Palestine

"La solution de deux Etats pour deux peuples règlerait ipso facto la question des réfugiés palestiniens" : ça au moins c’est clair ! S’ils veulent rentrer chez eux, ils n’ont qu’à le faire, mais dans le petit bout de Cisjordanie que nous leur laisserons, comme un os à ronger...


La ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni a réitéré lundi l'opposition d'Israël à la participation du mouvement islamiste Hamas aux législatives palestiniennes du 25 janvier.

"Je demande à l'Europe d'appliquer chez nous les critères en vigueur chez elle concernant la démocratie. La démocratie en Europe ne permet pas à des partis impliqués dans le terrorisme de disputer des élections législatives" a déclaré Mme Livni lors d'une intervention devant à Herzliya, devant un centre d'études politique et stratégique.

La ministre a relevé que les observateurs venus avec l'ancien président américain Jimmy Carter superviser le déroulement du scrutin avaient établi que "la participation du Hamas aux élections portait atteinte à leur légitimité".

"Les résultats des élections n'influeront pas seulement sur l'Autorité palestinienne mais également sur Israël", a-t-elle poursuivi, rappelant que la première étape de la Feuille de route stipulait "un processus de démocratisation mais aussi le démantèlement des organisations terroristes".

Israël craint que le Hamas qui participe pour la première fois à des élections législatives palestiniennes acquiert une position de force au sein de l'Autorité palestinienne. Le Hamas prône ouvertement la destruction d'Israël et la poursuite de la lutte armée.

Mme Livni a par ailleurs évoqué la nécessité pour Israël de procéder à des concessions territoriales en Cisjordanie.

"Pour préserver l'existence d'un Etat juif et démocratique il faudra renoncer à une partie de la Terre d'Israël (Israël dans ses frontières bibliques incluant la Cisjordanie)" a-t-elle affirmé.

Elle a cependant souligné que le tracé des frontières d'Israël prendrait en compte "la sécurité d'Israël", "le contrôle de lieux importants pour le peuple juif", dans une allusion aux lieux saints, et des blocs de colonies.

Elle a enfin souligné que "la solution de deux Etats pour deux peuples réglait ipso facto la question des réfugiés palestiniens". Source : AFP, 23 janvier 2006

Une effrayante « stratégie pour Israël »


par Linda Heard, Arab News, principal quotidien du Moyen-Orient en anglais, 29 novembre 2005/27, Shawwal 1426 > http://www.arabnews.com. Courriel de l’auteur : sierra12th@yahoo.co.uk
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

Il y avait déjà quelques jours que quelqu'un m'avait donné la traduction d' un article écrit par un journaliste israélien, Oded Yinon. Cet article datait de. 1982.

« Bôf ! Du réchauffé », pensé-je. Tout d'abord, je me suis dit que je mettrais cet article de côté, afin de le parcourir, un de ces quatre, quand j'en aurais le temps.

Mais, quelques jours après, la personne qui m'avait remis ce document m' ayant demandé ce que j'en avais pensé, j'ai attrapé mes lunettes et je me suis assise, résignée à affronter ce qui s'annonçait comme une lecture peu roborative.

Combien j'avais tort ! Ce Yinon (un ex-attaché au ministère israélien des Affaires étrangères) avait publié cet article intitulé « Une stratégie pour Israël dans la décennie 1980 » [A Strategy for Israel in the 1980s] dans la revue Kivunim (« Directions »), « organe du judaïsme et du sionisme ». Et, si l'Association des Diplômés Arabes des Universités Américaines ne l'avait pas diffusé largement, il aurait sans doute disparu dans le trou noir de la mémoire.

Ce document faisant onze pages, je me contenterai de vous en donner la teneur. Mais on peut le trouver en version intégrale sur Internet. [voir ci-après]

Le synopsis du projet est le suivant : « Afin de survivre, Israël doit devenir une puissance impériale régionale et il doit aussi s'assurer de l' atomisation de tous les pays arabes afin que la région puisse être saucissonnée en petits Etats non-viables et incapables, de par leur piètre armement, de résister à la puissance militaire israélienne ». Wâouw !

