Dossier
: Accusée Skandrani, levez-vous !
par Fausto Giudice, 16 mai 2004
L'auteur de ce dossier, journaliste indépendant et écrivain, est
président du Collectif guantanamo (France) et membre de l'Association
pour seul État démocratique en Palestine/Israël.
Je
prends la plume (ou plutôt le clavier) en défense
de Ginette Hess-Skandrani et pour mettre les choses au point, dans
l'espoir de mettre un terme définitif à une polémique
stérile qui nuit à la cause de la résistance
palestinienne et fait le jeu des sionistes, qui sont nos ennemis.
Cette mise au point est motivée par un courrier électronique
diffusé largement ces derniers jours par un certain Pierre
Stambul, que je ne connais pas.
Cet monsieur est un des responsables d'une curieuse organisation baptisée
: "Union Juive Française pour la Paix", qu'il définit lui-même
en ces termes : « organisation laïque, opposée à tout
communautarisme et dont les positions sont claires ». Je trouve d'emblée
pour le moins curieux qu'une organisation avec un tel nom puisse se prétendre "laïque" et "opposée à tout
communautarisme", puisque j'imagine qu'il fait être juif pour en faire
partie. Bien curieux est l'ordre des adjectifs qualifiant cette "Union pour
la paix" : "juive" d'abord et "française" ensuite. J 'aurais mieux compris
une appellation comme "Union des Français juifs pour la paix en Palestine".
Mais l'appellation de cette organisation indique bien deux choses : ces gens-là sont
juifs d'abord et français ensuite; ils se disent pour la paix, mais
n'agissent pas contre les guerres qui ensanglantent le reste de la planète,
se contenant d'intervenir sur le terrain israélo-palestinien. Le fait
qu'ils ne précisent pas dans leur appellation "en Palestine" sous-entend
automatiquement que des "Juifs français" ne peuvent se soucier que d'une
guerre, celle qui ensanglante la Palestine. Bref, tous les termes de l'appellation
de cette organisation indiquent très fortement un communautarisme acharné et
exocentré puisque israélocentré.
Pierre Stambul a donc diffusé un message électronique - un "mél
collectif" - attaquant et mettant en garde contre Ginette Hess-Skandrani en
ces termes : « Pourquoi ce mèl ? Vous venez de recevoir comme
moi un texte de Ginette Hess Skandrani. Indépendamment du contenu de
l'article sur lequel je n'ai rien à redire (sic!), l'auteur n'est pas
une "journaliste indépendante" comme elle aime à le
dire mais une négationniste qui avec Garaudy nie le génocide
nazi. Le combat pour le peuple palestinien a tout à perdre à fréquenter
des négationnistes. » [On trouvera ci-dessous le texte intégral
du mél de Stambul ainsi que le texte de Ginette Hess-Skandrani incriminé].
Je trouve ces phrases ignobles et je dis stop !
Cette attaque contre Ginette n'est pas la première. Je souhaiterais
très vivement qu'elle soit la dernière de ce genre. Je connais
Ginette depuis 15 ans et je peux certifier sur l'honneur :
1°- Qu'elle n'a jamais tenu de propos ou écrit de textes "négationnistes" ou
même "révisionnistes" concernant l'Holocauste des juifs, des Tziganes,
des handicapés mentaux, des communistes, des témoins de Jéhovah
et d'une série d'autres groupes dans les camps nazis;
2° - Qu'elle est une des plus anciennes militantes de la cause palestinienne
sur la place parisienne et même à l'échelle française
(depuis 1965);
3° - Qu'elle est non seulement une "métisse" de quadruple
ascendance - alsacienne, allemande, juive et tzigane - mais qu'elle n'a jamais
manifesté, ni oralement ni par écrit, la moindre forme d'antijudaïsme.
Ce qui est sûr, en revanche, c'est qu'elle considère que le pire
ennemi des juifs, c'est le sionisme. Et là-dessus, je ne peux qu'être
d'accord avec elle.
Remarquons enfin que le texte de Ginette était consacré non pas à la
Palestine mais aux tortures de prisonniers irakiens par les militaires yankees
et qu'Israël est cité deux seules fois dans ce texte, dans une évocation
du "bloc USA/Israël" et en conclusion, à propos des armes de destruction
massives (nucléaires) d'Israël. Et de plus, M. Stambul, qui "ne
trouve rien à redire" à ce texte, est donc de fait d'accord avec
le texte d'une "négationniste". La logique ne me semble pas être
le fort de ce monsieur.
