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Oui,
commandant professeur
Par Hanna Aviram et Adina Aviram, Ynet (Yediot Aharonot), 3
janvier 2007. Original : www.ynet.co.il/articles/0,7340,L-3347330,00.html.
Traduit de l’hébreu par Michel Ghys)
Quand l'école ouvre ses portes à ceux qui portent arme
et uniforme, et que l'enseignement leur est confié, la crainte
augmente que la société se militarise.
Cette semaine, de nouveau, la nouvelle nous est parvenue d'une collaboration
étroite entre le département Société et
Jeunesse du Ministère de l'Enseignement et le département
Sécurité-Société du Ministère de
la Défense. Régulièrement, en particulier quand
sont publiés les chiffres toujours en baisse des jeunes qui croient
encore que la clé d'une bonne citoyenneté réside
dans la carrière des armes, ou quand l'armée a essuyé
un échec à la guerre, la collaboration entre les deux
départements produit un nouveau programme de préparation
à l'armée. Chacun de ces programmes tente de s'attaquer
au « problème de la motivation » – si ce n'est
pas la carotte (octroi de crédits à celui qui participera
au programme), alors le bâton (les directeurs d'école seront
tenus pour directement responsables du nombre de participants).
Un examen des points qui apparaissent dans le nouveau programme, comme
dans les programmes antérieurs, révèle la vision
du monde militariste qui guide ses auteurs et apparemment aussi ceux
qui les délèguent.
En Israël, l'enseignement militariste commence dès le jardin
d'enfant. Les contenus transmis par le système d'enseignement
façonnent une conscience qui voit dans l'option de la guerre
une ligne politique logique et raisonnable. Ils alimentent une admiration
pour la force, une glorification de la nation juive, une dévalorisation
de la vie des membres des nations arabes, en même temps que la
hantise d'un autre génocide.
Combinés, la vénération de la force, la dévotion
nationaliste et la peur toujours attisée conduisent à
la perpétuation d'une situation de guerre et d'inégalité
établie entre divers groupes de citoyens dans le pays. Dans le
présent programme, est explicitement relevée aussi la
différence entre les femmes et les hommes dans le cadre de la
société religieuse : le fils à l'armée et
la fille au service national. Si bien que d'emblée, les femmes
se voient réserver une place secondaire et marginale dans l'ensemble
de la société.
Les programmes prétendent aussi enseigner des valeurs de participation
sociale et notamment la reconnaissance que « l'activité
de l'armée israélienne est l'expression concrète
de la mise en œuvre de décisions du gouvernement dans un
régime démocratique ». La crainte que la société
israélienne ne se transforme en une société militaire
devient de plus en plus tangible. Une des caractéristiques d'une
société militaire apparaît lorsque le système
scolaire s'ouvre à ceux qui portent arme et uniforme, et que
l'enseignement des valeurs leur est confié.
Dans son poème contre la guerre « Connais-tu le pays où
les canons fleurissent ? » [1928], Erich Kästner écrivait
notamment : « Là-bas, on ne naît pas comme civil…
Là-bas, chez un homme sur deux, se cache un petit enfant qui
veut jouer avec des soldats de plomb. » Il serait hasardeux de
placer Israël parmi les principales démocraties dans le
monde et, bien sûr, comme le seul Etat démocratique du
Proche-Orient, quand en réalité nous élevons nos
enfants, dès la plus tendre enfance, à être des
soldats combattants dont la loyauté envers l'Etat se mesure à
leur empressement à partir à l'assaut de tous ceux que
l'Etat qualifie d'ennemis. De là vient que « être
un combattant, c'est ce qu'il y a de mieux », pas seulement dans
l'armée quand on apprend les légendes et l'héroïsation
de l'image du soldat. L'armée est en train de faire partie de
la routine de notre vie dans l'enseignement, la culture, la publicité,
et la guerre devient, dans le peuple, un facteur unificateur.
En même temps, une éducation au patriotisme militariste
fait sauter les freins que la morale nous impose en tant que société,
fournit une légitimité à l'insensibilité
et à l'indifférence devant la souffrance de l'autre. Une
société où la place accordée à l'apprentissage
de la citoyenneté et aux études humanistes ne cesse de
se réduire, où, en même temps, le cadre scolaire
s'ouvre de plus en plus aux porteurs d'uniforme et d'armes, et où
ce sont ces derniers eux-mêmes qui enseignent les valeurs, devient
une société militaire. Peut-être inculqueront-ils
la bravoure sur le champ de bataille, mais le courage du citoyen s'effritera
et le regard critique auquel il convient de former les enfants dans
une société vivante s'affaiblira et disparaîtra.
