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Protocoles des Fous de Sion

 

Simon Wiesenthal et son leg à l'Association "Le Souvenir de Deir Yassin"


Dan McGowan, fondateur de l’association Deir Yassin Remembered ["Le Souvenir de Deir Yassin"] dirigée par Paul Eisen a envoyé ce texte au quotidien français Le Monde. Le responsable du Courrier des lecteurs du journal, Yves Marc Ajchenbaum, a publié ce texte le 1er octobre 2005, en le tronquant de telle manière que son sens en était changé. Dan nous a envoyé le texte orginal de sa lettre.

J'ai rencontré Simon Wiesenthal à Vienne pendant l'hiver 1994. J'étais à la recherche de quelques fortes personnalités juives qui pourraient être intéressées d'adhérer au Conseil d'Administration de l'Association "Le Souvenir de Deir Yassin", que j'ai fondée il y a quelques années. Deir Yassin est le nom de ce village palestinien des environs de Jérusalem dont les habitants ont été en grande partie massacrés en avril 1948 par plusieurs bandes armées juives, alors que la guerre de conquête engagée par les groupes armés juifs - la future armée israélienne - battait son plein. J'avais déjà écrit à Elie Wiesel sur ce sujet, mais il avait refusé de répondre à une telle proposition. Il avait également par deux fois refusé de me rencontrer, lorsque j'étais à Boston. J'avais déjà l'expérience du refus.

En revenant d'une conférence à Gaza, je me suis opportunément arrêté à Vienne pour y rencontrer M. Wiesenthal et lui parler du projet de "Souvenir de Deir Yassin", c'est-à-dire la construction d'un Mémorial dans ce village martyr, à la mémoire des victimes palestiniennes de ce massacre. L'objectif était (et reste toujours) d'entreprendre un travail de mémoire pour la partie israélienne et un début de réconciliation entre les deux peuples. Je voulais également lui demander d'adhérer au Conseil d'Administration de notre Association, et lui dire l'honneur que nous retirerions en l'ayant parmi nous.

Lorsque j'ai rencontré Simon Wiesenthal, il a commencé par devenir inquiet. Je lui ai offert le texte du projet de construction du Mémorial, mais il a refusé net d'aller plus loin dans le dialogue. Je lui ai alors demandé si mon Association pouvait utiliser sa fameuse phrase "Hope Lives When People Remember" ("L'espoir demeure quand les gens se souviennent"). Il m'a répondu : "allez-y, je n'y vois pas d'inconvénient". Il s'est levé, puis a disparu. Depuis lors, en dépit des objections du Centre "Simon Wiesenthal" de Californie, notre Association "Le souvenir de Deir Yassin", auquel ont adhéré des dizaines d'intellectuels juifs et palestiniens, d'Israël, de Palestine et d'ailleurs, utilise la lumineuse formule de ce grand homme "L'espoir demeure quand les gens se souviennent" pour rappeler à la mémoire de tous le souvenir de ceux et celles qui ont été massacrés ou expulsés en 1948, au cours d'une guerre qu'on leur imposait.

 

 

Un journal allemand de Namibie s'excuse pour une publicité se réjouissant de la mort de Simon Wiesenthal

Un hebdomadaire namibien de langue allemande va publier ses excuses pour avoir diffusé une publicité se réjouissant de la mort du "grand monstre" Simon Wiesenthal, a annoncé mercredi le directeur de la publication. Hans Feddersen, directeur de la publication de l'hebdomadaire Plus, a admis que ce n'était "pas une bonne idée" d'avoir publié cette publicité qui a suscité de vives critiques des lecteurs et de l'ambassadeur d'Allemagne à Windhoek. "Je suis en train de rédiger des excuses qui paraîtront dans la prochaine édition vendredi", a déclaré M. Feddersen. "Avec joie et satisfaction, nous apprenons la nouvelle de la mort du grand monstre. Le 20 septembre, la Terre et ses habitants ont été délivrés de Simon", disait cette publicité d'un quart de page. "Son plus grand crime a été de vivre 96 ans", ajoutait le texte signé "Action internationale contre l'oubli". Wiesenthal, devenu chasseur de criminels nazis après avoir survécu aux camps de concentration, est mort chez lui à Vienne le 20 septembre. Il a été inhumé en Israël. La publicité publiée dans Plus l'accusait de "toutes sortes de crimes" comme "enlèvement, diffamation, trahison, tentative de meurtre et meurtre". Source : AFP, 28 septembre 2005

 

Un cadavre encombrant


Sous le titre : Absentéisme du gouvernement aux obsèques de Wiesenthal, le site sioniste israélien Arouts 7 a publié le 26 septembre l'information suivante. Il semble bien que Wiesenthal est aussi encombrant mort que vivant.
Simon Wiesenthal s'est éteint à Vienne, la semaine dernière, à l'âge de 96 ans, confiant à ses successeurs la tâche de poursuivre sa mission. Avant le rapatriement de la dépouille du défunt en Israël, un hommage lui a été rendu en Autriche en présence de personnalités de premier plan dont le chancelier Wolfgang Schüssel.
Deux jours plus tard, le corps de Simon Wiesenthal arrivait en Israël et le célèbre chasseur de nazis était inhumé à Herzliya. Mais aucun membre du gouvernement, mis à part le vice-ministre Michael Melchior, présent dans l'exercice de ses fonctions, n'a jugé nécessaire de faire le déplacement.
Le site Ynet a cherché à connaître les motifs de cet absentéisme curieux, voire choquant, des dirigeants israéliens. S'adressant en premier lieu au bureau du président de l'Etat, Moché Katsav, les journalistes se sont heurtés à un refus catégorique de réagir. Pour le Premier ministre, ils ont signalé que ''la question était à l'étude''.
Shimon Pérès, vice-Premier ministre, était occupé ailleurs, prenant la parole dans un congrès sur les Communications au bord de la mer morte. La ministre Dahlia Itsik se trouvait à la même conférence.
Pour les autres ministres travaillistes, Itshak Herzog se trouvait en déplacement en dehors d'Israël, Binyamin Ben Eliézer a considéré qu'il incombait à un représentant officiel du gouvernement, et non à lui, d'assister aux obsèques. Ophir Pinès était à l'étranger et Matan Vilnaï effectuait une tournée dans le nord.
Chez les ministres du Likoud, Israël Katz, en tant que Cohen, descendant des prêtres du Temple, n'avait pas le droit de pénétrer dans un cimetière. Le ministre Tsahi Hanegbi, de son côté, s'est contenté d'expliquer qu'il avait eu un empêchement mais a ajouté qu'il demanderait qu'une minute de silence soit consacrée au défunt lors de la réunion du comité central du Likoud.
Le chef de la diplomatie israélienne se trouvait aux Etats-Unis. Mais le ministre de la Défense Shaoul Mofaz, en Israël, prenait au même moment la parole devant les membres de la Chambre du commerce et de l'industrie de Tel Aviv.
Autres excuses avancées : Limor Livnat ignorait l'heure exacte des obsèques, Tsippi Livni, informée trop tard, n'a pas pu se libérer d'autres obligations, Ehoud Olmert était dans l'avion, revenant d'Allemagne, et Danny Naveh a invoqué des raisons personnelles, CDP
Source : http://www.a7fr.com/news.php?id=63489

 

Simon Wiesenthal : un « chasseur de nazis » frelaté


« Ce n'est pas un gentleman, et je dirais, pour être très clair, qu'il ne deviendra jamais une autorité morale, parce qu'il n'en est pas une. »
Bruno Kreisky, chancelier autrichien
par Mark Weber. Original : http://www.ihr.org/leaflets/wiesenthal.shtml. Traduit de l'anglais par OBA pour http://quibla.net

NDLR Quibla : Simon Wiesenthal, le célèbre "chasseur de nazis", vient de mourir à Vienne à l'âge de 96 ans. Sa mort a été l'occasion, une nouvelle fois, pour les médias dominants de se répandre en éloges affligés sur ce "héros" pour le moins controversé. Et si Wiesenthal n'avait été qu'un vulgaire escroc ? C'est la thèse de l'historien Mark Weber, qui mérite d'être connue et méditée.
L'auteur est directeur de l'Institute for Historical Review [IHR]. Il a étudié l'histoire à l'université d'Illinois (Chicago), à l'université de Munich, à l'Université d'État de Portland et à l'Université Indiana (Massachusetts, 1977). Il a été le rédacteur en chef du Journal of Historical Review, de l'IHR.
Cet article est extrait du Journal of Historical Review [JHR], juillet- août 1995 (vol. 15, n° 4) ; pages 8 - 16. Version révisée et mise à jour d'un article publié pour la première fois dans le numéro Hiver 1989 - 1990 du JHR.

