Appel à l'aide de la famille
Ghalia (Gaza)
Par ISM, http://www.ism-france.org/news/article.php?id=5578&type=communique
Le
9 juin 2006, la famille Ghalia a été terriblement
frappée par une attaque israélienne, pendant
un pique-nique sur la plage de Gaza. Le drame a attiré
l'attention du monde entier, en particulier par les photos
et vidéo horribles prises quelques minutes après,
montrant Huda Ghalia (11 ans), hurlant de douleur près
du cadavre de son père, Ali (43 ans).
Au cours de l'attaque, 7 membres de la famille Ghalia ont
été tués : Ali (43 ans), sa femme Raisa
(36 ans) et leurs enfants : Haytham (8 mois),
Hanadi (2 ans), Sabrin (7 ans), Ilham (17 ans), Alia (24 ans)
et 7 ont été
blessés : (Hamida, Amane (22 ans), Avham (17 ans),
Adham (12 ans), Huda
(10 ans), Hadil (6 ans), Latifa (4 ans). La famille avait
déjà été touchée
par le passé.
Le 4 juin 2005, lors de bombardements israéliens sur
la Bande de Gaza, 8
personnes avaient été tuées et 5 blessées
dans la fraiseraie familiale.
Sur ces 13 personnes, 9 faisaient partie de la famille Ghalia.
La famille a pratiquement tout perdu : la plupart des hommes
sont morts ou
blessés, des sommes d'argent considérables sont
dépensées quotidiennement
pour les traitements médicaux ou les besoins spécifiques
des nombreux
blessés ou handicapés, et les terres agricoles
sont rendues inaccessibles
par les bombardements répétés.
Tout ceci s'ajoute à la situation générale
de Gaza et les bouclages par
air, mer ou terre, le manque d'électricité la
majeure partie de la
journée, les soins et fournitures médicales
inadéquats, le manque de
nourriture, etc.
Nous vous demandons d'aider cette famille, dont la situation
financière
est désespérée.
Malgré la large couverture médiatique de la
catastrophe de la plage et de
très nombreuses promesses d'aide venues du monde entier,
jusqu'à
aujourd'hui pas un sou n'est parvenu. Même pas pour
régler les frais
d'ambulance du transfert des blessés depuis Israël
jusqu'aux hôpitaux
égyptiens pour les opérations d'urgence vitale.
Vous trouverez ci-dessous la liste des dépenses.
Comment faire les dons :
Par chèque :
Payable à Yaacov Manor
P.O.Box 1335, Kfar Saba 44113, Israel
Transfert bancaire :
Hapoalim Bank, Branch 679, Account 119442
Swift # Poalilit 000000119442
Nous souhaiterions que vous nous informiez par mail de la
date à laquelle
vous envoyez les dons.
Pour toute question concernant les dons, leurs destinations
ou pour entrer
en contact avec la famille, n'hésitez pas à
écrire à :
ghaliafamily@gmail.com
+972-52-3604814 (Ronnie)
Quelques mots à notre sujet : nous sommes des amis
proches de Ramadan
Ghalia et des autres membres de la famille. Cet appel à
l'aide est envoyé
au nom de la famille et à sa demande.
La situation à Gaza ne permet que cette initiative
soit effectuée
directement.
Liste des dépenses à régler
par la famille :
. Frais d'ambulance : 2500 $
. Traitements pour 3 des blessés en Egypte : 1000 $
. Rééducation pour chaque blessé (pour
certains, il faudra 6 mois de
traitement) : 100$/jour/personne
. Très gros frais, dont le montant n'est pas encore
connu, pour d'autres
opérations à l'étranger.
. Dépenses pour la vie quotidienne pour ceux qui ne
peuvent plus
travailler, leurs familles et les orphelins.
Liste des blessés et de leurs blessures :
. Hamida, la mère de famille : blessure importante
à la main.
. Amani, 23 ans, mère de 2 enfants : amputation d'une
main et plusieurs
blessures internes.
. Ayham, 17 ans : plusieurs blessures aux jambes, à
l'abdomen, à l'épaule
et à la main.
. Adham, 12 ans : multiples blessures faciales, à l'abdomen
et au genou.
Nécessite une opération et de la rééducation
à l'étranger pour sa jambe
blessée.
. Huda, 10 ans : blessure à la jambe.
. Hadil, 6 ans : grave blessure au cou. A perdu ses parents,
vit avec sa
belle-mère, ses beaux-frères et belles-soeurs
toujours vivants.
. Latifa, 4 ans : blessures à la tête et à
la jambe.
. Ayssa, 13 ans, fils de Ramadan Ghalia, blessé pendant
l'attaque de 2005
: a été amputé des deux jambes, a subi
plusieurs opérations et une longue
hospitalisation à Gaza, en Israël et en Iran.
Tous ces blessés graves ont besoin de rééducation
pendant de longues
périodes de manière à recouvrer l'utilisation
de leurs membres. La plupart
d'entre eux nécessiteront d'autres traitements, d'autres
opérations à
l'étranger, dont il est inutile de dire qu'elles coûteront
cher.
Ramadan Ghali
« L'année dernière, le 4 janvier 2005,
mon fils a été touché lors d'un
bombardement israélien dans le champ de fraises familial.
Il avait à
l'époque 12 ans. 4 de mes neveux ont été
tués pendant cette attaque. Mon
fils a été amputé des deux jambes. Il
a été hospitalisé à Gaza pendant
17
jours, puis 2 mois à Jérusalem et 4 mois en
Iran, où toutes les tentatives
de pose de prothèses ont échoué.
Récemment, le 9 juin 2006, la plage de Gaza a été
bombardée. (voir la
vidéo d'Al Jazeera)
Mon frère, sa femme et 5 de leurs enfants ont été
tués. 7 membres de la
famille ont été blessés ; 4 d'entre eux
sont toujours hospitalisés en
Egypte, 2 à Beer-Sheva et 1 à Tel-Aviv, Israël.
Ayham, ma nièce qui est
hospitalisée à Tel-Aviv, est soignée
dans le Service de Soins intensifs
depuis le 10 juin.
Je suis là, à l'hôpital de Tel-Aviv depuis
3 mois, alors que mes 12
enfants et 7 des enfants de mon frère qui ont survécu
sont à Gaza et sous
ma responsabilité. Je ne peux pas rester ici plus longtemps
car personne
ne peut s'occuper de ma famille.
A la maison, je n'ai pas d'eau, pas d'électricité,
rien. Ils ont détruit
ma maison, ma famille et ma vie. »
Ramadan Ghali (Abu Fathi), 8 septembre 2006.
Ramadan est le frère d'Ali Ghalia, décédé,
et le plus âgé des frères qui
ont survécu dans la famille. Il est maintenant responsable
des vies de 3
familles (la sienne, celle de son frère et sa nièce).
Lien pour de plus amples informations et des photos :
http://ghaliafamily.brinkster.net
Merci, Shukran !
Merci de diffuser cet appel aussi largement que possible.
Traduction : MR pour ISM
Nous ne pouvons pas rentrer chez nous
Par Sam Bahour, The New York Times, 7 octobre
2006
Traduit de l’anglais par Fausto Giudice,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la
diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction
est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à
condition d’en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs.
Sam Bahour est le co-auteur de "Homeland: Oral Histories
of Palestine and Palestinians" [Patrie : histoires orales
de Palestine et de Palestiniens
Il
y a treize ans, j’ai laissé une vie confortable
aux USA pour un avenir incertain en Cisjordanie. Israël
et l’OLP venaient de signer les Accords d’Oslo.
