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Protocoles des Fous de Sion

À propos de la petite phrase de Mahmoud Ahmadinejad : pourquoi ces expressions de surprise ?

par Robert Thompson, 27 octobre 2005

Les sionistes veulent nous faire croire que le Président de l'Iran a dit quelque chose qu'il n'a pas dit. Il a exprimé le point de vue, que partagent de nombreuses personnes y compris moi-même, que "l'Etat d'Israël"

doit être rayé de ma carte. Il n'a pas dit que des personnes doivent être tuées ou maltraitées, mais tout simplement que cet état artificiel et hautement discriminatoire doit cesser d'exister. Les mêmes propos furent faits de l'Afrique du Sud qui imposait une forme de discrimination semblable connue sous le nom d'Apartheid, et de ses Bantustans. La puissante machine de propagande sioniste a immédiatement commencé à propager des observations mensongères par lesquelles elle suggère sans la moindre justification que le Président iranien a appelé au génocide. Aucun reportage de son discours - au cours d'un colloque dont le thème fut la fin du sionisme - ne contient des mots par lesquels il aurait menacé la vie de qui que ce soit. Par contre il a demandé la justice pour que le peuple de la Terre Sainte puisse vivre en paix, avec l'égalité entre tous les habitants.

La surprise est peut-être que le message clair de ce discours par lequel le Président a demandé la justice et la fin de la discrimination semble être déjà déformé par les sionistes et leurs alliés comme partie intégrale de leur campagne pour pouvoir continuer l'occupation et l'exploitation illégales des demeures et des terres d'autrui. Nous devons continuer à demander pourquoi cet état discriminatoire existe toujours au dépens des habitants indigènes et des victimes de la purification ethnique qui furent chassées pour vivre aujourd'hui dans des camps de réfugiés à l'intérieur et à l'extérieur de la Palestine.


Le sionisme "condamné à l'anéantisssement" (ambassade d'Iran à Paris)

Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, dans ses récentes déclarations, n'a fait que constater que le sionisme était "condamné à l'anéantissement", mais l'Iran n'a "aucune hostilité" envers les Juifs, a déclaré jeudi l'ambassade d'Iran à Paris.

Les déclarations mercredi du président Ahmadinejad appelant à "rayer Israël de la carte" ont suscité une vague de condamnations à travers le monde. M. Ahmadinejad "n'a fait que décrire une situation intenable: à ses yeux, le sionisme, consistant à occuper les terres d'un autre peuple et à exercer l'apartheid, est condamné à l'anéantissement et ce en raison du réveil des sociétés musulmanes et de la région du Moyen-Orient, notamment du peuple palestinien", a affirmé l'ambassade dans une déclaration écrite en français. Le président iranien "souhaite en fait la fin de l'occupation, l'instauration d'un Etat palestinien ayant Beytolmoqaddas (Jérusalem) comme capitale, ainsi que le retour de tous les réfugiés palestiniens", précise le communiqué, en évitant de mentionner l'Etat d'Israël.

"L'Histoire contemporaine de l'Europe a prouvé que le temps des courants extrémistes racistes et de la politique d'occupation et d'apartheid est bien révolu et que les populations d'aucune partie du monde ne sauraient accepter que leurs droits légitimes soient bafoués", relève la représentation iranienne.

"Nous nous opposons à l'idéologie du régime sioniste, car elle n'a aucune légitimité", poursuit-elle. "Nous avons vécu pacifiquement pendant plusieurs siècles avec les Juifs et nous n'avons aucune hostilité envers eux". "Mais nous combattrons une pensée qui se manifeste par la violence, la terreur et la politique d'occupation et qui fait fi de toutes les règles et résolutions internationales, voire de toutes les propositions de paix", conclut l'ambassade d'Iran. Les dirigeants de l'Union européenne, réunis jeudi à Hampton Court, près de Londres, ont condamné les propos du président iranien "de la manière la plus ferme" dans un communiqué commun.

La France, comme plusieurs autres pays, a convoqué jeudi matin l'ambassadeur d'Iran afin de lui réitérer la condamnation des propos du président iranien. Source : AFP, 27 octobre 2005