Durant plus de quarante ans, Simon Wiesenthal a recherché des centaines de « criminels nazis » depuis son « Centre de Documentation Juif » sis à Vienne (Autriche). Pour son oeuvre de plus éminent « chasseur de nazis » au monde, il a été gratifié de plusieurs distinctions et médailles, dont la plus haute décoration officielle allemande. Au cours d'une cérémonie officielle tenue à la Maison Blanche, en août 1980, c'est un président Carter en larmes qui lui remit une médaille d'or spéciale au nom du Congrès des Etats-Unis. Le président Reagan la encensé, en 1988, en le qualifiant de « héros authentique » du siècle.
Cette légende vivante a été portraiturée en termes flatteurs par feu Laurence Oliver dans un film de fiction, sorti en 1978, « Les Garçons du Brésil » [The Boys From Brazil]. Même chose, en 1989, avec la série télévisée « Les criminels sont parmi nous : l'histoire de Simon Wiesenthal » [Murderers Among Us: The Simon Wiesenthal Story] de Ben Kingsley.
La réputation d'autorité morale de Wiesenthal est largement surfaite. Cet homme, qualifié par le Washington Post d' « Ange vengeur de l'Holocauste » [1] a un dossier peu connu, mais bien documenté, de mépris brouillon pour la vérité. Il a menti sur ce qu'il a vécu personnellement durant la guerre, il a falsifié la présentation de ses succès d'après-guerre en matière de « chasse aux nazis » et il a répandu des bobards lamentables au sujet d'atrocités allemandes alléguées.

Des versions divergentes


Szymon (Simon) Wiesenthal est né le 31 décembre 1908 à Buczacz, ville située dans la province de Galicie (aujourd'hui Buchach, en Ukraine) dans ce qui était à l'époque le limes oriental de l'Empire austro-hongrois. Son père était un grossiste en sucre, dont les affaires marchaient bien.
Contrairement à tout ce qui a pu être écrit sur son compte, ce que Wiesenthal a fait, durant les années de guerre, sous occupation allemande, reste flou. Il a raconté des histoires contradictoires, dans trois récits séparés de ses activités à l'époque de la Seconde guerre mondiale. Le premier de ces récits a été fait sous serment, au cours d'un interrogatoire, sur deux journées, en mai 1948, mené par un responsable officiel de la commission américaine sur les crimes de guerre de Nuremberg (2]. Le second récit est une biographie résumée fournie par Wiesenthal en fonds de dossier de sa demande d'aide au Comité International des Réfugiés [3]. Quant au troisième, c'est le récit qu'il fait de sa vie dans son autobiographie Les Assassins sont parmi nous, publiée pour la première fois en 1967 [4].

Ingénieur soviétique ou mécanicien dans une usine ?


Au cours de son interrogatoire de 1948, Simon Wiesenthal a déclaré qu' « entre 1939 et 1941 », il était « ingénieur en chef soviétique, affecté à Lvov et à Odessa. » [5] En cohérence avec ceci, il a déclaré en 1949 que de décembre 1939 à avril 1940, il avait travaillé comme architecte dans le port d'Odessa, sur la Mer Noire. Mais, d'après son autobiographie, il a passé la période entre la mi-septembre 1939 et juin 1941 dans la ville de Lvov, sous domination soviétique, où il aurait travaillé « comme mécano dans une usine qui produisait des ressorts de matelas. » [6]

Une liberté relative


Après la conquête de la Galicie par les Allemands, en juin 1941, Simon Wiesenthal a été emprisonné quelque temps au camp de concentration de Janowska, situé près de Lvov, d'où il a été transféré, après quelques mois, dans un camp lié aux ateliers de réparation de l'Ostbahn (« réseau ferroviaire de l'est ») de la Pologne occupée par l'Allemagne, situés dans la ville de Lvov. Dans sa biographie, Simon Wiesenthal écrit qu'il travaillait là « comme technicien et dessinateur », qu'il était plutôt bien traité, et que son supérieur hiérarchique immédiat, qui était un « anti-nazi » clandestin, l'avait même autorisé à détenir deux pistolets. Son bureau était situé dans une « petite cabane en bois », et il jouissait « d'une relative liberté ; on lui permettait de se déplacer dans l'ensemble des ateliers. » [7]

Un partisan ?


La période suivante, dans la bio de Simon Wiesenthal - d'octobre 1943 à juin 1944 - est la plus obscure, et les récits qu'il en fait se contredisent entre eux. Durant son interrogatoire de 1948, Simon Wiesenthal a indiqué s'être enfui du camp de Janowska, à Lvov, et avoir rejoint « un groupe de partisans qui opéraient dans la région Tarnopol - Kamenopodolsk ». [8]. Il a notamment déclaré : « J'ai été un partisan du 6 octobre 1943 jusqu'à la mi-février 1944 », indiquant que son unité avait combattu contre l'armée ukrainienne : tant contre la division SS « Galicie » que contre les forces partisanes indépendantes de l'UPA. [9].
Simon Wiesenthal affirme avoir servi avec le grade de lieutenant, puis de major, et avoir été responsable de la construction de bunkers et de fortifications. Bien qu'il n'ait jamais été explicite à ce sujet, il a suggéré que son unité (prétendue) de partisans faisait partie de l'Armia Ludowa [« Armée du Peuple »], une formation armée du Parti communiste polonais, créée et contrôlée par les Soviétiques [10].
Il a indiqué s'être introduit clandestinement, avec d'autres partisans, dans la ville de Lvov, en février 1944, où ils ont été « cachés par des amis de l'Armée du Peuple. » Le 13 juin 1944 son groupe a été arrêté par la police secrète allemande [Bien que les partisans juifs surpris dans leur cachette étaient le plus souvent abattus, Simon Wiesenthal indique qu'il a été quelque peu épargné.) Simon Wiesenthal a refait exactement le même récit lors de sa déposition de 1949.
Il a dit s'être évadé au début du mois d'octobre 1943, puis avoir « lutté contre les Allemands, en tant que partisan, dans la forêt », durant huit mois - du 2 octobre 1943 jusqu'en mars 1944. Après quoi, il était « planqué » à Lvov, de mars à juin 1944.
Mais en 1967, Simon Wiesenthal raconte une histoire totalement différente, dans sa biographie. Il y rapporte qu'après s'être évadé des ateliers de réparation ferroviaire de la Ostbahn le 2 octobre 1943, il a survécu en se cachant chez différents amis, jusqu'au 13 juin 1944, date à laquelle il a été découvert par la police polonaise et la police allemande et renvoyé dans un camp de concentration. Il ne fait allusion à aucune activité, ni appartenance, à un quelconque mouvement de résistance. [11]
D'après tant son interrogatoire de 1948 que son autobiographie de 1967, il a tenté de se suicider le 15 juin 1944, en se tailladant les veines des poignets. Ce qui est remarquable, toutefois, c'est qu'il a été sauvé de la mort par des médecins SS allemands, qui l'ont même hospitalisé [12]. Il est resté quelque temps au camp de concentration de Lvov « avec double rations », puis, raconte-t-il dans son autobiographie, il a été transféré dans différents camps de travail. Il a passé les derniers mois cahotiques avant la fin de la guerre dans divers camps, jusqu'à sa libération de Mauthausen (en Autriche), par les forces américaines, le 5 mai 1945 [13].
Wiesenthal s'est-il inventé un passé de partisan héroïque ? A-t-il, ultérieurement, tenté de faire disparaître son passé de partisan communiste ? Ou bien la vérité est-elle complètement autre - et beaucoup trop honteuse pour qu'il l'admette ?

N'aurait-il pas été, par hasard, un agent nazi ?


