La gauche et la Palestine
par Mary Rizzo, http://peacepalestine.blogspot.com, 23 février
2005. Traduit de l'anglais.
[...] En Europe et aux Etats-Unis, la gauche traditionnelle a
toujours été en rapport avec des organisations juives
et vice versa. Pourtant, ces dernières années, cette
alliance a perdu de sa solidité. Naturellement, il n'y
a d'autre raisons à cela que le soutien manifeste apporté
par les organisations juives à Israël et qui constitue,
bien sûr, un motif de désaccord. A l'instar du contrôle
des armes à feu ou de l'avortement prôné dans
les plates-formes conservatrices, c'est une question qui, en elle-même,
divise votes et sympathies.
Dans son livre « L'Abbandono » (L'abandon), Fiamma
Nirenstein se plaint de ce que la gauche traditionnelle délaisse
les intérêts juifs. Son emphase ne s'adresse pas
à des questions concernant les juifs considérés
individuellement ni leurs libertés civiques, qui consisteraient
dans le libre exercice de la foi juive et la mise en valeur de
la culture juive. En fait, du moins en Italie, et je m'aventurerais
à dire la même chose du reste du monde occidental
sans exception, il y a des droits qui sont acquis et qui ne sont
plus des « questions de minorités » dans lesquelles
on peut pointer du doigt certaines discriminations. Je ne crois
pas qu'il y ait, dans les sociétés multiculturelles
occidentales, un seul exemple où l'on empêche aujourd'hui
un individu juif de vivre son identité juive. Non, Nirenstein
déplore que la gauche ait abandonné les juifs, puisqu'elle
ne soutient plus Israël comme elle, Nirenstein, aimerait
que cette même gauche le fît.
Pour comprendre la position centrale d'Israël aux yeux des
juifs qui font partie de communautés juives organisées
(en Italie, 22 communautés, regroupant approximativement
30.000 personnes, sont représentées par l'UCEI),
il est intéressant de lire ce qu'un site commentant le
Cinquième Congrès avait à dire du document
de conclusion.
http://www.ragionamentidistoria.it/n05-n06/ucei.htm/
« Le Cinquième Congrès
de l'Union des Communautés judéo-italiennes (UCEI)
s'est tenu à Rome du 23 au 25 juin 2002.
Le document publié est très sincère, très
pondéré, dans une tentative de découvrir
un lien solide entre les diverses composantes de la société
juive italienne et, en particulier, entre les deux listes de la
majorité : celle de centre-droite 'Pour Israël' (dirigeante,
Fiamma Nirenstein) et celle de centre-gauche, 'Keillah' (dirigeant,
Gad Lerner).
Israël représente pour nous l'essence de notre identité
juive qui s'était déjà trouvé de nouvelles
motivations dans le développement du mouvement sioniste,
mais qui avait radicalement changé en 1948, lorsqu'il était
devenu un peuple indépendant, avec sa langue, sa culture,
ses institutions. Un nouveau patrimoine qui ne peut être
abandonné, qui a rassemblé la Diaspora de façon
plus large, qui a fourni une volonté d'existence et de
résistance même aux communautés juives en
difficulté ou en danger. Il est de notre devoir de faire
en sorte que l'opinion publique comprenne que l'existence d'Israël
représente une valeur, non seulement pour nous, les juifs,
mais pour le monde civilisé tout entier. »
Puisque, pour les juifs italiens, le problème fondamental
juif et l'essence de l'identité juive résident dans
le soutien à Israël, la gauche italienne, en vue de
continuer à s'allier à la communauté juive,
serait obligée d'afficher un point de vue positif à
propos d'Israël. Dans la plupart des cas, c'est ce qu'elle
a fait. La gauche serait censée (et elle le fait) témoigner
son soutien à Israël en tant qu'Etat juif. Toutefois,
en agissant de la sorte, elle s'aliénerait (et s'aliène
effectivement) ceux qui, au sein de la gauche, condamnent les
crimes de guerre, les violations des droits de l'homme et l'illégalité
inhérente au modus operandi israélien, lesquels
tirent leur origine dans la fondation même d'Israël
et se concrétisent de la façon la plus extrême
et la plus obscène dans les horreurs de l'occupation et
les violations des droits de l'homme qui font partie intégrante
de cette même occupation.
Ce qui semble si manifestement, si ouvertement illégal
et immoral au citoyen ordinaire et aux gens dotés d'une
certaine jugeote politique, est un non-problème. Sans jamais
entrer dans la polémique autour de la légitimité
d'Israël, depuis sa fondation et tout au long de son histoire,
au vu de la façon dont la création de cet Etat est
un fait accompli et dont l'un des piliers est l'expulsion de sa
population originelle, la gauche ignore même des événements
actuels qui n'améliorent pas l'image qu'Israël a de
lui-même. Le refus d'autoriser le retour, ne fût-ce
que d'un seul réfugié, est la continuation de ce
paradigme, remontant à la fondation d'Israël, que
constituent les violations des conventions internationales telles
la Quatrième Convention de Genève et la Convention
de La Haye. Afin d'éviter une déclaration autour
de cet argument puisque le faire dénoncerait la nature
cruelle d'Israël et d'entamer un discours qui entraînerait
l'aliénation des constituants juifs, pour autant qu'ils
soient similaires, même de loin, à ceux qui, en Italie,
acceptent Israël comme point essentiel de référence,
la gauche traditionnelle a adopté le fameux paradigme du
2S42P.
2S42P = « Two States For Two People
» (Deux Etats, deux peuples)
Cette revendication pourrait paraître progressiste si on
la considère sous la perspective de l'histoire d'Israël.
Ce n'est que tout récemment que les Israéliens se
sont rendu compte que les Palestiniens, eux aussi, « sont
» effectivement un peuple. Avec la reconnaissance de leur
identité nationale, on considère que les Palestiniens
devraient avoir droit à l'autodétermination garantie
par les traités juridiques internationaux. Quoi qu'il en
soit, depuis Oslo, Israël a déclaré qu'il était
intéressé par le fait d'accepter ou, plus exactement,
de permettre l'existence d'une sorte d'Etat palestinien à
côté d'un Etat juif. Le droit des Palestiniens à
l'autodétermination dépend mutuellement du droit
des Juifs à l'autodétermination en Israël.
Il en est une résultante. En d'autres termes, il est subordonné
à la reconnaissance préliminaire par les Palestiniens
(et le gouvernement, et le peuple) de la légitimité
d'Israël en tant qu'Etat juif. Il est très difficile
d'accorder une quelconque légitimité à une
chose qui, manifestement, n'a rien de légitime et, par
conséquent, le discours ne doit jamais s'approcher de trop
près de cet incontournable dilemme.
