29/06/06 - Pourquoi, en Israël,
n'y a-t-il pas d'Arabes dans les secteurs des hautes technologies
?
par Eynav Ben-Yehuda, Ha'aretz, 28 juin 2006.
Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/732066.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
5 600 Arabes seulement sont employés dans le secteur
des hautes technologies israélien, sur un total de
197 000 employés de ce secteur ; les Arabes ne représentent
donc que 2,8 % du total, en dépit du fait que les Arabes
représentent 20 % de la population israélienne,
d'après une estimation de Yasser Awad, un doctorant
en sciences actuarielles à l'Université de Haïfa
et directeur d'un projet relatif à l'égalité
professionnelle à l'association Sikkuy (Association
pour l'avancement de l'égalité civique en Israël).
M. Awad a indiqué que de 2001 à 2005, plus
de 1 000 licenciés arabes ont obtenu leur doctorat
en sciences exactes et en ingénierie, mais que, seuls,
300 d'entre eux ont été recrutés.
« De plus, il y a de 3 000 à 4 000 Arabes formés
au high-tech qui n'ont pas trouvé de travail dans ce
secteur, même avant l'obtention du doctorat »,
a-t-il précisé. « La plupart ont soit
monté des magasins vendant des équipements pour
ordinateurs, soit ont rejoint l'enseignement. » M. Awad
était un des intervenants à la conférence
« Les Arabes dans les industries high-tech israéliennes
», organisée hier à Tel-Aviv par le Centre
pour le développement économique judéo-arabe.
Un des tours de table, lors de cette conférence,
rassembla l'entrepreneur en high-tech Orni Patrushka ; Nabil
Sakran, ingénieur en chef à Intel Haifa ; Moshe
Horev, PDG d'Oracle-Israël ; Moti Gutman, PDG de Matrix
; Adi Bildner, vice-président des ressources humaines
à Hewlett-Packard Israël ; Itzik Benvenisti, ancien
directeur de la division ordinateurs personnels de HP et le
doyen de l'Ecole d'engineering de l'ordinateur, dépendant
du Technion, le professeur Oded Shmueli.
M. Sakran a dit quant à lui que 5% des employés
de la société Intel-Israël seulement sont
arabes. M. Patrushka a indiqué qu'il n'avait jamais
reçu un seul CV d'un postulant arabe à un emploi.
M. Horev a relevé qu'aucun Arabe n'est pour le moment
employé à Oracle Israël, et M. Gutman a
signalé que quelques dizaines d'Arabes travaillent
actuellement chez Matrix. M. Bildner admet que le pourcentage
d'Arabes employés chez HP-Israël est faible. Certains
des orateurs ont affirmé qu'un des principaux problèmes
était le fait que les candidats arabes ne font pas
acte de candidature à des postes de high-tech, en Israël.
Cela fut réfuté par des personnes dans le public,
qui se présentèrent comme des personnes diplômées
en informatique, qui, bien qu'ayant postulé à
plusieurs dizaines de postes dans des sociétés
israéliennes, n'avaient jamais reçu la moindre
réponse.
Mais tous sont tombés d'accord pour dire que de nouvelles
solutions en vue d 'augmenter le nombre des Arabes participant
au secteur israélien des hautes technologies devraient
être recherchées. M. Bildner a fait observer
que HP a fait paraître des annonces d'offres d'emploi
dans des journaux arabes, avec très peu de résultats.
Il a indiqué que les responsables, dans chaque entreprise,
doivent oeuvrer à promouvoir la diversité de
sa force de travail. M. Gutman a ajouté que les entreprises
ne devraient pas attendre le soutien du gouvernement en la
matière, et il leur a suggéré de rechercher
des projets dans lesquels les diplômés d'universités
arabes disposeraient d'un relatif avantage, comme l'écriture
des logiciels en arabe ou l'adaptation de programmes au marché
arabe.
Patruska et Shmueli ont dit qu'à la lumière
de la menace que représentent la Chine et l'Inde pour
les industries de haute technologie d'Israël, de nouvelles
voies doivent être trouvées afin de tirer parti
du potentiel humain d'Israël, lequel est sous-employé.
« Le caractère unique d'Israël réside
en son esprit d'entreprise », a dit Patruskha. «
Si, personnellement, je suis aujourd'hui entrepreneur, c'est
parce que j'en étais capable. Etre entrepreneur, cela
requiert un sens de l' indépendance, de la liberté,
et aussi une certaine audace. On voit difficilement comment
une personne dépourvue de ces qualités pourrait
traverser les frontières invisibles qui constituent
le principal problème auquel les diverses minorités
de la population israéliennes sont confrontées.
»
28/06/06 - « Nouvelle escalade
palestinienne » - Les « représailles »
israéliennes et le deux poids - deux mesures [de la
BBC]
par Jonathan Cook,
CounterPunch, 26 juin 2006. http://www.jkcook.net http://www.counterpunch.org
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
L'auteur, écrivain et journaliste, vit à Nazareth,
en Palestine de 48. Il est l'auteur du livre, à paraître
(en anglais) : « Blood and Religion : The Unmasking
of the Jewish and Democratic State » [Sang et religion
: démasquons l'Etat « juif et démocratique
»], qui sera publié par Pluto Press, et sera
disponible aux USA auprès de l'University of Michigan
Press.
Deux militaires israéliens abattus par des résistants
palestiniens et la capture d'un troisième, dans un
poste militaire proche de la bande de Gaza, ont planté
le décor pour des « représailles »
et des « rétorsions » israéliennes,
d'après divers reportages des correspondants de la
BBC tant en Israël que dans la bande de Gaza.
L'attaque effectuée par ces Palestiniens, qui ont
creusé des tunnels sous la barrière électronique
encerclant Gaza, aurait marqué une « grave escalade
dans la tension transfrontalière » (Alan Johnston),
qui « menacerait » de compromettre « une
semaine de progrès, sur deux fronts » (John Lyon)
; à savoir : les pourparlers récents entre le
Premier ministre israélien Ehud Olmert et le président
Mahmoud Abbas, en Jordanie, ainsi qu'entre les deux groupes
palestiniens rivaux : le Fath et le Hamas.
Ainsi, d'après l'analyse de la BBC, cette attaque
mettrait un terme aux chances immédiates de négociations
de « paix » et elle fournirait le contexte de
la prochaine flambée du conflit entre l'armée
israélienne et les Palestiniens de Gaza. Nous sommes
sommés d'inférer que toute souffrance que l'armée
israélienne infligera aux Palestiniens au cours des
jours et semaines à venir devrait être attribué
à ce moment d' « escalade » des Palestiniens.
Nous sommes priés d'ignorer les semaines de bombardements
de Gaza par l' armée israélienne et le tir de
centaines de missiles sur la bande de Gaza surpeuplée,
qui ont détruit des vies et des biens palestiniens,
répandant la terreur dans la population civile et approfondissant
le trauma psychologique dont souffre une génération
entière d'enfants palestiniens.
On nous demande d'ignorer la mort de plus de trente civils,
et des dizaines de blessures horribles, au cours des semaines
écoulées, du fait de l'armée israélienne
; notamment, trois enfants tués au cours d'une frappe
aérienne foireuse, la semaine passée et une
femme enceinte de plusieurs mois et son frère médecin,
tués le lendemain par un missile qui s'est abattu sur
leur maison où ils étaient en train de déjeuner.
Nous devons ignorer la fermeture des « frontières
» de Gaza par l'armée israélienne, depuis
des mois d'affilée, ce qui empêchait les Palestiniens
vivant dans la bande de vendre leurs produits aux points de
passage en Israël, et de recevoir des livraisons vitales
de vivres et de médicaments. Population prisonnière
assiégée par les soldats israéliens,
les Gazaouis sont menacés d'une catastrophe humanitaire
résultant de la politique du gouvernement israélien
et mise en ouvre par l'armée israélienne.
Oubliées, les menaces d'Israël à l'encontre
de la communauté internationale pour la forcer à
se rendre complice du blocus du gouvernement Hamas afin de
le priver d'argent et de toute marge de manouvre diplomatique,
empêchant du même coup les dirigeants palestiniens
élus de gérer Gaza. La situation y est si désespérée
que des responsables du Hamas en sont réduits à
introduire en contrebande des millions de dollars, en billets
bourrés dans des attaché-case, afin de pouvoir
verser les salaires des employés.
Enfin, nous sommes priés d'oublier la violation du
territoire palestinien par les commandos israéliens
qui s'étaient infiltrés dans Gaza pas plus tard
que la veille de l'attaque palestinienne, afin de kidnapper
deux Palestiniens dont Israël prétend qu'il s'agit
de « terroristes ». Ils ont « disparu »,
sans doute sont-ils en détention administrative (il
s'agit d'un type de détention où on peut leur
refuser un avocat, et même de passer en jugement, ce
qui revient, bien entendu, à leur dénier toute
justice) ?
Rien de tout cela n'est susceptible d'expliquer l'attaque
palestinienne contre le poste frontière - pas plus,
aux yeux de la BBC, toujours - que les quarante années
d'occupation qui l'ont précédée. Rien
ne saurait expliquer l 'attaque palestinienne, ni permettre
de remettre en cause la légitimité des «
représailles » militaires imminentes d'Israël.
Bref, pour la BBC, nous pouvons oublier la politique israélienne
de longue date : l'unilatéralisme. C'est-à-dire
son refus de négocier de manière sérieuse
avec les Palestiniens, que ce soit avec la vieille garde du
Fath avec la nouvelle garde du Hamas - accompagné de
son recours au châtiment collectif envers la population
civile de Gaza afin de la faire se soumettre à son
occupation, qui se poursuit.
Dans les priorités morales et informationnelles de
la BBC, deux soldats israéliens tués par des
résistants palestiniens - ce qu'elle appelle «
l' escalade » - fournissent une justification à
des « représailles féroces » contre
Gaza, avec leur tribut inévitable de victimes chez
les résistants et chez les civils. Les dizaines de
civils palestiniens préalablement massacrés
par l'armée israélienne, toutefois, ne sauraient
servir de justification aux représailles palestiniennes
d'hier contre l'armée israélienne. Allez comprendre
! ? !
