Dieudonné : lettre ouverte à
Alain Finkielkraut
par Deudonné Mbala Mbala, 28 novembre
2005
Monsieur,
Dans une interview au quotidien Israélien Haaretz qui
a suscité une vive polémique dans les médias,
vous vous en prenez une nouvelle fois à moi, en me qualifiant
de « patron de l'antisémitisme » en France.
Outre le caractère gravement diffamatoire de cette accusation,
le fait qu'elle soit proférée dans un journal Israélien
alors même que j'ai déjà été
agressé en Martinique par quatre citoyens de cette nationalité,
tous condamnés par la justice française, constitue
un véritable appel au meurtre...
Multirécidiviste de la calomnie à mon endroit,
vous ne me laissez donc d'autre choix que de saisir la justice
de mon pays, laquelle m'a déjà lavé à
18 reprises de ces accusations infâmantes, afin qu'elle
mette le délinquant que vous êtes hors d'état
de nuire. J'observe par ailleurs que vous avez récemment
adopté une posture républicaine et patriotique,
qui vous conduit à stigmatiser la « haine »
des jeunes issus des minorités visibles pour la France
et la République, jeunes dont je serais le leader emblématique.
Dans cette même interview pourtant, vous déclarez
un peu plus loin que la France « mérite votre haine
», induisant cette curieuse idée selon laquelle il
y aurait une bonne et une mauvaise haine de notre pays. Je n'ai
pour ma part aucune haine pour la France. Tout au contraire, je
crois oeuvrer à la réconciliation des français
de toutes origines par la lutte contre le communautarisme et la
promotion de l'idéal républicain. Si je demande
à ce que les questions relatives à l'esclavage et
à la traite des noirs soient débattues, c'est dans
un cadre démocratique, dans une perspective de réconciliation
de tous les enfants de la République.
Je n'ai pas noté que, s'agissant des persécutions
antisémites, vous manifestiez la même mansuétude
à l'endroit de ceux qui ne partagent pas votre lecture
de l'histoire. Je suis près, si vous le souhaitez, à
engager un débat avec vous sur le désamour de certains
pour la France et la République. Ensemble, nous pourrions
ainsi nous interroger sur l'origine du rejet de certains jeunes
de banlieue de leur propre pays. Dans quelle mesure, par exemple,
une certaine « haine », réputée «
méritée », n'aurait-elle pas conduit à
une instrumentalisation du combat contre le racisme ?
Depuis « l'idéologie française » de
votre ami BHL, jusqu'à votre interview dans ce quotidien
Israélien, les exemples de discours de haine à l'endroit
de la République française n'ont en effet pas manqué.
De ce débat, pourrait surgir une réponse inattendue
à une bien intéressante question : les émeutiers
sont ils davantage les enfants de Dieudonné ou ceux de
Finkielkraut ? Salutations républicaines.
Dieudonné Mbala Mbala
Dépôt de plainte contre Finkielcrotte
Les associations "Capjpo-EuroPalestine", "Mouvement
Pluri-Ethique", "Oumma", "17 octobre 1961
contre l'Oubli" et "Droits Devant !" ont confié
à leurs avocats le soin de déposer une plainte visant
les déclarations faites par Finkielkraut au quotidien israélien
Haaretz. Au nom des plaignants, CAPJPO-EuroPalestine déclare
:
« Nous avions salué, il y a quelques jours, la décision
annoncée du MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié
entre les Peuples) de porter plainte contre Alain Finkielkraut,
et avions affirmé qu'effectivement «on ne dialogue
pas avec les racistes, on les combat ». Pour des motifs
incompréhensibles, le MRAP a cependant pris la décision
très regrettable de renoncer à son combat, et indiqué
qu'il ne porterait finalement pas plainte contre Finkielkraut.
Résultat, l'intéressé a pu continuer de se
pavaner sur les ondes et dans la presse, s'offrant même
le luxe, dans une pleine plage offerte dans un deuxième
temps par le journal Le Monde, de pouvoir dire « j'assume
», en toute impunité.
C'est à dessein que nous nous abstenons, ici, de citer
ne serait-ce que qu'une partie des propos odieux tenus par Finkielkraut.
Non seulement parce que ces propos relèvent de la justice,
à laquelle nos avocats réserveront leurs arguments.
Mais aussi parce qu'il est tout simplement impossible, aujourd'hui
en France, de pouvoir répondre par voie de presse à
l'individu : tous les grands médias, sans exception et
au-delà de quelques vagues apparences qui ne résistent
pas à l'analyse sont sur la ligne « on n'attaque
pas Finkielkraut ».
Source : CAPJPO-EuroPalestine
Finkielkraut, ou l’art de se défausser
: les médias continuent de tolérer les racistes,alors
que les antiracistes sont démissionnés manu militari,
comme naguère Alain Ménargues de RFI…
par Entre la Plume et l'Enclume, association de défense
de la liberté d’_expression, Paris, 28 novembre 2005.
Site :
http\\:geocities/com/plumenclume/index.htm. Courriel : plumenclume@yahoo.com,
A la suite du débat de ce lundi 28 novembre 2005 sur France-Culture
(Les Matins de F-C présentée par Nicolas Demorand)
entre Alain Finkielkraut et Sylvain Bourmeau, nous voudrions signaler
certaines faiblesses du discours de M. Finkielkraut. En effet,
il a évoqué les tendances « sécessionnistes
» dans la société, à cause de la présence
d'une « immigration haineuse », de ces « vandales
» que beaucoup traitent en « héros »
; il déplore l'antiracisme débouchant sur le «
totalitarisme » ; pour lui, il y a une véritable
« pathologie de l'égalité » ; et il
est désolé qu'on ne voie à des problèmes
sociaux que des « remèdes ethniques ».
Il souhaiterait tellement, le bon apôtre, qu'on traite
les problèmes d'identité des Noirs « par le
tact », parce que c'est dur d'être « celui dont
on pense qu'il n'est rien », alors qu'il y a une civilisation
juive et même une civilisation arabo-musulmane. Ah, ces
antiracistes qui ont « un sentiment de supériorité
» !
Son interlocuteur a été fort timide, se bornant
à lui rappeler que le « manque de métaphysique
» n'est pas tout, qu'il faut aussi « parler du réel
», revenir au « terrain ». Moins stressés
que lui, parce que nous avons le privilège des interdits
de parole, d'avoir tout notre temps pour réfléchir,
nous voudrions justement l'aider à opérer le retour
au terrain réel qui provoque un « hallali »
sur M. Finkielkraut. M. Finkielkraut a rapidement renié
les termes de l'interview donné à Ha aretz, qui
a eu le bon goût de la retirer de son site.
Mais M. Finkielkraut s'exprime constamment sur les organes de
la communauté juive dans les mêmes termes, qui sont
une vive incitation à la haine, la haine des Blancs devant
être encouragée, parce que ce sont les autochtones,
à son avis.
Il a bien été, au printemps dernier, le plus éminent
signataire de la pétition de Hachomer Hazair appelant «
David, Kader et Sébastien » à s'unir contre
les Noirs, pétition qui, comme le texte de Ha aretz, a
été retirée en vitesse face à l'indignation
générale. C'est un lieu commun, la banalité
même, pour les médias israéliens et communautaires
pro-israéliens, que de reprendre les envolées de
Finkielkraut sur l' « Intifada » des banlieues françaises.
Or, nous constatons que lorsqu'il s'exprime pour un autre public,
et qu'il dit nous au sens de « la société
française et moi-même », il essaie de se réhabiliter
en rappelant qu'il est le défenseur de Renaud Camus, le
premier à avoir souffert d'ostracisme pour son antisémitisme
supposé. Bien entendu, le modérateur avait rappelé
à son adversaire qu'il n'était pas censé
revenir sur des déclarations passées de M. Finkielkraut,
mais il a imposé son discours, il a tenu à se poser
en héros défenseur de Renaud Camus. Fort bien, les
règles du jeu sont donc claires : quand ce monsieur parle
aux juifs et aux Israéliens, c'est en les caressant dans
le sens du poil ; quand il s'adresse sur les chaînes publiques
françaises, c'est pareil, il nous caresse dans le sens
du poil (« oui, la Shoah, il ne faudrait plus en parler,
on en a trop fait » -sur Ripostes, en juin dernier-, «
oui, la liberté d'_expression de Renaud Camus doit être
défendue, halte à l'ordre moral, au pétainisme,
au totalitarisme etc » ; tout s'explique, donc, sur ses
dérapages, par une logique cohérente : il croyait
sincèrement plaire aux Français, en insultant les
Arabes et les Noirs !
Il a cru que c'était le moment, que les gens étaient
assez agacés par les voitures brûlées, que
c'était ce qu'ils voulaient entendre, comme... des Israéliens
« normaux », en somme.
Pas de chance, il s'est trompé de podium : c'est en Israël,
que l'on aime ce genre de discours.. Pourquoi n'a-t-il pas essayé
de leur dire, aux Israéliens, qu'il y a de regrettables
« tendances sécessionnistes » dans leur société,
à cause de la présence d'une « immigration
européenne haineuse », de ces « vandales »
que beaucoup traitent en « héros » de Tsahal;
ah, l'antiracisme israélien débouchant sur le «
totalitarisme », le mur de Sharon, les lois discriminatoires,
le vol de territoires aux autochtones ! N'y a-t-il pas une véritable
« pathologie de l'égalité » dans la
société israélienne, qui réserve l'égalité
aux juifs ? Cette société-là a-elle jamais
envisagé aux problèmes sociaux qu'elle a créé
de toutes pièces autre chose que des « remèdes
ethniques » : l'expulsion des Palestiniens, qui sont les
autochtones, l'occupation militaire de leurs bonnes terres, et
la surveillance militaire des bantoustans qu'on leur concède
?
Si M. Finkielkraut suscite un tollé, c'est parce qu'on
sait bien où s'arrête, pour lui, la liberté
d'_expression ! Nous préférons le « rousseauisme
» aux contorsionnistes officiels : nous misons sur la bonté,
la fraternité, même si elle implique des sacrifices
; nous ne demandons même pas qu'un cynique de son genre,
doublé d'un ignorant (il n'a jamais lu nulle part qu'il
existe une civilisation africaine) soit exclu des tribunes publiques.
Depuis Renaud Camus, de nombreux écrivains se retrouvent
persécutés, et évacués de toute tribune
publique, sous prétexte d'antisémitisme : que France
Culture invite d'urgence, avec le même temps de parole,
et successivement, Tariq Ramadan, Alain Soral, Alain Ménargues,
Dieudonné, Edgar Morin, et Israel Adam Shamir, le dernier
ostracisé en date, qui est un citoyen israélien,
et qui défend l'idée d'un seul Etat démocratique
pour tous les habitants de ‘Palestine/Israël’
: en ce moment même, son très modeste éditeur
en France, est conduit par le T. G. I. de Nanterre à la
ruine, sans provoquer d'état d'âme chez M. Finkielkraut.