En raison des problèmes concernant l'autodétermination
des populations, la majeure partie de la gauche traditionnelle
en Europe et aux Etats-Unis a accepté sans discuter le
principe des deux Etats. Cela semble presque logique et honnête.
Presque.
Pourtant, derrière ce principe, un autre se cache et c'est
le principe de la suprématie des droits des groupes. Alors
que les groupes eux-mêmes se voient accorder un droit à
l'autodétermination (Article I de la Charte des Nations
unies et autres lois), les individus ont des droits qui sont également
garantis et la plupart des juristes et pas exclusivement
ceux du principe de l'« individualisme » considèrent
qu'ils l'emportent sur les droits des groupes, également
appelés « droits identitaires ». Dans une société
où il existe une culture dominante, ou une identité
dominante, il convient de créer des lois pour protéger
les minorités de la discrimination. Les droits égalitaires
et les droits de l'homme sont extrêmement individuels de
par leur nature. Quand un Etat se mue en organe dont la constitution
ou les lois servent à valider la suprématie d'un
groupe sur les autres en institutionnalisant l'idée de
la suprématie de la majorité via la promulgation
de telles lois, nous obtenons ce qu'on peut tout simplement appeler
un Etat d'apartheid. En Israël, des questions comme la liberté
de mouvement, la liberté de pensée (y compris la
pensée politique Israël ne permet pas à
un parti de se présenter s'il ne souscrit pas au caractère
d'Israël en tant qu'Etat juif), l'accès aux services,
les lois civiques et familiales concernant des questions comme
le mariage, le divorce et la résidence, les obligations
militaires, etc., sont déterminées sur une base
ethnique. Car, dans cet Etat laïc, ne pas être juif
est en effet une cause de discrimination. Les Palestiniens en
Israël subissent tout simplement une discrimination. Les
Palestiniens soumis au contrôle israélien sont opprimés
et subissent des discriminations. Ce n'est pas un tableau très
flatteur pour Israël et il est très aisé de
condamner ce dernier du fait que les preuves de cette situation
sont macroscopiques.
A l'époque de l'apartheid sud-africain, dénoncer
la discrimination ethnique était un impératif moral
de la gauche. Je ne pense pas qu'il y ait jamais eu une conférence
progressiste qui ait présenté les points de vue
des militants pro-apartheid. Il semblait précisément
naturel qu'il y eût de graves violations des droits de l'homme
et, en tant que telles, celles-ci étaient indéfendables
et il n'y eut pas d'appel en faveur de l'« équilibre
», ni d'obligation d'un camp « favorable aux Boers
» au sein du débat.
Ce n'est pas le cas, avec Israël. Si vous avez une personne
qui dénonce des assassinats ciblés, des démolitions
de maisons et des raids qui emprisonnent l'entière population
mâle d'une ville, vous êtes également tenu
d'accorder « un temps de parole égal » à
la version israélienne de l'histoire. C'est tout simplement
exigé. « Bien sûr ! », qu'ils doivent
avoir de très bonnes raisons de recourir aux punitions
collectives et à la violence arbitraire. « Eh bien
! Il y a d'importantes raisons » de violer les lois internationales
de façon aussi flagrante et de discriminer des personnes
sur une base ethnique. Le public moyen est obligé d'écouter
leurs raisons. Cela ne suffit pas que les atrocités trouvent
rarement une place dans un discours public et qu'elles soient
dénoncées dans de timides chuchotements, dissimulées
dans quelque page intérieure des journaux les plus progressistes,
mais il faut encore que nous entendions leur justification au
cours d'un « temps de parole égal », comme
si ces actions étaient légitimes. Je trouve cela
offensant.
Apparemment, la gauche, non. Apparemment, c'est ce qu'on appelle
rapporter les faits de façon honnête et impartiale.
Parfois même, certaines des rares voix de la gauche dans
les mass media tombent à tel point dans le panneau qu'elles
en deviennent dangereuses pour la cause même qu'elles pourraient
soutenir.
Il y a quelque temps, Michele Santoro, un journaliste modéré
de la chaîne nationale italienne, la RAI, et dont les positions
sont souvent aux antipodes mêmes de celles de la gauche
traditionnelle (il avait critiqué les bombardements de
l'Otan contre la Serbie, par exemple), ce qui lui a fait prendre
ses distances vis-à-vis de la télévision
italienne, discutait de la Palestine dans l'un de ses shows télévisés
de soirée. Pour représenter le point de vue israélien,
il y avait là Fiamma Nirenstein. Pour représenter
le point de vue palestinien, on avait prévuŠ tenez-vous
bienŠ un garçon de douze ans. Naturellement, un journaliste
professionnel ou un écrivain, un homme politique ou une
personne bien au courant des questions israéliennes sait,
du fait que Fiamma Nirenstein a épousé un colonel
israélien, qu'elle connaît toutes les ficelles du
métier pour présenter des arguments convaincants.
Elle fit même preuve de chaleur maternelle à l'endroit
du garçon et il était très clair que ses
manières habituellement condescendantes avaient été
soigneusement rangées au placard. Elle prouva qu'elle avait
non seulement quelque chose dans la tête, mais qu'elle avait
également beaucoup de c¦ur. Le garçonnet,
de façon dramatique, témoigna sa colère,
mais il ne parlait pas notre langue, il ne disposait pas du contexte
« historique » pour étayer ses affirmations
et, en fin de compte, il ne fut rien de plus qu'un représentant
émouvant de son camp, un élément sans grand
rapport avec la question et pouvant difficilement servir de référence.
Et on viendra parler d'équilibre ?
Il y a une grande différence entre l'information et la
communication. Ce que l'information est censée faire, c'est
de présenter des faits et des données sans dévier
du côté de l'émotion. Toutefois, du fait que
nous sommes des humains, nous en référons bien plus
intimement et profondément aux sentiments. C'est via la
communication que nous cherchons à consolider le consensus
et, pour être un communicateur efficace, nous recourons
à toutes les ficelles disponibles.
Lorsque les faits sont si évidents, que l'information toute
nue est si limpide et si manifestement du côté des
Palestiniens, puisque ce sont LEURS droits qui sont systématiquement
violés, et non ceux des juifs, le monde de la communication
se met en pilotage automatique.