L'oeuvre assignée aux juifs et aux chrétiens


par Jean-Marie Lustiger, cardinal, ancien archevêque de Paris, Le Monde, 28 octobre 2005
Quel chemin étonnant avons-nous parcouru, juifs et catholiques, depuis plus d'un demi-siècle ! Le quarantième anniversaire de la déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II (1962-1965) coïncide avec le soixantième anniversaire de l'arrivée des troupes soviétiques au camp d'Auschwitz (Pologne).
Alors que se manifestent de nouvelles formes d'antisémitisme, cette double commémoration nous permet de mesurer l'énorme poids de douleur et de honte que fait peser sur les consciences la mémoire de la Shoah, "ce crime inouï, et jusque-là inimaginable", ainsi que le pape Benoît XVI vient de le qualifier à la synagogue de Cologne (Allemagne). Il faudrait, ici, nous arrêter, et rendre grâce pour tous ceux qui ont travaillé à établir entre juifs et catholiques une relation nouvelle de confiance, d'estime et de respect, qui fonde les vraies amitiés. Ils sont nombreux de part et d'autre. Je n'en citerai qu'un seul, Jean Paul II.
Le pape Benoît XVI, en conclusion de son allocution à la synagogue de Cologne, nous invite à "aller de l'avant (...) et tourner notre regard vers les tâches d'aujourd'hui et de demain (...) pour donner ensemble un témoignage encore plus unanime, en collaborant sur le plan pratique".
Il est fréquent aujourd'hui, en Occident, d'entendre parler de civilisation "judéo-chrétienne", le plus souvent pour la critiquer et pour libérer les individus des contraintes qu'elle ferait peser sur les moeurs et la société.
Ainsi, des observateurs, qui se disent éloignés du christianisme comme du judaïsme, les mettent l'un et l'autre dans le même sac. Identifier au coeur de notre civilisation une "Weltanschauung" judéo-chrétienne ne satisfera, certes pas, tous les juifs ni tous les chrétiens, mais atteste de l'extérieur deux faits essentiels pour notre propos. Premièrement : juifs et chrétiens exercent ensemble une responsabilité à l'égard de la civilisation et de l'ensemble des hommes ; deuxièmement : juifs et chrétiens portent ensemble la charge de la révélation biblique.
En ce quarantième anniversaire de Nostra Ætate , nous devons nous laisser interroger par ce regard extérieur et réfléchir à notre responsabilité commune. Que peut et doit apporter au monde la rencontre des juifs et des chrétiens, ou plutôt leur réconciliation, ou mieux encore leurs retrouvailles, au moment où une civilisation planétaire se dessine au milieu des conflits et des oppositions, des convergences et des échanges, mais aussi des replis... Il n'est pas sans signification que les "retrouvailles" entre les juifs et l'Eglise catholique interviennent en cette période critique et magnifique de grands bouleversements, aux conséquences imprévisibles. Certains craindront un résultat désastreux parce que menaçant pour l'indépendance et la liberté des identités particulières, nationales ou religieuses. D'autres, peut-être les mêmes, se demanderont aussi comment des religions, que l'histoire a à ce point séparées, peuvent joindre leurs forces pour contribuer au rassemblement des cultures et des religions.
Quelle signification peut avoir pour l'ensemble de l'humanité le rapprochement des juifs et des chrétiens ? Pour nous, juifs et chrétiens, est en jeu l'universalisme de la révélation. Car cette relation à l'ensemble de l'humanité est inscrite dans l'origine même du judaïsme. Souvenez-vous de la bénédiction donnée à Abraham : "En toi se béniront toutes les nations de la terre" (Gen 12, 3). Rappelez-vous aussi l'annonce prophétique suivant laquelle toutes les nations viendront adorer en son temple l'unique Seigneur du ciel et de la terre.
Chez les chrétiens, les juifs apôtres de Jésus ont obéi, non sans grande peine, à cet oracle prophétique, découvrant presque à leur corps défendant et avec étonnement que le don de l'Esprit était également accordé aux païens. L'ordre de Jésus, donné aux siens, d'aller enseigner toutes les nations (les goïm) pour former parmi elles des disciples qui recevront le baptême (cf. Mt 28,19) fait rejoindre aux chrétiens l'espérance juive pour le monde. Alors même que les attitudes spirituelles et l'expérience des uns et des autres demeurent opposées sur ce point.
Car le peuple juif vit dans une situation paradoxale. Il demeure un peuple, il continue de revendiquer ce nom. La question de savoir s'il est un peuple semblable aux autres, ou différent d'eux, a été posée dès les origines. Nous sommes un peuple différent des nations, parce que formé par Dieu pour le servir ; et une nation semblable aux autres, lorsqu'elle réclame roi et pouvoir comme les autres peuples. Il reste que, dans la mondialisation actuelle, les juifs et les communautés juives dispersées dans le monde entier sont, bel et bien, partie prenante de la diversité des cultures et des nations, sans que s'estompe pour autant l'appartenance au "peuple juif".
De même - ­ peut-on avancer -­, le fait d'être chrétien incorpore chaque personne et chaque communauté dans l'existence commune de l'Eglise du Messie, présente à travers les temps de l'histoire, dans toutes les nations et en toute culture.
Le problème que nous devons cerner est celui soulevé par la mondialisation. Une solidarité rassemble-t-elle l'humanité entière ? Est-ce au prix de la négation ou de l'oubli des particularités considérées, jusqu'à aujourd'hui, comme des richesses, mais pouvant apparaître, désormais, comme des survivances et des obstacles ? Certes, non. Mais la responsabilité, confiée par la parole de Dieu, aux juifs et aux chrétiens, chacun selon son appel et sa tradition propre, est d'amener l'humanité à la conscience de son unité et de son unique vocation. Celle-ci tient à son origine. L'humanité, comme le disent les premières pages de la Genèse, a été créée par Dieu "à son image et à sa ressemblance" (Gen 1, 26). Il existe au sein de la diversité humaine des guetteurs et des témoins de la lumière de l'origine, non pour l'imposer, mais pour aider l'humanité à déchiffrer sa destinée.
Les juifs ont conscience de leur particularité historique, puisque cette révélation leur a été confiée en premier, une fois pour toutes de façon irrévocable. C'est dans l'expérience d'un peuple façonné par cette élection que l'histoire sainte a pris chair dans l'histoire humaine. La tentation pour le peuple juif est, évidemment, de s'enfermer dans cette particularité et, dès lors, de la vider de sa portée salutaire universelle.
Les chrétiens sont devenus, eux aussi, les bénéficiaires de cette première bénédiction puisque, au moment où l'Eglise naît des juifs, voici que des païens, aussi, obtiennent d'avoir part avec eux à cette bénédiction et à sa promesse. Au cours des siècles, les chrétiens seront tentés, eux aussi, de se recréer des particularismes de type national ou religieux. Ils risquent de perdre le sens de leurs racines, de l'origine garante de leur espérance.
Mais juifs et chrétiens, en se rencontrant et en mesurant leurs différences, peuvent mieux comprendre ce qui leur est donné comme évidence fondatrice et tâche primordiale : révéler à une humanité fractionnée l'appel à l'unité, plus forte et plus grande que son immense diversité.
Aujourd'hui, au vu de l'histoire, sans que le rapprochement puisse rendre moins aiguës les divergences, l'urgence de l'appel reçu aux origines oblige les frères séparés, le frère aîné et le puîné, à répondre, chacun pour sa part, à la mission qui lui est assignée. Aucun ne peut la remplir sans l'autre, sans pour autant faire violence à l'autre ni le réduire. La figure présente de l'humanité anticipe, de manière obscure encore et parfois contrastée, l'espérance portée par les prophètes et proclamée par le Nouveau Testament. Le lien commun aux juifs et aux chrétiens fonde leurs retrouvailles en ce siècle, garantissant l'oeuvre qu'ils doivent accomplir sous peine de manquer à l'humanité. L'équilibre et la paix du monde y sont en cause.
L'avenir commun entre juifs et catholiques ne se réduit pas à limiter le contentieux possible. Il ne peut se contenter d'une pacifique compréhension mutuelle, ni même d'une solidarité dans le service de l'humanité. Cet avenir demande un travail sur ce qui est commun, comme sur ce qui sépare, travail désormais possible car fondé sur la certitude d'une amitié voulue de Dieu. Que les différences et les tensions deviennent un stimulant pour un approfondissement toujours plus attentif et docile au mystère, dont l'histoire nous constitue les héritiers en indivis.
Les interventions du cardinal Lustiger sur cet anniversaire de Nostra Ætate sont consultables sur le site du diocèse de Paris www.catholique-paris.com


Le subconscient de l'antisémitisme


par Avi Beker, Ha'Aretz, 27 octobre 2005. Original :
http://www.haaretz.com/hasen/spages/638222.html. Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier

Voici un siècle, le grand rabbin de Vienne (Autriche), Moritz Guedemann, un homme libéral, cultivé, expliqua que l'antisémitisme découle d'une tension psychologique causée, au sein de la chrétienté, par ses relations avec le judaïsme.

