth
harabim). A ces deux domaines, s’en ajoutent deux autres,
neutres quant à eux, le carmélith (qui est formé
de tout domaine public auquel il manque l’une ou l’autre
des conditions exigées pour qu’il soit considéré
comme tel), et le maqom patour, défini comme étant
un endroit neutre (ni privé, ni public), ne ressemblant
à aucun des cas cités, comme le sommet d’une
colonne (à moins d’un mètre, et d’une
surface inférieure à 4 coudées sur 4, soit
environ 2 m), etc.
La définition du domaine privé n’est pas compliquée
: il s’agit de toute enceinte privative, entourée
de murs ou de parois quelconques et ayant une surface d’environ
2 m au moins. Le domaine public doit être d’une largeur
d’au moins 16 coudées (env. 9 mètres) et doit
passer d’une partie à l’autre de la ville (mefoulach).
Selon certains avis – et nous attirons tout particulièrement
l’attention de nos lecteurs sur cette condition, car c’est
d’elle que dépend tout le problème de nos
villes actuelles – il faut également que 600 000
personnes y passent chaque jour.
Deux sortes d’actes sont interdits dans ce cadre précis
: faire passer un objet d’un domaine à l’autre,
et transporter un objet quelconque sur plus de 4 coudées
(un peu plus de 2 mètres) dans la rue.
Cet interdit concerne n’importe quel objet, que ce soit
une aiguille, même glissée dans le revers d’un
habit comme le font les tailleurs, ou un mouchoir porté
dans la poche.
A ce niveau-là, la situation est donc simple : interdiction
de porter hors de la maison, et interdiction de ramasser un quelconque
ballon dans la rue et de le porter, voire de le lancer à
plus de 2 mètres de soi.
Tout le problème commence parce que la Halakha, au moins
déjà du temps de la Michna, s’est efforcée
d’aider les gens dans leur existence quotidienne !
Jadis en effet, dans la majorité des cas, les villages
et les villes étaient conçus en sorte que la plupart
d’entre eux ne formaient pas de rechouth harabim. Rares
étaient les avenues larges de 8 mètres, rares étaient
les rues qui traversaient de part en part les agglomérations,
sans parler de l’exigence d’un passage de 600 000
personnes par jour, bien évidemment inconcevable dans la
majorité des lieux habités.
Il était donc possible d’élargir le domaine
privé à l’ensemble du village, voire de la
ville, non sans que certaines conditions aient été
mises en place. Il faut, bien entendu, que l’agglomération
soit entièrement entourée de murs, et l’on
exige que les Juifs qui y résident aient déposé
ensemble un pain dans un lieu servant à tous, comme une
synagogue, afin de former réellement une seule unité,
ce pain étant considéré symboliquement comme
pouvant être servi à un repas pris en commun. Il
faut surtout, enfin, que les non-Juifs de l’agglomération
donnent leur accord.
C’est ce que l’on appelle un " ‘érouv
‘hatséroth ".
Dans la pratique, cependant, cette possibilité est devenue
de moins en moins envisageable :
– Les murs de l’agglomération peuvent être
réels ou fictifs : il peut s’agir de murailles réelles,
mais il est possible d’appuyer un ‘érouv sur
une fermeture halakhique et non physique. La Halakha considère,
dans divers cas, qu’un fil tendu sur deux poteaux peut servir
de fermeture (incidences possibles : séparation entre un
champ de céréales et un verger pour éviter
que les deux végétaux, la vigne et les blés,
ne poussent ensemble, ce qui est interdit, etc.) ; on peut aussi
tendre sur des poteaux trois fils séparés du sol,
les uns des autres de moins de trente centimètres, et atteignant
ainsi une hauteur de un mètre.
Dans les villes d’Israël, c’est la première
méthode qui est le plus souvent employée. C’est
ainsi que l’on peut voir de nombreuses agglomérations
entourées de systèmes de ce genre, que l’on
peut distinguer grâce à un signe annonçant
qu’ils servent de ‘érouv. Il faut, en effet,
que des inspecteurs puissent, le vendredi, en faire le tour pour
vérifier qu’il est demeuré intact. Leur promenade
s’étendra parfois, comme à Tel Aviv ou à
Jérusalem, sur plusieurs centaines de kilomètres.
Il peut arriver en conséquence qu’un ‘érouv
soit déclaré non valable pour un Chabbath déterminé,
et qu’il soit interdit de porter dans la ville – surtout
lorsque, comme cela arrive souvent, des travaux effectués
au courant de la semaine ont détérioré le
‘érouv d’une manière trop sérieuse
pour que les dégâts puissent être réparés
en quelques heures.
On pourra, dans certains cas, se servir, pour un ‘érouv,
d’un remblai de chemin de fer, d’un boulevard périphérique
situé en hauteur, de rivières ou d’une mer
formant comme une " muraille " autour de la ville. Nous
verrons plus loin cependant que d’autres considérations
font qu’un ‘érouv autour de villes comme Strasbourg,
Paris (!) ou même d’une île comme la Grande-Bretagne
est difficilement valable.
– L’une des conditions importantes pour un ‘érouv
est qu’il exige l’accord de tous les habitants de
la ville, Juifs et non-Juifs, pour être utilisable ! Il
n’est pas du tout facile de la remplir : devra-t-on parcourir
la ville pour leur expliquer le problème et recueillir
leur assentiment ?