Pour l'une ou l'autre raison, nous sommes censés considérer
le conflit israélo-palestinien sous forme de deux adversaires
égaux aux raisons également valables et aux prétentions
également légitimes. D'une façon ou d'une
autre, nous sommes tout simplement censés accepter la violation
des Résolutions 181, 194 et 242 des Nations unies, de même
que les soixante et onze autres qu'Israël continue à
violer, sans intervention de quelque puissance que ce soit, comme
si c'était un comportement acceptable dénué
de conséquences. Il est évident et naturel qu'il
n'y ait de conséquences que lorsqu'une nation arabe n'en
viole qu'une seule, comme l'Irak avec la Résolution 1441
des Nations unies, mais, pour Israël, ce luxe est permis
et plus encore. C'est NOTRE consensus qui lui a donné ce
droit. Les deux poids et deux mesures ne nous ennuient pas, mais
ils le devraient.
Et c'est ici que la gauche traditionnelle entre en scène.
Pour éviter une confrontation entre sa base traditionnelle
et la « base sociale », constituée en gros
par les gens qui ont suivi les questions comme la Colombie, la
Palestine, l'Afghanistan, pour n'en citer que quelques-unes, sur
la place publique, sans quoi ces questions retourneraient bien
vite dans l'oubli (qui se souvient encore du Timor oriental ?),
elle a concentré ses énergies à trouver des
militants qui se mettent à exprimer les revendications
du peuple palestinien.
On nous suggère de les encourager à considérer
des solutions « modérées », mais progressistes
et honnêtes, tel « l'Accord de Genève »,
qui ne garantissait aux Palestiniens ni les droits d'accès
à l'eau, ni les droits frontaliers et encore moins le droit
de se défendre, mais prônait comme point central
le renoncement aux droits individuels, y compris le droit au retour,
en échange de quelques actes passablement nébuleux
de bonne volonté. On nous encourage à oublier que
ces droits ne sont pas arbitraires et qu'ils sont garantis par
la législation internationale. Ils sont inaliénables
et ne peuvent faire l'objet d'un échange avec d'autres
droits moindres. Arafat en était conscient et c'est pourquoi
il ne pouvait signer la proposition de Barak, dont on avait pourtant
affirmé qu'elle était une « offre généreuse
». En tant que dirigeant de son peuple et signataire de
l'accord, il n'était nullement mandaté pour renoncer
aux droits acquis, et personne ne le sera jamais, grâce
à la législation internationale. La gauche nous
encourage à convaincre nos amis palestiniens d'accepter
et d'entériner les accords de ce genre. Le raffut que la
gauche a fait autour de l'Accord de Genève, le présentant
comme assez défavorable à Sharon et aux projets
de la droite fut accompagné par une campagne des dirigeants
de la gauche, en compagnie du toujours populaire contingent hollywoodien,
qui préconisait que nous suggérions que les Palestiniens
cherchent une « solution plus pragmatique » à
leurs problèmes. Ils sont censés comprendre que
le renoncement à leurs droits favorise au mieux leurs intérêts,
vu que personne ne forcera Israël à remplir ses devoirs
et à obéir aux lois. Même les Etats-Unis se
sont opposés à une résolution appelant les
Etats à respecter les lois internationales, de sorte qu'il
est raisonnable politiquement d'affirmer qu'en aucun cas, Israël
n'adhérera aux résolutions des Nations unies et
que, par conséquent, un petit quelque chose est toujours
mieux que rien. On nous encourage à trouver des voix modérées,
des voix qui encouragent un « dialogue » où
les deux camps se voient attribuer a priori une égale légitimité.
Un colon qui détruit une propriété palestinienne
va être mis sur le même pied qu'un enfant qui défend
sa rue de la seule manière qu'il connaît, en jetant
une pierre contre un char blindé pénétrant
dans son village et dont l'arrivée même annonce quelque
terrible destruction que nous ne pouvons qu'imaginer. Un Etat
qui construit un mur sur la propriété palestinienne
et force un homme a demander une autorisation (souvent refusée)
rien que pour aider sa famille par son propre travail et ses propres
récoltes, va être mis sur le même pied que
des dirigeants politiques qui, lorsqu'ils ne sont pas arrêtés,
doivent vivre dans la clandestinité s'ils ne veulent pas
être assassinés en compagnie de leur famille.
La différence est celle-ci : un groupe est traité
en tant que groupe légitime, et l'autre est illégal.
Et, contre toute logique, c'est le second qui se voit conférer
une légitimité. Les colons et toutes les infrastructures
que requiert leur présence dans les territoires occupés
transforment l'existence des Palestiniens sous l'occupation en
enfer terrestre. Pourtant, ces résidents illégaux
(aux yeux de la loi internationale, pas aux yeux d'Israël)
sont considérés comme ayant des droits d'autodéfense,
droits que l'on refuse au peuple occupé. Un adolescent
qui jette une pierre inoffensive contre un char quand celui-ci
entre dans Naplouse est considéré comme un agresseur.
L'Etat israélien qui viole de façon si offensante
les droits de l'homme avec ses raids, ses check-points, ou en
tirant dans des foules de manifestants et plus encore, est censé
être mis sur un même pied que les petits groupes de
résistance dont les opérations sont très
limitées.
Il est intéressant de voir comment la plupart des groupes
juifs progressistes traitent ce dilemme. D'une part, ils jettent
le blâme sur les colons eux-mêmes et sur le secteur
de l'administration israélienne qui a appuyé ces
nombreuses installations de colonies. Pour eux, c'est là
que se situe le fond du problème, et non dans la discrimination
bien réelle inhérente à la société
israélienne. D'une certaine façon, il importe toujours
pour eux que la suprématie juive demeure intacte, c'est-à-dire
que l'Etat d'Israël maintienne son caractère juif,
bien que 20% ou plus (les statistiques de la présence en
Israël de travailleurs non juifs et non arabes de surcroît
ne donnent aucune indication quant à leur base numérique
dans la société israélienne, puisque beaucoup
d'entre eux sont « illégaux ») des humains
qui vivent en ce pays, citoyens ou pas, ne sont pas juifs. Une
très large majorité doit souffrir de la discrimination
institutionnalisée par Israël. Certains d'entre eux
ont choisi de s'y rendre pour y vivre, mais pas tous, loin s'en
faut. Les familles de bon nombre d'entre eux remontent à
d'innombrables générations, bien avant que le caractère
juif de l'Etat se mue en loi nationale.
D'autre part, les groupes juifs progressistes cherchent une solution
pragmatique qui peut être appliquée rapidement. Rapidement
pour mettre un terme aux souffrances palestiniennes, mais aussi
pour redorer le blason d'Israël présenté comme
un Etat paria. Si le renoncement (palestinien) aux droits, le
renoncement à posséder une force armée nationale
(palestinienne), de même que le renoncement à un
contrôle (palestinien) des frontières (palestiniennes)
constituent les moyens d'y arriver, la chose peut être considérée
comme une évolution positive. Autour de la table, il n'est
pas question qu'Israël renonce à quoi que ce soit
de similaire, et encore moins à l'occupation illégale,
laquelle, depuis longtemps, est considérée en Israël
comme un investissement à risque. Avec un accord comme
celui de Genève, c'est toujours Israël qui annoncera
les coups, de sorte qu'il aura peu à perdre.
