Palestine

 



Une nouvelle initiative de citoyens palestiniens d'Israël

L'utopie d’Edward Said

Par Ilan Semo, 10 février 2007

 


Edward Said (mort en 2003)

Il y a quelques jours un éminent groupe d'Arabes israéliens, c'est-à-dire des hommes et des femmes d'origine arabe qui sont citoyens d'Israël, certains musulmans, d'autres sans religion, ont lancé un appel à l'opinion publique pour initier un processus de réflexion et de débat sur la pertinence pour l'État d'Israël de cesser de se définir comme un « État juif » et de se transformer en une effective « démocratie consensuelle pour les arabes et juifs ». Les intellectuels, universitaires et leaders civils qui ont signé le document, membres d'une nouvelle élite politique et culturelle, comme Asad Ghanem, directeur du Département de Théorie Politique de l'Université d'Haifa, reprennent les idées centrales du rapport intitulé Une vision pour le futur des Arabes palestiniens en Israël et publié en décembre dernier par un groupe de maires arabes, qui représentent au moins 1 300 000 citoyens, approximativement le cinquième de la population.
Le rapport en appelle à reconnaître la population arabe israélienne comme un groupe dont les droits sont niés, mettant l'accent sur le fait que les symboles officiels de la nation israélienne comme certaines lois cardinales de sa normativité fondamentale sont essentiellement discriminatoires.

Comme il fallait s'y attendre, les réactions ont été contrastées et les positions se sont polarisées. La droite s'est empressée de condamner l'initiative comme une « cinquième colonne », une « phalange islamique incrustée en Israël ». Les organisations de centre-gauche, qui généralement prennent la défense des droits de la population arabe, y ont vu une proposition « irréelle et excessive ». Seuls quelques rares libéraux israéliens se sont déclarés favorables au document. Shuli Dichter, co-directeur de Sikkuny, une organisation arabo-juive qui observe les violations de l'équité civile, a salué l'effort comme une ouverture vers un « dialogue sérieux » pour la coexistence entre Arabes et Juifs en Israël.

En réalité, la majeure partie des Arabes israéliens sont convaincus, et à raison, qu'ils sont des citoyens de seconde classe qui ne disposent pas des mêmes droits que la population en général en matière d'emploi, d'éducation et de santé.

Mais l'initiative a divisé les Arabes eux-mêmes en Israël. Ghaleb Majadele, un député membre du Parti Travailliste, et le premier Arabe à occuper un portefeuille au sein du Pouvoir Exécutif, a critiqué la position parce qu'elle déclencherait une division de la gauche, rendant encore plus précaire sa situation.

En principe, la valeur de l'initiative est d'ordre symbolique et surtout identitaire. Que se passerait-il si l'État israélien fondait sa légitimité sur un ordre effectivement laïc, qui engloberait les droits des Arabes et des Juifs dans une définition strictement citoyenne ?

En premier lieu, on retournerait au principe plus ancien et vital de la signification d'être juif : une référence qui passe par l'auto-reconnaissance, non par une structure de pouvoir. En aucun lieu de la tradition, ni biblique ni civil, il n'est écrit qu'Israël doit être un État juif (non séculier), et moins encore, de ce fait, qu'il doive discriminer ceux qui ne le sont pas.

Personne mieux que les Juifs, avec leur histoire très triste, ne connaît la force que procure la reconnaissance de l'autre comme un pari pour abolir tout essentialisme. Le pari d'une identité qui finit par nier toute pulsion identitaire, et qui voit l'autre non à travers la peau ou la religion mais directement dans les yeux.

En second lieu, cela jetterait une douche froide sur le fondamentalisme islamique qui a fait de cet ordre uni-identitaire le bouc émissaire de sa propre logistique symbolique et théologique.

Ainsi s'ouvrirait la possibilité (et la réalité) de favoriser dans le Moyen-Orient une culture effectivement séculaire (et sécularisatrice). C'était l'utopie que caressait en son temps Edward Said, qui n'a jamais cru que l'insularité et la partition identitaires contenaient un quelconque type de solution à un conflit qui se prolonge depuis maintenant plus d'un demi-siècle. Ce fut cette utopie qui le sépara de Arafat, du Hamas, du Hezbollah et du tourbillon qui a enfoncé la Palestine dans le pire de ses cauchemars. Et on ne sait jamais quand une illusion finit par dicter ses desseins à la réalité. Assurément cela cesserait d'être une illusion.