Attaques en rafale
Les attaques contre Ginette en France ont commencé vraiment avec la
première Intifada (1987-1993) et se sont intensifiées après
la signature des Accords d'Oslo (1993) et le massacre au caveau des Patriarches
par le sioniste Baruch Goldstein. Elles sont devenues plus féroces après
le déclenchement de la seconde Intifada (2001), pour culminer en 2003.
Ces attaques ont pris toutes les formes possibles :
1° - Accusations publiques verbales ou écrites d'«antisémitisime»,
de « révisionnisme» de « négationnisme » ou
même de « fascisme », de la part d'organisations, d'individus
ou de publications [imprimées et on line] sionistes ou proches des sionistes,
notamment de gauche et d'extrême-gauche ou prétendus tels;
2° - Menaces de mort téléphoniques, postales et graves agressions
physiques;
3° - Une procédure d'exclusion du parti dont elle est un des membres
fondateurs, les Verts, procédure actuellement quelque peu ensablée.
Il faut, pour comprendre, ces attaques, faire un peu d'histoire. À commencer
par celle, personnelle, de Ginette Hess-Skandrani.
Algérie, Écologie, pacifisme, Tunisie, Palestine, Kanaky, Irak
: 40 ans de poil à gratter
Ginette, véritable poil à gratter des bien-pensants, n'est pas
née de la dernière pluie : est entrée en politique à l'âge
de 16 ans, dans son Alsace natale, où son père, résistant
communiste ayant une double origine alsacienne et badoise [le pays de Bade
fait face à l'Alsace de l'autre côté du Rhin ] lui avait
fait rencontrer des jeunes ouvriers algériens venus en "métropole" pour
suivre une formation professionnelle. Rapidement, Ginette tombe amoureuse de
la cause du peuple algérien et devient "porteuse de valises" du FLN,
c'est-à-dire qu'elle entre dans le cercle étroit des "anticolonialistes
français conséquents" (et elle est restée fondamentalement
une anticolonialiste). Cela lui vaudra un séjour en prison pour "trahison
de la patrie" colonialiste. Dès le début des années 60,
Ginette et ses amis militants clandestins du FLN en Alsace rêvaient à haute
voix: « Quand nous aurons libéré l'Algérie, nous
aiderons à la libération de la Palestine » Dès que
l'Algérie fut indépendante, Ginette, qui était française,
estimait qu'elle avait fait sa part du "boulot" et que la suite était
l'affaire du peuple algérien, pour le meilleur et pour le pire. Elle
ne devint donc pas une de ces "pieds-rouges" qui, frustrés de révolution
en France, allaient tenter de la mener en Algérie et se compromirent
dans les luttes internes de pouvoir entre clans du FLN algérien. Cela
dénote un respect pour les peuples colonisés dont Ginette ne
s'est jamais départie dans tous ses engagements. Au milieu des années
60, elles sŒengage pour la Palestine en Tunisie, où elle vit, ayant épousé un
citoyen de ce pays. Désormais, elle a "deux amours", la Tunisie et la
Palestine. Elle se fait mal voir du régime bourguibien, qui prône
une ligne très "soft" face à Israël.
Les années 70 et 80 verront Ginette, de retour en Alsace, engagée
dans les combats écologistes [contre la centrale nucléaire de
Fessenheim] et pacifistes [contre l'installation des fusées Pershing
en Allemagne]. Mais son pacifisme ne la rend pas pour autant complice des régimes
soviétique et est-allemand. Elle trouve le moyen de se faire expulser
de Berlin-Est pour y avoir déployé une banderole pacifiste. C'est
que Ginette était tout autant opposée à l'installation
de fusées soviétiques SS-20 en Allemagne de l'Est qu'à celle
des fusées US en Allemagne de l'Ouest. À Colmar, pour les élections
municipales de 1983, Ginette est à l'initiative d'une des premières
listes autonomes avec un programme détaillé écolo-pacifiste
et, disons, libertaire.
Ensuite, en 1984, elle participe, avec Antoine Waechter à la fondation
du parti des Verts, à une époque où Noël Mamère
ne s'était pas découvert écologiste et où Dominique
Voynet était inconnue au bataillon.
D'une Intifada...
