"La solution de deux Etats
pour deux peuples règlerait ipso facto la question
des réfugiés palestiniens" : ça
au moins c’est clair ! S’ils veulent rentrer chez
eux, ils n’ont qu’à le faire, mais dans
le petit bout de Cisjordanie que nous leur laisserons, comme
un os à ronger...
La ministre israélienne des Affaires étrangères
Tzipi Livni a réitéré lundi l'opposition
d'Israël à la participation du mouvement islamiste
Hamas aux législatives palestiniennes du 25 janvier.
"Je demande à l'Europe d'appliquer chez nous
les critères en vigueur chez elle concernant la démocratie.
La démocratie en Europe ne permet pas à des
partis impliqués dans le terrorisme de disputer des
élections législatives" a déclaré
Mme Livni lors d'une intervention devant à Herzliya,
devant un centre d'études politique et stratégique.
La ministre a relevé que les observateurs venus avec
l'ancien président américain Jimmy Carter superviser
le déroulement du scrutin avaient établi que
"la participation du Hamas aux élections portait
atteinte à leur légitimité".
"Les résultats des élections n'influeront
pas seulement sur l'Autorité palestinienne mais également
sur Israël", a-t-elle poursuivi, rappelant que la
première étape de la Feuille de route stipulait
"un processus de démocratisation mais aussi le
démantèlement des organisations terroristes".
Israël craint que le Hamas qui participe pour la première
fois à des élections législatives palestiniennes
acquiert une position de force au sein de l'Autorité
palestinienne. Le Hamas prône ouvertement la destruction
d'Israël et la poursuite de la lutte armée.
Mme Livni a par ailleurs évoqué la nécessité
pour Israël de procéder à des concessions
territoriales en Cisjordanie.
"Pour préserver l'existence d'un Etat juif et
démocratique il faudra renoncer à une partie
de la Terre d'Israël (Israël dans ses frontières
bibliques incluant la Cisjordanie)" a-t-elle affirmé.
Elle a cependant souligné que le tracé des
frontières d'Israël prendrait en compte "la
sécurité d'Israël", "le contrôle
de lieux importants pour le peuple juif", dans une allusion
aux lieux saints, et des blocs de colonies.
Elle a enfin souligné que "la solution de deux
Etats pour deux peuples réglait ipso facto la question
des réfugiés palestiniens". Source : AFP,
23 janvier 2006
Une effrayante « stratégie
pour Israël »
par Linda Heard, Arab News, principal quotidien
du Moyen-Orient en anglais, 29 novembre 2005/27, Shawwal 1426
> http://www.arabnews.com. Courriel de l’auteur :
sierra12th@yahoo.co.uk
Traduit de l'anglais en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Il y avait déjà quelques jours que quelqu'un
m'avait donné la traduction d' un article écrit
par un journaliste israélien, Oded Yinon. Cet article
datait de. 1982.
« Bôf ! Du réchauffé », pensé-je.
Tout d'abord, je me suis dit que je mettrais cet article de
côté, afin de le parcourir, un de ces quatre,
quand j'en aurais le temps.
Mais, quelques jours après, la personne qui m'avait
remis ce document m' ayant demandé ce que j'en avais
pensé, j'ai attrapé mes lunettes et je me suis
assise, résignée à affronter ce qui s'annonçait
comme une lecture peu roborative.
Combien j'avais tort ! Ce Yinon (un ex-attaché au
ministère israélien des Affaires étrangères)
avait publié cet article intitulé « Une
stratégie pour Israël dans la décennie
1980 » [A Strategy for Israel in the 1980s] dans la
revue Kivunim (« Directions »), « organe
du judaïsme et du sionisme ». Et, si l'Association
des Diplômés Arabes des Universités Américaines
ne l'avait pas diffusé largement, il aurait sans doute
disparu dans le trou noir de la mémoire.