Wiesenthal aurait-il travaillé de son plein gré pour ses oppresseurs du temps de la guerre ? C'est l'accusation portée contre lui par le Chancelier autrichien Bruno Kreisky, lui-même d'origine juive et chef, durant de nombreuses années, du Parti socialiste autrichien. Au cours d'une interview accordée à un journaliste étranger, en 1975, Kreisky a accusé Wiesenthal de recourir à des « méthodes mafieuses », il a rejeté ses prétentions de détenir une quelconque « autorité morale », et affirmé qu'il était un agent des autorités nazies. Certaines de ses observations les plus pertinentes, qui ont été publiées par le magazine autrichien de bonne tenue Profil, sont notamment les suivantes : [14] « En réalité, je ne connais M. Wiesenthal qu'à travers des rapports secrets, et ces rapports sont très mauvais, ils sont même calamiteux. Je dis ceci en tant que Chancelier fédéral. Et j'affirme que M. Wiesenthal avait avec la Gestapo des relations bien différentes que les miennes. Oui. Je n'en dirai pas plus à ce sujet maintenant. Tout ce que je sais, je le dirai, mais devant un tribunal. »
« Mes relations avec la Gestapo étaient dénuées de toute ambiguïté. J'étais leur prisonnier, leur pensionnaire, je subissais leurs interrogatoires. La sienne était différente, dirais-je, et cela sera clairement démontré. Ce que j'ai déjà dit, ici, à ce sujet est déjà assez grave. Mais il ne pourra pas se blanchir en m'accusant de le diffamer et de porter atteinte à son honneur dans la presse, comme il le fera sans doute. Ce n'est pas aussi simple que cela, parce que cela signifierait un énorme procès... Un homme comme lui n'a aucun droit à prétendre incarner une autorité morale. Voilà ce que, moi, j'en dis. Il n'a pas le droit... »
« Quant à la question de savoir si cet homme, à mes yeux, est un agent... Oui, c'est le cas... et il utilise des métodes mafieuses. Un homme tel celui-là doit s¹effacer... »
« Ce n'est certes pas un gentleman, et je dirais, pour être très clair, qu'il ne deviendra jamais une autorité morale, parce qu'il n'en est pas une... Il ne devrait pas prétendre incarner une autorité morale... »
« J'affirme que M. Wiesenthal a vécu, à l'époque, dans la sphère d'influence nazie sans être persécuté ? O.K. ? Et qu'il a vécu ouvertement sans être poursuivi, vous me suivez ? Est-ce clair ? Et vous savez sans doute, si vous êtes un peu au courant de ce qui se passait à l'époque, que personne n'aurait pu prendre un tel risque... »
Ce n'était pas un « sous-marin », c'est-à-dire quelqu'un évoluant en eaux profondes, en se cachant. Non : il opérait ouvertement sans avoir à... comment dire ?... risquer la moindre persécution. Je pense que cela suffit. Il y avait tellement d'opportunités d'être l'agent de quelqu'un. Rien ne l'obligeait à être un agent de la Gestapo. Ce n'était pas les services de renseignement qui manquaient... »
En réponse à ces propos comminatoires, Wiesenthal entreprit des actions en justice contre le Chancelier. Finalement, cependant, tant Wiesenthal que Kreisky se sont calmés, et ont évité d'en arriver à ce qui s'annonçait comme un procès retentissant et dévastateur...

Les mythes de Mauthausen


Avant de devenir célèbre en tant que « chasseur de nazis », Wiesienthal s'était fait un nom en tant que propagandiste. En 1946, il publia KZ Mauthausen, un opuscule de 85 pages, consistant principalement en des croquis d'amateur (les siens) prétendant représenter les horreurs du camp de concentration de Mauthausen. Un de ces dessins représente trois codétenus, attachés à des poteaux et brutalement abattus par les Allemads [15].
Le dessin est un faux manifeste. Il a été calqué - avec quelques modifications mineures - sur des photographies publiées dans le magazine Life en 1945, montrant d'une manière très crue l'exécution de trois soldats allemands surpris dans leurs activités d'espionnage derrière les lignes, durant la « Bataille de la Poche » [Battle of the Bulge] [16]. La source du croquis de Wiesenthal est immédiatement évidente pour quiconque le compare avec les photos publiées dans Life [17].
Le caractère fantaisiste de cet opuscule apparaît aussi dans les citations extensives faites par Wiesenthal des soi-disant « confessions recueillies sur son lit de mort » du commandant du camp de Mauthausen, Franz Ziereis, selon lesquelles quatre millions de personnes auraient été gazées jusqu'à ce que mort s'ensuive au moyen de monoxyde de carbone dans le camp d'Hartheim, une dépendance de Mauthausen, située non loin [18]. Cette allégation est totalement absurde, et aucun historien sérieux spécialiste de l'Holocauste ne la prend plus en considération [19]. Toujours d'après les « confessions » de Ziereis, citées par Wiesenthal, les Allemands sont censés avoir assassiné dix millions de victimes supplémentaires en Pologne, en Lithuanie et en Lettonie [20]. Dans la réalité, ces « confessions » frauduleuses avaient été obtenues sous la torture [21].
Des années après, Wiesenthal continuait à mentir au sujet de Mauthausen. Au cours d'une interview qu'il a accordée au quotidien USA Today, il a évoqué son expérience personnelle à Mauthausen : « J'étais l'un des 34 détenus [encore] vivants, sur les 150 000 qui avaient été enfermés dans ce camp. » [22] C'est un mensonge éhonté. Les années n'ont pas été clémentes, apparemment, avec la mémoire de Wiesenthal, car il a écrit, dans sa propre autobiographie, que «près de 3 000 internés sont morts, à Mauthausen, après que les Américains nous avaient libérés, le 5 mai 1945. » [23] Une autre ancienne déportée, Evelyn Le Chene, a indiqué, dans son ouvrage sur Mauthausen, qui fait référence, qu'il y avait 64 000 internés dans ce camp lors de sa libération, en mai 1945 [24]. Et d'après l'Encyclopaedia Judaica, ce sont au minimum 212 000 déportés qui ont survécu à l'internement dans le complexe du camp de concentration de Mauthausen. [25]
Après la guerre, Wiesenthal a travaillé au US Office of Strategic Services [un service qui allait donner naissance, un peu plus tard, à la CIA] et au US Army's Counter-Intelligence Corps (CIC - Service de contre-espionnage de l'armée américaine). Il était également vice-président du Comité Central juif de la zone d'occupation américaine en Autriche [26].

Le « savon humain »


Wiesenthal a contribué à diffuser et à donner de son immense crédit à l'une des histoires les plus ahurissantes entourant l'Holocauste : l'accusation selon laquelle les Allemands auraient fabriqué du savon à partir des cadavres de juifs assassinés. D'après cette légende, les lettres « RIF » figurant sur des pains de savon de fabrication allemande auraient signifié : « Pure graisse juive » [acronyme, en allemand : « Rein judisches Fett »]. En réalité, ces initiales signifiaient : « Centre National d'Approvisionnement en Graisses Industrielles » [(« Reichstelle fur industrielle Fettversorgung »]... [27]
Wiesenthal a popularisé la légende du « savon humain » dans des articles publiés en 1946 dans le jounal communiste juif autrichien Der Neue Weg [« Le Nouveau Chemin »]. Dans un article intitulé sobrement « RIF », il écrivait : « Les mots - terribles - de « convoi pour le savon » furent entendus pour la première fois à la fin de l'année 1942. C'était dans le Gouvernement Général [= en Pologne], et l'usine se trouvait en Galicie, à Belzec. D'avril 1942 à mai 1943, 900 000 juifs ont servi de matière première, dans cette usine. » Après que leurs cadavres eurent été transformés en diverses matières premières, écrivait Wiesenthal, « le reste, les graisses résiduelles, servait à fabriquer du savon. »
Il poursuivait : « Après 1942, les habitants du Gouvernement Général savaient très bien ce que voulait dire « savon RIF ». Le monde civilisé ne peut imaginer la joie que suscitait l'existence de ce savon chez les nazis et leurs femmes, dans les territoires du Gouvernement Général. Ils voyaient dans chaque morceau de savon un juif, qui y avait été enfermé comme par magie, et que l'on avait par conséquent empêché de grandir et de devenir qui sait ? un second Freud, un second Ehrlich ou un second Einstein ? » [28].
Dans un autre article de fiction, publié en 1946 sous le titre : « La savonnerie de Belzec », Wiesenthal soutenait que des milliers de juifs avaient été exterminés dans des salles de douches électrifiées [29] :
« Les gens, rassemblés en rang et dirigés par les SS lithuaniens et ukrainiens, pénètraient dans les « bains » dont la porte était grande ouverte. Cinq cent personnes pouvaient y tenir, à la fois. Le sol de la « salle de bains » était en métal, et les pommes de douche étaient suspendues au plafond. Quand la salle était pleine, les SS abaissaient une manette, qui envoyait un courant électrique de 5 000 volts dans les plaques de tôle constitutant le plancher. En même temps, les condamnés recevaient de l'eau sur la tête. Un bref cri, et l'exécution était terminée. Un chef médecin SS, nommé Schmidt, vérifiait par un judas que les victimes étaient bien mortes. Une deuxième porte était alors ouverte et le « commando chargé des corps » entrait et évacuait les morts, en toute hâte. L'installation était prête pour les cinq cents suivants...
A l'heure actuelle, plus aucun historien digne de ce nom n'avalise des histoires prétendant que des cadavres de juifs auraient été transformés en pains de savon, ou que des juifs auraient été électrocutés à Belzec (ni où que ce soit, ailleurs).
La conception de l'histoire, pleine d'invention, qui était celle de Wiesenthal ne se limitait pas au vingtième siècle. Dans son livre publié en 1973 Sails of Hope [Les Voiles de l'espoir], il prétendit que Christophe Colomb était un juif clandestin [marrane], et que son célèbre voyage qui abouti à sa découverte de l'Amérique aurait été en réalité motivée par la recherche d'un nouveau pays pour les juifs d'Europe [30].
Wiesenthal ne disait pas toujours exclusivement des conneries, évidemment. En 1975, puis à nouveau en 1993, il a reconnu publiquement qu' « il n'y a jamais eu de camps d'extermination sur le territoire allemand ». [31] Il concédait ainsi implicitement que les allégations formulées devant le tribunal de Nuremberg, après la guerre, et ailleurs, selon lesquelles Buchenwald, Dachau et d'autres camps en Allemagne même auraient été des « camps d'extermination » n'étaient pas fondées.