En 1987, lorsqu'éclate l'Intifada en Cisjordanie et à Gaza, Ginette
s'intéresse de nouveau activement à la Palestine, parallèlement à un
soutien indéfectible à la lutte du peuple kanak pour l'indépendance
de la Nouvelle-Calédonie. Elle crée une association avec d'autres
femmes : La Pierre et l'Olivier. Ces femmes réalisent un voyage historique
en Cisjordanie et Gaza occupés en 1989, d'où elles rapporteront
beaucoup d'informations très concrètes sur la nouvelle forme
prise par la résistance palestinienne - une résistance civile
et sociale -, qu'elles publieront dans une brochure intitulée "Voyage
au coeur de l'Intifada", que les Verts cesseront rapidement de diffuser parce
que la jugeant trop radicale. Les exemplaires restants de cette brochure ont
fini dans une cave. Dans une réunion publique, Ginette s'affrontera
avec une députée verte au parlement européen, Marie-Christine
Aulas, lorsque celle-ci, qui est pied-noir d'Algérie, osera déclarer
: « Le conflit israélo-palestinien, comme la guerre d'Algérie,
est une guerre civile. »(sic !)
Attaquée chez les Verts pour son soutien jugé trop actif à l'Intifada,
Ginette s'éloigne des Verts tout en en restant membre et milite à La
Pierre et l'Olivier. Les Accords d'Oslo précipitent les choses : ils
provoquent une division non seulement parmi les organisations et dans la société palestinienne
mais dans l'ensemble des mouvements de solidarité avec la Palestine.
En gros, la gauche et l'extrême-gauche institutionnelles sont "pour" Oslo" et
la ligne Arafat, l'extrême-gauche radicale, les "islamistes" et beaucoup
de militants indépendants (les "électrons libres") sont "contre "Oslo".
Ginette se retrouve contre "Oslo", dans lequel elle ne voit qu'une tentative
sioniste de mettre fin à l'Intifada et de pérenniser l'entité sioniste.
Les attaques contre les "islamistes" et leurs amis occidentaux comme Ginette
se déchaînent tous azimuts. À Paris, ils aboutissent à des
scènes incroyables : le 5 mars 1994, une manifestation contre le massacre
du Caveau des Patriarches par Baruch Goldstein est interdite par la Préfecture
de Police à la demande insistante ... du MRAP, qui avait mis en garde
les autorités contre cette manifestation "islamiste". 400 personnes,
presque tous des Musulmans plus Ginette, sont interpellées place de
la République et embarquées au commissariat du 3ème arrondissement.
On est en plein Ramadan. Au moment de la prière, les Musulmans se mettent à prier.
les policiers entrent alors dans la salle où ils sont détenus
et les aspergent de gaz lacrymogènes ! Merci, Monsieur Aounit ! Et "Dieu
sait" que Ginette vous a souvent reproché d'avoir fait alliance avec
Charles Pasqua pour contrer des militant/es sincères de la cause palestinienne
afin de faire interdire cette manifestation!
11 ans après les Accords d'Oslo, qui sont morts et enterrés,
l'histoire a donné raison à ceux qui, comme Ginette, les critiquaient,
non pour des raisons idéologiques ou morales mais pour des raisons de
bons sens : ils n'étaient pas viables et étaient "caduques" dès
leur signature. Cette page est tournée.
...à l'autre
Arrive la deuxième Intifada en septembre 2001. Le fer de lance de cette
Intifada sont les organisations musulmanes, principalement le Hamas. Le FPLP,
que Ginette soutenait activement à l'époque de son apothéose,
dans les années 70 - Georges Habbache l'avait même nommée
membre d'honneur de cette organisation marxiste, ce que Ginette n'a jamais été, étant
plutôt libertaire - est devenu très minoritaire et beaucoup de
ses militants sont passés au Hamas. Ginette soutient la résistance
dans son intégralité et donc le Hamas et le Jihad islamique aussi,
comme auparavant elle avait soutenu le Fatah et le FPLP. Si le peuple palestinien
suit des organisations musulmanes, c'est son choix et il a de bonnes raisons
pour cela. Ginette considère qu'elle n'a pas à trier dans la
résistance d'un peuple auquel elle n'appartient pas. Ce n'est pas à elle
de décerner des certificats de bonne conduite "laïque" et de mauvaise
conduite "islamiste". Cela a été sa position dans tous les combats
de solidarité qu'elle a engagés tout au long de sa vie, et notamment
dans les années 70, 80 et 90 avec les peuples algérien et tunisien.