Ce document faisant onze pages, je me contenterai de vous
en donner la teneur. Mais on peut le trouver en version intégrale
sur Internet. [voir ci-après]
Le synopsis du projet est le suivant : « Afin de survivre,
Israël doit devenir une puissance impériale régionale
et il doit aussi s'assurer de l' atomisation de tous les pays
arabes afin que la région puisse être saucissonnée
en petits Etats non-viables et incapables, de par leur piètre
armement, de résister à la puissance militaire
israélienne ». Wâouw !
Du monde arabo-musulman, Yinon dresse sobrement la description
suivante : « Un château de cartes éphémère,
édifié par des étrangers et arbitrairement
divisé en différents pays, composés tous
autant qu'ils sont d'un bric-à-brac de minorités
et de groupes ethniques mutuellement hostiles ».
Après quoi, il prédit que certains de ces pays
sont voués à la destruction ethnico-sociale,
de l'intérieur, en précisant que « dans
certains d'entre eux, une guerre civile fait rage, d'ores
et déjà ».
Ensuite, l'auteur regrette amèrement la remise du
Sinaï à l'Egypte, en vertu du traité de
paix de Camp David, car cette région est riche «
en pétrole, gaz et autres ressources naturelles ».
Il commente : « Reconquérir la péninsule
du Sinaï est, par conséquent, une priorité
politique, à laquelle Camp David fait obstacle. ils
nous faut agir afin de ramener la situation au statu quo en
vigueur au Sinaï avant la visite de Sadate [à
Jérusalem] et le calamiteux traité de paix signé
avec lui en mars 1979. »
Yinon prédit que si l'on réussi à diviser
et à déchirer l'Egypte, d'autres pays arabes
cesseront d'exister dans leur forme présente. Il préconise
donc de fonder un Etat chrétien copte en Haute Egypte.
[Ah, voilà. je comprends mieux ! Je m'étais
toujours demandé pourquoi l'Egypte était désignée
par les mots « le gros lot », dans un rapport
présenté par la Rand Corporation au Pentagone,
en 2002, à la demande du responsable néoconservateur
et grand ami d'Israël, Richard Perle.]
Et maintenant, que dites-vous de ça ? « La dissolution
de la Syrie et de l' Irak, par la suite, en diverses zones
uniethniques et mono-confessionnelles, à l'instar du
Liban, est le premier objectif d'Israël sur le long terme,
l' anéantissement de la puissance militaire de ces
pays tenant lieu de premier objectif, en préalable,
à court terme », écrit-il.
« L'Irak, riche en pétrole, d'une part, et déchiré
intérieurement, d'autre part, est un candidat de choix
pour devenir une des cibles d'Israël », explique
Yinon, qui poursuit : « Pour nous, sa dissolution est
même encore plus importante que celle de la Syrie. Dans
l'immédiat, c'est la puissance irakienne qui représente
la plus grande menace, pour Israël. »
« Les confrontations interarabes, quel qu'en soit le
mobile, nous aideront, à court terme et rapprocheront
l'objectif bien plus important consistant à faire éclater
l'Irak entre différentes entités, comme en Syrie
et au Liban. En Irak, trois Etats, au moins se formeron, autour
des trois villes les plus importantes : Bassora, Bagdad et
Mossoul. »
Rappelez-vous : cet article de Yinon date de. 1982 ! Mais
l'auteur commet aussi de graves erreurs de jugement. Par exemple,
il était absolument persuadé que tant la Jordanie
que l'Egypte retourneraient à des philosophies panarabes
dans le style du nassérisme et rompraient leurs accords
avec Israël, chose qu'il espérait fortement. Mais
cela ne s'est pas produit.
Plus loin, Yinon prédisait qu'il n'y avait «
aucune chance que la Jordanie continue à exister sous
sa forme actuelle encore très longtemps » et
que « la politique israélienne, en temps de paix
comme en temps de guerre, doit viser à liquider la
Jordanie. » Cela, parce que Yinon voulait voir transférer
les Arabes palestiniens de la Cisjordanie vers la Jordanie.
