Les diables de la France vus de Mars...
Entretiens réalisés par Meriem Laribi, journaliste
martienne. Source : http://lesogres.org,
22 décembre 2005
1 -
Janvier 2004. Les gratte-papiers hystériques se calment
enfin un peu. Tariq Ramadan est en partance pour les États-Unis
et la loi sur la laïcité va être votée.
Ouf, on respire enfin ! La République n’est plus
en danger. Celui qui « voulait islamiser la France »
va quitter l’Europe, les autres seront exclues si elles
résistent. On peut enfin dormir tranquille. Depuis la découverte
de l’eau sur Mars, nous avons reçu en France des
habitants de cette planète qui s’étonnent
quelques peu des soucis de notre République. Voici donc,
pour exemple, une interview de la France, réalisée
par une journaliste martienne pour la chaîne tm1.
Mais qui est donc ce dangereux Tariq Ramadan ?
Tout d’abord, c’est un homme, donc par définition
pas féministe. Il est arabe, alors il a forcément
des tendances islamistes. Il est aussi barbu, ce qui est la première
définition du terroriste. Enfin, il est très intelligent
et, là, pour nous, c’est l’apocalypse. Les
Arabes, nous avons pris l’habitude de parler pour eux. Donc
monsieur Ramadan et ses semblables seraient priés de se
mettre en veilleuse parce que là, ça ne va plus
du tout. Qu’est-ce que c’est que ces manières
de venir perturber nos idées reçues sur les Arabes
en général et les musulmans en particulier ? Depuis
quand « le monde musulman n’est pas homogène
» ? Depuis quand l’Islam n’est pas synonyme
d’archaïsme et de sous-développement ? Depuis
quand les musulmans de France sont-ils Français ? Et d’abord
depuis quand un Arabe maîtrise-t-il la langue de Molière
?
Eh bien, depuis que la République s’en est allée
« civiliser » les bougnoules de l’autre côté
de la Méditerranée, depuis qu’elle a semé
le sous-développement chez eux, depuis qu’ils sont
venus construire la France, mais surtout, depuis que les bougnoules
en question ont fait des enfants français.
Français... je n’irai pas jusque là quand
même ! Ils ont encore des têtes d’Arabes, des
cheveux frisés, des idées bizarres et ils menacent
la laïcité. En plus, ils sont encore attachés
à leurs pays d’origine et jeûnent encore pendant
le ramadan - d’ailleurs en parlant de Ramadan, il est grand
temps qu’il s’en aille celui-là. Bref, «
si vous ajoutez à cela, le bruit et l’odeur »...
Ils ne doivent pas avoir des origines très gauloises ceux
là. Et maintenant, même leurs femmes s’y mettent
: aujourd’hui, ça veut porter le foulard et demain
la Tour Eiffel sera transformée en minaret et adieu la
laïcité, adieu la République !
Mais au fait, qu’est-ce que la laïcité ?
Eh bien c’est l’interdiction de porter le foulard,
pardi !
Beau programme ! Et la liberté de conscience, qu’en
faites-vous ?
La liberté de conscience ? Un Arabe n’a pas de liberté
de conscience et sa femme, sa fille ou sa sœur n’en
ont encore moins. Elles sont soit forcées, soit soumises,
soit embrigadées. Nous avons le devoir de protéger
ces pauvres filles qui ne savent pas réfléchir correctement.
Et comment allez-vous vous y prendre ?
Eh bien on va légiférer. Nous allons voter une loi
qui dira : « soit vous réfléchissez correctement,
c’est à dire comme nous, soit vous êtes exclues
». De toutes manières, elles seront exclues tôt
ou tard, donc quel est le problème ?
Revenons sur le cas de Tariq Ramadan, qu’est-ce qui vous
préoccupe à son propos ?
Il est arabe, il est musulman pratiquant, il le revendique et
en plus il n’est ni Beni Oui-Oui, ni terroriste.
Mais encore ?
Il est philosophe, connaît tous ses classiques et maîtrise
l’histoire de notre civilisation et de la sienne.
Et alors ?
Et alors, ça prouve bien qu’il est louche, ça
ne vous suffit pas ?
Non !
Eh bien on continue : il dit aux musulmans de France de ne pas
avoir honte de leur religion et d’affirmer leur citoyenneté
française. Mais c’est anticonstitutionnel, rendez-vous
compte !
