13/06/06 - La nécessité
de renverser l'épuration ethnique : Du droit au retour
des réfugiés palestiniens
par Salman Abu Sitta, Amin.org, 5 juin 2006.
Original : http://www.amin.org/eng/uncat/2006/june/june5-0.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
L'auteur, écrivain palestinien, est spécialiste
de la question des réfugiés.
Au printemps 1948, des mukhtars (sortes de maires) de colonies
juives en Palestine allèrent trouver les mukhtars arabes
palestiniens des villages alentour, qui maintenaient de bonnes
relations de voisinage avec eux, et leur confièrent
à l'oreille : « Nous sommes vos bons amis et
vos voisins, et nous devons vous donner un conseil sincère.
Ces salauds de soldats du Palmach, qui viennent juste de débarquer
d'Europe, sont sans pitié. Ils ont l'intention de «
nettoyer » les villages arabes. Rassemblez vos familles
et partez. Sauvez-vous, avant qu'il ne soit trop tard. »
Il ne s'agissait pas d 'un conseil « sincère
». Cette « campagne murmurante » avait été
ordonnée par le commandant du Palmach, Yigal Allon
(Paicovich), et elle eut pour résultat la dépopulation
d'au minimum douze villages.
Il existe plusieurs sortes de soldats israéliens.
Tous ne portent pas des armes. Un régiment de création
récente a pour mission ce qu'on appelle la «
hasbara », c'est-à-dire les relations publiques.
Elle consiste à blanchir la brutale politique israélienne
d'occupation et son racisme. Ironiquement, le terme 'hasbara'
est phonétiquement proche du terme 'za'bara', qui signifie
« faire beaucoup de bruit, sans objet ».
Gershon Baskin [Le droit au retour en Palestine, AMIN, 25
mai 2006] donne à ses amis palestiniens un avis «
sincère », l'avis d'un « authentique ami
du peuple palestinien » : « renoncez à
votre droit au retour ». Ces villageois de Safad, qui
avaient écouté leurs amicaux voisins juifs en
1948, ainsi que leurs descendants, devraient aujourd'hui écouter
leurs nouveaux amis israéliens, qui leur demandent
de renoncer à leur droit humain le plus fondamental
: celui d'avoir une maison, de la conserver et de pouvoir
y retourner.
Pourquoi cette campagne devrait-elle avoir pour origine un
quelconque groupe humain ? Or, elle provient de juifs européens,
lesquels, selon Arnold Toynbee, devraient avoir été
les premiers à tirer des leçons de l'Histoire
?
Baskin décline ses raisons (et aussi celles d'Israël)
de dénier aux Palestiniens leur droit au retour. Aucune
de ces « raisons » ne résiste à
un examen quelque peu approfondi. Chacune est une arme standard
de l'arsenal désormais discrédité de
mythes et de désinformation.
Baskin commence par la résolution 180 de l'Onu (Projet
de Partage de la Palestine), qui a été adopté
« à une quasi unanimité par le peuple
juif » - c'est-à-dire par les immigrants juifs
en Palestine d'origine européenne. Mais cela n'a pas
été le cas, en ce qui concerne les Palestiniens.
Pourquoi l'auraient-ils adoptée avec enthousiasme ?
Baskin se garde d'indiquer que ce plan alloue 55,5 % de la
Palestine aux immigrants juifs européens, qui n'en
possédaient, en dépit même de la collusion
du Mandat britannique, que 5,5 %. Il ne mentionne pas que
457 villages et bourgs palestiniens se retrouvèrent
soudain placés, en application du plan, sous la souveraineté
desdits immigrants, dont beaucoup venaient de débarquer
sur les côtes palestiniennes nuitamment, depuis des
navires de contrebandiers. Il ne mentionne pas non plus que
48 % des habitants de ce qui allait devenir l' « Etat
juif » étaient des Arabes palestiniens. Par ailleurs,
il ne mentionne pas que Ben Gourion, dans son plan tactique
visant à accepter le Plan de Partage en attendant mieux,
s'est employé immédiatement à nettoyer
ethniquement la plaine côtière des « citoyens
» palestiniens de son nouvel Etat.
Ben Gourion a vidé de leur population 250 villages
; il a expulsé la moitié du total des réfugiés
avant même la déclaration d'indépendance
de l'Etat d' Israël, le 15 mai 1948 et avant que les
armées régulières arabes ne viennent
s'opposer à cette épuration ethnique.
Baskin ne s'étend pas sur la plus importante, la plus
longue épuration ethnique continuée de l'histoire
moderne, au cours de laquelle 774 villes et villages palestiniens
sont tombés sous contrôle sioniste, dont 675
furent totalement vidés de leur population et dont
99 demeurèrent 16 années durant sous régime
militaire d'occupation, auquel succèdera un statut
de deuxième catégorie. Le nombre des réfugiés
originaires de ces villages atteint aujourd'hui 6 400 000
personnes (entre enregistrées à l'Onu, et non-enregistrées)
- et non pas « seulement » 5 millions, contrairement
à ce que Baskin affirme. En réalité,
75 % des Palestiniens sont des réfugiés ou des
personnes déplacées ; c'est un peuple entier
qui a été victime d'Israël. Ses terres
représentent 93 % de la superficie du territoire israélien.
Leurs biens meubles et immeubles ont été confisqués
par Israël, au cours du plus grand vol jamais commis
depuis la Seconde guerre mondiale. Ce fut le résultat
de la Nakba [défaite palestinienne, ndt] de 1948. Mais
cette Nakba se poursuit encore aujourd'hui dans les territoires
palestiniens occupés en 1967. Ceux qui n' ont pas connu
la Nakba de 1948 peuvent voir des documents d'époque
à la télévision. Mais sous une forme
altérée, avec ce qu'il faut savoir décrypter
d'habile « hasbara ».
J'imagine qu'il est élémentaire de dire que
l'épuration ethnique est un crime de guerre. Les Statuts
de Rome de 1998 et la Sixième Charte de Nuremberg le
disent sans ambiguïté. Il est implicite que ceux
qui approuvent une épuration ethnique ou incitent à
en perpétrer une par leurs propos ou par leurs actes
commettent, eux aussi, un crime de guerre. Dénier le
Droit au Retour [des réfugiés palestiniens]
revient à perpétuer une épuration ethnique.
Par conséquent, cela revient à y participer.
Ainsi, encore une fois, pourquoi les Israéliens dénient-ils
le Droit au Retour des réfugiés palestiniens,
en dépit du fait que l'Onu l'a confirmé à
plus de cent reprises et que l'admission d'Israël à
l'Onu était conditionné par son respect dudit
droit au retour ?
La réponse semble être le « réalisme
» : il serait impossible de défaire ce qui a
été fait, voici cinquante-huit ans. Cela reviendrait
à dire : vous serez puni si vous avez l'intention de
tuer quelqu'un, mais il vous sera pardonné si vous
l'avez effectivement tué.
Le réalisme a plusieurs visages, que Baskin n'a pas
mentionnés. Il y a la réalité de la Nakba
de 1958. Chaque jour, une page de ce livre tragique est écrite
par le sang palestinien et la brutalité israélienne.
Il y a une réalité à laquelle les réfugiés
n'ont jamais renoncé, et à laquelle ils ne renonceront
jamais : leur droit à rentrer chez eux. Il y aussi
cette réalité : 97 % d'entre eux vivent à
moins de cent kilomètres de leur maison, 50 % vivent
à moins de 40 kilomètres, et beaucoup la voient,
même, depuis leur lieu de relégation. La réalité,
c'est qu'en dépit des guerres, des bombardements, de
l'occupation et de la politique israélienne brutale,
ils ne se sont jamais rendu, et qu'ils n'ont jamais renoncé.
Aucune des trois générations de réfugiés.
La propagande sioniste a empli les esprits, en Occident,
de ses mensonges. Mais l'épais brouillard de la «
hasbara » commence à se lever, lentement. De
plus en plus nombreuses, des organisations de défense
des droits de l'homme, des universités et des églises
appellent au boycott d'Israël et au désinvestissement
dans ce pays.
Et pourtant, d'aucuns, à l'instar de Baskin, continuent
à jouer le jeu rebattu : « les villages ont été
détruits », « ils n'ont pas d'endroit où
retourner », etc. Ces arguments rassis sont une insulte
à l'intelligence de l'homme ordinaire, alors ne parlons
pas de celle des experts. Elles en disent long sur leur auteur.
Et même si c'était vrai ? Si un voleur détruit
une maison ou y ajoute un nouvel étage, a-t-il une
quelconque légitimité à le faire ? Dans
ce cas, sur quelles bases les juifs européens ont-ils
recouvré leurs appartements et leurs biens, jusqu'à
la dernière croûte, sur leurs concitoyens, après
plus d 'un demi-siècle ?
Dans le registre des droits de l'homme, et même en
droit international, rien n'est supérieur à
la sacralité de la propriété privée
et au droit de retourner chez soi.
Mais ces allégations israéliennes à
propos de l'impossibilité pratique du retour sont manifestement
fausses. Il y a de la place. La plupart des terres palestiniennes
confisquées (93 % du territoire israélien) sont
utilisées par l'armée israélienne et
par les kibboutz en cessation de paiement, qui ne représentent
que 1,5 % des juifs israéliens. 80 % des juifs israéliens
vivent sur 14 % du territoire israélien. Les juifs
ruraux, dans la moitié méridionale du pays,
sont moins nombreux que les habitants d'un seul camp de réfugiés
palestiniens.
Non seulement les villages détruits peuvent être
reconstruits (90 % de leurs sites sont encore vides aujourd'hui),
mais ils auront de quoi s'étendre de six fois, en raison
de leur accroissement démographique. Amman, Beyrouth,
Koweït City se sont agrandies de dix à trente
fois, et les Palestiniens ont largement contribué à
leur développement. Israël lui-même a multiplié
sa population par 8, principalement au moyen de l'immigration.