Comme beaucoup d’autres, j’ai vu là une
opportunité pour enfin construire une société
et une économie qui s’achemineraient vers la
liberté, vers une Palestine grandissant à côté
d’Israël.
En tant qu’homme d’affaires palestinien-usaméricain,
j’étais décidé à faire ma
part. Je me suis donc installé à El Bireh, en
Cisjordanie, où ma famille a vécu depuis de
siècles. Là j’ai contribué à
la création d’une société de télécommunications
de 100 millions de dollars, qui emploie aujourd’hui
plus de 2000 Palestiniens. J’ai décroché
une maîtrise d gestion de l’Université
de Tel Aviv. Puis j’ai créé un centre
commercial de 10 millions de dollars – le premier de
cette sorte dans les territoires palestiniens, et qui emploie
plus de 220 Palestiniens. Je me suis marié et j’ai
deux filles adorables.
Mais voilà que les autorités israéliennes
ont décidé de mettre un terme à ma vie
ici.
Même après la signature des Accords d’Oslo
et la mise en place de l’Autorité palestinienne,
Israël a gardé le contrôle de toutes les
frontières et du registre d’état-civil.
Rien ni personne ne peut entrer ou sortir de Cisjordanie ou
de Gaza sans permission d’Israël. Depuis une douzaine
d’années, j’attends donc qu’Israël
accepte ma demande de permis de résidence.
Des juifs usaméricains ou de n’importe ailleurs
au monde, peuvent venir en Israël et se voient octroyer
automatiquement al citoyenneté. Des milliers de juifs
usaméricains entrent et sortent librement d’Israël
pour vivre dans des colonies illégales de peuplement
en pleine Cisjordanie. Mais des Palestiniens dont les familles
ont vécu là sans discontinuer depuis des siècles
n’ont pas le même droit. J’ai besoin d’une
carte de résidence délivrée par Israël
pour vivre avec ma famille palestinienne dans la maison d
e mon grand-père en Cisjordanie palestinienne.
Depuis 13 ans, je vis ici en renouvelant mon visa touristique
tous les trois mois. Le mois dernier, un soldat israélien
a tamponné mon passeport avec un visa d’un mois
et il a écrit dessus « dernier permis »,
en arabe, en hébreu et en anglais. Je suis donc confronté
à un choix terrible :
- je peux partir, arracher ma famille à ses racines
et abandonner les entreprises que j’ai travaillé
dur à monter ;
- Je peux partir seul et me séparer de ma femme et
de mes filles ;
- - je peux rester ici comme « clandestin », risquant
à tout instant d’être déporté.
Ma situation n’est pas unique. Des milliers de Palestiniens
vivent dans un flou semblable. La plupart disposent de moins
d’options souhaitables que moi. Mes enfants sont citoyens
usaméricains. Nous pouvons retourner aux USA. Mais
en venant ici, j’avais une vision et je reste déterminé
à jouer un rôle dans le développement
économique, dans la fin non-violente de l’occupation
militaire israélienne et dans l’édification
d’un État palestinien.
La politique israélienne est efficace pour décourager
des gens comme moi. Selon le groupe israélien des droits
humains B’Tselem, cela a été une politique
officielle israélienne depuis 1983 que de « réduire
autant que possible le nombre d’autorisations ou de
demandes de regroupement familial » de Palestiniens.
B’Tselem rapporte que rien que dans les six dernières
années, plus de 70 000 personnes ont déposé
des demandes d’immigration pour rejoindre leurs familles
en Cisjordanie et à Gaza. Leurs demandes ont été
soit rejetées, soit mises en attente, comme la mienne.
Chaque Palestinien qui s’en va allège ce qu’Israël
appelle ouvertement la « menace démographique
» qu’est censée représenter la croissance
de la population palestinienne. Mais Israël devrait comprendre
que la vraie menace ne vient pas de la démographie.
Elle vient du contrôle exercé sur toute une population,
des familles brisées et de obstacles mis au développement
économique.
Israéliens et palestiniens sont destinés à
être voisins. L’un des voisins ne peut assurer
sa sécurité en condamnant l’autre aux
épreuves et au désespoir. Beaucoup de gens comme
moi – entrepreneurs, éducateurs, artistes et
autres – auxquels Israël refuse l’entrée,
sont venus pour construire des ponts et non des murs. Nous
sommes venus pour investir dans une vie meilleure qui suivra
cette occupation – un avenir lumineux commun pour les
enfants palestiniens et israéliens.
Vous pouvez soutenir la démarche de Sam Bahour
. soit par mail à l’ambassade d’Israël
à Paris ( Paris@israel.org ) avec copie au Ministre
des affaires étrangères d’Israël
( sar@mofa.gov.il ) ;
. soit par courrier : Ambassade d’Israël - 3 rue
Rabelais - 75008 Paris, avec copie faxée au Ministre
des affaires étrangères d’Israël
au n° 00 972 2 530 35 06
Un modèle de lettre de protestation vous est ci-dessous
proposé, à personnaliser toutefois autant que
possible :
" Monsieur l’Ambassadeur d’Israël à
Paris,
Je tiens à vous manifester ma plus totale désapprobation
quant au refus des autorités Israéliennes de
laisser Monsieur Sam Bahour, Palestinien-Américain
d’Al Bireh en Cisjordanie (où vit sa famille
depuis des générations) résider dans
son pays, la Palestine. En effet, après 9 années
de résidence à Al Bireh, où il travaille
et où il s’est marié, et également
9 années de renouvellements successifs de son visa
"de touriste" par périodes de 3 mois, l’Administration
civile Israélienne vient de proroger celui-ci pour
un mois seulement, et à titre de tout "dernier
permis". Il convient de noter que sa demande de résidence
permanente au titre du regroupement familial a été
refusée depuis 8 ans.
Il n’est pas tolérable que l’état
d’Israël, qui occupe illégalement les Territoires
Palestiniens depuis 36 ans, refuse à un Américain-Palestinien
le droit de continuer à résider avec sa famille
dans son propre pays, la Palestine, tandis qu’un Juif-Américain
se verra décerner sous 24 h. un permis permanent s’il
s’installe dans une colonie Israélienne, donc
illégale au regard du droit international et des résolutions
de l’ONU. Il n’est pas tolérable que l’état
d’Israël applique ainsi des critères racistes,
formellement contraires au droit international et humanitaire.
Je vous prie donc d’intervenir auprès des autorités
Israéliennes pour que M. Sam Bahour bénéficie,
sans délai, d’un permis de résidence permanente
en Cisjordanie, Palestine.
Signé : nom/prénom, ville "
Éducation ou contamination
des esprits?
Discours d'une mère de victime innocente
Par Nurit Peled-Elhanan
Discours tenu à l'université du Connecticut,
New London, 27 septembre 2006
Source : http://www.qumsiyeh.org/nuritpeledelhanan/
Traduit de l’anglais par Corinne Grassi
et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique.
Cette traduction est en Copyleft : il est libre de reproduction,
à condition d ‘en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs. URL de cet article
: http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1252&lg=fr
Le
Dr Nurit Peled-Elhanan est chargée de cours en sciences
du langage à l'Université hébraïque
de Jérusalem, spécialisée dans le discours
au sein de l'éducation israélienne, avec un
accent mis sur les représentations visuelles et verbales
des Palestiniens et des juifs non-occidentaux. En septembre
1997, Samarder, la fille de Nurit, a été tuée
par un Palestinien dans une attaque suicide. Elle et sa famille
sont membres des Familles en deuil palestiniennes et israéliennes
pour la paix. Le père de Nurit, le général
Matti Peled, était un héros de la guerre de
1948, devenu partisan de la paix sur la fin de sa vie.
