Simon Wiesenthal et son leg à l'Association
"Le Souvenir de Deir Yassin"
Dan McGowan, fondateur de l’association Deir Yassin Remembered
["Le Souvenir de Deir Yassin"] dirigée par Paul Eisen
a envoyé ce texte au quotidien français Le Monde. Le
responsable du Courrier des lecteurs du journal, Yves Marc Ajchenbaum,
a publié ce texte le 1er octobre 2005, en le tronquant de telle
manière que son sens en était changé. Dan nous
a envoyé le texte orginal de sa lettre.
J'ai rencontré Simon Wiesenthal à Vienne pendant l'hiver
1994. J'étais à la recherche de quelques fortes personnalités
juives qui pourraient être intéressées d'adhérer
au Conseil d'Administration de l'Association "Le Souvenir de
Deir Yassin", que j'ai fondée il y a quelques années.
Deir Yassin est le nom de ce village palestinien des environs de Jérusalem
dont les habitants ont été en grande partie massacrés
en avril 1948 par plusieurs bandes armées juives, alors que
la guerre de conquête engagée par les groupes armés
juifs - la future armée israélienne - battait son plein.
J'avais déjà écrit à Elie Wiesel sur ce
sujet, mais il avait refusé de répondre à une
telle proposition. Il avait également par deux fois refusé
de me rencontrer, lorsque j'étais à Boston. J'avais
déjà l'expérience du refus.
En revenant d'une conférence à Gaza, je me suis opportunément
arrêté à Vienne pour y rencontrer M. Wiesenthal
et lui parler du projet de "Souvenir de Deir Yassin", c'est-à-dire
la construction d'un Mémorial dans ce village martyr, à
la mémoire des victimes palestiniennes de ce massacre. L'objectif
était (et reste toujours) d'entreprendre un travail de mémoire
pour la partie israélienne et un début de réconciliation
entre les deux peuples. Je voulais également lui demander d'adhérer
au Conseil d'Administration de notre Association, et lui dire l'honneur
que nous retirerions en l'ayant parmi nous.
Lorsque j'ai rencontré Simon Wiesenthal, il a commencé
par devenir inquiet. Je lui ai offert le texte du projet de construction
du Mémorial, mais il a refusé net d'aller plus loin
dans le dialogue. Je lui ai alors demandé si mon Association
pouvait utiliser sa fameuse phrase "Hope Lives When People Remember"
("L'espoir demeure quand les gens se souviennent"). Il m'a
répondu : "allez-y, je n'y vois pas d'inconvénient".
Il s'est levé, puis a disparu. Depuis lors, en dépit
des objections du Centre "Simon Wiesenthal" de Californie,
notre Association "Le souvenir de Deir Yassin", auquel ont
adhéré des dizaines d'intellectuels juifs et palestiniens,
d'Israël, de Palestine et d'ailleurs, utilise la lumineuse formule
de ce grand homme "L'espoir demeure quand les gens se souviennent"
pour rappeler à la mémoire de tous le souvenir de ceux
et celles qui ont été massacrés ou expulsés
en 1948, au cours d'une guerre qu'on leur imposait.
Un journal allemand de Namibie
s'excuse pour une publicité se réjouissant de la mort
de Simon Wiesenthal
Un hebdomadaire namibien de langue allemande va
publier ses excuses pour avoir diffusé une publicité
se réjouissant de la mort du "grand monstre" Simon
Wiesenthal, a annoncé mercredi le directeur de la publication.
Hans Feddersen, directeur de la publication de l'hebdomadaire Plus,
a admis que ce n'était "pas une bonne idée"
d'avoir publié cette publicité qui a suscité
de vives critiques des lecteurs et de l'ambassadeur d'Allemagne à
Windhoek. "Je suis en train de rédiger des excuses qui
paraîtront dans la prochaine édition vendredi",
a déclaré M. Feddersen. "Avec joie et satisfaction,
nous apprenons la nouvelle de la mort du grand monstre. Le 20 septembre,
la Terre et ses habitants ont été délivrés
de Simon", disait cette publicité d'un quart de page.
"Son plus grand crime a été de vivre 96 ans",
ajoutait le texte signé "Action internationale contre
l'oubli". Wiesenthal, devenu chasseur de criminels nazis après
avoir survécu aux camps de concentration, est mort chez lui
à Vienne le 20 septembre. Il a été inhumé
en Israël. La publicité publiée dans Plus l'accusait
de "toutes sortes de crimes" comme "enlèvement,
diffamation, trahison, tentative de meurtre et meurtre". Source
: AFP, 28 septembre 2005
Un cadavre encombrant
Sous le titre : Absentéisme du gouvernement aux obsèques
de Wiesenthal, le site sioniste israélien Arouts 7 a publié
le 26 septembre l'information suivante. Il semble bien que Wiesenthal
est aussi encombrant mort que vivant.
Simon Wiesenthal s'est éteint à Vienne, la semaine dernière,
à l'âge de 96 ans, confiant à ses successeurs
la tâche de poursuivre sa mission. Avant le rapatriement de
la dépouille du défunt en Israël, un hommage lui
a été rendu en Autriche en présence de personnalités
de premier plan dont le chancelier Wolfgang Schüssel.
Deux jours plus tard, le corps de Simon Wiesenthal arrivait en Israël
et le célèbre chasseur de nazis était inhumé
à Herzliya. Mais aucun membre du gouvernement, mis à
part le vice-ministre Michael Melchior, présent dans l'exercice
de ses fonctions, n'a jugé nécessaire de faire le déplacement.
Le site Ynet a cherché à connaître les motifs
de cet absentéisme curieux, voire choquant, des dirigeants
israéliens. S'adressant en premier lieu au bureau du président
de l'Etat, Moché Katsav, les journalistes se sont heurtés
à un refus catégorique de réagir. Pour le Premier
ministre, ils ont signalé que ''la question était à
l'étude''.
Shimon Pérès, vice-Premier ministre, était occupé
ailleurs, prenant la parole dans un congrès sur les Communications
au bord de la mer morte. La ministre Dahlia Itsik se trouvait à
la même conférence.
Pour les autres ministres travaillistes, Itshak Herzog se trouvait
en déplacement en dehors d'Israël, Binyamin Ben Eliézer
a considéré qu'il incombait à un représentant
officiel du gouvernement, et non à lui, d'assister aux obsèques.
Ophir Pinès était à l'étranger et Matan
Vilnaï effectuait une tournée dans le nord.
Chez les ministres du Likoud, Israël Katz, en tant que Cohen,
descendant des prêtres du Temple, n'avait pas le droit de pénétrer
dans un cimetière. Le ministre Tsahi Hanegbi, de son côté,
s'est contenté d'expliquer qu'il avait eu un empêchement
mais a ajouté qu'il demanderait qu'une minute de silence soit
consacrée au défunt lors de la réunion du comité
central du Likoud.
Le chef de la diplomatie israélienne se trouvait aux Etats-Unis.
Mais le ministre de la Défense Shaoul Mofaz, en Israël,
prenait au même moment la parole devant les membres de la Chambre
du commerce et de l'industrie de Tel Aviv.
Autres excuses avancées : Limor Livnat ignorait l'heure exacte
des obsèques, Tsippi Livni, informée trop tard, n'a
pas pu se libérer d'autres obligations, Ehoud Olmert était
dans l'avion, revenant d'Allemagne, et Danny Naveh a invoqué
des raisons personnelles, CDP
Source : http://www.a7fr.com/news.php?id=63489
Simon Wiesenthal : un «
chasseur de nazis » frelaté
« Ce n'est pas un gentleman, et je dirais, pour être très
clair, qu'il ne deviendra jamais une autorité morale, parce
qu'il n'en est pas une. » Bruno Kreisky, chancelier
autrichien
par Mark Weber. Original : http://www.ihr.org/leaflets/wiesenthal.shtml.
Traduit de l'anglais par OBA pour http://quibla.net
NDLR Quibla : Simon Wiesenthal, le célèbre
"chasseur de nazis", vient de mourir à Vienne à
l'âge de 96 ans. Sa mort a été l'occasion, une
nouvelle fois, pour les médias dominants de se répandre
en éloges affligés sur ce "héros" pour
le moins controversé. Et si Wiesenthal n'avait été
qu'un vulgaire escroc ? C'est la thèse de l'historien Mark
Weber, qui mérite d'être connue et méditée.
L'auteur est directeur de l'Institute for Historical Review [IHR].
Il a étudié l'histoire à l'université
d'Illinois (Chicago), à l'université de Munich, à
l'Université d'État de Portland et à l'Université
Indiana (Massachusetts, 1977). Il a été le rédacteur
en chef du Journal of Historical Review, de l'IHR.