Original : http://www.jornada.unam.mx/2007/02/10/index.php?section=opinion&article=018a2pol

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2055&lg=fr

Contras Palestiniens avec financement américain


par Abdelbari Atwan, Al Quds Al Arabi, Mondres, 1er février 2007. Traduit de l’arabe par F.L.


Quand les affrontements sanglants qui ont éclaté à Gaza se sont soldés par la mort d’au moins trente personnes parmi les meilleurs enfants de la Cause Commune ; nous avons essayé d’être pondérés et nous avons blâmé les deux parties. Mais quand l’administration américaine annonce qu’elle accorde quatre vingt six millions de dollars pour entraîner et armer la Garde Présidentielle et qu’elle étudie l’élargissement de l’octroi de l’aide pour l’étendre aux éléments des Forces de Sécurité sous autorité de Mahmoud Abbas et certains de ses lieutenants, il nous est difficile de rester neutres et de tenir le bâton par le milieu. Cette décision américaine ne peut qu’être un projet de division destiné à verser de l’huile sur le feu de la guerre civile dont les braises sont encore chaudes sous les cendres du dernier accord de cessez-le-feu.
Personne ne réussira à nous convaincre que les Etats-Unis veulent financer les Forces Présidentielles et la Sécurité Nationale Palestinienne et les armer pour faire face aux Forces Israéliennes et leurs incursions constantes dans les Territoires Palestiniens Occupés et leurs assassinats qui ne font aucune distinction entre les groupes d’AL KASSAM et les Martyrs d’AL AQSA.
Personne également ne nous persuadera que le gouvernement israélien autoriserait le passage d’armes provenant d’Egypte et de Jordanie à destination de ces forces s’il avait le moindre doute que ces armes seraient utilisées contre lui, contre ses soldats, contre ses colonies.
Nous sommes maintenant et nous le disons avec beaucoup de regrets et de tristesse, en face de Contras Palestiniens soutenus par les Etats Unis pour liquider la résistance palestinienne et ses mouvements et tous ceux qui s’opposent aux solutions américaines qui sont pour l’essentiel des solutions israéliennes.
A l’instar de ce qui s’est passé en Amérique Latine quand les bataillons de Contras avaient lutté contre les hommes de la résistance et avaient livré une guerre usant les régimes nationaux, ces forces palestiniennes feront la même chose et probablement même pire. En tous cas c’est ce qui est planifié pour elles. Nous devons nous rappeler que Negroponte qui vient, il y a un mois, d’être désigné comme adjoint à Mme Rice est le père de cette idée des Contras.
Ce qui est catastrophique c’est que les Contras palestiniens sont volontaires pour jouer ce rôle infect et sanglant sans qu’il y est ait une quelconque solution sur la table qui s’appuierait sur les résolutions légales internationales et qui réaliserait le minimum des demandes palestiniennes sur le droit à l’autodétermination, le droit au retour et sur l’indépendance du pays.
L’ironie veut que cette annonce américaine coïncide avec la décision du gouvernement Ehud Olmert, le premier ministre israélien de modifier le tracé actuel du Mur ségrégationniste pour inclure deux nouvelles colonies juives sur la Rive Occidentale, de donner son accord pour la réalisation d’une colonie qui accueillera les colons évacués l’avant-dernier été, et d’autoriser la construction d’une synagogue sur l’Esplanade des Mosquées.
Nous ignorons le but recherché par la création d’une garde présidentielle palestinienne de plus de dix mille éléments alors que nous sommes sous occupation, que le Président palestinien ne peut quitter son palais sans l’autorisation d’un planton israélien, et que le Premier Ministre palestinien élu se réunit avec ses ministres en Cisjordanie que par téléphone sous écoute israélienne.
Nous comprenons qu’un Président d’un pays important de la région comme le défunt Saddam Hussein puisse édifier une imposante garde républicaine et que le Président Poutine fasse pareil et même le président égyptien qui se déplace entre plusieurs palais et stations de repos hérités de la monarchie. Mais que le président d’un Etat fantôme dont le territoire ne dépasse pas quelques dizaines de milliers de miles sous occupation et sous ordres veuille en faire de même cela n’a jamais effleuré l’esprit de personne. Hélas tout est possible en ces tristes temps.
Derrière le dos du peuple palestinien certains sont en train de faire mijoter sur un feu doux un projet secret. Le financement américain et la bénédiction israélienne sont la colonne vertébrale de ce projet. Ce projet c’est une guerre civile qui annonce des bains de sang palestino-palestinien qui impliqueraient les mouvements de la résistance palestinienne. Toutes les rumeurs sur les discussions pour la constitution d’un gouvernement d’unité nationale et la conclusion d’un accord entre les deux têtes de l’Autorité ne sont que diversions pour gagner du temps et terminer les préparatifs pour une bataille sanglante qui aura lieu sous peu.
