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Palestine Interview de Khaled Meshaal, dirigeant du HamasPropos recueillis par Rainer Rupp * on Informationclearinghouse.info, 18 décembre 2006 Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources. URL de cet article : Khaled Meshall est le dirigeant politique [en exil en Syrie, ndt] du mouvement palestinien Hamas, qui est parvenu au pouvoir voici quelques mois grâce à une large majorité acquise lors d'élections libres et démocratiques en Palestine. En été 2006, le ministre israélien de la Justice, Haim Ramon, a confirmé publiquement l'ordre donné en personne d'assassiner Khaled Meshaal. En 1997, dans la capitale jordanienne, Amman, Meshaal a survécu, pourrait-on dire par miracle, à une tentative d'assassinat des services secrets israéliens, le Mossad. Actuellement, ce dirigeant du Hamas vit en exil à Damas, entouré d'une sécurité renforcée. Khaled, qui est médecin, est marié et a sept enfants (trois filles et quatre garçons). Il a été interviewé par Rainer Rupp [RR], un journaliste allemand du quotidien « junge Welt » publié à Berlin et diffusé dans toute l'Allemagne. RR : M. Khaled Meshaal, en votre qualité d'homme politique éminent du Hamas, vous figurez sur la liste des personnes à assassiner des services israéliens. Comment êtes-vous devenu membre de la résistance islamique contre l'occupation israélienne ? KM : De fait, je suis un des fondateurs du mouvement Hamas ; à l'intérieur de ce mouvement, la personnalité la plus éminente était feu le Sheikh Ahmad Yassine. Quand le Hamas fut fondé, en 1987, j'avais trente et un ans. J' étais parmi ceux qui avaient mis sur pied des branches du mouvement en Palestine et en-dehors de la Palestine. Mais l'idée même du Hamas avait commencé à germer dès le début des années 1970. Le dialogue interne et les délibérations se poursuivirent durant plus de dix ans, aux fins de créer un mouvement dirigé contre l'occupation israélienne. Mais le projet même du mouvement m'occupait déjà le cour et l'esprit à l'époque où j'étudiais encore à l'Université du Koweït. A l'âge de vingt-et-un ans, j'ai représenté le mouvement islamique au sein de l'Union Générale des Etudiants palestiniens de cette université. RR : Depuis des années et des années, il est suggéré, dans les médias occidentaux, que les services israéliens auraient joué un rôle déterminant dans la création du Hamas. Je suppose que vous avez eu vent de cette histoire ? KM : Malheureusement, ce bobard est véhiculé par des Arabes, des Arabes palestiniens. C'est une tentative de porter atteinte à l'image de notre mouvement. Pour nous, cette accusation est tellement ridicule que nous ne nous donnons même pas la peine de la démentir. C'est tellement illogique ! Comment Israël irait-il créer une organisation qui se consacre à la lutte contre lui ; comment cela peut-il être ? RR : L'idée serait que les Israéliens auraient aidé à créer le Hamas afin de diviser la résistance palestinienne et d'affaiblir le Fatah. ? KM : De fait, durant les années 1970, la principale force qui combattait contre Israël était le mouvement Fatah. Par conséquent, Israël concentrait sa répression militaire contre le Fatah et contre d'autres groupes, moins nombreux, de la résistance palestinienne, qui existaient alors. A l'époque, toutefois, le Hamas n'avait pas encore été réellement créé. Nous ne commencions qu'à peine à bâtir notre base sociale au sein de la société palestinienne, en nous focalisant totalement sur les questions sociales, en organisant une aide sociale, en construisant des hôpitaux et des écoles, en nous occupant des malades et des nécessiteux. A l'époque, nous étions engagés exclusivement dans des actions pacifiques. C'est la raison pour laquelle Israël ne faisait alors rien contre nous. En effet, à l'époque, les Israéliens ne savaient pas ce qui nous traversait l'esprit. Mais alors même que nous nous concentrions apparemment uniquement sur l'action sociale, en même temps, nous nous entraînions déjà, dans le plus grand secret, et nous préparions nos futurs projets de résistance. Les Israéliens, ne voyant pas ce danger, concentrèrent leur action répressive contre d'autres formations palestiniennes, et pas contre nous. Et c'est cette inaction des Israéliens envers nous que certains éléments arabes palestiniens hostiles au Hamas avancent comme « preuve » d'un soutien fantasmé d'Israël à la création du Hamas. RR : Récemment, les relations du Hamas avec le Fatah se sont considérablement tendues. Y a-t-il toujours une possibilité de former un gouvernement d'union nationale ? KM : Il existe une atmosphère positive, entre les mouvements Hamas et Fatah, au sujet de la formation d'un tel gouvernement d'union. Depuis un mois, nous avons donné notre accord de principe sur la formation d'un tel gouvernement. Toutefois, dernièrement, des obstacles ont commencé à apparaître. Le premier de ces obstacles, c'est le fait qu'il y ait eu des efforts en vue de la formation d'un « gouvernement de technocrates », et non pas en direction de la formation d'un gouvernement d'union nationale - c'est la manière dont ils veulent écarter le Hamas du gouvernement. Quand au deuxième obstacle, c' est l'insuffisance persistante des garanties que le blocus contre nous sera effectivement levé. RR : Des garanties ? Des garanties. de l'Occident ? KM : Oui, des Etats-Unis. Nous avons conclu un accord aux termes duquel, une fois que nous aurons formé un gouvernement d'union nationale, le siège contre nous sera levé. Le Hamas est très sérieux, sur ce point. Nous voulons mettre un terme aux souffrances du peuple palestinien. Mais, étant donné que notre mouvement a obtenu la majorité des votes et donc qu'il détient la plupart des sièges au parlement palestinien, nous avons également le droit de disposer d'une influence prépondérante au sein du gouvernement. Le principal dilemme, aujourd'hui, tient au fait qu'il y a certaines forces qui nous dénient ce droit. RR : Une des questions principales est l'ainsi dite reconnaissance du « droit d'Israël à l'existence ». Le Hamas est-il prêt à modifier sa position sur cette question ? En particulier depuis que l'Occident a fait clairement savoir que c'était là une condition sine qua non de la levée du blocus à l' encontre d'un gouvernement palestinien à direction Hamas. ? KM : Je pense que le monde occidental doit avoir compris, aujourd'hui, que le Hamas ne reconnaîtra jamais Israël. Comment pourrais-je reconnaître celui qui occupe mon pays ? Il est illogique d'exiger du Hamas qu'il reconnaisse Israël. C'est moi, la victime. L'homme qui n'est pas libre, c'est moi. Celui qui vit dans la diaspora, loin de son pays, c'est encore moi. Israël a obtenu une sorte de pays, qui a été imposé comme « fait accompli » par les Nations unies. Nous, nous n'avons pas de pays. Plus de la moitié des Palestiniens vivent dans l'exil, pour la majorité d'entre eux dans des camps, et ils ne peuvent rentrer chez eux. A cause d'Israël, ils ne peuvent rentrer chez eux, et nous devrions reconnaître Israël ? Mais qui est dans son tort : c'est nous, ou bien c'est Israël ? RR : Mais la théorie des deux Etats, dont les Américains font la promo, envisage un Etat palestinien à côté d'un Etat israélien :est-là, également, quelque chose d'absolument inacceptable pour le Hamas ? KM : Non. Non. Permettez-moi de vous dire que le Hamas n'établira un Etat palestinien qu'à l'intérieur des frontières de 1967, qui incluent Jérusalem Ouest [je pense qu'il s'agit de Jérusalem Est ! ndt] et la Cisjordanie. Jusqu'à présent, Israël ne nous reconnaît pas ce droit. Tous les Palestiniens l'exigent. Mais Israël persiste à violer les droits des Palestiniens, et l'Occident ne veut pas contraindre Israël à reconnaître les droits des Palestiniens. Même quand le président Bush a évoqué un Etat palestinien, le moins qu'on puisse en dire, c'est que cet Etat était loin d'être défini avec une extrême précision. Et Ariel Sharon, ainsi, plus récemment, qu'Ehud Olmert, ont exprimé beaucoup de réserves au sujet de la proposition de Bush. Ils rejettent l'idée d'un Etat israélien à l'intérieur des frontières de 1967. Ils veulent un Etat d'Israël incluant des parties de la Cisjordanie. En réalité, le président Bush a même donné son accord