Il est temps que France Culture renonce au « noyage de poisson
», alors qu'il y a une pensée systématiquement
étouffée en France : si elle était libre,
la jeunesse des banlieues exprimerait SES revendications légitimes
par la bouche de représentants légitimes, et non
par le feu.
Finkielcrotte : écrivez à
France-Culture et au CSA !
Un internaute propose d'envoyer la lettre suivante à France-Culture
et au CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) :
M. ou Mme Untel
adresse Le 28 Novembre 2005
Monsieur Le Directeur,
C'est en qualité de partenaire financier au fonctionnement
du service public audiovisuel, par le paiement de la redevance
annuelle, que je souhaite vous faire part de mon indignation sur
l'usage qui est fait de nos deniers attribués à
la mission qu'est censé exercer ce service public.
Je vous rappelle que Radio France est assujettie à une
Charte audiovisuelle, cadre éthique et déontologique,
qui régit le contenu de ce qui est diffusé sur les
ondes dans l'application et le respect des articles qui constituent
cette Charte.
Or,il s'avère que M. Alain Finkielkraut, qui sévit
sur France Culture en y distillant des propos passibles des tribunaux,a
tenu un discours provoquant et incitant à la haine raciale,dans
le quotidien israélien Haaretz paru le mercredi 23.11.2005,
sur les récents événements des banlieues
françaises.
Dans un souci de justesse et d'objectivité, je vous laisse
le soin d'apprécier la teneur de ces propos insoutenables
en vous référant à cet article, et d'évaluer
la nécessité des interventions de ce sombre personnage
au sein de France Culture, qui met en danger la fragile cohésion
nationale en stigmatisant des pans entiers de la population française.
Alors que les forces vives de ce pays s'efforcent de restaurer
un calme relatif et une confiance,malmenée par ces émeutes,
entre tous les citoyens, M. Alain Finkielkraut et d'autres personnages
de son acabit comme M. Alexandre Adler, sévissent sur le
service public pour servir des intérêts contraires
à la défense de la République.
Il serait contraire à la démarche de ce qui a été
constaté et dénoncé, entre autre, par le
Président de la République, M. Chirac, en l'occurrence
la responsabilité des médias dans la discrimination
envers ces composantes de la Nation, de maintenir ces incendiaires
des esprits dans un service public, financé en partie par
les auditeurs, pour y véhiculer des idées contraires
à ces mêmes auditeurs.
Je vous recommande vivement de relire la Charte du service public
audiovisuel, afin de l'appliquer et de la faire respecter scrupuleusement
par l'ensemble des intervenants de Radio France, et cela dans
un souci d'apaisement.
Je vous demande donc le retrait immédiat de M. Alain Finkielkraut
et de tous ceux qui ne respecteraient pas cette Charte et la loi
en vigueur dans notre pays, afin d'être plus circonspect
sur le choix des animateurs de Radio France.
Si les textes de loi, en dépit des sentiments et considérations
des auditeurs, ne seraient éventuellement pas respectés
par Radio France, je m'engage à ne plus écouter
France Culture ainsi que toutes les stations de Radio France et
à consacrer mon énergie à sensibiliser mon
entourage à en faire de même.
Je vous prie,Monsieur le Directeur, d'agréer mes salutations
distinguées.
SIGNATURE
À copier et à envoyer à :
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture/contact/
http://www.csa.fr/outils/contact/contacteznous_formulaire.php
Banlieues: Finkielkraut s'explique...
et insiste
La semaine dernière, il avait parlé d'une révolte
à «caractère
ethnico-religieux».
par Jean-Luc ALLOUCHE, Libération, 27 novembre 2005
Alain Finkielkraut affiche une passion, sinon une coquetterie
: dénoncer la
bien-pensance partout où elle est, ou bien là où
il croit la débusquer. Une
fois encore, il s'est livré à son exercice favori
à la suite des récentes
émeutes de banlieues : «On voudrait [les] réduire
à leur dimension sociale,
y voir une révolte des jeunes contre la discrimination
et le chômage. Le
problème est que la plupart sont noirs ou arabes, avec
une identité
musulmane... Il est clair que nous avons affaire à une
révolte à caractère
ethnico-religieux.» Ces propos ont été connus
à travers un article du Monde
du 24 novembre. Propos repris du quotidien israélien Haaretz
du 17 novembre,
dans un portrait-interview-fleuve, où l'on relève
des phrases qui ont
choqué. «On nous dit que l'équipe de France
[de football] est
black-blanc-beur... En fait, aujourd'hui, elle est black-black-black,
ce qui
fait ricaner toute l'Europe.»
Dieudonné
Dans cet article, Alain Finkielkraut s'en prend à ceux
qui
«redoutent le langage de la vérité»
: «Nous préférons dire les "jeunes"
au
lieu de "Noirs" ou "Arabes"... Bien sûr,
nous devons éviter les
généralisations, il ne s'agit pas des Noirs et des
Arabes comme un tout,
mais de certains Noirs et de certains Arabes. De même, la
religion, non
comme un tout, mais comme un ancrage d'identité.»
Il fustige ceux qui
«haïssent la France parce que c'est une république».
N'a pas de mots assez
durs pour Dieudonné, «véritable patron de
l'antisémitisme en France, plus
que le Front national de Le Pen», et pour l'obsession du
comique de disposer
de «son propre Holocauste». Sans nier les discriminations
que subissent
Noirs et Arabes.
Vendredi, sur Europe 1, Alain Finkielkraut a présenté
ses excuses à ceux qui
en avaient été blessés. Du coup, le Mrap
(Mouvement contre le racisme et
pour l'amitié entre les peuples) a retiré la plainte
déposée contre lui,
sans être «convaincu» par son repentir. «Je
ne renie pas cet entretien que
j'ai accordé sans pouvoir le vérifier avant publication,
déclarait Alain
Finkielkraut à Libération vendredi. Mais le personnage
qui émerge de cet
assemblage citationnel, je le déteste, je ne me reconnais
pas dans cet être
dégradant, vindicatif. C'est un cauchemar.» Avant
de poursuivre : «Devant la
désaffiliation générale par rapport à
la société française, j'ai poussé
un
cri d'alarme. Je la reproche tout autant aux jeunes juifs qui
se dissocient
des "Français". Je suis horrifié par ces
sécessions.»
Angélisme
Dans son entretien à Haaretz, Alain Finkielkraut est sans
pitié
pour l'indulgence et l'angélisme, qu'il reproche aux «bobos»
à l'égard des
«nouveaux damnés de la terre» : «Imaginez
que ce soit des Blancs comme à
Rostock en Allemagne. Aussitôt, chacun aurait dit : "Le
fascisme ne sera pas
toléré." Quand un Arabe incendie une école,
c'est de la rébellion. Quand
c'est un Blanc, c'est du fascisme. Je suis indifférent
à la couleur. Le mal
est le mal, peu importe sa couleur. Et ce mal, pour le juif que
je suis, est
totalement intolérable.»
A Libération, il précise : «Oui, je m'élève
contre cette explication de la
haine réductible à ses seules causes sociales. Je
m'élève contre le parti
pris de victimisation. Car cette hostilité violente est
inquiétante sur un
fond d'apathie de la société qui correspond, peut-être,
au vide spirituel
vécu par ces jeunes. Cette sécession est l'ultime
caricature de la religion
du "tout, tout de suite", qui a remplacé le culte
de l'école. Au lieu de
leur tendre la main, on les enfonce.»
Quant à son ironie à l'égard de l'équipe
de France «black-black-black», pour
lui, c'est une «séquelle coloniale» mais aussi
un «privilège» de la France.
«Là, je me suis abandonné à une blague.
Car je n'oublie pas que c'est mon
père, immigré, qui m'a initié au foot. Devant
l'équipe de France des années
50 aux noms polonais, il rigolait : "Ce ne sont pas des Français..."
Je
n'oublie pas que je suis un immigré de la deuxième
génération. Mais il faut
regarder cette haine en face : comment intégrer des gens
dans une France
qu'ils trouvent haïssable ?»
Pour autant, dans cet entretien au journal israélien, manifestement
de trop,
le philosophe reconnaît qu'il a déjà «perdu
son combat pour l'école». Et,
une fois encore, des plumes, dans sa guérilla de Don Quichotte
trop pressé,
seul contre tous. Attitude que, au demeurant, il ne déteste
pas toujours.
« Je suis un immigré de la
deuxième génération » : l'interview
de Finkielkraut sur Europe 1
Voici le texte intégral de l'entretien avec Alain Finkielkraut
réalisé vendredi 25 novembre par Jean-Pierre Elkabach
sur Europe 1.
Jean-Pierre Elkabach : Quand une société est en
crise, un intellectuel, surtout reconnu et influent comme vous,
Alain Finkielkraut, est supposé prendre de la hauteur et
apaiser les esprits. Or, vos dernières déclarations
dans des journaux étrangers sont jugées pour le
moins inacceptables et le tout fait scandale aujourd'hui et va
faire scandale. Alain Finkielkraut bonjour.
Alain Finkielkraut : Bonjour
J.-P. E. : Qu'est-ce qui vous a pris ?
A. F. : HeuŠ Jean-Pierre Elkabach, je cherche la vérité,
c'est comme ça que je conçois mon travail et parfois,
pour trouver le vrai, j'essaye, je déchire, je crois devoir
déchirer le rideau des discours convenus. Je le fais au
risque de me tromper, au risque aussi de susciter pour le peu
de vrai que je découvre des haines inexpiables. Mais là,
il s'agit de tout autre chose.
Du puzzle de citations qu'il y a eu dans Le Monde, surgit un personnage
odieux, antipathique, grotesque, auquel je n'aurais pas envie
de serrer la main et on me dit, et là le cauchemar commence,
que ce personnage c'est moi, je suis sommé d'habiter ce
corps textuel, d'en répondre devant le tribunal de l'opinion.
Soudain, j'ai quitté l'univers du dialogue et je suis entré
dans celui du procès. Alors, j'ai envie de me défendre.
J'ai envie de me défendre mais aussi, quelquefois, on peut,
devant des choses comme ça, avoir envie de mourir.
J.-P. E. : Il ne faut pas exagérer, vous n'êtes pas
un naïf mais vous savez que vous avez provoqué des
dégâts en cascade et qui commencent. Qu'est-ce que
vous avez dit? On va essayer de prendre quelques propos et, en
tout cas, des citations, et vous allez les commenter vous-même.
Vous dites "on voudrait réduire les émeutes
en banlieue à leur dimension sociale or la plupart des
émeutiers sont noirs ou arabes avec une identité
musulmane. C'était une révolte à caractère
ethnique et religieux". Ethnique c'est à dire racial
?
