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Palestine
L'utopie
d’Edward Said Par Ilan Semo, 10 février 2007
Il y a quelques jours un éminent groupe d'Arabes israéliens, c'est-à-dire
des hommes et des femmes d'origine arabe qui sont citoyens d'Israël,
certains musulmans, d'autres sans religion, ont lancé un appel à l'opinion
publique pour initier un processus de réflexion et de débat sur la pertinence
pour l'État d'Israël de cesser de se définir comme un « État juif »
et de se transformer en une effective « démocratie consensuelle
pour les arabes et juifs ». Les intellectuels, universitaires et
leaders civils qui ont signé le document, membres d'une nouvelle élite
politique et culturelle, comme Asad Ghanem, directeur du Département
de Théorie Politique de l'Université d'Haifa, reprennent les idées centrales
du rapport intitulé Une vision pour le futur des Arabes palestiniens
en Israël et publié en décembre dernier par un groupe de maires
arabes, qui représentent au moins 1 300 000 citoyens, approximativement
le cinquième de la population. Comme il fallait s'y attendre, les réactions ont été contrastées
et les positions se sont polarisées. La droite s'est empressée de condamner
l'initiative comme une « cinquième colonne », une « phalange
islamique incrustée en Israël ». Les organisations de centre-gauche,
qui généralement prennent la défense des droits de la population arabe,
y ont vu une proposition « irréelle et excessive ». Seuls
quelques rares libéraux israéliens se sont déclarés favorables au document.
Shuli Dichter, co-directeur de Sikkuny, une organisation arabo-juive
qui observe les violations de l'équité civile, a salué l'effort comme
une ouverture vers un « dialogue sérieux » pour la coexistence
entre Arabes et Juifs en Israël. En réalité, la majeure partie des Arabes israéliens sont convaincus,
et à raison, qu'ils sont des citoyens de seconde classe qui ne disposent
pas des mêmes droits que la population en général en matière d'emploi,
d'éducation et de santé. Mais l'initiative a divisé les Arabes eux-mêmes en Israël. Ghaleb
Majadele, un député membre du Parti Travailliste, et le premier Arabe
à occuper un portefeuille au sein du Pouvoir Exécutif, a critiqué la
position parce qu'elle déclencherait une division de la gauche, rendant
encore plus précaire sa situation. En principe, la valeur de l'initiative est d'ordre symbolique et
surtout identitaire. Que se passerait-il si l'État israélien fondait
sa légitimité sur un ordre effectivement laïc, qui engloberait les droits
des Arabes et des Juifs dans une définition strictement citoyenne ?
En premier lieu, on retournerait au principe plus ancien et vital
de la signification d'être juif : une référence qui passe par l'auto-reconnaissance,
non par une structure de pouvoir. En aucun lieu de la tradition, ni
biblique ni civil, il n'est écrit qu'Israël doit être un État juif (non
séculier), et moins encore, de ce fait, qu'il doive discriminer ceux
qui ne le sont pas. Personne mieux que les Juifs, avec leur histoire très triste, ne
connaît la force que procure la reconnaissance de l'autre comme un pari
pour abolir tout essentialisme. Le pari d'une identité qui finit par
nier toute pulsion identitaire, et qui voit l'autre non à travers la
peau ou la religion mais directement dans les yeux. En second lieu, cela jetterait une douche froide sur le fondamentalisme
islamique qui a fait de cet ordre uni-identitaire le bouc émissaire
de sa propre logistique symbolique et théologique. Ainsi s'ouvrirait la possibilité (et la réalité) de favoriser dans
le Moyen-Orient une culture effectivement séculaire (et sécularisatrice).
C'était l'utopie que caressait en son temps Edward Said, qui n'a jamais
cru que l'insularité et la partition identitaires contenaient un quelconque
type de solution à un conflit qui se prolonge depuis maintenant plus
d'un demi-siècle. Ce fut cette utopie qui le sépara de Arafat, du Hamas,
du Hezbollah et du tourbillon qui a enfoncé Original
: http://www.jornada.unam.mx/2007/02/10/index.php?section=opinion&article=018a2pol Traduit de l’espagnol
par Gérard Jugant et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial
; elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs. |
Contras Palestiniens avec financement américain
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