Ses deux fils sont actifs dans les mouvements de paix des
Refuzniks (soldats qui refusent de servir dans les territoires,
NdT) et des Combattants pour la paix, un nouveau mouvement
d’ex-combattants israéliens et palestiniens.
Nurit Peled-Elhanan a reçu en 2001, le prix Sakharov
du Parlement européen pour les droits de l'homme et
la liberté de pensée. Elle est actuellement
en tournée aux USA avec une femme palestinienne (Hanan
Abou Ghosh) qui a perdu son frère âgé
de 17 ans suite à des tirs israéliens.
Mazin Qumsiyeh
Je voudrais dédier ces mots à tous les garçons
et filles palestiniens, à tous les garçons et
filles libanais, ainsi qu’à tous les garçons
et filles irakiens qui ont été massacrés
par des garçons soldats israéliens et américains
à l’esprit contaminé, et qui ont récemment
rejoint ma propre petite fille dans le royaume souterrain
des enfants morts, qui grandit sous nos pieds pendant que
je parle. Je voudrais leur dire de ne pas s'inquiéter
: Enfants, vous y serez bien reçus et personne ne vous
blessera simplement parce que vous avez fait l’école
buissonnière ou parce que vous portiez un voile sur
votre tête ou parce que vous viviez dans un certain
endroit. Reposez en paix, chacun a droit à une égale
dignité dans votre nouveau monde. C'est le monde où
les enfants israéliens demeurent côte à
côte avec les enfants palestiniens. Là ils reposent,
victimes et meurtriers, dont le sang a été longtemps
absorbé par la Terre sainte, qui a toujours été
indifférente au sang. Là ils reposent, tous
victimes de duperie.
Vous tous, enfants morts, avez été trompés,
parce que votre mort n'a abouti à rien du tout et le
monde continue à vivre comme si votre sang n'avait
jamais coulé. Parce que les leaders du monde continuent
à jouer leurs jeux meurtriers, en vous utilisant comme
des dés et en utilisant notre chagrin comme carburant
pour leurs machines à tuer. Parce que les enfants sont
des entités abstraites pour des généraux
et que le chagrin est un outil politique . Vivant des deux
côtés, celui des victimes et celui des tueurs,
je continue à me demander, quels sont les moyens qui
font que de bons enfants israéliens sont transformés
en monstres assassins, quels sont les moyens qui contaminent
autant leurs esprits pour qu’ils en viennent à
tuer, torturer et humilier d'autres enfants, leurs parents
et grands-parents, et à sacrifier leur propre vie pour
rien d’autre que la folie et la mégalomanie de
leurs chefs. Dans le prétendu monde occidental éclairé
chacun se sent très légitime quand il blâme
l'Islam pour les attentats suicide et la terreur. Mais qui
songerait à blâmer le judaïsme pour meurtre
? Les enfants juifs ultra-orthodoxes qui n’ont jamais
quitté Brooklyn savent que tuer des Arabes est un «
mitzva » (commandement sacré) car pour eux ce
sont des « vilde hayeths » (bêtes sauvages).
Et les enfants israéliens commettent réellement
les crimes de massacre et de torture. Ni le judaïsme
ni l'Islam ni aucune autre religion dans ce domaine ne sont
la cause des meurtres et de la terreur. C’est l'éducation
raciste qui l’est. C’est l'impérialisme
américain qui l’est, c’est l’impitoyable
régime d’occupation israélien qui l’est.
Les femmes et les enfants qui souffrent le plus de la violence
occidentale aujourd'hui sont les femmes musulmanes mais le
racisme ambiant fait que la souffrance de ces femmes est imputée
au fait qu’elles sont musulmanes.
Le monde occidental aujourd'hui est infecté par la
peur de l'Islam et de la matrice musulmane. La grande France
de la liberté-égalité-fraternité
est effrayée par des petites filles voilées,
l'Israël juif appelle, dans des discours publics et des
livres scolaires, les citoyens arabes d'Israël un «
cauchemar démographique » et « l'ennemi
intérieur ». Quant aux réfugiés
palestiniens vivant sous occupation, ils sont définis
dans les livres scolaires israéliens d'histoire comme
un « problème à résoudre ».
Il n’y a pas bien longtemps c’étaient les
juifs qui étaient un problème à résoudre.
Ceci en dépit du fait que les gens qui détruisent
le monde aujourd'hui ne sont pas musulmans. Les gens qui utilisent
les armes désastreuses les plus sophistiquées
pour tuer des milliers de civils innocents ne sont pas musulmans.
Ils sont chrétiens, et juifs. Néanmoins ce sont
ceux qui appartiennent aux cultures judéo-chrétiennes,
qui soutiennent les crimes contre l'humanité américano-britanniques
et israéliens, et en particulier contre les musulmans
partout dans le monde, les personnes qui envoient leurs enfants
au combat dans ces guerres inutiles impitoyables au nom de
la démocratie et de la liberté qui sont des
noms de code pour l'avarice et la mégalomanie, qui
se voient eux-mêmes comme éclairés et
blâment tout cela au nom de je ne sais quel clash imaginaire
des civilisations. Quelle solution ce monde frappé
par la peur offre-t-il aux Palestiniens, aux Irakiens ou aux
Afghans qui sont harcelés, maltraités, torturés
et affamés par les crimes et l'exploitation occidentaux
? L'offre générale que ce monde éclairé
leur fait consiste à dire : soyez comme nous. Constituez
une démocratie comme les nôtres, embrasser nos
valeurs qui vous méprisent, qui vous considèrent
comme un tas de primitifs inférieurs qui doivent être
cultivés ou épurés.
Ceci, mesdames et messieurs, est l'attitude qui permet aux
soldats américains de violer, torturer et tuer des
hommes, des femmes et des enfants musulmans par milliers,
qui permet à des soldats israéliens d’ordonner
aux femmes palestiniennes de se déshabiller devant
leurs enfants pour des raisons de sécurité,
aux geôliers de les maintenir dans des conditions inhumaines,
sans les règles hygiéniques nécessaires,
sans eau ou matelas propres et de les séparer de leurs
nourrissons et enfants en bas âge. De bloquer leur chemin
vers l'éducation, de confisquer leurs terres, de détruire
leurs puits d'eau, de déraciner leurs arbres et de
les empêcher de travailler leurs champs. C'est ce qui
permet aux pilotes israéliens de laisser tomber une
centaine de bombes d'une tonne par jour sur le secteur le
plus peuplé au monde - Gaza. C'est ce qui permet à
Israël de voter les lois racistes qui séparent
des mères, des pères et des enfants.
Les femmes palestiniennes, irakiennes et afghanes sont des
mères comme moi. Et quand elles perdent un enfant,
même si c’est un enfant de 12 ans, leur douleur
est égale à la mienne. Mais en plus de perdre
leurs enfants, elles perdent également leurs maisons,
leur vie et leur futur parce que le monde n'écoute
pas leur souffrance et ne punit pas leurs meurtriers. Leur
honneur de femmes et de mères est écrasé.
Leur identité est détruite et leur cri n'est
pas entendu. Leur foi et leurs coutumes, leurs modes de vie
séculaires sont traités par le mépris.