Ces deux peuples ont tenté d'inventer des organisations de résistance
qui se sont trouvées être "islamistes". Ginette les aurait tout
autant soutenus contre leurs dictatures respectives s'ils avaient choisi de
se doter d'organisations communistes ou baathistes. Mais ça n'a pas été le
cas. Ce qui distingue Ginette de grand nombre de militants politiques français,
surtout de gauche et d'extrême-gauche -, c'est qu'elle ne projette jamais
ses fantasmes sur des peuples étrangers et ne tente pas de plaquer des
schémas tout faits sur leurs combats, qui, chacun, répondent à des
spécificités dues à l'histoire nationale, à la
civilisation dans laquelle ils baignent. Elle est l'idéal-type de la
solidarité non pas idéologique [je soutiens uniquement les Palestiniens,
ou les Algériens, ou les Tunisiens qui sont de mon obédience
: trotskystes, ou communistes, ou anarchistes, ou écologistes, mais
jamais baathistes ou islamistes, parce qu'ils ne pensent pas comme moi] mais
d'une solidarité qu'on pourrait qualifier "de peuple à peuple",
du type de celle apportée par les meilleurs citoyens US au peuple vietnamien.
La montée en puissance de la résistance populaire à partir
de 2001 a créé un malaise et même une panique incommensurables
dans la gauche et l'extrême-gauche institutionnelles françaises,
Verts compris. Au nom de la laïcité républicaine, on s'est
accrochés à la Mouqata et à Abou Ammar (Yasser Arafat)
comme des noyés à une bouée. Parallèlement, on
a tout fait pour exclure les Musulmans et les Musulmanes du mouvement de solidarité avec
la Résistance et l'Intifada. Ginette a participé à plusieurs
initiatives et a même lancé quelques-unes, qui visaient à permettre à tout
un chacun, Musulmanes voilées, Musulmans barbus et jeunes banlieusards
compris, d'exprimer publiquement leur solidarité avec l'Intifada et
avec l'ensemble de la résistance palestinienne, représentée
par le Front des forces patriotiques et islamiques regroupant 14 organisations,
des communistes (Parti du peuple) aux islamistes du Jihad islamique, en passant
par Hamas, le Fatah, le FPLP, le FDLP et 8 autres organisations moins importantes
et donc moins connues. Ces initiatives ont résulté en 2002 et
2003 en plusieurs manifestations "non-conformes" de grande ampleur à Paris,
Strasbourg et Marseille, et auxquelles l'Union juive française pour
la paix, contrairement à ce que prétend M. Stambul, s'est bien
gardé de participer. Et c'est cela que les sionistes et tous leurs amis
avoués ou secrets ne lui pardonnent pas. D'où le déluge
de calomnies et d'accusations infamantes ou surréalistes, que rien,
absolument rien - pas l'ombre d'une preuve - n'est venu étayer.
Ajoutons à cela ce dernier point : s'étant rendu compte que les
menaces proférées contre l'Irak s'inscrivaient dans un contexte
plus large de mise sous orbite coloniale de l'ensemble du Moyen-Orient, Ginette
s'est aussi engagée contre les guerres de 1991 et 2003 , pour la levée
de l'embargo imposé à ce peuple, et le soutien au peuple irakien
dans toutes ses composantes, tout en critiquant le parti unique et en espérant
un changement démocratique initié par les Irakiens sans intervention
extérieure. De quoi lui valoir d'autres attaques, convergentes avec
celles évoquées plus haut.
Une accusation mensongère
Et nous voici revenus à Pierre Stambul et son accusation grotesque :
où, quand et comment Ginette Hess-Skandrani a-t-elle été une "négationniste" de
l'Holocauste des juifs par les nazis ? Elle a en effet assisté au procès
intenté en 1998 à Roger Garaudy pour son ouvrage "Les mythes
fondateurs de la politique israélienne" et a écrit des comptes-rendus
de ce procès. Au cours du procès, elle a été victime
avec d'autres spectateurs du procès d'une attaque physique très
violente de la part de cogneurs sionistes, qui ont tenté de l'étrangler
avec son keffieh, et cela dans l'enceinte du Palais de justice, où les
gendarmes avaient laissé pénétrer le groupe étoffé de
sionistes avec leurs casques de moto, qui sont leur arme préférée
lors de leurs raids "militants" antipalestiniens. Le procès contre un
des agresseurs, identifié par les enquêteurs, qui a suivi le dépôt
de plainte de Ginette a tourné en eau de boudin, comme la plupart des
enquêtes sur les agissements des groupes paramilitaires sionistes sévissant
en France. Ginette, qui défendait le droit à la libre _expression
de Roger Garaudy et estimait qu'un tribunal n'est pas le lieu approprié pour
polémiquer sur des faits historiques, est-elle pour autant une "négationniste" ?
C'est un peu fort de café que de prétendre cela, au pays de Voltaire,
qui affirmait qu'il se battrait pour le droit d'_expression, non pas de ses
amis, mais de ses adversaires ! C'est cela un des ressorts de la démocratie,
ou alors je n'ai rien compris à la démocratie.
