Palestine

29/06/06 - Pourquoi, en Israël, n'y a-t-il pas d'Arabes dans les secteurs des hautes technologies ?


par Eynav Ben-Yehuda, Ha'aretz, 28 juin 2006.

Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/732066.html


Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.


5 600 Arabes seulement sont employés dans le secteur des hautes technologies israélien, sur un total de 197 000 employés de ce secteur ; les Arabes ne représentent donc que 2,8 % du total, en dépit du fait que les Arabes représentent 20 % de la population israélienne, d'après une estimation de Yasser Awad, un doctorant en sciences actuarielles à l'Université de Haïfa et directeur d'un projet relatif à l'égalité professionnelle à l'association Sikkuy (Association pour l'avancement de l'égalité civique en Israël).

M. Awad a indiqué que de 2001 à 2005, plus de 1 000 licenciés arabes ont obtenu leur doctorat en sciences exactes et en ingénierie, mais que, seuls, 300 d'entre eux ont été recrutés.

« De plus, il y a de 3 000 à 4 000 Arabes formés au high-tech qui n'ont pas trouvé de travail dans ce secteur, même avant l'obtention du doctorat », a-t-il précisé. « La plupart ont soit monté des magasins vendant des équipements pour ordinateurs, soit ont rejoint l'enseignement. » M. Awad était un des intervenants à la conférence « Les Arabes dans les industries high-tech israéliennes », organisée hier à Tel-Aviv par le Centre pour le développement économique judéo-arabe.

Un des tours de table, lors de cette conférence, rassembla l'entrepreneur en high-tech Orni Patrushka ; Nabil Sakran, ingénieur en chef à Intel Haifa ; Moshe Horev, PDG d'Oracle-Israël ; Moti Gutman, PDG de Matrix ; Adi Bildner, vice-président des ressources humaines à Hewlett-Packard Israël ; Itzik Benvenisti, ancien directeur de la division ordinateurs personnels de HP et le doyen de l'Ecole d'engineering de l'ordinateur, dépendant du Technion, le professeur Oded Shmueli.

M. Sakran a dit quant à lui que 5% des employés de la société Intel-Israël seulement sont arabes. M. Patrushka a indiqué qu'il n'avait jamais reçu un seul CV d'un postulant arabe à un emploi. M. Horev a relevé qu'aucun Arabe n'est pour le moment employé à Oracle Israël, et M. Gutman a signalé que quelques dizaines d'Arabes travaillent actuellement chez Matrix. M. Bildner admet que le pourcentage d'Arabes employés chez HP-Israël est faible. Certains des orateurs ont affirmé qu'un des principaux problèmes était le fait que les candidats arabes ne font pas acte de candidature à des postes de high-tech, en Israël. Cela fut réfuté par des personnes dans le public, qui se présentèrent comme des personnes diplômées en informatique, qui, bien qu'ayant postulé à plusieurs dizaines de postes dans des sociétés israéliennes, n'avaient jamais reçu la moindre réponse.

Mais tous sont tombés d'accord pour dire que de nouvelles solutions en vue d 'augmenter le nombre des Arabes participant au secteur israélien des hautes technologies devraient être recherchées. M. Bildner a fait observer que HP a fait paraître des annonces d'offres d'emploi dans des journaux arabes, avec très peu de résultats. Il a indiqué que les responsables, dans chaque entreprise, doivent oeuvrer à promouvoir la diversité de sa force de travail. M. Gutman a ajouté que les entreprises ne devraient pas attendre le soutien du gouvernement en la matière, et il leur a suggéré de rechercher des projets dans lesquels les diplômés d'universités arabes disposeraient d'un relatif avantage, comme l'écriture des logiciels en arabe ou l'adaptation de programmes au marché arabe.

Patruska et Shmueli ont dit qu'à la lumière de la menace que représentent la Chine et l'Inde pour les industries de haute technologie d'Israël, de nouvelles voies doivent être trouvées afin de tirer parti du potentiel humain d'Israël, lequel est sous-employé.

« Le caractère unique d'Israël réside en son esprit d'entreprise », a dit Patruskha. « Si, personnellement, je suis aujourd'hui entrepreneur, c'est parce que j'en étais capable. Etre entrepreneur, cela requiert un sens de l' indépendance, de la liberté, et aussi une certaine audace. On voit difficilement comment une personne dépourvue de ces qualités pourrait traverser les frontières invisibles qui constituent le principal problème auquel les diverses minorités de la population israéliennes sont confrontées. »

 

28/06/06 - « Nouvelle escalade palestinienne » - Les « représailles » israéliennes et le deux poids - deux mesures [de la BBC]

par Jonathan Cook,

CounterPunch, 26 juin 2006. http://www.jkcook.net http://www.counterpunch.org Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

L'auteur, écrivain et journaliste, vit à Nazareth, en Palestine de 48. Il est l'auteur du livre, à paraître (en anglais) : « Blood and Religion : The Unmasking of the Jewish and Democratic State » [Sang et religion : démasquons l'Etat « juif et démocratique »], qui sera publié par Pluto Press, et sera disponible aux USA auprès de l'University of Michigan Press.

Deux militaires israéliens abattus par des résistants palestiniens et la capture d'un troisième, dans un poste militaire proche de la bande de Gaza, ont planté le décor pour des « représailles » et des « rétorsions » israéliennes, d'après divers reportages des correspondants de la BBC tant en Israël que dans la bande de Gaza.

L'attaque effectuée par ces Palestiniens, qui ont creusé des tunnels sous la barrière électronique encerclant Gaza, aurait marqué une « grave escalade dans la tension transfrontalière » (Alan Johnston), qui « menacerait » de compromettre « une semaine de progrès, sur deux fronts » (John Lyon) ; à savoir : les pourparlers récents entre le Premier ministre israélien Ehud Olmert et le président Mahmoud Abbas, en Jordanie, ainsi qu'entre les deux groupes palestiniens rivaux : le Fath et le Hamas.

Ainsi, d'après l'analyse de la BBC, cette attaque mettrait un terme aux chances immédiates de négociations de « paix » et elle fournirait le contexte de la prochaine flambée du conflit entre l'armée israélienne et les Palestiniens de Gaza. Nous sommes sommés d'inférer que toute souffrance que l'armée israélienne infligera aux Palestiniens au cours des jours et semaines à venir devrait être attribué à ce moment d' « escalade » des Palestiniens.

Nous sommes priés d'ignorer les semaines de bombardements de Gaza par l' armée israélienne et le tir de centaines de missiles sur la bande de Gaza surpeuplée, qui ont détruit des vies et des biens palestiniens, répandant la terreur dans la population civile et approfondissant le trauma psychologique dont souffre une génération entière d'enfants palestiniens.

On nous demande d'ignorer la mort de plus de trente civils, et des dizaines de blessures horribles, au cours des semaines écoulées, du fait de l'armée israélienne ; notamment, trois enfants tués au cours d'une frappe aérienne foireuse, la semaine passée et une femme enceinte de plusieurs mois et son frère médecin, tués le lendemain par un missile qui s'est abattu sur leur maison où ils étaient en train de déjeuner.

Nous devons ignorer la fermeture des « frontières » de Gaza par l'armée israélienne, depuis des mois d'affilée, ce qui empêchait les Palestiniens vivant dans la bande de vendre leurs produits aux points de passage en Israël, et de recevoir des livraisons vitales de vivres et de médicaments. Population prisonnière assiégée par les soldats israéliens, les Gazaouis sont menacés d'une catastrophe humanitaire résultant de la politique du gouvernement israélien et mise en ouvre par l'armée israélienne.

Oubliées, les menaces d'Israël à l'encontre de la communauté internationale pour la forcer à se rendre complice du blocus du gouvernement Hamas afin de le priver d'argent et de toute marge de manouvre diplomatique, empêchant du même coup les dirigeants palestiniens élus de gérer Gaza. La situation y est si désespérée que des responsables du Hamas en sont réduits à introduire en contrebande des millions de dollars, en billets bourrés dans des attaché-case, afin de pouvoir verser les salaires des employés.

Enfin, nous sommes priés d'oublier la violation du territoire palestinien par les commandos israéliens qui s'étaient infiltrés dans Gaza pas plus tard que la veille de l'attaque palestinienne, afin de kidnapper deux Palestiniens dont Israël prétend qu'il s'agit de « terroristes ». Ils ont « disparu », sans doute sont-ils en détention administrative (il s'agit d'un type de détention où on peut leur refuser un avocat, et même de passer en jugement, ce qui revient, bien entendu, à leur dénier toute justice) ?

Rien de tout cela n'est susceptible d'expliquer l'attaque palestinienne contre le poste frontière - pas plus, aux yeux de la BBC, toujours - que les quarante années d'occupation qui l'ont précédée. Rien ne saurait expliquer l 'attaque palestinienne, ni permettre de remettre en cause la légitimité des « représailles » militaires imminentes d'Israël.

Bref, pour la BBC, nous pouvons oublier la politique israélienne de longue date : l'unilatéralisme. C'est-à-dire son refus de négocier de manière sérieuse avec les Palestiniens, que ce soit avec la vieille garde du Fath avec la nouvelle garde du Hamas - accompagné de son recours au châtiment collectif envers la population civile de Gaza afin de la faire se soumettre à son occupation, qui se poursuit.

Dans les priorités morales et informationnelles de la BBC, deux soldats israéliens tués par des résistants palestiniens - ce qu'elle appelle « l' escalade » - fournissent une justification à des « représailles féroces » contre Gaza, avec leur tribut inévitable de victimes chez les résistants et chez les civils. Les dizaines de civils palestiniens préalablement massacrés par l'armée israélienne, toutefois, ne sauraient servir de justification aux représailles palestiniennes d'hier contre l'armée israélienne. Allez comprendre ! ? !