Autrement dit, sur l'échelle de l'outrage moral, la
BBC classifie la mort de soldats israéliens perpétrant
une occupation illégale très haut au-dessus
de celle de civils palestiniens supportant ladite occupation
illégale.
Mais ce n'est pas la seule asymétrie dans l'appréciation
que la BBC se fait de l' « escalade ». La participation
de l'aile armée du Hamas dans l'attaque est une preuve,
suggèrent ses reporters, du rôle joué
par la direction palestinienne dans « l'escalade de
la tension ». Mais le fait que l'armée israélienne
ait tué les sept membres d'une même famille,
sur une plage de Gaza, le 9 juin, et beaucoup d'autres civils
depuis lors, ça n'était apparemment pas une
« escalade », même si cela a amené
le Hamas à renoncer à un cessez-le-feu qu'il
respectait depuis seize mois, en dépit d'incessantes
agressions militaires israéliennes.
Ainsi, qu'est censé retirer de tous ces événements
le téléspectateur ordinaire - le « cycle
» incessant « de la violence » - dès
lors qu'il a la BBC pour mentor ? (Mentionnons que la BBC
n'est pas pire - elle est même certainement meilleure
- que la plupart des autres chaînes occidentales. Au
moins, son reporter, Alan Johnston, vit-il à Gaza.)
Non seulement ses reporters démontrent-ils les partis
pris associés avec son racisme institutionnel - en
tant qu'organisation, la BBC s'identifie délibérément
aux préoccupations israéliennes, avant les palestiniennes
- mais ils peuvent de surcroît redoubler cette distorsion
en répétant mot pour mot, sans aucune critique,
les propres représentations biaisées qu'Israël
donne des événements.
Les reporters, comme tant de leurs collègues, tombent
dans le piège consistant à présenter
le conflit vu par les yeux du gouvernement israélien
- ce même gouvernement dont le Premier ministre, Ehud
Olmert, a étalé fièrement son chauvinisme
ethnique en mettant en scène la souffrance des résidents
juifs de Sderot, lesquels sont confrontés à
des tirs de roquettes palestiniennes artisanales Qassam, la
plupart du temps non mortels, en la plaçant très
au-dessus du tribut de victimes qui ne cesse de s'accroître,
à Gaza, du fait des bombardements aériens et
d'artillerie incessants auxquels les soumet l'armée
israélienne. « Je suis désolé,
de tout mon cour, pour les habitants de Gaza », a ainsi
déclaré Olmert, « mais les vies et le
bien-être des habitants de Sderot sont plus importants
que ceux des résidents de Gaza. » Autrement dit
: une menace potentielle pesant sur un seul juif est plus
grave que la mort de plusieurs dizaines de Palestiniens totalement
innocents.
Ainsi, nous apprenons - sans commentaire de la part de la
BBC - qu'Olmert a dénoncé l'assassinat des deux
soldats en le qualifiant de « terrorisme », même
si ce terme ne saurait qualifier une attaque commise par un
peuple soumis à occupation contre une armée
d'occupation. Comment peut-il se faire que quelques hommes
équipés d'armes légères puissent
terroriser une des armées les plus puissantes au monde
? Après ça : quoi ? Allons-nous devoir entendre
avec sympathie les Etats-Unis affirmer que leurs soldats sont
« terrorisés » par les insurgés
irakiens ?
L'excuse invoquée par la BBC - à savoir qu'elle
se contenterait de rapporter la position israélienne
- ne tient pas la route. Est-il même seulement envisageable
que nous entendions un jour un reporter de la BBC rapporter
de manière neutre une déclaration du Hamas selon
laquelle l'armée israélienne serait (est.) en
train de terroriser les Palestiniens, par ses bombardements
aveugles contre des civils à Gaza, même si l'utilisation
de ce terme, en pareil cas, correspondrait nettement mieux
à la définition qu'en donnent les dictionnaires
? Il est pourtant très vraisemblable que les obus israélien
sèment bel et bien la terreur parmi la population civile
de la bande de Gaza.
Nous entendons aussi, sans commentaire, qu'Olmert tient à
la fois le Hamas et le président palestinien Mahmoud
Abbas pour responsables de cette attaque. La BBC répète
servilement les allégations selon lesquelles Abbas
disposerait des moyens lui permettant de combattre la «
terreur », alors qu' on sait que l'argent destiné
à payer les forces palestiniennes de sécurité
est gelé par des banques étrangères refusant
- à l'instigation [Bingo !] d' Israël et des Etats-Unis
- de le transmettre, et que le Hamas et Abbas sont aux prises
à une bataille pour le contrôle du gouvernement
palestinien en train de rétrécir de plus en
plus.
Le sens commun n'a-t-il pas un sursaut devant la suggestion
que tant le Hamas qu'Abbas peuvent être tenus pour responsables
de l'attaque, alors même qu'ils sont des rivaux acharnés
pour le pouvoir ? Ou encore que l'un comme l 'autre peut être
tenu responsable, alors qu'Israël refuse de négocier
avec eux, ou de les traiter en représentants authentiques
du peuple palestinien ?
Encore une fois, la BBC est-elle prête à faire
état avec la solennité qui s' impose des affirmations
des Palestiniens selon lesquelles ils tiennent Olmert et Peretz
personnellement coupables des morts de civils à Gaza
depuis quinze jours, même si, dans un monde éclairé,
l'un comme l'autre devraient être convoqués devant
un tribunal pour y répondre de crimes de guerre ?
Mais non. Nous en sommes bien loin. Aussi improbable soit
la version qu' Israël donne de la réalité,
la BBC est trop contente de semer la confusion au service
de l'armée israélienne. Comme d'autres chaînes
télévisées, elle rapporte avec une crédulité
incroyable des arguments abracadabrants qui visent à
exonérer l'armée israélienne de toute
responsabilité dans le bombardement d'une plage de
Gaza qui a causé la mort de sept membres d'une même
famille palestinienne. Elle traite comme tout aussi crédible
la version - tardive - de l'armée israélienne,
selon laquelle des activistes palestiniens auraient placé
une seule mine, isolée, à un endroit de la plage
prisé des pique-niqueurs, dans l'espoir illusoire d'empêcher
l'accostage de la marine israélienne tout au long des
dizaines de kilomètres de côte de la bande de
Gaza ! (En conséquence de quoi, la BBC exclut de sa
liste de victimes civiles récentes à Gaza les
sept morts palestiniens et les dizaines de Palestiniens blessés
au cours de cette attaque israélienne .)
Et nos deux reporters de la BBC de relever avec gravité
que, pour la première fois depuis le retrait israélien
de Gaza, voici un an de cela, des activistes palestiniens
se sont infiltrés à l'intérieur du territoire
israélien. En quelque sorte, le simple fait que des
Palestiniens se soient brièvement échappés
de leur cage semble rendre l'attaque d'autant plus choquante,
non seulement pour Israël, mais pour les deux reporters
de la BBC !
Cette attaque menée en Israël, nous disent-ils,
est la plus grave jusqu'ici, ce qui semble impliquer qu'elle
serait, par conséquent, illégitime et qu' elle
s'inscrirait dans la fameuse « escalade ». Même
en ignorant le fait que cette attaque était dirigée
contre des soldats israéliens en train d' assiéger,
d'emprisonner et de bombarder les Palestiniens dans Gaza,
le deux poids - deux mesures que la BBC est en train d'appliquer
ne la fait-il pas tiquer ?
L'incursion de l'armée israélienne dans Gaza,
la veille, pour capturer deux activistes palestiniens allégués,
n'était-elle pas une escalade au moins aussi grave
? N'était-ce pas une violation aussi grave de la souveraineté
palestinienne ?
Vous voulez rire ? Bien sûr que non !
La BBC sait, comme nous le savons tous, que l'armée
israélienne n'a jamais réellement quitté
Gaza et que l'occupation israélienne à Gaza
n'a jamais réellement pris fin.
Mais ça, ne vous attendez pas à l'entendre
dans la bouche de ses journalistes !
28/06/06 - Face aux manoeuvres de
l'impérialisme, du sionisme et des collaborateurs,
pas de tergiversation
par Julien Salingue, 11 juin 2006
L'auteur de cet intéressant texte est étudiant
en philosophie et militant de la JCR et de la LCR (trotskystes).
Il tranche agréablement avec l'antislamisme dominant
dans la gauche et l'extrême-gauche française,
qui se raccrochent généralement à la
fiction des Accords d'Oslo et sont des inconditionnels de
Mahmoud Abbas et de son appareil.
À lire sur http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BRAA&langue=1&id=24593
27/06/06 - Un référendum
inutile et dangereux
par Adeeb MAHMOUD, 26 juin 2006
Lauteur est porte-parole de l'Association des Palestiniens
en France, Section Toulouse et membre de lAssociation pour
un seul État démocratique en Palestine/Israël
Sauf revirement au dernier moment, le 26 juillet 2006, les
électeurs palestiniens des territoires occupés(
Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza) sont
appelés à se prononcer par voie référendaire
sur un document élaboré par les représentants
des prisonniers politiques palestiniens. Le Président
de lAutorité Nationale Palestinienne - Mahmoud ABBAS
- a fait ce choix dans un contexte dextrême tension
au sein de la société palestinienne après
les élections législatives du 25 janvier qui
ont porté le Mouvement de la Résistance Islamique
-HAMAS - au pouvoir. Depuis, le bras de fer entre le Président
et son Premier ministre, les sanctions financières
internationales contre le nouveau gouvernement palestinien
et son isolement ont paralysé ce quil reste des institutions
palestiniennes. Vu la divergence profonde entre les forces
politiques palestiniennes sur ledit document, Mahmoud ABBAS
a décidé de consulter le peuple. Tout en respectant
la voix du peuple et le soutien au système démocratique
en Palestine qui implique davantage le peuple par lorganisation
des élections présidentielle et législatives
régulières et le recours au référendum
sur les sujets cruciaux pour lavenir du peuple palestinien,
je ne peux que contester la pertinence le choix du Président
palestinien et cela pour trois raisons essentielles :
1- Ce référendum est inutile. La question principale
qui sera posée est la suivante « Êtes-vous
pour ou contre la création dun État indépendant
dans les frontières de 1967? » Dune part, les
partisans de cette consultation -sans douter de leur patriotisme
- posent la question au moment ou Ehud Olmert sillonne la
planète pour commercialiser le bien fondé de
son projet de tracer les frontières dIsraël unilatéralement
et grignotant un peu plus chaque jour ce quil reste des territoires
pour renforcer la colonisation et le mur qui déchire
lunité de ces territoires. Dautre part, la réponse
à cette question a été déjà
donnée - quon soit daccord ou pas - implicitement ou
explicitement depuis plus de 30 ans. A ce propos la déclaration
de Conseil National Palestinien à Alger en 1988 réclamant
lindépendance de la Palestine est une réponse
suffisante.