A. F. : ÉcoutezŠ
J.-P. E. : Vous l'avez dit.
A. F. : Je le dis mais, Jean-Pierre Elkabach, tout le monde le
pense parce que parler de l'origine des émeutiers est considéré
comme une attitude raciste et, d'un autre côté, la
réaction unanime à ces émeutes c'est la dénonciation
de la discrimination contre les minorités visibles. S'il
s'agissait d'une pure émeute sociale dans un quartier,
on aurait parlé du chômage, on aurait parlé
de la nécessité de rénover les banlieues,
on n'aurait pas parlé de la lutte contre la discrimination
à l'embauche et à l'emploi. Mais j'ajoute au cours
de l'article qu'on ne doit faire aucun amalgame. Si je reconnais
comme tout le monde le caractère ethnique de ces révoltes,
loin de moi l'idée de rassembler tous les Français
d'origine africaine et nord-africaine dans un même opprobre,
et j'ajoute d'ailleurs que, même les auteurs de ce grand
saccage, je les plains plutôt que je ne les accuse.
J.-P. E. : Oui. Dans les émeutes, quelle est la part d'un
certain islam ou de la religion pour vous puisque vous dites "caractère
ethnique et religieux"?
A. F. : Oui, là non. Ce n'est pas juste, c'est une vague
référence identitaire. La religion en tant que telle
n'est pas présente.
Il se trouve qu'un certain nombre de gens en France, de jeunes
notamment, disent, en parlant des autres Français, "les
Français". En s'affublant justement d'une identité
musulmane. Ils ne sont les seuls à le faire. L'une des
tragédies de notre temps, c'est la grande désaffiliation
nationale. Et, dans l'article, je dis que certains juifs peuvent
avoir la même tentation: la France c'est l'utilité,
la judéité c'est l'identité. A ces juifs-là,
je reproche leur inconséquence et je leur dis "non"
et je leur dis, dans l'entretien, soyez logiques avec vous-mêmes.
Si la France c'est simplement une compagnie d'assurance et si
votre identité est ailleursŠ
J.-P. E. : Oui mais comme vous l'avez dit au journal israélien
Haaretz, cette partie-là a été supprimée.
Il y a en France, dites-vous Alain Finkielkraut, des gens qui
haïssent la République, il s'agit d'un pogrome antirépublicain.
A. F. : Oui. Je dirai, pour retirer les connotations judéo-centrées
du mot "pogrome", qu'il s'agit d'un grand saccage antirépublicain.
Et je dis moi que notre société compassionnelle
souffre d'une véritable apathie morale dans la mesure où
elle n'a pas perçu, si vous voulez, les caillassages de
pompiers et les incendies d'écoles comme un acte sacrilège.
Quel est notre rapport à nous et à l'école
pour qu'au fond nous voyions simplement ça comme un symptôme
et que nous traitions les auteurs comme des victimes?
J.-P. E. : Qui les influence, ces auteurs ?
A. F. : Vous voyez, et bien moi je vais vous dire. C'est pas une
réponse à Sarkozy, c'est pas la politique, c'est
un climat socialŠ
J.-P. E. : Mais qui ?
A. F. : Et bien le vide spirituel de notre société
qui pratiqueŠ
J.-P. E. : Qui? Les écoles ?
A. F. : Non
J.-P. E. : Les lycées? Vous l'avez dit.
A. F. : Oui
J.-P. E. : Les vidéos, les musiquesŠ
A. F. : Le culte de l'immédiat, qui prend le pas sur celui
de l'étude, sur celui de l'école où l'on
cultive précisément patience et longueur de temps.
Évidemment, dans une société où tout
est axé sur l'utilité d'un côté et
sur la jouissance immédiate et la consommation sans fin
des produits, on crée des êtres frustrés qui
veulent s'emparer de tout, tout de suite.
J.-P. E. : Alain Finkielkraut d'accord. Aujourd'hui, on essaye
de comprendre ce que vous avez ditŠ
A. F. : Ben ouiŠ
J.-P. E. : ... ce qui vous motive. Vous dites les Noirs et les
Arabes.
A. F. : Non.
J.-P. E. : Oui, oui, dans l'interview, enfin, tel qu'il est revenu
en France, ils sont Français et vous le savez. Qu'est-ce
que la France va faire d'eux? Il faut qu'elle les mette dehors
alors qu'ils sont chez eux?
A. F. : Non.
J.-P. E. : Quand Jacques Chirac les appelle les fils et filles
de la République, il le fait à tort ou à
raison?
A. F. : Non. A raison, à raison. Simplement il faut prendre
acte d'une haine extrêmement violente et ne pas répondre
à cette haine en disant nous sommes haïssablesŠ
la grande difficulté aujourd'hui c'est d'intégrer
des gens qui n'aiment pas la France dans une France qui ne s'aime
pas. Mais l'intégration bien sûr doit rester notre
but et on a manquéŠ
J.-P. E. : D'accord, mais est-ce qu'à la haine, vous le
philosophe, comme disait July, vous l'intellectuel vous devez
répondre par la haine ?
A. F. : Non. Et je ne réponds pas par la haine mais je
me dis que justement on a raté une véritable occasion
de leur tendre la main. Les auteurs de ce grand saccage, on le
voit, sont des gens déstructurés. Qu'est-ce que
ça veut dire déstructurés? Ça veut
dire la perte des repères, on ne sait plus où est
le bien, le mal, le licite ou l'illicite. Il fallait les fixer
ces repères, les affirmer, c'était ça les
aider.
J.-P. E. : D'accord. Continuons de comprendre ce que vous avez
dit parce que les propos vont vous revenir. Vous vous en prenez
à Dieudonné. Vous dites "le porte-parole de
la théologie de la haine, etc." Il est, dites-vous,
"le vrai patron de l'antisémitisme". Ça,
vous le confirmez?
A. F. : Ce que je confirme aujourd'hui, c'est que le devoir de
mémoire dont on parle tant se constitue à partir
des réclamations de Dieudonné.
J.-P. E. : Mais pourquoi, pourquoi vous ne l'oubliez pas?
A. F. : Parce queŠ
J.-P. E. : Est-ce que c'est une raison, hein, de l'imiter et d'entretenir
-s'il entretient la haine-, d'entretenirŠ
A. F. : Jean-Pierre Elkabach, je n'entretiens aucune haine. Je
répète que je n'ai aucun rapport avec le personnage
que dessine ce puzzle. Ce personnage, je le déteste comme
tout le monde.
J.-P. E. : Ce personnage qui? Dieudonné ou Finkielkraut?
A. F. : Moi!
J.-P. E. : Finkielkraut.
A. F. : Pas Finkielkraut! Ce personnage textuel dans lequelŠ
Cette tunique de Nessus que je suis obligé d'habiter. Moi
je vous dis simplement que, aujourd'hui, qu'est-ce qu'on dit.
On dit il faut soigner les blessures identitaires, heuŠ,
des Africains d'origine ou des gens d'origine africaineŠ
J.-P. E. : Avec raison on le dit ou tort?
A. F. : Oui. Mais on le dit mal puisque on dit soigner ces blessures
identitaires, c'est arracher aux juifs un je ne sais quel monopole
du malheur. Donc, nous sommes sommés de penser la colonisation
sur le modèle de la Shoah, de penser l'esclavage sur le
modèle de la Shoah. On le fait au prix de la vérité
et ce faisant on entretient la haine.
Une soi-disant concurrence des victimesŠ Jean-Pierre Elkabach,
je ne suis pas une victime, j'honore la mémoire des victimes,
j'ai écrit "Le juif imaginaire" pour contester
toute identification avec les victimes. Il ne s'agit pasŠ
J.-P. E. : D'accord, mais aujourd'hui, qu'est-ce qu'on lit du
personnage, ne vous énervez pas du personnage qui apparaît,
qui n'est probablement pas vous mais que les gens vont penser
être vous parce que vous n'êtes pas un naïf,
vous n'avez pas besoin que Jean-Marie Le Pen puisse se taire parce
que vous faites le boulot et d'autre part que vous faites un cadeau
par des provocations à Dieudonné et ce qu'il représente
aujourd'hui.
A. F. : Le cadeau fait à Dieudonné, c'est précisément
de répondre à ces objurgations et de penser la mémoire
de la colonisation et de l'esclavage comme il le demande et ainsi
d'ailleurs on ne peut pas parler des traites négrières
non atlantiques, on ne peut pas parler du fait que l'Occident
a une spécificité dans cette affaire c'est l'abolitionnisme.
Quand quelqu'un en parle, Olivier Pétré-Grenouilleau,
il est dans le même pétrin que moi. Mais on m'accuse
aussi d'autre chose et, là, je voudrais répondre.
J'ai parlé, d'après ce qu'on croit hein, en lisant
ce puzzle qui constitue un homme qui n'est pas moi, avec légèreté
et mépris de la France Black-Blanc-Beur. Non! J'ai dit
que la Marseillaise avait été conspuée alors
même que la France présentait cette belle et grande
facette multi-ethnique. Ça veut dire que la société
multiraciale peut être aussi une société multiraciste.
J'ajoute que maintenant la France est devenue Black-Black-Black
et que ça suscite la risée de l'Europe. Alors là
je veux m'expliquer.
J.-P. E. : Oui, oui, mais vous dites l'exemple du football, on
cite: "On nous répète que l'équipe de
France est admirée parce qu'elle est Black-Blanc-Beur or
aujourd'hui elle est Black-Black-Black ce qui fait ricaner toute
l'Europe. C'est vrai qu'on a qu'à mettre un peu de discrimination
positive chez les Bleus pour que les Blancs jouent mieux, mieux,
ou comme les Blacks".
A. F. : Ils joueraient moins bien.
J.-P. E. : Alors allez-y.
A. F. : Alors j'y vais. J'y vais.
J'ai dit simplement, qu'est-ce que c'est, pourquoi cette singularité
française, c'est une séquelle du colonialisme, c'est
un privilège post-colonial et le rire dont j'ai parlé,
je vais vous dire ce que c'est que ce rire. Là, j'étais
en confiance, et bien j'ai pensé à mon père.
Mon père m'a initié au foot dans les années
50, hein, il est né en Pologne, il a été
déporté de France, c'était un immigré
et je suis un immigré de la deuxième générationŠ
J.-P. E. : Oui, oui, oui, attendez justement, vous dites souvent
je suis né Polonais en France, immigré de la seconde
génération. Est-ce que vous Finkielkraut vous n'avez
pas le devoir de tendre la main et de parler autrement!
A. F. : Je leur tends la main. Je leur tends la main. Je leur
tends la main mais d'abord je veux m'expliquer. Il (mon père,
ndlr) voyait la composition de l'équipe de France, Kissovski,
Copa, c'est à dire Copachevski, Pierantoni et il s'amusait
et il dit: "mais est-ce qu'il y a des Français dans
cette équipe?". Il entendant par là Français
de souche, c'était un rire innocent, un rire sans méchanceté
dont j'ai voulu faire ressentir l'écho dans ce texte.