Recourant au vocabulaire de Sigmund Freud, qui vivait dans la même ville, à la même époque, Guedemann analysa le « subconscient » de l'antisémitisme, sentiment prédominant à Vienne à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle. « Le chrétien s'agenouille devant l'image d'un juif, il joint les mains devant l'image d'une juive (Marie), les apôtres de Jésus sont juifs et juifs aussi sont les psaumes qu'il récite. Rares sont les personnes qui seraient capables de dominer ces contradictions, et la plupart des gens cherchent à apaiser la tension au moyen d'actes antisémites. Dès lors qu'ils sont obligés d'adorer un juif à l'instar d'un dieu, ils se vengent sur les autres juifs, qu'ils décrivent comme les fils de Satan. »

Ce n'est qu'en 1965 - vingt ans après l'Holocauste - que l'Eglise catholique commença à s'occuper sérieusement des composantes antisémites inhérentes à la théologie chrétienne. Aujourd'hui, à Rome, et la semaine prochaine à la résidence présidentielle, à Jérusalem, au cours de plusieurs dizaines de manifestations, dans le monde entier, les juifs et les catholiques célèbreront le quarantième anniversaire de l'adoption parle Vatican de l' Encyclique Nostra Aetate [A Notre Epoque], un document repère, qui a initié de nouvelles relations entre l'Eglise et le peuple juif.

La déclaration du Vatican sur la relation de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes a établi, pour la première fois, après la réunion historique du Concile au Vatican, que les juifs doivent être exonérés de l'accusation de déicide et que toute incitation hostile à leur endroit doit cesser.

La promulgation de 1965, et l'interprétation, bien moins connue, qui a été faite de cette Encyclique, par les directives ecclésiales de 1974, souligne les implications de cette nouvelle approche pour les textes religieux et les prières dites dans les églises. Après avoir ignoré le problème des siècles durant, l'Eglise a déclaré de manière non équivoque que Jésus et les apôtres étaient juifs, réaffirmant ainsi les racines juives du christianisme.

Le conflit psychologique inhérent à la position de l'Eglise catholique, qui représente plus d'un milliard de fidèles, dérive de la doctrine chrétienne, qui affirme qu'en raison des péchés des juifs, Dieu se serait repenti de les avoir choisis et aurait fait chrétiens ceux (des hommes) qu'Il aurait véritablement choisis. Ceux-là sont le « véritable Israël ». Par conséquent, les juifs ont été condamnés à être humiliés et dégradés, jusqu'à ce qu'ils convertissent au christianisme.

Durant des siècles, l'Eglise catholique a occulté l'histoire de la naissance de Jésus et les racines juives du christianisme. Ce n'est que le choc créé par l'Holocauste, suivi de plusieurs décennies de fuite de ses responsabilités, qui a amené le Vatican à reconnaître - bien que partiellement - la responsabilité des chrétiens - mais non pas celle de l' Eglise - dans le lien existant entre la haine envers les juifs et la politique génocidaire.

Quant à la thérapie psychologique encore nécessaire pour solutionner la rivalité inconsciente autour du droit d'aînesse et du rôle du peuple élu : pour une institution conservatrice comme l'est l'Eglise catholique, le changement doctrinal semblait impossible. Le virage a été amorcé, quand l' Eglise a reconnu, en 1965, que les juifs étaient toujours « élus » de Dieu, et avec la déclaration faite par le Pape Jean-Paul II à la synagogue centrale de Rome, en 1986, aux termes de laquelle les juifs sont les frères aînés des chrétiens.

L'établissement par le Vatican de relations diplomatiques avec Israël, en 1993, et la visite officielle du Pape en Israël, en 2000, ont symbolisé la dissipation d'un autre tabou ancestral : la reconnaissance du retour des juifs dans leur patrie, sous souveraineté juive.

Le film « La Passion du Christ », de Mel Gibson, qui présenta la version antisémite de la crucifixion à des centaines de milliers de spectateurs, en 2004, a démontré que même ces changements de doctrine ne sont pas irréversibles. Gibson et son père négationniste de l'Holocauste sont membres d'un mouvement catholique ultra-conservateur, qui rejette les changements doctrinaux amorcés en 1965.

Bien sûr, en dépit de la violence brutale de ce film et de la présentation stéréotypée qui y est faite des juifs, dans le style [des caricatures du quotidien nazi] Der Stuermer, rien n'indique que les spectateurs soient sortis des salles de cinéma en criant « Mort aux juifs ! ». Toutefois, nous ne devons pas oublier qu'il s'agit-là de messages puissants, qui sont absorbés avec plus de force encore que les sermons d'église, et qui peuvent conduire à des troubles, dans des périodes de crise.

Le successeur de Jean-Paul II, le pape Benoît XVI, était le cardinal chargé d'interpréter la doctrine [de la foi] catholique, et il fut un partenaire des changements vis-à-vis du judaïsme. En tant que chef du comité de la doctrine, il a veillé à faire observer que les juifs qui ne se convertiraient pas [au christianisme] ne sauraient être sauvés - seuls les chrétiens le seront.

D'où l'importance de l'intention du rabbin David Rosen, président du Comité juif international du Dialogue interconfessionnel, de demander dès aujourd' hui au Vatican de bien vouloir préciser qu'il a rayé de son agenda son ancestrale aspiration à convertir les juifs. Il demandera également que l' Eglise instruise ses futurs séminaristes dans cet esprit là.

Des théologiens catholiques ont déjà évoqué la nécessité d'exclure la question de l'élection du débat inter-religieux. L'Organisation des Evêques américains a proposé une solution théologique, consistant à dire que le rôle historique joué par les juifs a été celui de témoins du premier choix du créateur du monde, et témoins aussi, de ses préceptes moraux.


Freud, le sionisme et Vienne

par Edouard Saïd, Al Ahram Weekly, 5 juin 2001

L'histoire consignée ici, en forme de parabole, mérite ces quelques lignes malgré son côté très personnel, parce qu'elle a ameuté l'opinion et alerté inutilement les media. D'habitude, je répugne à me mettre en avant, mais cette fois-ci l'événement a été si faussé et a jeté un coup de lumière si vive sur le contexte du conflit sioniste dans lequel il s'insère, que je consens à le relater.

Fin juin et début juillet 2000, au cours d'une visite privée au Liban, j'ai donné deux conférences. Comme beaucoup d'Arabes, ma famille et moi-même étions vivement intéressés à visiter au Liban-Sud la "zone de sécurité" militairement occupée par Israël pendant vingt-deux ans, et après que les troupes de l'?tat juif en aient été chassées sans cérémonie par la résistance libanaise. Au cours de notre excursion du 3 juillet, nous nous sommes attardés dans la prison de Khiam construite par Israël en 1897 dans laquelle 8000 personnes ont été détenues comme des bêtes et torturées dans d'atroces conditions. Nous nous sommes ensuite rendus au poste frontière abandonné par les troupes israéliennes, maintenant déserté à l'exception des visiteurs libanais qui affluent ici pour jeter symboliquement une pierre vers une frontière encore densément fortifiée.

Aucun Israélien, militaire ou civil, n'y était en vue. Pendant les dix minutes de la visite, j'ai été photographié à mon insu, jetant une petite pierre, en compagnie de quelques jeunes qui étaient là, sans cible particulière. L'endroit était désert à perte de vue.

