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Le quotidien online des Musulmans libres et actifs et leurs alliés

Protocoles des Fous de Sion

Vers un accord de coopération policière franco-israélienne


Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy et son homologue israélien Gideon Ezra ont convenu lundi matin à Paris de conclure "rapidement" un accord bilatéral de coopération de sécurité intérieure, a-t-on appris de sources concordantes.

Cette décision a été prise à l'occasion d'un entretien d'une heure entre les deux hommes au ministère de l'Intérieur. "L'objet de cet accord est de favoriser la lutte contre la criminalité organisée internationale et la lutte contre le terrorisme", a précisé le ministère de l'Intérieur.

La question du blanchiment d'argent a également été évoquée, a indiqué à l'AFP David Kornbluth, chargé d'affaires de l'ambassade d'Israël en France. L'accord faciliterait les échanges d'informations entre les polices des deux pays, a-t-on ajouté. Source : AFP, 12 décembre 2005


Des responsables de la police israélienne [Ezra, Karadi] s'envolent pour Paris afin d'y apporter leurs lumières en matière de gestion des émeutes urbaines


par Jonathan Lis, Ha'aretz, 12 décembre 2005. Original : http://www.haaretz.com


Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier


Gideon Ezra, ministre israélien de la Sécurité publique et le commissaire de police israélien Moshé Karadi sont partis hier dimanche pour la France, où ils effectueront une visite de travail de quatre jours afin de conseiller les services de la police judiciaire française en matière de méthodes de gestion des troubles qu'ont connu les banlieues de Paris, voici quelques semaines. Ezra et Karadi rencontreront vraisemblablement le ministre français de l' Intérieur, Nicolas Sarkozy, ainsi que le directeur de la police française. Des responsables au courant du programme de cette visite ont indiqué qu'Ezra et Karadi rendront visite à des unités de la police française, chargées des contrôles d'identité. Ils devraient partager avec leurs homologues français les leçons que les services israéliens de sécurité ont été en mesure de retirer de leur expérience face à des émeutes, et notamment les événements d'octobre 2000 [début de la deuxième Intifada, NDT]. On dit les Français très intéressés par le savoir-faire israélien en la matière.

De plus, les deux Israéliens débattront sans doute d'une coopération plus étroite entre les polices israélienne et française. Des responsables officiels bien informés font observer que les Français soulèveront sans doute la question d'une enquête en cours, en France, concernant l'homme d' affaire, propriétaire notamment de l'équipe de foot Betar Jerusalem, Arcadi Gaydamak. Les autorités françaises ont lancé un mandat d'arrêt international contre ce Gaydamak.

Gaydamak est soupçonné de nombreuses fraudes et d'évasion fiscale. Israël, quant à lui, n'a pas l'intention d'extrader Gaydamak. Tant les responsables de la police que le ministère israélien de la Sécurité publique ont refusé de communiquer les détails de cette visite de travail.

Alain Finkielkraut renonce à se rendre à un colloque


Alain Finkielkraut a renoncé à participer à un colloque sur la laïcité, organisé par le conseil régional Rhône-Alpes. L'écrivain devait prendre la parole, jeudi 15 décembre à Lyon, sur le thème "Le sacré, le laïque et le profane". Un appel au boycottage de son intervention avait été mis en ligne sur le site musulman oumma.com, jeudi 8 décembre. Les signataires lui reprochent ses déclarations au quotidien israélien Haaretz dans lequel il décrivait les émeutes dans les banlieues comme "une révolte à caractère ethnico-religieux" (Le Monde du 24 novembre). "Assez de complaisance à l'égard du raciste Finkielkraut", dit ce texte signé par plusieurs universitaires et militants associatifs. Le site d'extrême droite france-echos.com a lancé un mot d'ordre inverse : "Oui à la conférence d'Alain Finkielkraut ! Assez de complaisance à l'égard des officines du racisme anti-France et antifrançais !"
Les organisateurs du colloque, qui regrettent la décision de l'écrivain, affirment avoir reçu environ 200 e-mails d'invectives ou d'insultes contre sa venue. Alain Finkielkraut a déjà renoncé à une autre conférence qui devait se tenir à Montpellier. Dans le cas lyonnais, ce ne sont pas les menaces qui l'ont fait reculer. "Je n'y vais pas, parce que je suis complètement désespéré par ce qui m'arrive, dit-il. Aujourd'hui, mon image préempte ma pensée. Je ne suis pourtant pas un dingue, mais quelqu'un qui essaie de réfléchir." Par ailleurs, une soixantaine de personnalités, parmi lesquelles Daniel Borrillo, Saïd Bouamama, Christine Delphy, Didier Eribon, Mgr Jacques Gaillot, Nacira Guénif, Laurent Mucchielli ou Emmanuel Pierrat ont adressé, jeudi 8 décembre, une lettre au directeur de la radio France-Culture, David Kessler, lui demandant de suspendre l'émission hebdomadaire du philosophe, "Répliques".
Source : Le Monde, 10 décembre 2005