Et ils l’écoutent ?
Ils sont complètement fanatiques ! Le fanatisme de toutes
les manières doit être inscrit dans leurs gènes.
Dès qu’il donne une conférence, c’est
des centaines de personnes qui viennent l’aduler. Nous sommes
obligés d’annuler à la dernière minute
les salles qu’il a réservées par peur de troubles
à l’ordre public, obligés de lui interdire
la parole. C’est la démocratie qui l’exige.
A-t-il déjà appelé ou sous-entendu inciter
les gens à troubler l’ordre public ?
Non, mais on ne sait jamais ! Vous savez, chez ces gens là,
le double discours, ça fonctionne très bien.
Double discours ?
Bien sûr ! Le problème, c’est qu’il n’y
a qu’entre eux qu’ils se comprennent ces gens là.
Tariq Ramadan dit « il faut promouvoir la paix » et
« encourager la non-violence », et eux ils comprennent
« il faut se rallier à Ben-Laden » et «
s’engager dans la Guerre Sainte ». Tout cela est codé,
il faut être initié pour comprendre !
Vous voulez dire que c’est une sorte de gourou, de sorcier
?
Absolument ! Ses origines africaines doivent y être pour
quelque chose. D’ailleurs, sa famille présente des
symptômes très révélateurs : son grand-père
était un islamiste, son père un intégriste
et son frère est un apprenti terroriste à mi-temps.
Et lui ? Il est quoi ?
Lui, eh bien le mélange de tout cela avec une pincée
de vice, un zeste de double discours, une bonne dose d’ambition
et beaucoup d’intégrité.
Intégrité ? Je pensais qu’il était
« intégriste » ?
Ah oui pardon ! C’est ce que je voulais dire, c’est
un intégriste, absolument.
Donc, récapitulons : selon vous, monsieur Ramadan est donc
accusé d’être arabe, musulman, intelligent,
captivant et promoteur de diversité. Tout le reste n’étant
visiblement que le fruit de vos suppositions racistes.
Ce ne sont pas des suppositions, simplement des certitudes qu’on
ne peut pas prouver. Et puis nous ne sommes pas racistes. La preuve,
c’est que nous avons nommé un Préfet musulman
au nom de la « discrimination positive ».
« Discrimination » « positive » ? Mais
ce sont deux termes antinomiques ?
Pourquoi ?
Mais enfin ! « Discrimination » est synonyme de racisme
et racisme est un terme négatif de nos jours...
La preuve que non : il y a un Préfet musulman en France
aujourd’hui. Donc « discrimination » est désormais
un terme positif.
Qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre ! Revenons à
Ramadan, vous n’avez donc rien contre lui concrètement
?
Si. Il est antisémite.
Ah... Et quelle est la preuve ?
Il a écrit un article en désignant des intellectuels
comme étant juifs.
Et ils le sont ?
Oui.
Donc, où est le problème ?
Quand on dit qu’un Juif est juif, c’est de l’antisémitisme.
Donc vous, vous êtes raciste et islamophobe ?
Non.
Vous appelez toujours Tariq Ramadan « intellectuel musulman
ou d’origine égyptienne ». Vous rappelez sans
cesse son appartenance religieuse ou communautaire. Donc, si je
suis votre raisonnement, si dire qu’un Juif est juif c’est
de l’antisémitisme, donc, dire qu’un Arabe
est arabe, qu’un Musulman est musulman, c’est du racisme,
de l’islamophobie.
Ah non, ce n’est pas la même chose !
Pourquoi ?
Parce que les Juifs ont connu la Shoah, madame ! Six millions
de morts, madame !
C’est horrible en effet mais dites-moi, connaissez vous
le nombre des victimes arabes et musulmanes pendant le siècle
et demi de colonisation française ?
Non, mais bon... Là n’est pas le problème.
Et puis nous devons vous quitter maintenant.
Une dernière question : quels sont les problèmes
actuels de la France ?
Tariq Ramadan et le foulard islamique. À part ça,
tout va bien. Mais les choses vont s’arranger : monsieur
Ramadan est en partance et la loi contre le foulard va bientôt
passer.
Vous n’aurez donc plus de problèmes ?