Du monde arabo-musulman, Yinon dresse sobrement la description suivante : « Un château de cartes éphémère, édifié par des étrangers et arbitrairement divisé en différents pays, composés tous autant qu'ils sont d'un bric-à-brac de minorités et de groupes ethniques mutuellement hostiles ».

Après quoi, il prédit que certains de ces pays sont voués à la destruction ethnico-sociale, de l'intérieur, en précisant que « dans certains d'entre eux, une guerre civile fait rage, d'ores et déjà ».

Ensuite, l'auteur regrette amèrement la remise du Sinaï à l'Egypte, en vertu du traité de paix de Camp David, car cette région est riche « en pétrole, gaz et autres ressources naturelles ».

Il commente : « Reconquérir la péninsule du Sinaï est, par conséquent, une priorité politique, à laquelle Camp David fait obstacle. ils nous faut agir afin de ramener la situation au statu quo en vigueur au Sinaï avant la visite de Sadate [à Jérusalem] et le calamiteux traité de paix signé avec lui en mars 1979. »

Yinon prédit que si l'on réussi à diviser et à déchirer l'Egypte, d'autres pays arabes cesseront d'exister dans leur forme présente. Il préconise donc de fonder un Etat chrétien copte en Haute Egypte. [Ah, voilà. je comprends mieux ! Je m'étais toujours demandé pourquoi l'Egypte était désignée par les mots « le gros lot », dans un rapport présenté par la Rand Corporation au Pentagone, en 2002, à la demande du responsable néoconservateur et grand ami d'Israël, Richard Perle.]

Et maintenant, que dites-vous de ça ? « La dissolution de la Syrie et de l' Irak, par la suite, en diverses zones uniethniques et mono-confessionnelles, à l'instar du Liban, est le premier objectif d'Israël sur le long terme, l' anéantissement de la puissance militaire de ces pays tenant lieu de premier objectif, en préalable, à court terme », écrit-il.

« L'Irak, riche en pétrole, d'une part, et déchiré intérieurement, d'autre part, est un candidat de choix pour devenir une des cibles d'Israël », explique Yinon, qui poursuit : « Pour nous, sa dissolution est même encore plus importante que celle de la Syrie. Dans l'immédiat, c'est la puissance irakienne qui représente la plus grande menace, pour Israël. »

« Les confrontations interarabes, quel qu'en soit le mobile, nous aideront, à court terme et rapprocheront l'objectif bien plus important consistant à faire éclater l'Irak entre différentes entités, comme en Syrie et au Liban. En Irak, trois Etats, au moins se formeron, autour des trois villes les plus importantes : Bassora, Bagdad et Mossoul. »

Rappelez-vous : cet article de Yinon date de. 1982 ! Mais l'auteur commet aussi de graves erreurs de jugement. Par exemple, il était absolument persuadé que tant la Jordanie que l'Egypte retourneraient à des philosophies panarabes dans le style du nassérisme et rompraient leurs accords avec Israël, chose qu'il espérait fortement. Mais cela ne s'est pas produit.

Plus loin, Yinon prédisait qu'il n'y avait « aucune chance que la Jordanie continue à exister sous sa forme actuelle encore très longtemps » et que « la politique israélienne, en temps de paix comme en temps de guerre, doit viser à liquider la Jordanie. » Cela, parce que Yinon voulait voir transférer les Arabes palestiniens de la Cisjordanie vers la Jordanie. « Il n'est pas possible de continuer à vivre, dans ce pays, comme aujourd'hui, sans séparer les deux nations : les Arabes en Jordanie ; quant aux juifs, qu 'ils vivent dans les régions situées à l'ouest du Jourdain », disait-il.

L'article de Yinon était-il annonciateur du document rédigé en 1996, à la demande de Benjamin Netanyahu, par des lumières de premier plan des administrations Bush père et fils, tels Richard Perle, Douglas Feith, ou encore David et Meyrav Wurmser, sous le titre : « Rupture franche : Une nouvelle stratégie à même de garantir l'empire » [Clean Break: A new strategy for securing the realm] ?

« Rupture franche » recommandait au gouvernement israélien « de remettre publiquement en question la légitimité de la Syrie », « de confiner la Syrie et de frapper des cibles choisies dans ce pays » et de « rejeter » le concept de la terre contre la paix en ce qui concerne les hauts plateaux du Golan.