Le Dr Saïb Erekat, conseiller politique du Président Abbas, a déclaré à la presse pour justifier ce pas que l’argent américain financera des équipements et du matériel pour la surveillance des passages. Si l’administration américaine est vraiment concernée par ces passages pourquoi elle ne commence pas d’abord par les ouvrir et surtout celui de Rafah qui est fermé depuis six mois et ne s’ouvre que dans des cas rares enfermant ainsi un million et demi de Palestiniens dans cette grande cage dénommée Gaza. Que viennent faire les équipements avec le passage de malades, de pèlerins et de vieillards ?
Le peuple palestinien souffre de la famine, les épidémies s’étendent, les hôpitaux sont vides des médicaments de première nécessité du fait de l’embargo financier américain, des milliers de fonctionnaires dont une majorité sont du parti du Président ne trouvent pas un bout de pain pour leurs enfants. Et voilà que l’administration américaine exclut de son embargo les forces présidentielles et leur envoie des dizaines de millions de dollars sous forme d’armes et de munitions pour les utiliser dans les mois à venir pour liquider les mouvements palestiniens qui tiennent aux fondamentaux pour la réalisation desquels s’est déclarée la révolution palestinienne sous la direction de Fatah.
Il est encore difficile de savoir si le Président Mahmoud Abbas a consulté le Comité Central ou les jeunes cadres nationaux de son mouvement et ceux des Martyrs d’Al Aqsa avant de donner son accord d’intégrer ce projet américain si dangereux. Sans risque de se tromper on peut dire qu’il ne l’a pas du tout fait et qu’il n’a consulté aucune personnalité palestinienne à l’intérieur de son organisation ou en dehors d’elle. Les cadres de Fatah comme on les connaît sont des vrais patriotes, fermes sur les fondamentaux, ils n’accepteraient pas de s’engager dans un projet de liquidation de gens qui brandissent le drapeau de la résistance et qui aspirent au martyr. Il est sûr et certain que Mr Abbas est prisonnier de certaines personnalités de son entourage qui l’accompagnent comme son ombre ces jours ci et lui vante les mérites d’adhérer aux décisions et projets américains.
On s’achemine soit vers une dissolution des Forces Palestiniennes de Sécurité soit vers leur écrémage, résultat des contacts entrepris par les Américains avec des chefs d’appareils sécuritaires palestiniens. L’écrémage signifie la neutralisation de tous les éléments qui réclament le droit au retour, l’établissement d’un Etat palestinien avec AL QUD’S comme capitale et qui sympathisent avec la Résistance. Nous nous trouvons en face d’une décision de même type que celle qui a abouti à la dissolution de l’armée irakienne et nous ne serons pas surpris si les résultats sont identiques.
Le peuple palestinien se trouve maintenant devant deux massacres ; le premier serait humain, conséquence des liquidations qu’exécuteront certainement les nouveaux Contras, et le deuxième serait politique et la conséquence directe du premier massacre. Et ce deuxième massacre consisterait dans l’imposition d’une solution amputée et humiliante au peuple palestinien selon les critères américains et israéliens.
L’administration américaine voudrait nettoyer la région arabe de deux mouvements fondamentaux que sont HAMAS et HIZBOLLAH avant de de se lancer dans sa grande guerre contre l’Iran sous couverture arabe des "pays modérés" et avec une totale participation israélienne. Ce n’est pas un hasard si Mm Condoleeza Rice parle d’un Etat palestinien provisoire avant sa deuxième rencontre avec les ministres des pays arabes modérés au Koweit. Ce qui est provisoire deviendrait durable mais resterait hypothéqué par les diktats américano-israeliens.
Le Président Abbas est sur le point de faire un coup de poker plus dangereux que celui des Accords d’Oslo dont le prix serait exorbitant pour le peuple palestinien. Il nous semble qu’il est déterminé à faire partie du pacte des modérés, le nouveau Pacte de Bagdad.
Il aurait été plus honorable à Mr Abbas de se faire taxer de président falot que d’entrer dans l’Histoire comme le président qui a allumé la mèche de la guerre civile palestinienne et qui a mis toutes ses cartes dans le panier américain contre des solutions partielles et dérisoires, et encore s’il obtient une récompense."
Source : http://www.europalestine.com/article.php3?id_article=2514