2-Une consultation dangereuse. Si le Président va jusquau
bout, il risque daccentuer la division palestinienne qui traverse
une phase difficile de son histoire. Cette division a deux
dimensions :
- A lintérieur entre les partisans et les opposants.
Selon une consultation en ligne faite par le journal ALQUDS
ALARABI édité à Londres, 58% de personne
sont contre la tenue du référendum.
- Entre ceux qui peuvent participer(les habitants des territoires
occupés) et qui représentent la minorité
et les Palestiniens de la diaspora.
En supposant que la majorité réponde positivement
à la question posée, et qui sera présenté
par les partisans du oui comme gage de bonne volonté
du peuple palestinien et son soutien à un compromis
territorial, il est fort à parier que cette réponse
sera un cri dans le désert.
Pour éclaircir une fois pour toutes les choix du peuple
palestinien, une consultation ouverte à lensemble du
peuple pour décider de son destin et dire son mot concernant
les institutions qui le représentent notamment lOLP
et décider des prérogatives du Président.
3 - Sur la forme. En constatant le fossé qui sépare
les partisans et opposants du document des prisonniers, Mahmoud
ABBAS a lancé un ultimatum aux partis politiques pour
quils trouvent un consensus dans lespace de dix jours. Vu
la sensibilité et la complexité du sujet, il
aurait fallu laisser le temps nécessaire aux partis
politiques et aux acteurs de la société civile(
syndicats professionnels, organisations estudantines, comités
populaires?) pour décider du sort réservé
au document après une mûre réflexion et
loin de pression et du chantage.
En conclusion, vouloir donner la parole au peuple pour décider
de son avenir est une intention louable, mais la voix du peuple
ne doit pas être utilisée pour régler
des comptes entre les partis politiques.
27/06/06 - Moyen-Âge high-tech
à Modiin Illit
par MICHELANGELO COCCO, il manifesto, 21
juin 2006.
Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio
Modiin Illit - Le rabbin Yakov Guterman considère
quil est à la fois un pionnier et un bienfaiteur. Le
maire de la colonie israélienne de Modiin Illit a trouvé
la façon de faire coexister les traditions des juifs
ultra-orthodoxes avec les lois du marché de lindustrie
high-tech. Son expérience fonctionne si bien quun riche
et florissant pôle de la production doutsourcing (délocalisation
des ressources) est né dans la colonie, locomotive
pour le développement impétueux de cette bourgade
de 32.000 habitants, qui espère bien être reconnue,
bientôt, comme municipalité.
Des centaines de jeunes femmes entre 20 et 30 ans, protagonistes,
comme lindique une panneau à lentrée, de ce
qui est « la ville haredi de lavenir », digitalisent
des documents ou produisent des logiciels pour plusieurs des
principales multinationales du secteur, huit heures par jour
et pour un salaire moyen de 3500 shekels (635 euros) par mois.
Le labeur de ces jeunes femmes (en majorité dorigine
lituanienne ou hassidique) permet aux hommes de mener une
vie entièrement dédiée à létude
de la Torah, et à une communauté qui se proclame
fièrement anti-moderne, de faire face à sa crise
économique chronique.
Ces entreprises, qui ont découvert leldorado à
deux pas de Ramallah la palestinienne, ont des noms du 21ème
siècle : Matrix, Tech-Tav, Image Store, Top Trans,
Citybook Services et Tikshuv. La main duvre spécialisée
est assurée par des femmes qui vivent, par contre,
dans un environnement similaire à celui de leurs ancêtres
ashkénazes qui avaient fui les persécutions
à la fin du 19ème siècle, en Europe orientale
: ni télé, ni ordinateur dans leurs appartements
surpeuplés, interdit daller au cinéma. A la
radio, elles nécoutent que les programmes religieux
ou les informations, elles ne conduisent pas. Elles doivent
éviter par tous les moyens de distraire les hommes,
et portent pour cela des jupes longues, des pulls à
col montant et des chemises avec des manches qui doivent toujours
couvrir le coude.
Le « gros ventre » sous le bureau
Nombre dentre elles, enceintes, casent leur ventre sous le
bureau : enceintes du septième, huitième mois,
elles passent huit heures de leur journée devant lordinateur,
puis rentrent immédiatement chez elles pour soccuper
des enfants. «Cest notre choix, personne ne nous a mises
en cage », assure Freydie, 24 ans et deux enfants, arrivée
de Elad il y a quatre mois, attirée par les 3500 shekels
de Matrix, qui lui permettent dentretenir sa famille pendant
que son mari passe sa journée au kolel, la partie de
la yeshiva réservée aux hommes mariés.
« Pour nous haredim lituaniens, plus encore que pour
les hassidiques, cest comme ça : la femme travaille
pendant que lhomme se consacre à létude des
textes sacrés, dit Freydie. Cette entreprise me permet
de vivre en accord avec la Torah, dans un milieu uniquement
féminin, sans aucun contact avec les hommes ».
Si, chez les hassidiques, ladmor - un rabbin dont la fonction
essentielle est de faire la médiation entre Dieu et
lhomme - a le rôle principal, pour les Lituaniens le
centre de la vie est constitué par les institutions
religieuses : lheder, de trois ans à ladolescence,
la yeshiva, pour les hommes célibataires, le kolel
pour ceux qui sont mariés. Pendant que des ouvriers
chinois et philippins terminent les pièces destinées
à accueillir les nouveaux bureaux, Chavie, qui est
responsable du personnel chez Matrix, raconte : « Il
y a un an et demi, nous avons commencé avec 20 programmatrices,
maintenant nous en avons 150 ». Pour elle aussi «
cest essentiel que les femmes travaillent dans des milieux
homogènes, à côté de chez elles
». Lentreprise, qui pense arriver à mille employées
à la fin de 2006, produit des programmes et fait des
contrôles de qualité sur des logiciels pour Motorola,
Sap, Formula telecom solutions et quelques autres colosses
de lélectronique. « Il ny a aucun problème
pour le travail des femmes enceintes, assure Chavie. Nos clients
le savent et la loi donne droit au congé maternité
à six semaines de laccouchement ».
Sur les 6500 familles de Modiin Illit, 1500 sen sortent grâce
au soutien du ministère des affaires sociales et 70
% des hommes ne travaillent pas. Ici ne vivent que des ultra-orthodoxes,
presque la moitié haredim de la Cisjordanie (70 000
personnes, sur une communauté israélienne denviron
200 000 habitants). Toutefois, même si les financements
publics à la communauté haredi sont en diminution
constante, Modiin Illit saccroît au rythme de 13 % par
an : 24 % des familles a plus de quatre enfants, 18 % plus
de six, 40 nouveaux-nés par semaine lui assurent la
première place en Israël pour la croissance démographique.
« Cest comme ouvrir une nouvelle classe chaque semaine
», nous dit fièrement Guterman dans son bureau.
Peot (mèches de cheveux sur les tempes, NDT) courts,
typiques des Lituaniens, attachés derrière les
oreilles, kippa et costume foncé, le maire siège
satisfait à son bureau, il a reçu la veille
le président de la Confindustria (le patronat italien,
NDT). Derrière lui, les plans dexpansion de la colonie,
fondée en 1996, avec la partie orientale transformée
en un gigantesque chantier où cinq entreprises du bâtiment
construisent trois nouveaux quartiers, Neot Hapisgah, Nachalat
Cheftsibah et Green Park. « Grâce à mes
pressions sur le gouvernement, je suis arrivé à
obtenir quon garantisse 1000 shekels par mois pour chaque
embauche aux industries qui investissent ici, pendant les
cinq prochaines années. En échange les chefs
dentreprise sengagent à donner une paye majorée
de 5% sur le salaire minimum ». Avec la position stratégique
de lhabitat à mi chemin entre Jérusalem et Bnei
Brak, les deux centres principaux des ultra-orthodoxes linitiative
de Guterman a fait décoller Modiin Illit où,
« avec laide de Dieu, nous arriverons à 150 000
habitants en 2020 ».
Pour Dror Etkes, qui soccupe du monitoring des colonies israéliennes
dans les Territoires occupés pour lorganisation pacifiste
Peace Now, « il est probable quaprès les élections
politiques du 28 mars prochain, Modiin Illit sera déclarée
conseil municipal par le gouvernement, comme ça a été
le cas jusquà présent pour Ariel, Maaleh Adumim
et Beitar Illit ». « Attirer des investissements
dans une ville serait plus facile », confirme Guterman,
qui est en train de négocier pour amener aussi la firme
Radix, leader des problèmes de sécurité
sur le Web, dans son conseil local (statut actuel). Selon
Etkes, cependant, le développement frénétique
de cette colonie (trois kilomètres à lintérieur
de la Cisjordanie) lance un message négatif à
lautre partie : nous Israéliens nous faisons ce que
nous voulons. "Quels que soient les scénarios
de lavenir, ils ne la céderont jamais aux Palestiniens
ajoute Etkes- mais il faut comprendre que lexpansion de cette
colonie, acte illégal parce quil viole les principes
de la Feuille de Route pour la paix acceptés par lEtat
hébreu, contribue à rendre impossible le dialogue
avec les Arabes ».
