Palestine

Appel à l'aide de la famille Ghalia (Gaza)


Par ISM, http://www.ism-france.org/news/article.php?id=5578&type=communique

Le 9 juin 2006, la famille Ghalia a été terriblement frappée par une attaque israélienne, pendant un pique-nique sur la plage de Gaza. Le drame a attiré l'attention du monde entier, en particulier par les photos et vidéo horribles prises quelques minutes après, montrant Huda Ghalia (11 ans), hurlant de douleur près du cadavre de son père, Ali (43 ans).
Au cours de l'attaque, 7 membres de la famille Ghalia ont été tués : Ali (43 ans), sa femme Raisa (36 ans) et leurs enfants : Haytham (8 mois),
Hanadi (2 ans), Sabrin (7 ans), Ilham (17 ans), Alia (24 ans) et 7 ont été
blessés : (Hamida, Amane (22 ans), Avham (17 ans), Adham (12 ans), Huda
(10 ans), Hadil (6 ans), Latifa (4 ans). La famille avait déjà été touchée
par le passé.
Le 4 juin 2005, lors de bombardements israéliens sur la Bande de Gaza, 8
personnes avaient été tuées et 5 blessées dans la fraiseraie familiale.
Sur ces 13 personnes, 9 faisaient partie de la famille Ghalia.
La famille a pratiquement tout perdu : la plupart des hommes sont morts ou
blessés, des sommes d'argent considérables sont dépensées quotidiennement
pour les traitements médicaux ou les besoins spécifiques des nombreux
blessés ou handicapés, et les terres agricoles sont rendues inaccessibles
par les bombardements répétés.
Tout ceci s'ajoute à la situation générale de Gaza et les bouclages par
air, mer ou terre, le manque d'électricité la majeure partie de la
journée, les soins et fournitures médicales inadéquats, le manque de
nourriture, etc.

Nous vous demandons d'aider cette famille, dont la situation financière
est désespérée.
Malgré la large couverture médiatique de la catastrophe de la plage et de
très nombreuses promesses d'aide venues du monde entier, jusqu'à
aujourd'hui pas un sou n'est parvenu. Même pas pour régler les frais
d'ambulance du transfert des blessés depuis Israël jusqu'aux hôpitaux
égyptiens pour les opérations d'urgence vitale.
Vous trouverez ci-dessous la liste des dépenses.


Comment faire les dons :
Par chèque :
Payable à Yaacov Manor
P.O.Box 1335, Kfar Saba 44113, Israel
Transfert bancaire :
Hapoalim Bank, Branch 679, Account 119442
Swift # Poalilit 000000119442
Nous souhaiterions que vous nous informiez par mail de la date à laquelle
vous envoyez les dons.
Pour toute question concernant les dons, leurs destinations ou pour entrer
en contact avec la famille, n'hésitez pas à écrire à :
ghaliafamily@gmail.com
+972-52-3604814 (Ronnie)
Quelques mots à notre sujet : nous sommes des amis proches de Ramadan
Ghalia et des autres membres de la famille. Cet appel à l'aide est envoyé
au nom de la famille et à sa demande.
La situation à Gaza ne permet que cette initiative soit effectuée
directement.

Liste des dépenses à régler par la famille :
. Frais d'ambulance : 2500 $
. Traitements pour 3 des blessés en Egypte : 1000 $
. Rééducation pour chaque blessé (pour certains, il faudra 6 mois de
traitement) : 100$/jour/personne
. Très gros frais, dont le montant n'est pas encore connu, pour d'autres
opérations à l'étranger.
. Dépenses pour la vie quotidienne pour ceux qui ne peuvent plus
travailler, leurs familles et les orphelins.

Liste des blessés et de leurs blessures :
. Hamida, la mère de famille : blessure importante à la main.
. Amani, 23 ans, mère de 2 enfants : amputation d'une main et plusieurs
blessures internes.
. Ayham, 17 ans : plusieurs blessures aux jambes, à l'abdomen, à l'épaule
et à la main.
. Adham, 12 ans : multiples blessures faciales, à l'abdomen et au genou.
Nécessite une opération et de la rééducation à l'étranger pour sa jambe
blessée.
. Huda, 10 ans : blessure à la jambe.
. Hadil, 6 ans : grave blessure au cou. A perdu ses parents, vit avec sa
belle-mère, ses beaux-frères et belles-soeurs toujours vivants.
. Latifa, 4 ans : blessures à la tête et à la jambe.
. Ayssa, 13 ans, fils de Ramadan Ghalia, blessé pendant l'attaque de 2005
: a été amputé des deux jambes, a subi plusieurs opérations et une longue
hospitalisation à Gaza, en Israël et en Iran.
Tous ces blessés graves ont besoin de rééducation pendant de longues
périodes de manière à recouvrer l'utilisation de leurs membres. La plupart
d'entre eux nécessiteront d'autres traitements, d'autres opérations à
l'étranger, dont il est inutile de dire qu'elles coûteront cher.

Ramadan Ghali
« L'année dernière, le 4 janvier 2005, mon fils a été touché lors d'un
bombardement israélien dans le champ de fraises familial. Il avait à
l'époque 12 ans. 4 de mes neveux ont été tués pendant cette attaque. Mon
fils a été amputé des deux jambes. Il a été hospitalisé à Gaza pendant 17
jours, puis 2 mois à Jérusalem et 4 mois en Iran, où toutes les tentatives
de pose de prothèses ont échoué.
Récemment, le 9 juin 2006, la plage de Gaza a été bombardée. (voir la
vidéo d'Al Jazeera)
Mon frère, sa femme et 5 de leurs enfants ont été tués. 7 membres de la
famille ont été blessés ; 4 d'entre eux sont toujours hospitalisés en
Egypte, 2 à Beer-Sheva et 1 à Tel-Aviv, Israël. Ayham, ma nièce qui est
hospitalisée à Tel-Aviv, est soignée dans le Service de Soins intensifs
depuis le 10 juin.
Je suis là, à l'hôpital de Tel-Aviv depuis 3 mois, alors que mes 12
enfants et 7 des enfants de mon frère qui ont survécu sont à Gaza et sous
ma responsabilité. Je ne peux pas rester ici plus longtemps car personne
ne peut s'occuper de ma famille.
A la maison, je n'ai pas d'eau, pas d'électricité, rien. Ils ont détruit
ma maison, ma famille et ma vie. »
Ramadan Ghali (Abu Fathi), 8 septembre 2006.

Ramadan est le frère d'Ali Ghalia, décédé, et le plus âgé des frères qui
ont survécu dans la famille. Il est maintenant responsable des vies de 3
familles (la sienne, celle de son frère et sa nièce).