Cet article est extrait du Journal of Historical Review [JHR], juillet-
août 1995 (vol. 15, n° 4) ; pages 8 - 16. Version révisée
et mise à jour d'un article publié pour la première
fois dans le numéro Hiver 1989 - 1990 du JHR.
Durant plus de quarante ans, Simon Wiesenthal a recherché
des centaines de « criminels nazis » depuis son «
Centre de Documentation Juif » sis à Vienne (Autriche).
Pour son oeuvre de plus éminent « chasseur de nazis »
au monde, il a été gratifié de plusieurs distinctions
et médailles, dont la plus haute décoration officielle
allemande. Au cours d'une cérémonie officielle tenue
à la Maison Blanche, en août 1980, c'est un président
Carter en larmes qui lui remit une médaille d'or spéciale
au nom du Congrès des Etats-Unis. Le président Reagan
la encensé, en 1988, en le qualifiant de « héros
authentique » du siècle.
Cette légende vivante a été portraiturée
en termes flatteurs par feu Laurence Oliver dans un film de fiction,
sorti en 1978, « Les Garçons du Brésil »
[The Boys From Brazil]. Même chose, en 1989, avec la série
télévisée « Les criminels sont parmi nous
: l'histoire de Simon Wiesenthal » [Murderers Among Us: The
Simon Wiesenthal Story] de Ben Kingsley.
La réputation d'autorité morale de Wiesenthal est largement
surfaite. Cet homme, qualifié par le Washington Post d' «
Ange vengeur de l'Holocauste » [1] a un dossier peu connu, mais
bien documenté, de mépris brouillon pour la vérité.
Il a menti sur ce qu'il a vécu personnellement durant la guerre,
il a falsifié la présentation de ses succès d'après-guerre
en matière de « chasse aux nazis » et il a répandu
des bobards lamentables au sujet d'atrocités allemandes alléguées.
Des versions divergentes
Szymon (Simon) Wiesenthal est né le 31 décembre 1908
à Buczacz, ville située dans la province de Galicie
(aujourd'hui Buchach, en Ukraine) dans ce qui était à
l'époque le limes oriental de l'Empire austro-hongrois. Son
père était un grossiste en sucre, dont les affaires
marchaient bien.
Contrairement à tout ce qui a pu être écrit sur
son compte, ce que Wiesenthal a fait, durant les années de
guerre, sous occupation allemande, reste flou. Il a raconté
des histoires contradictoires, dans trois récits séparés
de ses activités à l'époque de la Seconde guerre
mondiale. Le premier de ces récits a été fait
sous serment, au cours d'un interrogatoire, sur deux journées,
en mai 1948, mené par un responsable officiel de la commission
américaine sur les crimes de guerre de Nuremberg (2]. Le second
récit est une biographie résumée fournie par
Wiesenthal en fonds de dossier de sa demande d'aide au Comité
International des Réfugiés [3]. Quant au troisième,
c'est le récit qu'il fait de sa vie dans son autobiographie
Les Assassins sont parmi nous, publiée pour la première
fois en 1967 [4].
Ingénieur soviétique ou mécanicien dans
une usine ?
Au cours de son interrogatoire de 1948, Simon Wiesenthal a déclaré
qu' « entre 1939 et 1941 », il était « ingénieur
en chef soviétique, affecté à Lvov et à
Odessa. » [5] En cohérence avec ceci, il a déclaré
en 1949 que de décembre 1939 à avril 1940, il avait
travaillé comme architecte dans le port d'Odessa, sur la Mer
Noire. Mais, d'après son autobiographie, il a passé
la période entre la mi-septembre 1939 et juin 1941 dans la
ville de Lvov, sous domination soviétique, où il aurait
travaillé « comme mécano dans une usine qui produisait
des ressorts de matelas. » [6]
Une liberté relative
Après la conquête de la Galicie par les Allemands, en
juin 1941, Simon Wiesenthal a été emprisonné
quelque temps au camp de concentration de Janowska, situé près
de Lvov, d'où il a été transféré,
après quelques mois, dans un camp lié aux ateliers de
réparation de l'Ostbahn (« réseau ferroviaire
de l'est ») de la Pologne occupée par l'Allemagne, situés
dans la ville de Lvov. Dans sa biographie, Simon Wiesenthal écrit
qu'il travaillait là « comme technicien et dessinateur
», qu'il était plutôt bien traité, et que
son supérieur hiérarchique immédiat, qui était
un « anti-nazi » clandestin, l'avait même autorisé
à détenir deux pistolets. Son bureau était situé
dans une « petite cabane en bois », et il jouissait «
d'une relative liberté ; on lui permettait de se déplacer
dans l'ensemble des ateliers. » [7]
Un partisan ?
La période suivante, dans la bio de Simon Wiesenthal - d'octobre
1943 à juin 1944 - est la plus obscure, et les récits
qu'il en fait se contredisent entre eux. Durant son interrogatoire
de 1948, Simon Wiesenthal a indiqué s'être enfui du camp
de Janowska, à Lvov, et avoir rejoint « un groupe de
partisans qui opéraient dans la région Tarnopol - Kamenopodolsk
». [8]. Il a notamment déclaré : « J'ai
été un partisan du 6 octobre 1943 jusqu'à la
mi-février 1944 », indiquant que son unité avait
combattu contre l'armée ukrainienne : tant contre la division
SS « Galicie » que contre les forces partisanes indépendantes
de l'UPA. [9].
Simon Wiesenthal affirme avoir servi avec le grade de lieutenant,
puis de major, et avoir été responsable de la construction
de bunkers et de fortifications. Bien qu'il n'ait jamais été
explicite à ce sujet, il a suggéré que son unité
(prétendue) de partisans faisait partie de l'Armia Ludowa [«
Armée du Peuple »], une formation armée du Parti
communiste polonais, créée et contrôlée
par les Soviétiques [10].
Il a indiqué s'être introduit clandestinement, avec d'autres
partisans, dans la ville de Lvov, en février 1944, où
ils ont été « cachés par des amis de l'Armée
du Peuple. » Le 13 juin 1944 son groupe a été
arrêté par la police secrète allemande [Bien que
les partisans juifs surpris dans leur cachette étaient le plus
souvent abattus, Simon Wiesenthal indique qu'il a été
quelque peu épargné.) Simon Wiesenthal a refait exactement
le même récit lors de sa déposition de 1949.
Il a dit s'être évadé au début du mois
d'octobre 1943, puis avoir « lutté contre les Allemands,
en tant que partisan, dans la forêt », durant huit mois
- du 2 octobre 1943 jusqu'en mars 1944. Après quoi, il était
« planqué » à Lvov, de mars à juin
1944.
Mais en 1967, Simon Wiesenthal raconte une histoire totalement différente,
dans sa biographie. Il y rapporte qu'après s'être évadé
des ateliers de réparation ferroviaire de la Ostbahn le 2 octobre
1943, il a survécu en se cachant chez différents amis,
jusqu'au 13 juin 1944, date à laquelle il a été
découvert par la police polonaise et la police allemande et
renvoyé dans un camp de concentration. Il ne fait allusion
à aucune activité, ni appartenance, à un quelconque
mouvement de résistance. [11]
D'après tant son interrogatoire de 1948 que son autobiographie
de 1967, il a tenté de se suicider le 15 juin 1944, en se tailladant
les veines des poignets. Ce qui est remarquable, toutefois, c'est
qu'il a été sauvé de la mort par des médecins
SS allemands, qui l'ont même hospitalisé [12]. Il est
resté quelque temps au camp de concentration de Lvov «
avec double rations », puis, raconte-t-il dans son autobiographie,
il a été transféré dans différents
camps de travail. Il a passé les derniers mois cahotiques avant
la fin de la guerre dans divers camps, jusqu'à sa libération
de Mauthausen (en Autriche), par les forces américaines, le
5 mai 1945 [13].
Wiesenthal s'est-il inventé un passé de partisan héroïque
? A-t-il, ultérieurement, tenté de faire disparaître
son passé de partisan communiste ? Ou bien la vérité
est-elle complètement autre - et beaucoup trop honteuse pour
qu'il l'admette ?
N'aurait-il pas été, par hasard, un agent nazi
?
Wiesenthal aurait-il travaillé de son plein gré pour
ses oppresseurs du temps de la guerre ? C'est l'accusation portée
contre lui par le Chancelier autrichien Bruno Kreisky, lui-même
d'origine juive et chef, durant de nombreuses années, du Parti
socialiste autrichien. Au cours d'une interview accordée à
un journaliste étranger, en 1975, Kreisky a accusé Wiesenthal
de recourir à des « méthodes mafieuses »,
il a rejeté ses prétentions de détenir une quelconque
« autorité morale », et affirmé qu'il était
un agent des autorités nazies. Certaines de ses observations
les plus pertinentes, qui ont été publiées par
le magazine autrichien de bonne tenue Profil, sont notamment les suivantes
: [14] « En réalité, je ne connais M. Wiesenthal
qu'à travers des rapports secrets, et ces rapports sont très
mauvais, ils sont même calamiteux. Je dis ceci en tant que Chancelier
fédéral. Et j'affirme que M. Wiesenthal avait avec la
Gestapo des relations bien différentes que les miennes. Oui.