Pourquoi y aurait-il une difficulté quelconque à
construire 6 000 maisons dans un village, que ses 1 000 maisons
d'origine soient encore debout, ou non ?
Mais, bien entendu, Baskin élude la véritable
raison. Israël veut perpétuer sa politique raciste
d'apartheid sous la rubrique de l' « Etat juif »,
et de la menace de la « bombe démographique palestinienne
».
Que signifie « Etat juif » ? Il n'y a aucune
signification légale à un Etat juif, ni dans
le Plan de Partage, qui protégeait sa population pour
moitié arabe, et qui fut « acceptée à
une très large majorité » par les immigrants
juifs, ni dans le droit international, qui ne reconnaît
pas les Etats racistes ethnico-religieux.
Parler d'une « menace démographique palestinienne
» relève du racisme à l' état pur.
Que diraient les juifs britanniques si la Municipalité
de Londres décidait que les juifs du quartier Golders
Green représentaient une menace démographique
et qu'ils devaient être purifiés ethniquement
dès lors que leur effectif dépasserait celui
fixé par le Parti National Britannique, notoirement
raciste ?
Et puis voici que Baskin nous parle de la « générosité
» israélienne qui se manifesterait par le fait
qu'Israël permettrait à un « nombre limité
» de Palestiniens de recouvrer leurs propriétés
volées dans le cadre d'un projet de regroupement familial.
Ce nombre limité se réduirait à sa plus
simple expression, en particulier après l'adoption
par Israël d'une nouvelle loi supprimant cette possibilité
de regroupent familial.
Mais Israël est « généreux ».
A Taba, n'a-t-il pas offert quatre choix différents
aux réfugiés : ils n'avaient plus qu'à
choisir leur pays d'exil favori, quelque part dans le monde.
Mais surtout pas chez eux !
Dès lors qu'il est question de compensations, Israël
est encore plus généreux. Il veut s'arroger
18,6 millions de dounoms de terres palestiniennes, un nombre
énorme de bâtiments, de commerces, d'entreprises,
de fermes, de bien meubles, au moins 1 200 millions de mètres
cubes d'eau et d'autres ressources naturelles, des propriétés
publiques et historiques, des aéroports, des camps
militaires, des voies de chemin de fer, des routes, des mines
- tout ça devant être payé par un «
fonds international » bénéficiant d'une
très modique contribution d'Israël. En retour,
Israël serait le propriétaire légal de
tous ces biens volés. Aucune mention d'un quelconque
dédommagement pour ses crimes de guerre ni ses crimes
contre l'humanité. Bien entendu, nulle mention, non
plus, du fait que les Palestiniens sont fondés en droit
à retourner chez eux ET à percevoir des dédommagements
pour leurs souffrances et leurs biens perdus.
Baskin résume à merveille la position israélienne
: « Quiconque comprend un minimum ce que sont Israël
et les Israéliens doit prendre conscience du fait qu'il
n'y aura aucun retour [de réfugiés palestiniens]
en Israël même ». Autrement dit, plus simplement
: Israël veut poursuivre son épuration ethnique,
il veut poursuivre sa politique raciste d'apartheid et, en
réalité, il ne veut pas vivre en paix «
avec » les Palestiniens, mais « à leur
place » !
Les Palestiniens, et avec eux, la majorité des citoyens
du monde entier, sont déterminés à rechercher
la justice, à éradiquer le racisme et l' apartheid.
Tout comme l'a fait, en son temps, l'Afrique du Sud. Ils n'ont
nulle intention de disparaître dans la nature.
La véritable « amitié » de Baskin
devrait plutôt aller vers les Israéliens, pour
les aider à se sortir de leur amnésie collective
sur ce qu'ils ont fait et continuent à faire aux Palestiniens
et leur expliquer que leur salut réside dans l'élimination
du racisme, totalement et définitivement. Ils doivent
changer de comportement, renverser l'épuration ethnique
et offrir des réparations.
Car il est évident que l'histoire des juifs restera
en fin de compte marquée de manière indélébile,
et plus durablement que par tous les autres événements
historiques, aussi dramatiques aient-ils été,
par ce qu'ils ont fait en Palestine.
13/06/06 - À Ramallah, cirque
parlementaire autour du référendum dAbou Mazen
Le référendum convoqué par Mahmoud
Abbas a donné lieu lundi à une bataille parlementaire
entre les députés de son parti Fatah, et ceux
du Hamas, qui contestent le droit du président palestinien
à organiser une telle consultation.
Dominé par le Hamas, le Conseil législatif
(CLP, Parlement) a tenu une réunion d'urgence consacrée
à la "légalité" du référendum
et le débat a tourné à l'affrontentement
entre élus des deux partis.
Le Hamas conteste le droit de M. Abbas d'organiser un référendum,
affirmant [sic ! Pourquoi affirmant ? Cest vrai ou cest pas
vrai ?] que la Loi fondamentale, la Constitution de l'Autorité
palestinienne, ne prévoit pas la tenue d'une telle
consultation.
Le référendum portera sur un document reconnaissant
implicitement Israël, ce que le Hamas continue de rejeter
en dépit des pressions internationales.
Le président du CLP, Aziz Duwaik, un cadre du Hamas,
a donné le ton en ouvrant la séance, retransmise
par vidéo-conférence entre Ramallah et Gaza,
où sont basés les principaux élus du
Hamas.
M. Duwaik a annoncé avoir envoyé une lettre
au président de la Commission électorale centrale,
Hanna Nasser, demandant des "clarifications" à
propos de la légalité de la tenue d'un référendum.
Il a affirmé [encore ! Pourquoi ne pas écrire
: déclaré ?] que le référendum
avait été convoqué par M. Abbas "sans
base légale" et que sa tenue nécessitait
un amendement de la loi électorale.
"Une loi ne peut être amendée par un décret
présidentiel", a-t-il ajouté.
Aucun amendement ne peut passer au Parlement si le Hamas,
qui contrôle 74 des 132 sièges du CLP, s'y oppose.
Les propos de M. Duwaik ont été accueillis
par des véhémentes protestations de députés
du Fatah, qui ont contesté le droit du président
de la Chambre de prendre une telle initiative.
"Les prérogatives du président Abbas ont
été définies dans la Loi fondamentale
et cette loi ne lui a pas donné le pouvoir d'appeler
à un référendum", a renchéri
Anwar Zboun, un élu du Hamas.
"Le CLP n'a pas le droit de débattre d'une décision
et d'un décret présidentiel. Cela constitue
une violation de la loi fondamentale", a rétorqué
un député du Fatah Abdallah Abdallah.
Le député Saëb Erakat, également
négociateur palestinien en chef, a pour sa part affirmé
que le groupe parlementaire du Fatah contesterait devant la
Cour constitutionnelle un éventuel vote du CLP rejetant
le référendum.
Le vice-président du CLP, Hassan Khreisheh, a toutefois
affirmé à l'AFP qu'aucun vote ne devrait sanctionner
la séance.
Le document qui sera soumis à référendum
a été élaboré par des cadres de
différents groupes palestiniens, y compris le Fatah
et le Hamas, détenus par Israël. Il prévoit
la fin des attentats en Israël et l'établissement
du futur Etat palestinien sur les territoires occupés
depuis 1967, ce qui constitue une reconnaissance implicite
de l'Etat juif et ce qui est rejeté par le Hamas.
Le Hamas, qui a parlé d'un "coup d'Etat"
après l'annonce du référendum, et le
Jihad islamique, ont annoncé dimanche que leurs cadres
qui avaient signé le document, respectivement Abdelkhaleq
Al-Natché et Bassam Al-Saadi, avaient décidé
de s'en dissocier après la décision de M. Abbas
de convoquer le scrutin.
Alors que la réunion du Parlement était en
cours, quelque 400 Palestiniens ont bruyamment manifesté
devant les locaux du CLP à Ramallah (Cisjordanie) en
soutien au référendum. Ils ont frappé
aux portes de la salle avant d'être repoussés
par les gardes.
Dans la bande de Gaza, un activiste du Hamas a été
tué lundi dans un accrochage avec des membres de la
Sécurité préventive, un service fidèle
au mouvement Fatah, ont indiqué des sources médicales
et des témoins.
Hammad Abou Jazara, 20 ans, activiste de la branche armée
du Hamas, a été tué à Rafah (sud)
dans un accrochage survenu après les obsèques
d'un autre membres du groupe, qui a succombé dans la
nuit après avoir été blessé lors
d'un affrontement avec la Sécurité préventive
la semaine dernière. Source : AFP, 12 juin 2006
13/06/06 - Abdul Aziz Duwaik, Président
du Parlement palestinien : « Nous considérons
l'occupation comme un esclavage»
Source : Al Ahram Hebdo, Le Caire, 19 avril 2006
Au milieu des tensions entre Palestiniens, attisées
par Israël, alors que la diabolisation du gouvernement
élu du Hamas sintensifie justifiant ainsi son isolement,
il nous a paru intéressant de publier dans nos colonnes
linterview donné à Eric Silverman par le Président
du Parlement palestinien et membre du Hamas, Abdul Aziz Duwaik
Q : Quelle est la stratégie à court et à
long terme du Hamas pour parvenir à la création
dun Etat Palestinien ?
Abdul Aziz Duwaik : Le Hamas est un mouvement islamiste authentique,
modéré, ayant un programme global socio-économique
sur le plan de la vie des Palestiniens qui doit aussi faire
face à loccupation et y résister, non seulement
par des moyens militaires mais par tous les moyens. Léchec
de ce mouvement se traduira par plus de radicalisme dans la
région qui, à son tour, pavera la voie à
une autre flambée de violence?.. Depuis mars 2005,
le Hamas a déclaré une trêve ou un cessez
le feu avec Israël, avec lAutorité Palestinienne
et sous le contrôle de notre Président Mahmoud
Abbas. .. Cependant dautres factions palestiniennes ont conduit
des opérations, le plus souvent en réaction
aux atrocités israéliennes et à lassassinat
de leurs dirigeants, la destruction de maisons et la confiscation
de terres.