Lien pour de plus amples informations et des photos :
http://ghaliafamily.brinkster.net

Merci, Shukran !
Merci de diffuser cet appel aussi largement que possible.
Traduction : MR pour ISM


Nous ne pouvons pas rentrer chez nous


Par Sam Bahour, The New York Times, 7 octobre 2006


Traduit de l’anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
Sam Bahour est le co-auteur de "Homeland: Oral Histories of Palestine and Palestinians" [Patrie : histoires orales de Palestine et de Palestiniens

Il y a treize ans, j’ai laissé une vie confortable aux USA pour un avenir incertain en Cisjordanie. Israël et l’OLP venaient de signer les Accords d’Oslo. Comme beaucoup d’autres, j’ai vu là une opportunité pour enfin construire une société et une économie qui s’achemineraient vers la liberté, vers une Palestine grandissant à côté d’Israël.
En tant qu’homme d’affaires palestinien-usaméricain, j’étais décidé à faire ma part. Je me suis donc installé à El Bireh, en Cisjordanie, où ma famille a vécu depuis de siècles. Là j’ai contribué à la création d’une société de télécommunications de 100 millions de dollars, qui emploie aujourd’hui plus de 2000 Palestiniens. J’ai décroché une maîtrise d gestion de l’Université de Tel Aviv. Puis j’ai créé un centre commercial de 10 millions de dollars – le premier de cette sorte dans les territoires palestiniens, et qui emploie plus de 220 Palestiniens. Je me suis marié et j’ai deux filles adorables.
Mais voilà que les autorités israéliennes ont décidé de mettre un terme à ma vie ici.
Même après la signature des Accords d’Oslo et la mise en place de l’Autorité palestinienne, Israël a gardé le contrôle de toutes les frontières et du registre d’état-civil. Rien ni personne ne peut entrer ou sortir de Cisjordanie ou de Gaza sans permission d’Israël. Depuis une douzaine d’années, j’attends donc qu’Israël accepte ma demande de permis de résidence.
Des juifs usaméricains ou de n’importe ailleurs au monde, peuvent venir en Israël et se voient octroyer automatiquement al citoyenneté. Des milliers de juifs usaméricains entrent et sortent librement d’Israël pour vivre dans des colonies illégales de peuplement en pleine Cisjordanie. Mais des Palestiniens dont les familles ont vécu là sans discontinuer depuis des siècles n’ont pas le même droit. J’ai besoin d’une carte de résidence délivrée par Israël pour vivre avec ma famille palestinienne dans la maison d e mon grand-père en Cisjordanie palestinienne.
Depuis 13 ans, je vis ici en renouvelant mon visa touristique tous les trois mois. Le mois dernier, un soldat israélien a tamponné mon passeport avec un visa d’un mois et il a écrit dessus « dernier permis », en arabe, en hébreu et en anglais. Je suis donc confronté à un choix terrible :
- je peux partir, arracher ma famille à ses racines et abandonner les entreprises que j’ai travaillé dur à monter ;
- Je peux partir seul et me séparer de ma femme et de mes filles ;
- - je peux rester ici comme « clandestin », risquant à tout instant d’être déporté.
Ma situation n’est pas unique. Des milliers de Palestiniens vivent dans un flou semblable. La plupart disposent de moins d’options souhaitables que moi. Mes enfants sont citoyens usaméricains. Nous pouvons retourner aux USA. Mais en venant ici, j’avais une vision et je reste déterminé à jouer un rôle dans le développement économique, dans la fin non-violente de l’occupation militaire israélienne et dans l’édification d’un État palestinien.
La politique israélienne est efficace pour décourager des gens comme moi. Selon le groupe israélien des droits humains B’Tselem, cela a été une politique officielle israélienne depuis 1983 que de « réduire autant que possible le nombre d’autorisations ou de demandes de regroupement familial » de Palestiniens. B’Tselem rapporte que rien que dans les six dernières années, plus de 70 000 personnes ont déposé des demandes d’immigration pour rejoindre leurs familles en Cisjordanie et à Gaza. Leurs demandes ont été soit rejetées, soit mises en attente, comme la mienne.
Chaque Palestinien qui s’en va allège ce qu’Israël appelle ouvertement la « menace démographique » qu’est censée représenter la croissance de la population palestinienne. Mais Israël devrait comprendre que la vraie menace ne vient pas de la démographie. Elle vient du contrôle exercé sur toute une population, des familles brisées et de obstacles mis au développement économique.
Israéliens et palestiniens sont destinés à être voisins. L’un des voisins ne peut assurer sa sécurité en condamnant l’autre aux épreuves et au désespoir. Beaucoup de gens comme moi – entrepreneurs, éducateurs, artistes et autres – auxquels Israël refuse l’entrée, sont venus pour construire des ponts et non des murs. Nous sommes venus pour investir dans une vie meilleure qui suivra cette occupation – un avenir lumineux commun pour les enfants palestiniens et israéliens.

Vous pouvez soutenir la démarche de Sam Bahour
. soit par mail à l’ambassade d’Israël à Paris ( Paris@israel.org ) avec copie au Ministre des affaires étrangères d’Israël ( sar@mofa.gov.il ) ;
. soit par courrier : Ambassade d’Israël - 3 rue Rabelais - 75008 Paris, avec copie faxée au Ministre des affaires étrangères d’Israël au n° 00 972 2 530 35 06
Un modèle de lettre de protestation vous est ci-dessous proposé, à personnaliser toutefois autant que possible :
" Monsieur l’Ambassadeur d’Israël à Paris,
Je tiens à vous manifester ma plus totale désapprobation quant au refus des autorités Israéliennes de laisser Monsieur Sam Bahour, Palestinien-Américain d’Al Bireh en Cisjordanie (où vit sa famille depuis des générations) résider dans son pays, la Palestine. En effet, après 9 années de résidence à Al Bireh, où il travaille et où il s’est marié, et également 9 années de renouvellements successifs de son visa "de touriste" par périodes de 3 mois, l’Administration civile Israélienne vient de proroger celui-ci pour un mois seulement, et à titre de tout "dernier permis". Il convient de noter que sa demande de résidence permanente au titre du regroupement familial a été refusée depuis 8 ans.
Il n’est pas tolérable que l’état d’Israël, qui occupe illégalement les Territoires Palestiniens depuis 36 ans, refuse à un Américain-Palestinien le droit de continuer à résider avec sa famille dans son propre pays, la Palestine, tandis qu’un Juif-Américain se verra décerner sous 24 h. un permis permanent s’il s’installe dans une colonie Israélienne, donc illégale au regard du droit international et des résolutions de l’ONU. Il n’est pas tolérable que l’état d’Israël applique ainsi des critères racistes, formellement contraires au droit international et humanitaire.
Je vous prie donc d’intervenir auprès des autorités Israéliennes pour que M. Sam Bahour bénéficie, sans délai, d’un permis de résidence permanente en Cisjordanie, Palestine.
Signé : nom/prénom, ville "

 

Éducation ou contamination des esprits?
Discours d'une mère de victime innocente


Par Nurit Peled-Elhanan


Discours tenu à l'université du Connecticut, New London, 27 septembre 2006

Source : http://www.qumsiyeh.org/nuritpeledelhanan/


Traduit de l’anglais par Corinne Grassi et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : il est libre de reproduction, à condition d ‘en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1252&lg=fr