Je n'en dirai pas plus à ce sujet maintenant. Tout ce que je
sais, je le dirai, mais devant un tribunal. »
« Mes relations avec la Gestapo étaient dénuées
de toute ambiguïté. J'étais leur prisonnier, leur
pensionnaire, je subissais leurs interrogatoires. La sienne était
différente, dirais-je, et cela sera clairement démontré.
Ce que j'ai déjà dit, ici, à ce sujet est déjà
assez grave. Mais il ne pourra pas se blanchir en m'accusant de le
diffamer et de porter atteinte à son honneur dans la presse,
comme il le fera sans doute. Ce n'est pas aussi simple que cela, parce
que cela signifierait un énorme procès... Un homme comme
lui n'a aucun droit à prétendre incarner une autorité
morale. Voilà ce que, moi, j'en dis. Il n'a pas le droit...
»
« Quant à la question de savoir si cet homme, à
mes yeux, est un agent... Oui, c'est le cas... et il utilise des métodes
mafieuses. Un homme tel celui-là doit s¹effacer... »
« Ce n'est certes pas un gentleman, et je dirais, pour être
très clair, qu'il ne deviendra jamais une autorité morale,
parce qu'il n'en est pas une... Il ne devrait pas prétendre
incarner une autorité morale... »
« J'affirme que M. Wiesenthal a vécu, à l'époque,
dans la sphère d'influence nazie sans être persécuté
? O.K. ? Et qu'il a vécu ouvertement sans être poursuivi,
vous me suivez ? Est-ce clair ? Et vous savez sans doute, si vous
êtes un peu au courant de ce qui se passait à l'époque,
que personne n'aurait pu prendre un tel risque... »
Ce n'était pas un « sous-marin », c'est-à-dire
quelqu'un évoluant en eaux profondes, en se cachant. Non :
il opérait ouvertement sans avoir à... comment dire
?... risquer la moindre persécution. Je pense que cela suffit.
Il y avait tellement d'opportunités d'être l'agent de
quelqu'un. Rien ne l'obligeait à être un agent de la
Gestapo. Ce n'était pas les services de renseignement qui manquaient...
»
En réponse à ces propos comminatoires, Wiesenthal entreprit
des actions en justice contre le Chancelier. Finalement, cependant,
tant Wiesenthal que Kreisky se sont calmés, et ont évité
d'en arriver à ce qui s'annonçait comme un procès
retentissant et dévastateur...
Les mythes de Mauthausen
Avant de devenir célèbre en tant que « chasseur
de nazis », Wiesienthal s'était fait un nom en tant que
propagandiste. En 1946, il publia KZ Mauthausen, un opuscule de 85
pages, consistant principalement en des croquis d'amateur (les siens)
prétendant représenter les horreurs du camp de concentration
de Mauthausen. Un de ces dessins représente trois codétenus,
attachés à des poteaux et brutalement abattus par les
Allemads [15].
Le dessin est un faux manifeste. Il a été calqué
- avec quelques modifications mineures - sur des photographies publiées
dans le magazine Life en 1945, montrant d'une manière très
crue l'exécution de trois soldats allemands surpris dans leurs
activités d'espionnage derrière les lignes, durant la
« Bataille de la Poche » [Battle of the Bulge] [16]. La
source du croquis de Wiesenthal est immédiatement évidente
pour quiconque le compare avec les photos publiées dans Life
[17].
Le caractère fantaisiste de cet opuscule apparaît aussi
dans les citations extensives faites par Wiesenthal des soi-disant
« confessions recueillies sur son lit de mort » du commandant
du camp de Mauthausen, Franz Ziereis, selon lesquelles quatre millions
de personnes auraient été gazées jusqu'à
ce que mort s'ensuive au moyen de monoxyde de carbone dans le camp
d'Hartheim, une dépendance de Mauthausen, située non
loin [18]. Cette allégation est totalement absurde, et aucun
historien sérieux spécialiste de l'Holocauste ne la
prend plus en considération [19]. Toujours d'après les
« confessions » de Ziereis, citées par Wiesenthal,
les Allemands sont censés avoir assassiné dix millions
de victimes supplémentaires en Pologne, en Lithuanie et en
Lettonie [20]. Dans la réalité, ces « confessions
» frauduleuses avaient été obtenues sous la torture
[21].
Des années après, Wiesenthal continuait à mentir
au sujet de Mauthausen. Au cours d'une interview qu'il a accordée
au quotidien USA Today, il a évoqué son expérience
personnelle à Mauthausen : « J'étais l'un des
34 détenus [encore] vivants, sur les 150 000 qui avaient été
enfermés dans ce camp. » [22] C'est un mensonge éhonté.
Les années n'ont pas été clémentes, apparemment,
avec la mémoire de Wiesenthal, car il a écrit, dans
sa propre autobiographie, que «près de 3 000 internés
sont morts, à Mauthausen, après que les Américains
nous avaient libérés, le 5 mai 1945. » [23] Une
autre ancienne déportée, Evelyn Le Chene, a indiqué,
dans son ouvrage sur Mauthausen, qui fait référence,
qu'il y avait 64 000 internés dans ce camp lors de sa libération,
en mai 1945 [24]. Et d'après l'Encyclopaedia Judaica, ce sont
au minimum 212 000 déportés qui ont survécu à
l'internement dans le complexe du camp de concentration de Mauthausen.
[25]
Après la guerre, Wiesenthal a travaillé au US Office
of Strategic Services [un service qui allait donner naissance, un
peu plus tard, à la CIA] et au US Army's Counter-Intelligence
Corps (CIC - Service de contre-espionnage de l'armée américaine).
Il était également vice-président du Comité
Central juif de la zone d'occupation américaine en Autriche
[26].
Le « savon humain »
Wiesenthal a contribué à diffuser et à donner
de son immense crédit à l'une des histoires les plus
ahurissantes entourant l'Holocauste : l'accusation selon laquelle
les Allemands auraient fabriqué du savon à partir des
cadavres de juifs assassinés. D'après cette légende,
les lettres « RIF » figurant sur des pains de savon de
fabrication allemande auraient signifié : « Pure graisse
juive » [acronyme, en allemand : « Rein judisches Fett
»]. En réalité, ces initiales signifiaient : «
Centre National d'Approvisionnement en Graisses Industrielles »
[(« Reichstelle fur industrielle Fettversorgung »]...
[27]
Wiesenthal a popularisé la légende du « savon
humain » dans des articles publiés en 1946 dans le jounal
communiste juif autrichien Der Neue Weg [« Le Nouveau Chemin
»]. Dans un article intitulé sobrement « RIF »,
il écrivait : « Les mots - terribles - de « convoi
pour le savon » furent entendus pour la première fois
à la fin de l'année 1942. C'était dans le Gouvernement
Général [= en Pologne], et l'usine se trouvait en Galicie,
à Belzec. D'avril 1942 à mai 1943, 900 000 juifs ont
servi de matière première, dans cette usine. »
Après que leurs cadavres eurent été transformés
en diverses matières premières, écrivait Wiesenthal,
« le reste, les graisses résiduelles, servait à
fabriquer du savon. »
Il poursuivait : « Après 1942, les habitants du Gouvernement
Général savaient très bien ce que voulait dire
« savon RIF ». Le monde civilisé ne peut imaginer
la joie que suscitait l'existence de ce savon chez les nazis et leurs
femmes, dans les territoires du Gouvernement Général.
Ils voyaient dans chaque morceau de savon un juif, qui y avait été
enfermé comme par magie, et que l'on avait par conséquent
empêché de grandir et de devenir qui sait ? un second
Freud, un second Ehrlich ou un second Einstein ? » [28].
Dans un autre article de fiction, publié en 1946 sous le titre
: « La savonnerie de Belzec », Wiesenthal soutenait que
des milliers de juifs avaient été exterminés
dans des salles de douches électrifiées [29] :
« Les gens, rassemblés en rang et dirigés par
les SS lithuaniens et ukrainiens, pénètraient dans les
« bains » dont la porte était grande ouverte. Cinq
cent personnes pouvaient y tenir, à la fois. Le sol de la «
salle de bains » était en métal, et les pommes
de douche étaient suspendues au plafond. Quand la salle était
pleine, les SS abaissaient une manette, qui envoyait un courant électrique
de 5 000 volts dans les plaques de tôle constitutant le plancher.
