Palestine
Comment
Souha Arafat a-t-elle amassé tous ces millions ?
Par Khalid AMAYREH, 17 août 2007. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Selon
plusieurs sources d’ information, Souha Arafat, la veuve du défunt
président palestinien Yasser Arafat, a retiré l’équivalent de plusieurs
dizaines de millions des dollars investis en Tunisie,ce qui a incité les autorités tunisiennes à la priver de sa nationalité tunisienne.
Plusieurs agences de presse
ont rapporté cette semaine que les investissements
de Souha en Tunisie étaient
estimés aux alentours de 40 millions de $.
Des sources bien informées à Ramallah
ont laissé entendre que Souha Arafat avait hérité de plusieurs centaines
de millions de dollars déposés au nom de son défunt mari dans plusieurs
banques européennes. La majeure partie de l'argent est censée avoir
appartenu à l'Organisation de libération de la Palestine (OLP).
L’auteur de ces lignes a cherché à évoquer ce sujet avec plusieurs
responsables palestiniens à Ramallah.
Les fonctionnaires ont accepté de parler plutôt à contre-coeur
et seulement de manière anonyme, vu le caractère sensible de
l’affaire.
J'ai
parlé à un fonctionnaire vétéran à Ramallah, dont on m'a dit qu’il
est responsable du traitement des affaires de corruption administrative
et financière.
L'homme n’a pas requis l'anonymat, mais j'ai choisi de ne pas mentionner
son nom de peur qu'il ne soit physiquement atteint ou licencié de
son poste par les gourous de la corruption.
M.A. (ses initiales) a indiqué qu'il était bien au fait du dossier et qu’il aimerait bien voir des « vrais
journalistes le creuser » pour trouver la vérité.
« Vous savez, et moi aussi je sais, qu’il s’agit de l’argent
du peuple palestinien. Ces millions n’appartenaient pas à Yasser Arafat,
ils appartiennent au peuple palestinien. En outre, le fait que
ces millions ont été détournés ou appropriés il y a quatre ou cinq
ans ne signifie pas que la situation soit désespérée ou qu’il soit
trop tard pour remettre les choses à leur place.
D’autre part, nous ne pouvons pas poursuivre Souha Arafat ou qui que
ce soit d’autre sur la base de simples rumeurs et de rapports infondés. »
M.A. a indiqué que le premier coupable dans cette affaire est
le Conseil législatif palestinien, dont il
dit qu’il aurait du mettre le sujet en tête de son ordre du
jour dès le début.
« Je ne sais pas pourquoi ils n’ont pas discuté de cette question.
Je pense que le fait de ne pas discuter de ce point primordial
relève de la rupture du pacte de confiance et de la trahison
du peuple. »
J' ai confronté Hassan Kreisheh, speaker-adjoint du Conseil
législatif palestinien, avec ces accusations sérieuses et lui
ai demandé ce qu'il savait des millions allégués de Souha Arafat.
Kreisheh, parlant avec précaution et circonspection, a indiqué le
Conseil législatif n’avait pas ouvert d’enquête sur la fortune de
Souha Arafat, parce que « nous n’avons pas de preuves
crédibles justifiant l’ouverture d’une enquête ».
J'ai demandé à ce vétéran du parlement, qui en 2003 a dirigé l’enquête sur
le fameux scandale du ciment, s'il connaissait le destin des comptes
et des investissements secrets de l’OLP en Palestine et à l'étranger.
Khreisheh m’a répondu qu’il n’en savait pas grand-chose et que le
peu qu’il savait venait des médias.
À la question s'il pensait que le gouvernement palestinien devrait
chercher à obtenir des informations des gouvernements étrangers, y
compris tunisien, sur les détails des comptes bancaires appartenant
à la veuve d'Arafat, Khreisheh a répondu : « c’est l’affaire
du gouvernement, pas la nôtre ».
À la question s'il ferait pression sur le gouvernement palestinien
pour qu’il demande aux gouvernements étrangers des informations sur
les affaires financières de Souha Arafat, Khreisheh a cherché à éluder
la question, disant que « cela relève plus du judiciaire
que du législatif et la balle est dans le camp des médias pour produire
des preuves concrètes contre Souha Arafat ».
Suha faisant la bise à Hillary
Deux
cents millions de dollars
Très
peu de gens étaient au courant des actifs financiers de Yasser
Arafat de son vivant L’un d’eux était Muhammed Rashid, le conseiller
économique du défunt leader palestinien, qui vit maintenant au Caire.
Rashid a toujours refusé de donner des détails sur les comptes bancaires
secrets d'Arafat et d'autres ressources, disant qu’ il rapporterait
seulement à l'Autorité palestinienne.
Selon un rapport d’Al Jazeera il y a quelques années, Arafat avait
laissé par testament une partie de sa fortune à son épouse et à leur
fille, Zahwa. Mais selon d’autres sources, Arafat n’a laissé aucun
testament, laissant la majeure partie de sa fortune dans les
mains de Rashid et de Souha. Cependant, on ignore si Rashid n’en a
fait qu’à sa tête avec l'empire financier d'Arafat, ou s'il a tranquillement
« arrangé les choses » avec Souha après la mort d'Arafat.
