![]() le quotidien online francophone et multilingue pour les Musulmans libres et actifs et leurs alliés ! Actualisé chaque jour avec des documents de référence sur tous les dossiers chauds ! 5 chaoual 1427 - 27 octobre 2006 - Couriel : redactionquibla@yahoo.fr |
Palestine,
miroir du monde
En
exclusivité pour le périodique espagnol Diagonal, deux poids lourds du militantisme
intellectuel propalestinien interviennent dans la polémique entre Santiago
Alba Rico et Raúl Sánchez Cedillo sur la responsabilité historique de l’État
d’Israël dans la tragédie du Proche-Orient
Faire ses comptes avec le sionisme : un
débat à quatre voix
Par Santiago Alba Rico, Raúl Sánchez Cedillo,
Khalid Amayreh et Gilad Atzmon, 25 octobre 2006
Un Palestinien
“de l’intérieur”, un ex-Israélien et deux
Européens débattent de la question de fond de la légitimité d’Israël : y
a-t-il une vie après le sionisme ?
Introduction
: enfoncer le clou
Par Manuel Talens
Faisant partie de ceux qui pensent que le sionisme
est une forme de racisme et refusant la fausse déduction selon laquelle toute
attaque contre l’appareil institutionnel de l’État d’Irsaël serait une marque
d’antisémitisme (alors qu’il s’agit de politique), les textes matérialistes de
Santiago Alba Rico me plaisent généralement, non seulement pour le langage
limpide et assuré qui les caractérise, mais aussi par affinité idéologique.
J’ai donc aimé son article Israël est le
danger [Diagonal, N.º 35, 19-07-2006]. Quelques semaines plus tard, j’ai lu
avec inquiétude la réplique de Raúl Sánchez Cedillo, Le danger, c’est la guerre (infinie) et le fanatisme [Diagonal, N.º
38, 14-09-2006], une collection de rengaines cryptosionistes de cette gauche
décaféinée qui fint toujours par apporter de l’eau au moulin de ses
sophismes.L’affrontement dialectique entre les deux penseurs méritait un débat
de haut niveau, me suis-je dit et, sans trop y réfléchir, j’ai demandé la
collaboration de deux personages importants dans le domaine théorique de la
resístanse palestinienne : l’un est Gilad Atzmon –ex-Israélien et ex-juif, musicien, écrivain et ennemi féroce du sionisme à partir d’une
position non-marxiste – et l’autre est Khalid Amayreh, écrivain et journaliste
palestinien respecté, collaborateur régulier de Middle East Internacional et Al-Ahram.
Tous les deux ont accepté d’emblée. J’ai donc mis en marche la machine de
Tlaxcala – le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique dont je fais
partie -, traduisant en anglais les deux articles d’Alba Rico et Sánchez
Cedillo pour les rendre accesibles à mes invités, puis traduisant en espagnol
leurs réactions. D’autres membres de Tlaxcala traduisent ces quatre textes en
français, en italien et en allemand (d’autres langues suivront) pour que, rapidement,
la version multilingue du débat puisse être consultable sur www.tlaxcala.es
et sur d’autres sites alternatifs.
Je cède donc la parole à Khalid Amayreh et
Gilad Atzmon pour qu’ils enfoncent le clou d’une défense inconditionnelle et
nécessaire du peuple palestinien, sans entraves sionistes, c’est-à-dire
racistes. Voici donc le débat. Ami lecteur, informe-toi et participe, si tu le
souhaites.
par Santiago Alba Rico
Depuis plus de soixante ans, l’Occident investit des
sommes sans précédent en armement, en dollars et en paroles, à seule fin de
cacher deux idées à la fois simples et terribles, lesquelles, mises ensemble,
ont de quoi nous faire trembler. La première, c’est que
Les Palestiniens ne sont peut-être pas le peuple le
plus brimé sur terre, mais ils sont manifestement le peuple le plus ouvertement
brimé sur terre ; ils ne sont peut-être pas le peuple qui a le plus
souffert, mais ils sont le peuple dont les souffrances sont les plus visibles,
de manière continue. Paradoxalement, cette visibilité (que même les mensonges
n’arrivent pas à cacher) rend les victimes encore plus vulnérables ; elle
confère une sorte de dimension biblique à l’agression : l’autorité d’une intervention
divine implacable, et, en face, les objets de l’ire divine, niés à la fois
moralement et ontologiquement. Le résultat de ces exactions est le paradoxe
suivant : plus les agressions israéliennes sont brutales, plus nous
estimons coupables ceux qui en sont les victimes. Plus les Israéliens sont
ouvertement hors-la-loi, plus
Aux yeux du monde, la capture légitime d’un soldat
envahisseur apparaît, de fait, immédiatement comme un crime monstrueux et la
cause première de la monstrueuse réponse israélienne. Une réponse qui menace de
massacrer un million deux cent mille personnes et de détruire deux pays
souverains ; la source religieuse de la légitimation du sionisme est ce
concept euphémique que des lâches appellent « recours proportionné à la
force » : à toute défense face à l’occupation répond un cataclysme,
et la « disproportion » même de ce châtiment prouve bien,
simultanément, l’existence de Yahweh et l’abjection de la victime.