Les soldats américains ne sont en fait pas les seuls
à massacrer des « Arabes » : les soldats
israéliens le font aussi avec les Palestiniens et les
Libanais. Et ces soldats israéliens n’ont probablement
jamais vu un visage humain arabe avant de se retrouvent à
l'armée. Mais ils ont appris, pendant 12 longues années,
que ces gens sont primitifs, qu’ils élèvent
des enfants pour les envoyer dans la rue jeter des pierres
sur nos soldats qui-veillent-au-maintien-de-la-paix, qu’ils
sont incultes parce qu'ils ne reçoivent pas notre éducation,
étant fourbes et sales parce qu'ils ont une autre notion
que nous de la politesse, qu’ils s'habillent différemment
et se couvrent la tête avec différents morceaux
de tissu. Eh bien, d’après mon expérience,
il y a beaucoup plus de keffiehs que de kippas dans le camp
des partisans de paix. Des enfants israéliens sont
empêchés de connaître leurs voisins immédiats,
leur histoire et leur culture, leurs mérites. Des enfants
israéliens sont éduqués à voir
en leurs voisins des éléments indésirables.
Ce n'est pas de l’éducation, c’est de la
pollution mentale.
Le scientifique Richard Dawkins a été le premier
à parler de virus mentaux. Les enfants, parce que leurs
esprits sont crédules et ouverts à quasiment
toute suggestion, ne sont pas immunisés contre les
pollutions mentales de toutes sortes de propagande et de mode.
Ils se laissent facilement persuader de percer leurs visages
et de tatouer leurs fesses, de mettre leurs casquettes à
l’envers et de dénuder leurs ventres, de croire
aux anges et aux fées. Ils acquièrent également
facilement les croyances politiques et s'approprient les cartes
mentales qui influenceront plus tard leurs décisions
sur la question des futures frontières de l'État
et sur la nécessité de la guerre. Tous nos enfants
ont l’esprit contaminé à un âge
précoce. De sorte qu’au moment où ils
sont en âge de devenir de vrais soldats, ils ont déjà
appris à être de bons soldats, c’est-à-dire
que leurs esprits sont totalement contaminés et qu’ils
sont incapables de remettre en cause la « vérité
» qui leur a été inculquée. Ceci
est une partie de l'explication que l’on peut donner
aux actes terribles qui sont commis aujourd'hui par de braves
garçons israéliens, qui sont définis
encore et toujours comme des « gens attachés
aux valeurs ». Il est donc grand temps de se demander
de quelles valeurs il s’agit. Les lignes suivantes font
partie d'une préface personnelle de Tal Sela, un de
mes étudiants d'université, à son mémoire
de fin d’études, qui inclut l'analyse d'un manuel
d'histoire.
« Le 5 septembre 1997 je me trouvais au Liban, dans
une mission de renfort. Tous mes amis étaient dans
la bataille, 12 soldats ont été tués.
Les jours suivants j'étais heureux : "je suis
vivant, j'ai survécu", me disais-je à moi-même.
Mais un an plus tard, j'étais dans une dépression
profonde. Triste et morose. J'ai décidé de consulter
un psychologue. Après quelques séances j'ai
pu rassembler mes forces, physiques et morales. J’ai
pu réorganiser mes pensées. Alors j'ai compris
que la crise mentale que j'avais eu était en fait une
crise morale, une crise de conscience. Ce que j’avais
réellement ressenti c'était de la frustration,
de la honte et de la colère...
Comment avais-je pu être si crédule et me laisser
tromper ? Comment expliquer qu'un homme de paix s'expose à
une expérience si morbide de son propre gré
? Aujourd'hui, comme toutes les deux semaines, j'ai conduit
des activistes pacifiques aux postes de contrôle militaires
de l'armée israélienne dans les territoires
palestiniens occupés. J'ai vu un officier mettre les
menottes à un chauffeur de taxi parce qu'il n'avait
pas obéi à l'ordre des soldats pour se garer
ici et pas là. "Nous le lui avons dit mille fois",
disaient les soldats. L'homme était couché à
terre dans la pire chaleur de l'été, assoiffé,
pendant des heures. Son ami était plus chanceux : il
a dû rester debout dans une cellule, sans menottes.
»
Qu’est-ce qui a poussé ces jeunes garçons
israéliens à jouer le rôle des juges suprêmes
à en perdre tout jugement ? À mon avis c'est
le grand récit sioniste qui sert de conscience collective
à toute la société israélienne,
tant de manière explicite qu'implicite. Ce grand récit
est le système des valeurs qui nous incite à
appartenir à ce collectif particulier.
C'est le système qui dicte les rapports entre nous
et les Palestiniens. Comment sinon peut-on expliquer que des
jeunes qui ont été éduqués à
aimer leur voisin comme ils s'aiment, tuent leurs voisins,
détruisent leurs établissements scolaires, leurs
bibliothèques et leurs hôpitaux, pour aucune
autre raison apparente que le fait que ce sont leurs voisins
? La seule explication est que leurs esprits sont contaminés
par les parents, les enseignants et les leaders, qui les convainquent
que les autres ne sont pas aussi humains que nous, et donc
que les tuer n'est pas vraiment un meurtre ; cela porte, pour
être légitimé, d'autres noms tels que
« épuration », « nettoyage »,
« punition », « opération »,
« mission », « campagne » et «
guerre ». Même si je parle des garçons
israéliens, ce n'est pas une affaire israélienne
parce que, comme vous le savez, l'épidémie est
mondiale. Mon neveu, Doroni, 7 ans, qui vit aux USA, est venu
à la maison le jour de Halloween et a déclaré
qu’il voulait être soldat, aller en Irak et sauver
l'Amérique. Combien de jeunes hommes américains,
ignorants comme lui l'absurdité de cette déclaration,
sont vraiment allés en Irak et y sont morts sans savoir
pourquoi, mais avec les mots « sauvons l'Amérique
» sur leurs lèvres ? La question est : comment
ces valeurs fausses ont-elles été imprimées
dans leurs esprits et comment peuvent-elles être effacées
?
La psyché humaine, dit Dawkins, connaît deux
grandes maladies : la tendance à mener des vendettas
de génération en génération et
la tendance de mettre des étiquettes de groupe sur
des personnes plutôt que de les voir comme des individus.
Nous souffrons tous des étiquettes, mais c’est
seulement ceux d’entre nous qui sont morts à
cause des étiquettes qui se sont rendus compte que
la manière de combattre les étiquettes est de
les refuser. La manière de vaincre les faux systèmes
de valeurs est de les mettre à nu. Les virus de l'esprit
ne sont que partiellement affaiblis par des jeunes comme Tal
et d'autres refuzniks israéliens tels que les «
Combattants pour la paix ». Mais la plupart de nos enfants
contaminés ne seront libres de l’emprise de ces
virus que quand ils auront trouvé le repos final dans
le royaume toujours croissant et souterrain des enfants morts.
C’est seulement là qu'ils réaliseront
que ce n’est pas important que leur tête ait été
couverte ou pas dans une synagogue, une église ou une
mosquée, qu'ils aient été circoncis ou
pas, qu'ils aient ou pas prononcé des mots interdits,
qu’ils aient mangé du porc ou de la vache ou
qu'ils aient pris un chocolat chaud après leur pizza
au salami juste avant de sauter sous la bombe de quelqu'un
qui ne l’était pas ou ne l’avait pas fait.