Au moment de sa mort, les avoirs d'Arafat ont été estimés à $200 millions
par le magazine Forbes. Forbes l'a placé au neuvième
rang des chefs d'État les plus riches du monde, quoiqu'il ait été un
dirigeant sans pays et qu’une grande partie de son peuple ait souffert
– et souffre encore – de la plus grande pauvreté. D'autres sources,
dont la CIA, ont estimé la fortune d'Arafat à 6 milliards
de $, un chiffre exagéré selon plusieurs personnages
de l'OLP auxquels j'ai parlé.
Souha Tawil, de 30 ans plus jeune qu'Arafat, a épousé le chef
de l'OLP en 1992 en Tunisie où elle travaillait au siège de l'OLP
à Tunis. Souha est revenue avec Arafat à Gaza et le couple a habité
alternativement à Gaza et Ramallah. Cependant, en 2001, elle a emmené
leur enfant, Zahwa, à Paris, où elles ont continué à vivre jusqu'en
2005, quand elles se sont installées à Tunis.
Souha a vécu une vie somptueuse et luxueuse dans la capitale française
où on l'a dit que l'argent qu'elle dépensait chaque mois aurait couvert
les besoins de base de cinq mille réfugiés palestiniens dans un endroit
comme Jabalya dans la bande de Gaza.
En 2004, les autorités françaises ont commencé à enquêter sur
le transfert de 11.5 millions de $ à partir des comptes bancaires
suisses sur des comptes en France détenus par Souha Arafat.
Souha a alors fustigé les autorités françaises pour avoir ordonné
cette enquête.
« Qu’y a-t-il de si étrange à ce que le président palestinien
envoie de l’argent à sa famille et à son épouse, qui protège les intérêts
palestiniens à l'étranger ! Et l'argent est arrivé et arrivera par
des voies légales », a déclaré
Souha au quotidien arabe de Londres Al Hayat, financé
par les Saoudiens.
Après
la mort d'Arafat en novembre, 2004, souhaitant régler « le problème »
en toute quiétude, les chefs de l’Autorité palestinienne, c’est-à-dire
du Fatah, auraient passé un accord avec
Souha, au terme duquel elle acceptait de recevoir une
grande quantité de la fortune d'Arafat ainsi qu’une allocation mensuelle de plusieurs dizaines de milliers de dollars
pour le reste de sa vie, en échange de quoi elle fermerait sa gueule.
Alors que les détails exacts de la fortune actuelle de Souha
ne sont toujours pas connus, il est très probable que la majeure
partie de ses avoirs proviennent de sommes ayant appartenu au
peuple palestinien. Souha n’était pas connue pour être une femme
d'affaires et elle n’est pas issue d'une famille particulièrement
riche. Sa mère, Raymonda Tawil a édité un magazine hebdomadaire
à Jérusalem-Est, appelé Al Awda, qui a été financé par l’ OLP.
Et elle a hérité très de peu d’argent de son père.
Alors, comment a-t-elle amassé toute cette richesse, toutes ces centaines
de millions de dollars ?
En bon français, il semble bien qu’il s’agisse purement et simplement
d’un vol de grande envergure. Je sais qu'un suspect est innocent
jusqu'à ce que sa culpabilité ait été prouvée. Mais dans ce cas, la
culpabilité est criante. Les gens ne font pas des centaines de millions
aussi facilement et rapidement.
Sans compter que les sommes détenues sur les comptes bancaires
de Yasser Arafat, secrets ou autres, ne lui
appartenaient pas à lui personnellement mais au peuple palestinien.
En outre, le défunt chef palestinien, avec tout le respect dû
à sa lutte pour la liberté et l’État palestinien, n’avait aucun
droit de laisser des centaines ou des dizaines de millions de
dollars à son épouse et fille. Ces millions n'étaient pas à
lui mais au peuple.
Par conséquent, il est impératif que la société palestinienne s’empare
de la question et exerce une pression significative sur le gouvernement
pour qu’il ordonne immédiatement une enquête exhaustive sur les
finances de Souha Arafat.
Le peuple de Palestine a le droit de savoir d'où vient chaque centime
des millions de Souha, et si une véritable enquête est effectuée et
met en évidence des preuves permettant
son incrimination, l’Autorité palestinienne devra demander son extradition,
de sorte qu'elle puisse répondre devant la justice pour corruption
et détournement de l'argent du peuple palestinien.
C'est un cas-test non seulement pour la détermination palestinienne
à combattre la corruption, mais également pour le sérieux de notre
recherche d'indépendance et d’État.
Après tout, des politiciens corrompus qui couvrent la corruption et
protègent les voleurs de grands chemins ne peuvent pas se voir confier
le destin de leur peuple et de leur pays.
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