Des « fabrications », à propos d'Eichmann


En plus de quarante années de « chasse aux nazis », le rôle joué par Wiesenthal dans le repérage et la capture d'Adolf Eichmann est souvent considéré comme sa plus grande réussite [32]. (Eichmann dirigea, durant la guerre, le service des affaires juives de la SS. Il fut kidnappé par des agents israéliens en Argentine, en mai 1960, et pendu, à Jérusalem, après un procès qui monopolisa l'attention mondiale].
Seulement, voilà : Isser Harel, l'officier israélien qui dirigeait l'équipe qui s'empara d'Eichmann, a déclaré sans aucune ambiguïté que Wiesenthal « n'avait strictiement rien à voir » avec sa capture. (Harel a été à la tête tant du Mossad que du Shin Bet, les services israéliens du renseignement extérieur et intérieur, respectivement).
Non seulement Wiesenthal « n'a joué aucun rôle » dans l'arrestation d'Eichmann, a indiqué Harel, mais, en réalité, il a mis en danger l'ensemble de l'opération. Dans un manuscrit comportant 278 pages, Harel a réfuté très clairement chacune des affirmations de Wiesenthal quant à son rôle supposé dans l'identification et la capture d'Eichmann. Les allégations de Wiesenthal et de ses nombreux amis, au sujet de son rôle supposé crucial dans la capture de l'ancien officier SS, a indiqué Harel, n'ont aucun fondement réel. Beaucoup d'assertions et d'incidents très précis, décrits dans les deux ouvrages de Wiesenthal, à ce sujet, « sont des mensonges éhontés », ont déclaré les officiels israéliens. [34]
« Les rapports et déclarations de Wiesenthal, à l'heure actuelle, montrent au-delà de tout doute qu'il n'avait aucune notion quant à la localisation d'Eichman », a notamment déclaré Harel [35]. (A titre d'exemple : juste avant l'arrestation d'Eichmann en Argentine, Wiesenthal le situait au Japon, ou en Arabie saoudite !).
Caractérisant Wiesenthal comme un opportuniste de première, Harel résuma tout ça : « Toutes les informations préalables à l¹opération Eichmann et l¹anticipant, données par Wiesenthal, furent prodigieusement inutiles, et parfois même trompeuses et négatives. » [37]

Des accusations pitoyables, dans le procès Walus


Un des procès les plus spectaculaires intentés par Wiesenthal impliqua un habitant de Chicago, d'origine polonaise, Frank Walus. Dans un lettre datée du 10 décembre 1974, il accusait Walus « d'avoir remis des juifs à la Gestapo » à Czestochowa et à Kielce, en Pologne, pendant la guerre. Cette lettre déclencha une enquête du gouvernement américain, et l'ouverture d'un procès [38]. Le Washington Post a traité de cette question dans un article publié en 1991, intitulé : « Le nazi qui n'a jamais existé : comment un procès en sorcellerie, avec juge, presse et enquêteurs, a qualifié de criminel un innocent » [« The Nazi Who Never Was: How a witch hunt by judge, press and investigators branded an innocent man a war criminal »]. Ce long article, publié au nom de l'Association du Barreau Américain [American Bar Association], indiquait notamment : [39]
« Dans les années qui suivirent, cet ancien ouvrier à la retraite dût s'endetter afin de rassembler la somme de 60 000 $ nécessaire pour être défendu. Il s'est retrouvé, à un moment, assis dans une salle de tribunal, tandis que défilaient onze survivants juifs de l'occupation nazie en Pologne, témoignant l'avoir vu assassiner des enfants, une vieille femme, une jeune femme, un bossu, et d'autres victimes encore...
Des preuves incontestablent montrent que Walrus n'était pas un criminel de guerre nazi, et qu'il n'a même jamais mis les pieds en Pologne durant la Seconde guerre mondiale.
« Dans une ambiance de haine et d'imprécations proches de l'hystérieu, le gouvernement a persécuté un homme innocent. En 1974, Simon Wiesenthal, le célèbre « chasseur de nazis » de Vienne, a dénoncé Walrus, le présentant comme ³un Polonais de Chicago qui a travaillé pour la Gestapo dans les ghettos de Czestochowa et de Kielce, et qui a livré plusieurs juifs à la Gestapo². »
L'hebdomadaire Reader, de Chicago, a également évoqué ce procès, dans un article fouillé, paru en 1981, sous le titre : « La persécution de Frank Walus. Ils voulaient chasser un nazi. Le gouvernement américain voulait un criminel de guerre. Aussi, avec l'aide de Simon Wiesenthal, de la police israélienne, de la presse locale et du juge Julius Hoffman, ils en ont inventé un » [40]. On pouvait y lire :
« (...) Il est logique de supopser que les « rapports reçus par Wiesenthal [contre Walus] n'étaient en réalité que des rumeurs... autrement dit, Simon Wiesenthal n'avait aucune preuve contre Walus. Cela ne l'a nullement empêché de le dénoncer (...)»
Pendant que le juge Hoffman mettait le cas Walrus en délibéré, le film Holocauste passait à la télévision. Durant la même période, en avril 1978, Simon Wiesenthal vint à Chicago, où il donna des interviews afin de donner du crédit au procès Walus. « Comment le chasseur de nazis a contribué à débusquer Walus » [« How Nazi-Hunter Helped Find Walus »], titrait le Sun-Times, annonçant un reportage de Bob Olmstead. Wiesenthal déclara à Abe Peck, du Sun-Times qu'il « ne s'était jamais trompé dans ses identifications ». « Je sais très bien qu'il y a des miliers de personnes qui m'attendent au tournant, pour exploiter la moindre erreur... »
Ce n'est qu'à l'issue d'une bataille juridique éreintante que l'homme qui avait été vilipendé et physiquement agressé au motif qu'il aurait été « le boucher de Kielce » a finalement pu démontrer qu'il avait passé les années de guerre en Allemagne, où il était un paisible garçon de ferme. Frank Walus est mort en août 1994, brisé et profondément déçu.
Le comportement lamentable de Wiesenthal dans l' « affaire Walus » aurait dû suffir à le discréditer définitivement et à lui faire perdre son aura d'investigateur fiable. Mais sa réputation résolument inoxydable [litt : his Teflon reputation...] survécut même à cette histoire lamentable.