Sur le site de Tikkun, une organisation religieuse juive progressiste
de Californie, on peut trouver un forum qui demande à ses
membres de discuter de la question de savoir si le droit palestinien
au retour doit se trouver au centre de leur plate-forme
car ils considèrent comme étant légitime
le droit palestinien au retour. Ce droit n'a jamais figuré
dans la plate-forme d'aucune organisation juive progressiste,
pas même Gush Shalom. Quelle question étonnante à
se poser à soi-même, de la part d'un groupe progressiste
! Les droits de l'homme ne sont-ils pas censés avoir été
acceptés comme un don, une acquisition du militantisme
progressiste ? Est-il évident pour tout le monde que les
droits de l'homme constitue le c¦ur du problème
et non un problème secondaire que l'on peut ajouter ou
supprimer selon son gré ?
Quelles conclusions peut-on tirer de tout ceci ? Si l'aspect émotionnel
est en effet celui que préfèrent les partisans d'Israël,
du fait que la froide présentation de faits cinglants ne
peut absolument pas se révéler favorable à
Israël, dans ce cas, en tant que militants pro-palestiniens,
commençons donc par utiliser ces outils-là nous-mêmes.
Ce que la faction pro-israélienne a utilisé depuis
des années et que l'on peut également appeler manipulation
ou chantage émotionnel, c'est l'élément de
culpabilité que l'Occident a éprouvé, soit
pour avoir été responsable de la persécution
des juifs en Europe, soit pour n'avoir pas ¦uvré
suffisamment pour l'empêcher. Ce fut souvent un prétexte
pour associer Israël à quelque chose ayant les allures
d'une entreprise humanitaire. Une mythologie s'est constituée
à partir de là et dans les esprits de la majeure
partie de la population occidentale, Israël est devenu un
Etat idéalisé. Une petite démocratie (la
seule, disent-ils) coincée au milieu de millions d'Arabes
agressifs faisant partie d'Etats plus ou moins hostiles cherchant
sa destruction en raison de quelque antisémitisme naturel
qui leur est inhérent en tant que nations et peuples non
occidentaux. Cette campagne sert à induire les gens à
se sentir protecteurs à l'égard d'Israël, encourageant
de la sorte l'« aide » massive dont bénéficie
Israël. Imaginez donc qu'une minuscule démocratie
occidentale, avec une économie florissante, a besoin de
plus d'aide qu'une immense nation du tiers monde aux prises avec
des problèmes écologiques, sanitaires et humanitaires.
Israël a bénéficié de ce statut privilégié
des décennies durant et il a semblé que rien ne
pourrait mettre en danger ce statut acquis.
C'est-à-dire jusqu'à la première Intifada,
quand les premières craquelures sont apparues. Pour la
première fois, le monde commençait à se rendre
compte des conditions de vie des Arabes sous la férule
juive, et tout particulièrement ceux qui étaient
confinés dans les camps de réfugiés non loin
des endroits où ils avaient vécu durant des générations,
et ce fut un choc pour beaucoup. Comme coup de public relations,
c'en fut un de la pire espèce. Les juifs ont toujours été
considérés comme des gens pacifiques, et assister
à une violence qui n'était plus de la défense,
mais de l'agression pure et simple dirigée contre des enfants,
détruisit cette image d'une façon demeurée
indélébile. Ce qui était évident pour
le monde arabe tout entier et pour quelques regards occidentaux
à peine était désormais dévoilé
à la vue de tout le monde. Il y eut bien évidemment
des efforts pour censurer ces images mais, aujourd'hui, la cause
palestinienne est devenue l'une des habituelles causes des droits
de l'homme qui mobilise l'Occident.
Ce qu'il fallait, c'était se refaire une virginité
et ce fut la campagne visant à présenter les Palestiniens
comme dangereux, comme une menace à la sécurité.
Pour cela, quel meilleur emblème qu'un mur ? « Ils
sont si dangereux, nous devons nous retrancher derrière
un mur. » Tel est le message. « Nous nous faisons
du tort à nous-mêmes pour la sécurité
de nos citoyens. » Plutôt que d'écouter l'offense
qui avait dû être causée, l'Occident a écouté
les raisons sous-tendant cette aberration qu'Israël appelle
une « clôture de sécurité ». Cette
dernière s'est vu accorder une légitimité.
Même des progressistes comme Uri Avneri ont dit que cela
allait cesser d'être un problème s'il [le mur] se
trouvait du côté israélien et en deçà
de la Ligne Verte (ce qu'il ne fera pas, naturellement, et même
de loin, puisqu'il empiète sur le territoire palestinien
à tous les tournants). La légitimité de cette
affaire a été admise « pour le principe »,
même par les amis de la faction 2S42P. Qu'importe la façon
dont un Etat palestinien viable pourrait être réalisé
désormais, avec le fait accompli du mur.
Si la culpabilité a été réelle dans
le fait de garder les gens ignorants des violations des droits
de l'homme et des cris de guerre, lesquelles font partie de l'illégalité
de la politique israélienne, nous, progressistes, avons
pour tâche de manipuler le sentiment qui sert d'accessoire
à la culpabilité : la honte. Si les mesures politiques
d'Israël sont discriminatoires, si elles violent les droits
individuels de qui que ce soit et, tout particulièrement,
de ceux que la loi l'oblige à protéger, ces mesures
politiques doivent être dénoncées pour ce
qu'elles sont, et c'est une mesure pratique justifiée que
de couvrir Israël d'opprobre tant qu'il ne se pliera pas
à la loi et se mettra à agir décemment.
Il a souvent été dit qu'Israël est plus inquiet
de son image publique que de ce qu'il perpètre, en fait.
Si c'est vrai, peut-être la seule façon pour le public
mondial d'amener un changement serait-elle de retirer son approbation
à Israël et de le blâmer de vive voix.
Un autre problème, dans la dénonciation des méfaits
d'Israël, et qui empêche des personnes habituellement
attentives d'agir en ce sens, est l'accusation d'antisémitisme
lancée à la tête de tous ceux qui osent critiquer
Israël. Certains des arguments utilisés par les partisans
progressistes d'Israël incluent l'accusation selon laquelle
les gens imposent à Israël des normes plus élevées
qu'aux autres. Si on met de côté le concept israélien
de la « Lumière des Nations », cette accusation
est carrément ridicule. Les gens attendent d'une nation
qui se targue d'être une démocratie qu'elle agisse
au moins en tant que telle. Qu'il s'agit d'un Etat juif ne change
rien à l'affaire et les groupes progressistes juifs devraient
cesser de soutenir Israël en détournant le regard
des critiques fondées ou en cherchant des justifications
reposant sur une appartenance tribale ou ethnique.