Autrement dit, sur l'échelle de l'outrage moral, la BBC classifie la mort de soldats israéliens perpétrant une occupation illégale très haut au-dessus de celle de civils palestiniens supportant ladite occupation illégale.

Mais ce n'est pas la seule asymétrie dans l'appréciation que la BBC se fait de l' « escalade ». La participation de l'aile armée du Hamas dans l'attaque est une preuve, suggèrent ses reporters, du rôle joué par la direction palestinienne dans « l'escalade de la tension ». Mais le fait que l'armée israélienne ait tué les sept membres d'une même famille, sur une plage de Gaza, le 9 juin, et beaucoup d'autres civils depuis lors, ça n'était apparemment pas une « escalade », même si cela a amené le Hamas à renoncer à un cessez-le-feu qu'il respectait depuis seize mois, en dépit d'incessantes agressions militaires israéliennes.

Ainsi, qu'est censé retirer de tous ces événements le téléspectateur ordinaire - le « cycle » incessant « de la violence » - dès lors qu'il a la BBC pour mentor ? (Mentionnons que la BBC n'est pas pire - elle est même certainement meilleure - que la plupart des autres chaînes occidentales. Au moins, son reporter, Alan Johnston, vit-il à Gaza.)

Non seulement ses reporters démontrent-ils les partis pris associés avec son racisme institutionnel - en tant qu'organisation, la BBC s'identifie délibérément aux préoccupations israéliennes, avant les palestiniennes - mais ils peuvent de surcroît redoubler cette distorsion en répétant mot pour mot, sans aucune critique, les propres représentations biaisées qu'Israël donne des événements.

Les reporters, comme tant de leurs collègues, tombent dans le piège consistant à présenter le conflit vu par les yeux du gouvernement israélien - ce même gouvernement dont le Premier ministre, Ehud Olmert, a étalé fièrement son chauvinisme ethnique en mettant en scène la souffrance des résidents juifs de Sderot, lesquels sont confrontés à des tirs de roquettes palestiniennes artisanales Qassam, la plupart du temps non mortels, en la plaçant très au-dessus du tribut de victimes qui ne cesse de s'accroître, à Gaza, du fait des bombardements aériens et d'artillerie incessants auxquels les soumet l'armée israélienne. « Je suis désolé, de tout mon cour, pour les habitants de Gaza », a ainsi déclaré Olmert, « mais les vies et le bien-être des habitants de Sderot sont plus importants que ceux des résidents de Gaza. » Autrement dit : une menace potentielle pesant sur un seul juif est plus grave que la mort de plusieurs dizaines de Palestiniens totalement innocents.

Ainsi, nous apprenons - sans commentaire de la part de la BBC - qu'Olmert a dénoncé l'assassinat des deux soldats en le qualifiant de « terrorisme », même si ce terme ne saurait qualifier une attaque commise par un peuple soumis à occupation contre une armée d'occupation. Comment peut-il se faire que quelques hommes équipés d'armes légères puissent terroriser une des armées les plus puissantes au monde ? Après ça : quoi ? Allons-nous devoir entendre avec sympathie les Etats-Unis affirmer que leurs soldats sont « terrorisés » par les insurgés irakiens ?

L'excuse invoquée par la BBC - à savoir qu'elle se contenterait de rapporter la position israélienne - ne tient pas la route. Est-il même seulement envisageable que nous entendions un jour un reporter de la BBC rapporter de manière neutre une déclaration du Hamas selon laquelle l'armée israélienne serait (est.) en train de terroriser les Palestiniens, par ses bombardements aveugles contre des civils à Gaza, même si l'utilisation de ce terme, en pareil cas, correspondrait nettement mieux à la définition qu'en donnent les dictionnaires ? Il est pourtant très vraisemblable que les obus israélien sèment bel et bien la terreur parmi la population civile de la bande de Gaza.

Nous entendons aussi, sans commentaire, qu'Olmert tient à la fois le Hamas et le président palestinien Mahmoud Abbas pour responsables de cette attaque. La BBC répète servilement les allégations selon lesquelles Abbas disposerait des moyens lui permettant de combattre la « terreur », alors qu' on sait que l'argent destiné à payer les forces palestiniennes de sécurité est gelé par des banques étrangères refusant - à l'instigation [Bingo !] d' Israël et des Etats-Unis - de le transmettre, et que le Hamas et Abbas sont aux prises à une bataille pour le contrôle du gouvernement palestinien en train de rétrécir de plus en plus.

Le sens commun n'a-t-il pas un sursaut devant la suggestion que tant le Hamas qu'Abbas peuvent être tenus pour responsables de l'attaque, alors même qu'ils sont des rivaux acharnés pour le pouvoir ? Ou encore que l'un comme l 'autre peut être tenu responsable, alors qu'Israël refuse de négocier avec eux, ou de les traiter en représentants authentiques du peuple palestinien ?

Encore une fois, la BBC est-elle prête à faire état avec la solennité qui s' impose des affirmations des Palestiniens selon lesquelles ils tiennent Olmert et Peretz personnellement coupables des morts de civils à Gaza depuis quinze jours, même si, dans un monde éclairé, l'un comme l'autre devraient être convoqués devant un tribunal pour y répondre de crimes de guerre ?

Mais non. Nous en sommes bien loin. Aussi improbable soit la version qu' Israël donne de la réalité, la BBC est trop contente de semer la confusion au service de l'armée israélienne. Comme d'autres chaînes télévisées, elle rapporte avec une crédulité incroyable des arguments abracadabrants qui visent à exonérer l'armée israélienne de toute responsabilité dans le bombardement d'une plage de Gaza qui a causé la mort de sept membres d'une même famille palestinienne. Elle traite comme tout aussi crédible la version - tardive - de l'armée israélienne, selon laquelle des activistes palestiniens auraient placé une seule mine, isolée, à un endroit de la plage prisé des pique-niqueurs, dans l'espoir illusoire d'empêcher l'accostage de la marine israélienne tout au long des dizaines de kilomètres de côte de la bande de Gaza ! (En conséquence de quoi, la BBC exclut de sa liste de victimes civiles récentes à Gaza les sept morts palestiniens et les dizaines de Palestiniens blessés au cours de cette attaque israélienne .)

Et nos deux reporters de la BBC de relever avec gravité que, pour la première fois depuis le retrait israélien de Gaza, voici un an de cela, des activistes palestiniens se sont infiltrés à l'intérieur du territoire israélien. En quelque sorte, le simple fait que des Palestiniens se soient brièvement échappés de leur cage semble rendre l'attaque d'autant plus choquante, non seulement pour Israël, mais pour les deux reporters de la BBC !

Cette attaque menée en Israël, nous disent-ils, est la plus grave jusqu'ici, ce qui semble impliquer qu'elle serait, par conséquent, illégitime et qu' elle s'inscrirait dans la fameuse « escalade ». Même en ignorant le fait que cette attaque était dirigée contre des soldats israéliens en train d' assiéger, d'emprisonner et de bombarder les Palestiniens dans Gaza, le deux poids - deux mesures que la BBC est en train d'appliquer ne la fait-il pas tiquer ?

L'incursion de l'armée israélienne dans Gaza, la veille, pour capturer deux activistes palestiniens allégués, n'était-elle pas une escalade au moins aussi grave ? N'était-ce pas une violation aussi grave de la souveraineté palestinienne ?

Vous voulez rire ? Bien sûr que non !

La BBC sait, comme nous le savons tous, que l'armée israélienne n'a jamais réellement quitté Gaza et que l'occupation israélienne à Gaza n'a jamais réellement pris fin.

Mais ça, ne vous attendez pas à l'entendre dans la bouche de ses journalistes !

 

28/06/06 - Face aux manoeuvres de l'impérialisme, du sionisme et des collaborateurs, pas de tergiversation


par Julien Salingue, 11 juin 2006
L'auteur de cet intéressant texte est étudiant en philosophie et militant de la JCR et de la LCR (trotskystes). Il tranche agréablement avec l'antislamisme dominant dans la gauche et l'extrême-gauche française, qui se raccrochent généralement à la fiction des Accords d'Oslo et sont des inconditionnels de Mahmoud Abbas et de son appareil.
À lire sur http://www.stopusa.be/scripts/texte.php?section=BRAA&langue=1&id=24593

27/06/06 - Un référendum inutile et dangereux


par Adeeb MAHMOUD, 26 juin 2006
Lauteur est porte-parole de l'Association des Palestiniens en France, Section Toulouse et membre de lAssociation pour un seul État démocratique en Palestine/Israël