J'ai eu tort, je suis maintenant marqué d'infamie par cette
blague. Ma seule consolation pour moi qui aime tant l'auteur de
la plaisanterie c'est d'être devenu un (inaudible, ndlr)
de Kundera. Mais, bien entendu, il faut tendre la main et, bien
entendu, moi je me pense comme un immigré aussi et, et,
et de quoi ai-je bénéficié? D'une école
exigeante qui m'a appris à bien parler français
or l'école aujourd'hui ne fait pas cela.
J.-P. E. : Alain Finkielkraut, Alain Finkielkraut, si le 10 mai
prochain devient jour de mémoire contre l'esclavage, est-ce
que vous serez choqué?
A. F. : Non.
J.-P. E. : Des Africains, est-ce qu'on peut le leur dire, ils
ont combattu avec les Français pendant les deux dernières
guerres mondiales et contre le nazisme: est-ce qu'ils n'aimaient
pas la France? Les Africains qui défendent la francophonie
est-ce qu'ils n'aiment pas la France? Et est-ce que les jeunes
Français qui sont originaires d'Afrique et du Maghreb,
est-ce qu'ils n'aimeront pas d'avantage la France et la République
si elle honore un jour ou l'autre leurs grands-parents?
A. F. : Mais bien entendu.
Mais s'il s'agit d'un prétexte à s'identifier soi-même
aux victimes pour se délier de toute obligation et se constituer
en ayant-droit rancuniers non. Mais je pense que la France n'est
aimée en France par personne et c'est aussi un des problèmes
qu'elle a.
J.-P. E. : Mais n'entretenons pas alors la haine. Alors ce matin,
Alain Finkielkraut, ici, qu'est-ce que vous dites aux Français
d'origine africaine et maghrébine qui se sentent blessés
et insultés par vos propos?
A. F. : Je leur dis que je déteste autant qu'eux le personnage
né de ce puzzle, que je ne lui serrerais pas la main. Je
leur dis que je ne pense pas comme lui.
J.-P. E. : Mais ils s'en foutent! A eux, qu'est-ce que vous leur
dites?
A. F. : Je leur dis queŠ
J.-P. E. : Est-ce que vous leur dites "je retire une partie
des propos sinon mon analyse, queŠ
A. F. : Jean-Pierre Elkabach, je ne peux pas faire une autocritique
d'un assemblage où je ne me reconnais pas. Ce que je dis
simplement c'est que quand je parle du colonialisme et de l'ambition
qui était celle de la philosophie des lumières d'éduquer
les sauvages, je ne reprends pas le terme de sauvage à
mon compte.
Il m'est radicalement étranger.
J.-P. E. : Mais pourtant Haaretz le dit.
A. F. : OuiŠ
J.-P. E. : Est-ce que je peux vous poser une question qui est
dans la tête de tout le monde? Tous ces propos inouïs,
vous les tenez à la presse étrangère. Vous
dites qu'il est impossible - et je l'ai lu en anglais et en français
pas en hébreu - de s'exprimer en France tant règne
la démagogie. Comment vous vous pouvez dire ce mensonge?
A. F. : Je ne dis pas qu'on ne peut pas s'exprimer en France.
J.-P. E. : Ce n'est pas parce que vous le faites là mais
vous êtes sur toutes les télés, vous écrivez
dans le Figaro, dans Š
A. F. : RegardezŠ
J.-P. E. : Dites-moi pourquoi?
A. F. : Regardez ce qui m'arrive quand en gardant à l'esprit
les dangers de l'amalgame raciste et en maintenant ma haine à
l'égard de ceux qui précisément en France
cultivent la préférence nationale, regardez ce qui
m'arrive. Je suis quand même l'objet d'un véritable
lynchageŠ
J.-P. E. : N'exagérons pas...
A. F. : Je ne suis pas sûr d'avoir tort.
J.-P. E. : Mais qui est responsable si vous êtes d'abordŠ
N'exagérons pas le lynchage.
A. F. : C'est vous-même qui m'en parlez.
J.-P. E. : Non non non. Mais qui, qui est responsable? Pourquoi
vous avez récidivé parce que vos propos ont choqué
même vos plus proches amis et vous le savez.
A. F. : Mes propos n'ont choqué que ceux de mes amis qui
ont lu le puzzle, ils n'ont pas choqué, même s'ils
n'étaient pas d'accord, ceux qui ont lu l'article. Et je
vous prie de comprendre que je suis malgré tout victime
d'un immense malentendu mais je voudrais ajouter que le problème
en France aujourd'hui c'est celui d'un vide spirituel généralisé.
Et le meilleur moyen de tendre la main à ces émeutiers
c'est de les mettre devant la responsabilité de ces actes
et face à eux de consacrer de nouveau les lieux d'étude
qu'ils ont saccagés et les consacrer pour eux parce que
le parler banlieue qu'ils affichent avec une certaine hargne est
le pire handicap. Il faut reconquérir les territoires de
la République et il faut que la langue française
reconquiert ce parler car sinon ils ne s'en sortiront pas. Et
moi je pense qu'il faut qu'ils s'en sortent.
J.-P. E.
: Qu'est-ce que vous faites à l'égard de Haaretz
et les propos que vous ne reconnaissez pas et qui font ce personnage
dont vous parlez. Est-ce que vous allez les attaquerŠ
A. F. : Non.
J.-P. E. : Š parce qu'ici vous allez avoir le Mrap, qui s'exprime
déjà, différentes associations et organisations,
peut-être des procès et euh d'ailleurs est-ce que
vous avez reçu des menaces?
A. F. : Ben écoutez on verra, pas encore mais on demande
maintenant mon exclusion de France-Culture quand même, voyez
ce qui est en train de se passer.
J.-P. E. : Quelle est la leçon morale et politique pour
Finkielkraut parce qu'il y a un programme qui continueŠ
A. F. : La leçon politique c'est qu'en effet je ne dois
plus donner d'interview, notamment à des journaux dont
je ne contrôle pas le destin, pour lesquels je ne peux pas
contrôler le destin ou la traduction de ce que j'écris.
La leçon morale, c'est qu'il faut continuer envers et contre
tout à regarder la réalité en face parce
que c'est un confort inouï que de se réfugier dans
une attitude compassionnelle qui ressemble en réalité
à la non-assistance à personne en danger.
J.-P. E. : D'accord, ça c'est très bien, mais vous
dites pas d'amalgame et d'une certaine façon vous présentez
des excuses à ceux que vous avez blessés, oui ou
non?
A. F. : Je présente des excuses à ceux que ce personnage
que je ne suis pas a blessés, je n'ai en moi aucun sentiment
de mépris ou de haine à l'égard de quelque
collectivité que ce soit et je me sens solidaire par vocation
des nouveaux immigrés en France et notamment des immigrés
de la deuxième ou troisième génération.
J.-P. E. : Merci Alain Finkielkraut, le vrai, hein, d'avoir choisi
Europe 1 pour vous expliquer.
Alain Finkielkraut : "J'assume"
Propos recueillis par Sylvain Cypel et Sylvie Kauffmann, Le Monde,
26 novembre 2005
Pourquoi ne vous reconnaissez-vous pas dans le compte rendu qu'a
fait Le Monde de vos propos parus dans le journal israélien
Haaretz, lequel les a comparés à ceux d'"un
militant du Front national" ?
Le personnage que désigne cet article m'inspire du mépris,
et même du dégoût. Je ne suis pas ce frontiste
excité nostalgique de l'épopée coloniale.
J'essaie seulement de déchirer le rideau des discours convenus
sur les événements actuels. Lui, c'est lui, et moi
c'est moi. A ma grande stupeur, depuis mercredi, nous portons
le même nom.
Ce qui m'inquiète, c'est la désaffiliation nationale.
Je dis donc effectivement que lorsque certains jeunes émeutiers
évoquent entre eux "les Français", nous
sommes perdus. J'ajoute que certains juifs aussi succombent à
cette tentation. Je leur réponds : "Si votre présence
ici ne relève que de l'utilité, soyez honnêtes
avec vous-même : vous avez Israël." Moi, quand
j'entends "les Français", je suis indigné.
La phrase incriminée doit être remise dans cette
perspective. Si, pour ces jeunes des cités, la France n'est
qu'une carte d'identité, eux aussi ont le droit de partir.
Mais je sais que ce n'est pas une possibilité et je le
dis dans l'entretien.
Vous êtes enfant d'immigré. Ne pouvez-vous imaginer
que dire "les Français" relève d'un rapport
plus complexe que l'utilitarisme ? Du souci de préserver
une identité sans remettre en question la volonté
d'insertion ?
Oui, mon père aussi, venu de Pologne, disait "les
Français". Il en avait le droit. Mais j'ai toujours
pensé que cette façon d'être n'était
pas transmissible. Moi, je refuse cette posture. Or ces jeunes
sont, comme moi, nés en France. Je leur demande la même
cohérence.
Que contestez-vous dans les propos qui vous ont été
attribués ?
Il y une chose que je ne reprends en aucune façon à
mon compte, c'est l'idée que les Lumières apportaient
la civilisation à des "sauvages". Ce mot ne fait
pas partie de mon vocabulaire. L'intention des Lumières
est équivoque. Cette équivoque doit nous garder
de tout alignement du colonialisme sur une entreprise purement
criminelle. Intégrer des hommes dans la catholicité
des Lumières est autre chose qu'une volonté d'extermination.
Cela peut avoir, ici ou là, des effets positifs. C'est
tout ce que je voulais dire.
Comme Occidental confronté à l'ère du vide,
je n'ai aucun esprit de supériorité. Mais je suis
inquiet devant la montée des nouvelles revendications de
mémoires. On demande, quelquefois pour soigner les blessures
identitaires, un nouvel enseignement de l'esclavage et de la colonisation.
Pourquoi pas ? Sauf que cette demande se formule de plus en plus
comme un "droit à la Shoah". Comme si, pour résoudre
une terrible compétition des mémoires, il fallait
"élargir" la Shoah. Dès lors, la colonisation
ne devient plus qu'un crime contre l'humanité. Or elle
fut "ambiguë", comme a écrit Claude Liauzu,
et ne se ramène pas à ses seuls crimes.
Prenons deux citations : "Qu'a fait ce pays aux Africains
? Que du bien", et "l'esclavage n'était pas une
Shoah, pas un crime contre l'humanité". Ne vous situez-vous
pas vous-même dans la "concurrence des victimes"
?
Bien entendu, les traites négrières sont un crime
contre l'humanité. Et oui, il y a une part criminelle dans
la colonisation. Si je devais l'enseigner, je commencerais par
Au cœur des ténèbres, de Joseph Conrad.