« Ni Dieudonné, ni Finkielkraut »


Démons français - Les discriminations n'excusent pas tout. Lutter contre les séquelles du colonialisme n'autorise pas les discours antisémites
Cette tribunea été publiée dans le Monde du 6 décembre 2005
La France connaît aujourd'hui, à travers la formation de groupes s'affirmant les « descendants » et les « héritiers » d'épisodes historiques douloureux - l'esclavage et la colonisation -, une situation en grande partie nouvelle. Ces groupes cherchent à revenir sur une généalogie historique souvent occultée et, ainsi, à redonner une signification à leurs origines, un enracinement à leur histoire et, sans doute, un sens à leur présence au sein de la nation française.
Cette démarche identitaire n'a en soi rien d'exceptionnel, et on l'observe dans beaucoup d'autres pays occidentaux. Mais elle s'exprime aujourd'hui en France avec une grande virulence. Celle-ci renvoie à la face sombre de l'universalisme républicain, résistant toujours à reconnaître la longue histoire d'un racisme d'Etat qui s'est développé durant la période coloniale sous les atours de la « mission civilisatrice ». Dans la France post coloniale, l'incapacité de l'Etat à lutter efficacement contre les discriminations raciales, qui depuis des décennies empoisonnent la vie de millions de Français issus des anciennes colonies ou d'autres pays du Sud, témoigne en même temps du déni de cette histoire. C'est la conscience, parfois confuse, de cette filiation qu'ont cherché à exprimer des groupes très divers qui ne supportent plus l'indifférence des élites face à l'interminable relégation sociale dont témoigne la pérennisation des cités ghettos, le « chômage ethnique », la mobilisation policière dans les contrôles au faciès, etc.
Dans ses grandes lignes, ce constat nous paraît très largement fondé. Mais nous voulons souligner ici que ce constat ne saurait en rester au stade de la révolte, de l'émotion et de la confusion qui l'accompagne souvent. Car le risque serait grand alors d'aboutir aux pires dérives. Des dérives que l'on peut admettre et que l'on ne peut taire, et qui sont déjà là, comme on peut les lire sur maints forums d'Internet, où les escalades verbales tiennent trop souvent lieu d'analyse politique.
Nous voulons parler des assimilations absurdes des révoltes des banlieues à l'Intifada palestinienne, de certains dérapages de la légitime solidarité avec la lutte du peuple palestinien vers l'affirmation d'un prétendu « antisionisme » qui cache mal parfois un réel antisémitisme, le « lobby juif » devenant le principal responsable de tous les mots de la terre. L'invocation incantatoire de cette solidarité sert en effet trop facilement le flambeau pour magnifier une révolte, par ailleurs pleinement fondée, contre un processus discriminatoire post colonial dont les racines comme les causes actuelles n'ont rigoureusement rien à voir avec le conflit israélo-palestinien.
Une variante à nos yeux particulièrement dangereuse de ce fourvoiement se retrouve dans les discours inacceptables de l'humoriste Dieudonné, dont l'audience pouvait jusqu'alors paraître circonscrite, mais qui semble dépasser désormais les frontières étroites du noyau proche qui le soutenait. Par glissements successifs, ce qui au départ était une revendication fondée de la mémoire de l'esclavage tend à devenir une machine infernale à énoncer des idées antisémites. La matrice en est - comme toujours - l'idée du « complot juif ». Dans cette perspective, tout est bon, y compris les falsifications les plus grossières de la vérité historique. Le ressassement, par exemple, du fait que des « juifs » auraient été au centre ou auraient joué un rôle prédominant dans la traite transatlantique. Cette polémique, issue pour partie de mouvements radicaux tels que Nation of Islam de Louis Farrakhan et de certains secteurs des African Studies, a duré plus de dix ans aux Etats-Unis, et elle a été tranchée depuis, les études les plus sérieuses démontrant, sans aucune ambiguïté, que les juifs n'avaient joué globalement qu'un rôle marginal dans la traite.