Aucun Auschwitz n’a jamais renfermé 1 200 000
prisonniers ; mais c’est ce que fait Gaza. Aucun Auschwitz n’a jamais été
ouvertement célébré ni accepté ; c’est le cas de Gaza. Ce que les nazis
ont caché – manière pour eux de rendre leurs victimes sacrées – Israël l’exhibe
sans honte – manière pour lui de rendre son agression sacrée. La publicité du
crime alimente les ressources religieuses et extralégales qui gisent au cœur du
sionisme, offrant au monde sa justification controuvée. Mais Israël ne pourra
pas indéfiniment poursuivre cette agression religieuse devant toute l’humanité
sans susciter des rébellions, son propre effondrement, voire les deux.
Israël n’est peut-être pas l’État le plus injuste et
criminel de l’Histoire, mais c’est un État qui perpètre ses crimes depuis le
plus longtemps sans discontinuer et avec la plus grande impunité. Il est né
d’un crime, et chaque minute de la « normalité » de ses citoyens est
contemporaine d’un nouveau crime. Il a en permanence ses origines criminelles
devant les yeux, et il vit en permanence dans la généralisation de sa violence
originelle, comme ces malédictions des tragédies grecques. Au cours d’une
interview, remontant à 1984, Ariel Sharon disait qu’il était prêt à tuer un ou
deux millions d’Arabes si cela pouvait faire en sorte qu’Israël devienne un
« pays normal », avec un passé immoral, certes, mais avec un présent
propre et décent. Il entendait, par là, que les Palestiniens sont nos
« Indiens », nos « Morisques », nos « juifs ».
Eh bien non ! : tant que vos
« juifs » palestiniens résisteront, vous serez condamnés à vivre en
permanence dans votre passé criminel (et à devoir équilibrer ces origines
criminelles avec vos origines « mythologiques » : l’Holocauste).
Ce faisant, vous serez obligés de violer toutes les lois, de tuer des enfants
dans leur lit, de démolir des maisons, de déraciner des vergers, d’ériger des
murailles, de kidnapper des femmes, de bombarder des mosquées, d’enfermer des
millions de personnes dans des ghettos où elles seront condamnées à tenter de
survivre et de se morfondre dehors, de tuer des milliers de personnes de faim
et de soif, de devenir fous à cause de cette hubris de Yahweh… et d’exporter
votre terreur au Liban, en Syrie et peut-être en Iran. Votre loi implique
nécessairement ce dilemme mortel : soit
Dans sa forge, Israël met le mépris de la vie propre
à Al Qaïda, le « fondamentalisme » de l’Iran, l’ancien racisme de
l’Afrique du Sud, l’arsenal nucléaire de
Traduit de
l'anglais par Marcel Charbonnier
par Raúl Sánchez Cedillo
Nous avons publié « C’est Israël, le danger »,
de Santiago Alba-Rico, dans le numéro 35 de Diagonal (p. 5). L’auteur affirme,
dans cet article, que « depuis plus de soixante ans, l’Occident investit
des sommes sans précédent […] à seule fin de cacher deux idées […] :
que
En dépit de la difficulté inhérente à cette
question, j’irai droit au but : la thèse d’Alba Rico, exposée dès le titre
et parcourant son texte telle un fil rouge, est bien connue de nous tous, car
elle fait partie de cette guerre de déclarations à l’emporte-pièce qui, depuis
le début du vingtième siècle, accompagne la dispute territoriale entre les
Arabes palestiniens et les juifs (lesquels devinrent des Israéliens, après
1948). Mais ce qu’il y a de perturbant, là-dedans, c’est que cette contribution
d’un Occidental – sympathisant de la cause palestinienne et donc, du même coup,
partisan du panarabisme – n’ajoute rien de nouveau à la problématique : ni
de nouvelles idées, ni de nouveaux arguments, ni de nouvelles propositions ou
de nouvelles approches. En lieu et place, il contribue à consolider (dans [le
contexte de] notre inclination éthique aussi bien que [de] notre indignation
face à une guerre sans fin dans laquelle semble s’installer aujourd’hui le
conflit palestino-israélien, et [de] notre désespoir devant la souffrance
ininterrompue des populations du Moyen-Orient – à la fois la haine et le
fanatisme qui précisément vont [immanquablement] nous empêcher de dire ou de
faire quoi que ce soit de pertinent, en tant qu’Occidentaux, quoi que ce soit
qui soit autre chose que le fait d’ajouter tant notre aspiration à la vengeance
que notre cécité à un conflit qui a cessé d’être [seulement] régional depuis
fort longtemps. Un conflit, comme le fait observer Alba Rico, qui se dirige
vers une catastrophe de nature à détruire notre capacité de résistance
rationnelle et collective, et qui nous contraindra, à n’en pas douter, à
recevoir en partage notre quota d’horreur et de mort. Néanmoins, il semble que
cet « anti-impérialisme » débridé considère que certaines
catastrophes seraient plus acceptables que d’autres…
Dans son allégation, Alba Rico ne laisse de côté
aucune ressource rhétorique pour approfondir la plaie de la souffrance et pour
la transformer en un encouragement à la rage anti-israélienne. Toutefois,
jusqu’à présent, il n’y a que dans des textes révisionnistes que nous ayons
constaté des vertus heuristiques de la comparaison ainsi poussées à l’extrême,
comme cette juxtaposition des capacités respectives de Gaza et d’Auschwitz à
contenir des prisonniers – et, bien entendu [à en croire Alba Rico], le premier
de ces « camps » est, de loin, le pire. Posons-nous, voulez-vous
bien, la question suivante, sans même nous demander ce que le célèbre
révisionniste Mahmoud Ahmadinejad pourrait bien en penser : quelle cause
peut-elle bien avoir amené des écrivains de gauche à avoir un tel mépris tant
pour la signification historique et éthique de
Rien, absolument rien ne pourra empêcher que les
faucons israéliens, qui sont nombreux, n’entraînent leur pays au désastre, ni
que les apôtres jihadistes de diverses confessions ne coulent à jamais tant la
cause que l’existence même du peuple palestinien, en tant que sujet collectif,
si nous ne sommes pas capables, tout de suite, de créer da capo une nouvelle
narration tant du problème palestinien que du conflit palestino-israélien qui
soient susceptibles de nous permettre de penser et de pratiquer une résistance
qui conduise à la paix dans la région [et dans le monde], ainsi que de réaliser
une justice qui ne signifie en rien l’annihilation de l’ennemi mortel de
l’autre. Mais il faudra soumettre à la critique toutes les narrations fixant
les termes d’une guerre entre des peuples et des États. Il ne saurait y avoir de
justification historique ni à la conquête – le « grand Israël » - ni
à la « grande vengeance » encryptée depuis la fondation de l’État
d’Israël dans le mot d’ordre de « jeter les juifs à la mer ».