Q : De quelle manière le Hamas mettra-t-il en vigueur
la loi islamique (la Charia) ?
AAD : Nous avons commencé à appliquer la Charia
à notre manière et nous continuerons. 80% des
femmes portent le voile selon les principes de lIslam mais
nous ne forçons personne. Lalcoolisme est interdit
en Islam et même lOccident maintenant dit que laddiction
à lalcool est néfaste. ? Cela se fera pacifiquement
afin dapprofondir léthique au sein du peuple et son
adhésion à des principes fondamentaux selon
un schéma démocratique. Nous nallons pas couper
la main des voleurs, même sils le méritent ;
nous nallons pas forcer les femmes à se couvrir, elles
le font volontairement. ?. En tant quislam modéré,
même le Saint Coran nous demande dêtre modéré
dans nos vies?.
Q : Quand vous utilisez le terme « Islam modéré
», y a-t-il une école de pensée ou un
modèle particulier que vous suivez ?
AAD : Si vous prenez un cercle je vois le Hamas au centre?
Pourquoi ? Parce que cest un mode de vie total qui ne sétend
à aucun extrême, ni à droite, ni à
gauche. Je le crois et je rejette lextrémisme, mais
nous nabandonnerons pas les principes de lIslam pour plaire
à certains. Nous mettrons en pratique lIslam par nos
exemples, en prêchant, en montrant la grandeur des principes
de notre religion. Cest ce que nous faisons pour les musulmans
et les non musulmans.
Q : Quels sont les inconvénients de refuser de négocier
avec Israël, et en retour, quels en sont les bénéfices
?
AAD : Depuis la Conférence de Madrid, négocier
avec Israël a affaibli notre position. Notre peuple a
dressé un parallèle entre négociations
et concessions. Jusquà présent, Israël
na rien consenti au peuple palestinien.
Les Israéliens sont arrivés ici pour jeter
en prison le Président du Parlement palestinien. Ils
peuvent bombarder ce bâtiment et personne ne les arrêtera.
Les Israéliens nont jamais fait la preuve devant les
Palestiniens quils avaient lintention de négocier sincèrement.
Si vous jetez un coup dil à la carte depuis la Conférence
de Madrid, il y 14 ans maintenant, la politique israélienne
na été quune politique unilatérale :
gagner du temps, confisquer des terres, multiplier les colonies
israéliennes tout en construisant le Mur de séparation
et en « judaïsant » Jérusalem. Israël
a imposé des frontières de facto sur le terrain.
Aussi dès que nous nous présentons pour négocier,
nous navons rien de plus à négocier avec Israël.
En 1922, Zeev Robintsky, déclara après la Déclaration
Balfour, quIsraël était un Etat juif et quil devait
avoir le contrôle des affaires civiles des Palestiniens.
Jappelle Israël à prendre des mesures pour montrer
aux Palestiniens quil respecte les droits nationaux des Palestiniens,
quil respecte le droit international et quil mettra fin à
son occupation abominable. ? Je qualifie les Palestiniens
de chercheurs de liberté et nous savons que nous devons
nous libérer de lesclavage de loccupation?..
Q : Existe-t-il une manière de reconnaître Israël
et son droit à exister et affirmer quil na pas respecté
les engagements passés ?
AAD : Quel Israël voulez-vous que nous reconnaissions
? Je suis prêt. Quel Israël, dites-moi et dans
quelles frontières ? Pourquoi ne demandez-vous pas
à Israël de nous reconnaître ? Nous sommes
les victimes. Nous sommes le peuple dont la terre a été
prise de force et Israël ne sembarrasse même pas
à appliquer les accords internationaux, pas même
la décision de la Cour Internationale de Justice (qui
déclare la « barrière de séparation
» illégale) prise il y a deux ans. Israël
ne sest pas donné la peine de la lire encore moins
de lappliquer.
Qui doit reconnaître lautre ? Je pense que cest à
Israël de nous reconnaître.
Q : Comment le Hamas va-t-il gérer le budget de lAutorité
Palestinienne après que les Etats-Unis, le Japon et
lUnion européenne ont décidé de geler
les fonds de laide ?
AAD : LOccident en général, et les Etats-Unis
et lUnion européenne en particulier, voulaient promouvoir
la démocratie dans la région et nous avons accepté?..
Notre peuple qui est le peuple le plus éduqué
dans cette région du monde, a choisi ses représentants.
Au grand étonnement du monde, les Etats-Unis et lEurope
nont pas accepté les résultats finaux. Ils voulaient
la démocratie, mais une démocratie orientée
pas des élections libres. Notre peuple a lu la carte
politique, a vu les pratiques du Hamas, de lAutorité
Palestinienne et a voté?. En punissant le peuple pour
son choix démocratique, je pense que lOccident attise
la haine envers les valeurs occidentales.
Q : Pourquoi ladministration Bush a-t-elle coupé les
liens avec un gouvernement dirigé par le Hamas ?
AAD : ?Franchement à mon avis, Bush est le pire président
des Etats-Unis. ?. Je suis prêt à lui expliquer
notre position ainsi quau Congrès. La violence est
un terme qui nest pas dans notre dictionnaire et qui ny entrera
pas. Pourquoi ? Parce que nous sommes les victimes de la violence.
A sa question « reconnaissez Israël » je
répondrais « Pourquoi Israël ne nous reconnaît-il
pas ? ». Nous lavons reconnu pendant les 15 dernières
années, que nous a-t-il donné ? Les résultats
des élections du 25 janvier prouvent que nous ne sommes
pas convaincus par ce « processus de paix ». Nous
voulons changer les règles du jeu de sorte que nos
droits nationaux soient reconnus, que notre bien-être
soit reconnu et que nos droits de lhomme les plus fondamentaux
soient reconnus?. Pourquoi nous demandez-vous de reconnaître
le droit international tandis quIsraël ne remplit aucune
de ses obligations nées de centaines de résolutions
de lONU ? Israël a même tourné le dos à
la Convention de Genève (NDLR : légalisation
de la torture en Israël). .. Nous considérons
loccupation comme un esclavage.
Q : Avez-vous fait connaître votre position à
Washington ?
AAD : Ils ne nous ont pas donné la chance. Je suis
le Président du Parlement et le peuple, non seulement
en Palestine mais dans toute le Moyen-Orient, mécoute.
? De nombreux Israéliens ont dit pendant tant dannées
« Ils vont nous jeter à la mer ». Quelle
mer ? Nous navons même pas accès à la
mer. Nous navons même pas la possibilité dimporter
nos médicaments. Nous navons même pas accès
à la Grande Mosquée de Jérusalem. De
quoi parlent-ils ?
Nous respectons la vie humaine. En même temps, nous
voudrions que les autres respectent nos droits les plus fondamentaux
et pas seulement notre vie. Là est le problème.
Source : AFI-Flash n°59, 11 juin 2006
12/06/06 - Au-delà de la chutzpah*
: massacre dinnocents à Gaza Beach
par la rédaction de quibla.net,
12 juin 2006
Le vendredi 9 juin, laviation sioniste sest livrée
- en toute impunité, comme dhabitude - à un
crime de guerre caractérisé : le massacre de
dix êtres humains qui pique-niquaient sur un bout de
plage bondée de Gaza. Ali et Raïssa Ghaliya et
leurs trois enfants de 1, 3 et 10 ans, ainsi que deux femmes
ont été tués, 50 autres Palestiniens
ont été blessés.
Le commandement militaire israélien a exprimé
des regrets pour avoir frappé des victimes innocentes,
le président Bush a refusé de condamner le crime,
et lONU sest tue.
Le Hamas a réagi dans les heures qui ont suivi en annonçant
quil mettait fin à la trêve décrétée
il y a seize mois et ses combattants se sont livrés
à des lancers de roquettes artisanales dans la nuit
de vendredi à samedi.
Erreur de tir de 600 mètres, comme lont prétendu
les Israéliens ? Difficile à croire. Plutôt
une provocation ciblée pour entraîner le Hamas
dans la guerre ouverte et avoir ainsi un bon prétexte
pour liquider la résistance palestinienne avec lassentiment
de la communauté internationale. Le référendum
annoncé par Abou Mazen pour le 28 juillet risque de
se noyer dans un flot de sang.
La solidarité réelle avec les Palestiniens devient
un impératif catégorique. Il faut oser descendre
dans la rue des villes du monde pour dire : Assez ! Linterdiction
dune manifestation pour la survie des Palestiniens le 4 juin
à Paris a créé un précédent
dangereux, dautant plus quaucune organisation politique ou
de solidarité na élevé la moindre protestation
contre cette interdiction, suivie de linterpellation de 60
personnes. Mesdames et Messieurs les bien-pensants de la cause
palestinienne, ne venez pas pleurer quand ils interdiront
aussi vos manifestations. Encore faut-il bien sûr que
vous ayez lintention den organiser, ce qui nes pas sûr.
* chutzpah = culot, arrogance, en hébreu moderne.
12/06/06 - Huda Ali,
l'enfant témoin
par I'tiraf al-Rimawi, à Ramallah,
www.amin.org, 10 juin 2006
Traduit de larabe par le Centre d'Information sur la Résistance
en Palestine
Elle criait, seuls les grains de sable l'entendaient. Son
père s'est
éloigné pour un voyage dont il ne reviendra
pas, le visage scrutant le ciel. Il pourrait entendre Huda
crier et appeler, mais en réalité, il ne pourra
pas répondre... Sa mère aussi, elle a été
emportée par l'absence éternelle, par la mort
causée par les obus et les balles de l'ennemi... Une
famille assassinée par le même ennemi... et Huda
continue à gémir, à crier, à appeler...
Personne ne l'entend sinon la Palesitne et la mer prisonnière
et triste...
En Palestine, tout est prévisible et possible, il n'y
pas de différence entre la ruelle, le quartier ou la
plage, cette plage qu'ils nous ont volée, ne nous laissant
pas nous y baigner, même ce qui en reste à Gaza.