Dans la pratique, on se tourne vers les administrations municipales
et l’on sollicite leur autorisation, et ce en considération
des pouvoirs dévolus aux maires et aux préfets,
à la police, à l’armée ainsi qu’aux
pompiers.
Disons cependant, sans entrer dans les détails, que même
en Erets Israël la législation change à ce
sujet, et que le rav Eliyachiv a déclaré récemment
qu’à la suite d'un arrêt de la Cour suprême
cette formule est devenue moins probante et que les divers ‘érouv
reposant sur cette option sont devenus moins sûrs qu’auparavant.
– Une autre difficulté rencontrée pour l’installation
d’un ‘érouv dans les grandes villes est liée
à une autre condition énoncée plus haut,
celle du passage quotidien de 600 000 personnes pour en faire
un domaine public. S’il faut qu’une telle quantité
de personnes passent dans l’artère principale de
la ville, il est possible de mettre en place un ‘érouv
dans la plupart des agglomérations du monde – excepté
les grandes capitales, telles Paris et Londres, où l’on
peut facilement trouver une telle foule dans les grandes artères.
Et, dès lors, il est probable qu’il n’est pas
possible non plus de concevoir un ‘érouv local, dans
un arrondissement donné, parce que toutes les rues de ces
villes prennent la dénomination de " rechouth harabim
" de la Tora 63. Par contre, si cette condition n’est
pas exigée, la plupart des villes du monde ne forment pas
de domaine public, et il est possible d’y organiser un ‘érouv.
Cette question fait l’objet depuis plusieurs siècles
d’un grand débat entre les auteurs. Nous ne pouvons
que renvoyer le lecteur à ce qu’écrivent à
ce propos les deux ouvrages qui ont repris le débat dans
les dernières générations, le Michna Beroura
et le ‘Aroukh haChoul’han 64, le premier étant
d’avis qu’il est impossible d’installer un ‘érouv
dans la plupart de nos villes, cette condition concernant le nombre
de personnes qui s’y déplacent n’étant
pas retenue selon lui.
L’un des arguments invoqués par le Michna Beroura
est le fait que lorsque Roch haChana ou Pourim tombent un Chabbath,
nos Sages ont interdit l’usage du Chofar ou la lecture de
la Meguila de peur que l’on en vienne à transporter
ces objets dans la rue et que l’on transgresse le Chabbath.
Or, s’il faut que 600 000 personnes se déplacent
dans la rue centrale de la ville, rares sont les cas où
un tel risque sera réel, de sorte que l’on ne comprend
plus pourquoi nos Sages ont édicté cette règle
dans tous les cas en présence d’un risque aussi improbable.
Si, en revanche, il n’est pas exigé une telle affluence
dans l’artère principale, cette crainte deviendra
bien plus fondée.
Tout cela, donc, représente l’aspect théorique
du problème.
Sur le terrain, quand les Juifs des petits villages d’Europe
Centrale ou d’Afrique du Nord sont arrivés dans les
grandes villes, en France ou ailleurs, ils avaient l’habitude,
importée de leur lieu d’origine, de porter le Chabbath.
Comment leur faire comprendre que dans des lieux comme Djerba
un ‘érouv avait effectivement été installé,
mais qu’à Paris…
De fait, la Halakha exige que l’on laisse toujours comme
" souvenir " une partie de la ville dépourvue
de ‘érouv, afin que les gens sachent que l’on
ne peut porter que grâce à cette installation. Mais,
pour diverses raisons, cette précaution a été
rarement suivie.
Dans la pratique, on ne trouvera que rarement, à l’étranger,
un ‘érouv digne de confiance, si ce n’est parfois
dans des petites communautés.
On porte depuis longtemps à Strasbourg, en se basant sur
diverses cloisons dépendantes de conjonctures locales (voies
de chemin de fer surélevées, rivières, murailles
fortifiées), mais comme vu plus haut, il est assez difficile
de se fier à un tel ‘érouv.
A Londres, des initiatives de création d’un ‘érouv
local ont rencontré d’énormes difficultés
– ne relevant pas seulement de questions de Halakha.
En Erets Israël, la plupart des villes ont un ‘érouv,
voire plusieurs, comme à Jérusalem, où les
organismes de cacherouth comme celui de la ‘Eida ha‘harédith
ou des initiatives privées propres à certains quartiers
ont organisé un ‘érouv à usage interne.
La plupart des gens en Erets Israël portent le Chabbath –
dès lors que les responsables du ‘érouv n’ont
pas annoncé, à l’approche d’un Chabbath
donné, l’existence d’une contre-indication.
Il faut savoir qu’il y a encore nombre d’autres problèmes
que la réalisation d’un bon ‘érouv implique,
et la conclusion du Michna Beroura est qu’il vaut mieux
éviter d’utiliser tout ‘érouv que ce
soit (signalons par exemple l’avis du Rambam selon lequel
il faut au moins une muraille entourant la majorité de
la ville – ce qui pouvait exister dans les " mellahs
" d’Afrique du Nord ou dans les ghettos achkenazes,
mais pas dans les villes modernes).
Source : http://kountras.magic.fr/k80b.htm