Dieudonné rappelle sans cesse que la participation supposée des « juifs » à la traite leur aurait permis de fonder des « banques ». Le pouvoir, aux origines monstrueuses, des « juifs » se poursuivrait donc aujourd'hui par leur puissance financière ou leur omniprésence dans les médias. Là encore, c'est la reprise d'un thème nauséabond, répété sans discontinuité depuis le XIXe siècle par les groupes politiques et les publicistes, à la racine des catastrophes que l'on sait.
La matrice antisémite est donc là, avec son centre paranoïaque. Les dangers d'une telle dérive sont évidents. L'antisémitisme paranoïaque a des effets potentiellement dévastateurs parce qu'il offre une explication « totale » de l'histoire : tout proviendrait de la suprématie des « juifs ». La force d'agrégation d'une telle « idéologie » est donc potentiellement immense. Elle dévoie, dans le cas présent, le sentiment spontanément partagé par nombre de Français issus des immigrations coloniales - encouragés de surcroît à se percevoir en « communautés », noire ou arabe, par le discours politique et médiatique dominant - d'être les victimes et les « boucs émissaires » de l'histoire, soumis au racisme. Et, dès lors, le bouc émissaire juif devient la cible racisée, en miroir du Noir esclave d'hier ou de l'« indigène » de la IIIe République. Processus vertigineux, et totalement incontrôlable : lorsque la machine à produire des énoncés antisémites est enclenchée, elle se nourrit de son propre discours. Elle suit, toujours, un trajet cumulatif de radicalisation vers le pire.
Pour autant, ce dévoiement n'a rien de fatal. Il est encore temps de le dénoncer très vigoureusement et de se mobiliser contre son potentiel destructeur. En l'occurrence, il faut aussi le dire avec force, les « intégristes de la République », qui tirent argument des dérives antisémites pour minimiser la part d'ombre de l'héritage républicain et nier la nécessité de construire un récit partagé de l'histoire coloniale, ne seront d'aucun secours. Car leur aveuglement nourrit souvent un discours du complot (islamiste en espèce) - voire parfois un discours de haine de l'autre « basané » - symétrique de celui que nous dénonçons ici. Le pire des cauchemars serait celui d'un débat public où ne s'échangeraient plus que des arguments « à la Dieudonné » ou « à la Finkielkraut », recourant aux mêmes procédés - falsifications, dénégations, occultations - et se nourrissant mutuellement.
La France, heureusement, ne manque pas d'historiens, de sociologues, de politologues - dont beaucoup sont « issus de l'immigration » - à même d'apporter leur contribution à la lutte contre le double poison de la dérive antisémite et de la dégénération coloniale. Leur rôle, certes, n'est pas d'intervenir « pour » ou « contre » telle ou telle revendication mémorielle. Ils n'ont pas à choisir, par exemple, entre la mémoire des descendants des esclaves des Antilles et celle des colons français expulsés d'Haïti après l'indépendance de 1804. Pas plus qu'ils n'auraient à choisir entre la mémoire des rapatriés d'Algérie et celle des descendants d'Algériens ayant lutté avec le FLN. Il est essentiel d'éviter le piège mortifère de la « concurrence des victimes », car il n'y a pas de hiérarchie à établir dans le degré de souffrance, pas plus qu'il n'y a de hiérarchie à reconnaître entre les différentes formes de racisme. Mais nous sommes convaincus que tous, intellectuels, politiques et simples citoyens, dès lors qu'ils sont sincèrement attachés à la cause de la démocratie, peuvent et doivent participer à la renaissance d'une République enfin débarrassée de ses démons coloniaux. Et que ce combat ne pourra être gagné que s'il accorde le même poids à la lutte contre les démons de l'antisémitisme.
Salah Amokrane, Nicolas Bancel, Esther Benbassa, Hamida Bensadia, Pascal Blanchard, Jean-Claude Chikaya, Suzanne Citron, Maryse Condé, Catherine Coquery-Vidrovitch, Yvan Gastaut, François Gèze, Nacira Guénif-Souilamas, Didier Lapeyronnie, Sandrine Lemaire, Gilles Manceron, Carpanin Marimoutou, Achille Mbembe, Laurent Mucchielli, Pap Ndiaye, Benjamin Stora, Christiane Taubira, Françoise Vergès, Pierre Vidal-Naquet, Michel Wieviorka.