Si elle n'est pas volée comme les plages de Haïfa,
Yafa, Akka, tout le long de la côte désolante,
ils la transformeront en témoin de leurs massacres
et leurs crimes... La différence tient probablement
à l'ampleur de la tuerie ou la souffrance qui sera
le lot du Palestinien, là-bas..
Un jour de congé et de repos, comme l'a envisagé
cette famille
accablée, la famille de Huda Ali, qui fut anéantie
ce vendredi 9 juin
2006, avec les simples et modestes possibilités, l'intention
était de jouer, de s'amuser, de chasser un peu de cette
routine et cet
épuisement qui accompagnent les Palestiniens prisonniers
là-bas,
dans la bande de Gaza, une famille qui emmène ses enfants
pour se divertir. Et que se passe-t-il ?
En Palestine, et ce n'est pas parce que la Palestine est ainsi,
mais
parce que c'est l'occupation qui non seulement contredit tout
aspect humain, mais plonge dans le crime et vole à
l'être humain ses instants...
Sur la plage là-bas, dans la ville de Gaza, à
cette date, l'ennemi
sioniste n'a pas supporté de voir une famille palestinienne
se
divertir, des enfants qui sortent de l'ordinaire et brisent
les limites de la prison, rien que dans leur imaginaire, en
regardant la mer
immense... Est-ce que l'occupant a eu peur d'eux parce qu'ils
se
représentaient toute la mer de la Palestine, il a alors
décidé de les
assassiner ? Nous n'écartons pas l'idée qu'ils
soient accusés de cela ou d'autre chose, ou même
qu'ils ne soient accusés de rien du tout...
L'assassinat est une habitude qui lui colle à la peau...
La mer de Gaza, le sable de la plage et quelques jeux simples
pour les enfants, des provisions modestes pour une famille
modeste, une image qui s'est transformée en funérailles
et tombeaux.. Les instants de joie se sont transformés
en larmes, et l'eau de la mer dans laquelle les enfants jouaient
et nageaient fut transformée en sang, mort, accablement
et amertume...
Tout comme ils ont volé la mer, ils ont volé
son peuple aussi... Ils ont assassiné la joie enfantine,
non seulement aujourd'hui...
Depuis quand ne sont-ils pas ainsi ?... Qu'est-il arrivé
au peuple
palestinien en 1948 ? Qu'ont-ils fait à Deir Yassine,
Qibya, Sabra et Chatila, le massacre d'Al Aqsa et celui d'al
Haram Al Ibrahimi (le Tombeau dAbraham), celui de Uyun Qara
et d'autres nombreux encore ?
N'ont-ils pas brisé les mains des militants, ne les
ont-ils pas assassinés dans les prisons et les caves
d interrogatoires ? Que font-ils dautre que les meurtres,
portés par leurs avions, leurs bulldozers, leurs mentalités,
leur protecteur américain, le mutisme arabe et international
lors de ces événements affligeants et inhumains,
plutôt fascistes et nazis ?
En Palesine, les enfants, les vieillards, les jeunes, la pierre,
la plante, le ciel, l'air, paient le prix... Parce qu'ils
sont les véritables maîtres du pays. Parce qu'ils
refusent l'occupation et les colonies, et cherchent à
vivre en sécurité et en paix, dans la dignité
et la liberté... Cela ne peut être accepté
par le colon qui plonge dans l'assassinat et le massacre...
Mais le Palestinien ne changera que par la réalisation
du rêve...
Huda et sa famille sont témoins, comme l'enfant Fares
Awda, comme Hijjo et al-Durra avant eux... et les autres,
ceux qui n'ont pas vu la vie parce qu'ils auraient du naître
sur les barrages de l'occupation, leur témoignage est
encore plus puissant... et les autres qui sont en prison,
dans les hôpitaux, ceux qui ont perdu la capacité
de mouvement, ce mouvement que les mêmes balles ont
tué dans la même enfance palestinienne.
12/06/06 - Il est temps pour Abbas
de démissionner
par Mike Whitney, PalestineChronicle.com, 25 mai
2006
Original : http://www.palestinechronicle.com/story-05250603013.htm
Traduit de langlais par Claude Zurbach pour
http://www.protection-palestine.org/article.php3?id_article=2754
Plus que jamais, la Palestine a besoin dune direction forte.
Abbas doit soit démissionner soit être déposé
avant que le bain de sang ne se généralise.
Lauteur est diplômé de littérature anglaise
du St. Michael College (1975). Depuis lors, il dirige sa propre
entreprise de paysagisme à Snohomish, dans lEtat de
Washington, depuis vingt-trois ans. Il a deux enfants, étudiants
tous les deux à lUniversité de lEtat de Washington-Ouest,
à Bellingham. Actuellement, il dirige le Programme
des Démocrates du Comté de Snohomish, mais il
avoue que son intérêt pour la politique na commencé
quaprès laccession de George Deubeuliou Bush à
la présidence des USA. Comme beaucoup dAméricains
ordinaires, il a compris, dès le début, quelles
étaient les aspirations planétaires de la Cabale
qui occupe actuellement le numéro 1 600 sur Pennsylvania
Avenue, et la menace quelle représente pour le monde
entier. Il sagit dune menace aussi réelle et aussi
étendue quaucune autre menace depuis la montée
du fascisme, en Allemagne, dans les années 1930. (Extrait
dune autobiographie de lauteur). Courriel : Email : fergiewhitney@msn.com
Mahmoud Abbas a peu de résultats à présenter
depuis quil est devenu président palestinien il y a
2 ans. Il na obtenu aucun accord ni même forcé
Israël à commencer à négocier les
termes dun accord final. Il y a juste une semaine, le premier
ministre israélien Ehud Olmert a repoussé les
avances dAbbas en disant que des discussions étaient
sans intérêt car Abbas était « sans
pouvoir » ni en situation de sexprimer au nom de son
peuple.
Si cest vraiment le cas, pourquoi Sharon était-il
si soucieux daider Abbas à gagner les élections
en lui permettant de faire la navette entre les territoires
[palestiniens] ?
En vérité, Abbas est exactement le président
que voulaient les israéliens, cest-à-dire un
bureaucrate faible et inefficace qui prend ses ordres à
Tel Aviv et ne représente aucune menace pour les ambitions
territoriales israéliennes.
Dans cette atmosphére extrêmement pesante dassassinats
ciblés, de bombardements routiniers et détranglement
économique, le probléme de léchec dAbbas
est devenu plus sérieux. Israël fait tous les
efforts possibles pour saboter le nouveau gouvernement du
Hamas et Abbas lui prête la main avec ardeur. Aujourdhui,
le succés dIsraël est mis en évidence par
labsence dordre à Gaza où les affrontements
entre équipes rivales chargées de la sécurité
deviennent courantes.
Abbas a condamné la récente escalade des violences
en disant : « La guerre civile est la ligne rouge que
personne ne franchira ». Mais cette rhétorique
sans consistance na pas produit son effet. En fait, ses critiques
permanentes à légard du Hamas ont eu pour effet
de déstabiliser le nouveau gouvernement et daugmenter
la probabilité dune plus grande tension.
Il y a deux semaines, Abbas a lancé une violente attaque
verbale contre lautorité du Hamas en poussant ainsi
à la confrontation. Il a lancé : « La
constitution me donne une autorité claire et définitive
pour démettre le gouvernement. »
« Démettre le gouvernement » ? Et pour
quels intérêts ; ceux des Palestiniens ou ceux
dIsraël ?
Abbas marche sur une corde raide ; il essaie de maintenir
le calme tout en encourageant les attaques israéliennes
contre le Hamas. Il doit choisir de quel côté
il se trouve réellement.
Abbas sait parfaitement que le premier ministre israélien
Olmert a déjà décidé de définir
de façon unilatérale les frontiéres permanentes
israéliennes en violant les résolutions des
Nations Unies et la loi internationale. Il sait aussi que
les nouvelles frontiéres inclueront de larges portions
de la vallée du Jourdain, des blocs de colonies de
la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Néanmoins,
Abbas ignore ces violations flagrantes et passe lessentiel
de son temps à réprimander le Hamas pour sa
« non-reconnaissance dIsraël » et autres
folies.
Pourquoi ?
Est-ce que Abbas croit réellement que le pouvoir israélien
serait tellement sensible à la question de savoir si
le Hamas le reconnait ou non ?
Et de même pour le Hamas : comment pourrait-il ne pas
« reconnaître » Israël ? Israël
est identifiable à chaque checkpoint et barrage, à
chaque démolition de maison et à chaque détention,
ainsi quà chaque meurtre et à chaque acte de
brutalité.
Quelle partie de ce mélange dinhumanités le
Hamas naurait-il pas reconnu ?
Le travail dAbbas est de demander quIsraël se retire
immédiatement des territoires occupés, comme
de défendre le gouvernement palestinien sorti des urnes.
Il devrait cesser de vouloir calmer Israël et abandonner
cette idée irresponsable de contrecarrer le Hamas à
chaque occasion. Sil est vraiment persuadé que son
temps serait mieux utilisé en défendant les
droits israéliens plutôt que les droits du peuple
Palestinien, il devrait alors concourir pour un travail à
la Knesset. Il ny a pas de place pour lui comme président
de lAutorité Palestinienne.
Abbas devrait suivre des cours de perfectionnement sur lart
dêtre dirigeant. Arafat a enduré deux années
de misére dans sa Muqtada ravagée, coupé
du reste du monde et encerclé par les tanks israéliens,
alors quil aurait pu prendre le soleil sur la Riviera. Il
ne la pas fait pour le bien de son peuple et pour la cause
de la justice.
Quen est-il dAbbas ? Qua-t-il eu à endurer pour la
libération de la Palestine ?
En 2 ans il na jamais obtenu le moindre siége à
une table de négociation mais il touche toujours son
chéque chaque semaine pour service-rendu.
Cette semaine Israël a multiplié ses raids aériens
et ses assassinats tout en aggravant son blocus sur la nourriture
et les médicaments vers la Cisjordanie et la Bande
de Gaza.
