Ayant
constaté que toutes les "solutions" proposées
au conflit israélo-palestinien ont échoué à
ce jour, plusieurs centaines de citoyens du monde entier - Israéliens,
Palestiniens, Européens, Américains, Africains - se
sont engagées pour l'objectif d'un seul État démocratique
en Palestine/Israël. La principale association internationale
militant pour cet objectif est à ce jour l'Association pour
un seul État démocratique en Palestine/Israël,
créée à Lausanne le 15 avril 2003. C'est dans
cette ville que les partisans d'un seul État ont organisé
leur première conférence internationale du 23 au 25
juin 2004. Cette conférence a adopté le texte d'une
déclaration finale [voir ci-dessous], qui servira de "feuille
de route" pour le travail ultérieur en faveur de cette
solution, la seule réaliste et possible. On trouvera ci-dessous
des documents et des renseignements pratiques pour alimenter la
campagne mondiale pour un seul État démocratique,
ouvert à tous les habitants de la Palestine historique et
fondé sur le principe : "Une personne, une voix".
L'ensemble des documents publiés en diverses langues par
l'Association peut être consulté sur le site internet
de l'Association : http://www.one-democratic-state.org/.
Il n’y aura ni paix, ni développement
durable, ni désarmement au Moyen-Orient tant qu’existera
l’État sioniste
par Ginette Hess Skandrani Paris, 26 août
2006
L’auteure est présidente de
l’Alliance zapatiste de libération sociale (France),
membre du bureau de l’Association internationale pour un seul
État démocratique en Palestine/Israël, membre
fondatrice des Verts (France).
Courriel : linala@club-internet.fr
L'acharnement
criminel d'Israël contre la résistance libanaise durant
tout un mois, massacrant des populations civiles dont de nombreux
d'enfants nous a prouvé que cet État n'avait pas sa
place au Moyen-Orient. Si l'État sioniste avait été
un véritable État intégré dans cette
région, il ne se serait jamais permis ce crime atroce sous
prétexte de chercher deux militaires capturés sur
la terre libanaise. Mille cinq cent victimes plus tard, des milliers
de maisons, de routes et de champs détruits, toutes les infrastructures
libanaises à reconstruire, des milliers de réfugiés
errant toujours sur les routes, et toujours d'actuelles et futures
menaces sionistes, quelle instance internationale obligera l'État
sioniste à réparer les dommages physiques et moraux
causés au peuple libanais ?
Pourquoi les responsables de ce drame s'estiment-ils investis d'une
justice divine les autorisant à punir tout un peuple, tout
en se prétendant dispensés de réparation de
tous ces crimes gratuits ?
De quel droit, cette entité, étrangère à
cette terre arabe, peut-elle prétendre y faire la loi et
semer tant de destructions ?
Rappelons-nous, la guerre contre l'Irak en 1991 après que
le Président irakien, Saddam Hussein eut envahi son petit
voisin, et la coalition créée à cette occasion
pour soi-disant libérer le Koweït. Olmert, lui, a fait
bien pire que Saddam, il a détruit le Liban. Où est
la coalition qui lui demandera de rendre des comptes ?
La résistance libanaise a admirablement combattu la plus
grande puissance militaire du Moyen-Orient et démontré
qu'Israël n'était pas infaillible et pouvait être
vaincu si les peuples voisins voulaient bien s'en donner les moyens
et ne plus faire tous ces compromis avec les Usraéliens.
Heureusement que le Hezbollah a empêché momentanément
les visées expansionnistes d'Israël. Personne n'a le
droit d'exiger son désarmement. Les combattants du Hezbollah
sont libanais, ils sont chez eux et c'est à l'ensemble du
peuple libanais de décider de l'avenir et de la souveraineté
du Liban et de sa résistance armée. Le Hezbollah,
mouvement de résistance, qui a défendu son pays, n'a
pas à figurer sur la liste terroriste établie par
les USA sous injonction des sionistes. Toutes ces voix qui s'élèvent
actuellement en France pour féliciter sa résistance
feraient mieux d'exiger que son nom soit enlevé de cette
liste absurde.