« Il n'est pas possible de continuer à vivre,
dans ce pays, comme aujourd'hui, sans séparer les deux
nations : les Arabes en Jordanie ; quant aux juifs, qu 'ils
vivent dans les régions situées à l'ouest
du Jourdain », disait-il.
L'article de Yinon était-il annonciateur du document
rédigé en 1996, à la demande de Benjamin
Netanyahu, par des lumières de premier plan des administrations
Bush père et fils, tels Richard Perle, Douglas Feith,
ou encore David et Meyrav Wurmser, sous le titre : «
Rupture franche : Une nouvelle stratégie à même
de garantir l'empire » [Clean Break: A new strategy
for securing the realm] ?
« Rupture franche » recommandait au gouvernement
israélien « de remettre publiquement en question
la légitimité de la Syrie », « de
confiner la Syrie et de frapper des cibles choisies dans ce
pays » et de « rejeter » le concept de la
terre contre la paix en ce qui concerne les hauts plateaux
du Golan.
Il y était aussi proposé que la Syrie soit
isolée et cernée par un régime «
ami » installé en Irak, tandis que les pays arabes
devaient être mis en cause en tant qu' « Etats
policiers » manquant de légitimité. N'est-ce
pas exactement ce qui est en train de se passer, aujourd'hui,
dans le cadre de la politique bushienne de « démocratisation
» ?
Richard Perle - que le journaliste et cinéaste John
Pilger présente comme un des maîtres à
penser de George W. Bush - refait son apparition, un peu plus
tard, dans le Projet 2000 pour un Nouveau Siècle [forcément]
Américain, qui expose la vision néocon de la
domination états-unienne universelle sur terre, sur
les océans, dans les cieux et dans l'espace interstellaire.
En décembre 2002, Pilger écrivait ceci : «
J'avais interviewé Perle à l' époque
où il conseillait Reagan, et quand il parlait de «
guerre totale », je pensais - à tort - qu'il
était cinglé. Or, il a réutilisé
cette _expression, récemment, pour décrire la
guerre de l'Amérique « contre le terrorisme ».
« Pas de phases, pas d'étapes !. » a-t-il
dit ; « Il s'agit d' une guerre totale. Nous sommes
en train de lutter contre toutes sortes d' ennemis. Il y en
a des tas, tout autour de nous. » « Tout ce bla-bla-bla,
selon lequel nous allons régler le cas de l'Afghanistan,
après quoi nous ferons sa fête à l'Irak.
ça ne tient pas debout : c'est exactement ce qu'il
ne faut pas faire. Si (en revanche) nous laissons se mettre
en place notre vision du monde, si nous y adhérons
totalement, sans essayer de mettre en place les pièces
de puzzle de la diplomatie de haute volée, mais tout
simplement en livrant une guerre totale. alors nos enfants
chanteront nos louanges, et cela encore très longtemps
!. »
Les enfants qui survivront, peut-être... Mais il y
a fort à parier que, plus vraisemblablement, Perle
et sa bande finiront dans les annales poussiéreuses,
aux côtés des personnages les plus brutaux, les
plus impitoyables et les plus égoïstes de l'Histoire.
Stratégie pour Israël dans
les années 80
par Oded YINON, 13 juin 1982
Présentation par Israel Shahak, défunt président
de la Ligue israélienne des droits de l’homme
L’article qui suit, d’Oded Yinon présente,
me semble-t-il, de façon exacte et détaillée,
le projet qui est celui du régime sioniste actuel –
le régime de Sharon et Eitan – concernant le
Moyen-Orient, à savoir la division de la région
en petits états, et le démantèlement
de tous les états arabes. Je voudrais, en guise de
préambule, attirer l’attention du lecteur sur
quelques points :
1 – L’idée que tous les Etats arabes doivent
être fragmentés en petites unités, par
l’œuvre d’Israël, est une idée
récurrente dans la pensée stratégique
israélienne.