A cette fin, nous avons besoin de rigueur,
c’est-à-dire du contraire de la déformation des perspectives – cette Umkehrung,
dans laquelle le meilleur des Nietzsche focalisait sa bataille solitaire contre
la « rabies nationalis », c’est-à-dire ces « sentiments de
vengeance et de ressentiment », qui étaient déjà concentrés, à la fin du
vingtième siècle, sur les apôtres d’un « antisémitisme » sorti des
presses, à l’époque. Le « sionisme », tellement vilipendé, fut le
fruit d’une « rabies nationalis », d’une « rage
nationaliste », qui dévasta la première moitié du vingtième siècle, et
causa aux juifs d’Europe la plus atroce souffrance de toute leur histoire en
tant que communauté. Le sionisme et un nationalisme, c’est la volonté
collective d’avoir un pays, portée par ceux qui n’en ont jamais eu, depuis
Toutefois, le sionisme est [ici] accusé d’un
« crime » : le fait d’avoir été constitué en État, en 1948,
après que les Nations Unies se furent lavées les mains en pondant une
résolution fixant les modalités d’un partage du territoire colonial de
Nul ne saurait dissimuler les terribles crimes,
présents et passés, de l’État d’Israël ; l’épuration ethnique perpétrée
tant par l’Irgoun que par
Traduit de l'anglais par Marcel
Charbonnier.
par Gilad Atzmon
Les années m’ont appris que si les débats intellectuels
et les controverses idéologiques sont censés constituer des événements éclairants,
dans la plupart des cas, ils sont dans la plupart des cas emmerdants comme
la pluie. Reste qu’une bonne manière d’épicer un peu un débat fadasse consiste
à dénoncer les diverses méthodes et tactiques auxquelles les débatteurs ont
recours. Autrement dit : plutôt que d’essayer d’évaluer ou de saisir
un argument donné en fonction de ce qu’il entend éventuellement révéler, on
peut s’efforcer de mettre au jour ce qu’un argument donné a pour seule fin
de cacher.
Dans un article récemment publié par Diagonal sous le
titre « C’est Israël, le danger », Santiago Alba Rico affirme
qu’Israël représente la plus grave menace pour la paix mondiale. Il semble
qu’Alba Rico retire une vision éthique de ce qu’est Israël de la dernière phase
atteinte par la brutalité israélienne. De fait, à en juger au niveau
d’agression atteint par Israël au Liban et à Gaza l’été dernier, il ne reste
guère d’espace pour le doute. Israël est moralement en faillite.
Bien qu’Alba Rico présente une argumentation
valable, pertinente, aiguisée, concise et nette, sa base de départ est quelque
peu évidente. Il se contente d’accuser de meurtre l’assassin en plein jour.
Néanmoins, c’est en cela que réside la très grande force de son argumentation.
Des penseurs remarquables sont capables de faire en sorte que la complexité
semble simple, rétrospectivement. Leur rôle consiste à crier que le roi est nu,
avant que quiconque d’autre ne l’ait fait. Les grands philosophes n’ont pas
besoin de raisonnements historiques. Ils se débrouillent très bien, en l’absence
de toute pièce à conviction. Ils vivent très bien sans références
bibliographiques et sans citations interminables. Ils se contentent de
communiquer raisonnablement, en appliquant la raison. Les philosophes qui, de
surcroît, s’attèlent aux questions morales, ont tendance à être en phase avec
les esprits libres et éthiques. C’est là, très précisément, ce que fait Alba Rico,
avec grand succès.
Alba-Rico n’est
pas un politicien ; il ne cherche pas à suggérer une solution au conflit,
il ne lance aucun appel à « jeter les juifs à la mer ». Il se
contente de faire observer qu’Israël est en train de nous conduire à une
catastrophe imminente.