En fait, c'est leur attitude défensive maladive qui sent
le racisme. Si les droits de l'homme sont importants, ils ne devraient
pas s'appliquer sur base sélective. Si les restrictions
des les libertés des individus reposant sur la religion,
la race ou l'appartenance politique sont mauvaises, les Etats
qui violent systématiquement les droits de l'homme de cette
façon doivent être condamnés et critiqués
ouvertement. En gros, cela veut dire qu'Israël devrait rendre
des comptes et se faire morigéner tant qu'il ne se conformera
pas à des normes acceptables dans une démocratie.
Les progressistes devraient adopter ce point de vue dans leur
plate-forme sans tolérer d'exceptions.
Canal + : Cantona
donne la parole aux anti-Fogiel
Canal +. Mercredi soir, un groupe de personnes demandant la démission
de Marc-Olivier Fogiel a réussi, avec l'appui d'Eric Cantona,
à prendre la parole dans "Le Grand Journal" de
Canal Plus. Le CSA s'est autosaisi.
Les manifestants lors du "Grand Journal"
Des manifestants protestant contre le racisme à la télévision
et demandant la démission de Marc-Olivier Fogiel ont pris
la parole, mercredi 30 novembre, lors de l'émission de
Michel Denisot sur Canal +, "Le Grand Journal", aidés
par l'invité du jour, l'acteur Eric Cantona.
L'incident s'est produit vers 20h10, dès le début
de l'émission, alors que le public se levait pour accueillir
l'ancien footballeur. Au moment de se rasseoir, une petite dizaine
de personnes ont enfilé des T-shirts proclamant "non
au racisme dans les médias" ou "Fogiel démission",
et sont restées debout, silencieusement, en signe de protestation.
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel s'est autosaisi sur
cette affaire.
"Vous pouvez vous rasseoir"
Après quelques instants de gène visible, Michel
Denisot décide d'interrompre l'interview d'Eric Cantona
qu'il venait tout juste d'entamer: "Attendez, il y a des
jeunes gens qui restent debout avec un tee-shirt". "On
a vu le message: non au racisme dans les médias. Bon, vous
vous êtes exprimés, on vous a laissé vous
exprimer. C'est très bien, vous pouvez vous rasseoir".
Mais les manifestants refusent de s'exécuter et annoncent
qu'ils resteront debout tant que l'animateur ne leur donnera pas
la parole. "Vous pouvez rester comme ça", leur
répond Michel Denisot qui ne semble pas vouloir céder.
"On peut vous donner la parole, mais si vous voulez la prendre
comme ça, vous ne l'aurez pas".
"Ca mérite d'être défendu"
Mais alors que l'émission semblait devoir se poursuivre
dans ces conditions, c'est l'invité, Eric Cantona, qui
a refusé de reprendre l'interview et s'est rangé
du côté des manifestants: "S'ils veulent venir
trois minutes, je trouve que ça mérite d'être
défendu", a déclaré l'acteur sous les
applaudissements du public.
Trois protestataires sont donc descendus sur le plateau, l'un
d'entre eux sortant un papier de sa poche et s'apprêtant
à faire une déclaration. Selon le site des Ogres
Utopistes, fortement engagé dans la défense de l'humoriste
Dieudonné, il s'agirait de Doc K, du groupe de rap La Brigade
et fondateur l'association Alliance Noire pour la Citoyenneté.
"En tant que citoyen français..."
"Les médias, surtout à travers la télévision,
participent à la structuration de la pensée et de
la citoyenneté de chaque individu", a-t-il déclaré
au micro. "Monsieur Fogiel, en tant que représentant
du service public, symbolise la France républicaine et
tous ses citoyens, même les Français d'origine étrangère.
Or, il a été condamné le 29 septembre 2005
par le tribunal de Montpellier pour le montage et la diffusion
d'un SMS à caractère raciste qui insulte l'ensemble
de la communauté noire. En tant que citoyen français,
nous ne pouvons payer la redevance télé pour nous
faire insulter par le service public censé représenter
la France et son visage multiculturel".
A la fin de son intervention, l'orateur a appelé les médias
à relayer les rassemblements organisés chaque dimanche
soir devant les locaux où se déroulent l'émission
de Marc-Olivier Fogiel, "On ne peut pas plaire à tout
le monde", et à manifester le jour du jugement en
appel de l'animateur. Il conclut par "merci monsieur Denisot
et excusez nous" et repart s'assoire dans le public.
"Le Pen avec un masque"
Alors que Michel Denisot tente de reprendre le fil de son émission,
c'est Eric Cantona qui se lance à son tour dans la polémique:
"Sans en rajouter", affirme l'ex-footballeur, "on
peut s'exprimer de temps en temps d'une façon ou d'une
autre. On donne difficilement la parole. C'est-à-dire qu'en
France on va faire tout un truc sur Napoléon qui a rétabli
l'esclavage. Et c'est un géant, qui était petit
quoi. Et aujourd'hui, il est remplacé par Le Pen avec un
masque: Sarkozy."
La fin de l'incident est clos par Michel Denisot qui s'engage
à inviter dès le lendemain Marc-Olivier Fogiel afin
de rétablir les temps de parole. Selon le blog de Jean-Marc
Morandini, l'animateur de France 3 de son côté ne
souhaite pas réagir afin de ne pas donner "plus d'importance"
à cette affaire.
Le CSA s'autosaisit
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a indiqué
jeudi s'être autosaisi de cet événement. Le
CSA s'est autosaisi, ce qui est une procédure habituelle
après ce genre d'incident, car "la question qui se
pose est celle de la maîtrise de l'antenne", a indiqué
le CSA. Les services du CSA vont à présent regarder
les images, un groupe de travail va délibérer et
le conseil va se demander s'il y a lieu d'entendre les responsables,
voire de sanctionner.
Ce processus "se produit à chaque fois qu'il y a un
incident", a rappelé le CSA.
Interrogé jeudi matin sur Europe 1 par Jean-Marc Morandini,
Michel Denisot a déclaré: "De mon point de
vue, l'incident a été géré de façon
très correcte".
Source : Le Nouvel Observateur , 1er décembre 2005
Le pyromane crie au feu
Israël ne peut accepter une situation dans laquelle l'Iran
détiendrait l'arme nucléaire, a affirmé jeudi
le Premier ministre israélien Ariel Sharon.