2 – On perçoit très clairement le lien
étroit qui existe entre ce projet et la pensée
néo-conservatrice américaine, particulièrement
dans les notes de l’auteur pour son propre article.
Mais, en dépit d’une référence
de pure forme « à la défense de l’Occident
» face au pouvoir soviétique , l’objectif
réel de l’auteur, et du régime israélien
actuel est bien clair : faire d’un Israël impérialiste
une puissance mondiale. En d’autres termes, Sharon se
propose de tromper les Américains après avoir
joué le monde entier.
3 – Très évidemment, bien des faits, dans
les notes comme dans le texte même sont falsifiés
ou omis, comme par exemple l’aide financière
des Etats-Unis à Israël. D’autres prétendus
faits sont de pures inventions. Mais il ne faudrait pas pour
autant regarder ce projet comme dénué de toute
portée pratique, ou irréalisable, au moins à
court terme. Le projet reproduit fidèlement les théories
« géopolitiques » qui avaient cours en
Allemagne dans les années 1890-1933, qui furent adoptées
telles quelles par Hitler et le nazisme, et qui guidèrent
leur politique en Europe de l’Est. Les objectifs fixés
par ces théories, en particulier le démantèlement
des Etats existants, reçurent un début de réalisation
de 1939 à 1941, et seule une coalition à l’échelle
mondiale en empêcha l’application à long
terme.
Il est donc d’importance vitale pour nous de regagner
le Sinaï, avec ses ressources, exploitées et potentielles
: c’est pour nous un objectif politique prioritaire,
que les accords de Camp David et les accords de paix nous
empêchent de poursuivre. La faute en incombe au gouvernement
israélien actuel et aux gouvernements qui ont ouvert
la voie à la politique de compromis sur les territoires
: les gouvernements de coalition qui se sont succédés
depuis 1967. Après la restitution du Sinaï, les
Egyptiens ne seront plus obligés de respecter le traité
de paix et ils s’efforceront de rejoindre le camp arabe
et l’alliance soviétique afin de s’assurer
appui politique et assistance militaire. L’aide américaine
n’est assurée qu’à court terme,
pour la période de paix fixée par les accords
; et l’affaiblissement des Etats-Unis, à l’intérieur
comme à l’extérieur, entraînera
nécessairement l’affaiblissement de leur assistance.
Sans pétrole, sans les revenus dérivés
du pétrole, compte-tenu des dépenses actuelles
énormes, nous ne pourrons pas maintenir les conditions
présentes en 1982, et nous serons contraints d’agir,
de façon à rétablir dans le Sinaï,
la situation antérieure à la visite de Sadate
et au traité de paix malencontreux signé avec
lui en mars 1979.
Pour atteindre ce but, Israël dispose essentiellement
de deux moyens, l’un direct, l’autre indirect.
Le moyen direct est le moins réaliste des deux en raison
de la nature du régime israélien, de son gouvernement,
de la sagacité de Sadate qui obtint notre retrait du
Sinaï, sa plus grande réussite après la
guerre de 1973. Israël ne prendra pas l’initiative
de rompre ce traité, ni aujourd’hui ni en 1982,
à moins d’y être acculé, économiquement
et politiquement, et que l’Egypte fournisse à
Israël un prétexte pour reprendre le Sinaï
pour la quatrième fois dans notre courte histoire.
Il reste donc la voie indirecte. Une situation économique
égyptienne, le caractère du régime, sa
politique pan-arabe vont créer une situation telle
qu’après Avril 1982, Israël va se trouver
contraint d’agir directement ou indirectement pour reprendre
le Sinaï en tant que réserve stratégique,
économique et énergétique à long
terme. En raison de ses conflits internes, l’Egypte
ne représente pas un problème stratégique
du point de vue militaire, et elle pourrait être aisément
réduite à sa situation d’avant la guerre
de 1967.