Mais elle n'était pas que cela, et il devient chaque jour
plus difficile de le dire. Quant à l'esclavage, on traite
de négationniste quiconque ose rappeler que l'Occident
n'en est pas seul responsable, qu'il y a eu des traites internes
à l'Afrique et orientales. Si l'Occident a une spécificité,
par-delà ses crimes, c'est l'abolitionnisme. Pour ce qui
est des Africains auxquels la France n'a fait "que du bien",
je parlais des immigrants récents et je les comparais à
mon père, déporté par Vichy. Le modèle
de la Shoah plane désormais sur toutes les horreurs collectives.
Cette concurrence des victimes doit être combattue sans
répit. On ne réconciliera pas les Noirs, les juifs
et les Arabes sur le dos de la vérité. Parler comme
les "Indigènes de la République" est détestable.
La clé des émeutes dans les cités est, à
vos yeux, qu'elles ont été le fait non pas de "jeunes"
indéterminés, mais de Noirs et d'Arabes musulmans
?
Face à ce grand saccage, la France est divisée
en deux partis : celui de la compréhension et celui de
l'indignation. Le parti de la compréhension est celui qu'on
entend le plus. Certains vont jusqu'à célébrer
la multitude insurgée. La plupart veulent décharger
les émeutiers de leurs responsabilités en assignant
leurs actes à un urbanisme effrayant, à l'isolement,
au chômage, aux "provocations" du ministre de
l'intérieur, au racisme endémique. Je pense qu'il
n'y a pas de lien de cause à effet entre la misère
sociale réelle des quartiers et l'incendie des écoles.
Pourquoi cet acharnement contre les symboles républicains
? Nous devons admettre qu'un certain nombre de gens vivant en
France détestent ce pays.
Le nombre d'arrestations et la hausse de la popularité
du ministre de l'intérieur ne vont pourtant pas dans le
sens de la "compréhension" à l'égard
des émeutiers ...
Je ne ferai aucune concession au politiquement correct. Chaque
jour, les "Guignols de l'info" font jouer à M.
Sarkozy le rôle de l'ennemi absolu pour qui tous les Arabes
sont des voleurs et les Noirs des racailles. Il clame le contraire,
mais c'est ce que les jeunes des banlieues regardent.
Les policiers, les éducateurs n'ont pas constaté
de revendication religieuse. De même, on trouve des Français
"de souche" parmi les jeunes condamnés. D'où
tenez-vous qu'il s'agit d'une révolte "ethno-religieuse"
?
D'accord, la religion n'a pas joué comme religion, mais
comme référence identitaire. Mais votre question
m'étonne. L'antiracisme contemporain est ubuesque. Il m'est
reproché de parler de l'origine des émeutiers. Or
ceux qui m'accusent sont les mêmes à prôner
la lutte contre les discriminations raciales. Si nous n'avions
eu affaire qu'à un problème purement social, il
serait traité comme tel. Je ne nie nullement l'existence
du racisme subi par ces jeunes.
La question que je pose s'adresse à notre ultime utopie,
qu'il y a quelques mois encore Le Monde défendait avec
panache : le métissage. On pensait que la réponse
au racisme, c'est une société multiraciale. Or une
société multiraciale peut être aussi une société
multiraciste. Je sais que mon propos est scabreux. Disons les
choses clairement : des Français de souche ont aussi participé
aux émeutes, mais le gros était constitué
de jeunes d'origine africaine et nord-africaine. Toute généralisation
est abusive. Le racisme, c'est la généralisation.
Mais, maintenant, l'antiracisme risque de devenir une prophétie
autoréalisatrice.
Il faut compter aujourd'hui avec une haine de l'Occident dans
le monde arabo-musulman qui a des retombées françaises.
Mais, bien sûr, il y a aussi des causes à chercher
en nous-mêmes. Elles résident dans le vide spirituel
de nos sociétés. Ces adolescents ennemis de notre
monde en sont aussi la caricature ultime. Ce n'est pas par hasard
qu'ils veulent détruire les écoles. Nous vivions
dans une société où l'utilité et l'immédiateté
ont aboli l'humanisme.
De plus en plus de gens considèrent que l'école
est là pour donner du boulot. L'idée que l'enseignement
est à lui-même sa propre finalité ne fait
presque plus sens. Dès lors, saccager une école
qui ne vous garantit rien devient compréhensible.
La révolte ne serait donc pas due aux difficultés
d'insertion de ces jeunes, mais à leur rejet intrinsèque
du "modèle français" ?
Il n'y a pas que du rejet. D'une certaine façon, ils sont
aussi l'avant-garde de ce comportement général de
plaignant et d'ayant droit frustré. L'école, c'est
le droit au diplôme ; le diplôme, le droit au travail...
Il y a là comme un rapport syndical à la réalité,
pur produit d'un monde sans repères. Dans les cités,
ceux qui jouent le jeu républicain se font traiter très
souvent de "bouffons".
Vous dites à Haaretz que vos propos, vous ne pourriez les
tenir en France. Que peut-on dire à l'étranger qu'il
est impossible de dire ici ?
Il est très difficile en France de résister à
un discours convenu qui réduit les événements
actuels aux seules questions d'inégalités et de
discriminations.
Si, comme vous le pensez, "le modèle républicain
s'est effondré dans ces émeutes, mais le modèle
multiculturel ne va pas mieux", faut-il conclure à
l'impossibilité d'intégrer les populations noires,
arabes et musulmanes ?
Cette intégration est notre obligation. Mais la solution
ne réside pas dans la stigmatisation incessante de notre
pays. On n'intégrera jamais des gens qui n'aiment pas la
France dans une France qui ne s'aime pas. Et il faut commencer
par réhabiliter l'école. Si la langue française
ne reconquiert pas ce territoire perdu qu'est le parler des banlieues,
alors, oui, la discrimination à l'embauche et au logement
s'aggravera. Dire cela est caractérisé aujourd'hui
comme du racisme !
Pour éviter toute incompréhension, la solution ne
serait-elle pas de voir publier en français l'intégralité
de l'interview de Haaretz ?
Il faudrait qu'on m'entende avant de me condamner. Lorsque j'évoque
l'équipe de France de football, je rappelle qu'au match
France-Algérie, La Marseillaise a été sifflée.
Ces sifflets n'étaient pas antiracistes, mais racistes,
puisqu'ils visaient une équipe "black-blanc-beur".
Après, je dis que cette équipe est devenue "black-black-black",
et quelque chose comme "cela fait rire toute l'Europe".
C'est une référence sans méchanceté
aux séquelles heureuses du colonialisme et un écho
au sourire de mon père quand il notait que les joueurs
de l'équipe de France des années 1950 s'appelaient
Kopa, Cisowski et Ujlaki et que les Français manquaient
à l'appel.
Je suis un supporteur de l'équipe de France. Je vénère
Zidane, le joueur. Mais je n'ai pas été compris.
Je ne pense pas un instant que l'humanité ait jamais été
divisée entre civilisés et sauvages. Ce point de
l'article, je le nie complètement. Le reste, avec les précisions
que j'ai essayé de donner, je l'assume.
Un projet de tribunal rabbinique national
en France, présidé par un rabbin israélien
ne parlant pas français !
Le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, a annoncé récemment
la création d'un tribunal rabbinique national. Jusqu'à
maintenant, les tribunaux religieux de ce type - les Beth Din
- étaient gérés par les communautés
locales. Le plus important est le Beth Din de Paris, placé
sous la responsabilité du Consistoire de Paris. D'autres
structures de ce genre existent à Marseille, à Lyon
et à Strasbourg. Certaines communautés loubavitch
ou ultra-orthodoxes possèdent leur propre Beth Din.
Dans un entretien à l'hebdomadaire Actualité juive,
Joseph Sitruk a déclaré que ce tribunal national
serait présidé par "une sommité israélienne",
le rabbin Mordehaï Gross. Celui-ci ne parle pas français.
Les compétences du Beth Din porteraient notamment sur les
mariages et divorces religieux, les conversions et la casherout
(règles d'alimentation).
C'est ce dernier point qui suscite une levée de boucliers.
Le Consistoire de Paris bénéficie actuellement du
monopole en France de l'abattage rituel pour la viande casher,
qui constitue sa principale ressource. Le projet viendrait compromettre
ses finances, déjà mal en point.
Le tribunal rabbinique n'a pas encore siégé, mais
son président a déjà supervisé l'abattage
rituel de 4 tonnes de viande, en Irlande. Pour l'heure, ces denrées
sont stockées dans des congélateurs. "Si un
seul gramme est mis sur le marché français, c'est
la guerre !", prévient Moïse Cohen, président
du Consistoire de Paris.
Le rabbin Sitruk souhaite que les compétences du Beth Din
national s'étendent aux "conflits entre des personnes".
"J'aimerais que, lorsque deux juifs ont un conflit, ils prennent
l'habitude d'aller au Beth Din", explique-t-il dans Actualité
juive. Il précise sa pensée dans un entretien au
mensuel Tribune juive de novembre : le tribunal devrait intervenir
dans les "conflits d'ordre économique" entre
juifs. "Nous devons apprendre à régler les
problèmes entre nous", conclut-il.
Le projet de Joseph Sitruk est suspendu aux élections visant
à renouveler la moitié du conseil d'administration
du Consistoire de Paris, fixées au dimanche 27 novembre.
Le président Moïse Cohen, adversaire résolu
du grand rabbin de France, pourrait y perdre sa place. André
Benayoun, président de l'Union des conseils des communautés
juives d'Île-de-France (UCCJ) et principal adversaire de
Moïse Cohen aux élections, n'est pas hostile à
la création d'un tribunal rabbinique national compétent
sur les questions économiques.
"Des particuliers qui ne veulent pas avoir affaire aux tribunaux
civils pourraient s'adresser au tribunal rabbinique. Bien entendu,
il faut que ses décisions soient conformes au droit français,
explique-t-il, que le président du tribunal soit français
et connaisse le droit français." Ce qui n'est pas
le cas du rabbin Gross.
L'initiative du grand rabbin de France suscite l'hostilité
de certaines associations laïques. L'Observatoire du communautarisme
rappelle ainsi sur son site (www.communautarisme.net) que "le
gouvernement de la province de l'Ontario, au Canada, a décidé
de refuser la création de tribunaux d'arbitrages islamiques
et de remettre en cause les tribunaux existant, chrétiens
et juifs".
Source : Xavier Ternisien, Le Monde, 26 novembre 2005
Le MRAP renonce à sa plainte contre
Finkielkraut
Le Mrap a finalement renoncé à porter plainte contre
Alain Finkielkraut pour incitation et provocation à la
haine raciale après des propos du philosophe publiés
dans le quotidien israélien Haaretz, a indiqué à
l'AFP son secrétaire général, Mouloud Aounit.
