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6 decembre 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr

Palestine

Frelons bioniques
Parmi les nano-armes d’Israël : l’Italie

par Manlio Dinucci, il Manifesto, 23 Novembre 2006

 

La prochaine étape : les « frelons » bioniques. Voilà que la « colombe » Shimon Peres est à présent en charge du nouveau programme israélien sur les armes miniaturisées. Grâce au traité de coopération militaire entre l’Italie et Israël, même les scientifiques italiens peuvent à présent contribuer aux guerres de Tel-Aviv.

 

Des essaims de « frelons bioniques », des mini-robots volants, s’infiltrent dans Gaza et au Liban, pourchassant des ennemis, et, une fois ceux-ci détectés, les tuent avec de petites charges explosives d’un type nouveau. Est-ce de la science-fiction ? Non, simplement de la science, tout court. En tous cas, de cette science la plus avancée connue sous le nom de « nano-technologies », sur lesquelles Israël parie. Le Premier Ministre Ehud Olmert – nous informe le quotidien israélien Yediot Aharonot du 17 novembre 2006 – a décidé de constituer un nouveau bureau chargé du développement d’un « arsenal de conception nano-technologique ». A cette fin, il a délégué au Vice-Premier Ministre Shimon Peres (le père de la bombe atomique d’Israël) la responsabilité de choisir quinze experts parmi les plus éminents, issus du milieu académique, de l’industrie de haute-technologie et du monde militaire.

 

Israël, conjointement avec les USA et le Royaume-Uni, est à l’avant-garde de la recherche en nano-technologies, cette science qui crée des structures microscopiques en les assemblant atome par atome. A l’intersection entre la physique, la chimie, la biologie et la mécanique, elle peut conduire à de grandes réalisations dans tous les champs de la science et de la technologie. Jusqu’à présent, cependant, ce sont les applications militaires qui ont donné la plus grande impulsion à la recherche : les nano-technologies ont vu le jour en laboratoire dans le cadre de recherches sur les armes nucléaires visant à créer des détonateurs toujours plus miniaturisés, et cependant fiables. Ces recherches, qui font l’objet d’une confidentialité absolue, doivent aboutir à la création d’armes certes miniaturisées, mais surtout de conception entièrement nouvelle.

 

Dans le quotidien britannique The Guardian du 4 septembre 2006, peu de temps après la guerre au Liban, Shimon Peres déclarait que les armes dont dispose Israël sont inadéquates pour des guerres de cette nature : « Il est absurde d’utiliser un hélicoptère ou un avion, qui coûtent plusieurs millions de dollars, afin de pourchasser une poignée de terroristes. » C’est pourquoi Israël a besoin « d’armes et de robots miniaturisés et commandés à distance, opérant sur le champ de bataille, et de conception révolutionnaire basée sur les nano-technologies. » Puis, après s’être vu confier par Ehud Olmert la tâche de constituer un comité spécial chargé d’accélérer les recherches dans ce domaine, Peres affirmait que « des prototypes de ces nouvelles armes sont prévus pour dans trois ans. »

 

Le gouvernement israélien a décidé d’encourager au maximum la recherche nano-technologique visant à des applications militaires. C’est justement dans ce domaine que l’Italie peut apporter une contribution d’importance, dans le cadre du traité de coopération militaire négocié en 2003 par le gouvernement Berlusconi avec le gouvernement israélien, puis entériné par le législateur en 2005 (Projet de loi 94, 17 mai 2005). Par cet accord, les deux gouvernements s’engagent à « encourager leurs industries respectives à mener des recherches sur des projets et des matières d’intérêt commun. » En outre, le ministre Moratti a initié 31 projets de recherche conjointe entre des entités italiennes – le CNR (Consiglio Nazionale delle Ricerche, Conseil National de la Recherche, NDT) et certaines universités – et des entités israéliennes – au premier rang desquelles les instituts Weizmann et Technion, qui mènent des recherches sur les armes nucléaires et de nouvelle génération. De ce fait, il est possible que la recherche italienne, qui ne s’occupe officiellement que d’objectifs civils, puisse être utilisée en vue de concevoir des armes d’un genre nouveau, sans que les chercheurs italiens ne le sachent.

 

Les liens entre recherches civiles et militaires ont été mis en lumière par le congrès « Le développement des nano-technologies : applications dans le cadre de la défense », organisé à Rome le 30 juin 2004 par le Secrétariat Général à la Défense et le Haut Commissariat aux Armements, en coopération avec l’université romaine La Sapienza. Au début du congrès, ouvert par les conférences du général Botondi et du professeur Carlo Rubbia, il a été mis en évidence – dans le cadre du plan national de recherche militaire (PNRM), créé en juillet 2001, un mois après l’entrée en fonction de Berlusconi en tant que Président du Conseil de la République italienne (l’équivalent de notre Premier Ministre, NDT) – qu’il est possible « d’utiliser des ressources militaires et civiles pour mener des études coordonnées. » Le PNRM permet « de promouvoir, évaluer et coordonner la recherche fondamentale dans les domaines d’importance stratégique et présentant un intérêt en termes d’applications militaires, en particulier pour le développement des matériels d’armement du futur. » A cette fin, il rassemble idées et propositions provenant des « partenaires internationaux ».

 

A présent, voilà ce que nous voudrions savoir : si, dans le cadre de cet accord, le partenaire israélien proposait (si ce n’est déjà fait) une coopération ouverte ou secrète afin de développer les nano-technologies militaires, que ferait le gouvernement de Romano Prodi ? Et, de manière plus générale, que va-t-il faire au regard de cet accord de coopération avec Israël ? L’annulera-t-il ou bien compte-t-il le maintenir sur ses rails, dans la lignée de ce qu’a initié Berlusconi ? Nous demandons une réponse claire et tranchée. Si possible avant que les premiers « frelons bioniques » commencent à voler, pour partie engendrés par la recherche militaire italienne.


Source : Il Manifesto

Traduit de l’anglais par Xavier Rabilloud et révisé par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique, à partir de la traduction en anglais de l’article original en italien, effectuée par Gianluca Bifolchi pour Tlaxcala. Cette traduction est en Copyleft : elle est libre de toute reproduction, à condition de respecter son intégrité et de mentionner auteurs et sources.

URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1690&lg=fr
Illustrations : Franz Muenz