Le mythe de l’Egypte, homme fort du monde arabe, ébranlé
en 1956, n’a pas survécu à 1967 ; mais
notre politique et la restitution du Sinaï ont fait d’un
mythe un « fait ». Mais sur le plan réel,
la puissance égyptienne, comparée à celle
d’Israël seul, et à celle du monde arabe,
a diminué de 50 % depuis 1967. L’Egypte n’est
plus la première puissance politique du monde arabe,
et elle est à la veille d’une crise économique.
Sans aide extérieure, la crise va se produire incessamment.
A court terme, grâce à la reprise du Sinaï,
l’Egypte va marquer quelques points, mais seulement
jusqu’en 1982 ; et cela ne modifiera pas à son
avantage le rapport de forces mais pourrait même entraîner
sa ruine. L’Egypte, dans sa configuration intérieure
actuelle est déjà moribonde, et plus encore
si nous prenons en compte la rupture entre Chrétiens
et musulmans qui va croissant. Démanteler l’Egypte,
amener sa décomposition en unités géographiques
séparées : tel est l’objectif politique
d’Israël sur son front occidental, dans les années
1980. L’Egypte est effectivement déchirée.
L’autorité n’y est pas une mais multiple.
Si l’Egypte se désagrège, des pays tels
que la Lybie, le Soudan et même des Etats plus éloignés
ne pourront pas survivre sous leur forme actuelle et accompagneront
l’Egypte dans sa chute et sa dissolution. On aura alors
un état chrétien copte en Haute Egypte, et un
certain nombre d’Etats faibles, au pouvoir très
circonscrit, au lieu du gouvernement centralisé actuel
; c’est le développement historique logique et
inévitable à long terme, retardé seulement
par l’accord de paix de 1979.
Le front ouest qui, à première vue, semble
poser plus de problèmes, est en fait plus simple que
le front est, théâtre récent des évènements
les plus retentissants. La décomposition du Liban en
cinq provinces préfigure le sort qui attend le monde
arabe tout entier, y compris l’Egypte, la Syrie, l’Irak
et toute la péninsule arabe ; au Liban, c’est
déjà un fait accompli. La désintégration
de la Syrie et de l’Irak en provinces ethniquement ou
religieusement homogènes, comme au Liban, est l’objectif
prioritaire d’Israël, à long terme, sur
son front est ; à court terme, l’objectif est
la dissolution militaire de ces Etats. La Syrie va se diviser
en plusieurs états suivant les communautés ethniques,
de telle sorte que la côte deviendra un Etat allouite
chiite ; la région d’Alep, un Etat sunnite ;
à Damas, un autre Etat sunnite hostile à son
voisin du Nord : les Druzes constitueront leur propre Etat,
qui s’étendra sur notre Golan peut-être,
et en tout cas dans le Haourân et en Jordanie du Nord.
Cet Etat garantira la paix et la sécurité dans
la région, à long terme : c’est un objectif
qui est dès à présent à notre
portée.
L’Irak, pays à la fois riche en pétrole,
et en proie à de graves dissensions internes, est un
terrain de choix pour l’action d’Israël.
Le démantèlement de ce pays nous importe plus
encore que celui de la Syrie. L’Irak est plus fort que
la Syrie ; à court terme, le pouvoir irakien est celui
qui menace le plus la sécurité Israël.
Une guerre entre l’Irak et la Syrie ou entre l’Irak
et l’Iran désintègrera l’Etat irakien
avant même qu’il ne puisse se préparer
à une lutte contre nous. Tout conflit à l’intérieur
du monde arabe nous est bénéfique à court
terme et précipite le moment où l’Irak
se divisera en fonction de ses communautés religieuses,
comme la Syrie et le Liban. En Irak, une distribution en provinces,
selon les ethnies et les religions, peut se faire de la même
manière qu’en Syrie du temps de la domination
ottomane. Trois Etats –ou davantage- se constitueront
autour des trois villes principales : Bassorah, Bagdad et
Mossoul ; et les régions chiites du sud se sépareront
des sunnites et des kurdes du Nord. L’actuel conflit
irano-irakien peut radicaliser cette polarisation.