Le Dr Nurit Peled-Elhanan est chargée de cours en sciences du langage à l'Université hébraïque de Jérusalem, spécialisée dans le discours au sein de l'éducation israélienne, avec un accent mis sur les représentations visuelles et verbales des Palestiniens et des juifs non-occidentaux. En septembre 1997, Samarder, la fille de Nurit, a été tuée par un Palestinien dans une attaque suicide. Elle et sa famille sont membres des Familles en deuil palestiniennes et israéliennes pour la paix. Le père de Nurit, le général Matti Peled, était un héros de la guerre de 1948, devenu partisan de la paix sur la fin de sa vie.
Ses deux fils sont actifs dans les mouvements de paix des Refuzniks (soldats qui refusent de servir dans les territoires, NdT) et des Combattants pour la paix, un nouveau mouvement d’ex-combattants israéliens et palestiniens. Nurit Peled-Elhanan a reçu en 2001, le prix Sakharov du Parlement européen pour les droits de l'homme et la liberté de pensée. Elle est actuellement en tournée aux USA avec une femme palestinienne (Hanan Abou Ghosh) qui a perdu son frère âgé de 17 ans suite à des tirs israéliens.
Mazin Qumsiyeh



Je voudrais dédier ces mots à tous les garçons et filles palestiniens, à tous les garçons et filles libanais, ainsi qu’à tous les garçons et filles irakiens qui ont été massacrés par des garçons soldats israéliens et américains à l’esprit contaminé, et qui ont récemment rejoint ma propre petite fille dans le royaume souterrain des enfants morts, qui grandit sous nos pieds pendant que je parle. Je voudrais leur dire de ne pas s'inquiéter : Enfants, vous y serez bien reçus et personne ne vous blessera simplement parce que vous avez fait l’école buissonnière ou parce que vous portiez un voile sur votre tête ou parce que vous viviez dans un certain endroit. Reposez en paix, chacun a droit à une égale dignité dans votre nouveau monde. C'est le monde où les enfants israéliens demeurent côte à côte avec les enfants palestiniens. Là ils reposent, victimes et meurtriers, dont le sang a été longtemps absorbé par la Terre sainte, qui a toujours été indifférente au sang. Là ils reposent, tous victimes de duperie.

Vous tous, enfants morts, avez été trompés, parce que votre mort n'a abouti à rien du tout et le monde continue à vivre comme si votre sang n'avait jamais coulé. Parce que les leaders du monde continuent à jouer leurs jeux meurtriers, en vous utilisant comme des dés et en utilisant notre chagrin comme carburant pour leurs machines à tuer. Parce que les enfants sont des entités abstraites pour des généraux et que le chagrin est un outil politique . Vivant des deux côtés, celui des victimes et celui des tueurs, je continue à me demander, quels sont les moyens qui font que de bons enfants israéliens sont transformés en monstres assassins, quels sont les moyens qui contaminent autant leurs esprits pour qu’ils en viennent à tuer, torturer et humilier d'autres enfants, leurs parents et grands-parents, et à sacrifier leur propre vie pour rien d’autre que la folie et la mégalomanie de leurs chefs. Dans le prétendu monde occidental éclairé chacun se sent très légitime quand il blâme l'Islam pour les attentats suicide et la terreur. Mais qui songerait à blâmer le judaïsme pour meurtre ? Les enfants juifs ultra-orthodoxes qui n’ont jamais quitté Brooklyn savent que tuer des Arabes est un « mitzva » (commandement sacré) car pour eux ce sont des « vilde hayeths » (bêtes sauvages). Et les enfants israéliens commettent réellement les crimes de massacre et de torture. Ni le judaïsme ni l'Islam ni aucune autre religion dans ce domaine ne sont la cause des meurtres et de la terreur. C’est l'éducation raciste qui l’est. C’est l'impérialisme américain qui l’est, c’est l’impitoyable régime d’occupation israélien qui l’est. Les femmes et les enfants qui souffrent le plus de la violence occidentale aujourd'hui sont les femmes musulmanes mais le racisme ambiant fait que la souffrance de ces femmes est imputée au fait qu’elles sont musulmanes.

Le monde occidental aujourd'hui est infecté par la peur de l'Islam et de la matrice musulmane. La grande France de la liberté-égalité-fraternité est effrayée par des petites filles voilées, l'Israël juif appelle, dans des discours publics et des livres scolaires, les citoyens arabes d'Israël un « cauchemar démographique » et « l'ennemi intérieur ». Quant aux réfugiés palestiniens vivant sous occupation, ils sont définis dans les livres scolaires israéliens d'histoire comme un « problème à résoudre ». Il n’y a pas bien longtemps c’étaient les juifs qui étaient un problème à résoudre.

Ceci en dépit du fait que les gens qui détruisent le monde aujourd'hui ne sont pas musulmans. Les gens qui utilisent les armes désastreuses les plus sophistiquées pour tuer des milliers de civils innocents ne sont pas musulmans. Ils sont chrétiens, et juifs. Néanmoins ce sont ceux qui appartiennent aux cultures judéo-chrétiennes, qui soutiennent les crimes contre l'humanité américano-britanniques et israéliens, et en particulier contre les musulmans partout dans le monde, les personnes qui envoient leurs enfants au combat dans ces guerres inutiles impitoyables au nom de la démocratie et de la liberté qui sont des noms de code pour l'avarice et la mégalomanie, qui se voient eux-mêmes comme éclairés et blâment tout cela au nom de je ne sais quel clash imaginaire des civilisations. Quelle solution ce monde frappé par la peur offre-t-il aux Palestiniens, aux Irakiens ou aux Afghans qui sont harcelés, maltraités, torturés et affamés par les crimes et l'exploitation occidentaux ? L'offre générale que ce monde éclairé leur fait consiste à dire : soyez comme nous. Constituez une démocratie comme les nôtres, embrasser nos valeurs qui vous méprisent, qui vous considèrent comme un tas de primitifs inférieurs qui doivent être cultivés ou épurés.

Ceci, mesdames et messieurs, est l'attitude qui permet aux soldats américains de violer, torturer et tuer des hommes, des femmes et des enfants musulmans par milliers, qui permet à des soldats israéliens d’ordonner aux femmes palestiniennes de se déshabiller devant leurs enfants pour des raisons de sécurité, aux geôliers de les maintenir dans des conditions inhumaines, sans les règles hygiéniques nécessaires, sans eau ou matelas propres et de les séparer de leurs nourrissons et enfants en bas âge. De bloquer leur chemin vers l'éducation, de confisquer leurs terres, de détruire leurs puits d'eau, de déraciner leurs arbres et de les empêcher de travailler leurs champs. C'est ce qui permet aux pilotes israéliens de laisser tomber une centaine de bombes d'une tonne par jour sur le secteur le plus peuplé au monde - Gaza. C'est ce qui permet à Israël de voter les lois racistes qui séparent des mères, des pères et des enfants.

Les femmes palestiniennes, irakiennes et afghanes sont des mères comme moi. Et quand elles perdent un enfant, même si c’est un enfant de 12 ans, leur douleur est égale à la mienne. Mais en plus de perdre leurs enfants, elles perdent également leurs maisons, leur vie et leur futur parce que le monde n'écoute pas leur souffrance et ne punit pas leurs meurtriers. Leur honneur de femmes et de mères est écrasé. Leur identité est détruite et leur cri n'est pas entendu. Leur foi et leurs coutumes, leurs modes de vie séculaires sont traités par le mépris.