En même temps, les condamnés recevaient de l'eau sur
la tête. Un bref cri, et l'exécution était terminée.
Un chef médecin SS, nommé Schmidt, vérifiait
par un judas que les victimes étaient bien mortes. Une deuxième
porte était alors ouverte et le « commando chargé
des corps » entrait et évacuait les morts, en toute hâte.
L'installation était prête pour les cinq cents suivants...
A l'heure actuelle, plus aucun historien digne de ce nom n'avalise
des histoires prétendant que des cadavres de juifs auraient
été transformés en pains de savon, ou que des
juifs auraient été électrocutés à
Belzec (ni où que ce soit, ailleurs).
La conception de l'histoire, pleine d'invention, qui était
celle de Wiesenthal ne se limitait pas au vingtième siècle.
Dans son livre publié en 1973 Sails of Hope [Les Voiles de
l'espoir], il prétendit que Christophe Colomb était
un juif clandestin [marrane], et que son célèbre voyage
qui abouti à sa découverte de l'Amérique aurait
été en réalité motivée par la recherche
d'un nouveau pays pour les juifs d'Europe [30].
Wiesenthal ne disait pas toujours exclusivement des conneries, évidemment.
En 1975, puis à nouveau en 1993, il a reconnu publiquement
qu' « il n'y a jamais eu de camps d'extermination sur le territoire
allemand ». [31] Il concédait ainsi implicitement que
les allégations formulées devant le tribunal de Nuremberg,
après la guerre, et ailleurs, selon lesquelles Buchenwald,
Dachau et d'autres camps en Allemagne même auraient été
des « camps d'extermination » n'étaient pas fondées.
Des « fabrications », à propos d'Eichmann
En plus de quarante années de « chasse aux nazis »,
le rôle joué par Wiesenthal dans le repérage et
la capture d'Adolf Eichmann est souvent considéré comme
sa plus grande réussite [32]. (Eichmann dirigea, durant la
guerre, le service des affaires juives de la SS. Il fut kidnappé
par des agents israéliens en Argentine, en mai 1960, et pendu,
à Jérusalem, après un procès qui monopolisa
l'attention mondiale].
Seulement, voilà : Isser Harel, l'officier israélien
qui dirigeait l'équipe qui s'empara d'Eichmann, a déclaré
sans aucune ambiguïté que Wiesenthal « n'avait strictiement
rien à voir » avec sa capture. (Harel a été
à la tête tant du Mossad que du Shin Bet, les services
israéliens du renseignement extérieur et intérieur,
respectivement).
Non seulement Wiesenthal « n'a joué aucun rôle
» dans l'arrestation d'Eichmann, a indiqué Harel, mais,
en réalité, il a mis en danger l'ensemble de l'opération.
Dans un manuscrit comportant 278 pages, Harel a réfuté
très clairement chacune des affirmations de Wiesenthal quant
à son rôle supposé dans l'identification et la
capture d'Eichmann. Les allégations de Wiesenthal et de ses
nombreux amis, au sujet de son rôle supposé crucial dans
la capture de l'ancien officier SS, a indiqué Harel, n'ont
aucun fondement réel. Beaucoup d'assertions et d'incidents
très précis, décrits dans les deux ouvrages de
Wiesenthal, à ce sujet, « sont des mensonges éhontés
», ont déclaré les officiels israéliens.
[34]
« Les rapports et déclarations de Wiesenthal, à
l'heure actuelle, montrent au-delà de tout doute qu'il n'avait
aucune notion quant à la localisation d'Eichman », a
notamment déclaré Harel [35]. (A titre d'exemple : juste
avant l'arrestation d'Eichmann en Argentine, Wiesenthal le situait
au Japon, ou en Arabie saoudite !).
Caractérisant Wiesenthal comme un opportuniste de première,
Harel résuma tout ça : « Toutes les informations
préalables à l¹opération Eichmann et l¹anticipant,
données par Wiesenthal, furent prodigieusement inutiles, et
parfois même trompeuses et négatives. » [37]
Des accusations pitoyables, dans le procès Walus
Un des procès les plus spectaculaires intentés par Wiesenthal
impliqua un habitant de Chicago, d'origine polonaise, Frank Walus.
Dans un lettre datée du 10 décembre 1974, il accusait
Walus « d'avoir remis des juifs à la Gestapo »
à Czestochowa et à Kielce, en Pologne, pendant la guerre.
Cette lettre déclencha une enquête du gouvernement américain,
et l'ouverture d'un procès [38]. Le Washington Post a traité
de cette question dans un article publié en 1991, intitulé
: « Le nazi qui n'a jamais existé : comment un procès
en sorcellerie, avec juge, presse et enquêteurs, a qualifié
de criminel un innocent » [« The Nazi Who Never Was: How
a witch hunt by judge, press and investigators branded an innocent
man a war criminal »]. Ce long article, publié au nom
de l'Association du Barreau Américain [American Bar Association],
indiquait notamment : [39]
« Dans les années qui suivirent, cet ancien ouvrier à
la retraite dût s'endetter afin de rassembler la somme de 60
000 $ nécessaire pour être défendu. Il s'est retrouvé,
à un moment, assis dans une salle de tribunal, tandis que défilaient
onze survivants juifs de l'occupation nazie en Pologne, témoignant
l'avoir vu assassiner des enfants, une vieille femme, une jeune femme,
un bossu, et d'autres victimes encore...
Des preuves incontestablent montrent que Walrus n'était pas
un criminel de guerre nazi, et qu'il n'a même jamais mis les
pieds en Pologne durant la Seconde guerre mondiale.
« Dans une ambiance de haine et d'imprécations proches
de l'hystérieu, le gouvernement a persécuté un
homme innocent. En 1974, Simon Wiesenthal, le célèbre
« chasseur de nazis » de Vienne, a dénoncé
Walrus, le présentant comme ³un Polonais de Chicago qui
a travaillé pour la Gestapo dans les ghettos de Czestochowa
et de Kielce, et qui a livré plusieurs juifs à la Gestapo².
»
L'hebdomadaire Reader, de Chicago, a également évoqué
ce procès, dans un article fouillé, paru en 1981, sous
le titre : « La persécution de Frank Walus. Ils voulaient
chasser un nazi. Le gouvernement américain voulait un criminel
de guerre. Aussi, avec l'aide de Simon Wiesenthal, de la police israélienne,
de la presse locale et du juge Julius Hoffman, ils en ont inventé
un » [40]. On pouvait y lire :
« (...) Il est logique de supopser que les « rapports
reçus par Wiesenthal [contre Walus] n'étaient en réalité
que des rumeurs... autrement dit, Simon Wiesenthal n'avait aucune
preuve contre Walus. Cela ne l'a nullement empêché de
le dénoncer (...)»
Pendant que le juge Hoffman mettait le cas Walrus en délibéré,
le film Holocauste passait à la télévision. Durant
la même période, en avril 1978, Simon Wiesenthal vint
à Chicago, où il donna des interviews afin de donner
du crédit au procès Walus. « Comment le chasseur
de nazis a contribué à débusquer Walus »
[« How Nazi-Hunter Helped Find Walus »], titrait le Sun-Times,
annonçant un reportage de Bob Olmstead. Wiesenthal déclara
à Abe Peck, du Sun-Times qu'il « ne s'était jamais
trompé dans ses identifications ». « Je sais très
bien qu'il y a des miliers de personnes qui m'attendent au tournant,
pour exploiter la moindre erreur... »
Ce n'est qu'à l'issue d'une bataille juridique éreintante
que l'homme qui avait été vilipendé et physiquement
agressé au motif qu'il aurait été « le
boucher de Kielce » a finalement pu démontrer qu'il avait
passé les années de guerre en Allemagne, où il
était un paisible garçon de ferme. Frank Walus est mort
en août 1994, brisé et profondément déçu.
Le comportement lamentable de Wiesenthal dans l' « affaire Walus
» aurait dû suffir à le discréditer définitivement
et à lui faire perdre son aura d'investigateur fiable. Mais
sa réputation résolument inoxydable [litt : his Teflon
reputation...] survécut même à cette histoire
lamentable.