De Pretoria aux Territoires occupés
Gideon a 28 ans et déjà cinq enfants. Il a
immigré en Israël de Pretoria, en Afrique du Sud,
parce que « là-bas, après la fin de lapartheid
il y avait trop de violence, et nous voulions venir dans la
terre du sionisme ». Il représente ces 30 % dhommes
de Modi'in Illit qui travaillent : « Ici il y a plus
de recherche philosophique, chacun de nos actes se déroule
en accord avec les principes de la Torah, dit-il. En plus,
tu peux acheter quatre pièces pour 110 000 dollars,
moitié moins quà Jérusalem et Bnei Brak
». Et les Palestiniens, à quelques centaines
de mètres dici, au-delà du mur qui va englober
Modiin Illit au territoire israélien ? « Ils
font exploser leurs enfants, cest quelque chose danimal, je
ne crois pas quil pourra y avoir une cohabitation entre juifs
et musulmans, parce que le peu de bons Arabes narrivera jamais
à arrêter les méchants » soutient
Gideon. Internet ? « Nous y sommes absolument contraires,
ça touvre un monde dont la moitié est négative
».
« Une partie de lattraction exercée par le mode
de vie ultra-orthodoxe consiste dans la clarté absolue
de ce qui est licite et ce qui est interdit », explique
Avishai Margalit, professeur de philosophie à lUniversité
hébraïque de Jérusalem. Pour lauteur du
recueil dessais intitulé « Visages dIsraël
», ces personnes « sont libérées,
au moins partiellement, de la nécessité de prendre
certaines décisions qui, pour tout le reste dentre
nous, sont une source dangoisse. Les unions sont en grande
partie arrangées par des entremetteurs matrimoniaux.
Même les décisions telles que se faire opérer
ou choisir leur médecin sont déléguées
au rabbin ». Margalit rappelle que dans lhistoire millénaire
du peuple juif il ny a jamais eu une telle quantité
de gens qui consacre entièrement sa vie à létude
des textes sacrés. « Les ultra-orthodoxes peuvent
être vus comme une réaction à la modernité
pense luniversitaire dans son bureau du Van Leer Institute
de Jérusalem. Les juifs étaient une corporation
au Moyen-Âge ; après le début de lère
moderne et de lurbanisation, ils ont eu peur que ce processus
puisse éroder leur style de vie hébraïque.
Doù la nécessité délever un mur
qui protège leur pureté ». Lidéologue
des ultra-orthodoxes modernes est Hazon Ish (lhomme visionnaire),
un Lituanien mort en 1953, qui fut lartisan dune incroyable
renaissance de lultra-orthodoxie, pendant la guerre de 1948.
Après plusieurs décennies pendant lesquelles
le pouvoir des quelques 250 000 trépidants (traduction
de haredim, daprès le verset du prophète Isaïe
: « Écoutez la parole du Seigneur, vous qui trépidez
à sa parole ») a constamment augmenté
en Israël, à travers leurs représentants
à la Knesset, le dernier gouvernement Sharon a réduit
leur poids en excluant leurs partis de lexécutif et
en supprimant leurs allocations. « Le développement
de Modiin Illit poursuit Margalit- peut être lu comme
une réponse à la crise économique profonde
que la communauté haredi a traversé pendant
les trois dernières années ».
Dans les bureaux de Image Store, les documents papier et
les microfilms à transformer en dossiers informatiques
défilent rapidement sur les écrans au plasma
des employées. Le crépitement simultané
de milliers de claviers produit un bruit de fond qui nest
interrompu que par la chef du personnel, qui réprimande
les filles quand elles se distraient en échangeant
quelques bavardages dun poste à lautre. Mikal a 26
ans et trois enfants, elle est arrivée il y a cinq
ans de Rehovot : « Ici, on nous permet de travailler
de façon religieuse, dit-elle. Nous ne sentirions pas
en sécurité dans une société high-tech
avec un environnement laïc ». Tova, 21 ans, a déménagé
de Jérusalem attirée par les possibilités
de travail à Modiin Illit : « Cet endroit nous
donne la possibilité de discuter entre nous seulement
de questions religieuses et déducation pour nos enfants,
cest pour ça que nous nous y sentons à laise
» dit-elle avant de reconnaître que « huit
heures cest trop, et quand jaurai des enfants je chercherai
autre chose ».
Ebrahim Reich est le directeur général dImage
Store, qui a ouvert ses bureaux au deuxième trimestre
2005, et a dans ses principaux clients le National Insurance
Institute, lIsraël Land Authority et les Archives dEtat.
« Nous convertissons tous les types de médias
en dossiers digitaux, dans ce domaine nous sommes les premiers
au Moyen-Orient et parmi les premiers mondiaux. Nous travaillons
aussi pour des banques étasuniennes et canadiennes
». A court terme, Reich prévoit dembaucher 50
autres jeunes femmes. Un chiffre daffaires de 40 millions
de shekels en 2005 et une croissance de 20 % annuels lui permettent
dêtre très optimiste. « Nous faisons travailler
toutes les filles enceintes dans un milieu sain, déclare-t-il.
Celles qui viennent daccoucher, nous les autorisons à
aller chez elles quelques minutes pour allaiter ». «
Nous sommes en train de monter une crèche » dit-il
avant de montrer une petite pièce de deux mètres
sur quatre où les employées sarrangent, pour
le moment, pour allaiter. Le professeur Margalit rappelle
que « quand je vivais, enfant, dans les environs de
Mea Sharim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem,
les haredim avaient leur propre économie, pauvre mais
vivable : ils étaient charpentiers, artisans, ils avaient
un petit marché ». Depuis les années 60,
ils nont fait quétudier. « Le manque de productivité
parmi les juifs, phénomène que le mouvement
sioniste avait toujours âprement critiqué, est
devenu une réalité dramatique dans les communautés
haredim », conclut lenseignant.
Le devoir des filles d'Israël
A Modiin Illit, une organisation sociale et religieuse rigide
est en train de transformer les femmes en anges du foyer et
anges du clavier. Les filles chez Image Store, avant d'être
embauchées, vont faire un mois de stage pratique à
Petah Tikva, une ville industrielle assez éloignée
de l'homogénéité de Modiin Illit et à
deux pas de Tel Aviv la peccamineuse. Freydie, de Matrix,
avoue qu' « une fois j'ai ouvert accidentellement une
page Web et, je tassure, je me suis tout de suite sentie mal
à laise ». Tova, Mikal, Chavie et les autres
ne peuvent utiliser que l'email pour communiquer avec les
clients, pour le moment. En déplaçant une partie
de la production d'autres pôles de l'État juif
à Modiin Illit, les industriels peuvent garder des
coûts plus bas, au point de permettre aux entreprises
qui ont commandé le travail en outsourcing d'épargner
jusquà 50 % sur le produit final.
Mais combien de temps le rêve du rabbin Guterman d'avoir
une communauté haredi de plus en plus grande et pure,
arrivera-t-il à garder le pas sur la frénésie
high-tech de Modiin Illit ? Combien de filles, après
le contact avec l'autre monde, celui de l'entreprise et celui
d'Internet, feront-elles le choix de Malka, qui, dans la scène
finale du film « Kadosh », senfuit de Mea Sharim,
loin des trépidants ?
26/06/06 - Confiscations de terres,
destructions de véhicules et menaces de destructions
de maisons
www.arabs48.com, 24 juin 2006. Traduit de l'arabe par CIREPAL
Ayn Mahel, en Galilée : confiscations des terres (de
Fasl al-Maqal) Le 22 juin 2006, le procureur général
sioniste a accepté de reporter la confiscation de terres
du village palestinien de Ayn Mahel, dans la région
de Nazareth.
Ces terres sont menacées depuis leur confiscation
en mars 1976. Situées à l'entrée du village,
elles ont une superficie de plusieurs milliers de dunums,
cultivées d'oliviers. Le but est de construire à
la place une nouvelle colonie sioniste, Hariona, pour encercler
et ghettoïser le village palestinien.
Depuis le début de l'année 2006, un comité
populaire du village s'est constitué pour s'opposer
à la confiscation effective. Ce comité, dirigé
par un militant actif, Ghanim Habibullah, a débuté
son activité en alarmant l'opinion publique, interne,
arabe et internationale, pour dénoncer cette politique
systématique de nettoyage ethnique entreprise par l'entité
sioniste.
Le 19 juin, les services de renseignements de l'Etat sioniste
installés dans la colonie Natsarit Ilit (jumelée
avec la ville française de St Etienne), interpellent
le responsable du comité populaire pour l'empêcher
d'agir et de poursuivre la mobilisation. Ghanim a affirmé
que toutes les mesures envisagées par le comité
sont légales, et tout propriétaire de la terre
doit la défendre surtout lorsqu'il la possède
depuis des centaines d'années. Faire appel devant le
procureur fut l'une de ces mesures. Le comité va poursuivre
ses actions, et il rappelle que les villageois de Ayn Mahel
souffrent de peu d'espace, qu'ils n'ont pas d'espace pour
construire des logements, alors que la population s'accroît.
Le comité propose de construire un projet sur ces terres
menacées, des logements pour les jeunes couples, un
centre culturel, des écoles et des stades de jeu, ainsi
qu'une zone verte. Il n'est pas question pour les habitants
du village que ces terres soient confisquées pour finir
dans une colonie juive, surtout que sur les 17.000 dunums
que possédait Ayn Mahel, il n'en reste presque plus
rien, surtout après que la colonie de Netsarit Ilit
se soit agrandie au dépens de Ayn Mahel. Les colons
incendient des voitures palestiniennes près de Nablus,
en Cisjordanie
Trois colons de Itsar, installée sur les terres de
la ville de Nablus, ont incendié quatre voitures appartenant
à des Palestiniens du village Aynbous, proche de la
ville. La police sioniste les a arrêtés, suite
à la plainte déposée par un habitant
du village.