"Israël, et pas seulement Israël, ne peut pas
accepter une situation dans laquelle l'Iran serait détentrice
de l'arme nucléaire", a déclaré M. Sharon
lors d'une rencontre avec des journalistes à Tel Aviv.
"Nous faisons tout pour nous préparer à une
telle situation. Mais Israël n'est pas à la pointe
de ce combat", a-t-il ajouté.
"Ce n'est pas seulement un danger pour Israël mais
pour le Moyen Orient et pour d'autres pays", a insisté
le Premier ministre, en affirmant que son pays suivrait les efforts
déployés dans ce dossier par les Etats-Unis.
Interrogé sur l'option d'une action militaire contre les
installations nucléaires iraniennes, M. Sharon a dit qu'une
telle capacité "existe". "Mais j'espère
qu'avant que quelqu'un y ait recours, toutes les pressions possibles
seront exercées sur l'Iran afin qu'il cesse cette activité".
"Nous voyons que pour l'heure, il continue. Mais je pense
que les efforts déployés vont porter leurs fruits",
a-t-il estimé.
Plus tôt, le ministre israélien de la Défense,
Shaoul Mofaz, avait exclu l'option militaire contre le programme
nucléaire iranien en prônant la poursuite des pressions
diplomatiques sur Téhéran.
"La voie diplomatique est le meilleur moyen de faire face
au programme atomique iranien", a affirmé M. Mofaz
à la radio militaire israélienne. "Nous devons
tout faire pour placer ce sujet brûlant (NDLR: le programme
nucléaire iranien) sur la table du Conseil de sécurité
de l'Onu, afin que des sanctions et des contrôles stricts
des installations nucléaires iraniennes soient imposés",
a ajouté M. Mofaz.
Selon un "haut responsable du ministère de la Défense",
cité par le quotidien Maariv, l'Etat hébreu va devoir
apparemment s'habituer au fait que l'Iran va disposer de l'arme
nucléaire".
"Aucun pouvoir au monde n'est en mesure actuellement de
changer ce fait", a ajouté ce responsable anonyme.
Le chef des renseignements militaires israéliens, Aharon
Zeevi, avait pour sa part affirmé mercredi que les efforts
diplomatiques visant à empêcher l'Iran de se doter
de l'arme nucléaire arrivaient en bout de course.
Le général Zeevi a tenu ces propos lors d'une intervention
devant la commission des Affaires étrangères et
de la Défense du Parlement.
Le 25 novembre, le général Zeevi avait estimé
que l'Iran pourrait posséder, à compter d'une éventuelle
reprise de ses activités d'enrichissement d'uranium, le
savoir-faire nécessaire pour produire une bombe atomique
en six mois. Source : AFP, 1er décembre 2005
Actualité Juive se fait du mauvais
sang
Nous avons trouvé cet article dans Actualité Juive,
N° 909 du 10 novembre 2005, à la page 35 : Critiquer
Dieudonné ? La Justice censure un livre sur l'humoriste
Surprenant. Le tribunal de Grande instance de Paris a exigé
la suppression de dix passages du livre "La vérité
sur Dieudonné", jugé "injurieux".
Analyse de la décision.
C'est une étonnante décision qu'a rendue la semaine
dernière le tribunal de Grande instance de Paris. En l'espèce,
on peut estimer que la justice vient de passer un nouveau cap
dans ce qu'il est convenu d'appeler « l'affaire »
ou plutôt « les affaires » Dieudonné.
Jusqu'à présent, dans la vingtaine de cas qui leur
avaient été soumis, les juges avaient feint d'ignorer
ou ont minimisé les dérapages antisémites
de l'humoriste pour justifier leurs décisions de relaxe.
Mais non contents de l'absoudre de manière quasi systématique
dans ses outrances, les magistrats parisiens semblent avoir décidé
d'inter-dire désormais toute cri-tique de l'artiste, dès
lors que celle-ci fait référence à son obsession
des Juifs et de décourager tous ceux qui voudraient dénoncer
son antisémitisme.
C'est ainsi que le juge des référés du tribunal
de Paris a ordonné le 2 novembre la suppression de dix
passages du livre de la journaliste Anne-Sophie Mercier «
La vérité sur Dieudonné » (Plon), considérés
comme « outrageants » à son en-contre. Dans
son ordonnance, le président du tribunal, Jacques Gondran
de Robert, a estimé que l'ouvrage « contient des
passages injurieux » et a condamné les éditions
Pion « à supprimer lesdits passages dans toutes les
éditions ultérieures ainsi qu'à insérer
dans l'édition actuellement en librairie un avertissement
aux lecteurs ». Pour justifier sa décision, le président
Gondran de Robert souligne que « ces ex-pressions sont outrageantes
et que ˜ ne se rapportant à aucun fait précis
- elles sont constitutives du délit d'in-jures publiques
envers M.Dieudonné M'Bala M'Bala, dit Dieudonné
».
« Les bras m'en tombent !, confiait au lendemain du jugement
l'avocat d'Anne-Sophie Mercier, Maître Jean-Claude Zylberstein.
J'aurais aimé tout de même une motivation plus circonstanciée.
Soutenir comme le fait le président du tribunal qu'il n'y
a aucun fait précis permettant d'évoquer l'antisémitisme
de Dieudonné, c'est un peu fort ! Ou alors, nous n'avons
pas appris le français dans la même école
».
La lecture des passages incriminés conduit en effet à
s'interroger sur le degré de perspicacité des juges
qui ont parcouru l'ouvrage avant de se prononcer. Premier extrait
dont le tribunal a demandé la suppression : « S'il
y a quelqu'un que Dieudonné, justement, voudrait sans doute
voir disparaître, c'est Bernard-Henri Lévy ».
Pour justifier une telle affirmation. Anne-Sophie Mercier s'appuie
sur toute une série de déclarations publiques de
l'humoriste. La journaliste rappelle que BHL est vilipendé
dans tous les spectacles de l'artiste depuis des années.
Qu'il est devenu pour Dieu-donné, « la quintessence
du juif puissant et profiteur ». Le livre rapporte notamment
cette citation de Dieu-donné datant de novembre 2004: «
Bernard-Henri Lévy, qui a voulu me priver de ce qui est
ma raison d'exister, me ruiner, est l'enfant d'une famille qui
a bâti son immense fortune sur le sol africain, sur l'exploitation
éhontée des bois précieux d'Afrique ».
Et la journaliste de conclure : « Le mythe du Juif suceur
de sang a encore de beaux jours devant lui ». Cette dernière
phrase fait également partie des dix passages dont le tribunal
a exigé la suppression.