Les mères israéliennes, américaines,
anglaises, italiennes élèvent leurs enfants
avec tout l’amour et le soin afin de les sacrifier au
dieu de la mort, comme si leur utérus est un capital
national ou plutôt international. Des pères poussent
leurs enfants à s’engager dans des armées
dont les intérêts n'ont rien à faire avec
la défense. Et quand ces enfants meurent pour le bénéfice
de quelqu'un d'autre, leurs parents portent le deuil avec
dignité et fierté, comme on leur a enseigné,
mettant les photographies de leurs enfants morts sur le dessus
de la cheminée et soupirent : il était si beau
en uniforme.
Il est temps de dire à ces parents que personne n’est
beau dans l'uniforme de la brutalité. Il est temps
de leur dire que les uniformes, les grades et les médailles
sont devenus laids. De leur dire que leur dignité et
leur fierté sont mal placées. Il est temps de
dire aux juifs que la seule manière de décourager
l'antisémitisme c’est de condamner le seul gouvernement
au monde qui envoie délibérément de jeunes
juifs, garçons et filles, à une mort certaine
et qui persécute, jusqu’au génocide, une
nation sémite entière. Il faut leur expliquer
que c'est le gouvernement juif et les actions de son armée,
non je ne sais quelle haine primaire pour la race juive, qui
sont les raisons de l'invention du nouveau signe que nous
voyons souvent dans les manifestations pro-palestiniennes,
où l’étoile de David est mise en égalité
avec la croix gammée.
C’est une tâche terriblement difficile pour les
personnes qui ont été éduquées
en Israël ou aux USA ou dans n'importe quel autre pays
« démocratique occidental » d’admettre
que nous avons ont été élevés
sur des valeurs racistes fausses. Sur l’hétérophobie.
La seule chose qui peut mettre en valeur un tel changement
dans les esprits, c’est l'image constante des petits
corps mutilés des victimes de ces valeurs.
Demain c’est Yom Kippour, le jour le plus saint pour
les juifs. Ce jour-là, les gens doivent demander le
pardon. Pas pour pardonner mais pour essayer d’être
pardonné. Je voudrais citer une strophe d'une poésie
écrite par le défunt Hanoh Levin, un des plus
grands dramaturges d'Israël, dans les années 70
:
Cher père, quand tu seras sur ma tombe
Vieux, fatigué et très seul,
Et que tu verras comment ils m’ont enterré –
Demande-moi de te pardonner, mon père.
Nous devons tous demander pardon à nos enfants pour
ne pas avoir été plus vigilants, pour ne pas
nous être battus suffisamment afin de tenir nos promesses
d’un monde meilleur, pour ne pas avoir refusé
plus tôt les virus du mal et pour les avoir laissés
être les victimes de la contamination horrible, la contamination
mentale dont nous souffrons tous. Regardons leurs petits visages
innocents, hébétés et sans illusions
et demandons-nous : pourquoi ce sillon de sang déchire
t-il la pétale de leur joue ?
Manifestation monstre du Hamas à
Gaza en soutien au gouvernement
Il ne faut pas
étendre nos armes sales!!!!!! |
Des dizaines de milliers de sympathisants du Hamas ont manifesté
vendredi à Gaza en soutien au gouvernement palestinien
contrôlé par le Hamas, confronté au boycott
international et à une crise politique et financière
sans précédent.
Les manifestants, agitant des centaines de drapeaux verts
du Hamas et portant des casquettes de la même couleur,
se sont rassemblés dans le principal stade de Gaza
après la grande prière du vendredi.
Ismaïl Haniyeh a été victime d'un bref
malaise alors qu'il prononçait son discours.
Le chef du gouvernement du Hamas a bredouillé quelques
mots, puis s'est interrompu au milieu d'une phrase et s'est
effondré sur des collaborateurs qui se trouvaient à
côté de lui.
Haniyeh, 46 ans, qui jeûne en journée en raison
du Ramadan, a été placé sur une chaise
pendant que des conseillers s'occupaient de lui.
Après quelques minutes, le Premier ministre a pu reprendre
son discours, prononcé par une chaude journée
d'automne. "Nos corps peuvent être fatigués,
mais notre âme ne le sera pas, et cela n'entamera pas
notre détermination", a-t-il dit après
ce léger malaise.
Les principaux chefs du Hamas étaient présents
dans le stade.
Haranguant les manifestants par haut-parleurs, un speaker
a salué à
plusieurs reprises sous les acclamations, le chef du Hamas
en exil Khaled Mechaal, basé à Damas.
Cette manifestation survient alors que les discussions entre
le Hamas et le parti Fatah du président Mahmoud Abbas
sur un gouvernement d'union nationale censé mettre
fin à la crise politico-financière sont dans
une impasse totale.
La tension s'est traduite ces derniers jours par de violents
heurts entre partisans des deux groupes qui ont fait 12 morts.
Source : agences de presse, 6 octobre 2006
Il n’y a qu’une seule
SOLution : il faut disSOUdre l’Autorité palestinienne
par Abdel-Bari Atwan, Al Quds Al Arabi, 4
octobre 2006
Traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la
diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft
: elle est libre de reproduction, à condition d'en
respecter l'intégrité et d'en mentionner sources
et auteurs.

Les deux coqs : le Hamas et le
Fatah –Emad Hajjaj*, 2 octobre 2006 |
Les affrontements sanglants dont les territoires
palestiniens sont le théâtre ces jours-ci, et
qui fauchent des vies innocentes de manière totalement
arbitraire, sont, à tout point de vue, une honte, un
scandale politique et moral qui déshonore tous ceux
qui y participent directement ou indirectement. Ils discréditent
une longue et honorable histoire faite de sacrifices et remontant
à plus d’un siècle.
Qualifier ces affrontements de pure folie,
c’est le moins qu’on puisse faire. En effet, un
peuple possédant à un tel degré le sens
politique, et une si longue expérience de la résistance,
ne peut pas – alors même que des martyrs continuent
à tomber tous les jours – passer du summum de
la raison et de la sagesse au summum de la folie, comme ça,
en quelques heures… Nous ne connaissons pas les sentiments
des dirigeants, ni de ceux du Fatah, ni de ceux du Hamas,
tandis qu’ils voient les ambulances emmener les blessés
et les cadavres des tués, tombés au cours de
ces affrontements absurdes entre milices s’entredéchirant,
croisant en chemin les cadavres de leurs frères et
sœurs victimes des assassinats ciblés israéliens…
?
Quand Benyamin Eliezer, le ministre israélien
des Infrastructures, laisse éclater la joie qui le
submerge à la nouvelle de l’éclatement
des échauffourées entre les deux pôles
de l’arène politique palestinienne, et qu’il
forme des vœux pour la victoire de la camarilla du président
Mahmoud Abbas, alors il nous faut savoir opérer le
tri entre qui a tort et qui a raison ! Et dès lors
que Mme Condoleezza Rice stipule que les Palestiniens mettent
un terme à leur guerre intestine et forment un gouvernement
d’union nationale, qui reconnaîtra Israël
et les accords déjà conclus avec ce pays, nous
devons marquer une pause et réfléchir posément
à la nature du piège tendu au peuple palestinien,
ainsi qu’aux objectifs qui en sont escomptés…
Nous avons déjà dit, nous continuons à
affirmer, et nous le répétons encore une fois,
ici même, à haute et intelligible voix, que cette
guerre civile absurde n’a pas d’autre enjeu que
le contrôle de ce « cadavre dans le placard »
qu’est cette Autorité [qui, en fait d’autorité,
n’en a que l’intitulé] palestinienne, et
qui ne mérite pas qu’on verse pour elle la moindre
goutte de sang. Même les animaux carnassiers –
si affamés soient-ils – se détournent
des charognes et n’ont nulle envie de s’entretuer
pour se les accaparer.