Selon l'un des habitants, les colons ont investi le village
et ont incendié les voitures avant de s'enfuir en direction
de la colonie. Que fera la police sioniste avec les colons
??
Dans la ville d'al-Lid, les autorités sionistes acceptent
de reporter de trois mois la destruction des maisons palestiniennes
Suite à la demande du député Wasel Taha,
du Rassemblement national démocratique, le ministre
sioniste de l'habitat s'est rendu jeudi dernier
dans le quartier Zahra' dans la ville d'al-Lid pour examiner
la crise vécue par les habitants palestiniens du quartier,
après la destruction de plusieurs maisons, soi-disant
construites illégalement. Le député Wasil
Taha a expliqué l'importance de développer les
quartiers arabes de la ville en déclarant : "Au
lieu de detruire les maisons dans la ville d'al-Lid, le gouvernement
doit transformer les quartiers arabes en centres de rencontres
entre Juifs et Arabes, afin que la ville d'al-Lid soit un
modèle pour toutes les villes "mixtes". Taha
a demandé au ministre de geler les ordres de destructions
dans le quartier, en attendant de résoudre le problème
des logements et a demandé que la compagnie Amidar
paie des compensations aux propriétaires palestiniens
comme aux habitants juifs qui ont quitté le quartier,
sans faire de distinctions entre eux.
23/06/06 - Une semaine de «
retenue israélienne » *
par Tanya Reinhart, Yediot Aharonot, 21 juin 2006. Site web
de lauteur : http://www.tau.ac.il/~reinhart
Traduction de l'hébreu et notes par Mark
Marshall. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
Dans le discours israélien, Israël est en permanence
la partie qui observe la retenue, dans son conflit avec les
Palestiniens. Cela s'est vérifié, encore une
fois, avec les événements de la semaine passée.
Tandis que les roquettes Qassâm pleuvaient sur la ville
de Sderot, au sud d'Israël, des « fuites »
indiquaient que le ministre israélien de la Défense
avait recommandé à l'armée de faire preuve
de retenue [1]
Au cours de cette semaine de « retenue », l'armée
a tué toute une famille palestinienne qui était
allée pique-niquer sur la plage de Beit Lahya, dans
la bande de Gaza ; après quoi, l'armée tua neuf
personnes, afin de liquider un site de tir de roquettes Katyusha.
Mais, dans le discours de retenue, le premier massacre ne
compte pas, en effet, l'armée a rejeté toute
implication. Et le second a été qualifié
d'acte nécessaire d'autodéfense. Après
tout, Israël est pris sous des tirs de Qassam, et il
doit défendre ses citoyens, non ? Selon ce discours,
le fait qu'Israël se contente de bombarder la bande de
Gaza par air, par mer et par artillerie terrestre illustre
une retenue et une humanité dont peu d'Etat pourraient
se vanter.
Mais demandons-nous ce qui provoque des attaques de roquettes
Qassam sur Israël ? Depuis dix-sept mois qu'il a déclaré
un cessez-le-feu, le Hamas n'a plus été impliqué
dans ces tirs de Qassam. Les autres organisations (palestiniennes)
n'ont réussi qu'à lancer quelques Qassam erratiques.
Comment cela a-t-il pu aboutir à un nombre de tirs
de Qassam aussi élevé que soixante-dix roquettes
en trois jours ?
L'armée israélienne a une longue tradition
d' « invitation » des salves de Qassam. Au mois
d'avril de l'année dernière, Sharon est allé
à un meeting au cours duquel son message central fut
qu'il ne fallait faire nulle confiance à Abbas, car
il n'exerce aucun contrôle sur le terrain ; il ne saurait
donc être considéré comme un partenaire
pour de quelconques négociations. L'armée prit
soin de fournir la piqûre de rappel appropriée
à ce message. A la veille du départ de Sharon,
le 9 avril 2005, l'armée israélienne a tué
trois jeunes hommes à la frontière de Rafah,
lesquels, selon des sources palestiniennes, étaient
en train de jouer au foot. Cette tuerie arbitraire suscita
une vague de colère dans la bande de Gaza, qui avait
été relativement calme jusqu'alors. Le Hamas
réagit à la colère qui s'exprimait dans
la rue, et il autorisa son peuple à participer aux
tirs de Qassam. Les deux jours suivants, ce sont près
de quatre-vingt Qassam qui furent ainsi lancés, mais
le Hamas parvint à rétablir le calme. Ainsi,
au cours de ce meeting avec Sharon, le monde eut droit à
une illustration parfaite de la « non fiabilité
» d'Abbas [2].
Au début de la semaine passée (le 11 juin),
Olmert a lancé une campagne de propagande, en Europe,
afin de convaincre les dirigeants européens que désormais,
avec le Hamas au pouvoir, Israël n'avait absolument plus
de partenaire. Les USA n'ont apparemment pas besoin d'être
convaincus, en ce moment ; mais en Europe, les mesures unilatérales
[proposées par Olmert, NDT] sont accueillies avec beaucoup
de réserves. L'armée israélienne avait
commencé à préparer la piqûre de
rappel durant la nuit du jeudi précédent (8
juin), en « liquidant » Jamal Abu Samhadana, qui
venait d'être nommé chef des forces de sécurité
du ministère de l'Intérieur [du gouvernement
Hamas]. Il était entièrement prévisible
que cette action était susceptible d'entraîner
des attaques de Qassam sur Sderot. Néanmoins, l' armée
bombarda, le lendemain, la côte de Gaza (tuant les sept
membres de la famille Ghalya et blessant des dizaines de personnes),
et elle a effectivement réussi à provoquer la
conflagration souhaitée, jusqu'au jour où, à
nouveau, le Hamas a demandé à son peuple, le
14 juin, de cesser les tirs.
Cette fois-ci, la mise en scène de l'armée
a été un peu confuse. Des photos de la petite
Houda Ghalya ont fini par percer le mur de l'indifférence
occidentale pour la souffrance des Palestiniens. Même
si Israël dispose d' encore assez de puissance pour forcer
Kofi Annan à s'excuser d'avoir osé soulever
un doute quand au déni israélien, le message
selon lequel le Hamas serait l'agresseur, dans le conflit,
n'est pas passé sans être contesté, dans
le monde, pour une fois. Mais l'armée israélienne
ne baisse pas pour autant les bras. Elle semble déterminée
à continuer à provoquer des attaques susceptibles
de justifier le renversement du gouvernement Hamas par la
force. Et Sderot continuera à en payer le prix.
Même s'il est impossible de comparer les souffrances
des habitants de Sderot avec celles des habitants de Beit
Hanoun et de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza,
localités sur lesquelles 5 000 projectiles sont tombés
seulement au cours du mois écoulé [3], mon coeur
saigne aussi pour les résidents de Sderot. Il leur
échoit le triste sort de vivre dans la peur perpétuelle
et dans la douleur, parce qu'aux yeux de l'armée israélienne,
leur souffrance est nécessaire, afin que le monde puisse
« comprendre » qu' Israël est le camp qui
fait preuve de retenue, dans une guerre pour [carrément]
sa propre existence.
Notes
* Cette tribune a été mise sous presse une
heure avant que l'aviation israélienne ne tue trois
enfants de plus dans une rue bondée, au nord de Gaza,
le 20 juin (mardi).
1. Le lundi 12 juin, les titres annonçaient que le
ministre de la Défense Peretz avait suspendu une initiative
prise par l'armée consistant à lancer une offensive
terrestre massive à Gaza [voir Amos Har'el et Avi Issacharoff,
in Ha'aretz du 12 juin 2006]. Dans les pages intérieures
des suppléments du week-end, il s'avéra qu'il
s'agissait là d'un « bobard médiatique
» produit par les services de Peretz « sur la
base d'une consultation en matière de sécurité,
tenue la veille au soir » [Avi Issacharoff et Amos Har'el
: Lost innocents, in Ha'aretz, 16-17.06.2006].
2. Cet enchaînement d'événements est
présenté en détail dans mon livre : La
Feuille de Route Vers Nulle Part [The Road Map to Nowhere]
[à paraître (en anglais) en juillet 2006].
3. Alex Fishman, le plus grand spécialiste des questions
sécuritaires au quotidien Yediot Aharonot, écrit
qu'au début : « le bombardement d' artillerie
de la bande de Gaza a été examiné »,
mais qu'ensuite, « ce qui avait commencé, dix
mois auparavant, par des dizaines de projectiles par mois
tirés sur des terrains vagues atteignait désormais
un nombre de projectiles astronomiques. Une batterie qui avait
tiré six obus le vendredi 9 juin en était arrivée
à tirer en moyenne plus de mille obus par semaine vers
le nord de la bande de Gaza. Cela signifie que la batterie
qui avait été installée à cet
endroit depuis quatre semaines avait d'ores et déjà
tiré environ 5 000 obus ( !) [Yediot Aharonot, Supplément
du samedi 16 juin 2006].
23/06/06 - Human Rights Watch : lenquête
de larmée israélienne sur le massacre de Gaza
Beach est peu crédible
L'ONG Human Rights Watch juge "peu crédible"
l'enquête de l'armée israélienne sur la
mort le 9 juin dans une explosion sur une plage de Gaza de
huit civils palestiniens, lui reprochant de ne pas tenir compte
de "preuves significatives".
"L'enquête est incomplète dans la mesure
où elle écarte des preuves significatives",
a affirmé l'ONG mercredi dans un communiqué,
après une rencontre avec des responsables de l'armée
israélienne. "Une enquête qui ne tient pas
compte de données contradictoires peut difficilement
être considérée comme crédible",
a souligné le spécialiste des questions militaires
au sein de l'ONG, Marc Galasco.