Wiesenthal se plante sur Mengele
Le mythe Wiesenthal est pour l'essentiel fondé sur sa chasse
de Joseph Mengele, un médecin d'Auschwitz, connu sous le sobriquet
d' « Ange de la Mort ». A de multiples reprises, Wiesenthal
annonça qu'il était aux trousses de Mengele. Il fit
savoir que ses informateurs avaient « vu », ou venaient
juste « de manquer » le médecin vif-argent au Pérou,
au Chili, au Brésil, en Espagne, en Grèce, et dans une
demie-douzaine d'endroits, au Paraguay. [41]
C'est durant l'été 1960 qu'il fut le plus près
de l'attraper. Wiesenthal a raconté que Mengele se cachait
sur une petite île grecque, d'où il venait de s'enfuir,
quelques heures seulement avant sa probable capture. Wiesenthal persista
à colporter cette histoire, avec tous les détails possibles
et imaginables, même après qu'un reporter dont il s'était
attaché les services afin de vérifier sur place l'informa
que ce récit était faux de A jusqu'à Z. [42]
D'après un autre rapport de Wiesenthal, Mengele aurait manigancé
l'assassinat, en 1960, d'une de ses anciennes victimes, une femme
qu'il était censé avoir stérilisée à
Auschwitz. Après l'avoir repérée, grâce
à son tatouage de déportée, inconfondible, dans
un hôtel d'Argentine où il résidait, Mengele aurait
prétendument commandité son assassinat parce qu'il aurait
redouté qu'elle ne le dénonce. Il s'avéra que
cette femme n'avais jamais été dans un camp de concentration,
qu'elle n'avait pas de tatouage, n'avait jamais rencontré Mengele,
et que sa mort était due à un accident de montagne.
[43]
« Mengele déjeûnait régulièrement
dans les restaurants les plus fins d'Asuncion, la capitale paraguayenne
», avait dit Wiesenthal en 1977, « et il était
censé parcourir cette ville à bord de sa Mercedes Benz
noire , protégé par une escorte de gardes du corps armés.
» [44]
En 1985, Wiesenthal annonça être « certain, à
100% » que Mengele se cachait au Paraguay depuis au minimum
juin 1984, et il accusa la famille Mengele, en Allemagne, de savoir
très précisément où il se trouvait. Comme
de juste, Wiesenthal se gourait totalement. Il fut plus tard définitivement
établi que Mengele était mort depuis 1979, au Brésil,
pays où il vivait depuis des années dans le dénuement
et l'anonymat. [45]
L'ambassadeur d'Israël au Paraguay, de 1968 à 1972, Benjamin
(Benno, pour les intimes) Varon, a fait le commentaire suivant sur
la campagne Mengele : « Wiesenthal fait de temps à autre
des déclarations selon lesquelles il est sur le point de le
choper, sans doute, étant donné que Wiesenthal doit
absolument lever des fonds pour financer ses activités, le
nom de Mengele est-il une friandise toujours bonne à faire
miroiter ? » Wiesenthal s'est « planté lamentablement
» dans l'affaire Mengele, a déclaré le même
diplomate, à une autre occasion. [46]. Dans le cas Mengele,
Harel, ancien chef du Mossad a eu ces mots : « La démence
de Wiesenthal est à la limite du criminel. » [47].
De fait, le dossier bien rembourré de Wiesenthal, au «
Centre de Documentation » de Wiesenthal (sis à Vienne)
était une telle macédoine d'informations inutilisables
que, pour reprendre les termes du London Times, il ne pouvait servir
qu'à « entretenir ses mythes auto-corroborateurs et donner
une maigre satisfaction aux gens qui avaient visiblement besoin d'une
réponse définitive, concernant le destin de Mengele.
» [48]
Selon l'avis éclairé de Gerald Posner et John Ware,
co-auteurs de l'ouvrage : Mengele : l'histoire complète [Mengele
: The Complete Story], Wiesenthal a passé des années
à cultiver assidûment un « auto-portrait d'un limier
infatigable, entêté, voué à détruire
la puissance ubiquiste et sinistre de Mengele et d'un vaste réseau
nazi. » En raison de son « chic à jouer pour la
galerie », concluaient Posner et Ware, Wiesenthal « avait
fini par compromettre sa crédibilité. » [49]
Incompétence et arrogance : les deux mamelles de Wiesenthal
Eli Rosenbaum, un officiel des « investigations spéciales
du bureau de la chasse aux nazis » du gouvernement américain,
et enquêteur pour le compte du Congrès juif mondial,
prit pour cible la réputation soigneusement entretenue de «
pourchasseur de nazis » de Wiesenthal, dans un ouvrage bien
documenté : Trahison [Betrayal] [50]. A titre d'exemple, Rosenbaum
y mentionnait que « les rapports de Wiesenthal situaient Mengele
dans pratiquement tous les pays d'Amérique latine, excepté
celui où il vivait : le Brésil ! » [51]
Wiesenthal, a écrit également Rosenbaum, étiat
un « enquêteur pathétiquement inefficace »,
qui « avait été très loin au-delà
de la bouffonerie et des fausses allégations, par le passé.
» Le plus clair de son illustre carrière, jugeait Rosenbaum,
a été caractérisé par « l'incompétence
et l'arrogance ». [52]
Bruno Kreisky résuma son appréciation sur le «
chasseur de nazis » en ces termes : [53]
« L'ingénieur Wiesenthal et peu importe si je fais
erreur, sur son véritable titre me hait, car il sait
que je méprise ses activités. Le groupe Wiesenthal est
une mafia para-politique, qui travaille contre les intérêts
de l'Autriche avec des méthodes répugnantes. Wiesenthal
est connu comme quelqu'un qui n'est pas très regardant en matière
de vérité, qui n'est pas très sélectif
en matière de méthodes, et qui a recours à des
manipulations. Il prétend être le « tombeur d'Eichmann
», alors que tout le monde sait très bien que l'arrestation
d'Eichmann est le fruit du travail d'un service secret, et que Wiesenthal
s'est contenté de tirer les marrons du feu. »
La « commercialisation » de l'Holocauste
« Le Centre Wiesenthal de Los Angeles rémunère
le « chasseur de nazis » viennois à hauteur de
75 000 $ annuels pour l'utilisation de son nom », a indiqué
le directeur du centre de l'Holocauste Yad Vashem d'Israël, en
1988.
« Tant le Centre Wiesenthal que Wiesenthal en personne «
commercialisent » et banalisent l'Holocauste », a-t-il
ajouté.
Wiesenthal a « balancé à la cantonade »
le chiffre de « 11 millions d'assassinés dans l'Holocauste
- six millions de juifs et cinq millions de non-juifs », a indiqué
le responsable de Yad Vashem. Interrogé sur ce qui le fondait
à avancer ces chiffres, Wiesenthal a répondu : «
Les gentils [non-juifs, NDLR] ne feront pas attention à ce
que nous disons, si nous ne mentionnons pas aussi leurs victimes.
» Wiesenthal « a choisi le chiffre de « cinq millions
» (de gentils) parce qu'il voulait un nombre « diplomatique
», un chiffre qui suggère un grand nombre de victimes
non-juives, mais en aucun cas supérieur, ni même égal,
à celui des juifs...» [54]
« Ce que Wiesenthal et le Centre de Los Angeles qui porte son
nom font, c'est tout simplement banaliser l'Holocauste », a
commenté The Jewish Press, un hebdomadaire qui revendique le
plus fort tirage des publications (en anglais) de la communauté
juive américaine.
Ces dernières années, Wiesenthal était de plus
en plus préoccupé par l'impact du révisionnisme
de l'Holocauste. Dans « Un Message de Simon Wiesenthal »,
publié par le Centre portant son nom, il disait : « Aujourd'hui,
quand je constate la montée de l'antisémitisme, ici,
en Europe... la popularité d'un Le Pen, d'un David Duke, des
révisionnistes, je suis plus convaincu que jamais de notre
besoin de créer notre nouveau musée « Beit Hashoah
- Musée de la Tolérance » (dépendant du
Centre Wiesenthal) à Los Angeles. [55]
On a souvent demandé à Wiesenthal pourquoi il ne pardonnait
pas ceux qui ont persécuté des juifs, un demi-siècle
ayant passé. Sa réponse favorite consistait à
dire que s'il avait le droit de pardonner ce qui lui avait été
fait à lui, personnellement, il n'avait pas le droit de pardonner
au nom d'autres que lui-même. [56] Sur la base de cette logique
de sophiste, cependant, il n'avait pas plus le droit d'accuser et
de pourchasser quiconque, au nom d'autres que lui-même. Wiesenthal
n'a jamais limité sa « chasse » à ceux qui
l'avaient persécuté personnellement.
« Motivé par la haine »
Il est difficile de dire ce qui motive cet homme remarquable. Est-ce
une boulimie de célébrité et d'estime ? Ou bien,
plus simplement, ne cherche-t-il pas plutôt à se réconcilier
avec un épisode honteux de son propre passé ?