Deux jours plus tard, la photographie paraissait dans les journaux israéliens et dans la presse occidentale. J'y étais dénoncé comme un terroriste jeteur de pierres, un homme de violence, etc., etc., avec l'habituelle unanimité dans la diffamation et l'arbitraire qui atteint tous ceux qui sont la cible de la propagande sioniste.

 

L'ironie a joué doublement.

D'abord, bien qu'en huit livres écrits sur la Palestine plaidant sans relâche pour la résistance à l'occupation sioniste, je ne me suis jamais lassé de militer pour une coexistence pacifique entre nous et les juifs d'Israël, quand auront cessé la répression et la dépossession des Palestiniens. Mes écrits ont été diffusés dans le monde entier, traduits au moins en trente cinq langues. Ainsi mes opinions sont parfaitement connues et mon message est très clair. Mais ayant estimé vain de réfuter les faits et arguments que j'avais avancés et, mieux encore, ayant été incapable d'empêcher que mon oeuvre atteigne une audience de plus en plus large, le mouvement sioniste a usé des recettes les plus éculées pour tenter de me discréditer. Il y a deux ans, un obscur avocat américano-israélien a été engagé pour "enquêter" sur les dix premières années de ma vie et "prouver" qu'en dépit de ma naissance à Jérusalem, je n'y avais pour ainsi dire jamais vécu. Il devait me confondre comme un menteur usurpant un droit au retour, en parallèle à la stupidité et à la bassesse du procédé - l'insidieuse loi israélienne du "droit au retour" - qui donne à n'importe quel juif de n'importe où, qui, sans y avoir jamais mis le pied, a le droit de venir en Israël et d'y vivre. Malgré l'indécence et le fallacieux de l'enquête, nombreux ont été ceux qui, abordés par l'avocat, n'ont pas abondé dans son sens et se sont récriés en ma faveur. Tous les organes de presse, sauf un, sollicités pour publier le compte-rendu, ont refusé l'article au vu de son manque de sincérité et de la fausseté de son argumentation. Cette campagne visait à me discréditer et au-delà, de laisser entendre que tous les Palestiniens sont menteurs et ne peuvent être crédibles dans leur prétention au "droit au retour". Le directeur du seul journal qui a publié l'article, a déclaré sans détour, que les insanités ordurières, imprimées, étaient une commande payée qui devait ternir ma réputation auprès de mes nombreux lecteurs. Alors est venue se greffer, selon un processus bien huilé, l'affaire de la pierre jetée.

Seconde ironie : malgré les vingt-deux ans de dévastation israélienne au Liban Sud, destructions de villages entiers, meurtres de centaines de civils, ingérence de mercenaires supplétifs payés pour piller et punir ; malgré l'emploi déplorable des plus inhumaines méthodes de torture et de claustration à Khiam et autres lieux, et bien ! malgré tout, la propagande israélienne, relayée par les media occidentaux, complices et vénaux, a choisi de me montrer du doigt pour un geste anodin, amplifié jusqu'à l'absurde, faisant de moi un fanatique violent, un tueur de juifs.

Le contexte n'était pas donné ni les circonstances, je n'avais jeté de pierre à aucun Israélien, ni dommage ni blessure n'avaient été portés contre personne. Plus étrange encore, éclatait alors une nouvelle campagne savamment orchestrée, destinée à me faire radier de l'université où j'enseigne depuis 38 ans. Des articles de presse, calomnies, lettres d'injures et menaces de mort, visaient à m'intimider ou à me réduire au silence, répercutés par quelques collègues qui, soudainement, dévoilaient leur collusion avec Israël.

Toute cette comédie, cette tricherie greffée sur un banal incident survenu au Liban-Sud, destinée à ternir ma personne et ma vie professionnelle n'a pourtant pas réussi. Des collègues se sont rangés à mes côtés, comme beaucoup de personnes en vue. Plus décisif : l'administration de l'université a magnifiquement défendu le bien fondé de mes opinions et de mes engagements, et déclaré que la campagne de diffamation était indépendante du jet de pierre, mais avait pour cause les opinions politiques que je professais et mon attitude de résistant à l'occupation et à la répression israéliennes.

Le dernier épisode du harcèlement sioniste est, dans un certain sens, encore plus triste et plus vil. Fin juillet 2000 j'avais été sollicité par le directeur de l'Institut et Musée Freud de Vienne, pour donner la conférence annuelle en mai 2001. Ayant accepté, le 21 août me parvenait l'invitation formelle, par lettre officielle du directeur de l'institut, au nom du comité. J'ai répondu sans tarder, ayant déjà écrit sur Freud et ayant été pendant longtemps un admirateur de ses travaux et de sa vie. Incidemment, je ferai remarquer que Freud avait été un anti-sioniste de la première heure, même s'il a changé d'avis plus tard quand, pendant les persécutions des juifs d'Europe par les Nazis, un éventuel ?tat juif pouvait lui apparaître comme la solution à la montée meurtrière de l'antisémitisme. Mais je suis convaincu que son idée du sionisme comportait un soupçon. Le sujet de la conférence était : "Freud et le non-européen", et je me proposais de montrer que, bien que le matériau européen de Freud valait pour l'Europe, son intérêt pour les civilisations anciennes comme l'?gypte, la Palestine, la Grèce et l'Afrique militait en faveur de l'universalisme de sa vision et de la profondeur de son investigation de l'homme. Et qu'il fallait aussi remarquer son anti-provincialisme, au contraire de nombre de ses contemporains qui dénigraient les cultures non-européennes, comme mineures ou inférieures. Pourtant peu après, et sans avertir, le 8 février, j'ai été informé par le porte-parole de l'Institut, un sociologue viennois du nom de Schülein, que le comité avait décidé d'annuler la conférence à cause de la situation politique au Proche-Orient. "et des risques de conséquences". Aucune autre explication ne m'a été donnée. Il s'agissait d'une attitude en dehors de toute déontologie et remarquablement en contradiction avec, justement, l'esprit et la lettre de la pensée de Freud. En plus de 30 ans d'enseignement dans le monde entier, pareil camouflet ne m'avait jamais été donné. J'ai immédiatement réagi en demandant à Schülein dans une lettre d'une phrase, de bien vouloir m'expliquer comment une conférence sur Freud à Vienne "pouvait interférer avec la situation politique du Proche-Orient". Je n'ai pas reçu de réponse.

