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Palestine Zone grise par Gideon LEVY ,
Haaretz, 28
septembre 2007. Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala.
Illustrations : Handala de Naji Al Ali
Une
année. Presque Chaque
semaine nous emboîtons le pas des combattants qui se rendent dans la
bande de Gaza et en Cisjordanie et nous essayons de documenter les actes
des soldats de l’IDF, de la police des frontières, du service
secret Shin Beth et des personnels de l’administration civile - bref
de la puissante armée d’occupation avec son cortège de meurtres et destructions
effroyables, cette année comme toutes les autres depuis quatre décennies. Et
cette année fut l’année des enfants assassinés. Nous ne nous sommes
pas rendus dans toutes leurs familles, seulement dans quelques-unes ;
les maisons en deuil où les parents versaient des armes amères sur leurs
enfants, qui étaient grimpés sur un figuier dans la cour ou préparaient
un examen assis sur un banc dans la rue, ou allaient à l’école ou dormaient
paisiblement dans la fausse sécurité de leur maison. Quelques-uns
avaient lancé des pierres sur un véhicule blindé ou touché une clôture
interdite. On a tiré sur tous, on en a visé volontairement certains
et leur jeune vie s’est arrêtée. De Mohammed (Al- Zakh) à Mahmoud
(Al Qarinawi), de l’enfant qu’on a enterré deux fois à Gaza jusqu’à
l’enfant qu’on a enterré en Israël. Voilà les histoires des enfants
de l’an 5767. Le
premier fut enterré deux fois. Abdullah Al Zakh a identifié la moitié
du corps de son fils Mahmoud à la morgue de l’hôpital Shifa à
Gaza grâce à la ceinture et aux chaussettes que portait l’enfant. C’était
peu avant Mahmoud
avait 14 ans lorsqu’il mourut. Il a été tué trois jours avant la rentrée
scolaire. Voilà de quelle façon nous nous sommes préparés à célébrer
Peu
après nous revînmes à Jérusalem et rendîmes visite à Maria Aman, la
ravissante petite fille de Gaza qui, suite à un tir de roquette mal
ajusté, a perdu presque toute sa famille, y compris sa mère, alors qu’ils
circulaient en voiture. Elle a un père plein de dévouement qui
ne la quitte pas. Elle est soignée depuis dix-huit mois dans le magnifique
hôpital d’Alyn. Elle a appris à nourrir un perroquet avec sa bouche
et à guider son fauteuil roulant par des mouvements du menton.
Tout le reste de son corps est paralysé. Elle est reliée nuit et jour
à un respirateur. C’est encore une enfant très gaie, propre et soignée
- mais son père craint le jour où on la renverra à Gaza. Pour
le moment ils restent en Israël. Un grand nombre d’Israéliens ont adopté
Maria et viennent lui rendre régulièrement visite. Il y a quelques semaines
la journaliste Leah Lior l’a emmenée dans sa voiture voir la mer à Tel
Aviv. C’était un samedi soir et la plage était comble - l’attention
de nombreuses gens fut attirée par la petite fille en fauteuil
roulant. Quelques personnes la reconnurent et lui souhaitèrent bonne
chance. Peut-être y avait -il parmi eux le
pilote dont le tir de roquette a atteint sa famille, qui par hasard
passait par là. Qui sait ? Ce
n’est pas tout le monde qui a la chance de recevoir les soins dont bénéficie
Maria. À la mi-novembre, quelques jours après le bombardement de Beit
Hanoun - quelqu’un s’en souvient-il ? (Oui,moi,
NdT) - nous nous sommes rendus dans la ville dévastée et ensanglantée :
22 personnes avaient été tuées en un rien de temps, lorsque onze grenades
étaient tombées sur cette ville très peuplée. Islam, 14 ans, était là,
vêtue de noir, faisant le deuil de huit de ses proches qui avaient été
tués, dont sa mère et sa grand-mère. Ceux que cette attaque laissa blessés
ou handicapés n’eurent pas la possibilité d’être soignés à Alyn. Mais
les enfants sont venus à nous. En novembre 31 enfants ont été tués dans
la bande de Gaza. L’un d’entre eux, Ayman Al Mahdi, est mort au Centre
médical de Sheba, à Tel Hashomer, où on l’avait transporté en toute
hâte parce qu’il était dans un état grave. Seul son oncle fut autorisé
à rester près de lui durant ses derniers jours. Ayman était en cinquième
année de primaire et il était assis sur un banc dans une rue de Jabaya,
juste à côté de son école. Une balle tirée d’un blindé l’a atteint.
Il avait tout juste dix ans.
Et
Taha Al Jahwi, 16 ans, qu’avait-il fait pour être tué ? L’IDF
a prétendu qu’il avait tenté de saboter les barbelés entourant l’aéroport
désaffecté ; mais ses amis disent qu’il jouait seulement
au football et qu’il avait couru après le ballon. Peu importe ce qui
s’est passé, les soldats ont réagi avec rapidité et énergie et
lui ont tiré une balle dans la jambe. Il s’est vidé de son sang dans
le fossé boueux qui borde la route . Pas un mot de regret, nulle
désapprobation de cet acte lorsque nous avons demandé des explications
au porte-parole de l’IDF. On tire à vue sur des enfants qui ne font
courir aucun danger à personne - et sans tir de sommation. Abir
Aramin était plus jeune encore, elle avait juste 11 ans. C’était la
fille d’un militant de l’organisation Combattants for Peace (les Combattants
pour « Je
n’utiliserai pas le sang de ma fille à des fins politiques. Je ne veux
pas perdre la raison parce que j’ai perdu ce que j’avais de plus cher »
nous a dit, à nous aussi, le père accablé, qui compte beaucoup d’amis
israéliens. À
Naplouse nous avons relevé que des enfants étaient utilisés comme boucliers
humains, en application de la prétendue « procédure du voisin. »
Une fillette de onze ans, deux garçons de 12 et 15 ans en étaient.
Bushra
Bargis n’a même pas eu besoin de quitter sa maison au camp de réfugiés.
Fin avril, elle révisait pour un examen en début de soirée. Son livre
à la main, elle faisait les cent pas dans la pièce. Un tireur assez
éloigné l’a atteinte en plein front. Le livre trempé de sang témoigne
de ses derniers instants. Et
les enfants qui ne sont pas encore nés ? Eux non plus ne sont pas
davantage en sécurité. Une balle a frappé dans le dos Maha Qatuni, une
femme enceinte de sept mois qui s’était levée durant la nuit pour mettre
à l’abri ses enfants qui se trouvaient dans la maison. La balle a atteint
le fœtus à la tête. La mère blessée était à l’hôpital Rafidye
à Naplouse, avec plusieurs perforations intestinales. Elle voulait appeler
son bébé Daoud. Est-ce un meurtre que de tuer un fœtus ? Et quel « âge »
avait le petit défunt ? Sûrement le plus jeune de tous les enfants
qu’Israël a tués l’an dernier. Bonne
année ! |
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