à la proposition formulée par Sharon, selon laquelle Israël conserverait la totalité de Jérusalem. Et il a exprimé son accord avec Sharon à propos du choix du dirigeant palestinien idoine, prêt à accepter toutes ces concessions exorbitantes. RR : Ai-je bien compris ; vous avez dit que vous seriez prêts à négocier avec Israël et à l'accepter à l'intérieur de ses frontières de 1967, c' est-à-dire avant qu'il entreprenne ses guerres d'agression et qu'il ne vole les territoires palestiniens [sic ! ndt] ? K.M. KM : Exactement. Maintenant, c'est clair. RR : En Occident, le Hamas est généralement présenté comme étant absolument opposé à toute discussion avec Israël. Son unique volonté serait de jeter les juifs israéliens à la mer. ? KM : Cela n'est pas la réalité. Tuer des juifs, ce n'est pas notre but. Depuis des siècles, en Palestine, nous vivons pacifiquement avec des juifs et avec des chrétiens de nombreuses obédiences. Si nous luttons contre Israël, c'est parce que cet Etat occupe notre terre et opprime notre peuple. Nous combattons Israël afin de mettre un terme à cette occupation. Nous voulons vivre libres sur notre terre, exactement comme les autre peuples. Mais le mouvement sioniste est venu, du monde entier, occuper notre terre. Et le véritable propriétaire de ces terres a été chassé de chez lui. C'est ça, la racine du problème. En raison de multiples facteurs, nous acceptons aujourd'hui d'édifier un Etat palestinien à l'intérieur des frontières de 1967. Mais cela ne signifie nullement que nous reconnaissions Israël. Mais nous sommes prêts à conclure une trêve sur le long terme avec lui. En acceptant le statut d'Israël, sans pour autant le reconnaître. RR : Donc : pas de reconnaissance ? Cela ne signifie-t-il pas poursuite des tensions, et finalement, guerre ? KM : Non. Il y a beaucoup d'exemples, dans le monde, dans lesquels la non-reconnaissance ne constitue absolument pas un facteur de guerre. Par exemple, la Chine et Taiwan ne se sont pas reconnus mutuellement, mais elles font du commerce entre eux et coopèrent. En écartant toute reconnaissance formelle, nous ne voulons tout simplement pas accorder à Israël la légitimité, étant donné que c'est lui qui, pour commencer, nous a pris nos terres. RR : Nous ne révélons pas un secret en disant que depuis de nombreuses années, sous les gouvernement Fatah, les services de sécurité palestiniens ont été formés et équipés par les Américains, et nommément par la CIA. N' est-il pas, par conséquent, raisonnable de supposer que beaucoup de gens, au sein du mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas, sont en train de travailler en secret pour les Américains et les Israéliens, dont certains, très vraisemblablement, à des postes éminents ? Jusqu'à quel point pourriez-vous faire confiance au Fatah, dès lors que vous seriez amenés à bâtir un gouvernement d'unité nationale ensemble ? KL : Nous connaissons bien ce problème, nous et d'ailleurs tous les Palestiniens. Mais tous les gens qui travaillent pour le Fatah ne sont pas tous à mettre dans le même sac. Il y a, au sein du Fatah, une énorme motivation pour la « nationalité ». Ce sont nos partenaires dans la résistance. Mais il y a les autres, ceux dont vous avez parlé. C'est un fait. Nous connaissons très bien ce problème, et nous le traitons. De plus, une relation n'est pas toujours, nécessairement, basée sur la confiance. RR : Pensez-vous que ce problème est, lui aussi, à la base des difficultés que vous avez, en ce moment précis, avec le Fatah, en ce qui concerne la formation d'un gouvernement d'union nationale ? KM : Oui, c'est le cas. C'est un des problèmes. Malheureusement, il y a bien les facteurs que vous dites, et aussi des pressions au service d'agendas politiques étrangers, qui influencent négativement l'arène politique palestinienne. Mais les forces patriotiques sont celles qui vont l'emporter. Le peuple palestinien a confirmé cela, lors des dernières élections [parfaitement] démocratiques. RR : Le Hamas est-il un mouvement de fanatiques religieux, comme on le dit en Occident ? Un mouvement avec lequel personne ne puisse composer ? Pourtant, le Hamas a été admis et même invité à Moscou par le gouvernement russe, et ici [en Syrie], vous êtes les hôtes d'un gouvernement laïc. Tout ceci n'est-il que déguisement ? Quel est le véritable Hamas ? MK : Eh bien, laissez-moi vous donner un exemple : nous avons, par exemple, de bonnes relations avec des chrétiens. RR : Travaillez-vous vraiment avec les chrétiens, en Palestine ? KM : Mais oui. Avec certains d'entre eux. Cette image de fanatisme religieux, qu'on nous colle sur le dos, a été fabriquée par Israël et l' administration américaine. C'est une image fallacieuse, qui ne reflète pas la réalité. Vous savez que l'administration américaine s'arroge le droit de catégoriser et de classifier les gens de la manière qui lui convient. Mais comment des pays d'Europe respectables, comme la Grande-Bretagne, l' Allemagne ou la France, peuvent-ils se laisser influencer par cette grossière propagande ? Ne devraient-ils pas rechercher la vérité par eux-mêmes ? Ne devraient-ils pas se forger une opinion sur la base de la raison, et non pas en fonction de rumeurs et de 'on-dit' ?... Mais comment l'Occident devrait-il découvrir la vérité au sujet de la Palestine et du Hamas ? Tout d'abord, les journalistes occidentaux devraient venir ici, afin de rencontrer les gens et de voir les choses de leurs propres yeux. Allez en Palestine, et voyez de quelle manière les gens y survivent. Ecoutez ce que les gens ont à vous dire. Entendez les responsables du Hamas et des autres mouvements palestiniens. Vous devez découvrir la vérité grâce à des contacts directs, et non pas par l' intermédiaire de tiers. Et si vous voulez en savoir plus sur le Hamas, alors allez rencontrer des gens du Hamas. Nous sommes prêts au dialogue. Si vous recherchez les raisons pour lesquelles le Hamas a remporté les élections, sachez que c'est parce que le peuple palestinien a confiance en nous et aussi parce que le Hamas reflète les sentiments et les aspirations du peuple palestinien. Et si vous examinez le Hamas attentivement, alors vous n'y découvrirez aucune forme de corruption, aussi minime soit-elle. En revanche, vous constaterez que le Hamas est très proche du peuple, et qu'il répond véritablement aux besoins du peuple. Dès lors que les Palestiniens ont élu le Hamas, la volonté populaire doit être respectée, y compris par l' Occident. RR : Mais quid des reproches de fanatisme religieux, formulés à votre encontre ? MK : C'est facile à réfuter. Si le Hamas était effectivement un mouvement de fanatiques religieux, il n'aurait tout simplement pas été élu par le peuple palestinien, parce qu'en Palestine, il y a plusieurs partis et groupes sociaux. Il y a notamment des chrétiens, qui travaillent avec nous. Par exemple, un des députés de Gaza, élu sur la liste du Hamas, est un médecin chrétien. Et la majorité des musulmans et des chrétiens ont voté pour lui. En réalité, les idées du Hamas sont des idées modérées. Nous pratiquons la tolérance envers tout le monde. Et nous traitons les musulmans et les chrétiens sur un pied d'égalité. Sur ce plan, nous travaillons avec tout le monde, qu'il s'agisse de gens religieux, libéraux ou laïcs, que ce soit à l' intérieur de la Palestine ou à l'extérieur. Et nous avons des relations avec les pays du Moyen-Orient, mais aussi avec l'Europe et avec l'Afrique. Le Hamas est un mouvement ouvert. Nous ne combattons pas Israël parce que les Israéliens sont des juifs, mais bien parce qu'ils occupent notre terre. RR : L'Occident vous reproche de commettre, dans votre lutte contre Israël, des actes terroristes ? MK : Non, je n'accepte pas ce reproche. Il y a une énorme différence entre le terrorisme et la résistance. Le terrorisme, nous sommes contre. La Résistance, cela n'a rien à voir avec le terrorisme. Ce qu'Israël est en train de faire, c'est ça, le terrorisme. Quant à nous, nous résistons. Tout simplement parce que nous ne faisons que réagir contre l'agression israélienne et contre l'occupation de notre territoire par les Israéliens. La résistance, c'est notre droit légitime à l'autodéfense. [* Cette interview de Khaled Meshaal a été réalisée en anglais à la