Pendant ce temps et vu que les yeux de toute la communauté
internationale sont tournés vers le Liban, l'État
sioniste profite pour continuer à massacrer sournoisement
les Palestiniens, détruire leurs maisons et leurs champs
en terrorisant les populations afin de mieux les tétaniser,
voulant les punir pour leur vote démocratique en faveur d'un
mouvement de résistance à la colonisation des terres.
Là aussi l'entité sioniste, colonialiste et arrogante
se prétend investie de la justice divine qui lui octroie
une supériorité sur les populations autochtones héritières
de ces peuples qui ont jalonné au cours de l'histoire, ces
terres ancestrales.
L'État sioniste, État des Juifs donc ethnico-théocratique
est une création européenne, imposée à
ces populations, dans toute leur diversité culturelle et
cultuelle, par un acte indigne de la communauté internationale
: la résolution 181, imposant la partition de la Palestine.
Votée le 29 novembre 1947 par la toute jeune ONU par 33 votes
pour, 13 contre et 10 abstentions, sans avoir consulté les
populations autochtones, ni les peuples voisins, cette résolution
illégitime, a créé : - Un État juif
sur 56, 47 % de la Palestine historique pour 498 000 juifs. - Un
État arabe sur 43,53 % du territoire pour 807 000 Palestiniens
et 10 000 juifs. - Un régime de tutelle internationale pour
Jérusalem avec 105 000 Palestiniens et 100 000 juifs. La
résolution 181, puis la déclaration unilatérale
de création d'Israël le 15 mai 0948, sont responsables
de la déstabilisation de cette région qui dure jusqu'à
nos jours. Les conquêtes et occupations successives pratiquées
par l'État sioniste au cours de différentes guerres,
n'ont fait qu'accentuer les problèmes et les rancoeurs des
populations lésées.
Israël est également une puissance militaire, possédant
plusieurs sortes d'armements nucléaires, chimiques et biologiques
largement fournis par les USA, la Grande-Bretagne. et la France,
et doté des dernières découvertes techniques
fournies sournoisement par les USA, qui prend, de ce fait, toutes
les populations voisines en otage.
Qui parle de désarmer Israël ? L'Iran, interpellé
par la communauté internationale et sommé d'arrêter
ses centrifugeuses, ne cherche en fait qu'à rétablir
un équilibre face à cette terreur imposée par
l'État sioniste. Avant d'empêcher l'Iran de produire
la bombe, il faudrait exiger et programmer le démantèlement
des armes de destruction massive du côté israélien.
Si la communauté internationale veut retrouver sa légitimité
perdue par deux guerres illégales et combien meurtrières
(Irak, Liban) elle devra prendre en compte le droit de tous les
peuples à se défendre et arrêter ces "
deux poids, deux mesures " dès qu'il s'agit de l'État
juif.
Promouvoir un seul État démocratique (« un
être humain, une voix ») sur la terre où sont
nées les trois religions du livre qui ont donné naissance
à de grandes civilisations, nous semble la seule solution
envisageable afin de ne léser personne et permettre à
cette terre de bénéficier d'un développement
durable s'intégrant dans une région arabe.
La promotion de deux États, soutenue par tous ceux qui veulent
justifier un État ethnico-théocratique tout en versant
des larmes de crocodiles sur ces pauvres Palestiniens et dernièrement
ces pauvres Libanais nous semble une proposition irréalisable.