Tout à fait. D’ailleurs, on dit qu’un pays
qui n’a pas de problèmes n’est pas un pays.
Heureusement, en ce qui nous concerne, nous n’aurons bientôt
plus de problèmes !
PS : Depuis l’entretien, la journaliste martienne qui comptait
immigrer dans notre pays a préféré retourner
hiberner dans les eaux glacées de sa planète natale,
en attendant des jours meilleurs sur Terre. (NDLR)
2 -
Décembre 2005. Comme il y a une pénurie d’eau
sur Mars, la journaliste martienne qui nous avait rendu visite
il y a deux ans est à nouveau de passage sur terre pour
remplir ses bouteilles et s’enquérir des soucis de
notre République. Elle rencontre donc pour la seconde fois
la voix de la France pour la télévision martienne
tm1.
Comment allez-vous chère amie ? La dernière fois
que nous nous étions vues, vous étiez pleine d’espoir
de changements pour votre pays, qu’en est-il maintenant
?
De grâce, ne m’en parlez pas. Non seulement Tariq
Ramadan n’a pas quitté l’Europe parce que Bush
a préféré nous le laisser gratos pour cause
de Patriot Act. « Chacun se démerde avec ses intégristes
» qu’il nous a dit, mais en plus y a eu un nouveau
spécimen qui est apparu depuis et alors là franchement
je n’en peux plus, s’il faut en gérer plusieurs,
moi je dis non, stop, ça suffit, ce n’est plus possible.
Mais qui est donc ce nouveau trublion qui vous préoccupe
tant ?
Oh la la, ne m’en parlez pas ! Si vous saviez ! Nous l’avions
gentiment domestiqué dans le milieu du show-business depuis
des années, il passait à la télé,
il faisait rire les gens, un vrai bouffon quoi ! Bon, il se débattait
déjà un peu, il y avait des signes avant-coureurs,
c’est vrai, mais nous n’avons pas voulu voir et un
jour, d’un coup d’un seul, sur un plateau télé,
pétage de câbles en direct à la télévision
: lui aussi se met à critiquer le sionisme et Israël
et de manière encore plus virulente que Ramadan. Sur le
service public ! Rendez-vous compte ! A n’y rien comprendre
franchement ! Qu’est-ce qui lui manquait ? Il était
privilégié par rapport à ses semblables,
il passait à la télé, il gagnait du pognon,
les gens l’aimait bien et d’un coup, hop, monsieur
n’est plus content et il tape sur son bienfaiteur, le sioniste
! Ah le nègre est ingrat...
Le nègre ?
Dieudonné M’bala M’bala qu’il s’appelle
l’animal. Alors bon, les arabes, on savait que c’était
des têtes de mules mais alors là, si les négros
s’y mettent aussi, on n’est pas sortis de l’auberge,
moi je quitte le navire, je vous le dis tout de suite.
Mais vous avez essayé de l’arrêter ?
Si on a essayé ? On a tout essayé madame ! Déjà,
les méthodes habituelles : comme pour Ramadan, on lui a
retiré toutes les salles dans lesquelles il devait se produire.
On lui a fermé tous les robinets, on lui a coupé
le son aussi, interdit d’ouvrir la bouche pour répondre
aux attaques de nos chiens de garde. Le principe est de le laisser
se faire lyncher sans pouvoir répliquer. Ah ben oui, parce
que plus on le laissait ouvrir la bouche, plus il nous crachait
dessus, indomptable ces bêtes là. Donc, on n’avait
plus qu’une seule solution, la camisole de force et le bâillon
à vie. Il n’y avait que ça à faire.
Malgré tout ça, il a continué à se
déchaîner dans des sphères plus restreintes
alors là, ce n’était plus possible, obligés
d’utiliser le plan B, on l’a surpris à 4 dans
le dos (comme on fait d’habitude) dans un parking et on
lui a cassé la gueule. Si ça l’a calmé
? Vous plaisantez ? C’est tenace ce genre d’énergumène.
En plus on a un peu déconné, on a fait ça
en territoires d’outre-mer, on n’avait pas calculé
tous ses compères indigènes de là bas. Tout,
on a tout essayé ! Rien à faire, il ne reste plus
que la liquidation physique mais bon, ça on peut pas, ils
risquent de mal le prendre et ils sont nombreux, c’est ça
le problème, ils se reproduisent tellement vite, c’est
de la folie ! Ah oui le nombre, c’est la seule arme qu’ils
possèdent. Vous imaginez si ils se mettent à tout
casser après ça ! On sera obligé de passer
à la solution finale...