fin novembre 2006, à Damas, par Rainer Rupp, journaliste et économiste allemand. Elle a été publiée initialement le samedi 16 décembre par le quotidien allemand «junge Welt », distribué dans toute l'Allemagne. Voir l'article en ligne à l'adresse URL suivante : http://www.jungewelt.de/2006/12-16/001.php ] °°°°°°° Interview with Hamas Leader Khaled Meshaal http://www.informationclearinghouse.info/article15941.htm By Rainer Rupp 12/18/06 "Information Clearing House" -- - Khaled Meshaal is the political leader of the Palestinian Hamas movement, which earlier this year came to power with a large majority in the free and democratic election in Palestine. In summer 2006 the Israeli Minister of Justice Haim Ramon publicly confirmed his government's order to kill Khaled Meshaal. In 1997 in the Jordanian capital Amman Meshaal survived a assassination attempt by Israel's secret service Mossad by a narrow margin. Currently the leading Hamas politician lives in Syrian asylum in Damascus under strong security. Khaled who is a physicist is married and has three daughters and four sons. He was interviewed by Rainer Rupp (RR), a German journalist for the daily "junge Welt", published in Berlin with nation wide distribution. R.R. Mr. Khaled Meshaal, as a leading politician of Hamas you are on the assassination list of the Israeli intelligence service. How did you become a member of the Islamic resistance movement against Israeli occupation? K.M. Actually, I am one of the founders of the Hamas movement. Inside Hamas the most prominent figure was the late Sheik Ahmed Yassim. When the Hamas movement was established in the year 1987 I was 31 years old. I was among the people who had built up branches inside and outside Palestine. But the very idea of Hamas started already at the end of the seventies. The internal dialogue and deliberation lasted for more than ten years in order to establish a movement against Israeli occupation. But the very project of the movement had already been in my heart and in my mind when I was still at Kuwait-University. At the age of 21 I represented the Islamic movement in the students General Union at university. R.R. For many years there has been the suggestion in the Western media that Israeli intelligence was instrumental in the creation of Hamas. I suppose you know about this story? K.M. Unfortunately this tale is told by some Arabs, Palestinian Arabs. It is an attempt to distort the image of our movement. We consider this charge as something so ridiculous, that we don't even bother to deny it. It is so illogical. How come, that Israel should establish an organisation that will combat Israel, how is that possible? R.R. The argument is, the Israelis helped to create Hamas in order to divide the Palestinian resistance and weaken the Fatah movement. K.M. Indeed, during the seventies the main Palestinian force that was combating Israel was the Fatah-movement. Consequently Israel concentrated its fighting against Fatah und the other, smaller groups of Palestinian resistance, which existed in this period. At that time, however, Hamas was not yet properly established. We were only starting to build our social base in Palestinian society, by focussing entirely on social affairs, organizing help, building hospitals and schools, looking after the sick and deprived. In that era we were only involved in peaceful actions. This is why Israel did not do anything against us. Because they did not know at the time, what was going on in our minds. But, while we were focussing outwardly only on social and educational work, at the same time we were secretly already training and preparing for our future resistance projects. Because the Israelis did not see this danger they concentrated their actions against other brigades, not against us. And it is this Israeli inaction against us, which some Palestinian Arab elements unfriendly towards Hamas present as "proof", that Israel was supporting the creation of Hamas. R.R. Recently Hamas' relations with the Fatah movement have been very strained. Is there still a chance for a national unity government? K.M. There is a positive atmosphere between the movements of Hamas und Fatah to create a unity government. Since one month we have agreed in principle on the creation of such a unity government. Recently, however, some obstacles have started to appear. The first obstacle was that there were efforts to bring us back to a "government of technocrats", not forward to the national unity government. This is how they want to remove Hamas from the government. And the second obstacle is that the guarantees for lifting the blockade are still not sufficient. R.R. Guarantees? Guarantees from the West? K.M. Yes, from America. We made an agreement, that once we have formed a government of national unity, the siege shall be lifted. Hamas is very serious about this. We are keen to end the suffering of the Palestinian people. But as our movement got the majority of votes and has most seats in parliament we also have the right to have the major influence in this government. The main dilemma now is that there are forces, which deny us this right. R.R. One of the key issues is the so-called recognition of "Israel's right to exist". Is Hamas prepared to change its position on this matter? Especially as the West has made this issue a condition sine-qua-non for the lifting of the blockade against a Hamas-led Palestinian government. K.M. I think the Western world has understood by now that Hamas will never recognise Israel. How can I recognise the one who occupies my land? It is illogical that it is demanded of Hamas to recognise Israel. I am the victim. I am the man who is not free. I am the man living in the Diaspora away from my land. Israel has got a kind of a nation that was imposed as a "fait accompli" by the United Nations. We don't have a nation. More than half of the Palestinian people are living in the Diaspora, mostly in camps and they can't go home. Because of Israel they can't go home and we should recognise Israel? Who is actually in the wrong, us or Israel? R.R. But the 2-state theory which the Americans are promoting - envisages a Palestinian state next to an Israeli state. Is this also absolutely unacceptable for Hamas? K.M. No. No. Let me say that the Hamas movement will only establish a Palestinian state within the borders of 1967 that includes the West of Jerusalem and the Westbank. Up till now Israel does not recognise this right for us. All the Palestinians are demanding is this right. But Israel keeps violating Palestinian rights and the West is unwilling to force Israel to recognise the Palestinian rights. Even when President Bush talked about a Palestinian state, it was not clear cut. And Ariel Sharon and recently Ehud Olmert have made a lot of reservations about Bush's proposal. They are rejecting the idea of an Israeli state within its 1967 borders. They want an Israeli state, which includes parts of the Westbank. Actually President Bush had even agreed to Sharon's proposal for Israel to keep all of Jerusalem. And he agreed with Sharon to choose the right Palestinian leader who would accept all this. R.R. Have I understood you correctly that you would be prepared to negotiate with Israel and accept it within its borders of 1967, before it started its wars of aggression, stealing Palestinian land? K.M. Good, that has been made clear. R.R. In the West Hamas is generally depicted as being absolutely against talks with Israel and that Hamas only wants to drive the Israeli jews into the sea. K.M. This is not correct. Killing Jews is not our aim. For centuries we have lived in Palestine peacefully with Jews and Christians of all kind. We are fighting Israel because it occupies our land and oppresses our people. We are fighting Israel to finish this occupation. We want to live freely on our land just as other nations. We want to have our own country just like other people. But the Zionist movement came from all over the world to occupy our land. And the real owner of the land has been kicked out. This is the root of the problem. Because of many factors, we now accept to build a Palestinian state within the borders of 1967. But that doesn't mean that we recognise Israel. But