La collaboration entre le département du Ministère de
l'Enseignement et celui du Ministère de la Défense présente
aussi un aspect économique avec encore des postes et des salaires
pour la direction d'un département ministériel, pour des
secrétaires, des employées, des chefs de bureau, et le
tout sur le compte du contribuable qui recherche le bien-être,
la santé, des possibilités de développement, un
gagne-pain.
Est-ce là la société dans laquelle nous, parents,
voulons vivre ? Est-ce là une société dans laquelle
des parents ont envie d'élever leurs enfants ? C'est aux parents
qu'il revient de dire : « ça suffit ». Aux parents
de se lever et de demander un changement en profondeur du système
d'enseignement en Israël, d'exiger sa transformation en un système
qui délivre un enseignement civil, démocratique, une éducation
pratique à la paix et à la résolution des conflits
par des voies politiques, au lieu d'une éducation portant à
s'enrôler dans l'armée et à faire la paix par la
guerre.
Adina Aviram et Hanna Aviram militent au sein de New Profile, mouvement
féministe pour la civil-isation de la société israélienne.
Le Ministère de l'Enseignement
redonne vigueur aux bataillons de la jeunesse (« Gadna »)
: davantage de combativité et de patriotisme
Par Or Kashti, Haaretz, 2 janvier 2007. Traduit de
l'hébreu par: Michel Ghys.
Original : http://www.haaretz.co.il/hasite/pages/ShArtPE.jhtml?itemNo=808082
Version anglaise : http://www.haaretz.com/hasen/spages/807850.html
« Le programme montre clairement, et sans ambiguïté,
que la valeur suprême, c'est l'Etat et que les normes sont établies
par l'Etat et l'armée, quelles qu'elles soient », dit Nourit
Peled-Elhanan, de l'école de pédagogie de l'Université
de Tel Aviv. Elle ajoute que les sujets enseignés durant le programme
de la Gadna suggère qu' « il n'y a pas place pour l'hésitation,
pour la critique ou autres signes de ce genre. Tout le monde, y compris
les parents, doit contribuer à l'effort de la conscription. »
[Paragraphe présent seulement dans la version anglaise - NdT]
Lancer un assaut avec sa section, marche de nuit avec brancards, exercice
de tir à la cible et octroi de crédit à l'entrée
à l'armée sur base des bons résultats obtenus lors
de ces activités : voilà une partie des points du nouveau
programme fixant le cadre de la semaine de « Gadna » (bataillons
de la jeunesse) dans les écoles du secondaire en Israël.
Le nouveau programme, qui a récemment été discuté
entre le Ministère de l'Enseignement et le département
sécurité-société du Ministère de
la Défense, met, beaucoup plus qu'auparavant, l'accent sur des
valeurs patriotiques et de combat. « C'est comme si le programme
avait été rédigé dans les années
50 du siècle dernier. Il perpétue une conception sécuritaire
», dit le professeur Daniel Bar-Tal à l'école de
pédagogie de l'Université de Tel Aviv.
Il y a aujourd'hui 73.000 élèves en classes de 11e dans
le secteur juif (réseaux officiel et religieux-officiel), et
16 à 19.000 d'entre eux participent à la semaine de «
Gadna ». Au Ministère de l'Enseignement, on serait intéressé
par une extension significative de cette participation.
Aux dires d'un professeur de Tel Aviv, qui accompagne depuis des années
des classes à l'entraînement de la « Gadna »,
le cadre actuel comprend des exercices de tir et une initiation à
la tradition de combat, mais pas d'exercices d'assaut ni de campement
de nuit sur le terrain. « Dans l'assaut en lui-même, il
n'y a pas de valeurs et il n'est pas nécessaire d'y entraîner
les étudiants », dit-il, « L'objectif de la 'Gadna'
est d'ouvrir une fenêtre sur l'armée, pas de transformer
les élèves en fantassins. Il est beaucoup plus sage de
relier les élèves à la réalité, par
exemple parler des dilemmes quotidiens dans les Territoires ».
Il y a deux semaines, le directeur général du Ministère
de l'Enseignement, Shmouel Abouav, a organisé une discussion
sur le changement de structure de la « Gadna » élaboré
par des personnes du département Société et Jeunesse
du Ministère. D'après l'avant-projet du programme qui
est parvenu à « Haaretz », l'entraînement proposé
comprendrait notamment : tests d'aptitude physique, test d'aptitude
à l'armée, marche de nuit avec brancards et campement
de nuit sur le terrain, trois leçons sur les armes s'achevant
par des exercices de tir, des leçons sur la tradition du combat
et des leçons sur des thèmes comme la « pureté
des armes » et les « valeurs au combat ».