La tâche d’Alba Rico semble aisée ;
fondamentalement, il accuse de meurtre le massacreur en plein jour. En
revanche, Sánchez Cedillo vise l’impossible : dans un article publié dans
Diagonal (« Le danger : une guerre sans fin, plus le
fanatisme »), Sánchez Cedillo tente de réfuter Alba Rico en se faisant
l’avocat d’Israël…
De fait, Sánchez Cedillo s’attelle à une tâche quasi
impossible ; il se lance sur une piste que même les sionistes s’efforcent
d’éviter, et ce, depuis pas mal de temps. En fait, les sionistes ne tiennent
plus de « discours d’autojustification ». Avec le soutien de
l’Amérique et des centaines de bombes nucléaires à leur disposition, le droit à
l’existence d’Israël est maintenu à la pointe de l’épée, ou plus précisément,
par des millions de bombes américaines à sous-munitions, prêtes à être lancées.
La décision qu’a prise Sánchez Cedillo de défendre
une argumentation en faveur de l’existence de l’ « État réservé aux
seuls juifs » [le ‘Jews Only State’, le JOS, NdT], doit donc être perçue
comme une tâche héroïque. Après Jénine, après Gaza et après Beyrouth, il est
extrêmement difficile d’offrir à Israël une défense et illustration morale.
Sánchez Cedillo fait du mieux qu’il peut, et c’est la raison pour laquelle un
examen scrupuleux de son argumentation est extrêmement important, car il nous
permet d’avoir un aperçu de ce qui reste du « discours d’autojustification »
sioniste.
Il est parfaitement établit que, dans le discours
libéral démocratique d’après-guerre, celui qui domine le « signifié »
et celui qui donne sa forme à la réalité. Autrement dit, si vous voulez gagner,
vous devez apprendre à maîtriser la propagande. Bourrer le crâne aux gens,
c’est leur dicter des signifiés. Faire de la propagande, c’est aider les gens à
cesser de penser de manière indépendante et éthique. C’est détourner
l’attention du public, c’est détacher l’auditoire de la réalité, c’est détacher
les gens d’eux-mêmes, c’est rendre les individus aveugles à leurs propres
intuitions premières.
1 – Nom de code : ‘Israël’
Les sionistes ont tendance à dissimuler le fait
qu’Israël n’est rien d’autre qu’un nom de code pour un État national expansionniste aux
fondements raciaux. Israël est, fondamentalement, un nom de code servant à
désigner l’ « État réservé aux seuls juifs ». Israël n’est pas
simplement un État-nation innocent comme tente de nous le faire accroire
Sánchez Cedillo, il s’agit bien plutôt d’un État raciste, aux lois
discriminatoires déjà dénoncées par Hannah Arendt dans les années 1960, et qui
ne diffèrent pas catégoriquement des infâmes lois de Nuremberg.
Une fois que vous avez compris que le ‘signifiant’
Israël n’est rien d’autre qu’un ‘truc’ dont la seule raison d’exister est de
dissimuler le sinistre agenda sioniste raciste, vous êtes fondé à remplacer le
terme soi-disant innocent d’ « Israël » par sa signification
réelle, à savoir l’ « État réservé aux seuls juifs. »
Dans son commentaire, Sánchez Cedillo suggère que
« l’existence d’Israël ne saurait être remise en cause, tout au moins en
tant que point de départ vers une perspective de paix et de justice. »
A première vue, cette citation semble une affirmation
innocente et légitime. Toutefois, une fois le mot « Israël » remplacé
par sa véritable signification idélogique, nous obtenons :
« l’existence de l’État réservé aux seuls juifs
ne saurait être remise en cause, tout au moins en tant que point de départ vers
une perspective de paix et de justice »…
A l’évidence, du point de vue éthique, la citation
modifiée est une absurdité qui en dit long. A l’évidence, le concept
d’ « État réservé aux seuls juifs » doit être remis en cause
avant toute discussion à propos de « la paix » ou de « la
justice ». Ce qui est très inquiétant, c’est le fait que Sánchez Cedillo,
tout en le sachant parfaitement, préfère, plutôt que raisonner avec ses
lecteurs, les embobiner, détourner leur attention, à seule fin de gagner la partie,
tout en dissimulant la vérité.
2 – Aucun business n’arrive à la cheville du Shoah
business
Dans sa réfutation, Sánchez Cedillo repousse toute
comparaison entre Auschwitz et Gaza. Son argumentation semble valide, à
première vue : alors qu’Auschwitz était un « camp de la mort »,
Gaza est « simplement » une prison géante, où plus d’un million de
prisonniers affamés sont bombardés et investis quotidiennement par la puissante
armée de l’ « État réservé aux
seuls juifs ». Et puis, regardons les choses en face : ces
prisonniers respirent encore ! Il peut se faire que quelqu’un admette
qu’il s’agit là véritablement d’un argument imparable, dès lors que le
quelqu’un en question a été mentalement, intellectuellement, émotionnellement
ou physiquement circoncis. De fait, les sionistes et leurs thuriféraires ont un
mal fou à comprendre la raison pour laquelle l’argument cité plus haut n’arrive
pas à franchir les murs du ghetto juif et du discours sionocentrique.