we are prepared to make a long term truce with Israel. Accepting the status of Israel without recognising it. R.R. But, no recognition? Doesn't that mean continued tensions and war? K.M. No. There are plenty of examples where no recognition does not mean war. China and Taiwan for example have not recognized each other but they trade and cooperate with each other. - By withholding a formal recognition we just don't want to give Israel the legitimacy for having taken our land in the first place. R.R. It is no secret, that for many years under the Fatah-government the Palestine security services have been trained and equipped by the Americans, namely the CIA. Is it therefore not reasonable to assume, that a whole lot of people in the movement of the Palestinian president Mahmud Abbas are secretly working for the Americans and Israelis, some possibly in top positions? How far could you trust Fatah if you were to build a national unity government together? K.L. This problem is well known for us and for the rest of the Palestinians. But not all of the people of Fatah are of this kind. There is a huge motivation within Fatah which is "nationality". They are our partners in the resistance. But there are others, the people you spoke about. That is a fact. We know the problem quite well and we are dealing with it. Moreover, the relationship is not, by necessity, always based upon trust. R.R. Do you think that this problem is also at the root of the difficulties you are having right now with Fatah in creating a unity government? K.M. Yes, that's right. This is one of the problems. Unfortunately, there are these factors and pressures which are following foreign agendas that influence negatively the Palestinian arena. But the patriotic forces are the ones that are going to win. The Palestinian people have confirmed this in the latest democratic elections. R.R. Is Hamas the movement of religious fanatics, as it is portrayed in the West? A movement with which one cannot deal? Yet, Hamas has been accepted and invited to Moscow by the Russian government and here (in Syria) you are guests of a secular state. Is this all a disguise? Which is the true Hamas. M.K. Well, let me give you an example. We have for instance good relations with Christians R.R. Are you actually working together with the Christians in Palestine? K.M. Yes, with some of them. This image of religious fanaticism has been fabricated by Israel and the American administration. It is an image that does not reflect the facts. You know that the American administration gives itself the right to classify people just the way they like. But how can respectable states in Europe, like Britain, Germany or France, be influenced by this propaganda. Should they not search for the truth themselves? Should they not form their views on the basis of reason instead of rumours and hearsay. But how should the West discover the truth about Palestine and Hamas? First the Western journalists should come here to meet the people and see the facts with their own eyes. Go to Palestine and see how the people live. Listen to what the people have to say. Listen to leaders of Hamas and other Palestinian movements. You should learn the truth through direct contacts and not through others. And if you want to know about Hamas then go and meet the people from Hamas. We are ready for dialogue. If you are looking for reasons, why Hamas won the election, then it is because the Palestinian people trust us and because Hamas reflects the feelings and the aspirations of the Palestinian people. And if you scrutinize Hamas closely then you will not find any corruption whatsoever. But you will find that Hamas is very close to the people, that it is really serving the needs of the people. And if the people of Palestine elected Hamas, then the will of the people should be respected, also by the West. R.R. But what about the reproach of religious fanaticism? M.K. That is easy to refute. If Hamas was a movement of religious fanatics, it wouldn't have been elected by the Palestinian people, because in Palestine there are many groups. And there are also Christians, who work together with us. For instance one of the Members of Parliament in Gaza who was elected on the Hamas list is a Christian doctor. And the majority of Muslims and Christians gave him their vote. The fact is, that the ideas of Hamas are moderate. We practice tolerance with everybody. And we deal with Muslims and Christians at the same level. And on this level we deal with everybody, either religious, liberal or secular, either inside or outside of Palestine. And we have relations within the Middle East but also in Europe and Africa. Hamas is an open movement. We do not combat Israel because they are Jews but because they are occupying our land. R.R. The West is reproaching you, that in this fight against Israel you are committing acts of terrorism. M.K. No. There is a major difference between terrorism and resistance. We are against terrorism. Resistance is not terrorism. What Israel is doing is terrorism. What we are doing is resistance. Because it is a reaction against the Israeli aggression and a reaction against the Israeli occupation of our land. The resistance is the legal right to defend ourselves. END. This interview with Khaled Meshaal was conducted in English at the end of November 2006 in Damascus by Rainer Rupp, German Journalist and Economist. The interview was first published on Saturday, Dec. 16th in the German daily newspaper "junge Welt" with nation wide distribution. See: http://www.jungewelt.de/2006/12-16/001.php L’ancien président Jimmy Carter accuse (certes) l’AIPAC, mais aussi des « chrétiens comme lui-même » d’être responsables du « parti pris pro-israélien » des médiason Rawstory.com, 17 décembre 2006
L’ouvrage récemment publié de Carter, Palestine – La paix, pas l’apartheid ! – a suscité des « remous », d’origine pour partie « intentionnelle », a indiqué l’ancien président des Etats-Unis à Newsweek. http://www.msnbc.msn.com/id/16240761/site/newsweek « Un des objets du livre, c’était de susciter un débat que l’on n’entend qu’extrêmement rarement dans notre pays, et aussi d’ouvrir quelque possibilité de régénérer ou de reprendre les conversations de paix en Israël, inexistantes depuis six ans désormais – voilà : c’est pour ça que j’ai écrit ce livre », a déclaré Carter à Eleanor Clift, de Newsweek. Carter a dit aussi à cet hebdomadaire que la grande « efficacité » et l’ « énorme influence » de l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] avaient entraîné une « inhibition » des débats bien plus prégnante aux Etats-Unis que n’importe où ailleurs dans le monde. « Dans notre pays, un quelconque débat (pour et contre), une quelconque sorte d’éditorial quelque peu incisif dans les principaux journaux, est quasi totalement inexistant », a déploré Carter. « De plus, tout membre du Congrès qui désire se faire réélire est quasiment dans l’impossibilité de dire qu’il adoptera une position équilibrée entre Israël et les Palestiniens, ou qu’il insistera auprès d’Israël afin qu’il se retire à l’intérieur des frontières internationales, ou encore qu’ils s’attèleront à la protection des droits humains des Palestiniens – car s’il lève la langue sur ces questions, il est pratiquement certain de ne pas être réélu », a ajouté Carter. Dans une lettre adressée aux juifs américains, Carter inclut aussi les chrétiens comme lui-même, dans la responsabilité de la limitation du débat. « J’ai dit très clairement que je n’ai jamais clamé que les juifs américains contrôleraient les médias, mais j’ai redit que le parti pris écrasant en faveur d’Israël est dû à des chrétiens, comme moi, à qui on a enseigné depuis l’enfance à honorer et à protéger le peuple élu de Dieu [il y a ballottage… ndt] duquel a levé notre propre sauveur, Jésus Christ », écrit Carter. « Un facteur supplémentaire, en particulier dans l’arène politique, est la puissance influence de l’AIPAc, qui exerce sa mission légitime consistant à expliciter les politiques actuelles du gouvernement israélien, et à susciter un maximum de soutien dans notre pays », poursuit-il. « [Le problème, c’est qu’] il n’y a aucune expression d’opposition à cela », regrette Carter.