Un seul État pour tous
Dernier point de ma plaidoirie : j'informe nos amis juifs que Ginette est membre,
tout comme moi et 500 autres personnes, dont d'éminents citoyens israéliens
et palestiniens, de l'Association pour un seul État démocratique
en Palestine/Israël. Cette association, créée en avril 2003
par le juriste suisse d'origine palestinienne, Sami Aldeeb, organise, du 23
au 25 juin une conférence internationale qui lancera "l'initiative de
Lausanne" en faveur d'un seul État, démocratique et séculier,
sur toute la terre de la Palestine historique, où tous auraient les
mêmes droits et devoirs. Un État sans murs de séparation
dont le principe de base serait : "Un homme, une femme, une voix" [tous les
renseignements sur le site de l'association : http://www.one-democratic-state.org/]
C'est, croyons-nous, la seule "utopie réaliste". l'histoire récente
démontre heure après heure, jour après jour, semaine après
semaine, que la fiction des deux États, l'un pour "tous les juifs",
l'autre pour certains Palestiniens, est désormais une pure chimère
pour gogos mal informés.
Ennemis, amis et ...adversaires
Une dernière remarque : contrairement à Pierre Stambul, je pense
que "les ennemis de mes ennemis sont mes amis". Cela relève du B-A-BA
de tout combat politique. Je ne le considère pas comme mon ennemi pour
la simple raison qu'il a attaqué une amie. Je lui concède le
droit à l'erreur et exige de lui qu'il s'acquitte du devoir de rectification.
Mais s'il persiste à considérer Ginette comme une "ennemie",
j'en ferai autant pour lui et pour son organisation. En effet, "les ennemis
de mes amis sont mes ennemis". Concluons simplement qu'un autre principe de
la vie démocratique est celui de la distinction entre ennemis et adversaires.
Peut-être cette distinction est-elle trop subtile pour M. Stambul. Et
peut-être qu'en fin de compte lui et ses amis "juifs français" estiment-ils
qu'ils sont en guerre sur le sol français. À ma connaissance,
les seuls à penser cela et à agir en conséquence sont
les sionistes israéliens et français, ces derniers étant
dotés de la double nationalité et effectuant des périodes
de service actif dans l'armée sioniste. Pour ma part, je ne crois pas
que Paris et Marseille puissent être comparés à Rafah ou
Naplouse. Là-bas, c'est en effet la guerre. Mais ici, jusqu'à présent
du moins, c'est un combat. Il y a là une petite différence.
Mais peut-être, après tout, M. Stambul est-il tout simplement
un sioniste.
On lira ci-dessous 3 documents :
1 - le texte de Ginette Hess-Skandrani qui a déclenché l'attaque
de Pierre Stambul;
2 - le "mél collectif" de Pierre Stambul;
3 - une réponse de Ginette Hess-Skandrani.
1
- La barbarie c'est le colonialisme, la torture n'est qu'un de
ses avatars.
par Ginette Hess Skandrani, 10 mai 2004
En regardant les différentes chaînes de télé, en
parcourant les journaux, je vois les gros titres : tortures, viols, asphyxies,
brûlures, sévices commis par les troupes US dans cette fameuse
prison d'Abou Ghraïb. Après la publication des photos, les témoignages
des anciens prisonniers y compris ceux des Anglais dignes compères des
Américains, qui peut encore prétendre aujourd'hui que la colonisation
de l'Irak est un bienfait pour les populations ?
Qui peut encore prétendre que l'Irak a été libéré ?
Est-ce la manière US d'exporter et d'imposer la démocratie occidentale
?
Ces tortures ne sont que l'aboutissement de la barbarie que représente
l'envahissement d'un pays que la communauté internationale n'a pas pu
ou pas voulu empêcher.
Libérer l'Irak, débarrasser le peuple de Saddam Hussein, amener
les bienfaits du modernisme, convaincre les Irakiens qu'ils étaient
malheureux et qu'ils pouvaient profiter des mannes américaines, n'était
qu'un des prétextes, après ces fameuses armes de destruction
introuvables, afin d'imposer leur hégémonie sur le monde Arabo-musulman
et mettre toute la région sous leurs bottes impériales, avec
l'aide du caniche anglais.
L'usage de la torture est un signe de faiblesse face à la résistance
et discrédite toujours ceux qui la pratiquent.
Les troupes d'occupation ont eu le feu vert, étant en pays conquis,
de se comporter en vainqueur, afin d'écraser les populations présentes,
comme l'ont fait les troupes françaises en Algérie.