Les soldats américains ne sont en fait pas les seuls à massacrer des « Arabes » : les soldats israéliens le font aussi avec les Palestiniens et les Libanais. Et ces soldats israéliens n’ont probablement jamais vu un visage humain arabe avant de se retrouvent à l'armée. Mais ils ont appris, pendant 12 longues années, que ces gens sont primitifs, qu’ils élèvent des enfants pour les envoyer dans la rue jeter des pierres sur nos soldats qui-veillent-au-maintien-de-la-paix, qu’ils sont incultes parce qu'ils ne reçoivent pas notre éducation, étant fourbes et sales parce qu'ils ont une autre notion que nous de la politesse, qu’ils s'habillent différemment et se couvrent la tête avec différents morceaux de tissu. Eh bien, d’après mon expérience, il y a beaucoup plus de keffiehs que de kippas dans le camp des partisans de paix. Des enfants israéliens sont empêchés de connaître leurs voisins immédiats, leur histoire et leur culture, leurs mérites. Des enfants israéliens sont éduqués à voir en leurs voisins des éléments indésirables. Ce n'est pas de l’éducation, c’est de la pollution mentale.

Le scientifique Richard Dawkins a été le premier à parler de virus mentaux. Les enfants, parce que leurs esprits sont crédules et ouverts à quasiment toute suggestion, ne sont pas immunisés contre les pollutions mentales de toutes sortes de propagande et de mode. Ils se laissent facilement persuader de percer leurs visages et de tatouer leurs fesses, de mettre leurs casquettes à l’envers et de dénuder leurs ventres, de croire aux anges et aux fées. Ils acquièrent également facilement les croyances politiques et s'approprient les cartes mentales qui influenceront plus tard leurs décisions sur la question des futures frontières de l'État et sur la nécessité de la guerre. Tous nos enfants ont l’esprit contaminé à un âge précoce. De sorte qu’au moment où ils sont en âge de devenir de vrais soldats, ils ont déjà appris à être de bons soldats, c’est-à-dire que leurs esprits sont totalement contaminés et qu’ils sont incapables de remettre en cause la « vérité » qui leur a été inculquée. Ceci est une partie de l'explication que l’on peut donner aux actes terribles qui sont commis aujourd'hui par de braves garçons israéliens, qui sont définis encore et toujours comme des « gens attachés aux valeurs ». Il est donc grand temps de se demander de quelles valeurs il s’agit. Les lignes suivantes font partie d'une préface personnelle de Tal Sela, un de mes étudiants d'université, à son mémoire de fin d’études, qui inclut l'analyse d'un manuel d'histoire.

« Le 5 septembre 1997 je me trouvais au Liban, dans une mission de renfort. Tous mes amis étaient dans la bataille, 12 soldats ont été tués. Les jours suivants j'étais heureux : "je suis vivant, j'ai survécu", me disais-je à moi-même. Mais un an plus tard, j'étais dans une dépression profonde. Triste et morose. J'ai décidé de consulter un psychologue. Après quelques séances j'ai pu rassembler mes forces, physiques et morales. J’ai pu réorganiser mes pensées. Alors j'ai compris que la crise mentale que j'avais eu était en fait une crise morale, une crise de conscience. Ce que j’avais réellement ressenti c'était de la frustration, de la honte et de la colère...
Comment avais-je pu être si crédule et me laisser tromper ? Comment expliquer qu'un homme de paix s'expose à une expérience si morbide de son propre gré ? Aujourd'hui, comme toutes les deux semaines, j'ai conduit des activistes pacifiques aux postes de contrôle militaires de l'armée israélienne dans les territoires palestiniens occupés. J'ai vu un officier mettre les menottes à un chauffeur de taxi parce qu'il n'avait pas obéi à l'ordre des soldats pour se garer ici et pas là. "Nous le lui avons dit mille fois", disaient les soldats. L'homme était couché à terre dans la pire chaleur de l'été, assoiffé, pendant des heures. Son ami était plus chanceux : il a dû rester debout dans une cellule, sans menottes. »
Qu’est-ce qui a poussé ces jeunes garçons israéliens à jouer le rôle des juges suprêmes à en perdre tout jugement ? À mon avis c'est le grand récit sioniste qui sert de conscience collective à toute la société israélienne, tant de manière explicite qu'implicite. Ce grand récit est le système des valeurs qui nous incite à appartenir à ce collectif particulier.

C'est le système qui dicte les rapports entre nous et les Palestiniens. Comment sinon peut-on expliquer que des jeunes qui ont été éduqués à aimer leur voisin comme ils s'aiment, tuent leurs voisins, détruisent leurs établissements scolaires, leurs bibliothèques et leurs hôpitaux, pour aucune autre raison apparente que le fait que ce sont leurs voisins ? La seule explication est que leurs esprits sont contaminés par les parents, les enseignants et les leaders, qui les convainquent que les autres ne sont pas aussi humains que nous, et donc que les tuer n'est pas vraiment un meurtre ; cela porte, pour être légitimé, d'autres noms tels que « épuration », « nettoyage », « punition », « opération », « mission », « campagne » et « guerre ». Même si je parle des garçons israéliens, ce n'est pas une affaire israélienne parce que, comme vous le savez, l'épidémie est mondiale. Mon neveu, Doroni, 7 ans, qui vit aux USA, est venu à la maison le jour de Halloween et a déclaré qu’il voulait être soldat, aller en Irak et sauver l'Amérique. Combien de jeunes hommes américains, ignorants comme lui l'absurdité de cette déclaration, sont vraiment allés en Irak et y sont morts sans savoir pourquoi, mais avec les mots « sauvons l'Amérique » sur leurs lèvres ? La question est : comment ces valeurs fausses ont-elles été imprimées dans leurs esprits et comment peuvent-elles être effacées ?

La psyché humaine, dit Dawkins, connaît deux grandes maladies : la tendance à mener des vendettas de génération en génération et la tendance de mettre des étiquettes de groupe sur des personnes plutôt que de les voir comme des individus. Nous souffrons tous des étiquettes, mais c’est seulement ceux d’entre nous qui sont morts à cause des étiquettes qui se sont rendus compte que la manière de combattre les étiquettes est de les refuser. La manière de vaincre les faux systèmes de valeurs est de les mettre à nu. Les virus de l'esprit ne sont que partiellement affaiblis par des jeunes comme Tal et d'autres refuzniks israéliens tels que les « Combattants pour la paix ». Mais la plupart de nos enfants contaminés ne seront libres de l’emprise de ces virus que quand ils auront trouvé le repos final dans le royaume toujours croissant et souterrain des enfants morts. C’est seulement là qu'ils réaliseront que ce n’est pas important que leur tête ait été couverte ou pas dans une synagogue, une église ou une mosquée, qu'ils aient été circoncis ou pas, qu'ils aient ou pas prononcé des mots interdits, qu’ils aient mangé du porc ou de la vache ou qu'ils aient pris un chocolat chaud après leur pizza au salami juste avant de sauter sous la bombe de quelqu'un qui ne l’était pas ou ne l’avait pas fait. Les mères israéliennes, américaines, anglaises, italiennes élèvent leurs enfants avec tout l’amour et le soin afin de les sacrifier au dieu de la mort, comme si leur utérus est un capital national ou plutôt international. Des pères poussent leurs enfants à s’engager dans des armées dont les intérêts n'ont rien à faire avec la défense. Et quand ces enfants meurent pour le bénéfice de quelqu'un d'autre, leurs parents portent le deuil avec dignité et fierté, comme on leur a enseigné, mettant les photographies de leurs enfants morts sur le dessus de la cheminée et soupirent : il était si beau en uniforme.