Alain Finkielkraut avait présenté, vendredi matin,
des "excuses" au sujet de cette interview à Haaretz,
déclarant avoir été "victime d'amalgames".
"Je présente des excuses à ceux que ce personnage
que je ne suis pas a blessés (...) la leçon, c'est
qu'en effet je ne dois plus donner d'interview, notamment à
des journaux dont je ne contrôle pas ou je ne peux pas contrôler
le destin ou la traduction", avait déclaré
M. Finkielkraut sur Europe 1. "Je n'ai en moi aucun mépris
ou haine à l'égard de quelque collectivité
que ce soit. Je me sens solidaire par vocation des nouveaux immigrés
en France et notamment des immigrés de la deuxième
ou troisième génération", a-t-il ajouté.
M. Aounit a déclaré à l'AFP que "même
s'il doutait de la sincérité des excuses de M. Finkielkraut",
le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre
les peuples) n'avait finalement plus l'intention de porter plainte
contre le philosophe.
Source : AFP, 25 novembre 2005
Dieudonné lance un défi
à Alain Finkielkraut
Il y a quelques siècles, Dieudonné aurait jeté
son gant à la figure d’Alain Finkielkraut, puis lui
aurait envoyé ses témoins pour le défier
en duel, au Pré Catelan, à 6 heures du matin. Ces
temps étant révolus, l’humoriste lance au
philosophe un défi plus pacifique. Finkielkraut acceptera-t-il
de dialoguer publiquement avec Dieudonné ?
Dialogue ou Plainte pour Alain Finkielkraut ? par Dieudonné
M'BALA M'BALA, 24 novembre 2005 Selon Alain Finkielkraut je serais
"le vrai patron de l'antisémitisme en France"
(Le Monde du 24 novembre 2005). Dans la même interview accordée
au journal israélien Haaretz, il aurait ajouté à
ces propos injurieux, des propos négrophobes, arabophobes,
islamophobes et peut-être même négationnistes
de la Traite négrière européenne.
J'approuve la plainte annoncée par le MRAP, à laquelle
j'envisage de m'associer pour ces graves accusations. Ces accusations
sont un véritable appel au meurtre, quand on sait que j'ai
déjà subi une agression par quatre israéliens
qui ont été condamnés à une peine
de prison ferme par la justice française.
Mais ne serait-il pas temps de substituer au débat judiciaire,
qui encombre inutilement les tribunaux, le dialogue public et
positif qu'on attend d'un système démocratique digne
de ce nom. Car comment tourner la page lorsqu'on jette de l'huile
sur le feu ? Mettons un terme à la mauvaise polémique
qui opposerait le "patron de l'antisémitisme"
qu'il désigne, et le "patron de la négrophobie"
que perçoivent des associations afro-antillaises. Expliquons-nous
une fois pour toutes.
Je propose à Monsieur Finkielkraut un face-à-face
avec moi devant les journalistes. Un but central du dialogue devrait
être de faire apparaître que nos polémiques
ne correspondent nullement à un affrontement entre Noirs
et Juifs.
Du sang froid !
par Jérôme Faÿnel, président du Collectif
69 de soutien au peuple palestinien, 25 novembre 2005. Courriel
: palestine69@wanadoo.fr ; Site : http://collectif69palestine.free.fr
L’auteur répond ici à un communiqué
de Jean-Jacques Queyranne, président socialiste du Conseil
régional Rhône-Alpes, qui s’en est pris violemment
à une quinzaine culturelle “Regards sur la Palestine”,
organisée par le Collectif 69. Rappelons que 3 expositions
d’artistes palestiniens prévues dans des mairies
d’arrondissement lyonnaises dans le cadre de cette quinzaine
ont été annulées au dernier moment.
Il est toujours singulier que, dès lors que nous évoquons
le mot : PALESTINE, un certain nombre de responsables politiques
manquent de sang froid et de discernement. Que de bruit…
pour une quinzaine culturelle, comme si le fait de présenter
les artistes et les palestiniens, en faisant fi des clichés
habituels, dérangeait profondément. D’aucun
préférerait nous renvoyer à des caricatures.
Certes les pressions sur le sujet sont importantes, mais le courage
doit exister en politique. A ce titre, nous savons que nombre
d’élus n’en manquent pas.
Le communiqué de Monsieur Queyranne est choquant puisqu’il
s’en prend à notre Collectif et assène des
contre-vérités. Monsieur Queyranne pour se dédouaner
d’un acte NORMAL, le soutien à une quinzaine culturelle,
s’en prend à nos engagements.
Il prétend que nous ne condamnons pas les actes terroristes.
Que monsieur Queyranne se rassure ; nous condamnons tout acte
qui s’en prend aux populations civiles qu’elles soient
Israélienne ou Palestinienne. Les attentats kamikazes sont
moralement condamnables et contreproductifs sur le plan politique.
Nous savons que ces attentats sont le fruit de dizaines d’années
de violence à l’égard des populations palestiniennes
et la résultante d’une absence de perspectives de
paix.
C’est faire un mauvais procès au « Collectif
69 » de prétendre que nous serions quelque part complices
des attentats. Ceci est pour nous clairement diffamatoire. Monsieur
Queyranne a peut être remarqué que la baisse, heureusement
sensible, du nombre d’attentats ces derniers temps, n’avait
malheureusement pas engendré d’avancées du
processus de paix.
La divergence est ailleurs, sur ce conflit. Monsieur Queyranne
fait comme si la situation était égalitaire entre
Palestiniens et Israéliens.
Il lui aura sans doute échappé :
- que les territoires sont sous occupation Israélienne,
- qu’il y a un agresseur et un agressé,
- que l’épuration ethnique bat son plein avec la
construction du mur annexant une grande partie de la Cisjordanie.
Il y a d’un côté une puissance économique
et militaire : Israël et de l’autre un peuple démuni
et sans moyens : les Palestiniens.
Si monsieur Queyranne veut faire avancer la paix, qu’il
commence à demander que l’État d’Israël
se mette en conformité avec le droit et la justice internationale
(voir la décision de la Cour de Justice Internationale
de la Haye à propos du mur). Nous n’avons pas beaucoup
entendu le Président de Région à ce sujet.
Car monsieur Sharon, après l’opération médiatique
de Gaza, s’ingénie à décrédibiliser
Mahmoud Abbas et à poursuivre l’annexion de la Cisjordanie.
Oui, nous l’avouons, nous prenons fait et cause pour les
droits du peuple palestinien. Nous sommes pour la création
d’un État palestinien en Cisjordanie et Gaza, aux
côtés de l’État d’Israël.
C’est à cela que nous travaillons.
Le communiqué de Jean-Jack Queyranne
du 23 novembre 2005
Le 9 novembre 2005 la commission permanente du Conseil Régional
Rhône-Alpes, a voté une subvention de 10 000 €
à l’association France Palestine Solidarité
(groupe local de la Région Lyonnaise) pour l’accueil
et l’organisation d’une présentation des textes
du poète Mahmoud DARWICH par le chanteur Marcel KHALIFA,
artiste de l’UNESCO pour la Paix, le 25 novembre 2005 à
la Bourse du travail.
A travers cette participation financière exclusivement
consacrée à la production d’un chanteur reconnu
internationalement, le conseil régional entend rester fidèle
à son engagement en faveur de la Paix au Proche-Orient.
Jean-Jack QUEYRANNE, Président du Conseil Régional
tient à rappeler avec la plus grande clarté, que
la subvention à ce spectacle ne saurait en aucun cas être
assimilée à un soutien aux positions politiques
du collectif 69 qui dénonce unilatéralement l’État
d’Israël sans condamner les attentats terroristes qui
tuent de nombreux civils et entretiennent un climat de violence
hostile à toute démarche de paix.
Le Conseil Régional continuera d’apporter son soutien
à toute initiative qui contribue au règlement pacifique
du conflit, dans le cadre des résolutions internationales
permettant aux peuples israélien et palestinien de vivre
dans des frontières sûres garantissant la paix et
la sécurité de tous.
Une fondation pour resserrer les liens
entre la France et Israël
par Pierre Prier, Le Figaro, 24 novembre 2005
Français et Israéliens veulent faciliter la connaissance
mutuelle pour surmonter le mur de méfiance.
LE RÉCHAUFFEMENT se poursuit entre la France et Israël.
Le ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy,
et la directrice Europe des Affaires étrangères
israéliennes, Osnat Bar-Yossef, doivent donner aujourd'hui
à Paris le coup d'envoi de la Fondation France-Israël,
qui devrait commencer ses activités au printemps 2006.
Organisme de droit privé français, la fondation
aura son siège à Paris et recevra, entre autres,
des fonds des deux États. Née d'une décision
prise en 2002 lors de la visite en Israël de Dominique de
Villepin, alors chef de la diplomatie française, le nouvel
organisme devrait poursuivre l'amélioration des relations
entre les deux pays, qui avaient atteint à l'époque
du voyage de Villepin une température glaciale. La Fondation
France-Israël devrait s'occuper d'échanges culturels
ou universitaires, mais surtout, insiste-t-on des deux côtés,
«travailler à redresser la mauvaise image mutuelle»
qu'entretiennent les sociétés des deux pays, et
à faire disparaître «les stéréotypes».
Israël n'a pas oublié les déclarations du général
de Gaulle au moment de la guerre des Six Jours en 1967, sur le
«peuple d'élite, dominateur et sûr de lui».
La voie ouverte à l'amitié
Les dirigeants des deux États ont rarement résisté
à la tentation de manier les «stéréotypes»
pour servir leur politique étrangère. En janvier
2002, à la suite d'une série d'attaques contre des
institutions juives lancées dans les banlieues par des
Beurs s'identifiant à la cause palestinienne, le gouvernement
israélien avait accusé la France d'être «le
pire pays pour l'antisémitisme».
Ces accusations, que Paris jugeait officieusement liées
à la politique française de soutien à Yasser
Arafat, avaient culminé en juillet 2004. Ariel Sharon lui-même
avait appelé les Juifs de France à immigrer «d'urgence»
en Israël, pour échapper à «l'antisémitisme
déchaîné» supposé ravager la
France. Mais un an plus tard, Ariel Sharon est venu en visite
officielle à Paris, où il a rendu un hommage appuyé
à Jacques Chirac «pour sa lutte très ferme
contre l'antisémitisme». Arafat disparu, et son successeur
Mahmoud Abbas s'en remettant à Washington pour la reprise
du processus de paix, la voie est aujourd'hui ouverte à
l'amitié entre Français et Israéliens.
« Evoquer un regard complice entre
l'Alsace et l'Iran peut donner lieu à certaines interprétations
» : censure à Strasbourg
Une exposition d'un peintre franco-iranien, prévue en
mars au Conseil général du Bas-Rhin, a été
annulée en raison des propos contre l'existence d'Israël
tenus par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, a-t-on
appris mercredi auprès de l'institution départementale.