Sauf revirement au dernier moment, le 26 juillet 2006, les électeurs palestiniens des territoires occupés( Cisjordanie, Jérusalem-Est et la bande de Gaza) sont appelés à se prononcer par voie référendaire sur un document élaboré par les représentants des prisonniers politiques palestiniens. Le Président de lAutorité Nationale Palestinienne - Mahmoud ABBAS - a fait ce choix dans un contexte dextrême tension au sein de la société palestinienne après les élections législatives du 25 janvier qui ont porté le Mouvement de la Résistance Islamique -HAMAS - au pouvoir. Depuis, le bras de fer entre le Président et son Premier ministre, les sanctions financières internationales contre le nouveau gouvernement palestinien et son isolement ont paralysé ce quil reste des institutions palestiniennes. Vu la divergence profonde entre les forces politiques palestiniennes sur ledit document, Mahmoud ABBAS a décidé de consulter le peuple. Tout en respectant la voix du peuple et le soutien au système démocratique en Palestine qui implique davantage le peuple par lorganisation des élections présidentielle et législatives régulières et le recours au référendum sur les sujets cruciaux pour lavenir du peuple palestinien, je ne peux que contester la pertinence le choix du Président palestinien et cela pour trois raisons essentielles :
1- Ce référendum est inutile. La question principale qui sera posée est la suivante « Êtes-vous pour ou contre la création dun État indépendant dans les frontières de 1967? » Dune part, les partisans de cette consultation -sans douter de leur patriotisme - posent la question au moment ou Ehud Olmert sillonne la planète pour commercialiser le bien fondé de son projet de tracer les frontières dIsraël unilatéralement et grignotant un peu plus chaque jour ce quil reste des territoires pour renforcer la colonisation et le mur qui déchire lunité de ces territoires. Dautre part, la réponse à cette question a été déjà donnée - quon soit daccord ou pas - implicitement ou explicitement depuis plus de 30 ans. A ce propos la déclaration de Conseil National Palestinien à Alger en 1988 réclamant lindépendance de la Palestine est une réponse suffisante.
2-Une consultation dangereuse. Si le Président va jusquau bout, il risque daccentuer la division palestinienne qui traverse une phase difficile de son histoire. Cette division a deux dimensions :
- A lintérieur entre les partisans et les opposants. Selon une consultation en ligne faite par le journal ALQUDS ALARABI édité à Londres, 58% de personne sont contre la tenue du référendum.
- Entre ceux qui peuvent participer(les habitants des territoires occupés) et qui représentent la minorité et les Palestiniens de la diaspora.
En supposant que la majorité réponde positivement à la question posée, et qui sera présenté par les partisans du oui comme gage de bonne volonté du peuple palestinien et son soutien à un compromis territorial, il est fort à parier que cette réponse sera un cri dans le désert.
Pour éclaircir une fois pour toutes les choix du peuple palestinien, une consultation ouverte à lensemble du peuple pour décider de son destin et dire son mot concernant les institutions qui le représentent notamment lOLP et décider des prérogatives du Président.
3 - Sur la forme. En constatant le fossé qui sépare les partisans et opposants du document des prisonniers, Mahmoud ABBAS a lancé un ultimatum aux partis politiques pour quils trouvent un consensus dans lespace de dix jours. Vu la sensibilité et la complexité du sujet, il aurait fallu laisser le temps nécessaire aux partis politiques et aux acteurs de la société civile( syndicats professionnels, organisations estudantines, comités populaires?) pour décider du sort réservé au document après une mûre réflexion et loin de pression et du chantage.
En conclusion, vouloir donner la parole au peuple pour décider de son avenir est une intention louable, mais la voix du peuple ne doit pas être utilisée pour régler des comptes entre les partis politiques.

 

27/06/06 - Moyen-Âge high-tech à Modiin Illit


par MICHELANGELO COCCO, il manifesto, 21 juin 2006.

Traduit de litalien par Marie-Ange Patrizio

Modiin Illit - Le rabbin Yakov Guterman considère quil est à la fois un pionnier et un bienfaiteur. Le maire de la colonie israélienne de Modiin Illit a trouvé la façon de faire coexister les traditions des juifs ultra-orthodoxes avec les lois du marché de lindustrie high-tech. Son expérience fonctionne si bien quun riche et florissant pôle de la production doutsourcing (délocalisation des ressources) est né dans la colonie, locomotive pour le développement impétueux de cette bourgade de 32.000 habitants, qui espère bien être reconnue, bientôt, comme municipalité.

Des centaines de jeunes femmes entre 20 et 30 ans, protagonistes, comme lindique une panneau à lentrée, de ce qui est « la ville haredi de lavenir », digitalisent des documents ou produisent des logiciels pour plusieurs des principales multinationales du secteur, huit heures par jour et pour un salaire moyen de 3500 shekels (635 euros) par mois. Le labeur de ces jeunes femmes (en majorité dorigine lituanienne ou hassidique) permet aux hommes de mener une vie entièrement dédiée à létude de la Torah, et à une communauté qui se proclame fièrement anti-moderne, de faire face à sa crise économique chronique.

Ces entreprises, qui ont découvert leldorado à deux pas de Ramallah la palestinienne, ont des noms du 21ème siècle : Matrix, Tech-Tav, Image Store, Top Trans, Citybook Services et Tikshuv. La main duvre spécialisée est assurée par des femmes qui vivent, par contre, dans un environnement similaire à celui de leurs ancêtres ashkénazes qui avaient fui les persécutions à la fin du 19ème siècle, en Europe orientale : ni télé, ni ordinateur dans leurs appartements surpeuplés, interdit daller au cinéma. A la radio, elles nécoutent que les programmes religieux ou les informations, elles ne conduisent pas. Elles doivent éviter par tous les moyens de distraire les hommes, et portent pour cela des jupes longues, des pulls à col montant et des chemises avec des manches qui doivent toujours couvrir le coude.

Le « gros ventre » sous le bureau
Nombre dentre elles, enceintes, casent leur ventre sous le bureau : enceintes du septième, huitième mois, elles passent huit heures de leur journée devant lordinateur, puis rentrent immédiatement chez elles pour soccuper des enfants. «Cest notre choix, personne ne nous a mises en cage », assure Freydie, 24 ans et deux enfants, arrivée de Elad il y a quatre mois, attirée par les 3500 shekels de Matrix, qui lui permettent dentretenir sa famille pendant que son mari passe sa journée au kolel, la partie de la yeshiva réservée aux hommes mariés. « Pour nous haredim lituaniens, plus encore que pour les hassidiques, cest comme ça : la femme travaille pendant que lhomme se consacre à létude des textes sacrés, dit Freydie. Cette entreprise me permet de vivre en accord avec la Torah, dans un milieu uniquement féminin, sans aucun contact avec les hommes ». Si, chez les hassidiques, ladmor - un rabbin dont la fonction essentielle est de faire la médiation entre Dieu et lhomme - a le rôle principal, pour les Lituaniens le centre de la vie est constitué par les institutions religieuses : lheder, de trois ans à ladolescence, la yeshiva, pour les hommes célibataires, le kolel pour ceux qui sont mariés. Pendant que des ouvriers chinois et philippins terminent les pièces destinées à accueillir les nouveaux bureaux, Chavie, qui est responsable du personnel chez Matrix, raconte : « Il y a un an et demi, nous avons commencé avec 20 programmatrices, maintenant nous en avons 150 ». Pour elle aussi « cest essentiel que les femmes travaillent dans des milieux homogènes, à côté de chez elles ». Lentreprise, qui pense arriver à mille employées à la fin de 2006, produit des programmes et fait des contrôles de qualité sur des logiciels pour Motorola, Sap, Formula telecom solutions et quelques autres colosses de lélectronique. « Il ny a aucun problème pour le travail des femmes enceintes, assure Chavie. Nos clients le savent et la loi donne droit au congé maternité à six semaines de laccouchement ».

Sur les 6500 familles de Modiin Illit, 1500 sen sortent grâce au soutien du ministère des affaires sociales et 70 % des hommes ne travaillent pas. Ici ne vivent que des ultra-orthodoxes, presque la moitié haredim de la Cisjordanie (70 000 personnes, sur une communauté israélienne denviron 200 000 habitants). Toutefois, même si les financements publics à la communauté haredi sont en diminution constante, Modiin Illit saccroît au rythme de 13 % par an : 24 % des familles a plus de quatre enfants, 18 % plus de six, 40 nouveaux-nés par semaine lui assurent la première place en Israël pour la croissance démographique. « Cest comme ouvrir une nouvelle classe chaque semaine », nous dit fièrement Guterman dans son bureau. Peot (mèches de cheveux sur les tempes, NDT) courts, typiques des Lituaniens, attachés derrière les oreilles, kippa et costume foncé, le maire siège satisfait à son bureau, il a reçu la veille le président de la Confindustria (le patronat italien, NDT). Derrière lui, les plans dexpansion de la colonie, fondée en 1996, avec la partie orientale transformée en un gigantesque chantier où cinq entreprises du bâtiment construisent trois nouveaux quartiers, Neot Hapisgah, Nachalat Cheftsibah et Green Park. « Grâce à mes pressions sur le gouvernement, je suis arrivé à obtenir quon garantisse 1000 shekels par mois pour chaque embauche aux industries qui investissent ici, pendant les cinq prochaines années. En échange les chefs dentreprise sengagent à donner une paye majorée de 5% sur le salaire minimum ». Avec la position stratégique de lhabitat à mi chemin entre Jérusalem et Bnei Brak, les deux centres principaux des ultra-orthodoxes linitiative de Guterman a fait décoller Modiin Illit où, « avec laide de Dieu, nous arriverons à 150 000 habitants en 2020 ».

Pour Dror Etkes, qui soccupe du monitoring des colonies israéliennes dans les Territoires occupés pour lorganisation pacifiste Peace Now, « il est probable quaprès les élections politiques du 28 mars prochain, Modiin Illit sera déclarée conseil municipal par le gouvernement, comme ça a été le cas jusquà présent pour Ariel, Maaleh Adumim et Beitar Illit ». « Attirer des investissements dans une ville serait plus facile », confirme Guterman, qui est en train de négocier pour amener aussi la firme Radix, leader des problèmes de sécurité sur le Web, dans son conseil local (statut actuel). Selon Etkes, cependant, le développement frénétique de cette colonie (trois kilomètres à lintérieur de la Cisjordanie) lance un message négatif à lautre partie : nous Israéliens nous faisons ce que nous voulons. "Quels que soient les scénarios de lavenir, ils ne la céderont jamais aux Palestiniens ajoute Etkes- mais il faut comprendre que lexpansion de cette colonie, acte illégal parce quil viole les principes de la Feuille de Route pour la paix acceptés par lEtat hébreu, contribue à rendre impossible le dialogue avec les Arabes ».