Au-delà de la transmission d'une information à jour sur
l'armée israélienne et sur les diverses possibilités
de recrutement, on peut lire que « l'accent sera mis sur l'obligation
pour l'individu de contribuer au mieux de ses capacités durant
son service dans l'armée israélienne, dans un sentiment
d'appartenance à un peuple, à une terre, à un Etat,
aux valeurs de l'armée israélienne et aux normes qui y
ont cours ». Un autre principe est que « l'obligation de
l'individu à contribuer au service militaire au mieux de ses
capacités afin d'assurer la préservation de l'existence
de l'Etat et sa sécurité est, pour le citoyen, une obligation
de premier ordre ». Un paragraphe stipule que « même
si nous partons de l'hypothèse qu'il existe une forte motivation
à accomplir un service militaire combattant significatif dans
l'armée israélienne, il y a encore place pour un renforcement
de cette motivation, sous l'angle des valeurs et du nationalisme ».
« C'est la mainmise de l'armée sur une école secondaire
censée être le fondement de la société civile
», dit en réaction à ce programme le professeur
Matanya Ben Artzi, de l'Université Hébraïque, dont
le fils Yoni a été incarcéré pour son refus
d'être enrôlé, motivé par son pacifisme. «
Le programme oppose les valeurs qui conduisent à l'engagement
dans des unités de combat avec les autres valeurs qui sont tenues
ici pour inférieures. L'idée de se réaliser soi-même
acquiert une valeur négative, égoïste ».
De l'autre côté, au Ministère de l'Enseignement,
on dit que « tant que l'engagement dans l'armée israélienne
est une obligation, le système de l'enseignement doit s'atteler
à la tâche ».
Sous l'intitulé « Responsabilité directe du directeur
d'école », le programme décrète qu'un des
rôles du directeur d'école est « de se soucier du
nombre de ceux qui se présentent à l'entraînement
et de s'occuper de ceux qui sont absents sans motif ». Selon des
sources au Ministère de l'Enseignement, « la responsabilité
du processus incombe au directeur d'école ». Il n'est pas
encore précisé quelle sanction sera prise, ni s'il y aura
sanction, contre un directeur dont seul un petit nombre des élèves
de 11e de son école participe à la semaine de «
Gadna », « mais il se peut qu'ils soient amenés à
répondre à des questions à ce sujet », ajoutent
nos sources.
Afin d'encourager la participation des élèves à
la semaine de « Gadna », le programme propose l'octroi de
crédits aux élèves par l'armée israélienne
elle-même (par exemple, dans la préférence donnée
parmi les demandes d'engagement au sein d'une unité d'élite),
mais aussi « l'octroi de crédits à l'équipe
enseignante et à la direction de l'école au prorata de
la bonne volonté manifestée par les élèves
à l'entraînement et de leurs résultats au cours
de celui-ci ».
Le programme propose que l'activité éducative portant
sur le service militaire soit étalée sur trois années
et soit transmise « par des gens remplissant des fonctions dans
l'école et dans l'armée israélienne ». Dans
ce cadre-là, il est proposé qu'avant le départ
pour l'entraînement de la « Gadna » en 11e année,
l'école organise, en après-midi, 6 à 8 rencontres
pour s'occuper de questions comme la coordination des attentes des élèves
et débattre de « l'armée israélienne et la
société israélienne ».
La Ministre de l'Enseignement, Youli Tamir, réagit en disant
que le programme ne lui a pas encore été communiqué.
« Nous inculquons aux élèves la responsabilité
citoyenne et sociale à l'égard de l'Etat, ce qui inclut
le service militaire. Si l'armée nous aide à encourager
l'idée d'une telle responsabilité, il est clair que nous
la soutiendrons dans le programme ».
Esquisse du programme
1. L'entraînement proposé inclut des tests physiques, des
cours sur les armes et sur des questions comme la « pureté
des armes » et les « valeurs au combat ».
2. Les élèves qui participeront à la « Gadna
» [bataillons de la jeunesse], auront la préférence
parmi les demandes d'engagement dans une unité d'élite.
3. Les directeurs d'écoles porteront une responsabilité
directe dans la participation des élèves aux entraînements
et auront à s'occuper des élèves absents.
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