Adresse aux citoyens juifs d’Amérique Au cours de ma récente tournée de dédicaces de mon livre, j’ai signé plus de 100 000 exemplaires, et j’ai été interviewé par plus de cent médias. Le plus impressionnant fut pour moi ma rencontre avec les dirigeants du Consistoire de l’Agglomération de Phoenix, qui avaient annoncé, avant mon arrivée, qu’ils manifesteraient afin de protester contre mon bouquin. Quand ils m’ont invité à les rencontrer, j’ai immédiatement accepté. Les six rabbins (trois hommes et trois femmes) et moi-même, nous fûmes les seules personnes présentes, à l’exception d’une équipe de cameramen sous la direction de Jonathan Demme, qui réalisait un documentaire sur moi et l’action du Carter Center. M. Demme a indiqué alors qu’il y avait [dehors] un groupe tout aussi important de citoyens juifs, qui manifestaient leur soutien à mon livre, et [plus important] à l’exhortation à la paix dont il se veut le vecteur. Nous avons tout d’abord débattu du traité de paix que j’ai négocié [personnellement] entre Israël et l’Egypte, en 1979, ainsi que de la Commission sur l’Holocauste, dont j’ai annoncé la création à l’occasion du trentième anniversaire de la création d’Israël. Cinq de mes interlocuteurs avaient lu la totalité de mon livre, et un autre ne l’avait lu qu’en partie. J’ai répondu à leurs questions sur le texte et sur son titre : Palestine : La paix, pas l’apartheid !. J’ai souligné, comme je l’avais d’ailleurs fait tout au long de ma tournée de dédicaces, que le livre porte sur les conditions et les événements dans les territoires palestiniens, et non en Israël, où existe une démocratie comportant toutes les libertés dont nous jouissons aux Etats-Unis, et où les Israéliens, juifs et arabes, se voient garantir les mêmes droits, en tant que citoyens. [Rheûûûû ! Tonton, pourquoi tu tousses ? ndt] Nous avons débattu du mot « apartheid », que j’ai défini comme la ségrégation forcée entre deux peuples vivant sur le même territoire, l’un d’entre eux dominant et persécutant l’autre. J’ai dit clairement dans le livre, et dans ma réponse à ces rabbins, que le système d’apartheid prévalant en Palestine n’est pas basé sur le racisme [Rheûûûû… Tonton, une tape dans le dos ? ndt], mais sur la convoitise d’une minorité d’Israéliens pour les terres palestiniennes et sur la répression des protestations qui en résultent, et qui impliquent la violence. Mgr Tutu, Nelson Mandela et d’éminents Israéliens, dont l’ex-procureur de la République Ben Yair, qui a été en fonctions sous des Premiers ministres tant du Likoud que du Parti travailliste, ont utilisé et explicité cette qualification en des termes bien plus durs que moi, faisant observer que cette cruelle oppression est contraire aux préceptes de la religion juive [Rheûûûû… Tonton, un verre d’eau ? ndt] ainsi qu’aux principes fondamentaux de l’Etat d’Israël. [Tonton, pourquoi t’es tout violet ? ndt] Ayant voyagé partout dans la Terre Sainte au cours des trente-trois années écoulées, en particulier dans les territoires occupés, je suis qualifié pour décrire la situation à partir de mes propres observations. De plus, le Carter Center a supervisé les élections palestiniennes de 1996, de 2005 et de 2006, ce qui exigeait un engagement intime et exhaustif avec des citoyens palestiniens : des candidats, des édiles publics et aussi les plus hauts dirigeants politiques israéliens, qui contrôlaient les checkpoints partout à l’intérieur de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, et toutes les facettes du déroulement de ces élections à Jérusalem Est [« toutes les facettes » = essentiellement, les bureaux de poste ! ndt] J’ai dit très clairement que je n’ai jamais clamé que les juifs américains contrôleraient les médias [en effet, cela, tout le monde le sait ! ndt], mais j’ai réitéré que le parti pris écrasant en faveur d’Israël a pour origine des chrétiens comme moi-même, à qui on a enseigné depuis l’enfance à honorer et à protéger le peuple élu de Dieu [il y a ballottage, ndt], duquel a levé notre sauveur, Jésus Christ. J’ai dit très clairement que je n’ai jamais clamé que les juifs américains contrôleraient les médias, mais j’ai redit que le parti pris écrasant en faveur d’Israël est dû à des chrétiens, comme moi, à qui on a enseigné depuis l’enfance à honorer et à protéger le peuple élu de Dieu [il y a ballottage… ndt] duquel a levé notre propre sauveur, Jésus Christ. Un facteur supplémentaire, en particulier dans l’arène politique, est la puissance influence de l’AIPAc, qui exerce sa mission légitime consistant à expliciter les politiques actuelles du gouvernement israélien, et à susciter un maximum de soutien dans notre pays. Or, il n’y a aucune expression d’opposition à cela Je connais bien les actes d’extrême violence qui ont été perpétrés contre des civils innocents, et je comprends la peur qu’ont beaucoup d’Israéliens que les menaces contre leur sécurité et même contre leur existence, en tant que nation, restent présentes. J’ai redit ma condamnation catégorique de tous ces actes de terrorisme. La question des propositions que je formule pour le Moyen-Orient m’ayant été posée, je les ai résumées par l’appel aux membres du Hamas et aux autres Palestiniens les exhortant à renoncer à la violence et à faire leur l’engagement pris par les nations arabes en 2002 : reconnaissance totale du droit d’Israël à exister en paix à l’intérieur de ses frontières légalement reconnues de 1967 (à modifier éventuellement par accord mutuel et des échanges de territoires). Cela serait conforme aux résolutions de l’Onu, à la politique officielle des Etats-Unis, à l’engagement pris à Camp David en 1978 et à Oslo en 1993, ainsi qu’aux principes du Quartette international.
Une mesure immédiate serait la reprise de conversations de paix entre Israël et les Palestiniens, interrompues désormais depuis six ans. Le président Mahmoud Abbas est le porte-parole officiel des Palestiniens, ainsi que le Président de l’Autorité nationale palestinienne et de l’Organisation de Libération de la Palestine, et il en a appelé de manière constante à des pourparlers de paix. J’ai demandé aux rabbins de rejoindre un effort visant à inciter le gouvernement israélien à se conformer à cette proposition. De plus, j’ai fait observer que le peuple palestinien était privé des besoins vitaux élémentaires par les restrictions économiques qui lui sont imposées par Israël et les Etats-Unis, au motif que 42 % des Palestiniens ont voté en faveur des candidats du Hamas aux dernières élections. Des enseignants, des infirmières, des policiers, des pompiers et d’autres employés ne sont plus payés, et l’ONU a fait savoir que les réserves de nourriture, à Gaza, équivalent à celles dont disposent les familles les plus pauvres de l’Afrique subsaharienne, la moitié des familles survivant en ne faisant qu’un unique repas quotidien. Mon autre requête était que les citoyens juifs américains contribuent à rendre moins lourd le calvaire des Palestiniens. Le président du groupe, le Rav Andrew Straus, suggéra alors que je dise clairement à tous les juifs américains que mon utilisation du terme « apartheid » ne s’applique pas à la situation à l’intérieur d’Israël [ah bon ? voir l’ouvrage de Susan Nathan : L’Autre côté d’Israël… ndt], que je reconnais la profonde préoccupation des Israéliens causée par la menace terroriste et les autres actes de violence commis par certains Palestiniens, et que la majorité des Israéliens veulent sincèrement vivre en paix avec leurs voisins. Le but de cette lettre est précisément de rappeler ces points. Nous avons ensuite formé un cercle en nous tenant par la main, tandis qu’un des rabbins priait. J’ai dédicacé des exemplaires de mon livre, comme mes interlocuteurs m’en avaient prié, et l’aumônier juif des armées, le Rav Bonnie Koppell m’a offert un livre de prières. J’ai consacré une bonne partie de ma vie d’adulte [conscient] à tenter d’amener la paix à Israël, et ma prière personnelle sera pour que tous ceux d’entre nous qui veulent voir les Israéliens jouir d’une paix durable avec leurs voisins se joignent à cet effort collectif. Sincèrement Jimmy Carter [Lien vers la lettre de Carter, sur le site du Carter