De Pretoria aux Territoires occupés

Gideon a 28 ans et déjà cinq enfants. Il a immigré en Israël de Pretoria, en Afrique du Sud, parce que « là-bas, après la fin de lapartheid il y avait trop de violence, et nous voulions venir dans la terre du sionisme ». Il représente ces 30 % dhommes de Modi'in Illit qui travaillent : « Ici il y a plus de recherche philosophique, chacun de nos actes se déroule en accord avec les principes de la Torah, dit-il. En plus, tu peux acheter quatre pièces pour 110 000 dollars, moitié moins quà Jérusalem et Bnei Brak ». Et les Palestiniens, à quelques centaines de mètres dici, au-delà du mur qui va englober Modiin Illit au territoire israélien ? « Ils font exploser leurs enfants, cest quelque chose danimal, je ne crois pas quil pourra y avoir une cohabitation entre juifs et musulmans, parce que le peu de bons Arabes narrivera jamais à arrêter les méchants » soutient Gideon. Internet ? « Nous y sommes absolument contraires, ça touvre un monde dont la moitié est négative ».

« Une partie de lattraction exercée par le mode de vie ultra-orthodoxe consiste dans la clarté absolue de ce qui est licite et ce qui est interdit », explique Avishai Margalit, professeur de philosophie à lUniversité hébraïque de Jérusalem. Pour lauteur du recueil dessais intitulé « Visages dIsraël », ces personnes « sont libérées, au moins partiellement, de la nécessité de prendre certaines décisions qui, pour tout le reste dentre nous, sont une source dangoisse. Les unions sont en grande partie arrangées par des entremetteurs matrimoniaux. Même les décisions telles que se faire opérer ou choisir leur médecin sont déléguées au rabbin ». Margalit rappelle que dans lhistoire millénaire du peuple juif il ny a jamais eu une telle quantité de gens qui consacre entièrement sa vie à létude des textes sacrés. « Les ultra-orthodoxes peuvent être vus comme une réaction à la modernité pense luniversitaire dans son bureau du Van Leer Institute de Jérusalem. Les juifs étaient une corporation au Moyen-Âge ; après le début de lère moderne et de lurbanisation, ils ont eu peur que ce processus puisse éroder leur style de vie hébraïque. Doù la nécessité délever un mur qui protège leur pureté ». Lidéologue des ultra-orthodoxes modernes est Hazon Ish (lhomme visionnaire), un Lituanien mort en 1953, qui fut lartisan dune incroyable renaissance de lultra-orthodoxie, pendant la guerre de 1948. Après plusieurs décennies pendant lesquelles le pouvoir des quelques 250 000 trépidants (traduction de haredim, daprès le verset du prophète Isaïe : « Écoutez la parole du Seigneur, vous qui trépidez à sa parole ») a constamment augmenté en Israël, à travers leurs représentants à la Knesset, le dernier gouvernement Sharon a réduit leur poids en excluant leurs partis de lexécutif et en supprimant leurs allocations. « Le développement de Modiin Illit poursuit Margalit- peut être lu comme une réponse à la crise économique profonde que la communauté haredi a traversé pendant les trois dernières années ».

Dans les bureaux de Image Store, les documents papier et les microfilms à transformer en dossiers informatiques défilent rapidement sur les écrans au plasma des employées. Le crépitement simultané de milliers de claviers produit un bruit de fond qui nest interrompu que par la chef du personnel, qui réprimande les filles quand elles se distraient en échangeant quelques bavardages dun poste à lautre. Mikal a 26 ans et trois enfants, elle est arrivée il y a cinq ans de Rehovot : « Ici, on nous permet de travailler de façon religieuse, dit-elle. Nous ne sentirions pas en sécurité dans une société high-tech avec un environnement laïc ». Tova, 21 ans, a déménagé de Jérusalem attirée par les possibilités de travail à Modiin Illit : « Cet endroit nous donne la possibilité de discuter entre nous seulement de questions religieuses et déducation pour nos enfants, cest pour ça que nous nous y sentons à laise » dit-elle avant de reconnaître que « huit heures cest trop, et quand jaurai des enfants je chercherai autre chose ».

Ebrahim Reich est le directeur général dImage Store, qui a ouvert ses bureaux au deuxième trimestre 2005, et a dans ses principaux clients le National Insurance Institute, lIsraël Land Authority et les Archives dEtat. « Nous convertissons tous les types de médias en dossiers digitaux, dans ce domaine nous sommes les premiers au Moyen-Orient et parmi les premiers mondiaux. Nous travaillons aussi pour des banques étasuniennes et canadiennes ». A court terme, Reich prévoit dembaucher 50 autres jeunes femmes. Un chiffre daffaires de 40 millions de shekels en 2005 et une croissance de 20 % annuels lui permettent dêtre très optimiste. « Nous faisons travailler toutes les filles enceintes dans un milieu sain, déclare-t-il. Celles qui viennent daccoucher, nous les autorisons à aller chez elles quelques minutes pour allaiter ». « Nous sommes en train de monter une crèche » dit-il avant de montrer une petite pièce de deux mètres sur quatre où les employées sarrangent, pour le moment, pour allaiter. Le professeur Margalit rappelle que « quand je vivais, enfant, dans les environs de Mea Sharim, le quartier ultra-orthodoxe de Jérusalem, les haredim avaient leur propre économie, pauvre mais vivable : ils étaient charpentiers, artisans, ils avaient un petit marché ». Depuis les années 60, ils nont fait quétudier. « Le manque de productivité parmi les juifs, phénomène que le mouvement sioniste avait toujours âprement critiqué, est devenu une réalité dramatique dans les communautés haredim », conclut lenseignant.

Le devoir des filles d'Israël

A Modiin Illit, une organisation sociale et religieuse rigide est en train de transformer les femmes en anges du foyer et anges du clavier. Les filles chez Image Store, avant d'être embauchées, vont faire un mois de stage pratique à Petah Tikva, une ville industrielle assez éloignée de l'homogénéité de Modiin Illit et à deux pas de Tel Aviv la peccamineuse. Freydie, de Matrix, avoue qu' « une fois j'ai ouvert accidentellement une page Web et, je tassure, je me suis tout de suite sentie mal à laise ». Tova, Mikal, Chavie et les autres ne peuvent utiliser que l'email pour communiquer avec les clients, pour le moment. En déplaçant une partie de la production d'autres pôles de l'État juif à Modiin Illit, les industriels peuvent garder des coûts plus bas, au point de permettre aux entreprises qui ont commandé le travail en outsourcing d'épargner jusquà 50 % sur le produit final.

Mais combien de temps le rêve du rabbin Guterman d'avoir une communauté haredi de plus en plus grande et pure, arrivera-t-il à garder le pas sur la frénésie high-tech de Modiin Illit ? Combien de filles, après le contact avec l'autre monde, celui de l'entreprise et celui d'Internet, feront-elles le choix de Malka, qui, dans la scène finale du film « Kadosh », senfuit de Mea Sharim, loin des trépidants ?

 

26/06/06 - Confiscations de terres, destructions de véhicules et menaces de destructions de maisons


www.arabs48.com, 24 juin 2006. Traduit de l'arabe par CIREPAL

 

Ayn Mahel, en Galilée : confiscations des terres (de Fasl al-Maqal) Le 22 juin 2006, le procureur général sioniste a accepté de reporter la confiscation de terres du village palestinien de Ayn Mahel, dans la région de Nazareth.

Ces terres sont menacées depuis leur confiscation en mars 1976. Situées à l'entrée du village, elles ont une superficie de plusieurs milliers de dunums, cultivées d'oliviers. Le but est de construire à la place une nouvelle colonie sioniste, Hariona, pour encercler et ghettoïser le village palestinien.

Depuis le début de l'année 2006, un comité populaire du village s'est constitué pour s'opposer à la confiscation effective. Ce comité, dirigé par un militant actif, Ghanim Habibullah, a débuté son activité en alarmant l'opinion publique, interne, arabe et internationale, pour dénoncer cette politique systématique de nettoyage ethnique entreprise par l'entité sioniste.

Le 19 juin, les services de renseignements de l'Etat sioniste installés dans la colonie Natsarit Ilit (jumelée avec la ville française de St Etienne), interpellent le responsable du comité populaire pour l'empêcher d'agir et de poursuivre la mobilisation. Ghanim a affirmé que toutes les mesures envisagées par le comité sont légales, et tout propriétaire de la terre doit la défendre surtout lorsqu'il la possède depuis des centaines d'années. Faire appel devant le procureur fut l'une de ces mesures. Le comité va poursuivre ses actions, et il rappelle que les villageois de Ayn Mahel souffrent de peu d'espace, qu'ils n'ont pas d'espace pour construire des logements, alors que la population s'accroît. Le comité propose de construire un projet sur ces terres menacées, des logements pour les jeunes couples, un centre culturel, des écoles et des stades de jeu, ainsi qu'une zone verte. Il n'est pas question pour les habitants du village que ces terres soient confisquées pour finir dans une colonie juive, surtout que sur les 17.000 dunums que possédait Ayn Mahel, il n'en reste presque plus rien, surtout après que la colonie de Netsarit Ilit se soit agrandie au dépens de Ayn Mahel. Les colons incendient des voitures palestiniennes près de Nablus, en Cisjordanie

Trois colons de Itsar, installée sur les terres de la ville de Nablus, ont incendié quatre voitures appartenant à des Palestiniens du village Aynbous, proche de la ville. La police sioniste les a arrêtés, suite à la plainte déposée par un habitant du village.