Qu'Israël profite de plus de 72 % des terres de la Palestine
historique, laissant 28 % aux autochtones de cette terre, truffés
de colonies de peuplement juif, de routes de contournement, cachés
derrière un mur de prison et sans ouverture vers le monde,
est contraire aux lois internationales. Le droit au retour de tous
les réfugiés, le démantèlement de toutes
les colonies, la destruction du mur de la honte, l'ouverture sur
la région et sur le reste du monde ne peuvent se réaliser
que dans le cadre d'un seul État englobant Palestine/Israël,
multiethnique, pluri-religieux et multiculturel. Cet État
pour tous ceux qui veulent le construire, au-delà des rivalités
religieuses ou politiques, devrait être soutenu et encouragé
par tous les progressistes de la planète.
Le colonialisme, une des plaies héritées des siècles
passés, ne doit pas continuer à polluer ce troisième
millénaire. Mobilisons-nous afin de l'éradiquer dans
la région moyen-orientale et ailleurs.
03/09/06 - Réaction d’un lecteur
d’Islande à l’article de Ginette Hess Skandrani
Salut Ginette,
J'ai reçu ton article « Il n'y aura ni paix, ni
développement durable, ni désarmement au Moyen-Orient
tant
qu'existera l'État sioniste ». Grand merci pour l'article.
Je souscris à ta thèse et pourrais encore ajouter
d'autres arguments
qui renforcent cette thèse. Une des raisons pour laquelle
je souscris
à la thèse qui est énoncée dans le titre
de ton article, est qu'un État
juif doit, par définition, s'entourer de barrières
réelles et
virtuelles pour éviter l'intégration de la population
juive et son
assimilation. Le concept d'un État juif requiert le maintien
d'un
"ghetto national". Or pour maintenir un "ghetto national",
il ne faut
surtout pas qu'une situation de paix permanente à frontières
ouvertes se développe, car une paix permanente entre l'État
juif et ses
voisins finira par miner le caractère "juif" de
la société. D'où la
nécessité de maintenir en permanence un état
de tension entre
Israël et ses voisins, si besoin avec des provocations. Certes,
l'État
juif ne désire pas les guerres qui pourraient détruire
leur État. Mais il
désire que ses voisins restent impuissants et haîssent
les juifs.
Je pense par contre que l'argument rejetant la résolution
181
(partition) n'est pas assez solide. Un contre-argument serait que
même si la décision prise en 1947 avait été
immorale, on ne peut en
déduire par méthode logique que la seule solution
serait un État
unique. Le raisonnement pour un État unique en Palestine
est
indépendant de la légitimé de la résolution
181.
D'autre part, même si Israël commet des crimes de guerre
(par
exemple au Liban) ce fait ne prouve pas que l'État d'Israël
doit être
aboli.
Un grand nombre d'États a perpétré des crimes
de guerre sans pour
autant être démantelés.
La raison pour mon apparent pédantisme est que le choix
d'arguments dans cette affaire est important. Seuls les arguments
qu'il n'est pas possible de contrecarrer ont un vrai poids.
Seule une "petite" erreur dans ton texte. Tu écris:
"Si la
communauté internationale veut retrouver sa légitimité
perdue par
deux guerres illégales et combien meurtrières (Irak,
Liban)...". Tu as
oublié au moins une guerre illégale et meurtrière,
celle contre
l'Afghanistan.
Peu de gens en parlent actuellement. Mais l'illégalité
de la guerre
contre l'Afghanistan est essentiellement la même que la guerre
contre l'Irak. Même si les attaques du 11 septembre auraient
été
initiées de l'Afghanistan, ou par des Afghans, cette guerre
aurait
été illégale sous le droit international et
la Charte de l'ONU. Dans le
cas échéant il n'y aucune preuve de liens entre l'Afghanistan
et les
évènements du 11 septembre. Il n'y a que des racontars
sans
fondement.
Avec mes amitiés,
Elias D., Reykjavik
Réponse de Ginette Hess Skandrani
Bonjour Elias,
Je te remercie pour ta réponse diligente.
Tu as raison sur plusieurs points.
C'est évident que la guerre contre l'Afhganistan devait être
rajouté
dans le lot, sauf qu'Israël n'est lié qu'indirectement
à cette guerre.