C’est dans vos projets ?
Bien entendu mais on attend encore un peu, on va y aller doucement,
discrètement. Immeuble par immeuble... Avion par avion...
discrètement, on a le temps !
Mais là, vous êtes tranquilles puisqu’il n’a
plus accès au grand public ?
Vous plaisantez, déjà l’année dernière,
il avait rempli le Zénith de Paris. Oui oui : 5000 antisémites
venus applaudir le fils d’Hitler... et cette année,
il récidive. Le 22 décembre, il y est à nouveau.
S’il est antisémite, vous avez du le faire condamner
en justice ?
La justice, c’est de la merde !
Comment ça ?
Rien, zéro, on a perdu tous les procès qu’on
lui a intenté, combien de procès ? euh, vingt...
Mais ça ne compte pas parce que la justice de ce pays,
c’est de la merde. On va s’en occuper d’ailleurs.
Je comprends que lorsqu’on s’enrichit avec l’injustice,
on voit la justice comme un ennemi...Mais bon, si il a gagné
20 procès, il ne doit pas avoir de sérieuses filiations
avec le 3ème Reich, non ?
Je vous dis que si ! Prenez l’habitude de ne jamais me contredire
!
Mais donnez-moi au moins un exemple de son antisémitisme
?
Mille exemples si vous voulez, tiens, voilà, son grand
truc, c’est qu’il veut qu’on commémore
l’esclavage, la traite négrière, le colonialisme,
etc. comme on commémore la Shoah ! Vous vous rendez compte
un peu ? ça c’est l’apogée de l’antisémitisme.
Même Hitler n’a pas demandé ça !
Ben c’était pas son boulot je crois ! Puis, c’est
un peu anachronique ce que vous racontez... Bref, mais pourquoi
ne pas commémorer les autres crimes de la même manière
que la Shoah ?
Parce qu’on ne touche pas à six millions de morts
madame ! Jamais !
Mais qui a parlé d’y toucher ?
Si on se met à commémorer les bougnoules et les
négros comme on commémore les juifs, on touche à
six millions de morts madame ! Jamais !
En quoi ça les touche, les six millions de morts ?
Parce que ça voudrait dire qu’il y a eu d’autres
drames humains. Or il n’y en a pas ! et quand bien même
il y en aurait, on s’en fout pour tout vous dire !
Comment ça « on s’en fout » ? ce n’est
pas normal ce que vous dites ? et l’égalité
et la fraternité, vous en faites quoi ?
Alors, là, je n’en peux plus, si même les martiens
s’y mettent, où va-t-on ? L’égalité,
la fraternité, ok mais on a pas dit avec qui, eh oui, renseignez-vous
madame, on n’a pas précisé !
A suivre...
P.S : Toute ressemblance avec une situation réelle ou
du déjà vu est fortuite.
P.S 2 : « un peu d’humour n’a jamais fait de
mal... »
P.S 3 : Je fais ce que je veux !
« Nous sommes engagés dans
un combat très fort » : Alain Juppé rencontre
les leaders de la Communauté juive du Québec
par ELIAS LEVY, The Canadian Jewish News, 8 décembre 2005
L’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères
français, Alain Juppé, tient à rassurer la
Communauté juive du Québec.
L’actuel président de la République française,
Jacques Chirac, dont il a été un des plus proches
collaborateurs durant de nombreuses années, les membres
de son gouvernement et toutes les institutions publiques hexagonales
sont en première ligne pour lutter vigoureusement contre
l’antisémitisme.
En France, ce fléau, issu essentiellement des milieux arabo-maghrébins,
n’a cessé de proliférer depuis l’automne
2000, date de l’éclatement de la seconde Intifada
palestinienne.
C’est ce qu’a reitéré, à plusieurs
reprises, Alain Juppé au cours d’une rencontre avec
un groupe de leaders des principales institutions juives de Montréal.
L’ex-Premier ministre et son épouse, Isabelle, ont
été les hôtes d’un déjeuner offert
en leur honneur, à la FÉDÉRATION CJA, par
le leadership de la Communauté juive.