Les Palestiniens vivent une énorme
mascarade, qui a pour nom l’ « autonomie ».
Ils s’imaginent avoir des ministres et un conseil législatif,
des institutions et une garde présidentielle. Mais
la réalité est tout autre. Leur territoire est
occupé et ce qui a été libéré,
purement formellement – je veux parler de la bande de
Gaza – est aujourd’hui le théâtre
des pires affrontements. C’est une immense prison à
ciel ouvert [un ciel sillonné de drones et de bombardiers,
NdT], dont les clés sont accrochées à
la ceinture d’un sous-fifre quelconque du service de
répression israélien, le Shin Bet.
Nous devons, par conséquent, reconnaître
que ce qui est en train de se passer en ce moment même
dans les territoires occupés, ce sont les prémisses
d’une guerre civile sans précédent, planifiée
par les Israéliens avec une minutie extrême.
Ceux-ci ont – enfin [de leur point de vue] – réussi,
en utilisant de manière machiavélique la crise
des salaires non-versés aux fonctionnaires palestiniens,
à faire tomber les Palestiniens dans leurs rets.
Cela n’est ni une guerre entre musulmans
et chrétiens, ni une guerre entre sunnites et chiites,
ni entre catholiques et protestants. Non : c’est une
guerre entre fils et filles de la même communauté,
de la même tribu, du même peuple, entre des affamés
et d’autres affamés (les mêmes), entre
des gens soumis à occupation militaire et des gens
soumis à militaire occupation (les mêmes / la
même). Et c’est bien là le drame.
Ce qui importe, en cet instant, ça
n’est pas de déterminer à qui incombe
la responsabilité de la chute dans cet immense puits
sans fond. Non. L’important, c’est savoir de quelle
manière en sortir avec le moins de dégâts
que possible et au plus vite ; tout le monde est fautif, d’une
quelconque façon.
Celui qui a (ou ceux qui ont) donné
le feu vert aux hommes des forces de sécurité
palestiniennes, leur permettant d’aller manifester en
armes pour réclamer des traitements dont ils savaient
pertinemment d’avance pourquoi leur versement était
retardé, celui-là (ceux-là) est (sont)
responsable(s) de toutes les gouttes de sang, jusqu’à
la dernière, qui seront répandues dans les rues
de Gaza, de Naplouse et de Ramallah. Celui qui a donné
des ordres aux forces d’appui – les milices du
Hamas, pour ne pas les nommer – de descendre dans les
rues pour s’opposer aux premiers, tout en connaissant
parfaitement, par avance, les résultats inexorables
de cette initiative, endosse exactement la même responsabilité,
et doit être sanctionné avec exactement la même
sévérité.
Monsieur Abbas plonge dans une guerre civile sanglante non
seulement le peuple palestinien, mais aussi un mouvement de
libération nationale palestinien – le Fatah –
détenteur d’un passé honorable, fait de
sacrifices consentis, d’une lutte déterminée,
d’attachement à des principes fondamentaux nationaux
intangibles non démentis depuis plus de quarante années.
A ce qu’on sache, le gouvernement Hamas
n’est en rien responsable ni de la crise des salaires,
ni de la famine artificiellement imposée au peuple
palestinien, que le président de l’Autorité
et sa clientèle de conseillers excitent ainsi les manifestants
à son encontre ?
Tout enfant palestinien, à quatre
ans, sait déjà que ceux qui bloquent ces salaires,
ce sont les USA et Israël [ainsi que l’Union européenne,
NdT]. Nous, qui affirmons ceci, nous avons donné tort,
et c’est ce que nous continuons à faire aujourd’hui,
au mouvement Hamas, qui n’aurait jamais dû participer
aux dernières élections, tombant du fait qu’il
l’ait fait dans une énorme contradiction. Comment,
en effet, concilier logiquement une Autorité instituée
par des accords que le Hamas a [à juste titre] condamnés
et combattus, avec une résistance armée refusant
la reconnaissance [d’Israël] et insistant sur la
libération de la totalité du territoire palestinien
? De fait, le Hamas s’était acquis la confiance
du peuple palestinien, précisément sur la base
de ses positions irrédentistes, car ce peuple comprend
très bien que les accords d’Oslo sont nuls et
non advenus et que tout ce qui est construit sur du nul et
non advenu est bâti sur du sable.
Nous ne savons pas ce qui a pris à cet individu ? Abbas
? Comment a-t-il pu se débarrasser de sa cautèle
légendaire, pour prendre la décision de se lancer
à corps perdu dans le complot actuel visant à
renverser le gouvernement et à allumer la mèche
de la guerre civile ? Ce que nous savons, en revanche, et
de source sûre, c’est que cet individu, Abbas,
donc – et voici, de cela, seulement quelques semaines
– a soufflé à l’oreille d’une
poignée de ses conseillers en exil de mettre au point
le texte d’un discours de démission qu’il
avait projeté de prononcer devant les caméras
de chaînes télévisées du monde
entier – un discours de démission dans lequel
il aurait imputé à Israël et aux Américains
la responsabilité de la détérioration
de la situation dans les territoires occupés, ainsi
que celle d’avoir définitivement compromis le
processus (dit) de paix dans la région du Moyen-Orient…
Les conseillers du président Abbas,
qui ont fait leur nid dans le bureau présidentiel,
et qui le poussent à la confrontation, et certainement
pas dans le sens de l’apaisement, à seule fin
de retrouver les lauriers désuets d’un pouvoir
[imaginaire], évoquent désormais un certain
nombre d’options qu’il a l’intention d’adopter,
comme celle de recourir à ses prérogatives de
dissoudre le gouvernement et de former un nouveau gouvernement
de technocrates, ou encore celle de faire procéder
à de nouvelles élections législatives.
Mais quelles prérogatives –
et quelle constitution – dont ces gens-là nous
rebattent les oreilles – peuvent bien être celles
d’un peuple affamé comme l’est le peuple
palestinien, d’un peuple exposé à mille
morts et à l’état de siège ? Quelles
prérogatives – et quelle constitution –
sont celles d’un président incapable de sortir
de son bureau de Ramallah sans l’autorisation du dernier
des gardes champêtres israéliens ? Quelles prérogatives
– et quelle constitution – peut bien avoir un
conseil législatif dont la moitié des députés
croupissent dans les geôles de l’occupant, après
avoir été kidnappés à leur domicile,
en plein jour ? Et puis, qu’est-ce donc que ce «
gouvernement », qui est incapable de verser leur salaire
à ses fonctionnaires, ni de se rendre maître
de ses propres forces de sécurité, qui met sur
pied des gardes prétoriennes chargées de protéger
ses seuls ministres, qui est incapable de nommer un ambassadeur,
voire même un simple consul, dans ses ambassades, et
qui ne contrôle pas le moindre agent de police de faction
à l’un quelconque de nos points de passage ou
de nos issues de secours ?
Quel est donc cet ordre public, dont les
gardiens sont les premiers à l’enfreindre et
à répandre l’anarchie, à fermer
les rues et les places publiques aux passants et à
se livrer au hooliganisme envers leurs concitoyens et à
leur pourrir la vie, à entraver leur liberté
de se mouvoir à leur guise et à paralyser ce
qui leur reste en matière de petit commerce et autres
gagne-pain et, ce, au beau milieu de ce mois béni,
de ce mois de trêve et de générosité
qu’est le mois de Ramadan ?