 

« Le livre que Dieudonné a voulu censurer »


La 14e chambre de la cour d'appel de Paris a infirmé jeudi une décision du juge des référés qui avait ordonné en novembre la suppression de passages d'un livre consacré à l'humoriste Dieudonné, jugés outrageants à son encontre.
Dieudonné avait obtenu la suppression de passages du livre "La vérité sur Dieudonné", écrit par la journaliste Anne-Sophie Mercier aux éditions Plon. Les passages en question prêtaient à Dieudonné un certain nombre de positions sur la communauté juive et lui attribuaient une forme de négationnisme.
Dans son arrêt, la cour a infirmé l'ordonnance rendue le 2 novembre en estimant qu'il n'appartenait pas au juge des référés "d'apprécier si M. Dieudonné M'Bala M'Bala a ou non tenu les propos rapportés" et que cette appréciation relevait "d'un débat de fond".
Interrogées par l'AFP, les éditions Plon ont fait savoir que l'ouvrage consacré à Dieudonné allait reparaître "dès lundi" avec un bandeau de présentation sur la couverture : "Le livre que Dieudonné a voulu censurer".
Source : AFP, 15 décembre 2005

 

Les mensonges des néocons. De Leo Strauss à Scooter Libby : la philosophie de la fausseté


par John Walsh, CounterPunch, 6 novembre 2005. Original : http://www.counterpunch.org/walsh11022005.html
Traduit de l’anglais par par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

Conformément à l’observation célèbre d’I. F. Stone, tous les gouvernements mentent. Mais certains mentent plus que d’autres. Ainsi, le régime néocon de Bush nous sert des énormités, tous les jours, au petit déjeuner. Pourquoi cette propension au mensonge ? Il y a plusieurs raisons, mais les gens ne savent généralement pas que les néocons croient dur comme fer au mensonge, par principe. Pour l’élite straussienne, le mensonge, c’est quelque chose de « noble », car les masses « vulgaires », le « vulgum pecus », le « troupeau » serait ingouvernable, sans ces mensonges… Telle est l’idée du « mensonge noble » que pratiquent avec un succès et une audace incontestés un Scooter Libby et ses co-conspirateurs, et qui a été concoctée par le « philosophe » politique Leo Strauss, dont les enseignements constituent le noyau dur de la vision du monde et de l’agenda politique des néoconservateurs, à tel point que ceux-ci sont parfois appelés, non pas « néocons », mais « Leocons » !

Leo Strauss [1899 – 1973] est un juif allemand, qui a fui le régime nazi, et qui a fini par atterrir à l’Université de Chicago, où il a développé une école de pensée qui devait acquérir une prééminence considérable dans le monde politique américain. Parmi ses étudiants, on trouve un Paul Wolfowitz, qui a reconnu ouvertement être un disciple de Strauss, chose qu’a également faite Irving Kristol, le parrain du néoconservatisme. Irving Kristol engendra à son tour William Kristol, directeur des opérations pour les néocons de Washington, également rédacteur en chef du Weekly Standard et « président » du Projet pour un Nouveau Siècle [Forcément] Américain, qui a planifié la guerre contre l’Irak. [Ce PNAC, ce Project for the New American Century, a également émis l’idée, en 2000, qu’un événement similaire à un nouveau Pearl Harbor serait nécessaire afin d’entraîner les Etats-Unis dans une guerre désirée. Or, tout juste un an après, bingo : nous avons eu les attentats du 11 septembre 2001, très étranges et toujours mystérieux, à ce jour…]