La dénonciation, il y a plus de 45 ans, des tortures et de toutes sortes
de sévices commis par les troupes d'occupation françaises par
le général de Bollardière, Henri
Allègre, Vidal- Naquet et bien d'autres encore, ont fait prendre conscience
de l'horreur de l'occupation et précipité l'indépendance
de l'Algérie.
Nous savons tous que les tortures, les sévices, les humiliations, les
attitudes avilissantes et bestiales ont de tout temps accompagné le
colonialisme, en Algérie, au Chili, en Palestine, en Tchétchénie,
en Afghanistan ou ailleurs, surtout si les populations osent s'élever
contre la répression et l'arrogance des vainqueurs.
Espérons que le peuple américain prendra conscience de la barbarie
pratiquée par ses dirigeants en son nom, certaines de leurs médias
ayant eu le courage de dénoncer ces pratiques ignobles, c'est au peuple
US, berné par ses dirigeants de relever le défi et dire non à la
colonisation de l'Irak.
Le peuple irakien que nous admirons tous pour son courage et sa détermination à vouloir
regagner son indépendance aura été et continue à être
victime de la frénésie conquérante de l'impérialisme
US et alliés.
Ses ressources pétrolières et sa position stratégique
dans un Moyen-Orient déstabilisé par le bloc US/Israël ont été une
des causes de son malheur.
Treize années d'un embargo inique, deux guerres criminelles, des millions
de morts et de blessés, des milliers d'irradiés par l'utilisation
d'armes à uranium appauvri, des dizaines de milliers de sans -abris,
des milliers de prisonniers, des centaines de routes interdites à la
circulation, une agriculture et une production en ruine, des villes et villages
cernés et coupés du monde, n'ont pas eu raison de la résistance
irakienne.
Les insurgés de Falloujah, les partisans de Moqtada Sadr, ainsi que
bien d'autres résistants montrent bien que les troupes d'occupation
doivent quitter le pays en emmenant leurs collabos et en laissant les Irakiens,
toutes tendances confondues, reconstruire leur pays.
Les dégâts de cette folie Bushienne et Blairiste sont énormes
et scandaleux. Qui paiera les réparations ? Les deux compères
devraient être jugés devant un tribunal
international pour leurs mensonges et leur acharnement criminel à poursuivre
cette guerre contre un petit peuple.
S'ils veulent continuer à chercher les armes de destruction massives,
le prétexte inventé à cet envahissement criminel, ils
pourront toujours continuer la recherche plus au Sud : en Israël, là où ces
armes sont bien présentes, au vu et au su de toute la communauté internationale.
2
- Le "mél" de Pierre Stambul (reproduit textuellement avec
ses erreurs; les remarques de F. Giudice sont entre crochets) :
Et merde ! Ça fait deux fois que je dois écrire ce genre de mèl
mais tant pis. Il y a parmi les destinataires de ce mèl collectif suffisamment
de gens qui me connaissent et que je considère comme des amis et des
gens honnêtes. Ils doivent être avertis.
Je m'appelle Pierre Stambul. Je suis un des vice-présidents de l'Union
Juive Française pour la Paix, organisation laïque, opposée à tout
communautarisme et dont les positions sont claires.
Nous sommes pour l'évacuation de tous les territoires occupés
par Israël en 1967, pour le démantèlement de toutes les
colonies, pour une paix fondée sur la justice et l'égalité des
droits. L'UJFP a participé à toutes les manifestations contre
l'occupation [c'est faux et la liste de celles auxquelles l'UJFP ne participait
pas serait trop longue à dresser, FG], contre tous les crimes commis
par les gouvernements israéliens (dont récemment les assassinats
de Yacine et Rantissi), contre la guerre impérialiste en Irak.
Je sors moi-même d'une conférence de presse avec toutes les associations
de Marseille qui soutiennent le peuple palestinien contre le "gala de
l'association pour le bien-être du soldat israélien" qui
est prévu à Marseille le 16 mai et contre lequel nous appelons à manifester.
Pourquoi ce mèl ?