Selon l'un des habitants, les colons ont investi le village et ont incendié les voitures avant de s'enfuir en direction de la colonie. Que fera la police sioniste avec les colons ??

Dans la ville d'al-Lid, les autorités sionistes acceptent de reporter de trois mois la destruction des maisons palestiniennes Suite à la demande du député Wasel Taha, du Rassemblement national démocratique, le ministre sioniste de l'habitat s'est rendu jeudi dernier

dans le quartier Zahra' dans la ville d'al-Lid pour examiner la crise vécue par les habitants palestiniens du quartier, après la destruction de plusieurs maisons, soi-disant construites illégalement. Le député Wasil Taha a expliqué l'importance de développer les quartiers arabes de la ville en déclarant : "Au lieu de detruire les maisons dans la ville d'al-Lid, le gouvernement doit transformer les quartiers arabes en centres de rencontres entre Juifs et Arabes, afin que la ville d'al-Lid soit un modèle pour toutes les villes "mixtes". Taha a demandé au ministre de geler les ordres de destructions dans le quartier, en attendant de résoudre le problème des logements et a demandé que la compagnie Amidar paie des compensations aux propriétaires palestiniens comme aux habitants juifs qui ont quitté le quartier, sans faire de distinctions entre eux.

 

23/06/06 - Une semaine de « retenue israélienne » *


par Tanya Reinhart, Yediot Aharonot, 21 juin 2006. Site web de lauteur : http://www.tau.ac.il/~reinhart

Traduction de l'hébreu et notes par Mark Marshall. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

Dans le discours israélien, Israël est en permanence la partie qui observe la retenue, dans son conflit avec les Palestiniens. Cela s'est vérifié, encore une fois, avec les événements de la semaine passée. Tandis que les roquettes Qassâm pleuvaient sur la ville de Sderot, au sud d'Israël, des « fuites » indiquaient que le ministre israélien de la Défense avait recommandé à l'armée de faire preuve de retenue [1]

 

Au cours de cette semaine de « retenue », l'armée a tué toute une famille palestinienne qui était allée pique-niquer sur la plage de Beit Lahya, dans la bande de Gaza ; après quoi, l'armée tua neuf personnes, afin de liquider un site de tir de roquettes Katyusha. Mais, dans le discours de retenue, le premier massacre ne compte pas, en effet, l'armée a rejeté toute implication. Et le second a été qualifié d'acte nécessaire d'autodéfense. Après tout, Israël est pris sous des tirs de Qassam, et il doit défendre ses citoyens, non ? Selon ce discours, le fait qu'Israël se contente de bombarder la bande de Gaza par air, par mer et par artillerie terrestre illustre une retenue et une humanité dont peu d'Etat pourraient se vanter.

 

Mais demandons-nous ce qui provoque des attaques de roquettes Qassam sur Israël ? Depuis dix-sept mois qu'il a déclaré un cessez-le-feu, le Hamas n'a plus été impliqué dans ces tirs de Qassam. Les autres organisations (palestiniennes) n'ont réussi qu'à lancer quelques Qassam erratiques. Comment cela a-t-il pu aboutir à un nombre de tirs de Qassam aussi élevé que soixante-dix roquettes en trois jours ?

 

L'armée israélienne a une longue tradition d' « invitation » des salves de Qassam. Au mois d'avril de l'année dernière, Sharon est allé à un meeting au cours duquel son message central fut qu'il ne fallait faire nulle confiance à Abbas, car il n'exerce aucun contrôle sur le terrain ; il ne saurait donc être considéré comme un partenaire pour de quelconques négociations. L'armée prit soin de fournir la piqûre de rappel appropriée à ce message. A la veille du départ de Sharon, le 9 avril 2005, l'armée israélienne a tué trois jeunes hommes à la frontière de Rafah, lesquels, selon des sources palestiniennes, étaient en train de jouer au foot. Cette tuerie arbitraire suscita une vague de colère dans la bande de Gaza, qui avait été relativement calme jusqu'alors. Le Hamas réagit à la colère qui s'exprimait dans la rue, et il autorisa son peuple à participer aux tirs de Qassam. Les deux jours suivants, ce sont près de quatre-vingt Qassam qui furent ainsi lancés, mais le Hamas parvint à rétablir le calme. Ainsi, au cours de ce meeting avec Sharon, le monde eut droit à une illustration parfaite de la « non fiabilité » d'Abbas [2].

 

Au début de la semaine passée (le 11 juin), Olmert a lancé une campagne de propagande, en Europe, afin de convaincre les dirigeants européens que désormais, avec le Hamas au pouvoir, Israël n'avait absolument plus de partenaire. Les USA n'ont apparemment pas besoin d'être convaincus, en ce moment ; mais en Europe, les mesures unilatérales [proposées par Olmert, NDT] sont accueillies avec beaucoup de réserves. L'armée israélienne avait commencé à préparer la piqûre de rappel durant la nuit du jeudi précédent (8 juin), en « liquidant » Jamal Abu Samhadana, qui venait d'être nommé chef des forces de sécurité du ministère de l'Intérieur [du gouvernement Hamas]. Il était entièrement prévisible que cette action était susceptible d'entraîner des attaques de Qassam sur Sderot. Néanmoins, l' armée bombarda, le lendemain, la côte de Gaza (tuant les sept membres de la famille Ghalya et blessant des dizaines de personnes), et elle a effectivement réussi à provoquer la conflagration souhaitée, jusqu'au jour où, à nouveau, le Hamas a demandé à son peuple, le 14 juin, de cesser les tirs.

 

Cette fois-ci, la mise en scène de l'armée a été un peu confuse. Des photos de la petite Houda Ghalya ont fini par percer le mur de l'indifférence occidentale pour la souffrance des Palestiniens. Même si Israël dispose d' encore assez de puissance pour forcer Kofi Annan à s'excuser d'avoir osé soulever un doute quand au déni israélien, le message selon lequel le Hamas serait l'agresseur, dans le conflit, n'est pas passé sans être contesté, dans le monde, pour une fois. Mais l'armée israélienne ne baisse pas pour autant les bras. Elle semble déterminée à continuer à provoquer des attaques susceptibles de justifier le renversement du gouvernement Hamas par la force. Et Sderot continuera à en payer le prix.

 

Même s'il est impossible de comparer les souffrances des habitants de Sderot avec celles des habitants de Beit Hanoun et de Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, localités sur lesquelles 5 000 projectiles sont tombés seulement au cours du mois écoulé [3], mon coeur saigne aussi pour les résidents de Sderot. Il leur échoit le triste sort de vivre dans la peur perpétuelle et dans la douleur, parce qu'aux yeux de l'armée israélienne, leur souffrance est nécessaire, afin que le monde puisse « comprendre » qu' Israël est le camp qui fait preuve de retenue, dans une guerre pour [carrément] sa propre existence.

 

Notes

* Cette tribune a été mise sous presse une heure avant que l'aviation israélienne ne tue trois enfants de plus dans une rue bondée, au nord de Gaza, le 20 juin (mardi).

 

1. Le lundi 12 juin, les titres annonçaient que le ministre de la Défense Peretz avait suspendu une initiative prise par l'armée consistant à lancer une offensive terrestre massive à Gaza [voir Amos Har'el et Avi Issacharoff, in Ha'aretz du 12 juin 2006]. Dans les pages intérieures des suppléments du week-end, il s'avéra qu'il s'agissait là d'un « bobard médiatique » produit par les services de Peretz « sur la base d'une consultation en matière de sécurité, tenue la veille au soir » [Avi Issacharoff et Amos Har'el : Lost innocents, in Ha'aretz, 16-17.06.2006].

 

2. Cet enchaînement d'événements est présenté en détail dans mon livre : La Feuille de Route Vers Nulle Part [The Road Map to Nowhere] [à paraître (en anglais) en juillet 2006].

 

3. Alex Fishman, le plus grand spécialiste des questions sécuritaires au quotidien Yediot Aharonot, écrit qu'au début : « le bombardement d' artillerie de la bande de Gaza a été examiné », mais qu'ensuite, « ce qui avait commencé, dix mois auparavant, par des dizaines de projectiles par mois tirés sur des terrains vagues atteignait désormais un nombre de projectiles astronomiques. Une batterie qui avait tiré six obus le vendredi 9 juin en était arrivée à tirer en moyenne plus de mille obus par semaine vers le nord de la bande de Gaza. Cela signifie que la batterie qui avait été installée à cet endroit depuis quatre semaines avait d'ores et déjà tiré environ 5 000 obus ( !) [Yediot Aharonot, Supplément du samedi 16 juin 2006].

 

 

23/06/06 - Human Rights Watch : lenquête de larmée israélienne sur le massacre de Gaza Beach est peu crédible

L'ONG Human Rights Watch juge "peu crédible" l'enquête de l'armée israélienne sur la mort le 9 juin dans une explosion sur une plage de Gaza de huit civils palestiniens, lui reprochant de ne pas tenir compte de "preuves significatives".

"L'enquête est incomplète dans la mesure où elle écarte des preuves significatives", a affirmé l'ONG mercredi dans un communiqué, après une rencontre avec des responsables de l'armée israélienne. "Une enquête qui ne tient pas compte de données contradictoires peut difficilement être considérée comme crédible", a souligné le spécialiste des questions militaires au sein de l'ONG, Marc Galasco.