La péninsule arabe toute entière est menacée
de désintégration sous les pressions extérieures
et intérieures. Ce processus est particulièrement
inévitable en Arabie Saoudite, soit qu’elle conserve
sa puissance économique fondée sur le pétrole,
soit que celle-ci aille décroissant. La structure politique
actuelle du pays annonce des luttes internes et la désintégration
finale.
La Jordanie, elle, est un objectif stratégique à
court terme. En effet, une fois terminé le trop long
règne de Hussein, remplacé par un pouvoir palestinien,
le pays se désintégrera naturellement et ne
constituera plus une menace pour l’avenir d’Israël.
La Jordanie ne peut plus survivre longtemps dans la structure
actuelle et, la tactique d’Israël soit militaire,
soit diplomatique, doit viser à liquider le régime
jordanien et à transférer le pouvoir à
la majorité palestinienne. Ce changement de régime
en Jordanie résoudra le problème des territoires
cisjordaniens à forte population arabe ; par la guerre
ou par les conditions de paix, il devra y avoir déportation
des populations de ces territoires, et un strict contrôle
économique et démographique – seuls garants
d’une complète transformation de la Cisjordanie
comme de la Transjordanie. A nous de tout faire pour accélérer
ce processus et le faire aboutir dans un proche avenir. Il
faut rejeter le plan d’autonomie et toute proposition
de compromis, de partage des territoires ; étant donné
les projets de l’OLP et des arabes israéliens
eux-mêmes (voir le plan de Shefar’ham) il n’est
plus possible de laisser se perpétuer ici la situation
actuelle sans séparer les deux nations : les Arabes
en Jordanie et les juifs en Cisjordanie. Il n’y aura
de véritables coexistence pacifique dans ce pays que
lorsque les arabes auront compris qu’ils ne connaîtront
ni existence ni sécurité qu’une fois établie
la domination juive du Jourdain jusqu’à la mer.
Ils n’auront une nation propre et la sécurité
qu’en Jordanie.
En ce qui concerne Israël, la distinction entre les
régions acquises en 1967 et les territoires qui les
prolongent, ou les zones acquises en 1948, n’a jamais
eu aucun sens pour les arabes, et s’est maintenant effacée
pour nous aussi. Il faut voir le problème dans son
ensemble, sur la base de la situation depuis 1967. Quelle
que soit la situation politique ou la situation militaire
dans l’avenir, il faut qu’il soit clair que le
problème des Arabes autochtones ne recevra de solution
que lorsqu’ils reconnaîtront que la présence
d’Israël dans les zones de sécurité
jusqu’au Jourdain indirectement et au-delà constitue
pour nous une nécessité vitale, dans l’ère
nucléaire que nous allons vivre maintenant. Nous ne
pouvons plus vivre avec trois-quart de la population juive
concentrée dans une zone côtière, particulièrement
vulnérable à l’âge nucléaire.
Il faut désormais disperser les populations, c’est
un impératif stratégique. Faute de cela, nous
ne pouvons survivre, quelles que soient les frontières.
La Judée, la Samarie, la Galilée sont nos seules
garanties d’existence nationale et si nous ne nous implantons
pas de façon à être majoritaires dans
les zones montagneuses, nous ne gouverneront pas le pays ;
nous y vivrons comme les croisés, qui perdirent ce
pays – un pays d’ailleurs qui n’était
pas le leur, dans lequel ils étaient des étrangers.
Notre but premier, le plus essentiel aujourd’hui est
de rééquilibrer le pays sous le triple aspect
démographique, stratégique et économique.