Il y était aussi proposé que la Syrie soit isolée et cernée par un régime « ami » installé en Irak, tandis que les pays arabes devaient être mis en cause en tant qu' « Etats policiers » manquant de légitimité. N'est-ce pas exactement ce qui est en train de se passer, aujourd'hui, dans le cadre de la politique bushienne de « démocratisation » ?

Richard Perle - que le journaliste et cinéaste John Pilger présente comme un des maîtres à penser de George W. Bush - refait son apparition, un peu plus tard, dans le Projet 2000 pour un Nouveau Siècle [forcément] Américain, qui expose la vision néocon de la domination états-unienne universelle sur terre, sur les océans, dans les cieux et dans l'espace interstellaire.

En décembre 2002, Pilger écrivait ceci : « J'avais interviewé Perle à l' époque où il conseillait Reagan, et quand il parlait de « guerre totale », je pensais - à tort - qu'il était cinglé. Or, il a réutilisé cette _expression, récemment, pour décrire la guerre de l'Amérique « contre le terrorisme ». « Pas de phases, pas d'étapes !. » a-t-il dit ; « Il s'agit d' une guerre totale. Nous sommes en train de lutter contre toutes sortes d' ennemis. Il y en a des tas, tout autour de nous. » « Tout ce bla-bla-bla, selon lequel nous allons régler le cas de l'Afghanistan, après quoi nous ferons sa fête à l'Irak. ça ne tient pas debout : c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Si (en revanche) nous laissons se mettre en place notre vision du monde, si nous y adhérons totalement, sans essayer de mettre en place les pièces de puzzle de la diplomatie de haute volée, mais tout simplement en livrant une guerre totale. alors nos enfants chanteront nos louanges, et cela encore très longtemps !. »

Les enfants qui survivront, peut-être... Mais il y a fort à parier que, plus vraisemblablement, Perle et sa bande finiront dans les annales poussiéreuses, aux côtés des personnages les plus brutaux, les plus impitoyables et les plus égoïstes de l'Histoire.


Stratégie pour Israël dans les années 80


par Oded YINON, 13 juin 1982
Présentation par Israel Shahak, défunt président de la Ligue israélienne des droits de l’homme
L’article qui suit, d’Oded Yinon présente, me semble-t-il, de façon exacte et détaillée, le projet qui est celui du régime sioniste actuel – le régime de Sharon et Eitan – concernant le Moyen-Orient, à savoir la division de la région en petits états, et le démantèlement de tous les états arabes. Je voudrais, en guise de préambule, attirer l’attention du lecteur sur quelques points :
1 – L’idée que tous les Etats arabes doivent être fragmentés en petites unités, par l’œuvre d’Israël, est une idée récurrente dans la pensée stratégique israélienne.
2 – On perçoit très clairement le lien étroit qui existe entre ce projet et la pensée néo-conservatrice américaine, particulièrement dans les notes de l’auteur pour son propre article. Mais, en dépit d’une référence de pure forme « à la défense de l’Occident » face au pouvoir soviétique , l’objectif réel de l’auteur, et du régime israélien actuel est bien clair : faire d’un Israël impérialiste une puissance mondiale. En d’autres termes, Sharon se propose de tromper les Américains après avoir joué le monde entier.
3 – Très évidemment, bien des faits, dans les notes comme dans le texte même sont falsifiés ou omis, comme par exemple l’aide financière des Etats-Unis à Israël. D’autres prétendus faits sont de pures inventions. Mais il ne faudrait pas pour autant regarder ce projet comme dénué de toute portée pratique, ou irréalisable, au moins à court terme. Le projet reproduit fidèlement les théories « géopolitiques » qui avaient cours en Allemagne dans les années 1890-1933, qui furent adoptées telles quelles par Hitler et le nazisme, et qui guidèrent leur politique en Europe de l’Est. Les objectifs fixés par ces théories, en particulier le démantèlement des Etats existants, reçurent un début de réalisation de 1939 à 1941, et seule une coalition à l’échelle mondiale en empêcha l’application à long terme.