Human Rights Watch a renouvelé à cette occasion son appel à une "enquête indépendante", après que l'armée israélienne a nié que les victimes aient été atteintes par un tir de son artillerie.

L'ONG, basée à New York, a émis l'hypothèse que l'explosion ait été provoquée par un obus israélien tiré quelques heures avant. "Il est possible qu'un obus israélien non explosé de 155 mm tiré dans la matinée du 9 juin ait explosé au contact de personnes ou sous l'effet d'autres bombardements israéliens", estime l'ONG.

Selon cette ONG et des médias israéliens, l'armée israélienne n'a elle-même pas écarté cette hypothèse.

Human Rights Watch souligne que "pas moins de 80 obus de 155 mm ont été tirés le même jour, sur un total d'environ 7.700 tirés sur le nord de la bande de Gaza depuis le retrait de l'armée israélienne en septembre", suite à des tirs de roquettes palestiniennes.

Le drame imputé par les Palestiniens et Human Rights Watch, à l'artillerie israélienne a mis sérieusement dans l'embrarras Israël, du fait notamment d'images bouleversantes transmises par les télévisions du monde entier d'une fillette, Houda, criant sa douleur après la mort des siens. Source : AFP, 21 juin 2006

 

Lire le rapport des enquêteurs de Human Rights Watch du 15 juin 2006 http://www.ismfrance.org/news/article.php?id=4955&type=communique&lesujet=Rapports

 

Le matin d'après : une analyse prophétique d'Edward Saïd sur les Accords d'Oslo (1993)

 

22/06/06 - Le matin d'après par Edward Saïd, London Review of Books, vol. 15, n° 20, 21 octobre 1993.

Original : http://www.lrb.co.uk/v15/n20/said01_.html

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.

Le regretté Edward Saïd est décédé en 2003, au mois de septembre. Il nous est apparu utile de publier ce qu'il écrivait au lendemain de la signature des Accords d'Oslo. Une naalyse pertinente et lumineuse !

Maintenant qu'un peu de l'euphorie s'est décantée, on peut réexaminer l' accord conclu entre Israël et l'OLP avec ce qu'il faut de bon sens. Ce qui émerge d'un tel examen, c'est un marché encore bien plus biaisé et, pour la plupart des Palestiniens, bien moins favorablement équilibré que beaucoup ne l'avaient tout d'abord imaginé. La vulgarité de la cérémonie à la Maison Blanche - on aurait cru assister à un défilé de mode - le spectacle dégradant de Yasser Arafat remerciant un peu tout le monde d'avoir supprimé les droits fondamentaux de son peuple et la solennité pompeuse de la prestation de Bill Clinton - tel un Empereur du vingtième siècle cornaquant deux rois vassaux à travers les rituels de la réconciliation et de la résipiscence : tout cela n'a pu cacher qu'un temps les proportions véritablement sidérantes de la capitulation palestinienne.

Aussi, appelons cet accord de son véritable nom : il s'agit d'un instrument de la reddition palestinienne. C'est un Versailles palestinien. Ce qui aggrave encore les choses, c'est qu'au moins depuis quinze ans, l'OLP aurait pu négocier un arrangement meilleur que ce plan Allon modifié - un arrangement qui n'aurait pas requis autant de concessions unilatérales à Israël. Pour des raisons connues de la seule direction palestinienne, celle-ci avait refusé toutes les ouvertures précédentes. Pour prendre un exemple dont j'ai eu à connaître personnellement : à la fin des années 1970, le Secrétaire d'Etat Cyrus Vance m'avait demandé de persuader Arafat d' accepter la Résolution 242, avec une réserve [bien entendu acceptée par les Etats-Unis] qu'y aurait apportée l'OLP, au sujet des droits nationaux du peuple palestinien et de l'autodétermination palestinienne. Vance m'avait dit alors que les Etats-Unis auraient reconnu immédiatement l'OLP et aurait inauguré des négociations entre celle-ci et Israël. Arafat déclina catégoriquement cette ouverture, comme il en avait usé auparavant avec d' autres propositions. Puis la guerre du Golfe éclata et, en raison de la position désastreuse que prit alors l'OLP, celle-ci perdit encore plus de terrain. Les acquis de l'Intifada furent anéantis, et les partisans du nouvel accord disent aujourd'hui : « Nous n'avions pas le choix ! ». Ils devraient formuler leur « excuse » ainsi : « Nous n'avions plus aucun choix, parce que soit nous avons perdu, soit nous avons nous-mêmes mis à la poubelle un tas d'autres choix, ce qui ne nous a laissé que celui-là ». Cela serait plus fidèle à la réalité historique.

Afin d'avancer vers l'autodétermination palestinienne - laquelle n'a de sens qu'à la condition que la liberté, la souveraineté et l'égalité, et non une inféodation perpétuelle à Israël, sont ses objectifs - nous devons reconnaître honnêtement là où nous en sommes, maintenant que l'accord intérimaire est sur le point d'être négocié. Ce qui est particulièrement mystifiant, c'est le point auquel beaucoup de dirigeants palestiniens et les intellectuels qui leur font allégeance sont capables de persister à parler de cet accord en termes de « victoire ». Nabil Shaath l'a qualifié d'accord « d'une parité absolue » entre les Israéliens et les Palestiniens. Le fait est qu'Israël n'a rien concédé, comme l'a indiqué l'ex-Secrétaire d'Etat James Baker lors d'une interview télévisée, si ce n'est, tout simplement, l' existence de l' « OLP, en tant que représentant du peuple palestinien ». Ou, comme l'aurait dit l'Israélien 'colombe' Amos Oz lors d'une interview accordée à la BBC : « C'est là en l'occurrence la deuxième plus grande victoire de toute l'histoire du sionisme ».

Par contraste, la reconnaissance par Arafat du droit à l'existence d'Israël entraîne derrière elle toute une série de renoncements : à la Charte de l' OLP ; à la violence et au terrorisme ; à toutes les résolutions pertinentes de l'Onu, sauf la 242 et la 338, qui ne comportent pas une seule allusion aux Palestiniens, ni à leurs droits ou à leurs aspirations. Cela implique que l'OLP à mis de côté toute une série d'autres résolutions de l'Onu (résolutions qu'elle entreprend aujourd'hui, avec Israël et les Etats-Unis, de modifier ou d'annuler) qui avaient, depuis 1948, donné des droits aux réfugiés palestiniens, dont l'alternative entre leur compensation ou leur rapatriement. Les Palestiniens avaient obtenu de nombreuses résolutions de l 'Onu - adoptées, entre autres, par l'Union européenne, le mouvement des non-alignés, la Conférence islamique et la Ligue arabe, ainsi que les Nations Unies - qui déclaraient illégales ou censuraient les colonies, les annexions et les crimes perpétrés par Israël à l'encontre du peuple maintenu sous son occupation.

On aurait par conséquent pu penser que l'OLP avait mis un terme à l' Intifada, qui incarnait non le terrorisme, ni la violence, mais le droit à la résistance des Palestiniens, quand bien même Israël continue à occuper la Cisjordanie et la bande de Gaza. La première considération, dans le document signé, s'adresse à la sécurité d'Israël, avec aucune mention de la sécurité des Palestiniens confrontés aux incursions israéliennes. Au cours de sa conférence de presse du 13 septembre [1993], Rabin a été très direct au sujet de la continuation du contrôle du territoire par Israël. De plus, il a précisé qu'Israël conserverait le Jourdain, les frontières avec l'Egypte et la Jordanie, l'espace maritime, les terres s'étendant entre Gaza et Jéricho, Jérusalem, les colonies et les routes ! Il n'y a presque rien, dans le document, qui suggère qu'Israël renoncera à sa violence à l'encontre des Palestiniens ni, comme on l'exigea de l'Irak après qu'il se soit retiré du Koweït, qu'il compensera ceux qui ont été les victimes de sa politique depuis quarante-cinq ans.

Ni Arafat ni un quelconque de ses partenaires palestiniens ayant rencontré les Israéliens à Oslo n'ont jamais vu une seule colonie israélienne de leur vie. Il y en a aujourd'hui plus de deux cents, principalement installées au sommet de collines, sur des promontoires et en des emplacements stratégiques dans l'ensemble de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Beaucoup d'entre elles vont probablement stagner et finir par disparaître, mais les plus grandes sont conçues pour la durée. Un réseau routier indépendant les relie à Israël, créant une discontinuité fatale entre les principales concentrations de population palestinienne. Les terrains déjà pris par ces implantations, plus ceux destinés à l'expropriation, représentent - estime-t-on - plus de 55 % de la superficie totale des territoires palestiniens occupés. A lui seul, le Grand Jérusalem - annexé par Israël - comporte une grande superficie de terres virtuellement volées, qui représentent au minimum un quart de cette superficie totale. Dans la bande de Gaza, des implantations, au Nord (trois), au milieu (deux) et au Sud, le long de la frontière avec l'Egypte, et contournant Khan Yunis (douze) occupent au minimum 30 % de la superficie totale de la bande. De plus, Israël ponctionne toutes les nappes phréatiques de la Cisjordanie, et utilise désormais environ 80 % de l'eau disponible dans cette région pour les colonies et Israël salement dit (il y a probablement des installations de captage similaires dans la « zone de sécurité » israélienne prise sur le territoire libanais.) Ainsi, la question de la domination (sinon le vol pur et simple) des ressources foncières et hydriques est soit négligée, dans le cas de l'eau ou, dans celui des terres, repoussée à plus tard, aux termes des accords d'Oslo.