Il est temps de dire à ces parents que personne n’est beau dans l'uniforme de la brutalité. Il est temps de leur dire que les uniformes, les grades et les médailles sont devenus laids. De leur dire que leur dignité et leur fierté sont mal placées. Il est temps de dire aux juifs que la seule manière de décourager l'antisémitisme c’est de condamner le seul gouvernement au monde qui envoie délibérément de jeunes juifs, garçons et filles, à une mort certaine et qui persécute, jusqu’au génocide, une nation sémite entière. Il faut leur expliquer que c'est le gouvernement juif et les actions de son armée, non je ne sais quelle haine primaire pour la race juive, qui sont les raisons de l'invention du nouveau signe que nous voyons souvent dans les manifestations pro-palestiniennes, où l’étoile de David est mise en égalité avec la croix gammée.

C’est une tâche terriblement difficile pour les personnes qui ont été éduquées en Israël ou aux USA ou dans n'importe quel autre pays « démocratique occidental » d’admettre que nous avons ont été élevés sur des valeurs racistes fausses. Sur l’hétérophobie. La seule chose qui peut mettre en valeur un tel changement dans les esprits, c’est l'image constante des petits corps mutilés des victimes de ces valeurs.

Demain c’est Yom Kippour, le jour le plus saint pour les juifs. Ce jour-là, les gens doivent demander le pardon. Pas pour pardonner mais pour essayer d’être pardonné. Je voudrais citer une strophe d'une poésie écrite par le défunt Hanoh Levin, un des plus grands dramaturges d'Israël, dans les années 70 :

Cher père, quand tu seras sur ma tombe
Vieux, fatigué et très seul,
Et que tu verras comment ils m’ont enterré –
Demande-moi de te pardonner, mon père.

Nous devons tous demander pardon à nos enfants pour ne pas avoir été plus vigilants, pour ne pas nous être battus suffisamment afin de tenir nos promesses d’un monde meilleur, pour ne pas avoir refusé plus tôt les virus du mal et pour les avoir laissés être les victimes de la contamination horrible, la contamination mentale dont nous souffrons tous. Regardons leurs petits visages innocents, hébétés et sans illusions et demandons-nous : pourquoi ce sillon de sang déchire t-il la pétale de leur joue ?

 

Manifestation monstre du Hamas à Gaza en soutien au gouvernement



Il ne faut pas étendre nos armes sales!!!!!!

Des dizaines de milliers de sympathisants du Hamas ont manifesté vendredi à Gaza en soutien au gouvernement palestinien contrôlé par le Hamas, confronté au boycott international et à une crise politique et financière sans précédent.
Les manifestants, agitant des centaines de drapeaux verts du Hamas et portant des casquettes de la même couleur, se sont rassemblés dans le principal stade de Gaza après la grande prière du vendredi.
Ismaïl Haniyeh a été victime d'un bref malaise alors qu'il prononçait son discours.
Le chef du gouvernement du Hamas a bredouillé quelques mots, puis s'est interrompu au milieu d'une phrase et s'est effondré sur des collaborateurs qui se trouvaient à côté de lui.
Haniyeh, 46 ans, qui jeûne en journée en raison du Ramadan, a été placé sur une chaise pendant que des conseillers s'occupaient de lui.
Après quelques minutes, le Premier ministre a pu reprendre son discours, prononcé par une chaude journée d'automne. "Nos corps peuvent être fatigués, mais notre âme ne le sera pas, et cela n'entamera pas notre détermination", a-t-il dit après ce léger malaise.
Les principaux chefs du Hamas étaient présents dans le stade.
Haranguant les manifestants par haut-parleurs, un speaker a salué à
plusieurs reprises sous les acclamations, le chef du Hamas en exil Khaled Mechaal, basé à Damas.
Cette manifestation survient alors que les discussions entre le Hamas et le parti Fatah du président Mahmoud Abbas sur un gouvernement d'union nationale censé mettre fin à la crise politico-financière sont dans une impasse totale.
La tension s'est traduite ces derniers jours par de violents heurts entre partisans des deux groupes qui ont fait 12 morts.
Source : agences de presse, 6 octobre 2006

 

Il n’y a qu’une seule SOLution : il faut disSOUdre l’Autorité palestinienne


par Abdel-Bari Atwan, Al Quds Al Arabi, 4 octobre 2006


Traduit de l’arabe par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.


Les deux coqs : le Hamas et le Fatah –Emad Hajjaj*, 2 octobre 2006

Les affrontements sanglants dont les territoires palestiniens sont le théâtre ces jours-ci, et qui fauchent des vies innocentes de manière totalement arbitraire, sont, à tout point de vue, une honte, un scandale politique et moral qui déshonore tous ceux qui y participent directement ou indirectement. Ils discréditent une longue et honorable histoire faite de sacrifices et remontant à plus d’un siècle.

Qualifier ces affrontements de pure folie, c’est le moins qu’on puisse faire. En effet, un peuple possédant à un tel degré le sens politique, et une si longue expérience de la résistance, ne peut pas – alors même que des martyrs continuent à tomber tous les jours – passer du summum de la raison et de la sagesse au summum de la folie, comme ça, en quelques heures… Nous ne connaissons pas les sentiments des dirigeants, ni de ceux du Fatah, ni de ceux du Hamas, tandis qu’ils voient les ambulances emmener les blessés et les cadavres des tués, tombés au cours de ces affrontements absurdes entre milices s’entredéchirant, croisant en chemin les cadavres de leurs frères et sœurs victimes des assassinats ciblés israéliens… ?

Quand Benyamin Eliezer, le ministre israélien des Infrastructures, laisse éclater la joie qui le submerge à la nouvelle de l’éclatement des échauffourées entre les deux pôles de l’arène politique palestinienne, et qu’il forme des vœux pour la victoire de la camarilla du président Mahmoud Abbas, alors il nous faut savoir opérer le tri entre qui a tort et qui a raison ! Et dès lors que Mme Condoleezza Rice stipule que les Palestiniens mettent un terme à leur guerre intestine et forment un gouvernement d’union nationale, qui reconnaîtra Israël et les accords déjà conclus avec ce pays, nous devons marquer une pause et réfléchir posément à la nature du piège tendu au peuple palestinien, ainsi qu’aux objectifs qui en sont escomptés…


Nous avons déjà dit, nous continuons à affirmer, et nous le répétons encore une fois, ici même, à haute et intelligible voix, que cette guerre civile absurde n’a pas d’autre enjeu que le contrôle de ce « cadavre dans le placard » qu’est cette Autorité [qui, en fait d’autorité, n’en a que l’intitulé] palestinienne, et qui ne mérite pas qu’on verse pour elle la moindre goutte de sang. Même les animaux carnassiers – si affamés soient-ils – se détournent des charognes et n’ont nulle envie de s’entretuer pour se les accaparer.