Et pour comble, le New York Times dans son édition du 10 mars a publié une version de toute cette histoire, assortie de celle, désormais connue et caricaturale, de la photographie du Liban-Sud datée de juillet, donc antérieure à l'invitation de l'institut Freud, reçue en août. Quant à Schülein interrogé par le Times, il a eut l'impudence de ressortir l'histoire de la photographie et d'avouer qu'il n'avait pas eu le courage de me dire que la vraie raison de l'annulation de ma conférence, (avec celle de ma critique de l'occupation israélienne), était que l'événement pouvait blesser la sensibilité des juifs de Vienne dans un contexte où se mêlaient la percée de J?rg Haider et l'Holocauste dans l'histoire de l'antisémitisme autrichien. Qu'un respectable universitaire comme lui, puisse sortir de telles insanités, défie l'imagination, mais qu'il le fasse alors que quotidiennement, Israël assiège et tue des Palestiniens sans aucune sorte de pitié - est tout simplement indécent. Avec une basse pusillanimité, la clique freudienne n'osait pas dire en face, que la vraie raison de l'annulation insensée de ma conférence, était leur dette envers ceux qui, en Israël et en Amérique, donnaient de l'argent ? Il était prévu qu'une exposition des archives de Freud, réalisée par l'institut, déjà montrée à Vienne et New York, soit montée en Israël. Le financement prévu envisageait de soutenir l'exposition à Tel Aviv, à condition que ma conférence soit annulée. Alors, le comité viennois a plié sans pudeur et l'invitation qui m'avait été faite, a été récusée en conséquence, non parce que j'aurais prôné haine et violence mais parce je ne l'ai pas fait. J'ai dit que Freud avait été houspillé de Vienne par les nazis et la majorité des Autrichiens.

Aujourd'hui ce sont les mêmes qui, se targuant de courage et d'intégrité intellectuelle, bannissent un Palestinien pour une conférence. L'affreux flambeau sioniste aurait-il sombré si bas qu'il ne saurait entrer dans un débat public, dans un vrai dialogue, pour se justifier ? Qu'il emploierait la mafieuse tactique de l'ombre, menace et chantage pour extorquer silence et complaisance ? Si désespéré qu'il exigerait la partialité, monnaie courante en Israël et au dehors dans les rangs de ses fidèles, hélas ! pour étouffer à jamais la voix des Palestiniens, en assiégeant des villages comme Bir Zeit, en stérilisant toute discussion et toute critique, partout où il trouvera des collabos et des couards pour faire aboutir la honteuse exigence. Rien d'étonnant que dans un tel climat, Ariel Sharon soit le leader d'Israël.

Enfin, la tactique de frappe disproportionnée échoue puisque tout le monde n'a pas peur et que toutes les voix ne peuvent être réduites au silence. Après 50 ans de censure sioniste et de mensonge, les Palestiniens poursuivent leur combat. Et partout, malgré la légèreté des media, malgré la vénalité des institutions comme la Société Freud, malgré la couardise des intellectuels à la morale anesthésiée, des hommes militent pour la justice et pour la paix. Aussitôt connue l'annulation de ma conférence, le Freud Museum de Londres m'a invité à donner en Angleterre la prestation prévue à Vienne. Après avoir été chassé de Vienne en 1938, Freud passa la dernière année de sa vie à Londres. Deux institutions autrichiennes, l'institut pour les sciences humaines et la Société autrichienne de littérature m'ont invité à donner une conférence à Vienne à une date de mon choix. Un groupe de distingués psychiatres et psychanalystes (qui compte Mustapha Safwan) ont écrit une lettre à l'Institut Freud pour protester contre l'annulation. Beaucoup ont été choqués par la brutalité de l'intimidation et l'ont dit publiquement. Malgré tout, la résistance palestinienne tient bon partout.

Je crois encore que notre peuple est destiné à gagner la paix dans la justice, et d'offrir au sionisme une autre vision de la société fondée sur l'égalité et la concorde plutôt que celle née de l'apartheid et du racisme. Chaque événement comme celui que l'on vient de relater, renforce ma conviction que Israéliens comme Palestiniens n'ont d'autre voie que la paix pour partager une terre qu'ils réclament ensemble. Je crois aussi que l'Intifada Al-Aqsa doit se donner ce but-là , même s'il faut maintenir coûte que coûte la résistance politique et culturelle à l'insupportable occupation israélienne avec sa politique de siège, son cortège d'humiliations, sa complaisance à affamer les hommes et son goût de la punition collective. L'armée israélienne cause un dommage immense aux Palestiniens, jour après jour : toujours plus d'innocents assassinés, de terres dévastées ou confisquées, de maisons bombardées ou détruites, toujours plus de déplacements limités ou interdits. Du fait de la politique israélienne, des milliers de civils ne peuvent travailler, aller à l'école ou recevoir des soins médicaux. Une telle arrogance et une telle rage meurtrière contre les Palestiniens n'apporteront rien d'autre que toujours plus de souffrance et de haine, et c'est pourquoi Sharon qui joue avec le meurtre et le pillage, échouera toujours. Pour notre propre gouverne, nous devons tenir jusqu'à la déroute sioniste et continuer à fonder notre propre message sur la paix et la justice. Si la route semble barrée d'embûches, qu'importe ! nous ne la quitterons pas. Si l'un d'entre nous tombe, dix se lèveront à sa place.

Voilà de quel sceau authentique notre combat est scellé, et aucune censure ni aucune complicité occulte ne viendra entraver son succès.


 

Il échappe de justesse à une arrestation à l'aéroport de Tel Aviv sur requête de la LICRA: Israel Adam Shamir donnera une conférence de presse à l'Hôtel de l'Industrie, 4 place Saint-Germain-des-Prés 75006 Paris, le samedi 29 octobre à 18h.


Rappel : la même LICRA réclame 50 000 euros aux éditions Al Qalam (220 rue St Jacques, 75005) pour avoir osé publier le recueil "L'autre visage d'Israël" d'Israel Adam Shamir sur la place de Paris, et le jugement sera rendu à la 14ème chambre du TGI de Nanterre le 2 novembre prochain.
Ce n'est pas si souvent qu'un citoyen israélien vient en France dire à haute voix :
- qu'il est pour les Droits Humains pour Tous les Humains,
- qu'il lutte chaque jour avec d'autres contre l'Etat ethnique israélien qui pratique l'Apartheid Institutionnel vis à vis des femmes, des hommes et des enfants palestiniens.
Oui, Israel Adam Shamir a le courage de dire aux sionistes qui dirigent l'Etat d'israël qu'ils doivent cesser de violer les droits humains les plus élémentaires du Peuple Palestinien en mettant fin à un Etat ethnique et religieux, donc fondamentaliste, et en instituant une seul Etat ou palestiniens et juifs vivront avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.
Israel Adam Shamir pousse ses analyses jusqu'aux causes de la domination impérialiste du monde par la démonstration concrète du rôle primordial joué par l'axe USA/Israël qu'ils baptise "Usraélien" pour ses politiques économiques (mondialisation) et de domination militaire (géo-politique et colonialisme) conduites un peu partout sur cette terre et pas seulement au Moyen-Orient.
Enfin ce qui est peu connu c'est que Israel Adam Shamir a pris position très fermement et courageusement contre la politique négrophobe des USA vis à vis des leurs propres citoyens noirs sacrifiés au service d'une politique économique financière et militaire au seul profit de l'Etat belliciste, ethnique et raciste israelien. Il a manifesté cette position en soutenant clairement les parlementaires noirs US comme la sénatrice Cynthia Mc Kinney...
Il a pris position très clairement également sur la politique de chantage à un antisémitisme imaginaire animée par les sionistes français de gauche comme de droite ayant conduit à l'aggravation d'une "déjà scandaleuse" politique négrophobe française...
Israel Adam Shamir, écrivain, journaliste et militant pacifique des Droits Humains pour Tous les Humains donnera une conférence et signera ses livres "L'Autre Visage d'Israël" et "PARDES une Etude de la Kabbale" (éditions al Qalam) à l'Hôtel de l'Industrie, 4 place Saint-Germain-des-Prés 75006 Paris, le samedi 29 octobre à 18h.
Tous ceux et toutes celles qui se battent sincèrement contre les fondements de la domination coloniale, impérialiste et raciste sont concernés par cette initiative.
Tous ceux et toutes celles quelles que soient leurs opinions politiques de gauche ou de droite mais qui sont sincèrement attachés à la défense inconditionnelle des Droits Humains pour tous les Humains sont cordialement invités à venir dialoguer avec Israel Adam Shamir le 29 octobre 2005.
Contact : www.israelshamir.net et http//: geocities.com/plumenclume/index.htm plumenclume@yahoo.com, tel 0143296898