Wiesenthal se plante sur Mengele


Le mythe Wiesenthal est pour l'essentiel fondé sur sa chasse de Joseph Mengele, un médecin d'Auschwitz, connu sous le sobriquet d' « Ange de la Mort ». A de multiples reprises, Wiesenthal annonça qu'il était aux trousses de Mengele. Il fit savoir que ses informateurs avaient « vu », ou venaient juste « de manquer » le médecin vif-argent au Pérou, au Chili, au Brésil, en Espagne, en Grèce, et dans une demie-douzaine d'endroits, au Paraguay. [41]
C'est durant l'été 1960 qu'il fut le plus près de l'attraper. Wiesenthal a raconté que Mengele se cachait sur une petite île grecque, d'où il venait de s'enfuir, quelques heures seulement avant sa probable capture. Wiesenthal persista à colporter cette histoire, avec tous les détails possibles et imaginables, même après qu'un reporter dont il s'était attaché les services afin de vérifier sur place l'informa que ce récit était faux de A jusqu'à Z. [42]
D'après un autre rapport de Wiesenthal, Mengele aurait manigancé l'assassinat, en 1960, d'une de ses anciennes victimes, une femme qu'il était censé avoir stérilisée à Auschwitz. Après l'avoir repérée, grâce à son tatouage de déportée, inconfondible, dans un hôtel d'Argentine où il résidait, Mengele aurait prétendument commandité son assassinat parce qu'il aurait redouté qu'elle ne le dénonce. Il s'avéra que cette femme n'avais jamais été dans un camp de concentration, qu'elle n'avait pas de tatouage, n'avait jamais rencontré Mengele, et que sa mort était due à un accident de montagne. [43]
« Mengele déjeûnait régulièrement dans les restaurants les plus fins d'Asuncion, la capitale paraguayenne », avait dit Wiesenthal en 1977, « et il était censé parcourir cette ville à bord de sa Mercedes Benz noire , protégé par une escorte de gardes du corps armés. » [44]
En 1985, Wiesenthal annonça être « certain, à 100% » que Mengele se cachait au Paraguay depuis au minimum juin 1984, et il accusa la famille Mengele, en Allemagne, de savoir très précisément où il se trouvait. Comme de juste, Wiesenthal se gourait totalement. Il fut plus tard définitivement établi que Mengele était mort depuis 1979, au Brésil, pays où il vivait depuis des années dans le dénuement et l'anonymat. [45]
L'ambassadeur d'Israël au Paraguay, de 1968 à 1972, Benjamin (Benno, pour les intimes) Varon, a fait le commentaire suivant sur la campagne Mengele : « Wiesenthal fait de temps à autre des déclarations selon lesquelles il est sur le point de le choper, sans doute, étant donné que Wiesenthal doit absolument lever des fonds pour financer ses activités, le nom de Mengele est-il une friandise toujours bonne à faire miroiter ? » Wiesenthal s'est « planté lamentablement » dans l'affaire Mengele, a déclaré le même diplomate, à une autre occasion. [46]. Dans le cas Mengele, Harel, ancien chef du Mossad a eu ces mots : « La démence de Wiesenthal est à la limite du criminel. » [47].
De fait, le dossier bien rembourré de Wiesenthal, au « Centre de Documentation » de Wiesenthal (sis à Vienne) était une telle macédoine d'informations inutilisables que, pour reprendre les termes du London Times, il ne pouvait servir qu'à « entretenir ses mythes auto-corroborateurs et donner une maigre satisfaction aux gens qui avaient visiblement besoin d'une réponse définitive, concernant le destin de Mengele. » [48]
Selon l'avis éclairé de Gerald Posner et John Ware, co-auteurs de l'ouvrage : Mengele : l'histoire complète [Mengele : The Complete Story], Wiesenthal a passé des années à cultiver assidûment un « auto-portrait d'un limier infatigable, entêté, voué à détruire la puissance ubiquiste et sinistre de Mengele et d'un vaste réseau nazi. » En raison de son « chic à jouer pour la galerie », concluaient Posner et Ware, Wiesenthal « avait fini par compromettre sa crédibilité. » [49]

Incompétence et arrogance : les deux mamelles de Wiesenthal


Eli Rosenbaum, un officiel des « investigations spéciales du bureau de la chasse aux nazis » du gouvernement américain, et enquêteur pour le compte du Congrès juif mondial, prit pour cible la réputation soigneusement entretenue de « pourchasseur de nazis » de Wiesenthal, dans un ouvrage bien documenté : Trahison [Betrayal] [50]. A titre d'exemple, Rosenbaum y mentionnait que « les rapports de Wiesenthal situaient Mengele dans pratiquement tous les pays d'Amérique latine, excepté celui où il vivait : le Brésil ! » [51]
Wiesenthal, a écrit également Rosenbaum, étiat un « enquêteur pathétiquement inefficace », qui « avait été très loin au-delà de la bouffonerie et des fausses allégations, par le passé. » Le plus clair de son illustre carrière, jugeait Rosenbaum, a été caractérisé par « l'incompétence et l'arrogance ». [52]
Bruno Kreisky résuma son appréciation sur le « chasseur de nazis » en ces termes : [53]
« L'ingénieur Wiesenthal ­ et peu importe si je fais erreur, sur son véritable titre ­ me hait, car il sait que je méprise ses activités. Le groupe Wiesenthal est une mafia para-politique, qui travaille contre les intérêts de l'Autriche avec des méthodes répugnantes. Wiesenthal est connu comme quelqu'un qui n'est pas très regardant en matière de vérité, qui n'est pas très sélectif en matière de méthodes, et qui a recours à des manipulations. Il prétend être le « tombeur d'Eichmann », alors que tout le monde sait très bien que l'arrestation d'Eichmann est le fruit du travail d'un service secret, et que Wiesenthal s'est contenté de tirer les marrons du feu. »

La « commercialisation » de l'Holocauste


« Le Centre Wiesenthal de Los Angeles rémunère le « chasseur de nazis » viennois à hauteur de 75 000 $ annuels pour l'utilisation de son nom », a indiqué le directeur du centre de l'Holocauste Yad Vashem d'Israël, en 1988.
« Tant le Centre Wiesenthal que Wiesenthal en personne « commercialisent » et banalisent l'Holocauste », a-t-il ajouté.
Wiesenthal a « balancé à la cantonade » le chiffre de « 11 millions d'assassinés dans l'Holocauste - six millions de juifs et cinq millions de non-juifs », a indiqué le responsable de Yad Vashem. Interrogé sur ce qui le fondait à avancer ces chiffres, Wiesenthal a répondu : « Les gentils [non-juifs, NDLR] ne feront pas attention à ce que nous disons, si nous ne mentionnons pas aussi leurs victimes. » Wiesenthal « a choisi le chiffre de « cinq millions » (de gentils) parce qu'il voulait un nombre « diplomatique », un chiffre qui suggère un grand nombre de victimes non-juives, mais en aucun cas supérieur, ni même égal, à celui des juifs...» [54]
« Ce que Wiesenthal et le Centre de Los Angeles qui porte son nom font, c'est tout simplement banaliser l'Holocauste », a commenté The Jewish Press, un hebdomadaire qui revendique le plus fort tirage des publications (en anglais) de la communauté juive américaine.
Ces dernières années, Wiesenthal était de plus en plus préoccupé par l'impact du révisionnisme de l'Holocauste. Dans « Un Message de Simon Wiesenthal », publié par le Centre portant son nom, il disait : « Aujourd'hui, quand je constate la montée de l'antisémitisme, ici, en Europe... la popularité d'un Le Pen, d'un David Duke, des révisionnistes, je suis plus convaincu que jamais de notre besoin de créer notre nouveau musée « Beit Hashoah - Musée de la Tolérance » (dépendant du Centre Wiesenthal) à Los Angeles. [55]
On a souvent demandé à Wiesenthal pourquoi il ne pardonnait pas ceux qui ont persécuté des juifs, un demi-siècle ayant passé. Sa réponse favorite consistait à dire que s'il avait le droit de pardonner ce qui lui avait été fait à lui, personnellement, il n'avait pas le droit de pardonner au nom d'autres que lui-même. [56] Sur la base de cette logique de sophiste, cependant, il n'avait pas plus le droit d'accuser et de pourchasser quiconque, au nom d'autres que lui-même. Wiesenthal n'a jamais limité sa « chasse » à ceux qui l'avaient persécuté personnellement.

« Motivé par la haine »


Il est difficile de dire ce qui motive cet homme remarquable. Est-ce une boulimie de célébrité et d'estime ? Ou bien, plus simplement, ne cherche-t-il pas plutôt à se réconcilier avec un épisode honteux de son propre passé ?
A l'évidence, Wiesenthal apprécie les gerbes de fleurs qu'on lui jette. « C'est un homme à l'ego considérable ; il est fier des témoignages d'estime et des diplômes honorifiques qui lui sont décerné », a écrit le Los Angeles Times [57]. Bruno Kreisky a donné une explication bien plus simple, disant de Wiesenthal qu'il est « motivé par la haine ». [58]
A la lumière de ce dossier bien documenté plein de tromperies, de mensonges et d'incompétence, on peut avancer que l'extravagante estime accumulée sur cet homme méprisable est le reflet navrant de la corruptilibilité vénale et de l'auto-illusion sans principes de notre époque.