Paul Wolfowitz, quant à lui, engendra Libby (au sens intellectuel du terme), par son enseignement prodigué à Libby, entre autres étudiants, à Yale. D’autres étoiles, au firmament néocon, sont des gens comme Richard Perle, Douglas Feith et des personnages plus falots, tel Abram Shulsky, directeur du bureau des projets spéciaux au Pentagone, une création de Donald Rumsfeld. Shulsky, étudiant de Strauss, lui aussi, a été chargé de fabriquer les mensonges présentés comme étant des renseignements de services secrets et qui étaient destinés à entraîner les Etats-Unis dans leur guerre contre l’Irak. Les nécons, dont on sait qu’ils éprouvent une passion irrémissible pour le sionisme et le parti israélien Likoud, comptent aussi dans leurs rangs un nombre non négligeables de catholiques pré-Vatican II et un assortiment de fanatiques, tels Newt Gingrich et John Bolton, ainsi que de crypto-fascistes, telle Jeanne Kirkpatrick. La liste est longue, et Justin Raimondo l’a analysée sous toutes les coutures, sur son site ouèbe Antiwar.com. Mais qu’il nous suffise d’indiquer que l’alter ego de Cheney était Libby, et que le second, dans la chaîne du commandement, après Rumsfeld, était Wolfowitz. Ainsi, tant Cheney, le président américain de facto, avec son encéphale manifestement mal irriguée, et le vieux bonhomme aux manettes du Pentagone, ont été « drivés » par des Straussiens, beaucoup plus jeunes qu’eux et particulièrement gratinés, tout au long des années écoulées.

On trouvera un exposé magistral des idées de Strauss et de ses disciples, ainsi que sur leur influence, dans The Political Ideas of Leo Strauss [PI, dans la suite de cet article] ainsi que dans The American Right [AR, dans la suite de cet article], deux ouvrages de Shadia Drury, professeur de science politique à l’université de Calgary. Son passage en revue des idées de Strauss et de la prééminence dont elles bénéficient de nos jours dans la politique américaine vous donneront froid dans le dos. Ou alors, la nausée. Sans doute, les deux ! Comme elle le dit, dans PI (au chapitre XII) : « Strauss est [le penseur] clé pour comprendre la vision politique qui a inspiré les hommes les plus puissants, en Amérique, sous George W. Bush. De mon point de vue, on ne saurait confier un quelconque pouvoir politique dans une quelconque société à des hommes sous l’emprise des idées politiques straussiennes. Ni a fortiori, dans une démocratie libérale ! Ce livre explique pourquoi il en est ainsi. » Si vous souhaitez comprendre le programme politique des néocons, il faut impérieusement que vous lisiez les ouvrages de Mme Drury. Elle est très claire, et elle va au fond des choses.

