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Protocoles des Fous de Sion |
Réflexions sur le néoconservatisme
Ces dernières années, un torrent d’articles consacrés au néoconservatisme ont soulevé (généralement de manière implicite) des questions gênantes : les néoconservateurs sont-ils différents des autres conservateurs ? Le néoconservatisme est-il un mouvement juif ? Est-il « antisémite » de le dire ? La querelle entre les néocons et les conservateurs plus
traditionnels – les « paléoconservateurs »
- est d’une importance extrême, parce que les derniers
nommés se retrouvent marginalisés, et observent
de l’extérieur la structure du pouvoir conservateur. Et, avec la même franchise, Kristol renonçait à toute tentative de justifier le soutien américain à Israël en termes d’intérêt national américain : « de grands pays, dont l’identité est idéologique, comme l’Union soviétique, jadis, et les Etats-Unis, aujourd’hui, ont inévitablement des intérêts idéologiques, en plus de leurs préoccupations plus matérielles. C’est pourquoi nous pensons nécessaire de défendre Israël, aujourd’hui que sa survie même est en danger. Nul besoin, pour cela, d’estimations géopolitiques compliquées de notre intérêt national. Si les Etats-Unis sont un pays « idéologique », cela ne peut signifier qu’une seule chose, à savoir : que les motivations de l’idéologie néoconservatrices représentent un sujet d’investigation intellectuelle légitime… Ainsi, il est certainement exact que la politique étrangère des néocons correspond parfaitement bien avec une version plausible des intérêts juifs, mais on peut la soupçonner de n’être liée aux intérêts américains que d’une manière ténue. De même, les néocons s’opposent à l’isolationnisme de secteurs importants du conservatisme américain traditionnel. Et les attitudes néocon sur des problèmes tels les races et l’immigration diffèrent profondément de celles des conservateurs traditionnels et consensuels. Mais elle ressemble de manière étroite aux attitudes communes de la communauté juive américaine, au sens large du terme. Vous pouvez considérer que je fais partie des gens qui admettent que l’allégeance juive des néoconservateurs les plus influents leur permet désormais d’exercer une influence déterminante sur la politique américaine, et que l’efficacité des néoconservateurs est dans une large mesure boostée par leur alliance avec la communauté juive organisée. A mon avis, cette conclusion est fondée sur des données fiables et sur des déductions logiques. Mais comme toute autre théorie, bien entendu, elle est susceptible d’être discutée de manière raisonnée, voire même désapprouvée. Nous ne devrions pas être surpris par l’importance de l’appartenance ethnique dans les affaires humaines. Ni être intimidés par les accusations d’antisémitisme portées à notre encontre. Nous devrions être capables de parler de ces questions ouvertement et sérieusement. Il s’agit en effet d’une question pratique, et non d’une question morale. Les politiques ethniques, aux Etats-Unis, ne se limitent en aucun cas à l’activisme juif. Il s’agit de phénomènes absolument normaux, tout au long de l’histoire, et dans le monde entier. Mais depuis un bon demi-siècle, à de rares exceptions près, l’influence juive a été tenue à l’écart de toute discussion rationnelle. Aujourd’hui, toutefois, tandis que les Etats-Unis sont en train d’acquérir un empire au Moyen-Orient, cette censure doit tomber, c’est inévitable. Mes opinions, dans ces domaines, ont été formées par mes recherches portant sur plusieurs intellectuels et mouvements politiques dirigés par des juifs, dont l’école boasienne d’anthropologie, la psychanalyse freudienne, l’Ecole de Francfort en recherches sociales, le marxisme et les autres mouvements de la gauche radicale, ainsi que le mouvement visant à modifier l’équilibre ethnique des Etats-Unis en autorisant une immigration massive et non-traditionnelle. Ma conclusion est la suivante : le néoconservatisme contemporain colle avec le modèle général de l’activisme intellectuel et politique juif que j’ai identifié dans mes tavaux. Bien sûr, je ne dis pas que tous les juifs, ni même que la plupart d’entre eux, soutiennent ces mouvements. Ces mouvements, d’ailleurs, n’agissent pas ensemble : certains parmi eux sont même très hostiles à certains autres. Non, ce que je dis, en revanche, c’est que les personnages clés, dans ces mouvements, se sont identifiés d’une manière ou d’une autre en tant que juifs, et ont considéré que leur