Autre extrait censuré, le récit du spectacle donné
au Zénith il y a un an : « Le 29 décembre
2004, s'est donc déroulé à Paris le plus
grand meeting antisémite qu'on ait vu depuis soixante ans.
Et c'est un homme de gauche, proche des Verts, héros de
l'antiracisme, qui l'a animé ». Là aussi,
le tribunal de Grande Instance de Paris a estimé qu'il
s'agissait d'une imputation injurieuse carne reposant «
sur aucun fait précis ».
Pourtant, Anne-Sophie Mercier se livre à un compte-rendu
détaillé de cette soirée au Zénith.
Elle raconte le bras d'honneur de Dieudonné envoyé
« au peuple élu » devant un public hilare ;
Dieudonné faisant huer par les cinq mille spectateurs les
noms, de BHL, Finkielkraut, Patrick Bruel, Pierre Bénichou,
Marc-Olivier Fogiel... ; Dieudonné et ses personnages fictifs
: le Professeur Goldinkrote, le Professeur Blumenthal... ; Djamel
Debbouzze rejoignant Dieu-do sur scène et déplorant
devoir se taper à la télé « les Drucker
et les Enrico Macias » ; enfin, l'acteur Daniel Prevost
lui aussi sur scène félicitant l'humoriste de «
dire tout haut ce qu'une bonne partie des Français disent
tout bas »... Actualité Juive, il faut le rappeler,
avait été l'an passé le premier organe de
presse à avoir révélé le scandale
de ce spectacle au Zénith.
Mais tout cela est manifestement insuffisant pour les juges du
tribunal de Grande Instance de Paris qui, une fois de plus, ont
décidé de donner raison à Dieudonné
en condamnant l'ouvrage, en le mettant en cause et en imposant
une astreinte de 100 euros pour chaque exemplaire qui se-rait
mis en vente sans les modifications imposées. « Nous
avons fait appel de ce jugement, indique-t-on chez Plon, mais
en attendant, la sortie du livre est totalement compromise. C'est
bien une décision de censure à laquelle nous sommes
confrontés».
Clément Weill-Raynal
Troisième rencontre européenne
de juifs et catholiques dimanche à l'Hôte de Ville
de Paris
Des responsables catholiques et juifs se retrouvent dimanche
à l'Hôtel de Ville de Paris pour leur troisième
rencontre européenne, a-t-on appris mercredi auprès
du Congrès juif européen, qui organise la rencontre.
Cette rencontre, avec le président de l'exécutif
du Congrès juif mondial Israël Singer, s'inscrit dans
des réunions régulières depuis quatre ans
de part et d'autre de l'Atlantique.
Deux projets de coopération seront présentés,
dans la foulée de celui réalisé en Argentine
et au Brésil où des prêtres et des rabbins
co-dirigent des centres alimentaires, a-t-on appris auprès
du cardinal Jean-Marie Lustiger, ancien archevêque de Paris.
Il s'agit d'une part d'un soutien à Cumvivium, ONG constituée
fin 2003 par la Fédération internationale des pharmaciens
catholiques, des fabricants de médicaments génériques
et des représentants du Vatican. Cumvivium, présidée
par le professeur belge Alain Lejeune qui sera présent
dimanche, a créé au Gabon une usine inaugurée
en janvier pour produire des médicaments anti-Sida.
"Il ne s'agit pas seulement de droits de l'Homme, c'est
l'obéissance aux commandements de Dieu", souligne
Mgr Lustiger. D'autre part, les participants apporteront leur
soutien aux recherches des fosses communes des victimes juives
des Einsatzgruppen en 1941-43 en Ukraine, menées par le
père Patrick Desbois, secrétaire du Comité
des relations avec le judaïsme à la Conférence
des évêques de France. Selon le père Desbois,
il faudra encore deux ans au moins pour terminer l'exploration
et le nombre de fosses devrait s'établir à plus
de 1.200, bien plus que les estimations initiales.
Outre le rabbin Singer, seront présents dimanche le président
du Congrès juif européen Pierre Besnainou, le grand
rabbin de France Joseph Sitruk et le rabbin de Cologne (Allemagne)
Netanel Teitelbaum, qui avait accueilli en août le pape
Benoît XVI, ainsi que l'ambassadeur d'Israël auprès
du Saint-Siège Oded Ben-Hur [avec son char, bien sûr
!].
Le cardinal Georges-Marie Cottier, théologien de la Maison
pontificale, représentera le Saint-Siège. Outre
Mgr Lustiger, le président de la Conférence des
évêques de France, l'archevêque de Bordeaux
Mgr Jean-Pierre Ricard, sera présent, ainsi que l'archevêque
de Paris Mgr André Vingt-Trois et l'archevêque de
Lyon, le cardinal Philippe Barbarin. Source : AFP, 30 novembre
2005
Une "tache indélébile
dans l'histoire de l'humanité"
Benoît XVI a qualifié l'entreprise d'extermination
des Juifs par l'Allemagne hitlérienne de "projet de
mort infamant qui restera comme une tache indélébile
dans l'histoire de l'humanité".
Le pape allemand, qui a vécu sous le nazisme, a fait ces
commentaires, les plus virulents sur ce thème qu'il ait
formulés depuis son élection en avril, à
l'occasion de son audience générale hebdomadaire
où il a rappelé des épisodes de l'Ancien
Testament concernant la destruction de Jérusalem et l'exode
des Hébreux.
Source : Reuters, 30 novembre 2005
Olivier Pétré-Grenouilleau
devant la justice
Olivier Pétré-Grenouilleau, professeur à
l'université de Lorient, est assigné aujourd'hui
devant le tribunal de grande instance de Paris. Le collectif des
Antillais Guyanais-Réunionnais lui reproche une interview
au Journal du Dimanche du 12 juin. Ses propos nieraient «le
caractère de crime contre l'humanité qui a été
reconnu à la traite négrière par la loi du
23 mai 2001» (loi Taubira). Pétré Grenouilleau
nie en effet le caractère génocidaire de l'esclavage,
au motif que le but des Occidentaux était de préserver
la main-d'oeuvre servile, non de la tuer. Mais la réduction
en esclavage demeure un crime contre l'humanité, défini
par le tribunal de Nuremberg. Ce procès provoque un émoi
chez les historiens, pour qui Pétré-Grenouilleau
est un chercheur sérieux. Le procès dira si, au
fond, ce n'est pas son dernier livre, plusieurs fois primé
par les historiens, les Traites négrières, essai
d'histoire globale (Gallimard) qui est en cause. Dans cet ouvrage,
l'historien a tenté d'éclairer les différentes
formes d'esclavage en Afrique : africaine, arabe et occidentale.