Le peintre Kazem Rezvaniane, réfugié en France dans
les années 1980 et devenu Français depuis, devait
montrer dans le hall du bâtiment une série d'oeuvres
illustrant des paysages iraniens et alsaciens, baptisée
"Regard complice", à l'initiative de l'association
franco-iranienne d'Alsace. "Evoquer un regard complice entre
l'Alsace et l'Iran peut donner lieu à certaines interprétations",
a commenté Renaud Jautzy, directeur de cabinet du président
du conseil général Philippe Richert (UMP), par ailleurs
président du groupe d'amitié France-Israël
au Sénat.
"L'artiste n'est pas en cause, mais ce n'était pas
le moment d'organiser cette exposition même si son message
n'est pas politique. Les circonstances internationales ne permettent
pas de le faire", a poursuivi M. Jautzy, n'entendant pas
cautionner, même indirectement, les propos du président
iranien qui mettent l'"Iran au banc des nations".
Il a regretté que l'association franco-iranienne d'Alsace
n'ait pas condamné ouvertement M. Ahmadinejad qui, le 26
octobre, à l'occasion d'une conférence intitulée
"Le monde sans le sionisme", avait déclaré:
"Comme l'a dit l'imam (Khomeiny), Israël doit être
rayé de la carte". Source : AFP, 23 novembre 2005
Pierre Assouline : « Détrompons-nous,
la France n'est pas à feu et à sang - L'antisémitisme
est en régression »
par Élias Lévy, Canadian Jewish News, novembre 2005
Écrivain, auteur d'une dizaine de biographies encensées
par la critique
-Georges Simenon, Hergé -créateur de Tintin-, Gaston
Gallimard, Albert LondresŠ-, historien, journaliste d'investigation,
directeur, pendant vingt ans, de la rédaction du magazine
littéraire Lire, Pierre Assouline est une figure marquante
des scènes littéraire et intellectuelle françaises.
Il a aujourd'hui dans le journal Le Monde un blog littéraire
très populaire, La République des Livres (passouline.blog.lemonde.fr).
Son dernier livre, Lutetia (Éditions Gallimard), un roman
historique fascinant, était cette année parmi les
livres finalistes en lice pour le prestigieux Prix littéraire
Goncourt. Pierre Assouline était de passage le week-end
dernier à Montréal à l'invitation de l'Association
des documentaristes et bibliothécaires du Québec.
Dialogue avec un Sépharade natif de Casablanca, qui se
considère comme "un pur produit" du modèle d'intégration
républicain français.
Canadian Jewish News: La France nous offre depuis quelques semaines
un spectacle plutôt désolant.
Pierre Assouline: Contrairement à ce qu'affirment les
médias nord-américains, détrompons-nous,
la France n'est pas aujourd'hui à feu et à sang!
La vague de violence qui a révulsé ces dernières
semaines plusieurs villes françaises était inévitable.
Mais, ce n'est pas le drame que certains s'escriment à
dépeindre. La France n'est pas du tout en guerre. J'ai
pu le constater, il y a quelques jours, lorsque je suis allé
donner une conférence dans un quartier sensible. Il ne
se passait rien.
C.J.N.: Pourtant, le couvre-feu a été décrété
dans plusieurs villes françaises.
P. Assouline: Le gouvernement a donné aux préfets,
ou aux maires, des villes la latitude de décréter
un couvre-feu, s'ils estiment que c'est nécessaire. Je
sais que le couvre-feu est une mesure exceptionnelle très
mal perçue. Mais, est-ce que c'est normal que des gosses
de 13 ou 14 ans soient toute la nuit dans la rue avec des cocktails
molotov dans la poche? Dans quel monde vit-on? Est-ce que c'est
normal que des enfants de 13, 14 ou 15 ans aient une hache, ou
une machette, dans la poche lorsqu'ils vont à l'école?
Non, ce n'est pas normal. C'est bien plus anormal que de décréter
un couvre-feu pour assurer la sécurité des résidants
d'un quartier.
L'éducation, c'est deux choses: l'école et la famille.
L'école ils n'y vont plus parce que ça les embête.
Quant à la famille, elle est en déliquescence. Il
n'y a plus aucune aurorité parentale. On a entendu ces
derniers jours des mères d'enfants maghrébins crier
leur colère. "Ça suffit, rentrez chez vous et arrêtez
cette violence. Vous êtes en train de tout casser", se plaignaient-elles.
Quand ces jeunes échaudés brûlent des autobus,
ils empêchent leurs parents de circuler et d'aller au travail.
Ce qui est une aberration absolue. Et les pères, où
sont-ils?
C.J.N.: Cette flambée de violence ternira probablement
davantage l'image de la France, déjà pas mal flétrie,
à l'étranger, surtout en Amérique.
P. Assouline: Les Américains et les Anglo-Saxons détestent
les Français. Ils ne savent même pas ce qu'est la
République. Je vais souvent en Angleterre, ma femme est
Anglaise. Il y a deux ans, des Anglais m'ont traité de
fasciste parce que je défendais la laïcité
républicaine française. On reprochait alors à
la France d'avoir promulgué une loi pour interdire aux
Musulmans de pratiquer leur religion. Je leur ai dit: "Mais vous
êtes fous! Allez dans la rue, dans le métro, à
Paris et dans les autres villes de France, vous verrez des Musulmanes
portant le voile. Elles sont libres de porter ce qu'elles veulent.
Cette loi interdit simplement le port de tout signe religieux
dans l'administration, les écoles, les hôpitaux publics.
C'est une loi sur la laïcité qui concerne toutes les
religions, pas uniquement les Musulmans. Il ne s'agit pas d'empêcher
les gens de pratiquer leur religion. Ils peuvent faire ce qu'ils
veulent chez eux. C'est ça la laïcité."
Je me suis alors rendu compte que le mot "laïcité"
n'existe pas en anglais. Comment voulez-vous qu'on ait un langage
commun?
C.J.N.: Le modèle d'intégration républicain
français n'est-il pas aujourd'hui obsolète et dysfonctionnel?
P. Assouline: Je suis un défenseur invétéré
non seulement de l'esprit républicain, mais aussi du modèle
républicain d'intégration. Je suis contre le communautarisme.
Winston Churchill disait de la démocratie qu'elle est le
pire des systèmes politiques, à l'exclusion de tous
les autres. Je pense aussi que la politique française d'intégration
est la pire politique qui existe en Europe, à l'exclusion
de toutes les autres. Quand on se compare à l'Angleterre,
à l'Allemagne, à l'Italie, à l'Espagne, à
la HollandeŠ je pense que c'est la France qui est sur la
bonne voie parce qu'elle est un pays républicain. Bien
sûr, la machine d'intégration française est
aujourd'hui grippée et connaît quelques dérapages.
Il y aura une génération de sacrifiés. Mais
c'est un modèle viable qui a fait largement ses preuves.
C.J.N: Donc, d'après vous, la crise qui ébranle
ces jours-ci la France n'est qu'un épiphénomène
passager?
P. Assouline: Les perspectives sont prometteuses parce que cette
crise a favorisé une prise de conscience des pouvoirs publics,
qui ont déjà annoncé qu'ils vont débloquer
plus d'argent pour favoriser l'intégration sociale des
jeunes vivant dans les banlieues chaudes.
La solution à ce grave problème passe par l'insertion
sociale, donc par l'éducation. Les premiers pénalisés
par le grabuge qu'il y a eu dans les banlieues sont les familles
de ceux qui ont foutu le feu. Cette explosion de violence n'est
pas une rébellion, ni une révolution. Il n'y a pas
de chef, ni de mouvement et, surtout, il n'y a aucune revendication.
On n'a vu aucun drapeau, ni des banderoles, ni des tracts prônant
une ligne idéologique.
Tout va bientôt rentrer dans l'ordre. Les soirs où
il ne se passe rien, c'est quand il y a un match de football de
l'équipe de France à la télé. Équipe,
dont je rappelle au passage, constituée à 80% de
Noirs et d'Arabes, qui font la fierté de la France.
C.J.N.: Peut-on établir un parallèle entre la vague
de violence qui vient d'embraser les banlieues et l'explosion
d'actes antisémites que la France a connue ces dernières
années?
P. Assouline: Non. Ce qui se passe aujourd'hui n'a rien à
voir avec l'antisémitisme. Il y a quelques années,
la recrudescence de l'antisémitisme était vraiment
liée à l'Intifada et aux messages judéophobes
martelés par des imams salafistes dans les banlieues. Depuis,
l'Intifada s'est calmée et le Ministère de l'Intérieur
français a tellement bien noyauté les mosquées
qu'il n'y a pas un seul prêche qui ne soit analysé
le jour même par le service des renseignements généraux.
Quand un imam dérape, il est viré.
À la différence de beaucoup d'Arabo-Musulmans,
les Juifs sont pleinement intégrés en France. De
temps en temps, on peut leur dire qu'ils en font un peu trop.
Mais il n'y a pas de problème en France avec les Juifs.
Il est vrai que les Juifs français sont beaucoup plus religieux
que dans le passé. Mais cela ne les empêche pas d'être
Français. Le n¦ud fondamental c'est qu'il n'y a
pas de contradiction entre le judaïsme et la République.
Cette osmose fonctionne très bien depuis l'époque
de Napoléon.
C.J.N.: Pourtant, depuis l'éclatement de la seconde Intifada
palestinienne, il y a cinq ans, un profond malaise sévit
au sein de la Communauté juive de France.
P. Assouline: Bien sûr, il y a eu un grave malaise. Comme
tous les Juifs de France, moi aussi j'ai très mal vécu
cette période morose, marquée par une recrudescence
alarmante de l'antisémitisme. Mais pas au point de dire:
"Il faut partir". Le Sionisme de beaucoup de Juifs français
les a poussés plus vers Miami que vers Tel-Aviv. Comme
par hasard, le catastrophisme de ces Juifs consistait à
émigrer soit à Miami, soit à acheter un appartement
à Tel-Aviv, soit à s'installer à Londres
ou à Bruxelles pour des raisons fiscales. Beaucoup d'entre
eux sont revenus vivre en France.
Dans mon entourage, je connais des gens avec de très grosses
fortunes qui se sont installés à Bruxelles en arguant
qu'ils voulaient fuir cette France ignoble qui traite si mal les
Juifs. Deux ans après, ils sont revenus à Paris
en maugréant: "C'est encore pire en Belgique parce qu'il
y a dans ce pays un racisme et un antisémitisme insupportables."
En Belgique, il n'y a pas de République pour nous défendre.
C.J.N.: Ce regain d'antisémitisme n'est-il pas la cause
principale qui a incité beaucoup de Juifs à quitter
la France?