Je vais essayer des les aider. Dès lors que ce sont
précisément les sionistes et leurs thuriféraires qui bloquent catégoriquement
tout processus de réexamen et de révision de
En revanche, la réalité de Gaza, de Jénine, de Bint
Jbeïl et de la banlieue sud de Beyrouth est le résultat d’une réaction
authentiquement éthique se développant à l’intérieur de toute pensée et de
tout esprit libres. Éprouver de l’empathie pour les Palestiniens est la
conséquence directe du simple fait d’être au monde. C’est la raison pour
laquelle cette empathie prend de si nombreuses formes, de si nombreux aspects.
Alors qu’Auschwitz est devenu partie intégrante de la politique occidentale
contemporaine et qu’il est intrinsèquement associé à tout ce que nous détestons
dans le discours politique occidental, ressentir de l’empathie envers les
Palestiniens, c’est rédimer l’humanisme, c’est prendre fait et cause pour David
et l’aider à vaincre Goliath.
Parvenu au terme de sa réfutation, Sánchez Cedillo
martelle que « l’existence d’Israël ne saurait être remise en
cause ». Au cas où quelqu’un se demanderait : « pour quelle
raison, au juste ? », Sánchez Cedillo s’empresse d’apporter la
réponse : « En 1968, Jean-Paul Sartre considérait
« insensé » d’attribuer le « rôle de l’agresseur » à l’État
d’Israël, dans la guerre de 1948 ». Alors, pensez-vous en vous-même,
« l’ « État réservé aux seuls juifs » devrait se voir
accorder un droit inconditionnel et illimité dans le temps à exister,
simplement parce que le grand Jean-Paul Sartre était soit mal informé, soit
intellectuellement handicapé, en 1968 » ? ! ?
Permettez-moi de suggérer que s’il s’agit là de la
meilleure entourloupe dont soient capables les défenseurs d’Israël, Israël et
le sionisme feraient mieux de ne compter que sur leurs canons, leurs chars et
leurs avions de guerre ! Ne serait-ce qu’intellectuellement, le droit à
l’existence de l’ « État réservé aux seuls juifs » est en effet
manifestement insupportable.
Traduit de l'anglais par Marcel
Charbonnier
La paix exige la disparition du sionisme
par Khalid Amayreh
Je suis un
Palestinien, qui vit depuis plus de 39 ans sous le joug de l'occupation
militaire israélienne, et qui a perdu trois oncles innocents sous les balles de
l'occupant. En tant que tel, je devrais pouvoir sans problème comparer Israël à
l'Allemagne nazie.
Il
est évidemment vrai qu'Israël n'a pas mis en place des chambres à gaz dans
les villes et villages palestiniens. Cependant, comme de par le passé, Israël
tue et tourmente sans trêve les Palestiniens en utilisant toute une variété
de méthodes qui, par leur brutalité et leur malfaisance absolue, ne diffèrent
pas significativement, par essence, du comportement des nazis.
En
outre, il est d'une importance cruciale de se rappeler que l'holocauste nazi
n'a pas débuté avec Auschwitz ni Bergen-Belsen, mais bien plutôt avec une idée,
un livre et une "Nuit de Cristal", le genre de choses qui, de nos
jours, abondent sans frein dans l'imaginaire collectif israélien, tandis que la
société juive israélienne continue de dériver vers un fascisme religieux et
ultra-nationaliste.
Ce
n'est pas un glissement du sionisme libéral vers un sionisme religieux, comme
le soutiendraient certains apologues pro-Israéliens. Il n'y a rien qui
ressemble de près ou de loin à un "sionisme libéral" ou à un
"sionisme démocratique". Ce sont des expressions contradictoires,
[des oxymorons, NdT].
On
nous dit que le propos du sionisme est de "construire un foyer national
pour les juifs." Cependant, pour ses millions de victimes, le sionisme,
c'est le déracinement et l'expulsion de la majeure partie du peuple palestinien
hors de son foyer ancestral, et sa dispersion vers les quatre coins du monde,
par le biais de la terreur organisée et de la violence. C'est là le hideux
visage du sionisme que l'Occident, en grande part, refuse de regarder en face.
En
effet, dès ses balbutiements, le sionisme considérait
Les
sionistes savaient fort bien que
Ce
fut un viol pur et simple, c'est encore un viol pur et simple, et ce sera
toujours un viol, et rien n'y change, que les faiseurs de mythes soient
célébrés et leurs mythes glorifiés.
En
fait, malgré déjà cinquante années d'existence de l' "État des
juifs", le but inavoué et cependant ultime d'Israël demeure l'expulsion
des Palestiniens, en majorité ou en totalité, hors de la zone qui s'étend du
fleuve Jourdain jusqu'à la mer Méditerranée.
En
effet, n'importe quel observateur occasionnel des médias israéliens sera
confronté ces temps-ci, quasi quotidiennement, à des remarques et des
déclarations émanant d'officiels israéliens, parmi lesquels des membres de
"Transfert",
voilà un mot qui est loin d'être innocent. Ce n'est rien d'autre qu'un
euphémisme pour "génocide", au moins un génocide partiel, puisqu'il
est à peu près impossible de mener à bien l'expulsion en masse et le nettoyage
ethnique de millions de personnes hors de leur patrie sans recourir au meurtre
et à la terreur de masse.