Une seule solution : que Messieurs Mahmoud Abbas et Ismaïl
Haniyeh viennent, ensemble, main dans la main, devant les
caméras de télévision, tenir une conférence
de presse d’audience mondiale, et qu’ils annoncent
la dissolution de cette Autorité [de pacotille] et
qu’ils appellent un chat, un chat. Qu’ils appellent
« peuple résistant » le peuple palestinien
résistant et qu’ils appellent « forces
d’occupation » [la soldatesque sioniste] !
Le peuple palestinien est actuellement aux
prises avec un chantage sans précédent, qui
a pour nom « salaires » : on exige désormais
de lui qu’il fasse le sacrifice de tous les principes
fondamentaux de son combat, de tous ses droits nationaux,
et qu’il devienne un peuple de clochards et de mendiants
attendant l’aumône des aides américaines
et européennes, exactement comme à l’époque
où la première balle n’avait pas encore
été tirée, un beau jour de ce mois de
janvier de l’an de grâce 1965, par les authentiques
héros du Fatah…
Partant, toute nouvelle convocation d’élections,
dont les résultats ne feraient que consacrer l’actuelle
situation éminemment déplorable, et qui feraient
fond de la situation présente de quasi famine pour
faire passer le projet américano-israélien,
ne peut être qualifiée autrement que de suggestion
louche, qu’il convient de boycotter systématiquement.
A quoi bon des élections dont les résultats
ne pourraient en aucun cas être l’objet d’un
quelconque respect, dès lors que celui qui commettrait
la folie de les admettre et y participerait encourrait la
sanction de mourir de faim, de mourir d’encerclement
ou de mourir ciblé par les Robocops sionistes [en rétribution
de son civisme] ?
* L’auteur de ce dessin, Emad Hajjaj
est né à Ramallah en Palestine en 1967, l’année
même où Israël a occupé les territoires
sous administration jordanienne et égyptienne. Sa famille
s’est donc réfugiée en Jordanie où
il a suivi des études d’arts graphiques à
l’Université Yarmouk. Il a gagné de nombreux
prix et collabore actuellement aux journaux Al Quds Al Arabi
et Al Ghad. Beaucoup de ses dessins ont été
censurés et en 2000, il a été licencié
du quotidien jordanien Al Rai pour un dessins controversé.
On peut trouver ses travaux sur son site web www.mahjoob.com
L’axe arabo-israélien
Par Abdul Sattar Kassem, 1er octobre 2006.
Traduit par Fausto Giudice pour Tlaxcala,
2 octobre 2006
L’auteur enseigne les Sciences
politiques à l’Université Annajah de Naplouse
Les régimes arabes ne peuvent désormais
plus masquer leur alliance objective avec Israël, après
les récents développements au Sud-liban et devant
la montée de la puissance iranienne. Ils sont en train
de s’engager dans une coordination subjective étendue
avec Israël. Ils en ont été des alliés
objectifs car Israël et les puissances occidentales,
particulièrement les USA, ont préservé
et assuré la continuité de leurs dictatures.
Le Hezbollah a gagné la guerre et cela a effrayé
les régimes arabes, qui se sont sentis sous pression
pour réagir rapidement. Cette victoire implique une
force sur le plan national et constitue un stimulant psychologique
qui élève le moral des Arabes. Cela est dangereux
pour des régimes qui se sont constamment nourris de
défaites et d’humiliations. Ces régimes
ne sont que des marionnettes qui ne se soucient que de leurs
propres intérêts privés.
La victoire remportée par le Hezbollah indique, dans
une certaine mesure, la puissance de la Syrie et de l’Iran.
Israël, les USA, la Jordanie, l’Arabie saoudite,
l’Égypte, les États du golfe, certains
Palestiniens et certains Libanais ont intérêt
à ce que la Syrie et l’Iran soient écrasés.
Ces aprteis ne peuvent plus cacher leur alliance et l’axe
arabao-israélien est progressivement en train de se
déployer. Les Saoudiens visitent Israël, les Égyptiens
parlent d’avoir leur propre technologie nucléaire,
les Jordaniens entraînent des éléments
anti-Hezbollah libanais, les Palestiniens qui suivent Abbas
sont en train de rejoindre la campagne de pressions sur l
Hamas orchestrée par les régimes arabes, les
Européens, les USA et Israël.
La région assiste à une cristallisation de deux
axes : l’axe syro-iranien soutenu par le Hezbollah,
le Hamas et la paresseuse opinion publique arabe d’une
part, et d’autre part, l’axe arabo-israélien
soutenu par les USA et l’Europe.
Les USA et Israël tentent de
monter une « Union arabe modérée »
contre l’Iran et la Syrie
Une carte communautaire d'un genre nouveau
par Abdelbari Atwan, Al Quds Al Arabi, lundi
2 octobre 2006. Traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier
pour Tlaxcala, 2 octobre 2006
L’auteur est rédacteur
en chef du quotidien arabe de Londres Al Quds Al Arabi (Al
Qods arabe)
Mme Condoleezza Rice, ministre usaméricaine
des Affaires étrangères, entame une tournée
dans la région arabe, en apparence pour relancer le
processus de paix, mais en réalité, de façon
moins visible, pour poser les fondations d'une alliance d'un
genre nouveau, qui portera le nom d' « Alliance des
pays modérés », en vue de la confrontation
armée prévisible avec l' « union des pays
extrémistes », à savoir l'Iran, la Syrie,
le Hezbollah et les deux mouvements palestiniens Hamas et
Jihad islamique ; c'est-à-dire, avec ce que l'Amérique
nomme l' « Axe du Mal ».
Au Caire, en marge de sa visite officielle
en Égypte, Mme Rice rencontrera les ministres des Affaires
étrangère de huit pays : les six pays membres
du Conseil de Coopération du Golfe, plus l'Égypte
et la Jordanie. Il s'agit, on l'aura compris, de redonner
vie à l'organisation des « pays de la proclamation
de Damas », fondée au lendemain de l'invasion
irakienne du Koweït et destinée à supplanter
la Ligue des États arabes et à constituer le
fer de lance de l'agression contre l'Irak, afin d'imposer
à ce pays un embargo dévastateur, d'en détruire
les capacités militaire et économique, avec
une différence partielle et logique, mais fondamentale
: la Syrie en est sortie, et la Jordanie y est entrée
!
La nouvelle alliance s'appuie sur l'idéologie
de l'hostilité à l'Iran et à son programme
nucléaire, au motif que le danger iranien, pour les
pays du Golfe et les pays arabes modérés, serait
bien plus grand que le danger représenté par
Israël. En effet, (pensent ces pays) Israël n'a
pas, quant à lui, la volonté de créer
un « croissant chiite » et ce pays n'a pas non
plus à sa disposition de communautés juives
représentant une cinquième colonne au sein des
pays arabes - allusion transparente aux minorités chiites
dans les Émirats du Golfe, comme le répètent
à l'envi les idéologues et les propagandistes
de cette alliance arabo-israélienne du troisième
type !
Dans le même contexte, on peut relever
que les pays arabes n'évoquent plus avec la même
insistance le danger nucléaire israélien et
la nécessité de débarrasser le Moyen-Orient
de toutes ses armes nucléaires, à chaque fois
que les USA invoquent la question du réacteur nucléaire
iranien, lequel n'est encore qu'au stade embryonnaire. Et
un nouvel « air » a fait son apparition, qui se
concentre sur l'introduction [souhaitable] de la technologie
nucléaire en Égypte, au Yémen et peut-être
aussi, dans un futur plus lointain, en Arabie saoudite, sous
l'inspiration de l'Amérique et avec sa bénédiction,
afin de suggérer l'idée que cette initiative
serait en quelque sorte une réplique à la technologie
militaire israélienne, et une réponse aux critiques
adressées à ces pays arabes centraux de négliger
leur entrée dans l'ère de l'atome.