Les Palestiniens vivent une énorme mascarade, qui a pour nom l’ « autonomie ». Ils s’imaginent avoir des ministres et un conseil législatif, des institutions et une garde présidentielle. Mais la réalité est tout autre. Leur territoire est occupé et ce qui a été libéré, purement formellement – je veux parler de la bande de Gaza – est aujourd’hui le théâtre des pires affrontements. C’est une immense prison à ciel ouvert [un ciel sillonné de drones et de bombardiers, NdT], dont les clés sont accrochées à la ceinture d’un sous-fifre quelconque du service de répression israélien, le Shin Bet.

Nous devons, par conséquent, reconnaître que ce qui est en train de se passer en ce moment même dans les territoires occupés, ce sont les prémisses d’une guerre civile sans précédent, planifiée par les Israéliens avec une minutie extrême. Ceux-ci ont – enfin [de leur point de vue] – réussi, en utilisant de manière machiavélique la crise des salaires non-versés aux fonctionnaires palestiniens, à faire tomber les Palestiniens dans leurs rets.

Cela n’est ni une guerre entre musulmans et chrétiens, ni une guerre entre sunnites et chiites, ni entre catholiques et protestants. Non : c’est une guerre entre fils et filles de la même communauté, de la même tribu, du même peuple, entre des affamés et d’autres affamés (les mêmes), entre des gens soumis à occupation militaire et des gens soumis à militaire occupation (les mêmes / la même). Et c’est bien là le drame.

Ce qui importe, en cet instant, ça n’est pas de déterminer à qui incombe la responsabilité de la chute dans cet immense puits sans fond. Non. L’important, c’est savoir de quelle manière en sortir avec le moins de dégâts que possible et au plus vite ; tout le monde est fautif, d’une quelconque façon.

Celui qui a (ou ceux qui ont) donné le feu vert aux hommes des forces de sécurité palestiniennes, leur permettant d’aller manifester en armes pour réclamer des traitements dont ils savaient pertinemment d’avance pourquoi leur versement était retardé, celui-là (ceux-là) est (sont) responsable(s) de toutes les gouttes de sang, jusqu’à la dernière, qui seront répandues dans les rues de Gaza, de Naplouse et de Ramallah. Celui qui a donné des ordres aux forces d’appui – les milices du Hamas, pour ne pas les nommer – de descendre dans les rues pour s’opposer aux premiers, tout en connaissant parfaitement, par avance, les résultats inexorables de cette initiative, endosse exactement la même responsabilité, et doit être sanctionné avec exactement la même sévérité.


Monsieur Abbas plonge dans une guerre civile sanglante non seulement le peuple palestinien, mais aussi un mouvement de libération nationale palestinien – le Fatah – détenteur d’un passé honorable, fait de sacrifices consentis, d’une lutte déterminée, d’attachement à des principes fondamentaux nationaux intangibles non démentis depuis plus de quarante années.

A ce qu’on sache, le gouvernement Hamas n’est en rien responsable ni de la crise des salaires, ni de la famine artificiellement imposée au peuple palestinien, que le président de l’Autorité et sa clientèle de conseillers excitent ainsi les manifestants à son encontre ?

Tout enfant palestinien, à quatre ans, sait déjà que ceux qui bloquent ces salaires, ce sont les USA et Israël [ainsi que l’Union européenne, NdT]. Nous, qui affirmons ceci, nous avons donné tort, et c’est ce que nous continuons à faire aujourd’hui, au mouvement Hamas, qui n’aurait jamais dû participer aux dernières élections, tombant du fait qu’il l’ait fait dans une énorme contradiction. Comment, en effet, concilier logiquement une Autorité instituée par des accords que le Hamas a [à juste titre] condamnés et combattus, avec une résistance armée refusant la reconnaissance [d’Israël] et insistant sur la libération de la totalité du territoire palestinien ? De fait, le Hamas s’était acquis la confiance du peuple palestinien, précisément sur la base de ses positions irrédentistes, car ce peuple comprend très bien que les accords d’Oslo sont nuls et non advenus et que tout ce qui est construit sur du nul et non advenu est bâti sur du sable.


Nous ne savons pas ce qui a pris à cet individu ? Abbas ? Comment a-t-il pu se débarrasser de sa cautèle légendaire, pour prendre la décision de se lancer à corps perdu dans le complot actuel visant à renverser le gouvernement et à allumer la mèche de la guerre civile ? Ce que nous savons, en revanche, et de source sûre, c’est que cet individu, Abbas, donc – et voici, de cela, seulement quelques semaines – a soufflé à l’oreille d’une poignée de ses conseillers en exil de mettre au point le texte d’un discours de démission qu’il avait projeté de prononcer devant les caméras de chaînes télévisées du monde entier – un discours de démission dans lequel il aurait imputé à Israël et aux Américains la responsabilité de la détérioration de la situation dans les territoires occupés, ainsi que celle d’avoir définitivement compromis le processus (dit) de paix dans la région du Moyen-Orient…

Les conseillers du président Abbas, qui ont fait leur nid dans le bureau présidentiel, et qui le poussent à la confrontation, et certainement pas dans le sens de l’apaisement, à seule fin de retrouver les lauriers désuets d’un pouvoir [imaginaire], évoquent désormais un certain nombre d’options qu’il a l’intention d’adopter, comme celle de recourir à ses prérogatives de dissoudre le gouvernement et de former un nouveau gouvernement de technocrates, ou encore celle de faire procéder à de nouvelles élections législatives.

Mais quelles prérogatives – et quelle constitution – dont ces gens-là nous rebattent les oreilles – peuvent bien être celles d’un peuple affamé comme l’est le peuple palestinien, d’un peuple exposé à mille morts et à l’état de siège ? Quelles prérogatives – et quelle constitution – sont celles d’un président incapable de sortir de son bureau de Ramallah sans l’autorisation du dernier des gardes champêtres israéliens ? Quelles prérogatives – et quelle constitution – peut bien avoir un conseil législatif dont la moitié des députés croupissent dans les geôles de l’occupant, après avoir été kidnappés à leur domicile, en plein jour ? Et puis, qu’est-ce donc que ce « gouvernement », qui est incapable de verser leur salaire à ses fonctionnaires, ni de se rendre maître de ses propres forces de sécurité, qui met sur pied des gardes prétoriennes chargées de protéger ses seuls ministres, qui est incapable de nommer un ambassadeur, voire même un simple consul, dans ses ambassades, et qui ne contrôle pas le moindre agent de police de faction à l’un quelconque de nos points de passage ou de nos issues de secours ?

Quel est donc cet ordre public, dont les gardiens sont les premiers à l’enfreindre et à répandre l’anarchie, à fermer les rues et les places publiques aux passants et à se livrer au hooliganisme envers leurs concitoyens et à leur pourrir la vie, à entraver leur liberté de se mouvoir à leur guise et à paralyser ce qui leur reste en matière de petit commerce et autres gagne-pain et, ce, au beau milieu de ce mois béni, de ce mois de trêve et de générosité qu’est le mois de Ramadan ?