A l'évidence, Wiesenthal apprécie les gerbes de fleurs
qu'on lui jette. « C'est un homme à l'ego considérable
; il est fier des témoignages d'estime et des diplômes
honorifiques qui lui sont décerné », a écrit
le Los Angeles Times [57]. Bruno Kreisky a donné une explication
bien plus simple, disant de Wiesenthal qu'il est « motivé
par la haine ». [58]
A la lumière de ce dossier bien documenté plein de tromperies,
de mensonges et d'incompétence, on peut avancer que l'extravagante
estime accumulée sur cet homme méprisable est le reflet
navrant de la corruptilibilité vénale et de l'auto-illusion
sans principes de notre époque.
Notes
1. Cité in: M. Weber, « 'Nazi Hunter' Caught Lying,
» The Spotlight (Washington, DC), Oct. 26, 1981, p. 9.
2. Interrogatoire de S. Wiesenthal, les 27 et 28 mai 1948, dirigée
par Curt Ponger de : The Interrogation Branch of the Evidence Division
of the Office (U.S.) Chief of Counsel for War Crimes. Interrogatoire
n° 2820. Archivé aux National Archives (Washington, DC),
« Records of the U.S. Nürnberg War Crimes Trials Interrogations,
1946-49, » Record Group 238, microfilm M-1019, roll 79, frames
460-469 and 470-476. Cité également dans l'article «
New Documents Raise New Doubts About Simon Wiesenthal's War Years,
» The Journal of Historical Review, Winter 1988-89 (Vol. 8,
No. 4), pp. 489-503.
3. PCIRO (International Refugee Organization, Austria) « Application
for Assistance » « Formulaire de demande d'aide »
complétée et signée par Wiesenthal. Datée
16 janvier 1949. (Ce document faisait partie des preuves à
conviction dans le procès Walus. L'auteur de cet article en
détient une photocopie).
4. Simon Wiesenthal, The Murderers Among Us: The Simon Wiesenthal
Memoirs. Edited by Joseph Wechsberg. (New York: McGraw Hill, 1967).
Édition française : Les assassins sont parmi nous, Famot,
1978, 426 pages.
5. Interrogatoire de S. Wiesenthal, 27 mai 1948, pp. 1-2.
6. The Murderers Among Us, p. 27.
7. The Murderers Among Us, pp. 29-35. Ce récit n'est pas cohérent
avec ses déclarations faites en 1948 et 1949. Voir aussi :
Simon Wiesenthal, Justice Not Vengeance (New York: Grove Weidenfeld:
1989), pp. 7-9.
8. Interrogation of May 27, 1948, p. 2. In a signed 1945 statement,
Wiesenthal wrote: « ... I escaped on October 18, 1943, from
the Lemberg [Lvov] hard labor camp where I was kept as a prisoner
during my two years of labor at the railroad works... and went into
hiding until joining Jewish partisans on November 21, 1943, who operated
there. It was while fighting in the partisan ranks against the Nazis
that we managed to collect and bury for safekeeping considerable amount
of evidence... When the partisans were dispersed by the Germans I
fled to Lemberg on February 10, 1944, and again went into hiding.
On June 13, 1944, I was found during a house to house search and was
immediately sent to the famous Lacki camp, near that city ... »
Wiesenthal's alleged partisans activities are also recounted. Source:
« Curriculum Vitae of Ing. Wiesenthal, Szymon. » SHAEF,
Subject: War Crimes, July 6, 1945. Records of USAEUR, War Crimes Branch,
National Archives (Suitland, Maryland), Records Group 338, Box 534,
Folder 000-50-59. Les activités alléguées de
résistant, de Wiesenthal, sont également rapportées
in Alan Levy, The Wiesenthal File (Grand Rapids, Mich.: Eerdmans,
1994), pp. 50-53.
9. Interrogatoire du 28 mai 1948, 1948, pp. 1-2.
10. Interrogatoire du 28 mai, 1948, p. 5.
11. The Murderers Among Us, pp. 35-37.
12. The Murderers Among Us, pp. 37-38; Interrogatoire, 27 mai 1948,
p. 2, et 28 mai 1948, p. 5; A. Levy, The Wiesenthal File (1994), p.
54.
13. The Murderers Among Us, pp. 39-44; Interrogatoire du 27 mai 1948,
pp. 2-3.
14. Interview de journalistes étrangers, à Vienne,
le 10 novembre 1975. Texte repris : « War Wiesenthal ein Gestapo-Kollaborateur?,
» Profil (Vienna), No. 47, Nov. 18, 1975, pp. 16, 22-23; Repris
in: Robert H. Drechsler, SimonLevy, The Wiesenthal File (1994), p.
349, et in S. Wiesenthal, Justice Not Vengeance (New York: 1989),
pp. 7, 299. Kreisky n'était pas seul à accuser Wiesenthal
d'avoir collaboré avec la Gestapo allemande. Wim Van Leer,
éditorialiste du quotidien de langue anglaise Jerusalem Post,
a déclaré en mai 1986 qu'un officiel israélien
de haut rang à Vienne, citant des rapports de police confidentiels,
lui avait dit, au début des années 1960, que des accusations
de cette nature, ainsi que d'autres, à l'encontre de Wiesenthal,
étaient fondées. Source: J. Bushinsky, « Nazi
hunter sues over charges of links to Gestapo, » Chicago Sun-Times,
Jan. 31, 1987.
15. Simon Wiesenthal, KZ Mauthausen (Linz und Wien, Ibis-Verlag, 1946).
Repris en facsimilé in: Robert H. Drechsler, Simon Wiesenthal:
Dokumentation (Vienna: 1982), p. 64.
16. « Firing Squad, » Life magazine, édition américaine,
11 juin 1945, p. 50.
17. M. Weber and K. Stimely, « The Sleight-of-Hand of Simon
Wiesenthal, » The Journal of Historical Review, Printemps 1984
(Vol. 5, No. 1), pp. 120-122; D. National-Zeitung (Munich), 21 mai
1993, p. 3.
18. S. Wiesenthal, KZ Mauthausen (1946). Voir également reprise
en facsimilé in: Robert H. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation
(Vienna: 1982), pp. 42, 46. Cette « confession » est une
version quelque peu altérée du document de Nuremberg
NO-1973; une nouvelle édition de l'ouvrage de Wiesenthal publié
en 1946 est parue sous le titre Denn sie wussten, was sie tun: Zeichnungen
und Aufzeichnungen aus dem KZ Mauthausen (Vienna: F. Deuticke, 1995)
[Car ils savaient ce qu'ils faisaient : Desiins et notes du camp de
Mauthausen]. Je remercie Robert Faurisson d'avoir attiré mon
attention sur ce point. Dans un essai publié en juillet 1995,
il fait observer que Wiesenthal a fait disparaître de cette
nouvelle édition tant l'histoire de la « confession sur
un lit de mort » de Zeireis que son croquis de ses trois co-détenus
à Mauthausen.
19. D'après l'Encyclopaedia Judaica ((« Mauthausen,
», Vol. 11, p. 1138), un total général de 206
000 personnes ont été, à un moment ou un autre
de leur vie, incarcérés à Mauthausen ou dans
un de ses camps satellites (dont Hartheim).
20. S. Wiesenthal, KZ Mauthausen (1946). Repris en facsimilé
: R. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation, p. 47.
21. R. Faurisson, « The Gas Chambers: Truth or Lie?, »
The Journal of Historical Review, Winter 1981, pp. 330, 361Voir aussi
: Hans Fritzsche, The Sword in the Scales (London: 1953), p. 185;
Gerald Reitlinger, The Final Solution (London: Sphere, pb., 1971),
p. 515; M. Weber, « The Nuremberg Trials and the Holocaust,
» The Journal of Historical Review, Summer 1992 (Vol. 12, No.
2), p. 182.
22. USA Today, 21 avril 1983, p. 9A.
23. The Murderers Among Us, p. 44.
24. Evelyn Le Chene, Mauthausen: The History of a Death Camp (London:
1971), pp. 166-168 and 190-191.
25. « Mauthausen », Encyclopaedia Judaica (New York and
Jerusalem: 1971), vol. 11, p. 1138.
26. C. Moritz, ed., Current Biography 1975 (New York: H.W. Wilson,
1975), p. 442; interrogatoire Wiesenthal du 27 mai 1948, p. 3.
27. Mark Weber, « Jewish Soap, » The Journal of Historical
Review, Summer 1991 (Vol. 11, No. 2), pp. 217-227; See also: Robert
Faurisson, « La savon juif, » Annales d'Histoire Révisionniste
(Paris), N° 1, Printemps 1987, pp. 153-159.
28. Der Neue Weg (Vienna), No. 17/18, 1946, pp. 4-5. Article entitled
« RIF » by « Ing. Wiesenth. » (Simon Wiesenthal).