Notes

1. Cité in: M. Weber, « 'Nazi Hunter' Caught Lying, » The Spotlight (Washington, DC), Oct. 26, 1981, p. 9.

2. Interrogatoire de S. Wiesenthal, les 27 et 28 mai 1948, dirigée par Curt Ponger de : The Interrogation Branch of the Evidence Division of the Office (U.S.) Chief of Counsel for War Crimes. Interrogatoire n° 2820. Archivé aux National Archives (Washington, DC), « Records of the U.S. Nürnberg War Crimes Trials Interrogations, 1946-49, » Record Group 238, microfilm M-1019, roll 79, frames 460-469 and 470-476. Cité également dans l'article « New Documents Raise New Doubts About Simon Wiesenthal's War Years, » The Journal of Historical Review, Winter 1988-89 (Vol. 8, No. 4), pp. 489-503.

3. PCIRO (International Refugee Organization, Austria) « Application for Assistance » « Formulaire de demande d'aide » complétée et signée par Wiesenthal. Datée 16 janvier 1949. (Ce document faisait partie des preuves à conviction dans le procès Walus. L'auteur de cet article en détient une photocopie).

4. Simon Wiesenthal, The Murderers Among Us: The Simon Wiesenthal Memoirs. Edited by Joseph Wechsberg. (New York: McGraw Hill, 1967). Édition française : Les assassins sont parmi nous, Famot, 1978, 426 pages.

5. Interrogatoire de S. Wiesenthal, 27 mai 1948, pp. 1-2.

6. The Murderers Among Us, p. 27.

7. The Murderers Among Us, pp. 29-35. Ce récit n'est pas cohérent avec ses déclarations faites en 1948 et 1949. Voir aussi : Simon Wiesenthal, Justice Not Vengeance (New York: Grove Weidenfeld: 1989), pp. 7-9.

8. Interrogation of May 27, 1948, p. 2. In a signed 1945 statement, Wiesenthal wrote: « ... I escaped on October 18, 1943, from the Lemberg [Lvov] hard labor camp where I was kept as a prisoner during my two years of labor at the railroad works... and went into hiding until joining Jewish partisans on November 21, 1943, who operated there. It was while fighting in the partisan ranks against the Nazis that we managed to collect and bury for safekeeping considerable amount of evidence... When the partisans were dispersed by the Germans I fled to Lemberg on February 10, 1944, and again went into hiding. On June 13, 1944, I was found during a house to house search and was immediately sent to the famous Lacki camp, near that city ... » Wiesenthal's alleged partisans activities are also recounted. Source: « Curriculum Vitae of Ing. Wiesenthal, Szymon. » SHAEF, Subject: War Crimes, July 6, 1945. Records of USAEUR, War Crimes Branch, National Archives (Suitland, Maryland), Records Group 338, Box 534, Folder 000-50-59. Les activités alléguées de résistant, de Wiesenthal, sont également rapportées in Alan Levy, The Wiesenthal File (Grand Rapids, Mich.: Eerdmans, 1994), pp. 50-53.
9. Interrogatoire du 28 mai 1948, 1948, pp. 1-2.

10. Interrogatoire du 28 mai, 1948, p. 5.

11. The Murderers Among Us, pp. 35-37.

12. The Murderers Among Us, pp. 37-38; Interrogatoire, 27 mai 1948, p. 2, et 28 mai 1948, p. 5; A. Levy, The Wiesenthal File (1994), p. 54.

13. The Murderers Among Us, pp. 39-44; Interrogatoire du 27 mai 1948, pp. 2-3.

14. Interview de journalistes étrangers, à Vienne, le 10 novembre 1975. Texte repris : « War Wiesenthal ein Gestapo-Kollaborateur?, » Profil (Vienna), No. 47, Nov. 18, 1975, pp. 16, 22-23; Repris in: Robert H. Drechsler, SimonLevy, The Wiesenthal File (1994), p. 349, et in S. Wiesenthal, Justice Not Vengeance (New York: 1989), pp. 7, 299. Kreisky n'était pas seul à accuser Wiesenthal d'avoir collaboré avec la Gestapo allemande. Wim Van Leer, éditorialiste du quotidien de langue anglaise Jerusalem Post, a déclaré en mai 1986 qu'un officiel israélien de haut rang à Vienne, citant des rapports de police confidentiels, lui avait dit, au début des années 1960, que des accusations de cette nature, ainsi que d'autres, à l'encontre de Wiesenthal, étaient fondées. Source: J. Bushinsky, « Nazi hunter sues over charges of links to Gestapo, » Chicago Sun-Times, Jan. 31, 1987.
15. Simon Wiesenthal, KZ Mauthausen (Linz und Wien, Ibis-Verlag, 1946). Repris en facsimilé in: Robert H. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation (Vienna: 1982), p. 64.

16. « Firing Squad, » Life magazine, édition américaine, 11 juin 1945, p. 50.

17. M. Weber and K. Stimely, « The Sleight-of-Hand of Simon Wiesenthal, » The Journal of Historical Review, Printemps 1984 (Vol. 5, No. 1), pp. 120-122; D. National-Zeitung (Munich), 21 mai 1993, p. 3.

18. S. Wiesenthal, KZ Mauthausen (1946). Voir également reprise en facsimilé in: Robert H. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation (Vienna: 1982), pp. 42, 46. Cette « confession » est une version quelque peu altérée du document de Nuremberg NO-1973; une nouvelle édition de l'ouvrage de Wiesenthal publié en 1946 est parue sous le titre Denn sie wussten, was sie tun: Zeichnungen und Aufzeichnungen aus dem KZ Mauthausen (Vienna: F. Deuticke, 1995) [Car ils savaient ce qu'ils faisaient : Desiins et notes du camp de Mauthausen]. Je remercie Robert Faurisson d'avoir attiré mon attention sur ce point. Dans un essai publié en juillet 1995, il fait observer que Wiesenthal a fait disparaître de cette nouvelle édition tant l'histoire de la « confession sur un lit de mort » de Zeireis que son croquis de ses trois co-détenus à Mauthausen.

19. D'après l'Encyclopaedia Judaica ((« Mauthausen, », Vol. 11, p. 1138), un total général de 206 000 personnes ont été, à un moment ou un autre de leur vie, incarcérés à Mauthausen ou dans un de ses camps satellites (dont Hartheim).

20. S. Wiesenthal, KZ Mauthausen (1946). Repris en facsimilé : R. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation, p. 47.

21. R. Faurisson, « The Gas Chambers: Truth or Lie?, » The Journal of Historical Review, Winter 1981, pp. 330, 361Voir aussi : Hans Fritzsche, The Sword in the Scales (London: 1953), p. 185; Gerald Reitlinger, The Final Solution (London: Sphere, pb., 1971), p. 515; M. Weber, « The Nuremberg Trials and the Holocaust, » The Journal of Historical Review, Summer 1992 (Vol. 12, No. 2), p. 182.

22. USA Today, 21 avril 1983, p. 9A.

23. The Murderers Among Us, p. 44.

24. Evelyn Le Chene, Mauthausen: The History of a Death Camp (London: 1971), pp. 166-168 and 190-191.

25. « Mauthausen », Encyclopaedia Judaica (New York and Jerusalem: 1971), vol. 11, p. 1138.

26. C. Moritz, ed., Current Biography 1975 (New York: H.W. Wilson, 1975), p. 442; interrogatoire Wiesenthal du 27 mai 1948, p. 3.

27. Mark Weber, « Jewish Soap, » The Journal of Historical Review, Summer 1991 (Vol. 11, No. 2), pp. 217-227; See also: Robert Faurisson, « La savon juif, » Annales d'Histoire Révisionniste (Paris), N° 1, Printemps 1987, pp. 153-159.