A rendre encore pire la situation est le fait que toutes les informations relatives aux colonies, aux terres et à l'eau sont aux mains d'Israël, qui n 'a jamais partagé la plupart de ces données avec les Palestiniens. D'autant plus qu'il a ponctionné les revenus levés au moyen de taxes anormalement élevées imposées à ces territoires depuis vingt-six ans. Toutes sortes de comités techniques (auxquels des Palestiniens n'habitant pas dans les territoires occupés ont participé) ont été mis sur pied par l'OLP dans les territoires afin d'étudier ces questions, mais il y a peu d'indications que les constats de ces comités (si tant est qu'il y en ait) aient été utilisés par la partie palestinienne à Oslo. Aussi, l'impression d'un énorme hiatus entre ce qu'Israël a obtenu et ce que les Palestiniens ont concédé ou ignoré demeure sans démenti. Je doute qu'il y ait eu un seul Palestinien qui ait regardé la cérémonie à la Maison Blanche et qui n'ait pas eu lui aussi le sentiment qu'un siècle de sacrifices, de dépossession et de lutte héroïque venait d'être anéanti. De fait, ce qu'il y avait de plus dérangeant, c'est le fait que Rabin ait donné effectivement la parole aux Palestiniens, tandis qu'Arafat prononçait des mots qui avaient tout d'un bail de location. Ainsi, loin d'être vus comme les victimes du sionisme, les Palestiniens ont été caractérisés aux yeux du monde entier comme ses agresseurs aujourd'hui repentants : c'est comme si les milliers de victimes palestiniennes des bombardements des camps de réfugiés, des hôpitaux et des écoles, au Liban, par l'aviation israélienne, l'expulsion par Israël de 800 000 Palestiniens en 1948 (dont les descendants sont aujourd'hui près de trois millions, dont une immense majorité d'apatrides), la conquête de leur pays et de leurs propriétés, la destruction de plus de quatre cents villages, l'invasion du Liban, les ravages de vingt-six années d'une occupation militaire brutale - c'est comme si toutes ces souffrances avaient été réduites au statut de terrorisme et de violence, auxquelles il avait fallu renoncer rétrospectivement, ou qu'il avait fallu passer sous silence. Israël a toujours qualifié la résistance palestinienne de terrorisme et de violence. Aussi, on le constate : même au niveau du discours, il a reçu un magnifique cadeau moral et historique.

En contrepartie de quoi, exactement ? La reconnaissance d'Israël par l'OLP - c'est là, indubitablement, un pas en avant considérable. Au-delà, en acceptant que les questions relatives aux terres et à la souveraineté soient ajournées jusqu'aux « négociations sur le statut définitif », les Palestiniens ont effectivement renoncé à leur revendication unilatérale et internationalement reconnue sur la Cisjordanie et la bande de Gaza : celles-ci sont désormais devenues des « territoires contestés ». Ainsi, avec l'aide des Palestiniens, Israël a été récompensé d'une revendication au moins égale à celle de ces derniers. Le calcul israélien semble être qu'en acceptant de faire la police à Gaza - tâche que Begin avait tenté de refiler à Sadate, quinze ans plus tôt - l'OLP se retrouverait rapidement concurrencé par des mouvements locaux, dont le Hamâs n'est qu'un parmi bien d'autres. De plus, loin de se renforcer durant la période intérimaire, les Palestiniens risquent de s'affaiblir, et de se retrouver de plus en plus à la merci d' Israël, et par conséquent d'être de moins en moins à même de contester les prétentions israéliennes quand commencera le dernier round des négociations. Mais quant à la question de savoir comment, par quel mécanisme spécifique on passerait d'un statut intérimaire à un statut ultérieur, le document reste délibérément silencieux. Cela signifie-t-il, de manière menaçante, que l' étape intérimaire pourrait bien être la dernière ?

Les commentateurs israéliens ont suggéré que d'ici, disons, six mois, l'OLP et le gouvernement Rabin négocieraient un nouvel accord repoussant encore une fois les élections, ce qui permettrait, par conséquent, à l'OLP de continuer à régner. Il convient de mentionner qu'à au moins deux reprises, l 'été dernier, Arafat a déclaré que son expérience de gouvernement consistait en ces dix années au cours desquelles il avait « contrôlé » le Liban, ce qui, on le reconnaîtra, risque peu de rassurer les nombreux Libanais et Palestiniens qui ont connu cette période calamiteuse. Il n'y a pas plus, pour l'instant, de possibilité concrète de tenir des élections, lesquelles ne sont même pas programmées. L'imposition des décisions d'en haut, à laquelle s'ajoute le long legs de l'occupation, ont guère contribué à la croissance de la démocratie et d'institutions de base. Dans la presse arabe, des informations non confirmées indiquent que l'OLP a d'ores et déjà nommé des ministres appartenant à son cercle le plus intérieur de Tunis, et des vice-ministres parmi des résidents liges en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Y aura-t-il de quelconques institutions authentiquement représentatives ? On ne saurait le jurer, étant donné le refus absolu d' Arafat de partager ou de déléguer le pouvoir, pour ne rien dire des capitaux, qu'il est seul à connaître et à contrôler.

Tant en matière de sécurité intérieure que de développement, Israël et l'OLP sont désormais alignés l'un sur l'autre. Les membres ou les conseillers de l 'OLP ont rencontré des responsables du Mossad, depuis octobre dernier, pour débattre des questions de sécurité, dont celle, personnelle, d'Arafat. Ceci, au moment de la pire répression israélienne des Palestiniens soumis à l' occupation militaire. L'idée, derrière cette collaboration, c'est qu'elle dissuadera tout Palestinien de manifester contre l'occupation, qui ne se retirera pas, mais contentera de se redéployer. De plus, les colons israéliens continueront à vivre, comme ils l'ont toujours fait, sous une juridiction différente. Ainsi, l'OLP deviendra le gendarme d'Israël, ce qui est une perspective bien morne pour l'immense majorité des Palestiniens. De manière intéressante, l'ANC a constamment refusé de fournir au gouvernement sud-africain ses officiers de police, tant qu'il ne partagerait pas le pouvoir, précisément afin d'éviter d'apparaître comme le gendarme du gouvernement [raciste] blanc. On a appris, depuis Amman, voici quelques jours, que 170 membres de l'Armée de libération de la Palestine, en train de recevoir une formation de policier en Jordanie en vue de leur affectation dans la bande de Gaza, ont refusé de coopérer, précisément pour cette raison. Avec les 14 000 prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes - dont Israël indique qu'il pourrait en relâcher quelques-uns - il y a une contradiction inhérente, pour ne pas dire une incohérence, dans les nouveaux arrangements en matière sécuritaire. Va-t-on y faire plus de place à la sécurité palestinienne ?

Le seul sujet sur lequel la plupart des Palestiniens sont d'accord, c'est le développement, qui est décrit dans les termes les plus naïfs qu'on puisse imaginer. On attend de la communauté mondiale qu'elle donne aux territoires déjà quasi autonomes un très large soutien financier ; on attend de la diaspora palestinienne qu'elle en fasse de même, ce à quoi elle se prépare d 'ores et déjà. Néanmoins, tout développement économique de la Palestine devra passer par le canal du Comité de Coopération Economique commun israélo-palestinien, même si, d'après le document, « les deux parties coopéreront conjointement et unilatéralement avec les partenaires régionaux et internationaux afin de poursuivre ces objectifs. » Israël représente la puissance économique et politique dominante dans l'ensemble de la région - et sa puissance, bien entendu, est renforcée par son alliance avec les Etats-Unis. Plus de 80 % de l'économie de la Cisjordanie et de la bande de Gaza dépendent d'Israël, qui contrôlera vraisemblablement les exportations, la production industrielle et la main-d'ouvre palestiniennes à un horizon prévisible. Mis à part la petite classe des entrepreneurs et la classe moyenne, les Palestiniens sont dans leur immense majorité appauvris et dépourvus de terres, sujets aux caprices des communautés productrice et commerciale israéliennes, qui emploient des Palestiniens pour une bouchée de pain. La plupart des Palestiniens, du point de vue économique, resteront certainement dans la situation où ils se trouvent aujourd'hui, bien qu'on s' attend aujourd'hui à ce qu'ils travaillent dans le secteur privé, dans des industries de services partiellement contrôlées par des Palestiniens, dont le tourisme, de petites chaînes de montage, des fermes, et autres secteurs comparables.

Une étude récente du journaliste israélien Asher Davidi cite Dov Lautman, président de l'Association des Industriels israéliens : « Peu importe qu'il y ait ou non un Etat palestinien, l'autonomie, ou un Etat palestino-jordanien. Les frontières économiques entre Israël et les territoires doivent demeurer ouvertes. » Avec ses institutions très développées, ses relations étroites avec les Etats-Unis et son économie agressive, Israël intégrera effectivement les territoires du point de vue économique, en les maintenant dans un état de dépendance permanente. Après quoi Israël s'occupera des marchés arabes, en se servant des bénéfices acquis grâce à l'accord palestinien comme d'un tremplin pour pénétrer les marchés arabes, qu'il exploitera et qu'il finira par dominer eux aussi, vraisemblablement.