Quelle est la réaction dAbbas à toutes ces
agressions ?
Et bien, il accepte de participer à une pose-photo
à loccasion « dun face-à-face »
avec les politiciens israéliens Shimon Pérés
et Tzipi Livni de façon à ce quOlmert puisse
raconter à Washington quil travaille pour la paix.
Comment peut-on regarder ces photos où Abbas fait
risette à la ministre israélienne Tzipi Livni
et ne pas se sentir humilié par la façon dont
il sest déshonoré et dont il a déshonoré
son peuple ?
Abbas at-il demandé à Livni sil elle avait
du plaisir à affamer les Palestiniens jusquà
la mort où cela aurait-il été trop impoli
?
Depuis des années Israël se plaint de ne pas
avoir « de partenaire pour la paix ». Il est aujourdhui
évident quils cherchaient quelquun comme Abbas qui
ramperait en silence pendant que les contours dun état
israélien encore plus étendu seraient gravés
dans la pierre.
Mahmoud Abbas a été une catastrophe pour le
peuple palestinien. Il a échoué pour imposer
un accord, maintenir la paix intérieure, ou tout simplement
atténuer les souffrances quotidiennes de son peuple
face à loccupation israélienne. Alors que le
pays se rapproche dun désastre humanitaire ou dune
possible guerre civile, il est douteux quAbbas puisse montrer
la voie permettant déviter une plus grande tragédie.
La Palestine demande une direction forte, maintenant plus
que jamais. Abbas devrait démissionner ou être
déposé avant le prochain bain de sang.
06/06/06 - Ils sont fous
Un soldat israélien a ouvert le feu mardi dans une
mosquée d'un village palestinien en Cisjordanie, avant
de se suicider sans faire d'autre victime, ont indiqué
des témoins palestiniens.
Le soldat a pénétré dans la mosquée
du village d'Aqaba, au sud-est de Jénine dans le nord
de la Cisjordanie, et ouvert le feu à l'intérieur
du lieu de culte et vers les maisons voisines avant de se
suicider par balle, ont affirmé les témoins
sans faire état d'autres victimes.
La mosquée était vide au moment de l'incident
après lequel l'armée
israélienne a imposé un couvre-feu dans le village,
a affirmé à l'AFP Sami Sadeq, le chef du conseil
municipal local.
Source : AFP, 6 juin 2006
06/06/06 - Non au boycott du Hamas -
Le déni de légitimité dont le mouvement
palestinien est l'objet freine la marche vers la paix
par Esther BENBASSA et François BURGAT, Libération,
5 juin 2006
Esther Benbassa est directrice d'études à l'Ecole
pratique des hautes études et François Burgat
directeur de recherche au CNRS.
Où passe la frontière entre l'islam et le terrorisme,
le musulman fréquentable et l'agent de Ben Laden, le
bon «citoyen» et le vilain «communautariste»,
le Palestinien résistant à une impitoyable occupation
militaire et le «suppôt des intégristes»?
A la lecture des discours dominants en Europe et en France,
il devient de plus en plus difficile de le dire: pour rester
un interlocuteur acceptable, il semble qu'un musulman ne doive
plus être seulement «laïque», mais
aussi abdiquer, le verre de vin à la main, les marqueurs
de son appartenance religieuse et/ou culturelle. A défaut,
les peurs qu'il suscite sont capables de déstabiliser
certains éléments de l'intelligentsia française,
d'ébranler leurs sacro-saints principes (République,
citoyenneté, laïcité, etc.) ou de les conduire
à en user de manière peu rigoureuse et biaisée.
La longue liste des raisons d'ordre humanitaire
en faveur de la reprise du soutien à l'économie
agonisante de la Palestine occupée a déjà
été dressée. Faut-il encore en réaffirmer
le bien-fondé et secouer l'hypocrisie et l'immobilisme
de la France et de l'Europe ? Mais la seule démarche
«humanitaire» demeure parfaitement insuffisante
et, à terme, contre-productive. Elle exige des contorsions
diplomatiques et juridiques intolérables : contourner
le résultat de l'un des rares scrutins en pays arabe
(qui s'est pourtant déroulé sous étroite
surveillance internationale) à ne pas être contesté.
Le Hamas «refuse de reconnaître
Israël». Mais près de dix ans après
celle de l'OLP, où en sommes-nous de la reconnaissance
réciproque d'un Etat palestinien par Israël, dont
les frontières fluctuent au gré de ses majorités
électorales et des annexions en Cisjordanie ? Le Hamas
refuse d'abandonner la violence, nous assène-t-on quotidiennement
en guise d'analyse. Celui-ci a pourtant, depuis dix-huit mois,
déclaré une trêve explicite et s'y est
tenu. Que dire en revanche du recours systématique
aux assassinats «ciblés» (exécutions
extrajudiciaires), des maisons détruites par centaines,
de la canonnade incessante de la grande prison «bouclée»
de Gaza ? Le Hamas, enfin, «ne veut pas reconnaître
les traités de paix» ? Mais qu'en est-il d'Israël
qui, de la Feuille de route au plan saoudien de 2002 (approuvé
par l'Autorité palestinienne, l'Union européenne,
les Etats-Unis et l'ONU), ne les respecte pas depuis des années
? Tout cela ne signifie certes pas qu'il ne faille pas inciter
le Hamas (dont le développement aurait autrefois été
encouragé par Israël pour, déjà,
diviser le camp palestinien) à quitter définitivement
les habits du terrorisme pour ceux de la négociation
et à reconnaître Israël. Mais il y a sans
doute pour cela d'autres voies que le pur et simple déni
de sa légitimité.
Comment parvient-on avec une telle inconscience
à justifier le boycottage des urnes et, par là
même, à escamoter (entre autres) le droit international
? Comment un tel unilatéralisme de l'action occidentale
parvient-il à triompher aussi facilement ? A bien y
regarder, si le déni de justice que nous faisons à
«leurs» urnes et à «nos» principes
démocratiques ne suscite pas davantage de protestations,
c'est qu'il mobilise une nouvelle fois la magie des peurs
instinctives de l'autre qui «parle musulman»,
et serait donc théocrate. En Israël non plus,
il n'y a pas de séparation absolue entre l'Etat et
la religion. Cela suffirait-il à le déclarer
non démocratique ? Sa fondation aussi fut précédée
par des actes terroristes juifs contre l'occupant britannique.
Cela a-t-il disqualifié à tout jamais les Israéliens
pour créer un Etat moderne ? Et que dire du poids de
ces partis orthodoxes et ultraorthodoxes (pas spécialement
féministes ni tolérants envers les lesbiennes-gays-bisexuels-transexuels)
sans lesquels toute coalition parlementaire est souvent impossible
?
Lorsqu'il s'agit des musulmans, principes
éthiques et politiques n'opèrent pas de la même
manière. «Peut-il être des nôtres,
celui qui refuse de boire son verre comme les autres?»
A cette question, de Philippe de Villiers à Charlie
Hebdo, en passant par des pans entiers de la droite et de
la gauche parlementaire, un vaste «front national»
répond énergiquement non. En fait, le Hamas
ne menacerait donc pas seulement l'existence de l'Etat le
plus puissant de la région, soutenu par la première
puissance mondiale. Il mettrait aussi en péril la «modernité»,
la rationalité des «Lumières» et,
argument suprême sans cesse réitéré,
les droits des femmes et ceux de toutes les minorités
! Là résident les motifs non avoués des
mesures prises contre le nouveau gouvernement palestinien.
Tout cela sans se demander pourquoi les Palestiniens ont voté
pour le Hamas. Et sans mesurer les risques d'une guerre civile
qui plongerait le pays dans la détresse et l'impasse.
Notre intérêt passionné
pour la «libération des femmes musulmanes»,
menacées par les «intégristes»,
en vient insensiblement, dans le cas de la Palestine, à
prendre le pas sur la défense de leur humanité
la plus élémentaire. Elles ne méritent
en effet notre sollicitude humaniste qu'à cause de
la nature de la menace identifiée : la violence machiste
de ces hommes barbus qu'elles ont pourtant massivement élus,
et non celle des bulldozers ou des balles de l'armée
qui perpétue son occupation. Ces femmes et leurs proches
sont-ils asphyxiés économiquement et financièrement,
expropriés de leurs habitations ou éliminés
par les balles de l'armée d'occupation ? Peu importe
: conservons intact notre émoi pour «lutter contre
l'intégrisme» du Hamas. Quitte à cautionner
l'humiliation et la misère qui résultent de
la suspension de l'aide internationale et de la confiscation
des taxes douanières par Israël, et qui ne sont
clairement pas de nature à faire reculer l'intégrisme
ni le terrorisme mais, au contraire, à les nourrir.
Les projecteurs de quelques-uns de nos «journalistes
d'investigation» et les «Lumières»
de nos grands philosophes médiatiques se garderont
bien d'éclaircir ce côté-là des
ténèbres de notre temps. Depuis que, dans l'Algérie
en guerre, l'épouse du général français
Jacques Massu expliquait aux Algériennes que la France
se devait de rester chez elles pour les «dévoiler»
et donc les libérer, cette «tribalisation de
l'universel» que constitue le détournement et
l'instrumentalisation du combat des femmes au service de logiques
de domination se poursuit avec la même ardeur et, malheureusement,
la même efficacité.
A coups de canon, sans pain et, surtout,
sans respect, on ne «modernise» personne. Nos
idées «éclairées» ont besoin
de pragmatisme, plus que de ces fantômes qu'on agite
pour justifier des politiques dont l'Occident a été
si friand au XXe siècle - et qu'il continue d'affectionner
au XXIe -, susceptibles de mener à l'impasse de la
confrontation sans fin.
05/06/06 - Les fonctionnaires palestiniens
commencent à craquer
Ne recevant plus leurs salaires depuis le mois de mars, les
fobnctionnaires palestiniens commencent à montrer des
signes sérieux de lassitude et de colère. Il
est évident que le Fatah encourage cette grogne pour
mettre encore plus en difficulté le gouvernement hamas.