Avant de rencontrer les principaux leaders de la FÉDÉRATION
CJA, du Comité Québec-Israël, du Congrès
Juif Canadien-Région du Québec et de de la Communauté
sépharade unifiée du Québec, le couple Juppé
visita le Musée de l’Holocauste de Montréal.
Dans ses Blog-Notes (www.al1jup. com), Alain Juppé a relaté
sa visite du Musée de la Shoah, qui l’a profondément
bouleversé.
La récente publication dans le quotidien anglophone National
Post d’une série de trois articles, intitulée
France’s Jewish Exodus -L’Exode juif de France-, l’a
grandement surpris par sa teneur peu nuancée et fort alarmiste.
“Pas une seule ligne dans ces articles ne mentionne les
actions et les mesures très importantes prises ces dernières
années par le gouvernement français pour combattre
l’antisémitisme”, constata-t-il.
Il est indéniable qu’il y a, et qu’il y a toujours
eu, de l’antisémitisme en France, ajouta-t-il. Mais,
ce fléau funeste est réapparu aussi avec force dans
d’autres grands pays démocratiques, s’empressa-t-il
de rappeler. Pour corroborer ce constat, il égrena quelques
statististiques provenant d’enquêtes menées
par l’Anti-Defamation League (ADL). En 2002-2003, les actes
antisémites ont augmenté de 17% aux États-Unis.
En 2004, les exactions antisémites se sont accrues de 42%
en Grande-Bretagne…
“Je ne veux pas nier, ou minimiser, ce grave phénomène.
Je tiens simplement à vous dire que la France ne s’est
pas résignée à l’antisémitisme.
Nous le combattons avec la plus grande énergie. Apparemment,
nous enregistrons quelques résultats positifs. Lorsqu’on
vous dit que la France ne fait rien pour combattre l’antisémitisme,
ou qu’elle banalise ou minimise cette plaie, ce n’est
pas vrai! Nous sommes engagés dans un combat très
fort. Je ne dis pas que ça marche à 100%.”
Alain Juppé est bien conscient du malaise qui sévit
depuis quelques années dans la Communauté juive
de France.
“ Je comprends parfaitement l’angoisse que ressent
la Communauté juive française. Je sais que depuis
quelque temps les demandes d’immigration au Canada, aux
États-Unis et en Israël ont augmenté. Je suis
conscient de tout cela. Pour la France, c’est un grand défi.
Nous sommes déterminés à combattre ce phénomène
morbide qu’est l’antisémitisme. À l’exception
de l’extrême droite et des mouvements d’extrême
gauche, qui au nom de leur solidarité avec les Palestiniens
minimisent les actes antisémites, la plupart des formations
politiques françaises sont engagées dans ce combat
crucial pour l’avenir de notre pays.”
Selon lui, le Président Jacques Chirac et les gouvernements
qui se sont succédé ces dernières années
à Matignon ont fait preuve d’une résolution
inébranlable pour endiguer l’antisémitisme.
Pour preuve: la politique draconienne, ayant comme credo: “tolérance
zéro”, qu’ils ont sciemment mise en oeuvre.
“Il ne faut pas oublier la déclaration publique,
extrêmement forte, faite par le Président Chirac
le 17 novembre 2003: “Toute attaque contre un Juif français
est une attaque dirigée contre la France”, rappela-t-il.
Alain Juppé est offusqué lorsqu’il entend
des contempteurs de la France reprocher à Jacques Chirac
d’éluder, ou banaliser, l’antisémitisme.
“Il est vrai que j’ai des relations presque filiales
avec le Président Chirac. Cela ne m’empêche
pas d’avoir les yeux ouverts, ni de porter un jugement lucide.
Là, je pense franchement qu’on lui cherche une mauvaise
querelle. On ne peut pas lui faire ce reproche. Lorsque le Président
déclare que “tout acte dirigé contre un Juif
français est un acte dirigé contre la France entière”,
c’est qu’il reconnaît qu’il y a de l’antisémitisme
en France. S’il ne l’avait pas reconnu, il n’aurait
pas fait cette déclaration. Si nous essayions de banaliser
ce phénomène abject, nous n’aurions pas fait
tout ce que nous avons fait depuis quelques années pour
le combattre.”