Eh
bien, n'est-ce pas justement la méthode qu'utilisèrent avec libéralité les
légions sionistes en 1948, afin de forcer la majeure partie des Palestiniens à
quitter leurs villes et villages ? [3] Dans son livre "The
Revolt" [4], Menahem Begin n'a-t-il pas comparé le massacre de Deir
Yassin à un miracle parce qu'il poussa des centaines de milliers de
Palestiniens terrorisés à fuir ?
Nous
devons impérativement appeler une pioche une pioche, particulièrement
lorsqu'elle est entre les mains de nos fossoyeurs [5]. Les sionistes sont comparables
aux nazis, parce que leurs actions et leur comportement sont comparables et
similaires aux actions et au comportement des nazis.
Car,
si les nazis cherchèrent à effacer les juifs en tant que peuple, les sionistes
[6] ont cherché à effacer les Palestiniens en tant que peuple. Il ne s'agit pas
seulement du dédain de Golda Meir demandant "Quels Palestiniens ?" ou
de certains officiels israéliens nous qualifiant avec mépris de "Gens de
nulle part" [7]. La destruction systématique de quelques 460 villes et
villages palestiniens par Israël (1948-1952) fut un acte nazi de premier ordre,
qui impliquait une indifférence et une négation absolues de et envers
"l'Autre", sans nulle raison que la non-judéité des victimes. (Les
maigres ruines de certaines de ces localités peuvent encore être observées
aujourd'hui, et ont fait l'objet d'une documentation et d'une recension
méticuleuse dans l'ouvrage monumental de Walid Khâlidî "All that
Remains") [8].
Malheureusement,
ce modus operandi [9], fait de racisme haineux et de terreur, reste
central dans la politique israélienne envers le peuple palestinien. Il n'y a
pas de preuve plus flagrante des intentions malveillantes d'Israël que la
construction à marche forcée de centaines de colonies exclusivement juives en
territoire occupé. Oui, tout ici est "réservé aux juifs". Colonies
"réservées aux juifs", routes "réservées aux juifs",
piscines "réservées aux juifs", et même les droits "réservés aux
juifs", puisque les non-juifs sont considérés, par une fraction des juifs
israéliens qui va s'élargissant, comme les fils d'un Dieu inférieur, voire
carrément comme de simples animaux.
Et
maintenant, voilà que nous avons ce mur gigantesque et maléfique, dont le but
prétendu est d'empêcher les combattants palestiniens de s'infiltrer en Israël,
alors que son objectif réel est d'annexer et de voler la part la plus étendue
possible du territoire palestinien.
En
2004,
Outre
les colonies, dans lesquelles demeurent les juifs les plus violents et racistes
qu'on puisse trouver au monde, Israël a toujours cherché à rendre la vie des
Palestiniens si insupportable qu'ils soient contraints à l'émigration.
Afin
de réaliser cet objectif maléfique, les gouvernements israéliens successifs
(qu'ils soient menés par le Parti travailliste [10] ou le Likoud [11]) ont
employé toutes les astuces légales concevables, y compris la mise en place d'un
double système judiciaire, libéral pour les juifs, intraitable pour les
non-juifs.
L'une
des manifestations de cet apartheid judiciaire réside dans l'incarcération à
durée flexible de milliers d'activistes, d'étudiants, de professionnels et de
professeurs d'université palestiniens, de même que des politiciens, y compris
des législateurs et des ministres, sans inculpation ni procès. (Depuis 1967,
Israël a arrêté plus de 800 000 Palestiniens).
Lorsqu'il
est apparu que ce système de répression institutionnalisée, notoirement
insidieux, avait échoué à faire émigrer les Palestiniens en nombre, Israël
recourut à une violence physique éhontée, terrorisant et tuant les Palestiniens
à la moindre "provocation", une violence fort semblable à celle des
armées hitlériennes à travers l'Europe occupée il y a plus de soixante ans.
Il
allait sans dire que les incursions et les raids de "pacification"
israéliens laisseraient nombre d'enfants et de femmes sans vie, de maisons
détruites, de fermes pulvérisées, de meubles vandalisés, et de routes et
infrastructures rasées au bulldozer. En bref, sous prétexte de "combattre
le terrorisme", cette entité comparable aux nazis commet toutes formes
concevables de crimes. Suite à quoi la plupart des médias occidentaux répètent
comme des perroquets la version israélienne, comme si les porte-parole de
l'armée israélienne étaient les parangons de la véracité et de l'honnêteté.
En
dernière analyse, lorsque les juifs [12] (ou qui que ce soit d'autre) se
comportent comme les nazis, ils doivent être comparés aux nazis. En effet, un
pays qui envoie ses chasseurs-bombardiers F-16 larguer des bombes d'une tonne
sur des immeubles résidentiels au beau milieu de la nuit, où sont endormis des
femmes et des enfants, un tel pays fait preuve d'une mentalité moralement
proche de celle de
De
plus, une armée dont les soldats assassinent avec insouciance et enthousiasme
des enfants en chemin vers leur école, puis s'assurent de leur décès en leur
déchargeant vingt balles supplémentaires dans la tête, ainsi qu'il est arrivé à
Iman Al Hamas dans la ville de Rafah il y a presque trois ans, et dont les
soldats qui se sont ainsi comportés sont blanchis et reçoivent une compensation
financière, une telle armée n'est pas réellement une armée de soldats
professionnels, mais une armée de voyous, de gangsters et de criminels de droit
commun. C'est une armée qui ne diffère que fort peu de
Oui,
des Palestiniens ont commis des attentats-suicide à la bombe contre des civils
israéliens et ont tué des quantités d'Israéliens innocents, souvent en
représailles pour le massacre d'enfants palestiniens par l'armée israélienne et
les colons juifs paramilitaires. Je condamne totalement et sans aucune
hésitation ces crimes suicidaires commis contre des Israéliens innocents. [14]
Néanmoins,
Israël ne peut pas mener les Palestiniens au bord de l'extermination physique
et de leur disparition en tant que nation, et en même temps hurler "Hamas,
terrorisme, attentats-suicide".