La nouvelle stratégie israélo-américaine
vise à diviser en particulier les Arabes, et de manière
générale les musulmans, sur des bases confessionnelles,
en montant l'un contre l'autre un camp « sunnite »
et un camp « chiite », et transposer les deux
précédents actuels de l'Irak et du Liban dans
l'ensemble de la région du monde islamique où
sont susceptibles déjà se trouver ceux qui nourrissent
la haine et préparent le terrain à la confrontation
entre sunnites et chiites afin de détourner ces deux
« camps » de l'existence de l'entité sioniste
et de ses dangers.
L'administration usaméricaine a utilisé
avec beaucoup de succès le facteur chiite pour éliminer
un régime « sunnite »en Iraq [celui de
Saddam Hussein, NdT] (pour reprendre le qualificatif qu'elle
lui accolait), et voici qu' aujourd'hui, elle veut utiliser
le monde sunnite arabe pour l'aider à évincer
le régime « chiite » de Téhéran,
ce qui revient, en fin de compte, dans les deux cas, à
servir essentiellement les intérêts. d'Israël.
Tzipi Livni, la ministre israélienne
des Affaires étrangères, a exprimé très
clairement les finalités de cette nouvelle alliance,
dans une interview accordée au quotidien israélien
Yediot Aharonot, vendredi dernier, où elle a notamment
dit : «Israël doit coopérer avec l'alliance
sunnite ; en effet, Israël ne peut pas se contenter de
son alliance avec Washington, s'il veut survivre. Et les circonstances
actuelles sont mûres pour une telle coopération.
»
Les circonstances favorables évoquées
ici par la ministre israélienne des Affaires étrangères,
c'est essentiellement l'ouverture actuelle, sans précédent,
des régimes arabes, sous la pression usaméricaine,
en direction de l 'Etat hébreu. En effet, les rencontres
israélo-saoudiennes, péché mortel il
y a encore peu de temps, sont devenues une réalité
après la convergence des intérêts, qui
a atteint des sommets en pleine agression israélienne
contre le Liban. La ministre israélienne a révélé
ses rencontres avec les ministres des Affaires étrangères
de dix pays arabes et musulmans, en marge de sa participation
à l'Assemblée générale de l'ONU,
dont ceux du Qatar, du Sultanat d'Oman, de l'Égypte,
de la Jordanie et du Bahreïn, de même qu'elle a
révélé la tenue d'une rencontre secrète
des chefs des services de renseignement d'Egypte, de Jordanie,
d'Israël et de deux pays du Golfe n' entretenant pas
de relations diplomatiques ni commerciales avec ce dernier
pays, en plus de Monsieur Mahmoud Abbas, président
de l'Autorité nationale palestinienne, afin de poser
les fondations d'une coopération totale, en matière
de renseignement, face aux pays arabes [sic] de l' «
Axe du Mal » et aux organisations alliées avec
eux, à savoir le Hamas et le Hezbollah.
Israël sera donc le neuvième
pays membre de l' « Union des pays arabes modérés
» ; ce sera un allié sur lequel compter lors
de la guerre annoncée avec l'Iran au cas où
les négociations autour de son programme nucléaire
se heurteraient à un mur - ce qui est hautement probable.
Afin de faciliter cette adhésion israélienne,
on s'attend à ce que Mme Condoleezza « arrache
» quelques concessions de pure forme à l'État
hébreu au cours de sa présente tournée
dans la région, comme par exemple l'allègement
du blocus qu'il impose aux territoires palestiniens, l'ouverture
des points de passage frontaliers, la libération de
quelques prisonniers, la facilitation de l' arrivée
d'un gros pacson de biffetons sur le bureau du président
Abbas et la reprise - fût-elle partielle - des négociations
après la tenue d'une conférence au sommet entre
ce dernier et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.
En contrepartie, on resserrera la garrot
sur le cou des pays membres de l' « Axe du Mal »,
autrement appelé « Alliance des Extrémistes
», et ceci explique qu'Ehud Olmert ait annoncé
sa détermination à conserver le plateau du Golan
ad vitam aeternam, l'opposition de la ministre des Affaires
étrangères Tzipi Livni à toute négociation
avec la Syrie, les menaces proférées par le
chef d'État-major de l'armée israélienne
Dan Halutz de lancer une nouvelle guerre d'agression contre
le Liban afin de liquider le Hezbollah et de rendre son prestige
à l'institution militaire israélienne, ainsi
que le transfert d'armes à la garde prétorienne
que Monsieur Abbas est en train de mettre sur pied afin de
faire face au mouvement Hamas et de contrôler les points
de passage frontaliers après une probable invasion
par Israël de la bande de Gaza dans les jours ou les
semaines à venir, dont les complices espèrent
qu'elle permettra de faire chuter le gouvernement Hamas et
de mettre totalement fin à la présence armée
de ce mouvement, ainsi que d 'obtenir la libération
du soldat israélien fait prisonnier [Gilad Shavit,
NdT].
L'administration usaméricaine comprend
désormais, après la dernière guerre au
Liban, que les chances de survie de l'État hébreu
font l'objet de beaucoup de points d'interrogation ; c'est
la raison pour laquelle elle s'efforce de donner de ce pays
un nouveau visage, en le présentant à la région
du Moyen-Orient sous un jour entièrement inédit
: il s'agirait d'un pays « sage, modéré
et doux » [mignon, quoi], allié à son
ambitus géographique « arabe sunnite »
et menant - à sa place, gratis et pour ses beaux yeux
- ses guerres contre leur ennemi commun : l'Iran ! Il semble
bien qu'un « marché » dont on ignore encore
toute la portée, a été topé, à
ce sujet.
Ce n'est sans doute en rien l'effet du hasard,
si de nombreux pays arabes ont accueilli extrêmement
favorablement les déclarations de la plus haute personnalité
[marja'] du chiisme irakien, Hussein al-Mu'ayyed, qui a notamment
déclaré que l'Iran était en train d'adopter
un projet nationaliste fondé sur le mépris pour
les Arabes et l'hégémonie régionale,
et que ce pays était devenu, pour les Arabes, plus
dangereux que l'Amérique ou qu'Israël. C 'est
ce qui explique l'hystérie à laquelle nous assistons
actuellement, dans la remise au goût du jour du nationalisme
arabe de la part de pays et de gouvernements qui combattaient
pourtant impitoyablement l'orientation nationaliste arabe
depuis trente ans, au service de l' « Islam américain
modéré » [sic].
La visite de Mme Rice inaugure donc le tournant
américain vers l'utilisation des Arabes sunnites en
vue de la confrontation avec l'Iran, au profit du projet américano-israélien,
exactement de la même manière dont l' impérialisme
britannique avait utilisé ces mêmes Arabes sunnites
afin de saper l'Empire ottoman islamique - bien qu'il fût
lui aussi sunnite -, ce qui aboutit comme on sait à
la création de l'État hébreu et à
l'éclatement de la région arabe entre un archipel
de petits pays ridiculement faibles.
Il est paradoxal que le plan visant à
en finir avec l'Empire ottoman ait été entrepris
voici exactement cent ans ; l'Histoire semble se répéter,
mais la compromission et la bêtise arabes sont la seule
constante. Tous les autres acteurs ont changé.
Mais c'est la même pièce que
l'on rejoue. Et, surtout, l'objectif est resté le même.
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