participation devait, en un certain sens, aider à promouvoir des intérêts juifs. Dans tous les mouvements intellectuels et politiques juifs que j’ai étudiés, il y a une forte identité juive chez leurs épigones. Tout converge vers des leaders juifs charismatiques tels Boas, Trotski et Freud, qui sont révéré à l’instar de figures messianiques, quasi divinisées. Les fondateurs premiers du néoconservatisme trouvent leurs racines dans le milieu des « intellectuels new-yorkais », un groupe qui se forma parmi des adeptes du théoricien trotskiste Max Schactman, dans les années 1930, et orbitèrent autour de publications influentes, comme Partisan Review et Commentary (laquelle est, de fait, publiée par le American Jewish Committee). Dans le cas des néoconservateurs, leur premiers précurseurs sont des adeptes de la gauche radicale, qui tournèrent leur veste lorsqu’un antisémitisme commença à se faire jour en Union soviétique. Les épigones qui les sortirent de la gauche politique furent les philosophes Sidney Hook et Elliot Cohen, rédacteur en chef de la revue Commentary. Des hommes comme Hook, Irving Kristol, Norman Podhoretz, Nathan Glazer et Seymour Martin Lipset, étaient profondément préoccupés par l’antisémitisme et d’autres problématiques juives. Beaucoup d’entre eux étaient étroitement associés aux travaux d’organisations juives militantes. Après les années 50, ils se détachèrent de plus en plus de la gauche. Leur principal souci, c’était le bien-être d’Israël. Dans les années 70, les néoconservateurs adoptèrent une position agressive vis-à-vis de l’Union soviétique, dans laquelle ils voyaient un bastion de l’antisémitisme et de l’opposition à Israël. Richard Perle fut le premier à organiser le soutien du Congrès à l’amendement Jackson-Vanik, en 1974, qui courrouça l’Union soviétique en conditionnant les relations bilatérales à la liberté d’émigrer des russes, le principal problème étant celui de l’émigration des juifs d’Union soviétique vers Israël et les Etats-Unis. Les leaders clés actuels comportent un nombre étonnant de personnes bien placées pour influencer l’administration Bush (Paul Wolfowitz, Richard Perle, Douglas Feith, I. Lewis Libby, Elliott Abrams, David Wurmser, Abram Shulsky), pour contrôler les médias et les boîtes à idées (« thinktankdom ») (Bill Kristol, Michael Ledeen, Stephen Bryen, John Podhoretz, Daniel Pipes), ainsi que le monde universitaire (Richard Pipes, Donald Kagan). Tandis qu’ils perdaient la foi dans l’activisme de gauche, plusieurs néoconservateurs clés furent attirés par les écrits de Leo Strauss, un philosophe classique et politique de l’université de Chicago. Strauss avait une forte identité juive, et il considérait sa philosophie comme un moyen permettant d’assurer la survie des juifs dans la diaspora. Comme il l’a dit au cours d’une conférence prononcée à la Maison Hillel, en 1962, qui fut publiée par la suite dans l’ouvrage Leo Strauss: Political Philosopher and Jewish Thinker [Leo Strauss : le philosophe politique et le penseur juif] : « Je pense pouvoir dire, sans la moindre exagération, que très très précocément, le principal thème de mes réflexions a été ce qu’on appelle la « question juive ». » Strauss devint un personnage culte, la quintessence du gourou rabbinique, avec des disciples dévoués. Même si Strauss et ses adeptes sont aujourd’hui connus sous l’intitulé de néoconservateurs – et ont même affirmé être des « conservateurs » tout court, leurs objectifs n’ont rien de conservateurs. C’est tout particulièrement vrai en matière de politique étrangère, avec leur tentative de réorganiser l’ensemble du Moyen-Orient dans l’intérêt d’Israël. Mais c’est aussi le cas en matière de politique intérieure, où l’acceptation d’un pouvoir émanant d’une élite aristocratique exigerait une transformation politique totale. Strauss pensait que cette aristocratie, à créer, serait compatible avec les intérêts juifs. Strauss est célèbre pour avoir décrit la nécessité d’utiliser un langage externe exotérique, en direction des outsiders, et un langage ésotérique interne, destiné aux membres du groupe. En d’autres termes : les masses devaient être trompées. Mais, de fait, c’est là un trait pertinent général de tous les mouvements que j’ai étudiés. Ils présentent invariablement les questions dans un langage qui séduit les non-juifs, plutôt qu’en termes explicitement propre aux intérêts juifs. La rhétorique la plus commune utilisée par les intellectuels et les mouvements politiques juifs sont le langage de