Une seule solution : que Messieurs Mahmoud Abbas et Ismaïl Haniyeh viennent, ensemble, main dans la main, devant les caméras de télévision, tenir une conférence de presse d’audience mondiale, et qu’ils annoncent la dissolution de cette Autorité [de pacotille] et qu’ils appellent un chat, un chat. Qu’ils appellent « peuple résistant » le peuple palestinien résistant et qu’ils appellent « forces d’occupation » [la soldatesque sioniste] !

Le peuple palestinien est actuellement aux prises avec un chantage sans précédent, qui a pour nom « salaires » : on exige désormais de lui qu’il fasse le sacrifice de tous les principes fondamentaux de son combat, de tous ses droits nationaux, et qu’il devienne un peuple de clochards et de mendiants attendant l’aumône des aides américaines et européennes, exactement comme à l’époque où la première balle n’avait pas encore été tirée, un beau jour de ce mois de janvier de l’an de grâce 1965, par les authentiques héros du Fatah…

Partant, toute nouvelle convocation d’élections, dont les résultats ne feraient que consacrer l’actuelle situation éminemment déplorable, et qui feraient fond de la situation présente de quasi famine pour faire passer le projet américano-israélien, ne peut être qualifiée autrement que de suggestion louche, qu’il convient de boycotter systématiquement.


A quoi bon des élections dont les résultats ne pourraient en aucun cas être l’objet d’un quelconque respect, dès lors que celui qui commettrait la folie de les admettre et y participerait encourrait la sanction de mourir de faim, de mourir d’encerclement ou de mourir ciblé par les Robocops sionistes [en rétribution de son civisme] ?

* L’auteur de ce dessin, Emad Hajjaj est né à Ramallah en Palestine en 1967, l’année même où Israël a occupé les territoires sous administration jordanienne et égyptienne. Sa famille s’est donc réfugiée en Jordanie où il a suivi des études d’arts graphiques à l’Université Yarmouk. Il a gagné de nombreux prix et collabore actuellement aux journaux Al Quds Al Arabi et Al Ghad. Beaucoup de ses dessins ont été censurés et en 2000, il a été licencié du quotidien jordanien Al Rai pour un dessins controversé. On peut trouver ses travaux sur son site web www.mahjoob.com

L’axe arabo-israélien


Par Abdul Sattar Kassem, 1er octobre 2006.

Traduit par Fausto Giudice pour Tlaxcala, 2 octobre 2006

L’auteur enseigne les Sciences politiques à l’Université Annajah de Naplouse

Les régimes arabes ne peuvent désormais plus masquer leur alliance objective avec Israël, après les récents développements au Sud-liban et devant la montée de la puissance iranienne. Ils sont en train de s’engager dans une coordination subjective étendue avec Israël. Ils en ont été des alliés objectifs car Israël et les puissances occidentales, particulièrement les USA, ont préservé et assuré la continuité de leurs dictatures.
Le Hezbollah a gagné la guerre et cela a effrayé les régimes arabes, qui se sont sentis sous pression pour réagir rapidement. Cette victoire implique une force sur le plan national et constitue un stimulant psychologique qui élève le moral des Arabes. Cela est dangereux pour des régimes qui se sont constamment nourris de défaites et d’humiliations. Ces régimes ne sont que des marionnettes qui ne se soucient que de leurs propres intérêts privés.
La victoire remportée par le Hezbollah indique, dans une certaine mesure, la puissance de la Syrie et de l’Iran. Israël, les USA, la Jordanie, l’Arabie saoudite, l’Égypte, les États du golfe, certains Palestiniens et certains Libanais ont intérêt à ce que la Syrie et l’Iran soient écrasés. Ces aprteis ne peuvent plus cacher leur alliance et l’axe arabao-israélien est progressivement en train de se déployer. Les Saoudiens visitent Israël, les Égyptiens parlent d’avoir leur propre technologie nucléaire, les Jordaniens entraînent des éléments anti-Hezbollah libanais, les Palestiniens qui suivent Abbas sont en train de rejoindre la campagne de pressions sur l Hamas orchestrée par les régimes arabes, les Européens, les USA et Israël.
La région assiste à une cristallisation de deux axes : l’axe syro-iranien soutenu par le Hezbollah, le Hamas et la paresseuse opinion publique arabe d’une part, et d’autre part, l’axe arabo-israélien soutenu par les USA et l’Europe.

 

Les USA et Israël tentent de monter une « Union arabe modérée » contre l’Iran et la Syrie


Une carte communautaire d'un genre nouveau


par Abdelbari Atwan, Al Quds Al Arabi, lundi 2 octobre 2006. Traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier pour Tlaxcala, 2 octobre 2006


L’auteur est rédacteur en chef du quotidien arabe de Londres Al Quds Al Arabi (Al Qods arabe)

Mme Condoleezza Rice, ministre usaméricaine des Affaires étrangères, entame une tournée dans la région arabe, en apparence pour relancer le processus de paix, mais en réalité, de façon moins visible, pour poser les fondations d'une alliance d'un genre nouveau, qui portera le nom d' « Alliance des pays modérés », en vue de la confrontation armée prévisible avec l' « union des pays extrémistes », à savoir l'Iran, la Syrie, le Hezbollah et les deux mouvements palestiniens Hamas et Jihad islamique ; c'est-à-dire, avec ce que l'Amérique nomme l' « Axe du Mal ».

Au Caire, en marge de sa visite officielle en Égypte, Mme Rice rencontrera les ministres des Affaires étrangère de huit pays : les six pays membres du Conseil de Coopération du Golfe, plus l'Égypte et la Jordanie. Il s'agit, on l'aura compris, de redonner vie à l'organisation des « pays de la proclamation de Damas », fondée au lendemain de l'invasion irakienne du Koweït et destinée à supplanter la Ligue des États arabes et à constituer le fer de lance de l'agression contre l'Irak, afin d'imposer à ce pays un embargo dévastateur, d'en détruire les capacités militaire et économique, avec une différence partielle et logique, mais fondamentale : la Syrie en est sortie, et la Jordanie y est entrée !

La nouvelle alliance s'appuie sur l'idéologie de l'hostilité à l'Iran et à son programme nucléaire, au motif que le danger iranien, pour les pays du Golfe et les pays arabes modérés, serait bien plus grand que le danger représenté par Israël. En effet, (pensent ces pays) Israël n'a pas, quant à lui, la volonté de créer un « croissant chiite » et ce pays n'a pas non plus à sa disposition de communautés juives représentant une cinquième colonne au sein des pays arabes - allusion transparente aux minorités chiites dans les Émirats du Golfe, comme le répètent à l'envi les idéologues et les propagandistes de cette alliance arabo-israélienne du troisième type !

Dans le même contexte, on peut relever que les pays arabes n'évoquent plus avec la même insistance le danger nucléaire israélien et la nécessité de débarrasser le Moyen-Orient de toutes ses armes nucléaires, à chaque fois que les USA invoquent la question du réacteur nucléaire iranien, lequel n'est encore qu'au stade embryonnaire. Et un nouvel « air » a fait son apparition, qui se concentre sur l'introduction [souhaitable] de la technologie nucléaire en Égypte, au Yémen et peut-être aussi, dans un futur plus lointain, en Arabie saoudite, sous l'inspiration de l'Amérique et avec sa bénédiction, afin de suggérer l'idée que cette initiative serait en quelque sorte une réplique à la technologie militaire israélienne, et une réponse aux critiques adressées à ces pays arabes centraux de négliger leur entrée dans l'ère de l'atome.