Je n'ai nullement prétendu faire une petite thèse.
j'ai juste voulu
donner mon opinion. Il y a certes beaucoup d'autres arguments pour
le démantèlement d'Israël, qui est également
l'ennemi des Juifs
autant que celui des Palestiniens. nous en avons déjà
discuté.
Si j'ai écrit ce texte, c'est pour provoquer une prise de
conscience,
afin que les gens commencent à réfléchir sur
ce que serait le
Moyen-Orient sans cet Etat croupion qui empêche que ses habitants
quelque soit leur religion, culture ou idéologie s'intègrent
dans cette
région.
Nous pourrions commencer un véritable débat sur ce
sujet. Quibla
se ferait certainement un plaisir de le publier
Amitiés antisionistes
PS : je me permets de faire profiter de notre échange les
lecteurs de Quibla.
Mahmoud Musa : Un État unique pour
les Israéliens et les Palestiniens
English version : http://peacepalestine.blogspot.com/2005/12/one-state-for-palestine-israel-silvia.html
Versión española : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=23728
Versione italiana : http://mirumir.blogspot.com/
Entretien réalisé par Silvia Cattori, Novembre
2005. Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
Le Professeur Mahmoud N. Musa est Palestinien.
Il est né dans une famille qui vivait et travaillait en harmonie
avec des juifs, à Haïfa, jusqu’en 1948. C’est
alors qu’il se retrouva réfugié dans ce qu’on
appelle de nos jours la Cisjordanie. Il a fait des études
de médecine et a travaillé dans la recherche aux États-Unis,
où il est devenu professeur de psychiatrie. Il est président
de l’Association pour Un Seul État Démocratique
en Palestine / Israël : http://www.one-democratic-state.org
Silvia Cattori : Pendant toutes ces années où l’Autorité
palestinienne s’est prêtée au jeu des négociations,
les Palestiniens ont cumulé frustrations et souffrances.
Israël qui a profité de ce temps pour consolider ses
acquis, ressort plus fort que jamais. La dernière proposition
de paix d’Ariel Sharon laisse aux Palestiniens 8 % du territoire
historique. Que ressentez-vous à l’idée qu’aucun
des objectifs de l’Organisation de libération palestinienne
(OLP) n’a été réalisé à
ce jour ?
Mahmoud Musa : Tout ce qui se passe, depuis quinze ans, depuis
la conférence de Madrid, ne saurait être appelé
« négociations ». A l’époque, le
Premier ministre israélien Itzhak Shamir avait dit : «
Je peux faire en sorte que ce petit jeu se prolonge au moins dix
ans ». Personne ne s’attend à ce que le petit
jeu perdure encore quinze ans. L’objectif du gouvernement
israélien, c’est de prendre le contrôle de la
terre, de détruire l’économie, de massacrer
les Palestiniens ou de les humilier, afin de poursuivre le processus
d’épuration ethnique commencé en 1947. L’Autorité
palestinienne devrait cesser de participer à cette mascarade.
Silvia Cattori : Jusqu’ici, tous les accords - d’Oslo
à Genève - étaient basés sur des postulats
moralement inacceptables dont, notamment, la séparation entre
deux peuples sur des bases ethniques. Or cette option, qui aboutirait
à créer une pseudo-Palestine, qui ne concernerait
qu’un tiers des Palestiniens et moins d’un cinquième
de leurs terres, semble ne plus faire l’unanimité.
De la Feuille de Route, chère à Bush, nul ne parle
plus. Pensez-vous qu’un État unique soit une alternative
envisageable, à terme ?
Mahmoud Musa : Il y a eu quantité de plans : Madrid, Oslo
I, Oslo II, Wye River, Camp David, Plan Tenet, Document Mitchell,
Accords de Sharm el-Sheikh, Initiative de Genève, Feuille
de route… : tout ceci a pour but de séparer les juifs
et les Palestiniens, alors qu’ils vivent déjà
largement mélangés entre eux et que leurs ressources
naturelles et leurs économies respectives ne peuvent être
séparées. C’est pour inscrire dans le marbre
ce système d’apartheid qu’une muraille et des
autoroutes réservées sont en cours de construction.