Vous venez de recevoir comme moi un texte de Ginette Hess Skandrani. Indépendamment
du contenu de l'article sur lequel je n'ai rien à redire [sic et resic
! FG], l'auteur n'est pas une "journaliste indépendante" comme
elle aime à le dire mais une négationniste qui avec Garaudy nie
le génocide nazi. Le combat pour le peuple palestinien a tout à perdre à fréquenter
des négationnistes. Les dirigeants et les combattants palestiniens l'ont
compris depuis longtemps, je renvoie à la position courageuse d'Elias
Sanbas [il veut dire Sanbar, FG], Mahmoud Darwish et Edward Saïd (encore
vivant à ce moment) contre un colloque négationniste que Garaudy
voulait faire à Beyrouth [remarque de FG : aucune de ces 3 personnes,
aussi estimables soient-elles, n'est un "dirigeant" ou un "combattant" palestinien].
Les ennemis de mes ennemis ne sont [pas] nécessairement mes amis et
ceux qui pensent le contraire se trompent.
3
- Une réponse de Ginette Hess-Skandrani
Je ne voulais pas faire de réponse collective, Mais, comme beaucoup
d'entre vous ne comprennent pas que je me laisse traiter de négationniste
alors que je n'ai jamais nié aucun génocide, surtout celui des
tziganes et des juifs sous le nazisme. Il m'a fallu concocter une petite réponse,
un peu courte alors que ce débat mérite beaucoup plus d'attention.
Le fait de me traiter de négationniste prouve bien la faiblesse, sinon
la lâcheté du personnage. Il se passe des choses atroces actuellement
et certains se gargarisent avec des âneries racontées par ceux
et celles que mes positions "pour la décolonisation de toute la
Palestine et la création d'un seul État pour tous ceux qui aiment
cette terre", impliquant évidemment le retour de tous les réfugiés
palestiniens, dérangent depuis très longtemps. Je n'ai jamais
varié (voir tous mes écrits le prouvent largement) sur ces principes.
J'ai toujours défendu un État multi-ethnique, pluriel et multi-culturel
en Palestine, comme je défends la France plurielle et colorée.
Et, quelle est cette maladie actuelle de toujours tourner nos regards vers
le passé ? Le devoir de mémoire est indispensable, surtout pour éviter
que des crimes contre l'humanité ne se reproduisent. Mais il peut aussi
devenir un facteur de division, en focalisant sur un seul groupe humain (les
Tziganes n'ont jamais eu droit à des monuments ou des réparations
et sont toujours pourchassés et jetés de partout) La lutte contre
l'antisémitisme ne peut être coupée de celle contre le
racisme et le sionisme et doit s'inscrire dans un véritable projet de
société . Actuellement et en direct, sous nos yeux, se passent
d'autres génocides et ceux-là nous pouvons encore les freiner.
car nous ne pourrons dire plus tard (trop tard) que nous ne savions pas. Nous
devons nous mobiliser pour empêcher l'extermination des Palestiniens
et des Irakiens. Ginette Hess Skandrani, 14 mai 2004
La
justice déboute deux associations qui accusaient Edgar Morin
d'antisémitisme Le sociologue avait publié une tribune
dans "Le Monde" sur le conflit palestinien, qui ne dépasse
pas, pour le tribunal, le cadre d'une " polémique".
Le tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine) a débouté,
mercredi 12 mai, les associations Avocats sans frontières
et France-Israël, qui avaient engagé des poursuites
pour "diffamation à caractère racial" et "apologie
des actes de terrorisme" contre le sociologue Edgar Morin,
le député européen Sami Naïr et l'écrivaine
Danièle Sallenave, cosignataires d'une tribune publiée
le 4 juin 2002 dans Le Monde et consacrée au conflit israélo-palestinien.
Une centaine d'intellectuels avaient dénoncé "l'accusation
doublement scandaleuse" dont était victime Edgar Morin
(Le Monde du 30 mars). Le tribunal a condamné les associations à payer
2 000 euros à Danièle Sallenave, la même somme à Edgar
Morin, ainsi que 2 000 euros conjointement à Sami Naïr
et Jean-Marie Colombani, directeur de la publication du Monde.
Les propos poursuivis "ne peuvent être appréciés
isolément de la réflexion globale à laquelle
procèdent les auteurs", relève d'abord la première
chambre du tribunal. Or, dans l'article, "les auteurs prennent
position sur le conflit israélo-palestinien qui constitue
l'un des débats les plus sensibles au sein de la communauté internationale".
Ils dénoncent ensuite "une radicalisation des positions
répressives d'Israël dans un conflit compromettant,
d'après eux, ses chances de survie et entendent tracer les
perspectives d'une solution de paix globale en mobilisant l'idée
française de citoyenneté comme pouvoir de fraternisation
entre musulmans et juifs, ainsi que celle d'un accord comportant
une garantie internationale".