Human Rights Watch a renouvelé à cette occasion
son appel à une "enquête indépendante",
après que l'armée israélienne a nié
que les victimes aient été atteintes par un
tir de son artillerie.
L'ONG, basée à New York, a émis l'hypothèse
que l'explosion ait été provoquée par
un obus israélien tiré quelques heures avant.
"Il est possible qu'un obus israélien non explosé
de 155 mm tiré dans la matinée du 9 juin ait
explosé au contact de personnes ou sous l'effet d'autres
bombardements israéliens", estime l'ONG.
Selon cette ONG et des médias israéliens,
l'armée israélienne n'a elle-même pas
écarté cette hypothèse.
Human Rights Watch souligne que "pas moins de 80 obus
de 155 mm ont été tirés le même
jour, sur un total d'environ 7.700 tirés sur le nord
de la bande de Gaza depuis le retrait de l'armée israélienne
en septembre", suite à des tirs de roquettes palestiniennes.
Le drame imputé par les Palestiniens et Human Rights
Watch, à l'artillerie israélienne a mis sérieusement
dans l'embrarras Israël, du fait notamment d'images bouleversantes
transmises par les télévisions du monde entier
d'une fillette, Houda, criant sa douleur après la mort
des siens. Source : AFP, 21 juin 2006
Lire le rapport des enquêteurs de Human Rights Watch
du 15 juin 2006 http://www.ismfrance.org/news/article.php?id=4955&type=communique&lesujet=Rapports
Le matin d'après : une analyse prophétique d'Edward Saïd
sur les Accords d'Oslo (1993)
22/06/06 - Le matin d'après
par Edward Saïd, London Review of Books, vol. 15, n°
20, 21 octobre 1993.
Original : http://www.lrb.co.uk/v15/n20/said01_.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier,
membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la
diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction
est en Copyleft.
Le regretté Edward Saïd est décédé
en 2003, au mois de septembre. Il nous est apparu utile de
publier ce qu'il écrivait au lendemain de la signature
des Accords d'Oslo. Une naalyse pertinente et lumineuse !
Maintenant qu'un peu de l'euphorie s'est
décantée, on peut réexaminer l' accord
conclu entre Israël et l'OLP avec ce qu'il faut de bon
sens. Ce qui émerge d'un tel examen, c'est un marché
encore bien plus biaisé et, pour la plupart des Palestiniens,
bien moins favorablement équilibré que beaucoup
ne l'avaient tout d'abord imaginé. La vulgarité
de la cérémonie à la Maison Blanche -
on aurait cru assister à un défilé de
mode - le spectacle dégradant de Yasser Arafat remerciant
un peu tout le monde d'avoir supprimé les droits fondamentaux
de son peuple et la solennité pompeuse de la prestation
de Bill Clinton - tel un Empereur du vingtième siècle
cornaquant deux rois vassaux à travers les rituels
de la réconciliation et de la résipiscence :
tout cela n'a pu cacher qu'un temps les proportions véritablement
sidérantes de la capitulation palestinienne.
Aussi, appelons cet accord de son véritable
nom : il s'agit d'un instrument de la reddition palestinienne.
C'est un Versailles palestinien. Ce qui aggrave encore les
choses, c'est qu'au moins depuis quinze ans, l'OLP aurait
pu négocier un arrangement meilleur que ce plan Allon
modifié - un arrangement qui n'aurait pas requis autant
de concessions unilatérales à Israël. Pour
des raisons connues de la seule direction palestinienne, celle-ci
avait refusé toutes les ouvertures précédentes.
Pour prendre un exemple dont j'ai eu à connaître
personnellement : à la fin des années 1970,
le Secrétaire d'Etat Cyrus Vance m'avait demandé
de persuader Arafat d' accepter la Résolution 242,
avec une réserve [bien entendu acceptée par
les Etats-Unis] qu'y aurait apportée l'OLP, au sujet
des droits nationaux du peuple palestinien et de l'autodétermination
palestinienne. Vance m'avait dit alors que les Etats-Unis
auraient reconnu immédiatement l'OLP et aurait inauguré
des négociations entre celle-ci et Israël. Arafat
déclina catégoriquement cette ouverture, comme
il en avait usé auparavant avec d' autres propositions.
Puis la guerre du Golfe éclata et, en raison de la
position désastreuse que prit alors l'OLP, celle-ci
perdit encore plus de terrain. Les acquis de l'Intifada furent
anéantis, et les partisans du nouvel accord disent
aujourd'hui : « Nous n'avions pas le choix ! ».
Ils devraient formuler leur « excuse » ainsi :
« Nous n'avions plus aucun choix, parce que soit nous
avons perdu, soit nous avons nous-mêmes mis à
la poubelle un tas d'autres choix, ce qui ne nous a laissé
que celui-là ». Cela serait plus fidèle
à la réalité historique.
Afin d'avancer vers l'autodétermination
palestinienne - laquelle n'a de sens qu'à la condition
que la liberté, la souveraineté et l'égalité,
et non une inféodation perpétuelle à
Israël, sont ses objectifs - nous devons reconnaître
honnêtement là où nous en sommes, maintenant
que l'accord intérimaire est sur le point d'être
négocié. Ce qui est particulièrement
mystifiant, c'est le point auquel beaucoup de dirigeants palestiniens
et les intellectuels qui leur font allégeance sont
capables de persister à parler de cet accord en termes
de « victoire ». Nabil Shaath l'a qualifié
d'accord « d'une parité absolue » entre
les Israéliens et les Palestiniens. Le fait est qu'Israël
n'a rien concédé, comme l'a indiqué l'ex-Secrétaire
d'Etat James Baker lors d'une interview télévisée,
si ce n'est, tout simplement, l' existence de l' « OLP,
en tant que représentant du peuple palestinien ».
Ou, comme l'aurait dit l'Israélien 'colombe' Amos Oz
lors d'une interview accordée à la BBC : «
C'est là en l'occurrence la deuxième plus grande
victoire de toute l'histoire du sionisme ».
Par contraste, la reconnaissance par Arafat
du droit à l'existence d'Israël entraîne
derrière elle toute une série de renoncements
: à la Charte de l' OLP ; à la violence et au
terrorisme ; à toutes les résolutions pertinentes
de l'Onu, sauf la 242 et la 338, qui ne comportent pas une
seule allusion aux Palestiniens, ni à leurs droits
ou à leurs aspirations. Cela implique que l'OLP à
mis de côté toute une série d'autres résolutions
de l'Onu (résolutions qu'elle entreprend aujourd'hui,
avec Israël et les Etats-Unis, de modifier ou d'annuler)
qui avaient, depuis 1948, donné des droits aux réfugiés
palestiniens, dont l'alternative entre leur compensation ou
leur rapatriement. Les Palestiniens avaient obtenu de nombreuses
résolutions de l 'Onu - adoptées, entre autres,
par l'Union européenne, le mouvement des non-alignés,
la Conférence islamique et la Ligue arabe, ainsi que
les Nations Unies - qui déclaraient illégales
ou censuraient les colonies, les annexions et les crimes perpétrés
par Israël à l'encontre du peuple maintenu sous
son occupation.
On aurait par conséquent pu penser
que l'OLP avait mis un terme à l' Intifada, qui incarnait
non le terrorisme, ni la violence, mais le droit à
la résistance des Palestiniens, quand bien même
Israël continue à occuper la Cisjordanie et la
bande de Gaza. La première considération, dans
le document signé, s'adresse à la sécurité
d'Israël, avec aucune mention de la sécurité
des Palestiniens confrontés aux incursions israéliennes.
Au cours de sa conférence de presse du 13 septembre
[1993], Rabin a été très direct au sujet
de la continuation du contrôle du territoire par Israël.
De plus, il a précisé qu'Israël conserverait
le Jourdain, les frontières avec l'Egypte et la Jordanie,
l'espace maritime, les terres s'étendant entre Gaza
et Jéricho, Jérusalem, les colonies et les routes
! Il n'y a presque rien, dans le document, qui suggère
qu'Israël renoncera à sa violence à l'encontre
des Palestiniens ni, comme on l'exigea de l'Irak après
qu'il se soit retiré du Koweït, qu'il compensera
ceux qui ont été les victimes de sa politique
depuis quarante-cinq ans.
Ni Arafat ni un quelconque de ses partenaires
palestiniens ayant rencontré les Israéliens
à Oslo n'ont jamais vu une seule colonie israélienne
de leur vie. Il y en a aujourd'hui plus de deux cents, principalement
installées au sommet de collines, sur des promontoires
et en des emplacements stratégiques dans l'ensemble
de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Beaucoup d'entre
elles vont probablement stagner et finir par disparaître,
mais les plus grandes sont conçues pour la durée.
Un réseau routier indépendant les relie à
Israël, créant une discontinuité fatale
entre les principales concentrations de population palestinienne.
Les terrains déjà pris par ces implantations,
plus ceux destinés à l'expropriation, représentent
- estime-t-on - plus de 55 % de la superficie totale des territoires
palestiniens occupés. A lui seul, le Grand Jérusalem
- annexé par Israël - comporte une grande superficie
de terres virtuellement volées, qui représentent
au minimum un quart de cette superficie totale. Dans la bande
de Gaza, des implantations, au Nord (trois), au milieu (deux)
et au Sud, le long de la frontière avec l'Egypte, et
contournant Khan Yunis (douze) occupent au minimum 30 % de
la superficie totale de la bande. De plus, Israël ponctionne
toutes les nappes phréatiques de la Cisjordanie, et
utilise désormais environ 80 % de l'eau disponible
dans cette région pour les colonies et Israël
salement dit (il y a probablement des installations de captage
similaires dans la « zone de sécurité
» israélienne prise sur le territoire libanais.)
Ainsi, la question de la domination (sinon le vol pur et simple)
des ressources foncières et hydriques est soit négligée,
dans le cas de l'eau ou, dans celui des terres, repoussée
à plus tard, aux termes des accords d'Oslo.