29. Der Neue Weg (Vienna), Nr. 19/20, 1946, pp. 14-15. Article intitulé
« Seifenfabrik Belsetz » (« Belzec Soap Factory
») [La Savonnerie de Belzec], by « Ing. S.Wiesenth. »
30. S. Wiesenthal, Sails of Hope (Macmillan, 1973).
31. Lettres de Wiesenthal in Books and Bookmen (London), April 1975,
p. 5, et in Stars and Stripes (édition européenne),
24 janvier 1993, p. 14. Facsimilé d'une lettre au Stars and
Stripes in The Journal of Historical Review, May-June 1993, p. 10;
En 1986, Wiesenthal a menti au sujet de son affirmation de 1975. Dans
une lettre datée 12 mai 1986, adressée au professeur
John George de l'université centrale d'État d'Edmond,
Oklahoma (l'auteur en détient une copie), Wiesenthal écrivait:
« Je n'ai jamais dit qu'il « n'y avait pas de camps d'extermination
sur le sol allemand ». Cette citation est fausse, je ne puis
avoir déclaré une chose telle celle-là. »
32. Par exemple, dans une lettre (datée 13 septembre 1993),
publisée par The New York Times, 29 septembre 1993, Wiesenthal
se vantait : « J'ai réussi à faire juger un certain
nombre de nazis qui avaient perpétré des crimes horribles
durant la période nazie, dont Adolf Eichmann, Franz Stangl,
Gustav Wagner ... »
33. S. Birnbaum, « Wiesenthal's Claim on Eichmann Disputed by
Former Mossad Head, » Jewish Telegraphic Agency Daily News Bulletin
(New York), 4 avril 1989. (Diffusion datée du 3 avril).
34. J. Schachter, « Wiesenthal had no role in Eichmann capture,
» The Jerusalem Post, May 18, 1991. Reprint en facsimilé
in Christian News, May 27, 1991, p. 19. Voir aussi : Ruth Sinai, «
Wiesenthal's role in Eichmann's capture disputed, »Associated
Press, The Orange County Register, Feb. 25, 1990, p. A 26; L. Lagnado,
« How Simon Wiesenthal Helped a Secret Nazi, » Forward
(New York), Sept. 24, 1993, pp. 1, 3.
35. J. Schachter, The Jerusalem Post, May 18, 1991 (op.cit.). Facsimilé
in Christian News, May 27, 1991, p. 19.
36. Arnold Forster, Square One (New York: 1988), pp. 187-189. (Forster
était un conseil de la Anti-Defamation League, une des principales
organisations sionistes).
37. J. Goldberg, « Top Spy Says Wiesenthal Lied About His Exploits,
» Forward (New York), Nov. 12, 1993, pp. 1, 4; R. Sinai, «
Wiesenthal's role..., » The Orange County Register, Feb. 25,
1990 (op.cit.).
38. Michael Arndt, « The Wrong Man, » The Chicago Tribune
Magazine, Dec. 2, 1984, pp. 15-35, esp. p. 23; Charles Ashman and
Robert J. Wagman, The Nazi Hunters (New York: Pharos Books, 1988),
pp. 193-195.
39. « The Nazi Who Never Was, » The Washington Post,
May 10, 1981, pp. B5, B8.
40. « The Persecution of Frank Walus, » Reader (Chicago),
Jan. 23, 1981, pp. 19, 30. Après que Wiesenthal avait été
confondu dans un procès similaire au Canada, le journal Toronto
Sun faisait ce commentaire dans un éditorial : « Il semble
que le matériel fourni par le chasseur professionnel de nazis
Simon Wiesenthal est faux, mais néanmoins reproduit [dans les
médias] » (Cité par M. Weber dans The Journal
of Historical Review, Spring 1984, pp. 120-122.)
41. Gerald L. Posner and John Ware, Mengele: The Complete Story (New
York: Dell, 1987), pp. 220-221; Gerald Astor, The ŒLast' Nazi:
The Life and Times of Dr. Joseph Mengele (Toronto: Paperjacks, 1986),
p. 202.
42. G. Posner and J. Ware, Mengele: The Complete Story (op.cit.),
p. 220.
43. G. Posner and J. Ware, Mengele (op.cit), pp. 179-180; G. Astor,
The ŒLast' Nazi (op.cit.), pp. 178-180.
44. Time magazine, Sept. 26, 1977, pp. 36-38. Cité dans: G.
Posner and J. Ware, Mengele (op.cit.), p. 219.
45. « Hunting the ŒAngel of Death¹, » Newsweek,
May 20, 1985, pp. 36-38. Voir aussi : M. Weber, « Lessons of
the Mengele Affair, » Journal of Historical Review, Fall 1985
(Vol. 6, No. 3), p. 382. Sur la distortion de la vérité
par Wiesenthal dans le procès Mermelstein-IHR, voir : M. Weber,
« Declaration, » Journal of Historical Review, Spring
1982 (Vol. 3, No. 1), pp. 42-43; M. Weber, « Albert Speer and
the Holocaust, »' Journal of Historical Review, Winter 1984
(Vol. 5, Nos. 2-4), p. 439.
46. Midstream, Dec. 1983, p. 24. Cité dans : G. Posner and
J. Ware, Mengele (cité plus haut), p. 219; Los Angeles Times,
Nov. 15, 1985, p. 2.
47. J. Schachter, « Wiesenthal had no role in Eichmann capture,
» The Jerusalem Post, May 18, 1991. Reprint en facsimilé
dans Christian News, May 27, 1991, p. 19.
48. Tom Bower in The Times (London), June 14, 1985, p. 14. Cité
dans : G. Posner and J. Ware, Mengele (op.cit.), pp. 222-223.
49. G. Posner and J. Ware, Mengele (op. cit.), pp. 222-223.
50. Betrayal, by Eli M. Rosenbaum, with William Hoffer. Publié
en 1993 by St. Martin's Press (New York). Note de lecture par Jacob
Heilbrunn dans le The New York Times Book Review, Oct. 10, 1993, p.
9.
51. Cité dans L. Lagnado, « How Simon Wiesenthal...,
» Forward (New York), Sept. 24, 1993, p. 3.
52. The New York Times Book Review, Oct. 10, 1993, p. 9; Forward
(New York), Sept. 24, 1993, p. 3.
53. « Was hat Wiesenthal zu verbergen?, » D. National-Zeitung
(Munich), Nov. 11, 1988, p. 4.
54. David Sinai, « News We Doubt You've Seen, » The Jewish
Press (Brooklyn, NY), Dec. 23, 1988. Basé sur un rapport du
journal israélien Ha'aretz, Dec. 16, 1988.
55. « A Message from Simon Wiesenthal, » Response: The
Wiesenthal Center World Report, Winter 1992, p. 11.
56. Charles Ashman and Robert J. Wagman, The Nazi Hunters (New York:
Pharos Books, 1988), p. 286; A. Popkin, « Nazi-Hunter Simon
Wiesenthal: ‘Information is Our Best Defense', » Washington
Jewish Week, Oct. 29, 1987, p. 2.
57. Cité dans : M. Weber, The Spotlight, Oct. 26, 1981, p.
9.
58. Cité in D. National-Zeitung (Munich), July 8, 1988, p.
7, et in R. Drechsler, Simon Wiesenthal: Dokumentation (Vienna: 1982),
p. 199. #2009
La vie de Wiesenthal : Un
exemple pour les défenseurs de la vérité en Algérie
par Abbas Aroua, 27 septembre 2005
Simon Wiesenthal s’est éteint mardi passé à
l’âge de 96 ans. Son décès survient à
un moment crucial de l’histoire récente de l’Algérie.
Une supercherie monumentale, mise en scène par le pouvoir algérien,
intitulée « paix et réconciliation nationale »,
est sur le point d’être réalisée. A cet
effet, un référendum sera organisé ce jeudi pour
valider la charte de la moukalaha et soutirer frauduleusement aux
Algériens « un faux témoignage en masse ».
Dans cette atmosphère malsaine, où beaucoup en Algérie,
y compris dans les rangs de l’opposition, applaudissent cette
falsification de l’histoire au nom de la raison, de la sagesse,
de la fraternité, du réalisme, et des intérêts
suprêmes de la nation, le décès de Wiesenthal
suscite quelques remarques.
Le sentiment d’une mission accomplie
Que l’on ait été en plein accord avec Wiesenthal
ou avoir eu de profondes divergences avec certaines de ses positions
politiques ; on ne peut cependant qu’avoir du respect pour sa
fidélité et sa constance dans l’accomplissement
de la mission qu’il s’était assignée il
y a soixante ans : traquer les criminels de guerre. « Les criminels
ne doivent jamais dormir tranquillement, » disait-il. Il aura
bien mérité les surnoms de « Chasseur de Nazis
» et de « Conscience de l’Holocauste ».