28. Der Neue Weg (Vienna), No. 17/18, 1946, pp. 4-5. Article entitled « RIF » by « Ing. Wiesenth. » (Simon Wiesenthal).

29. Der Neue Weg (Vienna), Nr. 19/20, 1946, pp. 14-15. Article intitulé « Seifenfabrik Belsetz » (« Belzec Soap Factory ») [La Savonnerie de Belzec], by « Ing. S.Wiesenth. »

30. S. Wiesenthal, Sails of Hope (Macmillan, 1973).

31. Lettres de Wiesenthal in Books and Bookmen (London), April 1975, p. 5, et in Stars and Stripes (édition européenne), 24 janvier 1993, p. 14. Facsimilé d'une lettre au Stars and Stripes in The Journal of Historical Review, May-June 1993, p. 10; En 1986, Wiesenthal a menti au sujet de son affirmation de 1975. Dans une lettre datée 12 mai 1986, adressée au professeur John George de l'université centrale d'État d'Edmond, Oklahoma (l'auteur en détient une copie), Wiesenthal écrivait: « Je n'ai jamais dit qu'il « n'y avait pas de camps d'extermination sur le sol allemand ». Cette citation est fausse, je ne puis avoir déclaré une chose telle celle-là. »

32. Par exemple, dans une lettre (datée 13 septembre 1993), publisée par The New York Times, 29 septembre 1993, Wiesenthal se vantait : « J'ai réussi à faire juger un certain nombre de nazis qui avaient perpétré des crimes horribles durant la période nazie, dont Adolf Eichmann, Franz Stangl, Gustav Wagner ... »
33. S. Birnbaum, « Wiesenthal's Claim on Eichmann Disputed by Former Mossad Head, » Jewish Telegraphic Agency Daily News Bulletin (New York), 4 avril 1989. (Diffusion datée du 3 avril).

34. J. Schachter, « Wiesenthal had no role in Eichmann capture, » The Jerusalem Post, May 18, 1991. Reprint en facsimilé in Christian News, May 27, 1991, p. 19. Voir aussi : Ruth Sinai, « Wiesenthal's role in Eichmann's capture disputed, »Associated Press, The Orange County Register, Feb. 25, 1990, p. A 26; L. Lagnado, « How Simon Wiesenthal Helped a Secret Nazi, » Forward (New York), Sept. 24, 1993, pp. 1, 3.

35. J. Schachter, The Jerusalem Post, May 18, 1991 (op.cit.). Facsimilé in Christian News, May 27, 1991, p. 19.

36. Arnold Forster, Square One (New York: 1988), pp. 187-189. (Forster était un conseil de la Anti-Defamation League, une des principales organisations sionistes).

37. J. Goldberg, « Top Spy Says Wiesenthal Lied About His Exploits, » Forward (New York), Nov. 12, 1993, pp. 1, 4; R. Sinai, « Wiesenthal's role..., » The Orange County Register, Feb. 25, 1990 (op.cit.).

38. Michael Arndt, « The Wrong Man, » The Chicago Tribune Magazine, Dec. 2, 1984, pp. 15-35, esp. p. 23; Charles Ashman and Robert J. Wagman, The Nazi Hunters (New York: Pharos Books, 1988), pp. 193-195.

39. « The Nazi Who Never Was, » The Washington Post, May 10, 1981, pp. B5, B8.

40. « The Persecution of Frank Walus, » Reader (Chicago), Jan. 23, 1981, pp. 19, 30. Après que Wiesenthal avait été confondu dans un procès similaire au Canada, le journal Toronto Sun faisait ce commentaire dans un éditorial : « Il semble que le matériel fourni par le chasseur professionnel de nazis Simon Wiesenthal est faux, mais néanmoins reproduit [dans les médias] » (Cité par M. Weber dans The Journal of Historical Review, Spring 1984, pp. 120-122.)

41. Gerald L. Posner and John Ware, Mengele: The Complete Story (New York: Dell, 1987), pp. 220-221; Gerald Astor, The ŒLast' Nazi: The Life and Times of Dr. Joseph Mengele (Toronto: Paperjacks, 1986), p. 202.

42. G. Posner and J. Ware, Mengele: The Complete Story (op.cit.), p. 220.

43. G. Posner and J. Ware, Mengele (op.cit), pp. 179-180; G. Astor, The ŒLast' Nazi (op.cit.), pp. 178-180.

44. Time magazine, Sept. 26, 1977, pp. 36-38. Cité dans: G. Posner and J. Ware, Mengele (op.cit.), p. 219.

45. « Hunting the ŒAngel of Death¹, » Newsweek, May 20, 1985, pp. 36-38. Voir aussi : M. Weber, « Lessons of the Mengele Affair, » Journal of Historical Review, Fall 1985 (Vol. 6, No. 3), p. 382. Sur la distortion de la vérité par Wiesenthal dans le procès Mermelstein-IHR, voir : M. Weber, « Declaration, » Journal of Historical Review, Spring 1982 (Vol. 3, No. 1), pp. 42-43; M. Weber, « Albert Speer and the Holocaust, »' Journal of Historical Review, Winter 1984 (Vol. 5, Nos. 2-4), p. 439.

46. Midstream, Dec. 1983, p. 24. Cité dans : G. Posner and J. Ware, Mengele (cité plus haut), p. 219; Los Angeles Times, Nov. 15, 1985, p. 2.

47. J. Schachter, « Wiesenthal had no role in Eichmann capture, » The Jerusalem Post, May 18, 1991. Reprint en facsimilé dans Christian News, May 27, 1991, p. 19.

48. Tom Bower in The Times (London), June 14, 1985, p. 14. Cité dans : G. Posner and J. Ware, Mengele (op.cit.), pp. 222-223.

49. G. Posner and J. Ware, Mengele (op. cit.), pp. 222-223.

50. Betrayal, by Eli M. Rosenbaum, with William Hoffer. Publié en 1993 by St. Martin's Press (New York). Note de lecture par Jacob Heilbrunn dans le The New York Times Book Review, Oct. 10, 1993, p. 9.

51. Cité dans L. Lagnado, « How Simon Wiesenthal..., » Forward (New York), Sept. 24, 1993, p. 3.

52. The New York Times Book Review, Oct. 10, 1993, p. 9; Forward (New York), Sept. 24, 1993, p. 3.

53. « Was hat Wiesenthal zu verbergen?, » D. National-Zeitung (Munich), Nov. 11, 1988, p. 4.

54. David Sinai, « News We Doubt You've Seen, » The Jewish Press (Brooklyn, NY), Dec. 23, 1988. Basé sur un rapport du journal israélien Ha'aretz, Dec. 16, 1988.

55. « A Message from Simon Wiesenthal, » Response: The Wiesenthal Center World Report, Winter 1992, p. 11.

56. Charles Ashman and Robert J. Wagman, The Nazi Hunters (New York: Pharos Books, 1988), p. 286; A. Popkin, « Nazi-Hunter Simon Wiesenthal: ‘Information is Our Best Defense', » Washington Jewish Week, Oct. 29, 1987, p. 2.

57. Cité dans : M. Weber, The Spotlight, Oct. 26, 1981, p. 9.

58. Cité in D. National-Zeitung (Munich), July 8, 1988, p. 7, et in R. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation (Vienna: 1982), p. 199. #2009

La vie de Wiesenthal : Un exemple pour les défenseurs de la vérité en Algérie


par Abbas Aroua, 27 septembre 2005


Simon Wiesenthal s’est éteint mardi passé à l’âge de 96 ans. Son décès survient à un moment crucial de l’histoire récente de l’Algérie. Une supercherie monumentale, mise en scène par le pouvoir algérien, intitulée « paix et réconciliation nationale », est sur le point d’être réalisée. A cet effet, un référendum sera organisé ce jeudi pour valider la charte de la moukalaha et soutirer frauduleusement aux Algériens « un faux témoignage en masse ».