Le
poète usaméricain Auden a écrit :
"Le
grand public et moi-même savons
Ce
que tous les écoliers apprennent
Qui
subit le mal
Fera
le mal en retour" [15]
Et
en effet, que ferait n'importe quel peuple après 59 années d'oppression
"quasi-nazie" qui défie l'imagination ? Que ferait n'importe quel
peuple forcé de choisir sa mort : dans l'abattoir juif [12] ou en commettant un
attentat-suicide à la bombe ?
Israël
affirme ne pas tuer délibérément d'enfants ni de civils palestiniens. Il s'agit
là d'un mensonge manifeste et éhonté. Une erreur peut se produire une, deux,
dix fois. Mais lorsque le massacre de civils se produit quasi-quotidiennement,
cela s'appelle une politique. En dernière analyse, tuer sciemment, c'est tuer
délibérément.
Aujourd'hui,
Israël empêche des millions de Palestiniens de se procurer nourriture et
travail, ce dont furent également empêchés par
C'est toujours le même Israël qui vient de détruire une bonne
partie du Liban et de larguer 1,5 million de bombes à sous-munitions sur tout
le Sud-Liban.
Eh bien, 1,5 million de bombes peuvent tuer au moins 1,5 million
d'enfants.
Je sais parfaitement que les apologues pro-Israéliens, parmi
lesquels certains s'affirment héritiers de la grande tradition de gauche
d'opposition à l'oppression, sont tentés de façonner une certaine symétrie
morale entre Israël et les Palestiniens.
Mais, honnêtement, on pourrait demander : quelle symétrie
peut-il bien y avoir entre le violeur et sa victime, entre l'occupant et l'occupé,
entre le colon fanatique armé et le paysan palestinien terrifié qui doit s'en
remettre à la protection des "volontaires de la paix" occidentaux
face au vandalisme et à la sauvagerie du colon ?
Y a t'il un espoir de solution pacifique à cet amer conflit qui
dure ? Certainement, et il réside dans le démantèlement du sionisme et la
création d'un État unique, civique et démocratique en Palestine-Israël, où les
juifs et les arabes vivraient en citoyens égaux comme vivent aujourd'hui en
Europe de nombreux juifs et arabes.
Je dis que le sionisme doit disparaître car le concept d' "État
juif" implique nécessairement un racisme intrinsèque envers les non-juifs
[16]. Heureusement, il existe des juifs [12] de conscience et de bonne volonté
qui s'accorderaient sur une telle solution. Ils sont nos partenaires naturels
pour la paix.
Traduit de
l'anglais en français par Xavier Rabilloud.
Notes du traducteur
[1]
Lire à ce sujet de Rodrigue Tremblay "Le
mythe du « destin manifeste », rebelote"
sur : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1052&lg=fr
[2]
[3]
Emblématique de cette politique fut le massacre de Deir Yassin le 9 avril 1948.
Les habitants de ce village, qui avaient pourtant passé un accord de
non-agression avec les juifs, furent massacrés par l'Irgoun de Menahem Begin (qui deviendra plus tard Premier
Ministre d'Israël et… prix Nobel de la paix !). Au sujet de cette
politique d'expulsion dans son ensemble, on pourra lire avec profit "La
guerre de 1948 en Israël" de l'historien israélien Ilan Pappé, qui adopte
une position intermédiaire entre celle défendue par le non moins célèbre
historien israélien Benny Morris (chronologiquement le premier des "nouveaux
historiens" israéliens), et celle défendue par l'historien palestinien
Walid Khâlidî. Les divergences d'interprétation portent notamment sur le
"plan D" (ou "plan Dalet", "Dalet" étant la
lettre D dans l'alphabet hébreu) et sur sa dimension de préméditation et
d'organisation de l'expulsion des Palestiniens par la destruction, la terreur
et les massacres.
[4]
Littéralement "La révolte". Livre en anglais : Menahem Begin, The
Revolt, Dell Books, New York NY, 1978.
[5]
"to call the spade a spade", littéralement "appeler la bêche,
une bêche", c'est-à-dire en français : appeler un chat, un chat. Je n'ai
pas ici traduit par l'expression française habituelle, afin de conserver l'image
choisie par l'auteur.
[6]
Le lecteur remarquera qu'il s'agit bien ici des "sionistes" et non
des "juifs", entre lesquels il n'y a nullement identité. On peut être
juif et anti-sioniste, comme l'on peut être sioniste et non-juif, lorsque ce
n'est pas sioniste et anti-sémite (cf certains chrétiens fondamentalistes et
sionistes aux Etats-Unis par ex.).