A encadrer tout ce panorama, on retrouve bien entendu nos chers Etats-Unis, unique puissance planétaire, dont l'idée d'un Nouvel Ordre Mondial est fondée sur la domination de quelques trusts géants et la paupérisation, au besoin, de beaucoup de gens jugés de moindre importance (y compris dans les pays constituant la mégamétropole). L'aide économique à la Palestine est supervisée et contrôlée par les Etats-Unis, en court-circuitant l'Onu, dont certaines des agences comme l'UNRWA et le Programme de Développement des Nations Unies seraient pourtant bien mieux à même de la gérer. Prenons le Nicaragua et le Vietnam. L'un comme l'autre, ces deux pays sont d'anciens ennemis des Etats-Unis ; le Vietnam a de fait vaincu les Etats-Unis, mais aujourd'hui, il en est dépendant. Un boycott imposé au Vietnam il y a fort longtemps se poursuit, et les livres d'histoire sont écrits de façon à montrer à quel point les Vietnamiens ont péché contre les Etats-Unis, et à quel point ils les ont 'maltraité'. Ces Etats-Unis qui avaient pourtant pris la peine, dans un grand élan d'idéalisme, de venir les envahir, les bombarder et ravager leur pays. Le gouvernement sandiniste du Nicaragua était attaqué par le mouvement (contre-révolutionnaire) de la Contra, financé par les Etats-Unis ; les ports de ce pays furent minés, sa population fut ravagée par une famine provoquée, des boycotts et tous les types concevables de subversion. Après les élections de 1991, qui portèrent au pouvoir une candidate soutenue par les Etats-Unis, Mme Chamorro, ceux-ci promirent des millions de dollars d'aide, dont seulement trente ont été effectivement versés. A la mi-septembre, toute aide fut suspendue. Aujourd' hui, la famine et la guerre civile ravagent le Nicaragua. Non moins infortunés ont été le Salvador et Haïti. S'en remettre délibérément, comme l 'a fait Arafat, à la douce merci des Etats-Unis, c'est presque, à coup sûr, souffrir le sort que les Etats-Unis ont toujours réservé aux peuples rebelles ou 'terroristes' auxquels ils ont eu affaire, dans le Tiers-Monde, après qu'ils eurent juré de ne plus jamais résister aux Etats-Unis.

Main dans la main avec le contrôle économique et stratégique de pays du Tiers-Monde qui ont le malheur d'être proches - ou encore pire, de posséder, chez eux - des ressources naturelles comme le pétrole indispensables aux Etats-Unis, nous trouvons le système des médias, dont la pénétration géographique et le contrôle sur la pensée est véritablement stupéfiant. Depuis au minimum vingt ans, Yasser Arafat a été considéré l'homme le plus déplaisant et le plus repoussant moralement sur terre. Dès qu'il apparaissait dans les médias, ou dès que les médias parlaient de lui, il était présenté comme s'il n'avait qu'une seule idée à l'esprit : tuer des juifs, si possible des femmes et des enfants juifs innocents. Et voici qu'en deux ou trois jours, les médias dits 'indépendants' ont totalement réhabilité ce même Arafat ! Désormais, c'est un personnage accepté - aimable, même - dont le courage et le réalisme lui ont permis de rendre à Israël ce qui lui était si justement dû. Il s'est repenti, il est devenu un 'ami', et lui et son peuple sont désormais de 'notre' côté. Quiconque s' opposerait à ce qu'il a fait serait soit un fondamentaliste, comme les colons likoudniks, ou un terroriste, à l'instar des membres du Hamâs. Il est devenu presque impossible de dire quoi que ce soit, si ce n'est que l'accord israélo-palestinien - pratiquement jamais lu (analysé, n'en parlons même pas) et, en tout état de cause, particulièrement nébuleux et incomplet - représente le premier pas vers l'indépendance de la 'Palestine'.

Jusqu'ici, le principal problème auquel sont confronté les critiques ou les analystes - je parle ici de ceux qui sont véritablement indépendants - c' est de trouver un moyen leur permettant de se libérer du système idéologique imposé actuellement tant par l'accord lui-même que par les médias. Ce dont nous avons besoin, c'est de mémoire et de scepticisme (voire même carrément la suspicion systématique). Même s'il est absolument évident que la liberté palestinienne, en une acception quelconque du terme, n'a pas été obtenue, et qu'il est clairement prévu qu'elle ne le soit jamais, au-delà des limites extrêmement restrictives imposées par Israël et les Etats-Unis, la fameuse poignée de mains télédiffusée dans le monde entier est supposée non seulement symboliser un grand moment de succès, mais aussi d'occulter les réalités, tant passées qu'actuelles.

Avec un minimum d'honnêteté, les Palestiniens devraient être capables de voir que l'immense majorité du peuple que l'OLP est censée représenter ne bénéficiera en rien de l'accord, sauf de manière cosmétique. Certes, les résidents de la Cisjordanie et de la bande de Gaza sont à juste titre heureux de voir qu'une partie des troupes israéliennes se retireront et que beaucoup de fric pourrait commencer à y affluer. Mais il faut en tenir une sacrée couche pour ne pas être en alerte sur ce que l'accord implique en termes de continuation de l'occupation, de contrôle économique et de profonde insécurité. Et puis il y a aussi le problème éléphantesque des Palestiniens qui vivent en Jordanie, pour ne pas parler des milliers de réfugiés apatrides survivant au Liban et en Syrie. Les pays arabes 'amis' ont toujours eu une loi pour les Palestiniens, et une autre pour leurs nationaux. Ce deux poids - deux mesures s'est d'ores et déjà aggravé, comme en témoignent les scènes éprouvantes de délais et de harcèlement qui se sont produites au pont Allenby depuis l'annonce de l'accord.

Alors, que faire, s'il est vrai que pleurer sur le lait renversé ne sert à rien ? La première chose à faire, c'est énoncer non seulement les vertus susceptibles de découler de la reconnaissance par Israël et de l'acceptation par la Maison Blanche, mais aussi quels sont les inconvénients majeurs inhérents à l'accord. Le pessimisme de l'intelligence, d'abord. L'optimisme de la volonté, en deuxième lieu. Il est impossible d'améliorer une situation déplorable qui est très largement due à l'incompétence technique de l'OLP - laquelle a négocié en anglais, une langue que ni Arafat, ni ses émissaires à Oslo ne connaissent, sans conseiller juridique, alors qu'au moins, au niveau technique, on aurait pu engager des personnes capables de penser par elles-mêmes qui ne soient pas purement et simplement des instruments de ce que l'on connaît désormais sous l'intitulé d'Autorité palestinienne (une entité absolument unique en son genre.). Je trouve extraordinairement démotivant le fait que de si nombreux intellectuels arabes et palestiniens, qui la semaine précédente encore râlaient et vouaient aux gémonies le style dictatorial d'Arafat, son contrôle autiste sur l'argent, le cercle de sycophantes et de courtisans qui l'entouraient encore tout récemment à Tunis, son absence de réflexion et de fiabilité, au minimum depuis la guerre du Golfe, aient pu si rapidement négocier leur virage à cent quatre-vingt degrés et se mettre à applaudir son génie tactique et son récent triomphe. La marche vers l'autodétermination ne saurait être empruntée que par un peuple dont les aspirations et les objectifs soient démocratiques. Sinon, le jeu n'en vaut pas la chandelle.

Après toute les réjouissances célébrant le 'premier pas vers un Etat palestinien', nous devons nous souvenir qu'encore bien plus important que le fait d'avoir un Etat est le type d'Etat dont il s'agit. L'histoire du monde post-colonial est défigurée par des tyrannies à parti unique, des oligarchies rapaces, la dislocation sociale causée par les soi-disant 'investissements' occidentaux et une paupérisation à grande échelle apportée par la famine, la guerre civile ou carrément le vol à grande échelle. Pas plus que le fondamentalisme religieux, le seul nationalisme ne représente pas - il ne le peut en aucun cas - la 'réponse' aux problèmes rencontrés par de nouvelles sociétés laïques. Hélas, on peut déjà apercevoir dans la personnalité étatique palestinienne en puissance les délinéaments d'un mariage entre le chaos du Liban et la tyrannie de l'Irak.

Même si ce pire n'advient pas, plusieurs problèmes tout à fait spécifiques ne sont pas pris en considération. Un d'entre eux est la diaspora palestinienne, qui fut à l'origine de l'accession au pouvoir tant d'Arafat que de l'OLP, qui l'ont laissée là où elle croupit, et qui est désormais reléguée dans un exil définitif ou un statut de réfugiés. Etant donné que cette diaspora représente au moins la moitié de la population palestinienne totale, ses besoins et ses aspirations sont loin d'être négligeables. Une petite section de la communauté palestinienne en exil est représentée par les différentes organisations politiques 'hébergées' par la Syrie. Un nombre important d'indépendants (dont certains, tels Shafik al-Hout et Mahmoud Darwish, ont démissionné de l'OLP afin de protester) ont toujours un rôle important à jouer, non pas simplement en applaudissant ou en condamnant depuis les lignes de touche, mais en défendant des réformes spécifiques des structures de l'OLP, en essayant de modifier l'ambiance triomphaliste qui prévaut actuellement vers quelque chose de plus approprié, en mobilisant des soutien et en mettant sur pied une organisation partant de la base des diverses communautés palestiniennes dans le monde entier, afin de continuer à avancer vers l'autodétermination. Ces communautés sont singulièrement délaissées, dépourvues de leaders et indifférentes, depuis le début du processus de Madrid.

Une des priorités, c'est la réalisation d'un recensement palestinien, qui doit être considéré non pas simplement comme un exercice bureaucratique, mais comme l'autonomisation des Palestiniens où qu'ils se trouvent. Israël, les Etats-Unis et les pays arabes - tous - se sont toujours opposés à un tel recensement : il risquerait de donner aux Palestiniens un profil trop haut d