Il faut coloniser tout le versant de la montagne qui s’étend
depuis Birsheba jusqu’en Haute Galilée ; c’est
un objectif essentiel de notre stratégie nationale
: coloniser la montagne qui jusqu’à présent
est vide de juifs.
La réalisation de nos objectifs, sur le front Est,
dépend de la réalisation de cette stratégie
intérieure. Et seule la transformation de notre structure
politique et économique constitue la clé d’une
mutation complète qui nous permettra de mettre en œuvre
la stratégie en question. Nous devons passer d’une
économie centralisée dans laquelle le gouvernement
est trop étroitement impliqué, à une
économie de marché, ouverte et libre. En même
temps, nous devons nous affranchir de notre dépendance
à l’égard du contribuable américain,
et développer une véritable infrastructure économique,
productive, qui ne doive rien qu’à nous-mêmes.
Si nous ne nous montrons pas capable d’opérer
cette mutation par notre seule volonté, notre seule
libre entreprise, alors les forces économiques, politiques,
énergétiques, à l’œuvre dans
le monde, et notre propre isolement, nous y contraindrons.
D’un point de vue militaire, stratégique, le
monde occidental dominé par les Etats-Unis est incapable
de résister aux pressions exercées par l’URSS
dans le monde ; Israël ne doit donc compter que sur ses
propres forces dans les années 80, sans aide extérieure,
militaire ou économique ; cela nous en sommes capables
aujourd’hui, sans compromis. Une rapide évolution
du monde entraînera aussi une transformation de la condition
des juifs dans le monde ; Israël ne sera plus pour eux
un dernier recours mais le seul choix de survie possible.
Nous ne pouvons pas tabler sur le fait que les communautés
juives américaines, européennes, d’Amérique
latine survivront sous leur forme actuelle.
Nous continuerons de vivre dans ce pays, aucune puissance
au monde ne peut nous en chasser, ni par la force, ni par
la ruse (méthode de Sadate). En dépit des difficultés
créées par un traité de paix mal inspiré
et le problème des Arabes israéliens et de ceux
des territoires, nous devons pouvoir résoudre toutes
ces questions dans un avenir déjà prévisible.
Pour lire la version originale intégrale du document
> http://www.geocities.com/alabasters_archive/zionist_plan.html
Non, ça n'est pas les oliviers
par Amira Hass, Haaretz, 11 janvier 2006.
Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/668697.html
Traduit de l'italien en français par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala,
le réseau des traducteurs pour la diversité
linguistique
(transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est Copyleft.
Ces centaines et centaines d'oliviers brisés, aux
branches tendues vers le ciel comme pour implorer de l'aide,
ont quelque chose de très humain. Vendredi dernier,
à Tawana, dans les collines au sud d'Hébron,
120 oliviers ; à Burin, au sud de Naplouse, au début
de cette semaine, près de cinquante ; plus ou moins
cent autres, à Burin toujours, le 24 décembre,
et puis, de nouveau, à Burin, le 4 janvier.
La police a recensé 733 oliviers déracinés,
pour l'année 2005. D'après la liste (incomplète)
de vingt-neuf cas de sabotage agricole répertoriés
par les groupes de défense des droits de l'homme, Yesh
Din et B'Tselem, entre mars et décembre, ce sont 2
616 arbres qui ont été détruits : déracinés,
volés, brûlés, cassés, sciés.
Seulement à Salem, à quatre reprise, ce sont
neuf cents arbres qui ont été déracinés.
Même en admettant que l'évaluation des dommages
soit exagérée, ces deux associations sont d'accord
pour affirmer que les Israéliens sont en train de compromettre
gravement les vignes et les vergers. La multiplication, ces
derniers mois, des images d'arbres détruits «
par des inconnus » a été suffisamment
traumatisante pour inciter le procureur général
à s'en prendre à l'immobilisme des autorités,
et le ministre Gideo Ezra à convoquer une réunion,
durant laquelle il a été décidé
de mettre en ouvre des mesures de contrôle « dans
les localités reconnues « à problèmes
» ».