D’une pertinence avérée avec l’affaire de « Scooter » et le magot de mensonges dont il était le receleur, il y a cette idée de Strauss, selon qui il appartient seulement à une « élite philosophique » [comprendre : celle des Straussiens, qu’alliez-vous imaginer ?] de gouverner. De plus, gouverner, cette élite doit le faire secrètement. Comme on m’en a fait la remarque, avant vendredi dernier : « Mais qui avait bien pu avoir déjà entendu parler de ce Lewis Libby ? ». Libby était quelqu’un qui évitait les projos et qui opérait uniquement en coulisses. La nécessité d’un tel gouvernement occulte, d’une telle cabale, tient au fait que le troupeau « vulgaire », le « vulgum pecus », comme aime nous désigner Strauss, ne saurait apprécier à leur juste valeur ces « vérités supérieures », comme l’inévitabilité et la nécessité des guerres, dans les relations entre Etats, et même l’utilité des guerres, pour gouverner un pays donné. Aussi l’élite occulte doit-elle être absolument s’assurer que des mythes comme la religion ou la gloriole nationale ne sont en rien affaiblis, car il s’agit là des plus sûrs moyens d’imposer sa loi au troupeau ignare et de le mener à la guerre, comme moutons à l’abattoir. [Il convient de noter que les Straussiens eux-mêmes sont de parfaits agnostiques. C’est normal : ne sont-ils pas « au-dessus » des religions, puisque aussi bien ils sont de taille à maîtriser des réalités aussi impitoyables que la finitude de la vie humaine ?…] Mais, de leur point de vue, la religion est un facteur fondamental dans leur gouvernance. Irving Kristol, disciple de Strauss, nous dit que, « politiquement », la religion est « encore bien plus importante » que les Founding Fathers [les premiers « pèlerins » fondateurs des Etats-Unis, dans la mythologie nationale yankee, ndt] ne le pensaient et qu’afin de sauver l’Amérique, il faut « insuffler une nouvelle vie dans les orthodoxies religieuses les plus vénérables, mais aujourd’hui largement en état comateux. » [AR, p. 148]. Toute religion fera l’affaire – à l’exception, toutefois, de l’Islam, qui est plus ou moins « verboten », étant donné les affinités de tous les néocons au pouvoir pour Israël. D’où découle le fait que les néocons embrassent volontiers l’idéologie et le leadership du fondamentalisme chrétien, lequel est susceptible de maintenir la populace sous contrôle et de la faire marcher à la guerre et à la mort en chantant des cantiques. Comme leur prophète Leo Strauss, les néocons sont principalement intéressés par la politique étrangère. Mais en politique intérieure, les néocons s’alignent sur le programme des fondamentalistes, en contrepartie du soutien de la droite religieuse fondamentaliste en matière d’affaires étrangères. C’est une situation gagnant / gagnant [tout au moins, de leur point de vue, car les Américains, eux, perdent sur les deux tableaux…]

Mais les mensonges utiles de la variété grandiose, à l’instar des mythes religieux ou du nationalisme aveugle, ont besoin d’être corroborés par des mensonges d’un prestige moindre, en certaines circonstances cruciales. Et c’est ainsi que nous passons à ces mensonges plus « véniels » que sont les célèbres « armes de destruction massive » ou encore le fameux « canon fumant qui ressemble curieusement à un nuage en forme de champignon »… Et, là encore, l’élite a un rôle à jouer. Elle doit recourir à ses « talents rhétoriques supérieurs » afin de faire paraître plus probant un argument particulièrement débile. Autrement dit, la cabale doit non seulement protéger les mythes et manufacturer des bobards : elle doit, en plus, mouiller la chemise pour les vendre. Ce que Strauss appelait « rhétorique », c’est ce que nous appelons nous : bourrage de crâne.

Tout ceci se résume en un seul mot : mensonge. Mais, pour Strauss, ces mensonges sont nécessaires au fonctionnement bien huilé d’une société et au triomphe de sa propre nation en guerre. D’où, pour Strauss, le fait que le mensonge acquière ses titres de « noblesse ». Cette _expression, Strauss l’emprunte [en lui tordant le cou] à Platon, qui désignait par « noble mensonge » un mythe ou une parabole convoyant une vérité sous-jacente, au sujet de la morale ou de la nature. Mais entre les paluches de Strauss, le « noble mensonge » platonicien devient un moyen de tromper le troupeau, la populace, le brave monde. Les « nobles mensonges » de Strauss sont tout ce qu’on voudra… sauf nobles ! Ils sont inventés à seule fin de « duper la multitude et de pérenniser le pouvoir d’une élite spéciale ». [AR, p. 79]

Une autre idée de Strauss est illustrée par la situation de « Scooter » Libby. Comment l’élite philosophique straussienne s’y prend-elle, pour passer des amphis de l’académie aux corridors du pouvoir ? Cela dépend de la bonne fortune et du « hasard » des rencontres entre les puissants et les Straussiens. En cela, les néocons contemporains outrepassent Srauss : ils ne laissent rien au hasard. Il semblerait même qu’ils recherchent en priorité des accointances avec les responsables les plus stupides, les plus crédules, ou les plus mentalement affectés. Ainsi, William Kristol devient chef du cabinet du vice-président Quayle, et Libby devient le bras droit du cinglé Dick Cheney, ainsi qu’assistant d’un Bush qui n’a rien à envier à un Quayle. Et les exemples abondent.