Ce processus doit prendre fin, et un processus d’édification
d’un seul État, démocratique, doit être
initialisé.
Silvia Cattori : Les Palestiniens qui sont regroupés dans
des mouvements religieux n’ont-ils pas des aspirations nationalistes
susceptibles de contrecarrer cette idée d’un État
unique pour tous ?
Mahmoud Musa : Ce sont des partis et formations confessionnels.
La religion aide les gens à supporter les conditions très
dures dans lesquelles ils doivent survivre. Ils n’ont absolument
rien contre l’idée de vivre dans un même État
(avec les juifs), dès lors qu’ils n’y seraient
pas confrontés à des discriminations. Les Palestiniens
sont en train de lutter contre le colonialisme ; pas contre le judaïsme.
De même que les Noirs sud-africains se battaient contre le
colonialisme et l’apartheid, et absolument pas contre les
Blancs.
Silvia Cattori : Si la revendication d’un État unique
est la seule solution viable, car plus équitable et conforme
au droit international, pourquoi jusqu’ici est-ce la solution
basée sur deux États qui est mise en avant par le
camp de la paix et les instances internationales ?
Mahmoud Musa : La situation que vous décrivez s’est
installée essentiellement parce que l’Autorité
palestinienne en a appelé à une solution à
deux États. Toutefois, ceci est en train de changer, et rapidement,
parce que les gens se rendent compte qu’un État palestinien
viable est impossible et qu’une solution à deux États
n’apporterait ni la paix, ni la prospérité au
Moyen-Orient, et donc au monde, d’une manière générale.
Silvia Cattori : Même si la solution d’un État
unique et démocratique, où Israéliens et Palestiniens
vivraient à l’intérieur des mêmes frontières,
était soutenue par la communauté internationale, ne
pensez-vous pas qu’Israël empêcherait cette idée
de se concrétiser ?
Mahmoud Musa : Si, bien sûr. Les régimes colonialistes
de peuplement refusent toujours de renoncer à leur mentalité
exclusiviste et raciste, et ne deviennent pas démocratiques
du jour au lendemain. Toutefois, la communauté internationale
est en train de prendre conscience du fait qu’il n’y
a pas de place pour le colonialisme, l’apartheid et les États
purs, du point de vue ethnique, au vingt-et-unième siècle.
Silvia Cattori : Si on se base sur le fait qu’avant 1948
les Arabes vivaient en harmonie avec les juifs venus s’installer
progressivement en Palestine, il semble envisageable qu’ils
puissent vivre tous ensemble. Mais après tout le mal qui
leur a été fait, les Palestiniens pourront-ils partager
leurs terres avec ces colons qui affichent une attitude exclusive,
le rejet des Palestiniens et de la religion musulmane ?
Mahmoud Musa : Les Palestiniens sont conscients du fait qu’un
État unique démocratique améliorerait leurs
conditions de réfugiés soumis à occupation
et générerait la paix dans l’ensemble de la
région.
Silvia Cattori : Des Palestiniens vivent déjà dans
un même État que les juifs, en Israël. Sauf qu’aujourd’hui
ils sont discriminés et n’ont pas les mêmes droits
que les Israéliens de confession juive. Mais pour que cela
cesse, il faudrait qu’Israël renonce à son statut
d’Etat juif, et devienne un État véritablement
démocratique. Or cela paraît inimaginable !
Mahmoud Musa : Les régimes colonialistes de peuplement se
cramponnent à leur mentalité, comme je l’ai
indiqué. Toutefois, pour les Israéliens, le renoncement
à ces attitudes colonialistes présenterait de nombreux
avantages. La paix réduirait la nécessité de
gaspiller d’énormes ressources en armements et elle
ouvrirait à Israël l’immense marché des
mondes arabe et musulman. Il en va de l’intérêt
de la communauté internationale de favoriser cette solution.