[7]
"Never-landers"
[8]
Littéralement, "Tout ce qui reste".
[9]
Littéralement "mode opératoire" en latin.
[10]
Le Parti travailliste (HaAvoda) est le grand parti de "gauche".
[11]
Le Likoud est le grand parti de droite
[12]
Il serait à mon sens bien plus judicieux de parler ici des
"Israéliens" ou des "sionistes" et non des
"juifs". En effet, c'est là se soumettre à son insu au propre discours
d'Israël, qui se veut l' "État des juifs" et non pas l'État de tous
ses citoyens. C'est également, et peut-être d'abord, reprendre implicitement à
son compte la croyance qu'Israël et les sionistes s'efforcent de répandre, à
savoir que les juifs soutiennent unanimement l'existence d'Israël en tant qu'État
juif, ou du moins sa politique. A mon sens, l'auteur commet ici une erreur qui,
pour fréquente qu'elle soit, n'en est pas moins très dommageable. En clair, les
Israéliens sont certes des juifs à 80% (puisque 20% d'entre eux sont des
Palestiniens, non-juifs, intégrés à l'Etat d'Israël, de manière relative
puisqu'ils sont des "citoyens de seconde zone" avec des droits
inférieurs), et en nommant Palestiniens ceux qui vivent en Israël, on pourrait
aller jusqu'à dire que les Israéliens sont des juifs, MAIS les Israéliens ne sont pas (tous) LES juifs !
Le
langage est aussi une des armes qu'affectionne Israël, et puisque ce texte met
en exergue la légitimité d'une comparaison entre Israël et le régime nazi, il
faut rappeler ici l'analyse que le philologue juif allemand Victor Klemperer a
faite de la langue asservie par le nazisme dans son magnifique journal
"LTI : Lingua Tertii Imperii, la langue du IIIe Reich". Il
y reconnaît la difficulté à s'abstraire des modalités du discours nazi, auquel
les juifs allemands, et Klemperer lui-même, pourtant linguiste, succombent sous
ses yeux. Autre point résolument important, il établit clairement une
comparaison et un parallèle étroit entre le discours de Hitler dans "Mein
Kampf" [Mon combat] et celui de Theodor Herzl (principal leader et
théoricien du sionisme fin XIXe - début XXe siècles) dans
son ouvrage "fondateur" du sionisme, "L'État des Juifs".
[13]
[14]
Il n'en reste pas moins que l' "innocence" de ceux qui, parmi les
citoyens d'un pays né d'une telle injustice et d'une telle violence, ne
s'élèvent pas contre cette injustice et cette violence, cette innocence-là peut
être sujette à discussion. Cela ne justifie bien sûr en rien le recours au
terrorisme à leur encontre, et, bien évidemment, les civils israéliens victimes
des attentats-suicide ne sont pas tous, loin s'en faut, d'inconditionnels
supporters de la politique sioniste, et parmi les familles touchées, certaines
se sont organisées en faveur de la paix, faisant montre d'une admirable
capacité à comprendre le malheur du peuple palestinien, et donc à pardonner.
[15] "I and the public know / What all school
children learn / Those to whom evil is done / Do evil in return"
[16]
C'est le traducteur qui souligne
[17]
Si seulement il ne s'agissait que d'obscurité ! L'absence d'électricité est
bien plus dramatique que cela. Voir par exemple ce
qu'en écrivait le 5 juillet 2006 le Dr Virginia Tilley dans son article "Mourir de faim dans le noir – Les bombardements
épouvantables de
[18] Ici encore, on peut regretter que l'auteur se laisse aller à un
amalgame entre racisme (qui de la part des Israéliens s'exerce envers la figure
de l'arabe, et non pas envers la
figure du gentil, c’est-à-dire du non-juif) et une autre forme d'ostracisme, religieux
celui-là et également bien réel, envers les non-juifs. Mais je ne vois pas
comment on peut le nommer "racisme". Il y a dans l'attitude
israélienne deux formes distinctes et complémentaires de rejet, qu'il ne faut
pas confondre.
A mon sens, et c’est un point de débat plus qu’une certitude,
considérer l’antisémitisme ou l’islamophobie comme des sous-catégories du
racisme, me semble, sinon erroné, au moins réducteur : je vois là plutôt
des formes d’ostracisme et d’essentialisme influencées ou dérivées du racisme, mais qui ne s’y
confondent pas.
Les auteurs
Le philosophe Santiago Alba Rico a écrit de nombreux
essais et ouvrages traitant d’anhropologie, de philosophie et de science
politique. Il vit dans le monde arabe depuis dix-huit années, et il a traduit
en espagnol le poète égyptien Naguib Surur et l’écrivain irakien Mohamed
Judayr.
Raúl Sánchez Cedillo appartient à l’Universidad
Nómada (Spain)
Gilad Atzmon
est un célèbre musicien de jazz, philosophe, écrivain et militant.
Khalid Amayreh est un journaliste palestinien
résidant en Cisjordanie. Il collabore à de nombreuses publications. On peut trouver
nombre de ses articles traduits en français sur le site de Tlaxcala.
Illustrations de Ben Heine, Bruxelles
Source : http://www.tlaxcala.es
Versión española :
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=40048