Il est donc d’importance vitale pour nous de regagner le Sinaï, avec ses ressources, exploitées et potentielles : c’est pour nous un objectif politique prioritaire, que les accords de Camp David et les accords de paix nous empêchent de poursuivre. La faute en incombe au gouvernement israélien actuel et aux gouvernements qui ont ouvert la voie à la politique de compromis sur les territoires : les gouvernements de coalition qui se sont succédés depuis 1967. Après la restitution du Sinaï, les Egyptiens ne seront plus obligés de respecter le traité de paix et ils s’efforceront de rejoindre le camp arabe et l’alliance soviétique afin de s’assurer appui politique et assistance militaire. L’aide américaine n’est assurée qu’à court terme, pour la période de paix fixée par les accords ; et l’affaiblissement des Etats-Unis, à l’intérieur comme à l’extérieur, entraînera nécessairement l’affaiblissement de leur assistance. Sans pétrole, sans les revenus dérivés du pétrole, compte-tenu des dépenses actuelles énormes, nous ne pourrons pas maintenir les conditions présentes en 1982, et nous serons contraints d’agir, de façon à rétablir dans le Sinaï, la situation antérieure à la visite de Sadate et au traité de paix malencontreux signé avec lui en mars 1979.

Pour atteindre ce but, Israël dispose essentiellement de deux moyens, l’un direct, l’autre indirect. Le moyen direct est le moins réaliste des deux en raison de la nature du régime israélien, de son gouvernement, de la sagacité de Sadate qui obtint notre retrait du Sinaï, sa plus grande réussite après la guerre de 1973. Israël ne prendra pas l’initiative de rompre ce traité, ni aujourd’hui ni en 1982, à moins d’y être acculé, économiquement et politiquement, et que l’Egypte fournisse à Israël un prétexte pour reprendre le Sinaï pour la quatrième fois dans notre courte histoire. Il reste donc la voie indirecte. Une situation économique égyptienne, le caractère du régime, sa politique pan-arabe vont créer une situation telle qu’après Avril 1982, Israël va se trouver contraint d’agir directement ou indirectement pour reprendre le Sinaï en tant que réserve stratégique, économique et énergétique à long terme. En raison de ses conflits internes, l’Egypte ne représente pas un problème stratégique du point de vue militaire, et elle pourrait être aisément réduite à sa situation d’avant la guerre de 1967.

Le mythe de l’Egypte, homme fort du monde arabe, ébranlé en 1956, n’a pas survécu à 1967 ; mais notre politique et la restitution du Sinaï ont fait d’un mythe un « fait ». Mais sur le plan réel, la puissance égyptienne, comparée à celle d’Israël seul, et à celle du monde arabe, a diminué de 50 % depuis 1967. L’Egypte n’est plus la première puissance politique du monde arabe, et elle est à la veille d’une crise économique. Sans aide extérieure, la crise va se produire incessamment. A court terme, grâce à la reprise du Sinaï, l’Egypte va marquer quelques points, mais seulement jusqu’en 1982 ; et cela ne modifiera pas à son avantage le rapport de forces mais pourrait même entraîner sa ruine. L’Egypte, dans sa configuration intérieure actuelle est déjà moribonde, et plus encore si nous prenons en compte la rupture entre Chrétiens et musulmans qui va croissant. Démanteler l’Egypte, amener sa décomposition en unités géographiques séparées : tel est l’objectif politique d’Israël sur son front occidental, dans les années 1980. L’Egypte est effectivement déchirée. L’autorité n’y est pas une mais multiple. Si l’Egypte se désagrège, des pays tels que la Lybie, le Soudan et même des Etats plus éloignés ne pourront pas survivre sous leur forme actuelle et accompagneront l’Egypte dans sa chute et sa dissolution. On aura alors un état chrétien copte en Haute Egypte, et un certain nombre d’Etats faibles, au pouvoir très circonscrit, au lieu du gouvernement centralisé actuel ; c’est le développement historique logique et inévitable à long terme, retardé seulement par l’accord de paix de 1979.