Toutefois, le traumatisme est sélectif. L'armée
israélienne a déraciné des milliers d'oliviers
et d'arbres fruitiers, détruit des terres cultivées
et des serres, et elle continue à le faire - pour rendre
sûres les routes qu' elle emprunte et pour augmenter
la visibilité des soldats ; pour construire des miradors,
des barrages routiers et la « barrière de séparation
» ; et aussi, pour construire de nouvelles routes et
pour enclore les colonies. Ainsi, dans le seul village de
Qafreen, ce sont 12 600 oliviers qui ont été
arrachés, pour construire le mur. Des milliers d'autres
arbres - peut-être plusieurs dizaines de milliers -
et des milliers d'acres de Cisjordanie se sont retrouvés
piégés derrière les murs, les enceintes
et les zones tampons qui entourent les colonies. Simplement
à Qafreen, 100 000 arbres se retrouvent emprisonnés
derrière la muraille, durant la plus grande partie
de l'année, et leurs propriétaires ne sont pas
autorisés à s'en approcher. Ils ne peuvent rien
faire d'autre que les regarder de loin et les laisser dans
un abandon total. Naturellement, comme explication, on invoque
la « sécurité », mais pour une raison
inexpliquée la sécurité finit toujours
par provoquer une énième soustraction efficace
du territoire palestinien, au bénéfice de la
colonie voisine, ou afin de repousser et de brouiller la ligne
verte et l'annexion rampante de terres palestiniennes à
Israël. Même ceux qui sont impressionnés
par ces épisodes ignorent que les plantations de Salem
et de Tawana sont proches de routes qui sont fermées
au trafic des Palestiniens parce qu'elles relient des colonies.
C'est l'armée israélienne qui ferme et bloque
ces routes, ainsi que les centaines de kilomètres d'excellentes
routes (de véritables billards) de Cisjordanie, interdites
au trafic palestinien. L'arrachage de cent arbres suffit de
priver une famille entière des moyens de son autosuffisance.
L'interdiction des routes sabote la vitalité économique
de l'ensemble du peuple palestinien. Bien entendu, l'armée
israélienne rétorquera qu'il faut bien protéger
les citoyens israéliens. Mais alors, dites-moi : pourquoi
tout le monde est-il surpris et indigné quand ces mêmes
citoyens continuent à étendre la logique du
contrôle israélien dans les territoires occupés
? Selon cette logique, Israël aurait le droit d'instituer
un double principe légal dans les territoires occupés
: un, pour les juifs, et l'autre, pour les Palestiniens. Si,
d'un côté les juifs jouissent de droits illimités
en matière de constructions, la liberté du mouvement,
les moyens de subsistance, les infrastructures, l'utilisation
de l'eau et de la terre, de l'autre, les Palestiniens se voient
systématiquement priver des droits humains et civils.
Selon cette logique, les Palestiniens sont contraints à
survivre avec des parcelles de terre de plus en plus réduites,
dont ils doivent prouver qu'elles leur appartiennent bien.
Les parcelles plus vastes, dont la propriété
n'est pas enregistrée auprès l'Administration
du Territoire d'Israël, appartient automatiquement à
« Israël », et aux conseils des colonies.
Ce ne sont pas les colons qui édictent les politiques
: ils en sont le résultat. Ils vivent tous en paix
et sans scrupules de conscience, face à des centaines
de villages appauvris et efficacement transformés en
prisons, pour permettre à l'armée israélienne
de continuer à protéger ce que l'Etat d 'Israël
a entrepris : le contrôle de la plus grande superficie
possible de territoire, l'expulsion du plus grand nombre possible
de Palestiniens. Une minorité d'Israéliens n'attendent
pas que l'armée israélienne et l'Etat détruisent
: ils détruisent déjà par eux-mêmes.
Se laisser impressionner par une minorité et oublier
la responsabilité générale, c'est un
peu trop facile.
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