2 000 fonctionnaires, dont 400 policiers armés, ont
ainsi manifesté samedi 3 juin à Naplouse pour
réclamer le versement de leurs salaires, impayés
depuis trois mois.
Certains ont tiré des coups de feu en l'air et scandé
des slogans contre le Hamas. D'autres arboraient des portraits
du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud
Abbas, et de son prédecesseur Yasser Arafat.
Le ministre des Finances Omar Abdel Razak a assuré
samedi que le gouvernement verserait un mois de salaire lundi
à 40 000 fonctionnaires. Il a contredit le Premier
ministre Ismail Haniyeh, qui avait annoncé ce versement
pour le week-end, ajoutant que 125 000 fonctionnaires recevraient
des avances sur salaires. Selon M. Abdel Razak, ces avances
seront réglées ultérieurement, le gouvernement
ne disposant pas actuellement des fonds nécessaires.
Source : agences de presse, 3 juin 2006
05/06/06 - Le Fatah déploie une
nouvelle milice en Cisjordanie
Le Fatah de Mahmoud Abbas a déployé samedi 3
juin une nouvelle milice dans les rues de Jénine, en
Cisjordanie, en réponse à la mise en place d'une
unité semblable par le Hamas le mois dernier.
Selon le Fatah, la nouvelle milice compte dans ses rangs quelque
2500 hommes, contre 3 000 pour celle du Hamas, essentiellement
active dans la Bande de Gaza. Le Hamas qui dirige le gouvernement
palestinien n'a pas réagi dans l'immédiat à
ce déploiement.
Plus de 2 000 membres du détachement du Fatah se sont
rassemblés samedi 3 juin au matin dans le centre de
Jénine, vêtus de T-shirts noirs portant au dos
l'inscription "Unité spéciale de protection"
et devant une photo de Yasser Arafat. Environ 60 s'entre eux
portaient des fusils d'assaut, plusieurs dizaines d'autres
étant armés de pistolets.
Ata Abou Rmeileh, responsable du Fatah à Jénine,
a affirmé que cette unité avait pour consigne
d'appuyer les forces de sécurité officielles.
"Vous êtes ici pour protéger votre peuple
et les institutions de l'Autorité palestinienne",
a-t-il lancé par haut-parleurs aux recrues de cette
milice. "Nous sommes loyaux à l'égard de
notre peuple, contrairement à ceux qui se vendent aux
capitales arabes et aux non-arabes", a-t-il ajouté
en référence au Hamas, ce qui ne manque pas
de culot ("chutzpah, en hébreu...)
Source : AP, 3 juin 2006
05/06/06 - Ismaïl
Haniyeh constate que le référendum proposé
par Mahmoud Abbas serait illégal
Le Premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh a jugé
illégale dimanche l'idée d'un référendum
sur un plan reconnaissant implicitement l'Etat d'Israël,
avancée par le président Mahmoud Abbas.
"Le droit local n'autorise pas l'organisation de référendum
sur la loi palestinienne", a fait valoir M. Haniyeh devant
la presse.
Il a cependant ajouté qu'il poursuivrait le dialogue
avec le président l'Autorité palestinienne sur
ce projet de plan destiné à sortir les territoires
palestiniens de leur isolement international.
La prise de position du chef dui gouvernement Hamas montre
que le mouvement islamiste ne compte pas céder à
l'ultimatum lancé par Mahmoud Abbas. Le président
de l'Autorité palestinienne a donné au Hamas
jusqu'à mardi pour accepter son plan basé sur
le concept de deux Etats, faute de quoi il pourrait organiser
une consultation nationale des Palestiniens.
Source : AP, 4 juin 2006
02/06/06 - Il faut reconnaître
le gouvernement palestinien Hamas
par Tanya Reinhart, Yediot Aharonot, 31 mai 2006 Traduit
de l'hébreu en anglais par Mark Marshall, et retraduit
de l'anglais en français par Marcel Charbonnier, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
Il faut reconnaître le gouvernement Hamas. Non seulement
parce que la reconnaissance du Hamas serait bonne pour Israël,
comme l'a illustré récemment l'ancien chef du
Mossad Ephraim Halevy [1], mais parce que ce serait une initiative
appropriée, conformément à tous les critères
de la justice et du droit international. En dépit de
l'opposition d'Israël, les Etats-Unis et l'Europe ont
décidé de permettre au peuple palestinien d'organiser
des élections démocratiques. D' après
le rapport de Jimmy Carter publié dans « The
Herald Tribune », ces élections ont été
« honnêtes, équitables, fortement disputées,
mais sans violence, et les résultats ont été
acceptés tant par les perdants que par les gagnants.
Parmi les soixante-deux scrutins qui ont été
supervisés par. le Centre Carter, ces élections
palestiniennes se rangent parmi les plus représentatives
de la volonté populaire. » [2] Dans un monde
juste et bien organisé, il serait impensable qu'un
gouvernement élu de si belle manière soit disqualifié
simplement parce que le choix opéré par l'électorat
en question n'a pas l'heur d'agréer à Israël
! Mais dans un monde où les Etats-Unis gouvernent tout,
où la force incarne le droit et où le droit
peut définir la démocratie à sa guise,
il en va tout autrement. Il a été ainsi annoncé
que le résultat des élections palestiniennes
ne serait pas reconnu, tant que les trois « mantras
» n' auraient pas été respectés
: le Hamas doit renoncer à la terreur, il doit honorer
les accords signés par ses prédécesseurs
et il doit reconnaître l' Etat d'Israël. En attendant,
le peuple palestinien serait puni et réduit à
la famine par un boycott économique, dans l'espoir
que cela entraîne l' effondrement du gouvernement élu.
En janvier 2005, le Hamas a annoncé sa résolution
de substituer le combat politique à la lutte armée,
et il a concédé une trêve unilatérale
[le 'calme ', la 'hudna']. Au cours des dix-sept mois qui
suivirent, le Hamas n'a pas perpétré le moindre
attentat. D'après des sources des services de sécurité,
depuis les élections, le Hamas n'a même pas participé
au lancement de la moindre roquette Qassam depuis Gaza, dont
les lancements sont, pour la plupart, dus à l'initiative
du Fatah [3]. Qu'attend-on exactement du Hamas, quand on exige
de lui qu'il « renonce au terrorisme » ? En ce
qui concerne les accords antérieurs, le Premier ministre
Hamas, Ismaïl Haniyyéh, a expliqué qu'aux
termes des accords d'Oslo (signés en 1993), après
une période intérimaire de cinq ans, un Etat
palestinien aurait dû être créé.
Mais Israël a violé toutes les clauses de ces
accords, sans aucune exception, et qu'il a continué
à coloniser et à déposséder les
Palestiniens de leurs terres. Dorénavant, a-t-il dit,
son gouvernement n' honorera que les seuls accords qui apporteraient
quelque chose au peuple palestinien. Depuis Oslo, nous, les
Israéliens, nous nous sommes habitués à
l'idée que les négociations avec l'Autorité
palestinienne ne tourneraient jamais qu' autour de la seule
question de savoir ce qui est bon pour Israël : dans
quelle mesure les Palestiniens sont-ils prêts à
reconnaître son existence en tant qu'Etat juif et à
prendre soin de sa sécurité. Soudain, Israël
est confronté à un gouvernement palestinien
élu qui refuse de continuer à jouer à
ce petit jeu. Haniyyéh dit au gouvernement d'Israël
: « Dorénavant, vous représenterez les
positions d'Israël, dans les négociations, et
nous, nous représenterons la position des Palestiniens
». Lors du congrès du Conseil National Palestinien,
à Alger, en 1988, le peuple palestinien a pris l' initiative
de reconnaître la partition du pays et de se contenter
d'un Etat à l'intérieur des frontières
de 1967. Israël n'a absolument rien fait depuis lors
afin d'apporter la preuve qu'il est prêt à accepter
un compromis tel celui-là. Les Palestiniens ne reconnaîtront
le droit à l'existence d'Israël que si, et seulement
si, Israël apportera la preuve qu'il est prêt à
reconnaître le droit à l'existence du peuple
palestinien.
Mais il s'agit là, précisément, de ce
que les gouvernements et l'armée d' Israël n'ont
jamais accepté. Jusqu'à présent, aucun
dirigeant palestinien n' a été considéré
comme un partenaire de paix acceptable, mais une direction
qui proclame représenter uniquement le peuple palestinien
est, à leurs yeux, un véritable ennemi, qui
doit être détruit.
Olmert a peut-être réussi à convaincre
une majorité, au Congrès des Etats-Unis, à
voter en faveur d'un boycott du gouvernement Hamas. Mais,
dans la société israélienne elle-même,
il ne dispose d'aucune majorité. D'après un
sondage réalisé par le Truman Institute, en
mars de cette année, 62 % des Israéliens sont
favorables à des négociations avec le Hamas
[4]. Mais, depuis pas mal de temps, la majorité, en
Israël n'a pas son mot à dire. Pour l'instant,
la seule chose qui reste à espérer, c'est que
l'Europe reprendra ses esprits et aussi qu'elle influencera
les Etats-Unis afin de les amener à accepter le choix
démocratique du peuple palestinien.
[1] : Interview in Yediot Aharonot, supplément du
dimanche, 26 mai 2006. Voir également : Associated
Press, 27 mai 2006 : Un ancien dirigeant du Mossad en appelle
à des négociations avec le Hamas, sur le long
terme ['Former Mossad chief calls for long-term deal with
Hamas'].
[2] : Jimmy Carter, 'Punishing the innocent is a crime' [Punir
des innocents est criminel], International Herald Tribune,
7 mai 2006.
[3] : Amos Harel, 'IDF and Qassams / Zero tolerance', [Forces
de défense d' Israël et Qassams : tolérance
zéro ! », in Ha'arezt, 7 avril 2006 ; Amos Harel
et Arnon Regular, 'IDF: Hamas about to rein in Qassams' [L'armée
israélienne est sur le point de faire reculer les tirs
de Qassams], in Ha' aretz, 10 avril 2006.