Le front ouest qui, à première vue, semble poser plus de problèmes, est en fait plus simple que le front est, théâtre récent des évènements les plus retentissants. La décomposition du Liban en cinq provinces préfigure le sort qui attend le monde arabe tout entier, y compris l’Egypte, la Syrie, l’Irak et toute la péninsule arabe ; au Liban, c’est déjà un fait accompli. La désintégration de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif prioritaire d’Israël, à long terme, sur son front est ; à court terme, l’objectif est la dissolution militaire de ces Etats. La Syrie va se diviser en plusieurs états suivant les communautés ethniques, de telle sorte que la côte deviendra un Etat allouite chiite ; la région d’Alep, un Etat sunnite ; à Damas, un autre Etat sunnite hostile à son voisin du Nord : les Druzes constitueront leur propre Etat, qui s’étendra sur notre Golan peut-être, et en tout cas dans le Haourân et en Jordanie du Nord. Cet Etat garantira la paix et la sécurité dans la région, à long terme : c’est un objectif qui est dès à présent à notre portée.

L’Irak, pays à la fois riche en pétrole, et en proie à de graves dissensions internes, est un terrain de choix pour l’action d’Israël. Le démantèlement de ce pays nous importe plus encore que celui de la Syrie. L’Irak est plus fort que la Syrie ; à court terme, le pouvoir irakien est celui qui menace le plus la sécurité Israël. Une guerre entre l’Irak et la Syrie ou entre l’Irak et l’Iran désintègrera l’Etat irakien avant même qu’il ne puisse se préparer à une lutte contre nous. Tout conflit à l’intérieur du monde arabe nous est bénéfique à court terme et précipite le moment où l’Irak se divisera en fonction de ses communautés religieuses, comme la Syrie et le Liban. En Irak, une distribution en provinces, selon les ethnies et les religions, peut se faire de la même manière qu’en Syrie du temps de la domination ottomane. Trois Etats –ou davantage- se constitueront autour des trois villes principales : Bassorah, Bagdad et Mossoul ; et les régions chiites du sud se sépareront des sunnites et des kurdes du Nord. L’actuel conflit irano-irakien peut radicaliser cette polarisation.
La péninsule arabe toute entière est menacée de désintégration sous les pressions extérieures et intérieures. Ce processus est particulièrement inévitable en Arabie Saoudite, soit qu’elle conserve sa puissance économique fondée sur le pétrole, soit que celle-ci aille décroissant. La structure politique actuelle du pays annonce des luttes internes et la désintégration finale.

La Jordanie, elle, est un objectif stratégique à court terme. En effet, une fois terminé le trop long règne de Hussein, remplacé par un pouvoir palestinien, le pays se désintégrera naturellement et ne constituera plus une menace pour l’avenir d’Israël.

La Jordanie ne peut plus survivre longtemps dans la structure actuelle et, la tactique d’Israël soit militaire, soit diplomatique, doit viser à liquider le régime jordanien et à transférer le pouvoir à la majorité palestinienne. Ce changement de régime en Jordanie résoudra le problème des territoires cisjordaniens à forte population arabe ; par la guerre ou par les conditions de paix, il devra y avoir déportation des populations de ces territoires, et un strict contrôle économique et démographique – seuls garants d’une complète transformation de la Cisjordanie comme de la Transjordanie. A nous de tout faire pour accélérer ce processus et le faire aboutir dans un proche avenir. Il faut rejeter le plan d’autonomie et toute proposition de compromis, de partage des territoires ; étant donné les projets de l’OLP et des arabes israéliens eux-mêmes (voir le plan de Shefar’ham) il n’est plus possible de laisser se perpétuer ici la situation actuelle sans séparer les deux nations : les Arabes en Jordanie et les juifs en Cisjordanie. Il n’y aura de véritables coexistence pacifique dans ce pays que lorsque les arabes auront compris qu’ils ne connaîtront ni existence ni sécurité qu’une fois établie la domination juive du Jourdain jusqu’à la mer. Ils n’auront une nation propre et la sécurité qu’en Jordanie.