P. Assouline: Il y a toujours eu de l'antisémitisme en
France et il y en aura toujours. Mais, la France ne détient
pas le monopole de l'antisémitisme. Ce fléau sévit
aussi dans le reste du monde, y compris au Canada, où on
a aussi brûlé des écoles israélites
et profané des cimetières juifs.
Aujourd'hui, l'antisémitisme est en régression
en France. Il n'y a pratiquement plus d'actes antisémites,
ou très peu. Il y a quelques jours, des tombes juives ont
été profanées avec des croix gammées
dans les Vosges. C'est affreux. Mais ce qu'on ne dit pas, c'est
que des cimetières catholiques sont aussi profanés
tous les jours en France par des néonazis. Mais ça
on ne le dit pas parce que ça n'intéresse personne.
C.J.N.: L'Affaire Dieudonné -humoriste noir français
devenu célèbre pour ses incartades antisémites-
n'est-elle pas symptomatique de la campagne de stigmatisation
dont les Juifs français, surtout ceux qui défendent
Israël, sont aujourd'hui la cible?
P. Assouline: La sinistre Affaire Dieudonné est un mouvement
qu'il ne faut pas négliger car il n'est pas banal, ni marginal.
Mais, les intellectuels n'appuient pas Dieudonné. Il n'y
a pas de débat intellectuel sur cette Affaire. Tous les
intellectuels, peu importe leurs obédiences idéologiques,
ont été scandalisés par les dérapages
antisémites grossiers de l'humoriste. Vouloir instrumentaliser,
comme il le fait sans ambages, la souffrance des Noirs pour rendre
les Juifs responsables de l'esclavage, c'est non seulement une
erreur et une bêtise monumentales, c'est surtout un acte
criminel.
Dieudonné reprend les thèses de Louis Farakhan,
un prédicateur musulman antisémite aux États-Unis.
C'est très dangereux. Monter les Noirs contre les Juifs,
c'est quelque chose à laquelle personne n'y avait encore
pensé en France. Il faut vraiment avoir l'esprit tordu
comme Dieudonné, qui est un grand paranoïaque, pour
exploiter un créneau aussi funeste.
Dieudonné a son théâtre et quelques milliers
de fans. Mais je crois que les Français, notamment antillais
et beaucoup d'autres d'origine africaine, sont désormais
beaucoup trop républicains pour tomber dans son piège.
Moins on parle de l'affaire Dieudonné, mieux ce sera. Si
on ne l'invite plus aux émissions de Thierry Ardisson et
de Marc Olivier Fogiel, Dieudonné sera oublié.
C.J.N.: L'Histoire et la Mémoire de la Shoah ne sont-elles
pas banalisées en France?
P. Assouline: L'Histoire de la Shoah est enseignée dans
les lycées de France. Des voyages d'étude à
Auschwitz et dans d'autres camps de la mort nazis sont organisés
pour les lycéens. Le problème c'est que des jeunes
arabo-musulmans réagissent fort mal lorsqu'on leur enseigne
la Shoah. Ces adolescents issus de l'immigration maghrébine,
nés en France, sont des Français, mais ils n'ont
pas du tout les mêmes valeurs que les autres Français.
Ainsi, ils n'hésitent pas à dire à une déportée
venue témoigner de son expérience dans un lycée:
"Cache-toi salope, on n'en a rien à foutre de toi! Tu aurais
mieux fait de crever à Auschwitz." C'est un témoignage
que j'ai recueilli. Les Français ne sont pas éduqués
comme ça.
Ceux qui fustigent aujourd'hui sans fard des survivants de la
Shoah sont les mêmes qui ne voient pas où est le
mal quand ils téléphonent en pleine nuit aux pompiers
pour leur dire qu'une maison brûle dans une cité.
Quand les pompiers arrivent sur les lieux, ils se retrouvent face
à des jeunes courroucés qui leur envoient des caillous
et des machines à laver du haut de la tour, au risque de
les tuer. Ces jeunes n'ont pas du tout nos valeurs. Ils n'ont
pas le sens du bien et du mal. Ce sont les mêmes qui brûlent
des voitures, ou des écoles maternelles, et qui ne comprennent
pas pourquoi ce n'est pas bien.
C.J.N.: Le monde sépharade vous passionne depuis longtemps.
Vous lui avez même consacré un livre magnifique,
"Le dernier des Camondo" (Éditions Gallimard), retraçant
l'histoire tumultueuse d'une famille de la grande bourgeoisie
sépharade originaire de Turquie. Comment voyez-vous l'avenir
du Séphardisme?
P. Assouline: La riche Mémoire sépharade subsiste
toujours. En France, le monde Sépharade est en pleine forme.
Aujourd'hui, le judaïsme français est sépharade.
Quand on voit un Ashkénaze, on le met vite au musée!
Il n'y en a plus par la force des choses parce que beaucoup d'Ashkénazes
sont morts dans les camps d'extermination. Par ailleurs, les Ashkénazes
s'assimilent plus que les Sépharades par les mariages mixtes.
Ce qui a surtout changé en France, ça je peux en
parler en connaissance de cause, c'est le paysage urbain. Il y
a aujourd'hui dans plusieurs arrondissements de Paris qui ne sont
pas juifs, comme le 16e et le 17e, un nombre hallucinant de synagogues,
de boucheries et de restaurants casher. Dans ma rue, qui n'est
pas du tout située dans un quartier juif, il y a trois
synagogues.
La semaine dernière, à Londres, je voulais aller
à un restaurant casher avec ma famille. Il n'y en a qu'un
seul. Tous les autres restaurants casher sont dans la banlieue
de Londres.
C.J.N.: Est-ce un signe de communautarisme?
P. Assouline: Ce n'est pas du communautarisme. C'est plutôt
un retour aux traditions. Les synagogues en France sont pleines
de jeunes. Ces derniers veulent renouer avec l'héritage
culturel de leurs aïeux. C'est un choix délibéré.
Personne ne les oblige.
C.J.N.: La réintégration sociale des rescapés
des camps de la mort nazis et la Mémoire de la Shoah occupent
une place importante dans votre dernier roman, "Lutetia".
P. Assouline: Au point de départ, je voulais raconter
la vie d'un grand hôtel parisien. J'ai choisi le Lutetia
parce que c'est l'hôtel que je connais le mieux. Je voulais
raconter la France de 1938 à 1945. Ce n'est pas un livre
que sur les déportés qui furent hébérgés
dans cet hôtel après leur libération des camps
de la mort.
Sur le retour des déportés, il n'y avait pas grand-chose.
J'ai donc retrouvé et interrogé des déportés.
Pendant un an, chaque premier jeudi du mois, j'ai participé
au dîner offert par la direction du Lutetia à une
Association d'anciens déportés juifs, catholiques,
communistes, francs-maçons.. Seul point commun, outre la
déportation, tous ont été hebergés
au Lutetia à la fin de la guerre. Et là, j'ai rencontré
des gens étonnants qui m'ont raconté des anecdotes
extraordinaires, que je relate dans ce roman.
Le MRAP porte plainte contre Alain Finkielkraut
pour son interview à Ha'aretz
Le Mrap a décidé de porter plainte contre Alain
Finkielkraut pour incitation et provocation à la haine
raciale
Le philosophe est poursuivi pour une interview au journal israélien
Haaretz où il déclare à propos des émeutiers
: "Le problème est que la plupart de ces jeunes sont
noirs ou arabes et s'identifient à l'islam".
Selon le secrétaire général du MRAP, cet
entretien, "porte-voix des clichés du Front national",
est "d'une violence raciste inouïe.
Les déclarations d'Al ain Finkielkraut "participent
à mettre sur le terrain ethnique et religieux cette insurrection
sociale de Français qu'il nomme noirs ou arabes",
selon Mouloud Aounit.
"C'est l'aboutissement d'une bascule idéologique",
a ajouté M. Aounit, rappelant que M. Finkielkraut avait
notamment participé à l'appel contre des "ratonnades
anti-blancs" en mars après les violences en marge
de manifestations lycéennes.
Les déclarations d'Alain Finkielkraut
Alain Finkielkraut a déclaré à Haaretz que
la crise des banlieues était "une révolte à
caractère ethnico-religieux". "En France, on
voudrait bien réduire les émeutes à leur
niveau social. Voir en elles une révolte de jeunes de banlieues
contre leur situation, la discrimination dont ils souffrent et
contre le chômage. Le problème est que la plupart
de ces jeunes sont noirs ou arabes et s'identifient à l'islam",
a-t-il ajouté, soulignant qu'il y a d'autres" émigrants
en situation difficile, chinois, vietnamiens, portugais, qui eux
ne participent pas aux émeutes".
"On nous dit que l'équipe de France est adorée
par tous parce qu'elle est 'black blanc beur', en fait aujourd'hui
elle est 'black, black, black' ce qui fait ricaner toute l'Europe",
avait-il encore dit.
"Un arabe qui incendie une école, c'est une révolte,
un blanc c'est du fascisme", ajoutait-il. " Bien sûr
qu'il ya une discrimination, et il y a certainement des Français
racistes, des Français qui n'aiment pas les arabes et les
noirs et ils les aimeront encore moins maintenant quand ils prendront
conscience de la haine qu'ils leur vouent (...) L'idée
généreuse de guerre contre le racisme se transforme
petit à petit monstrueusement en une idéologie mensongère.
L'antiracisme sera au 21ème siècle ce qu'a été
le communisme au 20e".
Source : info.france2.fr, 23 novembre 2005
Déferlement raciste sur le web
: le MRAP demande des mesures immédiates
Depuis le début des violences, et singulièrement
dans cette dernière semaine, le MRAP est horrifié
par l'insoutenable prolifération des écrits racistes
sur Internet d'une violence inouïe rarement égalée.
Tout indique que les tenants de cette haine se servent des événements,
du contexte politique, et de l'espace de liberté que représente
la toile pour déverser leur haine anti-immigrés.
A titre d'exemple :
Le site sos-france, déjà poursuivi pour avoir proféré
des injures racistes à l'égard de collégiens
de la région parisienne (Sevran, Seine Saint Denis), appelle
aujourd'hui à manger le couscous le jour des obsèques
de la présidente du comité de Strasbourg du MRAP
victime du meurtre commis par un déséquilibré.
Le site islam danger écrit : « Allez les femmes musulmanes
faite encore beaucoup d'enfants, il faudra faire des nouveau immans
et maintenant les musulmans, il faudra trouver autre chose pour
brûler les voitures et les institutions, une autre excuse.
»
Le site aipj, ancien site central de la nébuleuse sos-racaille
: « Les dés sont jetés ! Ce qui était
vrai depuis quinze ans, mais refusé par un peuple fatigué,
devient aveuglant et surtout tangible : ce pays, longtemps appelé
la France, est en voie de conquête par