La France, poursuit-il, ne s’est pas contentée d’émettre
des déclarations lénifiantes. Elle a agi à
trois niveaux.
1- Renforcement de la législation visant à combattre
et à sanctionner sévèrement les actes antisémites.
Depuis 2003, des sanctions beaucoup plus fortes sont imposées
aux auteurs d’actes racistes, antisémites et xénophobes.
Depuis 2004, des procureurs spéciaux ont été
nommés pour traiter les cas de racisme et d’antisémitisme.
Dans chaque Cour d’appel, il y a désormais un magistrat
référent spécialisé dans la poursuite
contre les actes d’antisémitisme. En juillet 2004,
le Parlement français a adopté une loi renforçant
les sanctions contre les actes de racisme et d’antisémitisme
dans les médias. Loi qui a permis que la chaîne de
télévision antisémite, Al Manar, diffusant
à partir du Liban, soit interdite en France. En novembre
2003, une loi spéciale a créé un Comité
interministériel, présidé par le Premier
ministre, pour lutter contre le racisme et l’antisémitisme.
2- Des mesures ont été prises aussi au niveau de
l’Éducation. Dans toutes les écoles, il y
a aujourd’hui des équipes spécialisées
chargées d’identifier et combattre les incidents
antisémites. Une Brochure républicaine expliquant
aux élèves les méfaits pernicieux de l’antisémitisme
et du racisme est distribuée dans toutes les écoles
de France…
3- Troisième axe important de cette politique visant à
combattre l’antisémitisme: une coopération
étroite avec l’Union Européenne, le Conseil
de l’Europe, l’OSCE (l’Organisation pour la
sécurité et la coopération en Europe) et
les Nations Unies pour engager un certain nombre d’actions
internationales pour juguler l’antisémitisme.
Au cours de la période de questions, on demanda à
Alain Juppé si la Justice française n’avait
pas connu quelques dérapages dans le traitement de l’épineux
dossier de l’antisémitisme? Sa réponse fut
catégorique.
“On ne peut pas dire ça! Je crois que les tribunaux
et les policiers français appliquent très fermement
les instructions qu’on leur donne. Je ne dis pas qu’il
n’y a pas un seul policier antisémite en France.
Mais, mis à part quelques milieux radicaux d’extrême
droite et d’extrême gauche, la classe politique et
la société civile françaises sont fermement
engagées dans ce rude combat. L’antisémitisme
est un poison tenace qu’il faut éradiquer. Je comprends
que certains de nos compatriotes juifs se sentent mal à
l’aise. Mais, je peux vous assurer qu’il n’y
a pas de complicité ni d’indulgence de la part des
pouvoirs publics en ce qui a trait à l’antisémitisme.
Par ailleurs, des instituions juives, dont le CRIF -institution
représentative politique du judaïsme français-,
travaillent en étroite coopération avec le gouvernement.
Il n’y a pas eu une rupture du dialogue entre les organismes
de la Communauté juive et les pouvoirs publics français.
Au contraire, ils travaillent main dans la main, aussi bien au
niveau national que municipal. En tant qu’ancien Maire de
Bordeaux, je peux vous l’affirmer.”
D’après Alain Juppé, la politique de lutte
contre l’antisémitisme menée par le gouvernement
français commence à donner des résultats
probants: de janvier à la fin septembre 2005, les actes
antisémites en France ont diminué de 50%.
“Vous allez me dire que les années précédentes
les actes antisémites ont augmenté de 100%! Il semble
que la tendance s’est inversée. Même le Premier
ministre d’Israël, Ariel Sharon, l’a reconnu
lors de son dernier séjour en France, en juillet 2005.
Il a alors déclaré: “Dans la le domaine de
la lutte contre l’antisémitisme, la France est un
exemple à suivre par les autres pays européens”.
Des déclarations de ce type ne sont pas fréquentes
dans la bouche de Sharon. Il avait dit l’inverse quelques
mois auparavant.”
Alain Juppé a aussi commenté les incidents qui ont
embrasé dernièrement plusieurs villes françaises.
“Ces événements ont eu des répercussions
très importantes, pas seulement en France, mais dans le
monde aussi. Je suis navré de voir comment l’image
de la France en a souffert. Là aussi, il faut relativiser
un peu les choses. Du Québec, lorsque je regardai la télévision
de Radio-Canada, je me disais: “On ne peut plus sortir à
Paris. Toute la France est à feu et à sang”.