A rendre encore pire la situation est le
fait que toutes les informations relatives aux colonies, aux
terres et à l'eau sont aux mains d'Israël, qui
n 'a jamais partagé la plupart de ces données
avec les Palestiniens. D'autant plus qu'il a ponctionné
les revenus levés au moyen de taxes anormalement élevées
imposées à ces territoires depuis vingt-six
ans. Toutes sortes de comités techniques (auxquels
des Palestiniens n'habitant pas dans les territoires occupés
ont participé) ont été mis sur pied par
l'OLP dans les territoires afin d'étudier ces questions,
mais il y a peu d'indications que les constats de ces comités
(si tant est qu'il y en ait) aient été utilisés
par la partie palestinienne à Oslo. Aussi, l'impression
d'un énorme hiatus entre ce qu'Israël a obtenu
et ce que les Palestiniens ont concédé ou ignoré
demeure sans démenti. Je doute qu'il y ait eu un seul
Palestinien qui ait regardé la cérémonie
à la Maison Blanche et qui n'ait pas eu lui aussi le
sentiment qu'un siècle de sacrifices, de dépossession
et de lutte héroïque venait d'être anéanti.
De fait, ce qu'il y avait de plus dérangeant, c'est
le fait que Rabin ait donné effectivement la parole
aux Palestiniens, tandis qu'Arafat prononçait des mots
qui avaient tout d'un bail de location. Ainsi, loin d'être
vus comme les victimes du sionisme, les Palestiniens ont été
caractérisés aux yeux du monde entier comme
ses agresseurs aujourd'hui repentants : c'est comme si les
milliers de victimes palestiniennes des bombardements des
camps de réfugiés, des hôpitaux et des
écoles, au Liban, par l'aviation israélienne,
l'expulsion par Israël de 800 000 Palestiniens en 1948
(dont les descendants sont aujourd'hui près de trois
millions, dont une immense majorité d'apatrides), la
conquête de leur pays et de leurs propriétés,
la destruction de plus de quatre cents villages, l'invasion
du Liban, les ravages de vingt-six années d'une occupation
militaire brutale - c'est comme si toutes ces souffrances
avaient été réduites au statut de terrorisme
et de violence, auxquelles il avait fallu renoncer rétrospectivement,
ou qu'il avait fallu passer sous silence. Israël a toujours
qualifié la résistance palestinienne de terrorisme
et de violence. Aussi, on le constate : même au niveau
du discours, il a reçu un magnifique cadeau moral et
historique.
En contrepartie de quoi, exactement ? La
reconnaissance d'Israël par l'OLP - c'est là,
indubitablement, un pas en avant considérable. Au-delà,
en acceptant que les questions relatives aux terres et à
la souveraineté soient ajournées jusqu'aux «
négociations sur le statut définitif »,
les Palestiniens ont effectivement renoncé à
leur revendication unilatérale et internationalement
reconnue sur la Cisjordanie et la bande de Gaza : celles-ci
sont désormais devenues des « territoires contestés
». Ainsi, avec l'aide des Palestiniens, Israël
a été récompensé d'une revendication
au moins égale à celle de ces derniers. Le calcul
israélien semble être qu'en acceptant de faire
la police à Gaza - tâche que Begin avait tenté
de refiler à Sadate, quinze ans plus tôt - l'OLP
se retrouverait rapidement concurrencé par des mouvements
locaux, dont le Hamâs n'est qu'un parmi bien d'autres.
De plus, loin de se renforcer durant la période intérimaire,
les Palestiniens risquent de s'affaiblir, et de se retrouver
de plus en plus à la merci d' Israël, et par conséquent
d'être de moins en moins à même de contester
les prétentions israéliennes quand commencera
le dernier round des négociations. Mais quant à
la question de savoir comment, par quel mécanisme spécifique
on passerait d'un statut intérimaire à un statut
ultérieur, le document reste délibérément
silencieux. Cela signifie-t-il, de manière menaçante,
que l' étape intérimaire pourrait bien être
la dernière ?
Les commentateurs israéliens ont suggéré
que d'ici, disons, six mois, l'OLP et le gouvernement Rabin
négocieraient un nouvel accord repoussant encore une
fois les élections, ce qui permettrait, par conséquent,
à l'OLP de continuer à régner. Il convient
de mentionner qu'à au moins deux reprises, l 'été
dernier, Arafat a déclaré que son expérience
de gouvernement consistait en ces dix années au cours
desquelles il avait « contrôlé »
le Liban, ce qui, on le reconnaîtra, risque peu de rassurer
les nombreux Libanais et Palestiniens qui ont connu cette
période calamiteuse. Il n'y a pas plus, pour l'instant,
de possibilité concrète de tenir des élections,
lesquelles ne sont même pas programmées. L'imposition
des décisions d'en haut, à laquelle s'ajoute
le long legs de l'occupation, ont guère contribué
à la croissance de la démocratie et d'institutions
de base. Dans la presse arabe, des informations non confirmées
indiquent que l'OLP a d'ores et déjà nommé
des ministres appartenant à son cercle le plus intérieur
de Tunis, et des vice-ministres parmi des résidents
liges en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Y aura-t-il
de quelconques institutions authentiquement représentatives
? On ne saurait le jurer, étant donné le refus
absolu d' Arafat de partager ou de déléguer
le pouvoir, pour ne rien dire des capitaux, qu'il est seul
à connaître et à contrôler.
Tant en matière de sécurité
intérieure que de développement, Israël
et l'OLP sont désormais alignés l'un sur l'autre.
Les membres ou les conseillers de l 'OLP ont rencontré
des responsables du Mossad, depuis octobre dernier, pour débattre
des questions de sécurité, dont celle, personnelle,
d'Arafat. Ceci, au moment de la pire répression israélienne
des Palestiniens soumis à l' occupation militaire.
L'idée, derrière cette collaboration, c'est
qu'elle dissuadera tout Palestinien de manifester contre l'occupation,
qui ne se retirera pas, mais contentera de se redéployer.
De plus, les colons israéliens continueront à
vivre, comme ils l'ont toujours fait, sous une juridiction
différente. Ainsi, l'OLP deviendra le gendarme d'Israël,
ce qui est une perspective bien morne pour l'immense majorité
des Palestiniens. De manière intéressante, l'ANC
a constamment refusé de fournir au gouvernement sud-africain
ses officiers de police, tant qu'il ne partagerait pas le
pouvoir, précisément afin d'éviter d'apparaître
comme le gendarme du gouvernement [raciste] blanc. On a appris,
depuis Amman, voici quelques jours, que 170 membres de l'Armée
de libération de la Palestine, en train de recevoir
une formation de policier en Jordanie en vue de leur affectation
dans la bande de Gaza, ont refusé de coopérer,
précisément pour cette raison. Avec les 14 000
prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes
- dont Israël indique qu'il pourrait en relâcher
quelques-uns - il y a une contradiction inhérente,
pour ne pas dire une incohérence, dans les nouveaux
arrangements en matière sécuritaire. Va-t-on
y faire plus de place à la sécurité palestinienne
?
Le seul sujet sur lequel la plupart des Palestiniens
sont d'accord, c'est le développement, qui est décrit
dans les termes les plus naïfs qu'on puisse imaginer.
On attend de la communauté mondiale qu'elle donne aux
territoires déjà quasi autonomes un très
large soutien financier ; on attend de la diaspora palestinienne
qu'elle en fasse de même, ce à quoi elle se prépare
d 'ores et déjà. Néanmoins, tout développement
économique de la Palestine devra passer par le canal
du Comité de Coopération Economique commun israélo-palestinien,
même si, d'après le document, « les deux
parties coopéreront conjointement et unilatéralement
avec les partenaires régionaux et internationaux afin
de poursuivre ces objectifs. » Israël représente
la puissance économique et politique dominante dans
l'ensemble de la région - et sa puissance, bien entendu,
est renforcée par son alliance avec les Etats-Unis.
Plus de 80 % de l'économie de la Cisjordanie et de
la bande de Gaza dépendent d'Israël, qui contrôlera
vraisemblablement les exportations, la production industrielle
et la main-d'ouvre palestiniennes à un horizon prévisible.
Mis à part la petite classe des entrepreneurs et la
classe moyenne, les Palestiniens sont dans leur immense majorité
appauvris et dépourvus de terres, sujets aux caprices
des communautés productrice et commerciale israéliennes,
qui emploient des Palestiniens pour une bouchée de
pain. La plupart des Palestiniens, du point de vue économique,
resteront certainement dans la situation où ils se
trouvent aujourd'hui, bien qu'on s' attend aujourd'hui à
ce qu'ils travaillent dans le secteur privé, dans des
industries de services partiellement contrôlées
par des Palestiniens, dont le tourisme, de petites chaînes
de montage, des fermes, et autres secteurs comparables.
Une étude récente du journaliste
israélien Asher Davidi cite Dov Lautman, président
de l'Association des Industriels israéliens : «
Peu importe qu'il y ait ou non un Etat palestinien, l'autonomie,
ou un Etat palestino-jordanien. Les frontières économiques
entre Israël et les territoires doivent demeurer ouvertes.
» Avec ses institutions très développées,
ses relations étroites avec les Etats-Unis et son économie
agressive, Israël intégrera effectivement les
territoires du point de vue économique, en les maintenant
dans un état de dépendance permanente. Après
quoi Israël s'occupera des marchés arabes, en
se servant des bénéfices acquis grâce
à l'accord palestinien comme d'un tremplin pour pénétrer
les marchés arabes, qu'il exploitera et qu'il finira
par dominer eux aussi, vraisemblablement.
A encadrer tout ce panorama, on retrouve
bien entendu nos chers Etats-Unis, unique puissance planétaire,
dont l'idée d'un Nouvel Ordre Mondial est fondée
sur la domination de quelques trusts géants et la paupérisation,
au besoin, de beaucoup de gens jugés de moindre importance
(y compris dans les pays constituant la mégamétropole).