Dans cette atmosphère malsaine, où beaucoup en Algérie, y compris dans les rangs de l’opposition, applaudissent cette falsification de l’histoire au nom de la raison, de la sagesse, de la fraternité, du réalisme, et des intérêts suprêmes de la nation, le décès de Wiesenthal suscite quelques remarques.
Le sentiment d’une mission accomplie
Que l’on ait été en plein accord avec Wiesenthal ou avoir eu de profondes divergences avec certaines de ses positions politiques ; on ne peut cependant qu’avoir du respect pour sa fidélité et sa constance dans l’accomplissement de la mission qu’il s’était assignée il y a soixante ans : traquer les criminels de guerre. « Les criminels ne doivent jamais dormir tranquillement, » disait-il. Il aura bien mérité les surnoms de « Chasseur de Nazis » et de « Conscience de l’Holocauste ».
Arrêté en 1941, il est passé dans une douzaine de camps nazis, avant d’être libéré en mai 1945 de Mauthausen par les troupes américaines ; il pesait alors à peine 45 kilos. Ce rescapé, qui a perdu plusieurs dizaines de membres de sa famille dans les camps, a commencé immédiatement à travailler avec l’unité Crimes de Guerre de l’armée américaine, puis il a créé en 1947 à Linz, en Autriche, un centre d'information et de documentation sur les criminels nazis, qui sera transféré à Vienne en 1962. Pendant des années il a travaillé en solitaire, ignoré de tous, notamment à l’époque de la Guerre froide.
En près de 60 ans, Wiesenthal a contribué à l’arrestation de 1100 criminels (soit en moyenne près d’une vingtaine par année), dont quelques gros calibres comme Adolf Eichmann, chef du département juif de la Gestapo et planificateur de la « Solution Finale ».
Wiesenthal confiait récemment à un journaliste : « Mon travail est fait : les meurtriers de masse que j'ai recherchés, je les ai trouvés. Les autres sont aujourd'hui trop âgés et trop malades pour être poursuivis en justice. »
Le devoir de mémoire pour construire demain
Wiesenthal a réussi sa mission pour deux raisons principales, l’une braquée vers le passé et l’autre tournée vers l’avenir. Ce sont : 1) le sens du devoir envers les victimes, et 2) le sens du souci envers les générations futures. Ces deux raisons sont intimement liées, comme le résume les leitmotiv de Wiesenthal : « Le devoir de mémoire pour construire demain » et « Vivre pour les morts, et travailler pour les vivants ».
D’une part, pour lui, « le privilège d'avoir réchappé des camps d'extermination impliquait un devoir » envers les victimes qui n’ont pas eu pareille chance, ce devoir c’est celui de ne pas oublier. « Je suis un croyant, disait-il, et je m'imagine dans l'autre monde face à tous les juifs morts dans les camps et je pourrai leur dire que je ne les ai pas oubliés. »
D’autre part, pour lui, « la seule valeur d’un travail de [plusieurs] décennies c’est qu’il constitue un avertissement aux criminels de demain, pour leur signifier qu'ils n'auront jamais de répit. » En outre, il était motivé par un sens aigu de la justice. « C’est la justice qui me guide, pas la vengeance », aimait-il à dire. Une justice libératrice de la société car selon lui, « il ne pourrait y avoir de liberté sans justice ». L’œuvre de Wiesenthal s’inscrivait dans la perspective de libérer la société des horreurs de son passé à travers la vérité et la mémoire. « Si on oublie, si on ignore le passé, si on falsifie ce qui est arrivé, disait-il, alors le passé reviendra encore et encore à nous, et nous et nos descendants, nous ne serons pas capables de bâtir un avenir humain et juste. »
Constance, rassemblement et détachement
Par ailleurs, trois facteurs ont été déterminants du succès de Wiesenthal dans la lutte contre l’impunité :
1) Une constance dans l’action. Lui qui pensait « consacrer quelques années à la justice » s’est retrouvé plus d’un demi siècle plus tard et jusqu'à son dernier souffle affairé à la quête de justice. Récemment encore, et malgré son état de santé, il travaillait sur le dossier d’un ancien médecin de Mauthausen localisé en Espagne. Durant toute sa vie de militant, sa détermination n’a jamais faibli, quelles que soient les difficultés conjoncturelles et les désappointements du moment.
2) Le rassemblement de toutes les forces. Il a œuvré à fédérer un maximum de proches de rescapés sans exclusive. Il a mis l’idéologie de côté et a joué le rôle de rassembleur. Une victime de la Shoah était pour lui une victime quel que soit son statut social, son orientation politique ou son attachement ou non à la religion juive. Le Centre Simon Wiesenthal, qui assume le rôle de gardien de la mémoire de la Shoah et dont le siège principal se trouve à Los Angeles, compte aujourd’hui 440 000 adhérents, ce qui lui donne toute sa force.
3) Un détachement de la chose matérielle. A sa retraite en 2003, Wiesenthal ne disposait dans son bureau vétuste de Vienne ni de secrétaire ni d’ordinateur. Tous les fonds récoltés allaient vers le centre qu’il avait créé. Il n’a pas fait de sa mission, ni de la cause des victimes, un fonds de commerce. « Il n'avait pas besoin de locaux de prestige, de bureaux envahissants; sa force était dans sa résistance à l'oubli, à la négation des atrocités d'hier, » faisait remarquer Christian Laporte, journaliste à La Libre Belgique. Lors d’un dîner de shabbat chez un autre survivant de Mauthausen, devenu riche, son hôte lui expliquait comme il serait devenu riche s'il était revenu à son métier, l'architecture, au lieu de traquer les criminels de guerre. Wiesenthal lui a répondu : « Quand nous arriverons dans l'autre monde et que nous retrouverons les millions de juifs qui sont morts dans les camps, ils nous demanderont 'qu'avez-vous fait ?' 'Tu leur diras, 'je suis devenu joaillier'. Un autre dira, 'j'ai fait de la contrebande de café et de cigarettes américaines'. Moi je dirai, 'je ne vous ai pas oubliés'. »
A quand le « Wiesenthal algérien » ?
En Algérie, la dernière soixantaine d’années a connu de nombreux de massacres qui ont coûté au pays des centaines de milliers de victimes, et dont certains s’apparentent au génocide : des massacres de mai 1945 commis par les généraux colonialistes de l’armée française à ceux des années 90 commis par les généraux putschistes de l’armée algérienne, en passant par les crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité perpétrés durant la révolution de Novembre 54.
Jusqu’aujourd’hui, et pour tous ces crimes contre le peuple algérien, à part quelques initiatives isolées, aucune démarche globale sérieuse de recherche de la vérité, d’entretien de la mémoire ou de quête de la justice, n’a été entreprise.
S’agissant des massacres coloniaux, la France, par la voix de son président Jacques Chirac, considère qu’« avec Simon Wiesenthal, c'est un combattant infatigable de la justice et du droit qui nous quitte. [Il] s'était tenu tout au long de sa vie, triomphant de tous les obstacles avec une énergie inlassable : pourchasser, partout dans le monde, les criminels nazis pour les livrer à la justice. » Mais cette même France estime, par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay, Jean-Baptiste Mattéi, que « le travail qui est relatif aux questions de mémoire relève de la compétence des historiens et des chercheurs qui doivent travailler ensemble sur ces questions en toute indépendance. » En attendant le verdict des historiens, le parlement français actuel n’a pas hésité, par la loi du 23 février 2005, à vanter les bienfaits du colonialisme en Algérie.
Quant aux massacres de la décennie 1990, Monsieur Bouteflika estime qu’il est inutile de se lancer « dans des labyrinthes à la recherche d’une explication à l’origine de la crise car cela équivaudrait à assimiler l’histoire à celle de la poule et de l’œuf. […] Il appartiendra aux historiens d’élucider cette partie de notre histoire. » En attendant le jugement des historiens, le pouvoir algérien se presse d’effacer toute trace des crimes contre l’humanité : disparitions des témoins, liquidation des agents opérationnels, destruction des archives, délocalisation des charniers, écriture falsifiée de l’histoire etc. En outre, il insiste pour valider par le peuple sa propre version l’histoire.
De son côté, la société algérienne a été incapable de prendre sa mémoire collective en charge. Ses élites politiques et intellectuelles se sont montrées démissionnaires. Concernant les crimes commis durant la colonisation, les rares associations constituées pour entretenir la mémoire et établir la vérité sur ces crimes ont échoué à leur mission, souvent par les comportements malveillants de leurs dirigeants. L’association Mai 1945 de Bachir Boumaza en est un exemple patent. Quant aux crimes commis ces dernières années, il y a certes quelques tentatives de lutte contre la falsification, l’amnésie et l’impunité, mais elles se révèlent peu efficaces. Il est vrai que la conjoncture internationale n’est pas favorable à ce genre de combat, mais elle n’explique pas tout. Lorsque les associations algériennes qui mènent ce combat ne s’isolent pas dans des ghettos idéologiques, elles se noient dans des problèmes de gestion.
Alors à quand le « Wiesenthal algérien » qui, ne serait-ce que par un seul exemple, montrera que l’on ne peut tuer des milliers d’Algériens impunément ?