 

Pour le centenaire des “Protocoles”, les Fous de Sion se déchaînent

NDLR Quibla : Les Protocoles des sages de Sion est un faux forgé par la police tsariste, cela est de notoriété publique. Mais si ce livre continue à avoir un tel succès, c’est pour une raison fort simple : tout ce que font et disent les sionistes, qu’ils soient juifs ou non, à travers le monde semble donner, jour après jour, raison à ces fameux “Protocoles”. À l’occasion de leur centenaire, les “Protocoles” suscitent encore passions et polémiques. Aux USA, la polémique concerne notamment le rôle des sionistes dans la Première Guerre mondiale. Lire l’article ci-dessous, ainsi que le discours de Benjamin Freedman, sous le titre “Balfour’s Follies” dans notre rubrique “Histoire”

L'Institut Wyman dénonce une « diffamation » à base de loyauté duplice, à l'occasion du centenaire des Protocoles par Rafael Medoff, David S. Wyman Institute for Holocaust Studies (Gratz College - Philadelphie), 23 octobre 2005.
Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier

Tandis que des spécialistes s'apprêtent à marquer le centenaire des « Protocoles des Sages de Sion » antisémites, une revue américaine a publié une diffamation à base de « loyauté duplice », dans le style desdits Protocoles, ciblant l'ambassadeur Henry Morghenthau Senior, un des juifs les plus éminents dans le monde politique américain du vingtième siècle. Le Washington Report on Middle East Affairs, revue cossue publiée par deux anciens responsables du gouvernement américain, a publié un article, dans sa livraison de novembre 2005, qui accuse Morgenthau et le sionisme d'avoir prolongé délibérément la Première guerre mondiale. Cet article allègue que la mission de paix effectuée en 1917 par Morgenthau en Turquie aurait pu aboutir à une fin rapide de la guerre, mais que Morgenthau se serait laissé influencer par le dirigeant sioniste Chaim Weizmann, qui l'aurait dissuadé de poursuivre cette mission diplomatique, et qu'il aurait fait montre de « plus de loyauté envers le sionisme qu'envers son Président ou son pays. » L' article affirme aussi de manière fallacieuse qu'un Sénateur (américain) aurait témoigné, au cours d'une audience parlementaire, en 1922, que les sionistes étaient responsables de la prolongation de la durée de la Première guerre mondiale [et des massacres qui en ont résulté, NDT].

 

Contact: Rafael Medoff of the David S. Wyman Institute for Holocaust Studies, 215-635-5622 rafaelmedoff@aol.com

Ci-après, dépêche de l'Agence télégraphique américaine, au sujet de cette information (NDT)

http://releases.usnewswire.com/printing.asp?id=55435

Philadelphie, 23.10.2005 / US Newswire

Tandis que des spécialistes s'apprêtent à marquer le centenaire des « Protocoles des Sages de Sion » antisémites, une revue américaine a publié une diffamation à base de « loyauté duplice », dans le style desdits Protocoles, ciblant l'ambassadeur Henry Morghenthau Senior, un des juifs les plus éminents dans le monde politique américain du vingtième siècle. Le Washington Report on Middle East Affairs, revue cossue publiée par deux anciens responsables du gouvernement américain, a publié un article, dans sa livraison de novembre 2005, qui accuse Morgenthau et le sionisme d'avoir prolongé délibérément la Première guerre mondiale. Cet article allègue que la mission de paix effectuée en 1917 par Morgenthau en Turquie aurait pu aboutir à une fin rapide de la guerre, mais que Morgenthau se serait laissé influencer par le dirigeant sioniste Chaim Weizmann, qui l'aurait dissuadé de poursuivre cette mission diplomatique, et qu'il aurait fait montre de « plus de loyauté envers le sionisme qu'envers son Président ou son pays. » L' article affirme aussi de manière fallacieuse qu'un Sénateur (américain) aurait témoigné, au cours d'une audience parlementaire, en 1922, que les sionistes étaient responsables de la prolongation de la durée de la Première guerre mondiale.

En réalité, ce témoignage n'a pas été prononcé par un Sénateur, mais par un arabisant, Edward B. Reed, et cette déclaration avait été dénoncée, à l' époque, par les dirigeants sionistes américains, comme « évoquant les Protocoles des Sages de Sion ».

Les Protocoles des Sages de Sion, livre de chevet d'Adolf Hitler, était un classique de la propagande nazie. Il s'agit d'un faux [sic : « forgerie » en anglais dans le texte, NDT] russe de l'époque tsariste, publié pour la première fois en 1905, qui prétend dénoncer un complot juif visant à infiltrer les gouvernements et à conquérir le monde. Les Protocoles feront l 'objet d'un très important colloque académique à l'Université de Boston, les 30 et 31 octobre prochains [Ne cherchez pas Taguieff à Paris, ces deux jours-là ! NDT]

L'organisateur du colloque, le prof. Steven T. Katz, directeur du Centre Elie Wiesel d'études juives de cette université, et membre du Conseil académique de l'Institut David S. Wyman pour les Etudes holocaustiques, a réagi à l'article du Washington Report par la déclaration ci-après :

"One hundred years after the publication of the forged document known as the Protocols of the Elders of Zion, which alleged that Jews were trying to take over governments and rule the world, the Washington Report has echoed that vicious slur by portraying Henry Morgenthau as a sinister secret agent of Zionism and saboteur of America and President Wilson." « Cent ans après la publication du document forgé connu sous l'intitulé des Protocoles des Sages de Sion, qui prétendait que des juifs (ou : les juifs ?) étaient en train d'agir afin de prendre le contrôle des gouvernements et de gouverner le monde, le Washington Report s'est fait l'écho de cette diffamation perverse en présentant Henry Morghenthau sous les traits d'un sinistre agent secret [le pléonasme est dans le texte original, NDT] du sionisme et un saboteur de l'Amérique et du président Wilson. » L'Institut Wyman a publié, également, la déclaration ci-après, de Henry Morgenthau III, le petit-fils de Morgenthau Sr, qui est membre du Conseil Consultatif de l'Institut :