Center : °°°°°°°
Des effets pervers de l’aventurisme abbassienpar Abdel Bari Atwan in Al-Quds al-Arabiyy, 18 décembre 2006
Dès lors, les territoires arabes occupés, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, se sont transformés en champs d’affrontements entre partisans du mouvement Fatah et partisans du mouvement Hamas – affrontements qui ont causé, jusqu’à l’écriture de ces lignes, deux morts et une vingtaine de blessés. Le Hamas a refusé tout net cette initiative du président Abbas, qu’il considère anticonstitutionnelle, et d’autres factions palestiniennes on fait de même [c’est notamment le cas du Djihad islamique, des deux Fronts populaires (FPLP et FDLP), du Fatah Commandement général, ainsi que des Comités de Résistance populaire. Seul, un petit groupe de personnalités palestiniennes proches du cabinet présidentiel, comme MM. Yasser Abed Rabboh et le comité central du Parti du Peuple (ex-communiste), ainsi que divers dirigeants au sein du Fatah, ont soutenu l’initiative abbassienne]. M. Abbas était hésitant, quant à la convocation de ces élections, et cela apparaît clairement à travers le choix de la date où elles se dérouleront, comme s’il voulait, au moyen de ces élections, exercer des pressions sur le Hamas afin que celui-ci revienne à la table des négociations visant à la constitution d’un gouvernement palestinien d’union nationale… Mais Abbas s’est complètement planté dans ses petits calculs mesquins. En effet, son appel à des élections anticipées a eu raison des dernières lueurs d’espoir en une reprise du dialogue, causant une coupure qui risque de dégénérer en une sanglante guerre civile susceptible de durer des mois, si ce n’est des années. Et voilà que le soutien tripartite – israélo-américano-britannique – à ce va-tout abbassien vient encore compliquer – s’il est possible – la situation à tout le moins délicate de celui-ci, en rendre encore plus complexe la mission et soulever moult doutes et points d’interrogation quant à ladite mission, ce qui ne peut que renforcer la position de ses adversaires du mouvement Hamas, à moyen et long termes. En effet, le peuple palestinien n’a strictement aucune confiance en cette trinité impie, en ce nid de scorpions dans lequel il s’est fait piquer la main déjà plusieurs fois, lui qui souffre encore des complots que ce trio infernal avait ourdis – ce trio infernal qui se tient, pour l’essentiel – comme de juste – sans hésitation aucune dans le camp adverse… Le Hamas voit juste, quand il récuse toute nouvelle élection, et quand il insiste sur l’inconstitutionnalité de cette initiative, qui ne vise rien d’autre que la chute de son gouvernement et l’abrogation des résultats des dernières élections législatives, qu’il a remportées haut la main. En effet : à quoi bon affronter de nouvelles élections, et les remporter, si elles aboutissent au même résultat, c’est-à-dire à la continuation du blocus alimentaire à l’encontre du peuple palestinien, au boycott occidental et (partiellement) arabe du nouveau gouvernement sorti des urnes ? Le peuple palestinien doit-il absolument connaître le même sort que le peuple irakien, c’est-à-dire se rendre dans les isoloirs deux à trois fois dans la même année, pour participer une première fois à des élections provisoires, puis en vue d’un référendum constitutionnel, et enfin, pour élire le parlement définitif ? Le tout, pour découvrir, en fin de compte, que toutes ces élections ne lui ont rien apporté d’autre qu’une guerre civile des plus sanglantes, la disparition de l’ordre public, la généralisation de la corruption et l’absence des services publics les plus vitaux ? !
Celui qui a faim et qui est privé de tout, qui ne peut même pas acheter du pain à ses enfants, on ne peut en accepter le témoignage ; on ne peut pas non plus décemment permettre qu’il participe à de quelconques élections, car il voterait avec son estomac. Mais c’est peut-être là précisément le but réel recherché par Israël et par les pays donateurs, lorsqu’ils ont cessé de verser leurs aides financières au peuple palestinien, en représailles d’avoir élu le Hamas ? Nous aurions espéré que le Sieur Abbas commence par appliquer la démocratie qui lui tient tellement à cœur parmi les gens de sa propre maison – le Fatah – en réunissant, par exemple, un congrès général de ce mouvement, afin d’élire un nouveau conseil révolutionnaire et un nouveau comité central, car toutes les institutions actuelles de ce mouvement, qui monopolisent son processus de prise de décisions, ont pris des cheveux blancs et ont donc besoin d’être renouvelés et qu’on leur transfuse un sang neuf. Il est en effet illogique que dominent sur ce mouvement et sur sa direction les mêmes vieilles barbes qui occupaient déjà les premiers rangs à Fakhânî, puis à Tunis, pour finir par Ramallah… Nous redoutons plus les effets de l’initiative abbassienne pour le Fatah que pour le Hamas lui-même, car ce mouvement, le Fatah, qui a fait le sacrifice de milliers de martyrs – dont le dernier en date n’est autre que Yasser Arafat – est actuellement menacé de scission et d’éclatement. Nous en avons perçu les prémices dans la présence de M. Fârûq al-Qaddûmî, secrétaire de son comité central, à Damas, aux côtés de M. Khâlid Mash‘âl, président du bureau politique du Hamas, du Dr. Ramadân Abdullah Shalah, secrétaire général du mouvement du Djihâd islamique et de M. Ahmad Jubrayl, chef de l’OLP Direction générale, ainsi que de M. Mâhir al-Tâhir, membre du bureau politique du Front Populaire [de Libération de la Palestine] : c’est là, en effet, la nouvelle coalition qui a refusé l’initiative de M. Abbas de convoquer des élections présidentielles et législatives anticipées, dans lesquelles ladite coalition voit une tentative de coup d’Etat contre la légitimité [du gouvernement Hamas actuel] . Et quand M. Abbas ironise au sujet de certains dirigeants de l’extérieur, qui se la couleraient douce dans leurs intérieurs confortables et qui n’ont pas souillé leurs souliers vernis avec la poussière du sol palestinien, il ne fait que se condamner lui-même, et certainement pas les plus de huit millions de Palestiniens qui vivent dans leurs divers pays d’exil contraints et forcés. Môssieur Abbas a simplement oublié – n’est-ce pas – qu’il faisait partie de ceux-là il n’y a pas si longtemps, lui qui n’est rentré au « pays » qu’à califourchon sur le dos du canasson dénommé « Oslo », marchandé au prix des droits des Palestiniens, et qui a conduit à encore plus de colonisation sioniste de peuplement, à encore plus de murailles racistes et à la rupture de l’isolement de l’Etat hébreu, tant de la part des pays arabes voisins que du reste du monde… Le Hamas endosse certes une partie de responsabilité dans la dégradation actuelle de la situation, dès lors qu’il s’est engagé dans un processus politique aux résultats courus d’avance, issu du giron de l’occupation et des accords d’Oslo. Mais il n’est en rien responsable du blocus financier et alimentaire, ni du désordre public, car il a trouvé des coffres vides, en arrivant au pouvoir, et une dette de plus de 2 milliards de dollars, à cause d’une multiplicité des services de sécurité et de la corruption de leurs dirigeants, ainsi que de la collaboration de certains d’entre eux avec les Israéliens et avec certains services de renseignement étrangers, comme l’a affirmé à plusieurs reprises le commandant Nâçir Yûsif, précédent ministre palestinien de l’Intérieur, et membre du comité central du Fatah.