"Dialectique
du dominant" " Réagissant à la politique
militaire du gouvernement israélien qu'ils qualifient de
suicidaire, et considérant que dans la "dialectique
du dominant sur le colonisé" Israël est dans une
impasse, les trois auteurs s'interrogent sur le lien entre les
fondements historiques de cet Etat et la politique du gouvernement
actuel d'Israël". En termes, certes, "particulièrement
incisifs et virulents", l'article " critique précisément
la politique conduite par Ariel Sharon à l'égard
du peuple palestinien à partir de la vision unilatérale
que donne, selon les auteurs, "la conscience d'avoir été victime"",
estime le tribunal. Les auteurs, qui exceptent "une admirable
minorité", visent "la politique d'Israël,
sans stigmatiser pour autant la communauté juive dans son
ensemble". Au total, les deux passages poursuivis "s'insèrent
dans un texte porteur d'un message politique, estime le tribunal,
livrant les analyses et réactions propres des auteurs devant
une situation qui suscite légitimement de vifs débats" et "ne
peuvent être tenus pour diffamatoires". " Les propos
poursuivis ne peuvent, conclut le tribunal, être perçus
autrement que comme une polémique portant sur la politique
menée par le gouvernement actuel d'Israël contre les
Palestiniens et n'imputent aucun fait précis attentatoire à l'honneur
et à la considération de la communauté juive
dans sa globalité à raison de son appartenance à une
nation ou à une religion". Source : Le Monde, Paris,
14 mai 2004.
Commentaire
sur l'affaire Stamboul/Skandrani
par Chérif Boudelal, Avignon, 22 mai 2004
Merci à Fausto Giudice d'avoir apporté cet éclairage sur
la personnalité de Ginette Skandrani et sur ses engagements politiques
aux côtés des peuples opprimés. Parfois on a des préjugés
parce qu'on ne connaît pas le fonds de la pensée ou l'histoire de
quelqu'un, mais on le juge sur les apparences. C'est ce que (peut-être)
Monsieur Stamboul a fait. Il l'aurait fait pour la seule raison que celle-ci
a défendu la liberté d'_expression de ceux, comme Garaudy, qui
n'ont pas une pensée unique que certains aimeraient bien qu'ils aient.
Et je partage avec elle tout à fait cet avis, car, même si on est
opposé aux thèses de ceux qui ne pensent pas comme la masse des
gens, il faut leur accorder le droit de s'exprimer, quitte à leur répondre
ensuite. La meilleure démocratie, à mon sens, est celle qui permet
le débat contradictoire à tous les citoyens, sans aucune exception.
Ceux qui croient détenir la vérité n'ont qu'à prouver
leur bon sens par des arguments, et non par des insultes ou des interdits. S'ils
s'opposent à leurs contradicteurs de s'exprimer c'est qu'ils cachent des
choses à l'opinion.
Quant à moi, je ne pense pas que Garaudy, Israël Shamir ou Finkelstein,
qui s'affichent publiquement comme antisionistes, soient moins démocrates
que Henri-Lévy, Finkielkraut ou Cukierman, qui s'affichent, quant à eux,
comme sionistes et soutiennent la politique de Sharon qui ne diffère pas
de grand-chose d'Hitler.
Merci de ne pas avoir fermé la porte au dialogue avec l'auteur de ces
accusations, car nous avons tous des qualités et des défauts; c'est
en discutant et en se respectant que nous pouvons convaincre. Oui, il faut faire
la différence entre ennemis et adversaires. Avec l'ennemi on négocie
en fonction des rapports de force que l'on a, et donc en faisant des concessions.
Mais avec l'adversaire on peut discuter et se convaincre en utilisant plutôt
la rationalité et le bon sens.
JŒavais l'intention moi-même de demander des éclaircissement à P.
Stamboul sur le motif de ses accusations envers Ginette, que je n'ai rencontrée
qu'une fois, mais je connais ses engagements politiques à travers la correspondance électronique.
Je ne connais pas bien non plus Stamboul, que je n'ai rencontré qu'une
fois aussi lors d'une table-ronde que le "Collectif Paix Comme Palestine" avait
organisée autour du conflit palestino-israélien. C'était
en avril 2003, en Avignon.
Par cette même occasion, je demande donc à P. Stamboul de s'expliquer
clairement sur cette affaire, de nous livrer le fondement de ses accusations,
le cas échéant. Et s'il se trompe, il doit demander des excuses à celle
qu'il a accusée à tort. Cela serait la moindre des choses pour
quelqu'un qui se dit démocrate, respectueux de la différence et
militant pour la même cause que la personne incriminée, c'est-à-dire
pour la paix.