J’ai beaucoup d’amis et de la famille à Paris.
On leur a téléphoné. Ils nous ont confirmé
que dans la quasi totalité des villes et des quartiers
de France c’était business as usual. Il y a une cinquantaine
de quartiers où ça a chauffé. Je ne dis pas
cela pour minimiser ces événements sinistres, mais
pour les relativiser.”
Dans une démocratie, poursuit-il, de tels actes sont inacceptables.
“On on a beau être au chômage ou vouloir protester
contre la façon dont le gouvernement nous traite, ce ne
sont pas des raisons pour brûler des voitures, des écoles,
des institutions publiques… La priorité des priorités,
c’était de rétablir la loi et l’ordre.
Aujourd’hui, apparemment, les choses sont en train de rentrer
dans l’ordre. Mais, il ne suffit pas de rétablir
l’ordre, il faut s’interroger sur les racines profondes
de cette crise. Pour le modèle d’intégration
à la française, c’est un véritable
défi.”
Selon lui, une des raisons majeures de la crise actuelle c’est
le chômage.
“Il faut que la société française change
ses comportements. Toutes les lois possibles et imaginables ne
régleront pas ce problème si nous n’acceptons
pas de vivre ensemble avec les communautés qui se sentent
marginalisées.”
Dans la deuxième partie de son allocution, Alain Juppé
livra ses réflexions sur les relations entre la France
et Israël et les perspectives futures du processus de paix
israélo-palestinien.
Nous vous rendrons compte de ses analyses sur ces deux sujets,
toujours d’une brûlante actualité, dans un
prochain article.
In a meeting with Montreal Jewish leaders, Alain Juppé,
former prime minister of France, spoke about anti-Semitism in
his country.
Rafale de plaintes du MRAP : contre William
Goldnadel, Malek Boutih et Alain Finkielkraut
Le 2 décembre 2005, William Goldnadel, chroniqueur sur
Radio J, a tenu, à l'antenne, les propos suivants :
« Au nom du principe de la disqualification dont je vous
entretenais lors de ma précédente chronique, il
convenait de disqualifier Alain Finkielkraut comme il convenait
de disqualifier Nicolas Sarkozy, pour les exclure d'un débat
qui devenait trop démocratique. L'occasion était
si tentante : Finkielkraut : trop talentueux, trop insoupçonnable,
trop attaché à Israël. Je ne lui ferai qu'un
seul reproche, c'est d'avoir présenté ses excuses
au micro de Jean-Pierre Elkabbach. S'excuser de quoi ? D'avoir
dit trop crûment les choses ? S'excuser auprès de
qui ? Auprès de la racaille - oui, la racaille ! - et de
ses défenseurs extatiques ? Peut-être auprès
du MRAP, de Mouloud Aounit, l'ami de Ramadan, le compagnon de
route des islamistes, celui qui va dans les manifestations où
l'on crie « mort aux juifs ». ? »
Ces propos gravement diffamatoires conduisent Mouloud Aounit
à porter plainte contre William Goldnadel. Ce dernier distille
volontairement des propos insultants à l'égard du
Président du MRAP qui ont déjà fait l'objet
d'une condamnation à l'encontre d'Arno Klarsfeld. Le MRAP
et Mouloud Aounit interpellent le Conseil Supérieur de
l'Audiovisuel afin qu'il puisse s'exprimer sur ces dérives
délibérées que Radio J offre à William
Goldnadel et à Philippe De Villiers, lequel a tenu il y
a quelques semaines des propos immondes sur cette même radio,
sans accepter un droit de réponse que le MRAP avait souhaité
apporter à la suite de cette émission d'une heure.
Enfin, le MRAP rappelle que deux procédures sont actuellement
en cours, l'une contre Malek Boutih, qui avait déclaré
le 23 novembre 2003 : « le MRAP qui défile aux cris
de mort aux juifs » ; et l'autre contre Alain Finkielkraut,
qui avait déclaré le même jour : « il
s'est constitué à Durban un mouvement contre le
racisme et pour l'antisémitisme des peuples ».