« L'allégation selon laquelle mon grand-père aurait été déloyal à l'Amérique ou au président Wilson est un mensonge outrageant. L'affirmation qu'il était « loyal au sionisme » est tout simplement risible, puisque l'Ambassadeur Morgenthau était bien connu pour être opposé au sionisme. Mais ce que le Washington Report a publié va bien au-delà de simplement diffamer mon grand-père. La notion qu'il aurait contribué à prolonger la Première guerre mondiale, au seul service des intérêts juifs, soulève le vil spectre de la « loyauté duplice », en suggérant que des juifs, au gouvernement, sont nécessairement soupçonnables d'entretenir des loyautés vis-à-vis de l'étranger. » (Dans son ouvrage consacré à l'histoire de sa famille et intitulé Mostly Morgenthaus [Presque tous des Morgenthaus], Henry Morgenthau III consacre un chapitre entier à la soi-disant « mission secrète » de l'Ambassadeur Morgenthau, censée avoir consisté à engager des négociations avec la Turquie afin de l'inciter à se retirer de la Première guerre mondiale.) Morgenthau exige du Washington Report on Middle East Affairs qu'il publie dans les meilleurs délais une rétractation complète de ses affirmations concernant son grand-père.

L'article du Washington Report a été écrit par « John Cornelius », « nom de plume d'un Américain s'étant intéressé au Moyen-Orient depuis de nombreuses années. »

Le Washington Report publie souvent des articles comparant Israël aux nazis et alléguant l'existence d'une influence juive indue sur le Congrès et les médias américains. Il critique également le soutien du gouvernement américain au Musée Mémorial de l'Holocauste et, en 1998, il a publié un article affirmant qu'il existait de nouvelles preuves « tendant à diviser par deux l'affirmation d'origine sioniste, selon laquelle six millions de juifs auraient été victimes du régime nazi. » Le Congressiste Steve Rothman [démocrate, du New Jersey] a qualifié le Washington Report de publication « extrêmement antisémite », et il a exhorté ses collègues parlementaires à le boycotter.

Toutefois, cette publication conserve un vernis de crédibilité, en raison des postes éminents jadis occupés par certains de ses sponsors. Le directeur de la publication est Andrew J. Killgore, ambassadeur des Etats-Unis au Qatar sous l'administration Carter, et son PDG est Richard H. Curtiss, ancien inspecteur en chef de l'US Information Agency. La revue est publiée par American Educational Trust, qui bénéficie du statut d'association à but non lucratif. A sa direction se sont succédés d'anciens diplomates, un ancien vice-secrétaire d'Etat à l'Agriculture, et d'anciens membres du Congrès.

Les Protocoles des Sages de Sion ont fait l'objet d'une attention croissante du public, depuis quelques mois. Le producteur Marc Levin vient de réaliser un nouveau documentaire, « Les Protocoles de Sion », qui porte sur la persistance des Protocoles et d' autres manifestations de l'antisémitisme dans la société américaine contemporaine.

Voici quelques mois, W. W. Norton a publié, à titre posthume, l'ouvrage de Will Eisner : « Le Complot : L'Histoire secrète des Protocoles des Sages de Sion », qui a recours à la bande dessinée pour dézinguer les Protocoles. Eisner, qui est décédé en janvier dernier, appartenait au Conseil artistique et littéraire de l'Institut Wyman, et il appartenait au jury de son concours ouvert aux étudiants en beaux-arts.

[Qu'est l'Institut Wyman ?

L'Institut David S. Wyman pour les Etudes holocaustiques, dont le siège est sis sur le campus du Gratz College (près de Philadelphie), est un institut de recherche et de pédagogie, spécialisé dans la réponse de l'Amérique à l' Holocauste. Son nom honore un historien éminent, auteur, en 1984 du best-seller : L'Abandon des juifs [The Abandonment of the Jews], qui est l' ouvrage le plus important et faisant le plus autorité sur les réactions des Etats-Unis au génocide nazi.

Le Comité Consultatif de l'Institut comprend le lauréat du prix Nobel de la paix Elie Wiesel, des membres du Congrès et d'autres personnalités éclairées [« luminaries », dans le texte, NDT] Son Conseil académique comporte plus de cinquante universitaires spécialisés dans l'Holocauste, l'histoire américaine et l'histoire juive. Le Conseil artistique et littéraire de l' Institut, présidé par Cynthia Ozick, comporte des artistes, des écrivains, des musiciens et des cinéastes éminents. [pour la liste complète, consulter : http://www.WymanInstitute.org ]

 

"Le complot" de Will Eisner, une BD pour démonter les Protocoles des Sages de Sion

"Le Complot, l'histoire secrète des "Protocoles des Sages de Sion", le dernier ouvrage, le "testament" de Will Eisner, le maître de la bande dessinée américaine, démonte le mécanisme d'une supercherie datant du début du XXe siècle et continuant à courir le monde. Paru pour la première fois en 1905 en Russie, "Les Protocoles des Sages de Sion", un livre annonçant comment les Juifs entendaient assouvir leur haine, détruire la civilisation chrétienne et prendre un pouvoir universel, a fait le tour du monde, publié à des millions d'exemplaires.

Reconnu comme un faux grossier dès 1921, il continue toutefois à être diffusé, toujours utilisé et présenté comme authentique par ceux qui se réclament de l'antisémitisme.

Will Eisner a travaillé une vingtaine d'années, par intermittence, sur son album dénonciateur, un document graphique, terminé peu avant sa mort en janvier dernier. Il y met en scène les protagonistes du départ : les services secrets de la Russie tsariste opposés à toute libéralisation du régime et voulant utiliser à leurs fins un prétendu complot sioniste, et le faussaire lui même, Mathieu Golovinski, qui l'écrivit en 1898, copie presque conforme d'un obscur traité anti-bonapartiste datant de trente ans plus tôt dont il a seulement changé le contexte.

Will Eisner raconte ensuite comment, en dépit des preuves accumulées, les "Protocoles" ont continué leur chemin, revendiqués par les Nazis mais par d'autres aussi, avant et après, republiés en 1972 en Egypte, 1974 en Inde, 1978 au Royaume-Uni, 1987 au Japon, 1990 en Syrie, 1992 au Mexique et en Turquie, 2000 au Liban et régulièrement, jusqu'en 2002, aux Etats-Unis sans compter sa diffusion sur internet.