l’universalisme moral et aussi le langage scientifique – c’est-à-dire des langages qui séduisent les élites cultivées du monde occidental contemporain. Mais, sous cette rhétorique, on trouve aisément des affirmations qui expriment les agendas politiques juifs des principaux acteurs. Ainsi, par exemple, les anthropologues de l’école de Boas considéraient leur croisade contre le concept de « race » comme s’inscrivant dans leur volonté de combattre l’antisémitisme. Ils considéraient aussi que leurs théories tendant à promouvoir l’idéologie du pluralisme culturel, au service d’intérêts juifs manifestes, dès lors que les Etats-Unis seraient considérés comme composés de nombreuses cultures égales entre elles, et non plus comme une société chrétienne européenne… De manière similaire, les psychanalystes utilisaient couramment leurs théories afin de faire d’attitudes anti-juives des symptômes d’un désordre psychique. Inversement, la première génération des juifs américains trotskistes ignorèrent les horreurs de l’Union soviétique, jusqu’à l’émergence dans ce pays d’un antisémitisme encouragé par l’Etat. Il n’est pas douteux que les néoconservateurs aient titillé les platitudes patriotardes américaines en se faisant les avocats de la guerre dans l’ensemble du Moyen-Orient, en prétendant répandre la démocratie et la liberté américaines dans cette région, tout en cachant leurs propres liens ethniques et familiaux avec Israël, extrêmement forts. Michael Lind a attiré l’attention sur les « étonnantes explosions d’enthousiasme idéologique pour la « démocratie » », chez les néoconservateurs. Etonnantes, ces explosions, parce que ces appels à la démocratie et à la liberté dans l’ensemble du Moyen-Orient sont par ailleurs associés à un soutien au parti Likoud et à des groupes de la même veine, en Israël, qui sont guidés par la vision d’un Israël ethnocentrique et expansionniste qui, tout au moins pour des observateurs extérieurs, ressemble de manière incontestable (bien qu’indicible) à l’apartheid en Afrique du Sud. Ces contradictions des néoconservateurs ne sont ni étranges, ni surprenantes. L’idée straussienne consiste à obtenir les objectifs de groupes d’élite très au courant, en utilisant un langage fait pour séduire les masses. La guerre « pour la démocratie et la liberté », voilà qui est plus vendeur qu’une guerre visant explicitement à réaliser les objectifs de politique étrangère d’Israël… Les néoconservateurs ont répliqué aux accusations selon lesquelles leur politique étrangère avait un agenda juif en qualifiant toute analyse de ce type d’ « antisémite ». Des accusations similaires ont été reprises par des organisations juives puissantes et actives, telle l’ADL Anti-Defamation League, ndt) et le Centre Simon Wiesenthal. Mais, à dire le moins, des néoconservateurs juifs tel Paul Wolfowitz, qui se sont profondément engagés dans les pressions poussant à la guerre contre l’Irak, devraient débattre franchement de la manière dont leurs liens familiaux et personnels très étroits avec Israël ont affecté leurs comportements dans la détermination de la politique étrangère états-unienne au Moyen-Orient. Wolfowitz, toutefois, a refusé de discuter de cette question, se contentant de qualifier de telles suggestions de « déplacées »… Un argument que l’on entend fréquemment consiste à dire que le néoconservatisme n’est pas juif, parce qu’il y a plusieurs non-juifs dans les rangs des néoconservateurs… Mais, en réalité, la capacité de recruter des non-juifs éminents, tout en maintenant, néanmoins, un noyau juif et un engagement absolu envers les intérêts juifs, est la marque de fabrique – et sans doute, même, la marque de fabrique principale – des mouvements intellectuels et politiques juifs influents tout au long du vingtième siècle. Freud a eu des commentaires célèbres sur le besoin qu’il avait d’un non-juif, qui représente la psychanalyse, et ce rôle fut tenu par Ernest Jones et C.G. Jung. Margaret Mead et Ruth Benedict furent les vitrines publiques de l’anthropologie boasienne. Et, bien que les juifs représentassent plus de la moitié des membres des partis tant communiste que socialiste aux Etats-Unis, dans toutes les époques, ni l’un ni l’autre de ces partis n’ont jamais présenté des candidats juifs aux élections, et aucun juif n’a jamais été à la tête du parti communiste américain, ni à un poste éminent, après 1929. Dans tous les mouvements intellectuels et politiques juifs que j’ai étudiés, les non-juifs ont toujours été acceptés et se sont vus