[4] : Sondage effectué du 16 au 21 mars 2006, conjointement
par l'Institut Harry S. Truman pour la Promotion de la Paix,
de l'Université hébraïque de Jérusalem,
et par le Centre Palestinien de Recherches et Enquêtes
politiques, de Ramallah, http://truman.huji.ac.il/upload/PressRelease-15-240306English.doc
Site web de lauteur : http://www.tau.ac.il/~reinhart
02/06/06 - Le Jihad islamique dit
soutenir l'initiative des prisonniers
La branche armée du mouvement radical Jihad islamique,
les Brigades Al-Qods, a affirmé jeudi qu'elle soutenait
une initiative de sortie de la crise élaborée
par des cadres palestiniens emprisonnés en Israël.
Le "document d'entente nationale" a été
rédigée par des chefs détenus en Israël
des principaux mouvements palestiniens, dont le Jihad, et
prévoit notamment la fin des attentats en Israël
et la création d'un Etat palestinien dans les territoires
occupés en 1967, ce qui constitue une reconnaissance
de facto du droit d'Israël à l'existence. "Nous
avons examiné le document d'entente qui n'appelle aucune
réserve de notre part à part celles exprimées
par notre direction dans les prisons", ont affirmé
les Brigades Al-Qods dans un communiqué lu par leur
chef en Cisjordanie, Hossam Jaradat, lors d'une conférence
de presse à Jénine. Les chefs emprisonnés
du Jihad tout en souscrivant au document avaient exprimé
des réserves sur les articles du document portant sur
les négociations avec Israël. "Nous soutenons
la position de nos dirigeants emprisonnés et obéissons
à leurs ordres", a ajouté Hossam Jaradat.
"Si les assassinats, les arrestations et les incursions
(menés par Israël) ne se poursuivaient pas, nous
aurions proclamé un cessez-le-feu d'un mois pour permettre
à nos dirigeants emprisonnés de mettre en oeuvre
le document d'entente sur le terrain comme phase de transition",
dans le conflit israélo-palestinien, a-t-il poursuivi.
Le président palestinien Mahmoud Abbas veut soumettre
le document élaboré par les prisonniers à
référendum si le gouvernement palestinien issu
du mouvement radical Hamas, ne modère pas ses positions
pour permettre aux Palestiniens de sortir de la crise politico-financière
à laquelle ils sont confrontés. Le gouvernement
Hamas, qui refuse de reconnaître Israël et de renoncer
à la "violence" est en effet boycotté
par l'Occident et privé d'aides financières,
ce qui laisse l'Autorité palestinienne au bord de la
banqueroute. Source : AFP, 29 mai 2006
01/01/06 - 3 députés
et 1 ministre du Hamas défient la menace d'Israël
de les expulser d’Al Qods
Trois députés et un ministre palestiniens issus
du Hamas ont affiché mardi leur détermination
à résister à un ultimatum d'Israël
les sommant de démissionner de leurs postes sous peine
d'être expulsés d’Al Qods (Jérusalem)
où ils résident.
Israël a convoqué lundi ces officiels du Hamas
au commissariat de police central à Jérusalem
où ils se sont vu remettre un ordre du ministre de
l'Intérieur Roni Bar-On les sommant de renoncer à
leurs fonctions sous 30 jours faute de quoi leurs cartes de
résident à Jérusalem leur seront retirées.
Cette mesure vise le ministre pour les Affaires d’Al
Qods Khaled Abou Arafeh et les députés Mohammad
Abou Teir, Ahmad Attoun et Mohammad Totah, qui habitent tous
à Jérusalem-est occupée et annexée
par Israël en 1967. Ils sont membres du Hamas, considéré
comme une organisation terroriste par Israël.
L'État hébreu interdit toute activité
politique palestinienne à Jérusalem-est.
"Nous ne démissionnerons jamais", a affirmé
M. Totah à l'AFP. "C'est une décision illégale.
Ils ne peuvent pas nous retirer nos cartes d'identité
simplement parce que nous sommes des membres du Conseil législatif
palestinien".
Il s'est élevé contre le non-respect par Israël
des résultats des élections législatives
palestiniennes, après que ce pays eu donné son
feu vert à leur tenue dans la partie arabe de la ville.
"Personne ne s'était opposé lorsque nous
avons participé aux élections. La police israélienne
a même protégé les bureaux de vote",
a fait valoir M. Totah.
"Nous avons été élus lors d'un scrutin
libre et équitable et la volonté du peuple doit
être respectée", a-t-il ajouté.
M. Abou Arafeh a dénoncé l'ultimatum israélien
comme "un nouveau crime commis par l'occupant qui fait
fi de toutes les résolution internationales et les
accords qu'il a lui même signés".
"Nous rejetons catégoriquement les menaces de
nous retirer la résidence et de nous éloigner
de notre terre, nos familles et nos maisons", a-t-il
ajouté.
Le porte-parole du gouvernement palestinien, Ghazi Hamad,
a accusé le gouvernement israélien de "renforcer
le siège et la pression sur les Palestiniens, particulièrement
ceux de Jérusalem, en les privant de tous leurs droits".
"Nous refusons ce chantage israélien et réaffirmons
avec force les droits des habitants d’Al Qods à
vivre sur leur terre quelle que soit leur appartenance politique",
a-t-il ajouté.
M. Bar-On, du parti centriste Kadima du Premier ministre Ehud
Olmert, a annoncé personnellement l'ultimatum adressé
aux quatre responsables du Hamas.
"Je leur ai dit, démissionnez ou bien vous ne
serez plus (autorisés à vivre) parmi nous. Ils
ont 30 jours pour prendre une décision", a déclaré
M. Bar-On à la télévision israélienne.
En avril, le gouvernement israélien avait déjà
annoncé la possibilité du retrait des cartes
de résident de Jérusalem des quatre officiels
du Hamas, qui ont été victimes à plusieurs
reprises de tracasseries de la police israélienne.
Israël considère en effet l'Autorité palestinienne
comme une "entité terroriste hostile" depuis
la mise en place du gouvernement issu du Hamas en mars, après
la victoire de ce mouvement islamiste aux législatives
de janvier.
En dépit des pressions internationales, le Hamas refuse
de reconnaître le droit d'Israël à l'existence,
les accords israélo-palestiniens passés et continue
de prôner la poursuite de la lutte armée.
Quelque 200.000 Palestiniens habitent à Jérusalem-est.
Ils sont titulaires de cartes d'identité israéliennes
leur autorisant à vivre dans la ville et à se
déplacer en Israël.
Source : AFP, 30 mai 2006
01/01/06 - Hamas : « Israël
et les États-Unis veulent pousser les Palestiniens
à s’entretuer »
par Silvia Cattori, 30 mai 2006
Alors que le conflit intra-palestinien menace de virer à
la guerre civile, le Hamas affirme dans un entretien au Réseau
Voltaire refuser tout ce qui peut diviser le peuple palestinien.
Il
expose ses exigences face à l’OLP en général
et au Fatah en particulier et souligne qu’elles sont
fondées sur le mandat populaire qui lui a été
démocratiquement confié par les
urnes. Usamah Hamdan, le représentant du Hamas au Liban,
répond aux questions de Silvia Cattori. À lire
à http://www.voltairenet.org/article139569.html
01/01/06 - Le jour où Israël
aura cessé d'exister
par Bradley Burston, Haaretz (Israël),
31 mai 2006
Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/721464.html
Traduit de l'anglais par Marcel
Charbonnier
C'est ici que les désirs pris pour
des réalités ont été inventés.
Pendant des millénaires, la Terre sainte a suscité
des prophéties, inspiré des fantasmes hautement
spirituels, alimenté la machinerie même à
produire les illusions - en s'arrangeant même, en de
rares occasions, pour les faire devenir réalité.
Aussi le rigide mental barbu du ministère
iranien des affaires étrangères n' aurait dû
surprendre personne. On a demandé à ce ministre,
Manouchehr Mottaki, qui participait cette semaine au sommet
des pays non-alignés, de réagir à un
appel lancé par Israël à imposer des sanctions
économiques à l' Iran. « De quel pays
parlez-vous ? » demanda Mottaki en fronçant les
sourcils. « Je ne connais aucun pays sous ce nom. »
Nous y voilà ! Nous y sommes ! Enfin
! Après toutes ces années, après tous
ces combats, les guerres arabo-israéliennes, les innombrables
résolutions du conseil de sécurité de
l'Onu, les montagnes d'aides étrangères, trois
victoires au concours de chansons pop de l'Eurovision, des
décennies de peine, de joie de vivre, de tabagie nerveuse,
de conduite automobile nerveuse, de déni nerveux d'avoir
jamais été nerveux, nous y voici ; enfin ! Il
aura fallu que le ministre iranien des affaires étrangères
pour qu'on s' en préoccupe. Et maintenant, c'est à
nous de faire le reste - d'imaginer à quoi ressemblerait
:
UN MONDE SANS [débarrassé
d', ndt] ISRAËL. En hors-d'oeuvre, bien entendu, cela
soulagerait le Hamas d'une bonne part de son fardeau écrasant.
Il n'y aurait plus ce tracas de reconnaître l' existence
de l'État juif. Puisqu'il n'y aurait plus d'Etat juif.
Il ne serait plus nécessaire, non plus, de renoncer
aux attaques violentes contre Israël, ni de s'engager
à respecter des accords conclu avec un pays qui, depuis
la semaine dernière, n'existerait plus. Mais ce n'est
là qu'un début. Les Boîtes à Idées
Illusoires - dans les deux versions, juive et arabe - vibrent
à fond les manettes à cette perspective. Certainement
que les colons et les candidats colons en Cisjordanie croiraient
rêver éveillés.
Pas d'Israël - donc pas de Ligne verte
- donc pas de distinctions artificielles entre les colons
de Shiloh et les colons de Sheinkin. Pas d' Israël -
donc pas de police pour déloger les colons de chez
eux - pas d' armée pour repousser les manifestants
tenant les sommets des collines. Pas d'Israël - donc
pas de gouvernement. Donc pas d'Olmert. Donc pas de convergence.