En ce qui concerne Israël, la distinction entre les régions acquises en 1967 et les territoires qui les prolongent, ou les zones acquises en 1948, n’a jamais eu aucun sens pour les arabes, et s’est maintenant effacée pour nous aussi. Il faut voir le problème dans son ensemble, sur la base de la situation depuis 1967. Quelle que soit la situation politique ou la situation militaire dans l’avenir, il faut qu’il soit clair que le problème des Arabes autochtones ne recevra de solution que lorsqu’ils reconnaîtront que la présence d’Israël dans les zones de sécurité jusqu’au Jourdain indirectement et au-delà constitue pour nous une nécessité vitale, dans l’ère nucléaire que nous allons vivre maintenant. Nous ne pouvons plus vivre avec trois-quart de la population juive concentrée dans une zone côtière, particulièrement vulnérable à l’âge nucléaire.
Il faut désormais disperser les populations, c’est un impératif stratégique. Faute de cela, nous ne pouvons survivre, quelles que soient les frontières. La Judée, la Samarie, la Galilée sont nos seules garanties d’existence nationale et si nous ne nous implantons pas de façon à être majoritaires dans les zones montagneuses, nous ne gouverneront pas le pays ; nous y vivrons comme les croisés, qui perdirent ce pays – un pays d’ailleurs qui n’était pas le leur, dans lequel ils étaient des étrangers. Notre but premier, le plus essentiel aujourd’hui est de rééquilibrer le pays sous le triple aspect démographique, stratégique et économique. Il faut coloniser tout le versant de la montagne qui s’étend depuis Birsheba jusqu’en Haute Galilée ; c’est un objectif essentiel de notre stratégie nationale : coloniser la montagne qui jusqu’à présent est vide de juifs.

La réalisation de nos objectifs, sur le front Est, dépend de la réalisation de cette stratégie intérieure. Et seule la transformation de notre structure politique et économique constitue la clé d’une mutation complète qui nous permettra de mettre en œuvre la stratégie en question. Nous devons passer d’une économie centralisée dans laquelle le gouvernement est trop étroitement impliqué, à une économie de marché, ouverte et libre. En même temps, nous devons nous affranchir de notre dépendance à l’égard du contribuable américain, et développer une véritable infrastructure économique, productive, qui ne doive rien qu’à nous-mêmes. Si nous ne nous montrons pas capable d’opérer cette mutation par notre seule volonté, notre seule libre entreprise, alors les forces économiques, politiques, énergétiques, à l’œuvre dans le monde, et notre propre isolement, nous y contraindrons. D’un point de vue militaire, stratégique, le monde occidental dominé par les Etats-Unis est incapable de résister aux pressions exercées par l’URSS dans le monde ; Israël ne doit donc compter que sur ses propres forces dans les années 80, sans aide extérieure, militaire ou économique ; cela nous en sommes capables aujourd’hui, sans compromis. Une rapide évolution du monde entraînera aussi une transformation de la condition des juifs dans le monde ; Israël ne sera plus pour eux un dernier recours mais le seul choix de survie possible. Nous ne pouvons pas tabler sur le fait que les communautés juives américaines, européennes, d’Amérique latine survivront sous leur forme actuelle.

Nous continuerons de vivre dans ce pays, aucune puissance au monde ne peut nous en chasser, ni par la force, ni par la ruse (méthode de Sadate). En dépit des difficultés créées par un traité de paix mal inspiré et le problème des Arabes israéliens et de ceux des territoires, nous devons pouvoir résoudre toutes ces questions dans un avenir déjà prévisible.

Pour lire la version originale intégrale du document > http://www.geocities.com/alabasters_archive/zionist_plan.html

Non, ça n'est pas les oliviers


par Amira Hass, Haaretz, 11 janvier 2006. Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/668697.html
Traduit de l'italien en français par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau des traducteurs pour la diversité linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est Copyleft.

Ces centaines et centaines d'oliviers brisés, aux branches tendues vers le ciel comme pour implorer de l'aide, ont quelque chose de très humain. Vendredi dernier, à Tawana, dans les collines au sud d'Hébron, 120 oliviers ; à Burin, au sud de Naplouse, au début de cette semaine, près de cinquante ; plus ou moins cent autres, à Burin toujours, le 24 décembre, et puis, de nouveau, à Burin, le 4 janvier.