Arrêté en 1941, il est passé dans une douzaine
de camps nazis, avant d’être libéré en mai
1945 de Mauthausen par les troupes américaines ; il pesait
alors à peine 45 kilos. Ce rescapé, qui a perdu plusieurs
dizaines de membres de sa famille dans les camps, a commencé
immédiatement à travailler avec l’unité
Crimes de Guerre de l’armée américaine, puis il
a créé en 1947 à Linz, en Autriche, un centre
d'information et de documentation sur les criminels nazis, qui sera
transféré à Vienne en 1962. Pendant des années
il a travaillé en solitaire, ignoré de tous, notamment
à l’époque de la Guerre froide.
En près de 60 ans, Wiesenthal a contribué à l’arrestation
de 1100 criminels (soit en moyenne près d’une vingtaine
par année), dont quelques gros calibres comme Adolf Eichmann,
chef du département juif de la Gestapo et planificateur de
la « Solution Finale ».
Wiesenthal confiait récemment à un journaliste : «
Mon travail est fait : les meurtriers de masse que j'ai recherchés,
je les ai trouvés. Les autres sont aujourd'hui trop âgés
et trop malades pour être poursuivis en justice. »
Le devoir de mémoire pour construire demain
Wiesenthal a réussi sa mission pour deux raisons principales,
l’une braquée vers le passé et l’autre tournée
vers l’avenir. Ce sont : 1) le sens du devoir envers les victimes,
et 2) le sens du souci envers les générations futures.
Ces deux raisons sont intimement liées, comme le résume
les leitmotiv de Wiesenthal : « Le devoir de mémoire
pour construire demain » et « Vivre pour les morts, et
travailler pour les vivants ».
D’une part, pour lui, « le privilège d'avoir réchappé
des camps d'extermination impliquait un devoir » envers les
victimes qui n’ont pas eu pareille chance, ce devoir c’est
celui de ne pas oublier. « Je suis un croyant, disait-il, et
je m'imagine dans l'autre monde face à tous les juifs morts
dans les camps et je pourrai leur dire que je ne les ai pas oubliés.
»
D’autre part, pour lui, « la seule valeur d’un travail
de [plusieurs] décennies c’est qu’il constitue
un avertissement aux criminels de demain, pour leur signifier qu'ils
n'auront jamais de répit. » En outre, il était
motivé par un sens aigu de la justice. « C’est
la justice qui me guide, pas la vengeance », aimait-il à
dire. Une justice libératrice de la société car
selon lui, « il ne pourrait y avoir de liberté sans justice
». L’œuvre de Wiesenthal s’inscrivait dans
la perspective de libérer la société des horreurs
de son passé à travers la vérité et la
mémoire. « Si on oublie, si on ignore le passé,
si on falsifie ce qui est arrivé, disait-il, alors le passé
reviendra encore et encore à nous, et nous et nos descendants,
nous ne serons pas capables de bâtir un avenir humain et juste.
»
Constance, rassemblement et détachement
Par ailleurs, trois facteurs ont été déterminants
du succès de Wiesenthal dans la lutte contre l’impunité
:
1) Une constance dans l’action. Lui qui pensait « consacrer
quelques années à la justice » s’est retrouvé
plus d’un demi siècle plus tard et jusqu'à son
dernier souffle affairé à la quête de justice.
Récemment encore, et malgré son état de santé,
il travaillait sur le dossier d’un ancien médecin de
Mauthausen localisé en Espagne. Durant toute sa vie de militant,
sa détermination n’a jamais faibli, quelles que soient
les difficultés conjoncturelles et les désappointements
du moment.
2) Le rassemblement de toutes les forces. Il a œuvré à
fédérer un maximum de proches de rescapés sans
exclusive. Il a mis l’idéologie de côté
et a joué le rôle de rassembleur. Une victime de la Shoah
était pour lui une victime quel que soit son statut social,
son orientation politique ou son attachement ou non à la religion
juive. Le Centre Simon Wiesenthal, qui assume le rôle de gardien
de la mémoire de la Shoah et dont le siège principal
se trouve à Los Angeles, compte aujourd’hui 440 000 adhérents,
ce qui lui donne toute sa force.
3) Un détachement de la chose matérielle. A sa retraite
en 2003, Wiesenthal ne disposait dans son bureau vétuste de
Vienne ni de secrétaire ni d’ordinateur. Tous les fonds
récoltés allaient vers le centre qu’il avait créé.
Il n’a pas fait de sa mission, ni de la cause des victimes,
un fonds de commerce. « Il n'avait pas besoin de locaux de prestige,
de bureaux envahissants; sa force était dans sa résistance
à l'oubli, à la négation des atrocités
d'hier, » faisait remarquer Christian Laporte, journaliste à
La Libre Belgique. Lors d’un dîner de shabbat chez un
autre survivant de Mauthausen, devenu riche, son hôte lui expliquait
comme il serait devenu riche s'il était revenu à son
métier, l'architecture, au lieu de traquer les criminels de
guerre. Wiesenthal lui a répondu : « Quand nous arriverons
dans l'autre monde et que nous retrouverons les millions de juifs
qui sont morts dans les camps, ils nous demanderont 'qu'avez-vous
fait ?' 'Tu leur diras, 'je suis devenu joaillier'. Un autre dira,
'j'ai fait de la contrebande de café et de cigarettes américaines'.
Moi je dirai, 'je ne vous ai pas oubliés'. »
A quand le « Wiesenthal algérien » ?
En Algérie, la dernière soixantaine d’années
a connu de nombreux de massacres qui ont coûté au pays
des centaines de milliers de victimes, et dont certains s’apparentent
au génocide : des massacres de mai 1945 commis par les généraux
colonialistes de l’armée française à ceux
des années 90 commis par les généraux putschistes
de l’armée algérienne, en passant par les crimes
de guerre et autres crimes contre l’humanité perpétrés
durant la révolution de Novembre 54.
Jusqu’aujourd’hui, et pour tous ces crimes contre le peuple
algérien, à part quelques initiatives isolées,
aucune démarche globale sérieuse de recherche de la
vérité, d’entretien de la mémoire ou de
quête de la justice, n’a été entreprise.
S’agissant des massacres coloniaux, la France, par la voix de
son président Jacques Chirac, considère qu’«
avec Simon Wiesenthal, c'est un combattant infatigable de la justice
et du droit qui nous quitte. [Il] s'était tenu tout au long
de sa vie, triomphant de tous les obstacles avec une énergie
inlassable : pourchasser, partout dans le monde, les criminels nazis
pour les livrer à la justice. » Mais cette même
France estime, par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay,
Jean-Baptiste Mattéi, que « le travail qui est relatif
aux questions de mémoire relève de la compétence
des historiens et des chercheurs qui doivent travailler ensemble sur
ces questions en toute indépendance. » En attendant le
verdict des historiens, le parlement français actuel n’a
pas hésité, par la loi du 23 février 2005, à
vanter les bienfaits du colonialisme en Algérie.
Quant aux massacres de la décennie 1990, Monsieur Bouteflika
estime qu’il est inutile de se lancer « dans des labyrinthes
à la recherche d’une explication à l’origine
de la crise car cela équivaudrait à assimiler l’histoire
à celle de la poule et de l’œuf. […] Il appartiendra
aux historiens d’élucider cette partie de notre histoire.
» En attendant le jugement des historiens, le pouvoir algérien
se presse d’effacer toute trace des crimes contre l’humanité
: disparitions des témoins, liquidation des agents opérationnels,
destruction des archives, délocalisation des charniers, écriture
falsifiée de l’histoire etc. En outre, il insiste pour
valider par le peuple sa propre version l’histoire.
De son côté, la société algérienne
a été incapable de prendre sa mémoire collective
en charge. Ses élites politiques et intellectuelles se sont
montrées démissionnaires. Concernant les crimes commis
durant la colonisation, les rares associations constituées
pour entretenir la mémoire et établir la vérité
sur ces crimes ont échoué à leur mission, souvent
par les comportements malveillants de leurs dirigeants. L’association
Mai 1945 de Bachir Boumaza en est un exemple patent. Quant aux crimes
commis ces dernières années, il y a certes quelques
tentatives de lutte contre la falsification, l’amnésie
et l’impunité, mais elles se révèlent peu
efficaces. Il est vrai que la conjoncture internationale n’est
pas favorable à ce genre de combat, mais elle n’explique
pas tout. Lorsque les associations algériennes qui mènent
ce combat ne s’isolent pas dans des ghettos idéologiques,
elles se noient dans des problèmes de gestion.
Alors à quand le « Wiesenthal algérien »
qui, ne serait-ce que par un seul exemple, montrera que l’on
ne peut tuer des milliers d’Algériens impunément
?