Source : Libération, 30 novembre 2005
1,71% des juifs de l'Île-de-France
participent aux élections pour le Consistoire israélite
Les opposants au président du Consistoire de Paris Moïse
Cohen ont pris l'avantage dimanche à l'occasion des élections
qui ont renouvelé la moitié du conseil d'administration
de cette institution du judaïsme d'Ile-de-France. Quelque
6.000 personnes, sur environ 34.000 électeurs potentiels,
ont voté pour désigner treize nouveaux membres au
conseil d'administration (CA) du Consistoire de Paris, renouvelable
par moitié tous les quatre ans. Le CA désignera
en janvier son président.
La liste Union consistoriale, soutenue par M. Cohen, n'a eu
aucun élu. Celle de Joël Mergui, candidat malheureux
à deux reprises contre M. Cohen et qui dispose déjà
d'alliés au CA, en a eu 8.
Une liste menée par André Benayoun, président
de la communauté juive de Créteil et de l'Union
des conseils de communautés juives, a eu trois élus,
dont l'ancien commissaire de police Sammy Ghozlan. Une quatrième
liste a eu deux élus, dont Gil Taïeb.
"Il y a eu de la part de la communauté un appel
fort, une volonté de renouveau, nous avons la responsabilité
de l'entendre", a déclaré à l'AFP Joël
Mergui, vice-président du Consistoire central et président
des Conseils de communautés juives (CCJ) des Hauts-de-Seine
et de la communauté de Montrouge.
M. Cohen a de son côté "regretté que
la campagne ait été atone et que les vrais débats
de fond n'aient pas été traités, à
savoir le problème de la cacherout (nourriture conforme
aux préceptes religieux) nationale, celui du Beth Din (tribunal
rabbinique) national, l'absence de grandes voix religieuses et
le dialogue inter-religieux". Un projet de cacherout nationale
du Consistoire central irrite le Consistoire de Paris, principal
opérateur et qui en tire près de la moitié
de ses recettes. Parmi les Consistoires créés par
Napoléon voilà près de deux siècles,
celui de Paris est de loin le plus gros avec un millier de salariés.
"La question de fond est l'avenir du Consistoire de Paris",
explique le rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire
Actualité juive, Mme Claude Meyer. "Le nouveau président,
quel qu'il soit, devra résoudre la question de la place
à donner à la cacherout nationale et des liens entre
le Consistoire de Paris et le Consistoire central".
"Le vieux modèle du Consistoire est en train d'imploser",
estime le politologue Jean-Yves Camus, soulignant le faible nombre
de votants par rapport aux quelque 350.000 juifs de la région
parisienne. "La majorité de la communauté est
aujourd'hui en dehors de l'institution et de la religion",
dit-il, notant que le lien se fait plutôt autour d'Israël.
Il relève également un déséquilibre
entre beaux quartiers et banlieues: "le XVIe arrondissement
a le plus d'électeurs, mais pas de synagogue consistoriale".
Reste que ces élections marquent, selon lui, "une
relève générationnelle et la suite de la
marginalisation sans fin du vieil establishment ashkénaze
et des +israélites+ français".
Une évolution symbolisée par le changement attendu
à la présidence du Fonds social juif unifié
(FSJU), pierre d'angle du monde associatif juif en France, où
Pierre Besnainou pourrait remplacer au printemps David de Rothschild.
Source : AFP, 28 novembre 2005
Arcadi Gaydamak, le patron du Bétar
Jérusalem, finira-t-il en prison ou à la Knesset
?
Arcadi Gaydamak, le milliardaire juif russe qui a récemment
racheté le club de football Betar Jérusalem, a été
arrêté lundi pour être entendu dans une affaire
de blanchiment d'argent, a-t-on appris de source policière.
Il était interrogé par la brigade des fraudes dans
le cadre de l'enquête sur le principal établissement
bancaire d'Israël, la Banque Hapoalim, impliquée dans
une affaire de blanchiment portant sur plusieurs centaines de
millions de dollars.
Selon la radio publique, il a été interpellé
pendnt la nuit, au moment où il s'apprêtait à
prendre un avion pour Moscou. La police a par ailleurs effectué
lundi matin une perquisition à son domicile, à Césarée,
au nord de Tel Aviv, confisquant des documents. Il est soupçonné
du blanchiment d'un montant d'une cinquantaine de millions de
dollars, selon cette source.
L'ambassadeur d'Israël à Londres Zvi Hefetz avait
été interrogé il y a deux semaines par la
police israélienne pour la même affaire. Le scandale
a été révélé en mars à
la suite d'une enquête menée depuis plus d'un an
par la police, en coopération avec la Banque centrale d'Israël.
Pas moins de 180 comptes sur lesquels plus de 376 millions de
dollars d'origine inconnue ont transité, ont été
gelés, selon la police. Un autre magnat russo-israélien
Vladimir Goussinski est également soupçonné
d'implication dans ce scandale. M. Gaydamak est depuis décembre
2000 sous le coup d'un mandat d'arrêt international des
juges parisiens enquêtant sur un trafic d'armes vers l'Angola.
Il a annoncé dimanche son intention de créer un
parti russophone qui doit se présenter aux élections
du 28 mars en Israël. Source : AFP, 28 novembre 2005
[illustration jointe] C'est nouveau et ça vient de sortir
: ça s'appelle le "Cristal rouge" Le Croissant-Rouge
palestinien (CRP) et le Magen David Adom (MDA), la société
de secours israélienne, ont signé lundi à
Genève un accord de coopération qui va faciliter
l'entrée du MDA dans le mouvement de la Croix-Rouge. L'accord
a été signé par les présidents du
CRP Younis al-Khatib et du MDA, Noam Yifrach, en présence
du président du Comité international de la Croix-Rouge
Jakob Kellenberger et de la ministre suisse des affaires étrangères
Micheline Calmy-Rey.
Il équivaut à une reconnaissance mutuelle entre
les deux sociétés de secours, qui coopérent
déjà sur le terrain de manière informelle.
Par cet accord, qui porte sur des "arrangements opérationnels",
le MDA reconnait que le CRP est seul habilité à
opérer dans les territoires occupés. Le MDA pourra
cependant être autorisé à secourir des blessés
dans des zones où les ambulances palestiniennes ne peuvent
pas accéder. Les véhicules de secours palestiniens
pourront pénétrer en Israël et une voie rapide
leur sera réservée aux points de passage.
Le MDA pourra travailler dans les territoires palestiniens sous
la protection du "cristal rouge", un nouvel emblème
qui s'ajoutera à la croix rouge et au croissant rouge.
Il se présente comme un carré rouge sur fond blanc
reposant sur un de ses pointes. Source : AFP, 28 novembre 2005