Qu’est-ce donc, en effet, que cette « Autorité » dont le Premier ministre est humilié au point de passage de Rafah, qui doit poireauter, assis sur le trottoir tel un clodo, à attendre qu’on daigne le laisser passer, lui et sa délégation, et qui, quand il peut enfin traverser, se fait canarder ? ! ? Nous nous attendions à ce que les deux têtes de l’Autorité s’affrontent, tels des béliers, politiquement et démocratiquement. Mais quand ces chefs se mettent à dialoguer avec des balles et des obus de mortier RPJ, oubliant l’ennemi qui occupe la terre [de Palestine], retient des milliers de prisonniers dans ses geôles abjectes, et perpètre quotidiennement des massacres, c’est là quelque chose de surprenant et de choquant : cela contrevient à toutes les bonnes manières, et cela dépasse même toutes les lignes rouges… Peut-être d’un mal sortira-t-il un bien ? C’est ce que nous pensons, avec tristesse et accablement. Puisse cet effondrement représenter le début de la délivrance, du redressement de la situation, de la remise du processus historique sur ses rails ! Le peuple palestinien ne mérite pas cette légèreté
qui l’a atteint du fait de certains de ses propres enfants, après
tous les sacrifices qu’il n’a cessé de consentir,
tout au long du siècle écoulé. Dis-moi, Israël : quand tu n’auras plus ta tête de Turc palestinienne, tu ne seras pas un peu emmerdé ?
Maintenant que trois petits garçons ont été tués par les balles d’assassins (non-identifiés) ? Maintenant qu’un juge Hamas a été sorti de force de sa voiture et assassiné ? Voilà qui doit te faire rudement plaisir ? « Les Palestiniens sont – enfin (pas trop tôt, ces connards… !) – en train de tomber dans mon piège ! », t’entends-je penser. Le couvercle vient enfin d’être vissé sur ton fameux bocal, préparé amoureusement depuis si longtemps, dans lequel ces « cafards saouls » ne pourront plus que se débattre en vain, en se gueulant mutuellement dessus… Je te vois, là, enfoncé dans ton fauteuil national, te frottant les mains, triomphant, observant les Palestiniens en train – enfin ! – de s’étriper et de devenir, lentement mais sûrement, ce que tu as toujours prétendu qu’ils étaient. Peut-être es-tu un brin dégoûté ? Heureusement, ton sentiment irrémissible de supériorité ne te permet pas de gerber… Mais as-tu réfléchi à ce que tu pourras faire, au cas où cette direction palestinienne que tu méprises tellement finissait par se désintégrer ? Bien sûr, c’est toi qui les as mis dans cette merde… Cela fait des dizaines d’années que tu y travailles, d’arrache-pied. Tu as prévariqué, terrorisé, expulsé, mutilé, massacré leurs dirigeants, tu as banni ou tué leurs visionnaires et leurs philosophes, tu as financé et attisé le Hamas contre le Fatah ou le Fatah contre le Hamas, tu as mis leur démocratie à la poubelle, tu leur a piqué leur argent, tu les a emmurés, tu les as mis « au régime », tu t’es fendu la pêche devant leurs revendications, tu as menti au sujet de leur histoire, au monde entier et à toi-même… Mais que vas-tu faire, Israël, si cinq millions de Palestiniens se retrouvent à vivre, en fin de compte, sans aucune élite gouvernante, sous ta propre souveraineté ? Que feras-tu, quand ils auront perdu toute capacité de négocier avec toi ? As-tu réfléchi au fait que dans les territoires que tu contrôles, les Palestiniens sont aussi nombreux que tes ressortissants ? Et que tu es en train de détruire leur expression unifiée ? As –tu pensé à ce qui t’arriveras si les Palestiniens perdent vraiment cette voix ? Peut-être est-ce que tu penses qu’il te suffirait de libérer le fric et les flingues du Fatah pour que celui-ci ré-arrache son pouvoir des mains du Hamas et réinstalle le gouvernement palestinien fantoche de tes rêves roses ? Peut-être penses-tu vraiment que le Fatah est en mesure de ressuscité l’épave d’Oslo, sortir le bout de son nez des gravats des bureaux de l’Autorité palestinienne et récupérer le siège du conducteur de la nation palestinienne, comme avant ? Peut-être que tu te dis qu’avec juste ce qu’il faut d’échauffourées entre les factions et une pincée supplémentaires d’assassinats et un tantinet de famine, la nation palestinienne toute entière va se retourner contre le Hamas et l’éjecter du pouvoir, en faveur de M. Abbas et de son sourire piqué à la machine ? Mais comment peux-tu imaginer tout ça, alors même que le seul cas semblable, qui fait figure de test – l’Irak – est en ruines, et que les Etats-Unis et que la Grande-Bretagne tentent désespérément de filer à l’impérialiste [oups : à l’anglaise] ? Vis-tu encore tellement enfoncé profondément dans tes propres illusions, que tu puisses imaginer que la Résistance palestinienne ne serait que le fait d’un leadership néfaste ou sclérosé ? Qu’il n’y aurait nulle mémoire de l’expulsion et de la dépossession derrière l’esprit de résistance collective qui ne pourra qu’indéfiniment, et inévitablement, transcender une direction palestinienne, quelle qu’elle soit ? Crois-tu vraiment que du simple fait que tu puisses écraser ou coopter le Hamas et le Fatah, cinq millions de personnes vont simplement disparaître à jamais de la traînée sanglante que tu laisses sur le monde, au-delà des frontières jordanienne ou égyptienne, dans le désert infini, emportant en hâte ce qu’ils pourront emmener – vêtements, enfants et souvenirs patinés – dans une sorte de grand remake de 1948 ? Penses-tu vraiment que si la communauté internationale, de guerre lasse, va se lasser de te demander de négocier avec les gens que tu as dépossédés et discrédités, tu pourras en quelque sorte te balader en sifflotant, soulagé de voir oubliés les crimes que tu as perpétrés envers eux ? Nous savons que tu continues à poursuivre ce vieux, fatal et futile fantasme : enfin ressusciter le rêve sioniste, en démolissant le nationalisme palestinien. En brisant l’unité nationale palestinienne sur les écueils de l’occupation. En réduisant les Palestiniens à l’état d’Indiens dans des réserves, déclinant à petit feu vers le désespoir, l’alcoolisme et l’émigration. En les rendant totalement indifférents, pour toi. Mais j’ai un truc à te dire, Israël. Aux Etats-Unis, les autochtones amérindiens n’ont jamais baissé les bras. Atteints et humiliés comme ils le sont, ils connaissent leur histoire, et ils se souviennent de leur dol. S’ils sont marginaux, c’est uniquement parce qu’ils ne représentent que 1 % de la population des Etats-Unis. Les Palestiniens, eux, sont cinq millions : ils sont aussi nombreux que tes juifs ! Et ils vivent à l’intérieur de tes frontières. Quand leurs dirigeants se détruiront eux-mêmes, en se malmenant mutuellement comme des béliers dans un combat à mort, ils deviendront finalement cinq millions de paire d’yeux courroucés fixés sur toi, car tu seras l’ultime pouvoir à les dominer. Et tu seras sans défense, parce que ton abri de papier – tes Quisling du Fatah ou de l’ « Autorité » « palestinienne » ne seront plus que des bibelots endommagés, de la vaisselle fêlée, des has been discrédités, foutus. Alors, il n’y aura plus que toi et ceux que tu as dépossédés – toi, et les Palestiniens – dans un seul Etat, sans Oslo et sans Feuille de Route pour te protéger ! Alors, je peux te dire que les Palestiniens – pour le coup – te haïront, et pour de bon ! Alors, peut-être, prendras-tu conscience de ta bévue, quand la désintégration de l’unité nationale palestinienne se répandra, telle un tsunami, dans l’ensemble du Moyen-Orient, conjoignant ses forces avec le tsunami débordant de l’Irak, dévastant l’ensemble de la région et te revenant en pleine gueule ?… En te voyant te fabriquer cette catastrophe de tes propres mains, nous en venons à penser que tu es sans doute, ni plus ni moins, suicidaire ? Nous pourrions nous contenter d’observer [en nous frottant les mains, à notre tour… ndt], mais ton cheminement vers la ruine est lourd de trop de souffrance, pour trop de personnes. Reste que même si nous voulions éviter ton pacte unilatéral de suicide collectif avec les Palestiniens, y a-t-il quelqu’un, que nous puissions appeler à l’aide ? Nous pourrions appeler le Hamas à – enfin – se mobiliser de pied en cap, car lui seul a la capacité de lancer une campagne de désobéissance civile sur une échelle massive, seule à même de paralyser le poing d’acier d’Israël. Mais le Hamas n’a aucune expérience dans ce domaine, et ses hommes d’Etat sont d’ores et déjà cernés par les flingues que tu as offert aux malfrats du Fatah… Nous pourrions exhorter le chef des malfrats du Fatah, ce M. Abbas qui se roule comme une serpillière aux pieds des dirigeants israéliens, à tenter de se retrouver une colonne vertébrale. Ou encore l’ubiquiste M. Erekat, qui n’a jamais eu la moindre vision politique de sa vie, de s’en inventer une, du jour au lendemain… Nous pourrions encourager les malfrats du Fatah à rejeter MM. Abbas et Erekat, ainsi que les contrats plantureux de fournitures de ciment que tu leur a soumissionnés afin d’ériger le Mur qui les emprisonne, et à rechercher un haut du pavé qu’ils n’ont jamais aperçu de leur vie. Nous pourrions quémander des microscopiques FPLP et FDLP, accrochés à leurs programmes surannés, trop rassis pour être mangeables et rongés par leur amertume recuite pluri-décennale et leur rivalité avec le Fatah, qu’ils lèvent enfin le nez et regardent au-delà de leurs rancœurs anciennes et d’hier. On pourrait faire appel aux Etats-Unis, mais personne ne s’avise de le faire. On pourrait faire appel à l’Union européenne, mais personne ne s’avise de le faire, non plus. On pourrait faire appel au monde, mais il se contente de rester, là, hébété. On pourrait faire appel aux médias mondiaux, mais ils sont gelés, le cul à l’air. Donc, le seul à qui nous puissions faire appel, c’est à toi, ô, toi, Israël… Pour te demander, à toi, ô, Israël, de penser à ce que tu es en train de fabriquer, à défaut de t’en préoccuper.