Enfin, Mme Drury démontre de manière irréfutable que Strauss et les néocons ne sont absolument pas de véritables conservateurs. Ce sont des radicaux, aux prises avec l’entièreté de leur entreprise moderne, qui les fait se replonger dans les classiques, dans l’espoir d’y trouver quelque inspiration – et même là, chez les classiques, ils doivent encore déformer les enseignements d’un Socrate ou d’un Platon, afin de les conformer à leur quête. Mais l’Illumination nous vient grâce à l’avancée de la science, à laquelle Strauss est tout aussi hostile. Il affirme n’être pas hostile à la science en tant que telle, mais bien à « la science vulgarisée », ou à la diffusion de la connaissance scientifique. La Science, pour lui, doit rester le privilège d’une minuscule minorité ; elle doit être « maintenue secrète, cachée aux yeux de l’homme ordinaire » [PI, p. 154].

Mais c’est impossible : la science, de par sa nature même, est une vaste entreprise sociale qui requiert la dissémination la plus large possible de ses découvertes. Toute société qui met le couvercle sur cette volonté échoue. Par conséquent, de par la sélection naturelle, le projet straussien est condamné à l’échec.

Mais avant que le straussisme soit enterré, les Straussiens peuvent faire encore énormément de dégâts. Comme nous met en garde Mme Drury, « il est inconcevable que le moindre pouvoir politique soit confié à ces gens-là. » Mais nous pouvons prendre sur eux de la graine, en ce qui concerne l’importance de l’audace, dans notre quête non pas du « noble mensonge », mais bien de la vérité.

Et nous devons nous rassurer sur notre vigueur en les dézinguant et en les chassant du pouvoir.

Dans cette action salutaire, Shadia Drury nous a rendu un signalé service.

[John Walsh ( jvwalshmd@gmail.com ) remercie Gary Leupp, chroniqueur régulier de CounterPunch.com, qui lui a fait découvrir les ouvrages de Shadia Drury]

 

Nicolas Sarkozy juge qu'Alain Finkielkraut "fait honneur à l'intelligence française"


LEMONDE.FR | 04.12.05 | 20h36 • Mis à jour le 04.12.05 | 20h36

Nicolas Sarkozy a jugé dimanche 4 décembre que l'intellectuel français Alain Finkielkraut, dont les propos avaient suscité une vive polémique après une interview à un quotidien israélien sur les émeutes en banlieue, faisait "honneur à l'intelligence française".

"M. Finkielkraut est un intellectuel qui fait honneur à l'intelligence française et s'il y a tant de personnes qui le critiquent, c'est peut-être parce qu'il dit des choses justes", a jugé Nicolas Sarkozy au grand jury RTL-LCI-Le Figaro.

"Lui ne se croit pas obligé de défendre cette pensée unique qui n'a eu comme seul résultat de porter le Front national à 24 %", a poursuivi le ministre.

"Voilà le seul résultat de tous ces bien-pensants qui vivent dans un salon entre le café de Flore et le boulevard Saint-Germain, et qui s'étonnent que la France leur ressemble si peu", a-t-il poursuivi.

Dans un entretien paru dans le quotidien israélien Haaretz, M. Finkielkraut avait estimé que la crise des banlieues était "une révolte à caractère ethnico-religieux".

"Un Arabe qui incendie une école, c'est une révolte, un Blanc c'est du fascisme", ajoutait-il. "Bien sûr qu'il y a une discrimination, et il y a certainement des Français racistes, des Français qui n'aiment pas les Arabes et les Noirs et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront conscience de la haine qu'ils leur vouent" (...) L'idée généreuse de guerre contre le racisme se transforme petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère. L'antiracisme sera au 21e siècle ce qu'a été le communisme au 20e", disait encore M. Finkielkraut.

Il a ensuite présenté ses "excuses", tout en déclarant avoir été "victime d'amalgames". "Je présente des excuses à ceux que ce personnage que je ne suis pas a blessés (...) la leçon, c'est qu'en effet je ne dois plus donner d'interview, notamment à des journaux dont je ne contrôle pas ou je ne peux pas contrôler le destin ou la traduction", avait déclaré M. Finkielkraut.

Le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples) qui avait envisagé de porter plainte contre Alain Finkielkraut pour incitation et provocation à la haine raciale avait finalement renoncé à son action après ces excuses.