La police a recensé 733 oliviers déracinés, pour l'année 2005. D'après la liste (incomplète) de vingt-neuf cas de sabotage agricole répertoriés par les groupes de défense des droits de l'homme, Yesh Din et B'Tselem, entre mars et décembre, ce sont 2 616 arbres qui ont été détruits : déracinés, volés, brûlés, cassés, sciés. Seulement à Salem, à quatre reprise, ce sont neuf cents arbres qui ont été déracinés. Même en admettant que l'évaluation des dommages soit exagérée, ces deux associations sont d'accord pour affirmer que les Israéliens sont en train de compromettre gravement les vignes et les vergers. La multiplication, ces derniers mois, des images d'arbres détruits « par des inconnus » a été suffisamment traumatisante pour inciter le procureur général à s'en prendre à l'immobilisme des autorités, et le ministre Gideo Ezra à convoquer une réunion, durant laquelle il a été décidé de mettre en ouvre des mesures de contrôle « dans les localités reconnues « à problèmes » ».

Toutefois, le traumatisme est sélectif. L'armée israélienne a déraciné des milliers d'oliviers et d'arbres fruitiers, détruit des terres cultivées et des serres, et elle continue à le faire - pour rendre sûres les routes qu' elle emprunte et pour augmenter la visibilité des soldats ; pour construire des miradors, des barrages routiers et la « barrière de séparation » ; et aussi, pour construire de nouvelles routes et pour enclore les colonies. Ainsi, dans le seul village de Qafreen, ce sont 12 600 oliviers qui ont été arrachés, pour construire le mur. Des milliers d'autres arbres - peut-être plusieurs dizaines de milliers - et des milliers d'acres de Cisjordanie se sont retrouvés piégés derrière les murs, les enceintes et les zones tampons qui entourent les colonies. Simplement à Qafreen, 100 000 arbres se retrouvent emprisonnés derrière la muraille, durant la plus grande partie de l'année, et leurs propriétaires ne sont pas autorisés à s'en approcher. Ils ne peuvent rien faire d'autre que les regarder de loin et les laisser dans un abandon total. Naturellement, comme explication, on invoque la « sécurité », mais pour une raison inexpliquée la sécurité finit toujours par provoquer une énième soustraction efficace du territoire palestinien, au bénéfice de la colonie voisine, ou afin de repousser et de brouiller la ligne verte et l'annexion rampante de terres palestiniennes à Israël. Même ceux qui sont impressionnés par ces épisodes ignorent que les plantations de Salem et de Tawana sont proches de routes qui sont fermées au trafic des Palestiniens parce qu'elles relient des colonies. C'est l'armée israélienne qui ferme et bloque ces routes, ainsi que les centaines de kilomètres d'excellentes routes (de véritables billards) de Cisjordanie, interdites au trafic palestinien. L'arrachage de cent arbres suffit de priver une famille entière des moyens de son autosuffisance. L'interdiction des routes sabote la vitalité économique de l'ensemble du peuple palestinien. Bien entendu, l'armée israélienne rétorquera qu'il faut bien protéger les citoyens israéliens. Mais alors, dites-moi : pourquoi tout le monde est-il surpris et indigné quand ces mêmes citoyens continuent à étendre la logique du contrôle israélien dans les territoires occupés ? Selon cette logique, Israël aurait le droit d'instituer un double principe légal dans les territoires occupés : un, pour les juifs, et l'autre, pour les Palestiniens. Si, d'un côté les juifs jouissent de droits illimités en matière de constructions, la liberté du mouvement, les moyens de subsistance, les infrastructures, l'utilisation de l'eau et de la terre, de l'autre, les Palestiniens se voient systématiquement priver des droits humains et civils. Selon cette logique, les Palestiniens sont contraints à survivre avec des parcelles de terre de plus en plus réduites, dont ils doivent prouver qu'elles leur appartiennent bien. Les parcelles plus vastes, dont la propriété n'est pas enregistrée auprès l'Administration du Territoire d'Israël, appartient automatiquement à « Israël », et aux conseils des colonies.

Ce ne sont pas les colons qui édictent les politiques : ils en sont le résultat. Ils vivent tous en paix et sans scrupules de conscience, face à des centaines de villages appauvris et efficacement transformés en prisons, pour permettre à l'armée israélienne de continuer à protéger ce que l'Etat d 'Israël a entrepris : le contrôle de la plus grande superficie possible de territoire, l'expulsion du plus grand nombre possible de Palestiniens. Une minorité d'Israéliens n'attendent pas que l'armée israélienne et l'Etat détruisent : ils détruisent déjà par eux-mêmes. Se laisser impressionner par une minorité et oublier la responsabilité générale, c'est un peu trop facile.

 

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