Donc pas d'emmerdes. Les Palestiniens de Cisjordanie, eux
aussi, devraient n'y voir que des avantages :
Pas d'Israël. Donc pas d'armée.
Donc pas de Shin Bet. Donc pas d'occupation. Donc pas de checkpoints.
Donc pas d'affrontements. Donc pas d'emmerdes. Da capo.
Nous n'insisterons pas. Mais quelle chance
y a-t-il pour que l'absence d' Israël se traduise positivement
dans l'existence de ces Palestiniens et de ces colons qui
- pour des raisons diamétralement opposées -
ont grandi en apprenant à haïr cet État
avec un zèle aveugle ? Prenons les Palestiniens, qui
s'escriment à éliminer l'État d'Israël
depuis 58 ans, deux semaines et deux jours.
Maintenant que le ministre iranien Mottaki
l'a fait pour eux, quels sortes de problèmes les Palestiniens
peuvent-ils s'attendre à rencontrer dans la nouvelle
Palestine Israel-free ? [sans Israël, ndt (comme «
sans sucre ».)
A. Que faire des juifs ?
1. Il y en a 5 639 000, ce mois-ci.
2. Les juifs, en particulier ex-israéliens, ne sont
pas particulièrement patients. Ils ont aussi une fâcheuse
tendance à prospérer un maximum sous des gouvernements
étrangers.
3. Il a été souvent dit à propos des
Palestiniens que, s'ils n'avaient pas un État d'Israël
à accuser de tous les maux, ils devraient en inventer
un. Et en même temps, on peut raisonnablement supposer
que si l'État d'Israël n' existait pas, les juifs
en réinventeraient un, toutes affaires cessantes ?
Peut-être au moyen - allez savoir - d'une intifada ?
B. Quid des Palestiniens ?
1. La population arabe totale dans la région
entre la Méditerranée et le Jourdain est de
5 224 000 personnes.
2. Les Palestiniens ont une économie du genre Triangle
des Bermudes.
3. Leurs alliés arabes, dont la richesse dépasse
l'entendement humain, ont toujours été prolixes
en expressions de leur soutien verbal, mais ils se sont gardé
leur fric par-devers eux, dans une très large mesure.
4. L'immense majorité des résidents actuels
en Cisjordanie et à Gaza connaissent une pauvreté
endémique. Un rapport rendu public cette semaine par
l'Onu montre que 40 % des Palestiniens des territoires gagnent
moins de 2,10 dollars par jour. Le taux de chômage est
estimé à 40.7 % de la main-d'oeuvre.
Et puisque nous y sommes, voyons un peu
les juifs :
L'absence d'Israël aurait vraisemblablement
des conséquences très importantes pour les juifs,
dans le monde entier. A en juger au vingtième siècle,
et aussi au dix-neuvième siècle qui l'a précédé,
certaines (ou la totalité) des conséquences
ci-après pourraient bien se produire :
1. Les lieux saints du judaïsme sont profanés
ou détruits. Le Mur occidental, dans la vieille ville
de Jérusalem, la Grotte de Machpelah à Hébron
et les synagogues et les cimetières à l'étranger
: tout devient un objectif potentiel ;
2. Les juifs, derechef, se sentent vulnérables, dans
l'ensemble de l'aire de l'Israël d'avant 1967, dans l'ensemble
de la Cisjordanie et dans les communautés de la Diaspora,
où l'antisémitisme a surgi, ces dernières
années ;
3. Une crise de foi ( !) et un profond sentiment de désespoir
aiguillonne l' émergence de faux messies, et accélère
les tendances à l'assimilation dans les communautés
de la diaspora ;
4. Des rabbins influents et des dirigeants de la communauté
juive savent que le judaïsme doit changer fondamentalement
s'il veut relever le défi posé par l'absence
d'un État d'Israël. Mais ils sont incapables de
le faire, car il n 'y a aucun mécanisme [institutionnel]
qui permettrait que cette adaptation fût unifiée.
Tout ceci n'est qu'un petit aperçu.
Qui sait ? Les Iraniens ont peut-être pensé à
cet aspect des choses beaucoup plus à fond que nous
? Quelque part, en ce moment même, dans une Boîte
à Idées Illusoires souterraine, des sociologues
iraniens sont peut-être en train de chercher ce qui
pourrait arriver si Israël cessait d'exister ? Quoi qu'il
en soit, ne vous faites pas de souci : leurs collègues
du département de la grosse artillerie sont en train
de rechercher activement des idées pour faire en sorte
qu'il en soit bien ainsi.
L'héritage de Sharon, en action
par Tanya Reinhart, http://www.tau.ac.il/~reinhart.
[Intervention à la Conférence de Biella (Italie)
sur La dimension du mot partagé : quel avenir pour
la Palestine / Israël ?, mai 2006]
Traduit de l'anglais par Marcel
Charbonnier
Actuellement, le monde occidental semble
toujours sous le charme de la geste d'Ariel Sharon, qui, nous
dit le conte, aurait apporté un gigantesque changement
à la politique israélienne - laquelle serait
passée de l' expansion et de l'occupation à
la modération et à des concessions ; une vision
que son successeur, Ehud Olmert, serait censé reprendre
à son compte. Depuis l'évacuation des colonies
de la bande de Gaza, la narration occidentale consiste à
dire qu'Israël aurait fait sa part, dans le sens de la
fin de l'occupation, qu'il se serait déclaré
prêt à prendre de nouvelles mesures à
l'avenir et qu'il appartiendrait désormais aux Palestiniens
de montrer qu'ils sont capables de vivre en paix avec leurs
voisins, tellement bien intentionnés.
Comment Sharon, le dirigeant le plus brutal,
le plus cynique, le plus raciste et le plus manipulateur qu'Israël
ait jamais connu, a-t-il pu ainsi terminer sa carrière
politique en héros de paix légendaire ? La réponse,
à mon avis, c'est que Sharon n'a pas changé.
Loin de là : le mythe érigé autour de
sa personne reflète l'omnipotence actuelle des systèmes
de propagande, qui, pour paraphraser une notion proposée
par Noam Chomsky, a atteint la perfection dans l'art de «
fabriquer la conscience » [manufacturing consciousness].
Le coup de baguette magique qui a métamorphosé
Sharon aux yeux du monde, c' est l'évacuation des colonies
de Gaza. J'y reviendrai, car pour moi, même cela, Sharon
ne l'a pas fait de son propre mouvement, mais bien en raison
de pressions sans précédent des Etats-Unis.
Quoi qu'il en soit, Sharon a dit très clairement, dès
le début, qu'évacuer les colonies de Gaza ne
rendait pas la bande de Gaza libre ! Le plan de désengagement,
publié dans les quotidiens israéliens le 16
avril 2004, spécifiait par avance qu' « Israël
supervisera(it) et conservera(it) l'enveloppe extérieure
en matière de territoires, maintiendra(it) son contrôle
exclusif sur l'espace aérien de Gaza, et continuera(it)
à mener des opérations militaires dans ses eaux
territoriales [1]. »
Examinons brièvement les états
de sévices du général Sharon : Durant
ses quatre années au gouvernement, Sharon a bloqué
toute chance de négocier avec les Palestiniens :
- En 2003 - époque de la Feuille
de route - les Palestiniens ont accepté ce plan de
paix et ils ont déclaré un cessez-le-feu. Mais,
tandis que l' Occident fêtait une nouvelle ère
de paix, l'armée israélienne, sous les ordres
de Sharon, intensifiait sa politique d'assassinats ciblés,
poursuivait le harcèlement quotidien des Palestiniens
soumis à l'occupation et, enfin, déclarait une
guerre à outrance au Hamas, tuant tous ses dirigeants
militaires et politiques de premier plan.
- Après quoi, tandis qu'une fois
encore le monde occidental retenait son souffle, durant un
an et demi d'attente du retrait de Gaza annoncé, Sharon
fit absolument tout son possible afin de trahir le président
palestinien, Mahmoud Abbas, qui avait été élu
en janvier 2005. Sharon déclara qu'il n' était
pas un partenaire convenable (parce qu'il ne combattait pas
le terrorisme) et il repoussa toutes ses offres de reprise
des négociations. La réalité quotidienne
des Palestiniens, dans les territoires occupés, n'a
jamais été aussi sombre que sous Sharon :
- En Cisjordanie, Sharon a entrepris un
projet massif d'épuration ethnique dans les zones frontalières
d'Israël. Son projet de muraille vole les terres des
villages palestiniens situés dans ces zones, emprisonne
des villes entières et prive leurs habitants de leur
gagne-pain. Si le projet se poursuit, beaucoup des quelque
400 000 Palestiniens affectés devront partir et aller
gagner leur vie dans les faubourgs des villes situées
au centre de la Cisjordanie, comme cela s'est déjà
produit dans le cas de Qalqiliya, une ville du Nord de la
Cisjordanie.
- Les colonies israéliennes ont été
évacuées de la bande de Gaza, mais cette bande
demeure une immense prison, totalement scellée et coupée
du monde extérieur, au bord de la famine et terrorisée
par l'armée israélienne qui la bombarde depuis
la terre, la mer et l'air. La question qui préoccupait
les élites politiques et militaires israéliennes
depuis la conquête des territoires palestiniens, en
1967, était celle de savoir comment garder la superficie
maximale avec le minimum de Palestiniens ? Le plan du travailliste
Alon, qui trouva sa réalisation à Oslo, consistait
à conserver environ 40 % de la Cisjordanie, mais à
accorder l'autonomie aux Palestiniens sur les 60 % restants.
Toutefois, Barak et Sharon ont détruit les arrangements
d'Oslo. Le modèle qu'Israël a développé,
sous Sharon, est un système complexe de prisons. Les
Palestiniens se voient reléguer et enfermer dans des
enclaves ségr&eac |