accorder des rôles particulièrement visibles. Aujourd’hui, ces rôles sont joués de manière particulièrement évidente par Dick Cheney et Donald Rumsfeld, dont les liens avec les néoconservateurs ne datent pas d’hier… Psychologiquement, il est très futé d’avoir à la tête de son mouvement des porte-parole qui ressemblent aux gens qu’ils ont pour mission de convaincre… De fait, le néoconservatisme est plutôt atypique, du fait que la formulation politique – par opposition à la pratique – y est juive d’une manière très prédominante. Ceci reflète peut-être la situation qui prévaut aux Etats-Unis à la fin du vingtième siècle… Tous les mouvements intellectuels et politiques juifs que j’ai analysés se caractérisaient par un sens profond de l’orthodoxie, un sentiment de « nous, contre eux ». Les dissidents se faisaient virer, généralement au milieu de récriminations ou d’incompatibilités d’humeur. Cela a bien été un des traits caractéristiques du mouvement néocon. L’exemple récent, classique, de ce « Nous, contre Eux » est l’attaque en règle de David Frum contre les « conservateurs non patriotes », qu’il a qualifiés d’antisémites. Tout conservateur opposé à la guerre en Irak était décrété opposé aux intérêts américains. Et quiconque relève la motivation pro-israélienne de la majorité des acteurs principaux (dans le déclenchement de cette guerre) n’est pas quelqu’un avec qui on puisse discuter ; c’est quelqu’un qu’on éradique ! « Nous leur tournons le dos ! » Ce n’est pas précisément là l’état d’esprit qui présidait jusqu’à présent dans les traditions parlementaires anglo-américaines et, de fait, cette attitude n’a pas été avalisée par les autres conservateurs pro-guerre, mais non-juifs… Les mouvements intellectuels et politiques juifs ont, de manière typique, toujours eu un accès direct à des médias consensuels prestigieux, et cela vaut aussi, certainement, pour les néocons. Les rubriques offertes régulièrement par le Washington Post à Charles Krauthammer et à Robert Kagan, ainsi que par le New York Times à William Safire, en sont l’exemplification. Mais, sans doute plus importante, récemment, a été la convocation de néoconservateurs par les télévisions, afin d’y représenter les positions « conservatrices ». Est-il irraisonnable de penser que cela a pu résulter dans une certaine mesure du rôle notoirement pesant joué par les juifs dans ce genre de manipulations ? La politique d’immigration fournit une pierre de touche très fiable de la proposition selon laquelle le néoconservatisme est, de fait, un véhicule des intérêts ethniques juifs évidents. Je pense avoir pu démontrer que les éléments pro-immigration dans la vie publique américaine ont été, depuis plus d’un siècle, dirigés, financés, dynamisés et organisés par la communauté juive. Les juifs américains ont adopté cette attitude, à de rares exceptions près, parce qu’ils pensaient, comme l’a exprimé tout de go Leonard S. Glickman, président et PDG de la Hebrew Immigrant Aid Society [HIAS], que « plus la société américaine est diverse, plus les juifs y sont en sécurité ». A cours de juifs russes, la HIAS est aujourd’hui profondément engagée dans des opérations de recrutement de réfugiés africains… Quand, au milieu des années 1990, une réforme du mouvement d’immigration se fit jour dans les milieux conservateurs américains, la réaction des néoconservateurs allait de froid à hostile. Aucune opinion positive ne fut autorisée dans les tribunes du Wall Street Journal, domaine réservé des néoconservateurs, à l’époque. (Peut-être, de manière significative, une exception, plus récente, fut la critique relativement favorable de l’ouvrage dénonçant l’immigration illégale Mexifornia, dont l’auteur, l’historien militaire Victor Davis Hanson s’est illustré par l’extrême bellicosité de ses opinions sur le Moyen-Orient…). Le principal vecteur du sentiment favorable à une réforme de la politique migratoire, National Review, jadis un bastion de la pensée conservatrice traditionnelle, a été très rapidement récupérée par les néoconservateurs, et son opposition à l’immigration y a été mise sous le boisseau… Jusqu’à l’invasion états-unienne du Moyen-Orient, consécutive aux attentats du 11 septembre 2001, la suppression de ce désir de réforme en matière de politique migratoire parmi les conservateurs avait probablement été la plus importante contribution des néoconservateurs à l’histoire des Etats-Unis. Elle risque de s’avérer la plus désastreuse.
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