Si tu es tellement efficace, dans ce grandiose projet national – ta propre destruction – c’est parce que tu sais y faire, d’expérience. Même les gens les plus courageux, les plus moraux et les plus sensibles, comme tu as eu l’occasion de l’apprendre, ne sauraient supporter indéfiniment de vivre dans un camp de concentration. A un certain moment, comme les historiens de l’Holocauste l’ont fureté avec un tel pathos, c’est l’humanité [des déportés] qui finit par s’effondrer. L’héroïsme individuel peut survivre, on peut en conserver et chérir la mémoire. Mais l’ordre, l’humanité et, en fin de compte, les sentiments humains pourrissent et se décomposent en querelles de factions et en l’inhumanité de l’homme envers son semblable. Cela, tu ne le sais que trop bien, tu sais amèrement de quelle manière le chaudron concentrationnaire peut faire se dissoudre jusqu’au tissu même d’une société et éparpiller les humains. Cette leçon est gravée, littéralement, au fer rouge dans ta mémoire nationale. Et tu est en train d’appliquer ces leçons, en tentant de purger la tragédie du sionisme et réduisant Gaza en ruines. Mais si tu récoltes en réalité le chaos que tu es en train de fabriquer aux Palestiniens, tu ne tarderas pas à découvrir qu’il n’y a personne d’autre de responsable de ces cinq millions de civils palestiniens que : TOI ! Alors, que vas-tu faire, Israël, de cinq millions de personnes soumises à ta loi, quand tu ne pourras plus faire croire au monde entier que tu as l’intention de négocier avec elles ? Que feras-tu de ces personnes que tu détestes et qui – elles y ont mis le temps ! – te détestent elles aussi au dernier degré, quand les visions de coexistences auront en fin de compte échoué ? Tu seras le seul pouvoir étranger à les écraser. Tu ne pourras ni les digérer, ni les dégueuler. Et ils continueront à te dévisager. Et nous aussi ! Oui : toi ! Parce qu’il n’y aura personne d’autre à tenir pour responsable. Ni personne d’autre ne pourra les prendre en charge. Rien que toi… [* Virginia Tilley est professeur de sciences politiques. De nationalité américaine, elle travaille en Afrique du Sud. Elle est l’auteur de l’ouvrage The One-State Solution: A Breakthrough for Peace in the Israeli-Palestinian Deadlock (La Solution à Un Seul Etat : Une solution pour sortir de l’impasse israélo-palestinienne, en vue de la paix) [University of Michigan Press and Manchester University Press, 2005]. Voici son adresse mél : tilley@hws.edu ] °°°°°°° Le piège de la reconnaissance d’Israël
Telle était, tout du moins, l’essence d’un récent discours du Premier ministre israélien Ehud Olmert, au cours d’une visite dans le Néguev, discours dans lequel il suggéra l’idée que son pays tendrait une main généreuse vers les foules affamées de Gaza, à travers les sables du désert, si – et seulement, si – le Hamas voulait bien faire acte de contrition. « Reconnaissez-nous, et nous sommes prêts à parler de paix », disait l’allusion voilée mais néanmoins transparente. Une chose est sûre : le peuple palestinien a été puni de manière scélérate d’avoir procédé à un choix démocratique, au début de cette année, en élisant un gouvernement Hamas qui n’a pas l’heur de plaire aux puissances occidentales, dont Israël : - imposition d’un blocus économique privant l’Autorité palestinienne des revenus lui permettant de financer les services vitaux et de rémunérer son personnel pléthorique ; - des millions de dollars de taxes dues aux Palestiniens sont illégalement gelés par Israël, ce qui ne fait qu’exacerber la crise humanitaire ; - un blocus physique sur Gaza, imposé par Israël, interdit depuis lors aux Palestiniens d’exporter leurs productions, constituées essentiellement de produits agricoles périssables, et d’importer des produits indispensables, dont notamment certaines denrées alimentaires et la plupart des médicaments ; - les frappes militaires israéliennes ont endommagé les infrastructures vitales de Gaza, dont les réseaux d’eau potable et d’électricité, tout en tuant des habitants à l’aveugle ; - enfin, des milliers de familles sont déchirées, Israël prétextant de son conflit avec le Hamas pour ne pas renouveler les visas des Palestiniens détenteurs d’un passeport étranger. La formule magique « Nous vous reconnaissons » pourrait mettre fin à ces souffrances. Alors, pourquoi leur Premier ministre, Ismail Haniyyéh, a-t-il juré, la semaine dernière, qu’il ne les prononcerait jamais, à aucun cas ? Le Hamas est-il tellement empli de haine et de mépris pour Israël en tant qu’Etat juif qu’il serait incapable de faire cette simple déclaration de bonne intention ? Il est certes très facile d’oublier que même si les conditions se sont détériorées considérablement dans la période récente, les problèmes des Palestiniens n’ont pas commencé avec l’élection du Hamas. L’occupation israélienne entre dans sa quatrième décennie, et aucun dirigeant palestinien n’a jamais été capable d’arracher à Israël une quelconque promesse de réelle souveraineté et, ce, sur la totalité des territoires occupés : ni les mukhtars, ces dirigeants locaux dans une très large mesure complaisants, lesquels, durant des décennies, furent les seuls représentants autorisés à parler au nom des Palestiniens après l’expulsion de la direction nationale palestinienne ; ni l’Autorité palestinienne sous la direction laïque de Yasser Arafat, qui revint dans les territoires occupés au milieu des années 1990, l’OLP ayant reconnu Israël ; ni le leadership dirigé par son successeur Mahmoud Abbas, un « modéré » qui fut le premier à en appeler à ce que fût mis fin à l’Intifada armée ; ni même, aujourd’hui les dirigeants du Ham |