Ces attaques ignominieuses à l'encontre du MRAP et de
son Président illustrent la guerre sans merci que certains
mènent contre le postulat que le MRAP a toujours défendu
selon lequel il n'existe qu'une seule race, la race humaine, et
son corollaire, l'universalité et l'indivisibilité
du combat contre le racisme. Maître Pierre Mairat représentera
le MRAP dans ces trois procédures. Source : MRAP, 20 décembre
2005.
Pierre-André Taguieff vole au secours
de Sarközy et Finkielkraut : «Les stars se comportent
comme les stalino-trotskistes de jadis»
Philosophe et politologue, directeur de
recherche au CNRS, Pierre-André Taguieff décrit
le processus qui conduit à «vouer à la vindicte
publique quelques ennemis imaginaires».
Propos recueillis par Alexis Lacroix , Le Figaro, 22 décembre
2005
LE FIGARO. – Quel regard portez-vous sur la mise en cause
de Nicolas Sarkozy par des stars et des humoristes ?
Pierre-André TAGUIEFF. – C'est l'évolution
plus large du débat sur la scène française
qui permet de prendre la mesure de ce phénomène.
En son temps, Guy Debord qualifiait de «stalinos-trotskistes»
les militants révolutionnaires acharnés à
délégitimer toute position politique un tant soit
peu éloignée de leur vulgate gauchiste. En présentant
le ministre de l'Intérieur comme l'emblème d'un
nouvel esprit de réaction, certaines «stars»
se comportent désormais comme les «stalino-trotskistes»
de jadis. Ces détracteurs télégéniques
s'indignent du mot «racaille» ou s'attardent pesamment
sur l'_expression «Kärcher». Ces amuseurs jouent
aux gardiens de l'orthodoxie néo-gauchiste. Ils ont les
rieurs de leur côté. Or, à aucun moment, il
ne s'agit de soumettre les propositions, les déclarations
ou les actes de ce dirigeant politique à un examen critique
rigoureux de leurs avantages comme de leurs effets pervers. L'objet
de ce nouveau «code culturel» n'est pas d'argumenter,
mais de vouer à la vindicte publique quelques ennemis imaginaires,
tantôt en les ridiculisant, tantôt en les diabolisant.
Comment est né ce «code culturel» ?
En fait, un des enjeux principaux de cette vulgate antisarkozyste
est la construction d'un nouveau personnage-repoussoir de droite.
Jean-Marie Le Pen occupe le poste «extrême droite»,
Philippe de Villiers le poste «droite extrême».
Seul restait libre d'accès le poste «nouveau réactionnaire».
La transposition française de l'étiquette infamante
«néo-cons» n'ayant pas réussi, les dénonciateurs
doivent désormais se contenter du qualificatif de «néo-réacs».
Mais qu'importe... La montée de la popularité du
ministre de l'Intérieur dans le contexte des émeutes
du mois dernier inquiétait la gauche. Il devenait très
urgent d'inventer une riposte, une parade !
Quelles sont les composantes idéologiques de cette riposte
?
Jusque-là, Sarkozy était stigmatisé par
la bien-pensance en tant que «populiste», manière
de l'assimiler confusément à Le Pen. C'était
oublier l'essentiel, à savoir que le «populisme»
de Sarkozy s'inscrivait dans la noble tradition républicaine
– et gaulliste – de l'appel au peuple, par-delà
le clivage fonctionnel droite/gauche. Pour les stratèges
culturels d'une gauche sur la défensive, l'occasion s'est
présentée, il y a un mois, de ramener à une
cause unique, d'une part la «dégauchisation»
du monde intellectuel, et, d'autre part, l'irruption d'un nouveau
leader politique né à droite mais désormais
présidentiable sérieux, capable de mordre sur l'électorat
de la gauche en mobilisant des Français de sensibilités
politiques très diverses en faveur de l'ordre, de l'autorité
et du «changement», ce mot fétiche de tous
les progressistes. Face aux intellectuels qualifiés par
Daniel Lindenberg de «nouveaux réactionnaires»,
le cliché stigmatisant n'a pas tardé à fuser
: «Ils roulent pour Sarko !» Et, à la fin novembre
2005, la chimère de la menace néo-réac a
pris corps, avec un Sarkozy érigé en chef de tribu
et un Finkielkraut imaginé en conseiller du chef !