L'aide économique à la Palestine est supervisée
et contrôlée par les Etats-Unis, en court-circuitant
l'Onu, dont certaines des agences comme l'UNRWA et le Programme
de Développement des Nations Unies seraient pourtant
bien mieux à même de la gérer. Prenons
le Nicaragua et le Vietnam. L'un comme l'autre, ces deux pays
sont d'anciens ennemis des Etats-Unis ; le Vietnam a de fait
vaincu les Etats-Unis, mais aujourd'hui, il en est dépendant.
Un boycott imposé au Vietnam il y a fort longtemps
se poursuit, et les livres d'histoire sont écrits de
façon à montrer à quel point les Vietnamiens
ont péché contre les Etats-Unis, et à
quel point ils les ont 'maltraité'. Ces Etats-Unis
qui avaient pourtant pris la peine, dans un grand élan
d'idéalisme, de venir les envahir, les bombarder et
ravager leur pays. Le gouvernement sandiniste du Nicaragua
était attaqué par le mouvement (contre-révolutionnaire)
de la Contra, financé par les Etats-Unis ; les ports
de ce pays furent minés, sa population fut ravagée
par une famine provoquée, des boycotts et tous les
types concevables de subversion. Après les élections
de 1991, qui portèrent au pouvoir une candidate soutenue
par les Etats-Unis, Mme Chamorro, ceux-ci promirent des millions
de dollars d'aide, dont seulement trente ont été
effectivement versés. A la mi-septembre, toute aide
fut suspendue. Aujourd' hui, la famine et la guerre civile
ravagent le Nicaragua. Non moins infortunés ont été
le Salvador et Haïti. S'en remettre délibérément,
comme l 'a fait Arafat, à la douce merci des Etats-Unis,
c'est presque, à coup sûr, souffrir le sort que
les Etats-Unis ont toujours réservé aux peuples
rebelles ou 'terroristes' auxquels ils ont eu affaire, dans
le Tiers-Monde, après qu'ils eurent juré de
ne plus jamais résister aux Etats-Unis.
Main dans la main avec le contrôle
économique et stratégique de pays du Tiers-Monde
qui ont le malheur d'être proches - ou encore pire,
de posséder, chez eux - des ressources naturelles comme
le pétrole indispensables aux Etats-Unis, nous trouvons
le système des médias, dont la pénétration
géographique et le contrôle sur la pensée
est véritablement stupéfiant. Depuis au minimum
vingt ans, Yasser Arafat a été considéré
l'homme le plus déplaisant et le plus repoussant moralement
sur terre. Dès qu'il apparaissait dans les médias,
ou dès que les médias parlaient de lui, il était
présenté comme s'il n'avait qu'une seule idée
à l'esprit : tuer des juifs, si possible des femmes
et des enfants juifs innocents. Et voici qu'en deux ou trois
jours, les médias dits 'indépendants' ont totalement
réhabilité ce même Arafat ! Désormais,
c'est un personnage accepté - aimable, même -
dont le courage et le réalisme lui ont permis de rendre
à Israël ce qui lui était si justement
dû. Il s'est repenti, il est devenu un 'ami', et lui
et son peuple sont désormais de 'notre' côté.
Quiconque s' opposerait à ce qu'il a fait serait soit
un fondamentaliste, comme les colons likoudniks, ou un terroriste,
à l'instar des membres du Hamâs. Il est devenu
presque impossible de dire quoi que ce soit, si ce n'est que
l'accord israélo-palestinien - pratiquement jamais
lu (analysé, n'en parlons même pas) et, en tout
état de cause, particulièrement nébuleux
et incomplet - représente le premier pas vers l'indépendance
de la 'Palestine'.
Jusqu'ici, le principal problème auquel
sont confronté les critiques ou les analystes - je
parle ici de ceux qui sont véritablement indépendants
- c' est de trouver un moyen leur permettant de se libérer
du système idéologique imposé actuellement
tant par l'accord lui-même que par les médias.
Ce dont nous avons besoin, c'est de mémoire et de scepticisme
(voire même carrément la suspicion systématique).
Même s'il est absolument évident que la liberté
palestinienne, en une acception quelconque du terme, n'a pas
été obtenue, et qu'il est clairement prévu
qu'elle ne le soit jamais, au-delà des limites extrêmement
restrictives imposées par Israël et les Etats-Unis,
la fameuse poignée de mains télédiffusée
dans le monde entier est supposée non seulement symboliser
un grand moment de succès, mais aussi d'occulter les
réalités, tant passées qu'actuelles.
Avec un minimum d'honnêteté,
les Palestiniens devraient être capables de voir que
l'immense majorité du peuple que l'OLP est censée
représenter ne bénéficiera en rien de
l'accord, sauf de manière cosmétique. Certes,
les résidents de la Cisjordanie et de la bande de Gaza
sont à juste titre heureux de voir qu'une partie des
troupes israéliennes se retireront et que beaucoup
de fric pourrait commencer à y affluer. Mais il faut
en tenir une sacrée couche pour ne pas être en
alerte sur ce que l'accord implique en termes de continuation
de l'occupation, de contrôle économique et de
profonde insécurité. Et puis il y a aussi le
problème éléphantesque des Palestiniens
qui vivent en Jordanie, pour ne pas parler des milliers de
réfugiés apatrides survivant au Liban et en
Syrie. Les pays arabes 'amis' ont toujours eu une loi pour
les Palestiniens, et une autre pour leurs nationaux. Ce deux
poids - deux mesures s'est d'ores et déjà aggravé,
comme en témoignent les scènes éprouvantes
de délais et de harcèlement qui se sont produites
au pont Allenby depuis l'annonce de l'accord.
Alors, que faire, s'il est vrai que pleurer
sur le lait renversé ne sert à rien ? La première
chose à faire, c'est énoncer non seulement les
vertus susceptibles de découler de la reconnaissance
par Israël et de l'acceptation par la Maison Blanche,
mais aussi quels sont les inconvénients majeurs inhérents
à l'accord. Le pessimisme de l'intelligence, d'abord.
L'optimisme de la volonté, en deuxième lieu.
Il est impossible d'améliorer une situation déplorable
qui est très largement due à l'incompétence
technique de l'OLP - laquelle a négocié en anglais,
une langue que ni Arafat, ni ses émissaires à
Oslo ne connaissent, sans conseiller juridique, alors qu'au
moins, au niveau technique, on aurait pu engager des personnes
capables de penser par elles-mêmes qui ne soient pas
purement et simplement des instruments de ce que l'on connaît
désormais sous l'intitulé d'Autorité
palestinienne (une entité absolument unique en son
genre.). Je trouve extraordinairement démotivant le
fait que de si nombreux intellectuels arabes et palestiniens,
qui la semaine précédente encore râlaient
et vouaient aux gémonies le style dictatorial d'Arafat,
son contrôle autiste sur l'argent, le cercle de sycophantes
et de courtisans qui l'entouraient encore tout récemment
à Tunis, son absence de réflexion et de fiabilité,
au minimum depuis la guerre du Golfe, aient pu si rapidement
négocier leur virage à cent quatre-vingt degrés
et se mettre à applaudir son génie tactique
et son récent triomphe. La marche vers l'autodétermination
ne saurait être empruntée que par un peuple dont
les aspirations et les objectifs soient démocratiques.
Sinon, le jeu n'en vaut pas la chandelle.
Après toute les réjouissances
célébrant le 'premier pas vers un Etat palestinien',
nous devons nous souvenir qu'encore bien plus important que
le fait d'avoir un Etat est le type d'Etat dont il s'agit.
L'histoire du monde post-colonial est défigurée
par des tyrannies à parti unique, des oligarchies rapaces,
la dislocation sociale causée par les soi-disant 'investissements'
occidentaux et une paupérisation à grande échelle
apportée par la famine, la guerre civile ou carrément
le vol à grande échelle. Pas plus que le fondamentalisme
religieux, le seul nationalisme ne représente pas -
il ne le peut en aucun cas - la 'réponse' aux problèmes
rencontrés par de nouvelles sociétés
laïques. Hélas, on peut déjà apercevoir
dans la personnalité étatique palestinienne
en puissance les délinéaments d'un mariage entre
le chaos du Liban et la tyrannie de l'Irak.
Même si ce pire n'advient pas, plusieurs
problèmes tout à fait spécifiques ne
sont pas pris en considération. Un d'entre eux est
la diaspora palestinienne, qui fut à l'origine de l'accession
au pouvoir tant d'Arafat que de l'OLP, qui l'ont laissée
là où elle croupit, et qui est désormais
reléguée dans un exil définitif ou un
statut de réfugiés. Etant donné que cette
diaspora représente au moins la moitié de la
population palestinienne totale, ses besoins et ses aspirations
sont loin d'être négligeables. Une petite section
de la communauté palestinienne en exil est représentée
par les différentes organisations politiques 'hébergées'
par la Syrie. Un nombre important d'indépendants (dont
certains, tels Shafik al-Hout et Mahmoud Darwish, ont démissionné
de l'OLP afin de protester) ont toujours un rôle important
à jouer, non pas simplement en applaudissant ou en
condamnant depuis les lignes de touche, mais en défendant
des réformes spécifiques des structures de l'OLP,
en essayant de modifier l'ambiance triomphaliste qui prévaut
actuellement vers quelque chose de plus approprié,
en mobilisant des soutien et en mettant sur pied une organisation
partant de la base des diverses communautés palestiniennes
dans le monde entier, afin de continuer à avancer vers
l'autodétermination. Ces communautés sont singulièrement
délaissées, dépourvues de leaders et
indifférentes, depuis le début du processus
de Madrid.
Une des priorités, c'est la réalisation
d'un recensement palestinien, qui doit être considéré
non pas simplement comme un exercice bureaucratique, mais
comme l'autonomisation des Palestiniens où qu'ils se
trouvent. Israël, les Etats-Unis et les pays arabes -
tous - se sont toujours opposés à un tel recensement
: il risquerait de donner aux Palestiniens un profil trop
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