La nouvelle stratégie israélo-américaine vise à diviser en particulier les Arabes, et de manière générale les musulmans, sur des bases confessionnelles, en montant l'un contre l'autre un camp « sunnite » et un camp « chiite », et transposer les deux précédents actuels de l'Irak et du Liban dans l'ensemble de la région du monde islamique où sont susceptibles déjà se trouver ceux qui nourrissent la haine et préparent le terrain à la confrontation entre sunnites et chiites afin de détourner ces deux « camps » de l'existence de l'entité sioniste et de ses dangers.

L'administration usaméricaine a utilisé avec beaucoup de succès le facteur chiite pour éliminer un régime « sunnite »en Iraq [celui de Saddam Hussein, NdT] (pour reprendre le qualificatif qu'elle lui accolait), et voici qu' aujourd'hui, elle veut utiliser le monde sunnite arabe pour l'aider à évincer le régime « chiite » de Téhéran, ce qui revient, en fin de compte, dans les deux cas, à servir essentiellement les intérêts. d'Israël.

Tzipi Livni, la ministre israélienne des Affaires étrangères, a exprimé très clairement les finalités de cette nouvelle alliance, dans une interview accordée au quotidien israélien Yediot Aharonot, vendredi dernier, où elle a notamment dit : «Israël doit coopérer avec l'alliance sunnite ; en effet, Israël ne peut pas se contenter de son alliance avec Washington, s'il veut survivre. Et les circonstances actuelles sont mûres pour une telle coopération. »

Les circonstances favorables évoquées ici par la ministre israélienne des Affaires étrangères, c'est essentiellement l'ouverture actuelle, sans précédent, des régimes arabes, sous la pression usaméricaine, en direction de l 'Etat hébreu. En effet, les rencontres israélo-saoudiennes, péché mortel il y a encore peu de temps, sont devenues une réalité après la convergence des intérêts, qui a atteint des sommets en pleine agression israélienne contre le Liban. La ministre israélienne a révélé ses rencontres avec les ministres des Affaires étrangères de dix pays arabes et musulmans, en marge de sa participation à l'Assemblée générale de l'ONU, dont ceux du Qatar, du Sultanat d'Oman, de l'Égypte, de la Jordanie et du Bahreïn, de même qu'elle a révélé la tenue d'une rencontre secrète des chefs des services de renseignement d'Egypte, de Jordanie, d'Israël et de deux pays du Golfe n' entretenant pas de relations diplomatiques ni commerciales avec ce dernier pays, en plus de Monsieur Mahmoud Abbas, président de l'Autorité nationale palestinienne, afin de poser les fondations d'une coopération totale, en matière de renseignement, face aux pays arabes [sic] de l' « Axe du Mal » et aux organisations alliées avec eux, à savoir le Hamas et le Hezbollah.

Israël sera donc le neuvième pays membre de l' « Union des pays arabes modérés » ; ce sera un allié sur lequel compter lors de la guerre annoncée avec l'Iran au cas où les négociations autour de son programme nucléaire se heurteraient à un mur - ce qui est hautement probable. Afin de faciliter cette adhésion israélienne, on s'attend à ce que Mme Condoleezza « arrache » quelques concessions de pure forme à l'État hébreu au cours de sa présente tournée dans la région, comme par exemple l'allègement du blocus qu'il impose aux territoires palestiniens, l'ouverture des points de passage frontaliers, la libération de quelques prisonniers, la facilitation de l' arrivée d'un gros pacson de biffetons sur le bureau du président Abbas et la reprise - fût-elle partielle - des négociations après la tenue d'une conférence au sommet entre ce dernier et le Premier ministre israélien Ehud Olmert.

En contrepartie, on resserrera la garrot sur le cou des pays membres de l' « Axe du Mal », autrement appelé « Alliance des Extrémistes », et ceci explique qu'Ehud Olmert ait annoncé sa détermination à conserver le plateau du Golan ad vitam aeternam, l'opposition de la ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni à toute négociation avec la Syrie, les menaces proférées par le chef d'État-major de l'armée israélienne Dan Halutz de lancer une nouvelle guerre d'agression contre le Liban afin de liquider le Hezbollah et de rendre son prestige à l'institution militaire israélienne, ainsi que le transfert d'armes à la garde prétorienne que Monsieur Abbas est en train de mettre sur pied afin de faire face au mouvement Hamas et de contrôler les points de passage frontaliers après une probable invasion par Israël de la bande de Gaza dans les jours ou les semaines à venir, dont les complices espèrent qu'elle permettra de faire chuter le gouvernement Hamas et de mettre totalement fin à la présence armée de ce mouvement, ainsi que d 'obtenir la libération du soldat israélien fait prisonnier [Gilad Shavit, NdT].

L'administration usaméricaine comprend désormais, après la dernière guerre au Liban, que les chances de survie de l'État hébreu font l'objet de beaucoup de points d'interrogation ; c'est la raison pour laquelle elle s'efforce de donner de ce pays un nouveau visage, en le présentant à la région du Moyen-Orient sous un jour entièrement inédit : il s'agirait d'un pays « sage, modéré et doux » [mignon, quoi], allié à son ambitus géographique « arabe sunnite » et menant - à sa place, gratis et pour ses beaux yeux - ses guerres contre leur ennemi commun : l'Iran ! Il semble bien qu'un « marché » dont on ignore encore toute la portée, a été topé, à ce sujet.

Ce n'est sans doute en rien l'effet du hasard, si de nombreux pays arabes ont accueilli extrêmement favorablement les déclarations de la plus haute personnalité [marja'] du chiisme irakien, Hussein al-Mu'ayyed, qui a notamment déclaré que l'Iran était en train d'adopter un projet nationaliste fondé sur le mépris pour les Arabes et l'hégémonie régionale, et que ce pays était devenu, pour les Arabes, plus dangereux que l'Amérique ou qu'Israël. C 'est ce qui explique l'hystérie à laquelle nous assistons actuellement, dans la remise au goût du jour du nationalisme arabe de la part de pays et de gouvernements qui combattaient pourtant impitoyablement l'orientation nationaliste arabe depuis trente ans, au service de l' « Islam américain modéré » [sic].

La visite de Mme Rice inaugure donc le tournant américain vers l'utilisation des Arabes sunnites en vue de la confrontation avec l'Iran, au profit du projet américano-israélien, exactement de la même manière dont l' impérialisme britannique avait utilisé ces mêmes Arabes sunnites afin de saper l'Empire ottoman islamique - bien qu'il fût lui aussi sunnite -, ce qui aboutit comme on sait à la création de l'État hébreu et à l'éclatement de la région arabe entre un archipel de petits pays ridiculement faibles.

Il est paradoxal que le plan visant à en finir avec l'Empire ottoman ait été entrepris voici exactement cent ans ; l'Histoire semble se répéter, mais la compromission et la bêtise arabes sont la seule constante. Tous les autres acteurs ont changé.

Mais c'est la même pièce que l'on rejoue. Et, surtout, l'objectif est resté le même.