Silvia Cattori : L’Autorité palestinienne qui, depuis
Oslo, a abandonné la lutte, n’est-elle pas devenue
pour le peuple palestinien, qui souffre de l’occupation, un
fardeau qui s’ajoute à l’oppression israélienne
?
Mahmoud Musa : L’existence de l’Autorité palestinienne
empêche la formation d’un État unique car, dans
ce cas, ses épigones perdraient leurs privilèges.
Il est dans l’intérêt d’une solution au
conflit que l’autorité s’auto-dissolve et que
se forme un parti de défense des droits de l’homme
qui lutte pour la démocratie politique et sociale.
Silvia Cattori : Qu’éprouvez-vous, à l’égard
de tous ceux qui, en Israël et dans le monde, appuient le projet
politique d’un État qui pratique la discrimination
raciale et refuse aux Palestiniens de retourner sur leur terre ?
Mahmoud Musa : La réalité dont vous faites le constat
est due au fait que les mass media sont contrôlés par
les puissants. Toutefois, cela est en train de changer, grâce,
principalement, à Internet.
Silvia Cattori : Une Autorité palestinienne qui se dote
d’ambassadeurs et de ministres, n’est-ce pas une absurdité
? S’étant compromise dans des négociations avec
Israël, l’Autorité palestinienne n’a-t-elle
plus d’autre choix que de collaborer avec lui, et donc de
capituler ?
Mahmoud Musa : L’Autorité palestinienne est une autorité
sans État, qui fait tout afin de perpétuer la fantasmagorie
d’un État dépourvu de territoire. Elle est soutenue
par les États-Unis et leurs alliés. Par ailleurs,
elle est vermoulue par la corruption. Cela seul suffit à
la placer dans l’incapacité d’apporter la paix
et la prospérité.
Silvia Cattori : Quel message adressez-vous aux mouvements de solidarité
qui ont jusqu’ici soutenu la politique de l’Autorité
palestinienne ?
Mahmoud Musa : C’est en défendant un État unique
démocratique s’étendant à toute la superficie
de la Palestine historique que le mouvement international de solidarité
contribuera aux intérêts de tous les peuples de cette
région du monde, du Moyen-Orient, et à la cause de
la paix dans le monde, d’une manière générale.
Voilà ce que j’ai à leur dire…
Silvia Cattori : Dans le contexte actuel, extrêmement sombre,
que peuvent encore espérer les Palestiniens ?
Mahmoud Musa : Les Palestiniens luttent depuis près d’un
siècle. Ils voient les nombreux exemples de peuples qui se
sont battus encore plus longtemps qu’eux, et qui ont obtenu
la victoire.
Un seul État pour la Palestine et
Israël : une utopie ?
par Taïeb Moalla, le Soleil, Montréal, 11 novembre 2005
Chaque fois que l'idée d'édifier un seul État
démocratique en Palestine-Israël est avancée,
la réaction est immédiatement sceptique. La proposition
est souvent jugée utopique. Pourtant, un examen minutieux
des réalités du conflit nous permet de prétendre
qu'il s'agit, à long terme, de l'issue la plus logique et
la plus juste. Après tout, le fait d'imaginer un État
unique n'est pas plus irréaliste que d'entrevoir deux États
vivant côte à côte dans la paix et l'harmonie.
Une vieille idée
Cette solution n'a rien de nouveau. Pendant les années 60
et 70, elle était le credo des différentes factions
palestiniennes regroupées au sein de l'Organisation de libération
de la Palestine (OLP). Dans son fameux discours de novembre 1974
devant l'ONU, Yasser Arafat souligna clairement sa préférence.