"Peu importe qu'il soit démontré que c'est un faux, les gens l'achèteront quand même parce qu'ils ont besoin de justifier une conduite dont ils pourraient avoir honte plus tard", souligne l'auteur. L'ouvrage de Will Eisner est préfacé par Umberto Eco qui a lui même rédigé un essai en 1996 sur les "Protocoles fictifs". Éditions Grasset. Sortie le 2 novembre. 160 pages noir et blanc. 19 €.

Source : AFP, 26 octobre 2005


Verts ou...bleus ?

« Les Verts et le CRIF se rejoignent sur l'essentiel : la lutte contre l'antisémitisme et le racisme et l'encouragement à une solution pacifique au Proche-Orient », a estimé Roger Cukierman, le président du CRIF, qui a été reçu par Yann Wehrling, le secrétaire national des Verts, au siège de la formation écologiste, mercredi 12 octobre 2005. Les Verts se sont réjouis de l'évacuation de Gaza, mais s'inquiètent de la colonisation en Cisjordanie. Le CRIF a plaidé pour une attitude pragmatique. Il a souligné la dynamique en marche après le retrait de Gaza, et rappelé que la feuille de route acceptée par Israël et l'Autorité palestinienne, prévoit l'arrêt des actes de terrorisme. Les deux parties ont reconnu que des échanges de territoires pourraient être envisagés dans le cadre de la négociation qui doit aboutir à la fondation d'un Etat palestinien aux côtés d'Israël.

Les Verts et le CRIF se sont félicités de la baisse des actes de violence antisémite, tout en reconnaissant que la vigilance ne devait pas être relâchée quant aux risques de dérapage de la parole. Ils ont estimé pouvoir se retrouver dans le cadre d'un vaste chantier d'éducation contre tous les racismes.

Roger Cukierman, qui était accompagné par Francis Kalifat, trésorier et membre de l'Exécutif, et Haïm Musicant, directeur général, a invité Yann Wehrling, auquel s'était joint Patrick Farbiaz, délégué à l'international, l'altermondialisation et l'outre-mer, de poursuivre le dialogue lors d'une prochaine réunion du Comité directeur du CRIF. Source : http://www.crif.org, 12 octobre 2005

 

La mémoire de la résistance juive communiste en partage


par Marc Blachère, L'Humanité, 26 octobre 2005
Aucune des parties n'a dissimulé le caractère assez exceptionnel de l'acte scellé par cette rencontre. Dans le cadre d'une convention de coopération signée lundi en fin de journée, le Parti communiste français met ses archives couvrant la période de la Seconde Guerre mondiale à la disposition de l'United States Holocauste Memorial de Washington (USHMM) et du Mémorial de la Shoah-Centre de documentation juive contemporaine (CDJC) de Paris. En coopération avec les archives départementales de la Seine-Saint-Denis, service du conseil général qui en est le dépositaire, ces deux institutions procéderont au classement et au microfilmage de ces documents, tout à la fois pour en disposer d'une copie et joindre aux fonds conservés à Bobigny un double inaltérable.
Le CDJC, fondé par une poignée de juifs de France durant l'Occupation, constitue le plus important centre européen de documentation sur l'extermination des juifs, la répression nazie et le rôle du gouvernement de Vichy. Les travaux de Léon Poliakov, Joseph Billing et Georges Wellers ont été précurseurs à bien des égards, et tout particulièrement sur le rôle du régime de Vichy en un temps où le sujet était tabou. Le CDJC mène en partenariat avec le Musée mémorial de Washington une étude systématique des archives publiques françaises. C'est dans le cadre de ce travail que fut signalé le dépôt des archives du PCF en vue de leur ouverture aux chercheurs et au public. « Avant, pendant et après la guerre, nombre de juifs ont milité au PCF », a rappelé Jacques Fredj, le directeur du CDJC. « Il est fondamental que les archives du PCF trouvent place ici, afin que se manifeste la diversité des engagements des juifs de France », a-t-il poursuivi. Voyant « un signe des temps » dans la « réunion atypique » qui se tenait dans l'auditorium du mémorial de la Shoah, Jacques Fredj s'est félicité qu'elle soit le produit de « l'intelligence autour de notre volonté commune de mieux connaître notre histoire ».

Institution officielle des États-Unis
L'United States Holocauste Memorial de Washington était représenté par son numéro deux, Paul Shapiro, directeur du département des études et recherches, venu à Paris pour la circonstance. L'USHMM est une institution officielle des États-Unis dont la mission est de faire connaître au public américain ce que fut le nazisme. Il rassemble de considérables archives microfilmées de par le monde. Paul Shapiro a tenu à s'exprimer en français pour saluer « l'exceptionnel et chaleureux accueil » que reçoit en France l'USHMM depuis dix ans, tant de la part de l'État que des institutions départementales, et aussi du PCF : « En France, dès le début de l'occupation allemande et la mise en place du régime vichyste, les communistes ont organisé des réseaux d'action et de résistance. L'une des organisations les plus célèbres fut les FTPF, qui comptèrent dans leurs rangs nombre d'émigrés : républicains espagnols, antifascistes allemands, Arméniens... et beaucoup de juifs originaires de l'Europe centrale et orientale. »

Rendre son épaisseur à l'histoire
Marie-George Buffet a exprimé la réaction des communistes de France à l'accueil par le CDJC et l'USHMM de copies des archives du PCF, qui a-t-elle souligné, disent sans doute « les hésitations, les débats, les difficultés », mais surtout « la détermination, l'action, la lucidité, le courage » des hommes et des femmes qui ont été la Résistance communiste. Pour la secrétaire nationale du PCF, la coopération créée relève de l'« objectif commun de rendre à l'histoire toute son épaisseur, de la faire connaître dans sa complexité et sa vérité », de la volonté de ne pas baisser la garde face aux « esprits indignes et criminels qui, aujourd'hui encore, cherchent à salir la mémoire des morts et des vivants en niant la « solution finale », crime absolu qui fut au coeur d'une conception de l'humanité ». Cette coopération, a ajouté Marie-George Buffet, est à l'image de « la diversité de celles et de ceux qui se levèrent, de celles et de ceux qui furent victimes de la barbarie nazie », sachant que, « pour l'ordre nazi, être à la fois juif et communiste cumulait tous les défauts ».
Avant qu'elle ne s'exprime, Ronan Kerrest, vice-président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, avait dit combien le département, engagé de longue date dans un effort de valorisation du patrimoine, apprécie d'être partie prenante de cette convention relative à des archives, déposées dans le département et qui, « classées par l'État, font partie intégrante du patrimoine national ». La convention, établie en quatre exemplaires, a été signée sous les applaudissements, par des anciens résistants et déportés et représentants de plusieurs de leurs associations comme des représentants de l'ambassade des États-Unis à Paris, du ministère de la Culture, de la préfecture de police, des Archives nationales, de Mme Anne-Marie Revcolevschi, directrice de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, M. Roger Cukierman, président du CRIF (Comité représentatif des institutions juives de France) ainsi que des historiens tels Annette Wieviorka, Serge Wolikov, Philippe Robrieux.