"Travaillons ensemble à réaliser mon rêve
de rentrer d'exil avec mon peuple pour vivre dans un seul État
démocratique où chrétiens, juifs et musulmans
vivraient en toute égalité, dans la justice et la
fraternité", disait le leader palestinien, disparu il
y a tout juste un an.
Précisons aussi que le projet sioniste de créer un
foyer national juif en Palestine était minoritaire au sein
des communautés juives dans le monde pendant les quatre premières
décennies du XXe siècle. Bénéficiant
du contexte international de l'après-Seconde Guerre mondiale
- et particulièrement le sentiment de culpabilité
qui a traversé les démocraties européennes
devant l'ampleur du génocide - , les Pères fondateurs
de l'État hébreu ont pu imposer le partage de la Palestine
historique, décidé par la toute jeune ONU, cela avec
le concours actif des États-Unis qui ont su trouver les arguments
pour convaincre suffisamment de pays à l'Assemblée
générale en vue d'atteindre les deux tiers des voix
requis. Dans l'Israël actuel, seuls quelques groupuscules antisionistes,
une bonne partie des arabes israéliens et l'extrême-gauche
portent l'option d'un État binational.
Le noeud du conflit
Les points litigieux entre Israéliens et Palestiniens sont
nombreux. Le démantèlement des colonies, le statut
de Jérusalem, le retrait aux frontières de 1967, la
question des prisonniers, etc., sont autant de pierres d'achoppement.
Or, le noeud du conflit réside dans le droit au retour des
réfugiés palestiniens, reconnu par la résolution
194 de l'Assemblée générale de l'ONU, dès
décembre 1948. Conscients du côté explosif de
cette question, les négociateurs des deux côtés
se sont toujours gardés de la mettre à l'avant-scène.
La révolte des Palestiniens est née et a grandi dans
les camps des réfugiés des années 60. À
l'époque, la principale revendication était celle
de l'application du droit au retour. Malgré son charisme
et sa légitimité historique, Yasser Arafat a toujours
su que la renonciation, même partielle à ce droit,
est une ligne rouge qu'aucun dirigeant palestinien ne pouvait franchir
sans s'attirer la colère de son peuple. Aujourd'hui encore,
le rêve du retour berce des générations de Palestiniens.
Côté israélien, il existe un quasi-consensus
qui traverse le paysage politique, y compris ses franges les plus
progressistes. Pour une écrasante majorité de la classe
politique et de la population israéliennes, l'invocation
du droit au retour confirme le désir secret des Palestiniens
de "détruire Israël". En janvier 2004, le
premier ministre palestinien, Ahmed Qoreï, avait suscité
un tollé monstre en expliquant que "si (Ariel Sharon)
refuse toujours un État palestinien dans les frontières
de juin 1967, avec éventuellement des rectifications mineures,
nous devons réclamer la création d'un État
binational".
Il appert que seule l'option d'un seul État pourrait concilier
les exigences contradictoires des protagonistes. Les Juifs attachés
à la réalisation de leur Aliya ("montée"
en hébreu) vers Israël pourront continuer à le
faire. Et les Palestiniens qui choisissent d'appliquer leur droit
(de façon individuelle et collective) au retour seraient
satisfaits.
Un seul État démocratique, qui prendrait soin de séparer
la religion et les affaires de la cité, permettrait d'en
finir avec la contradiction originelle voulant qu'Israël puisse
être "juif et démocratique" en même
temps. Il contribuera à arrêter les discriminations
subies par les Arabes israéliens qui constituent actuellement
20 % de la population israélienne et conduira à la
coexistence de deux peuples condamnés à vivre ensemble.
La question des colonies
Un autre argument plaidant en faveur de l'option d'un seul État,
c'est celui des colonies israéliennes, illégales selon
le droit international.
Au moment de l'expulsion du retrait de Gaza, Elias Khoury - un écrivain
libanais que l'on peut difficilement soupçonner de sympathie
envers les colons - écrivait ceci, dans Al Quds Al Arabi
du 23 août 2005. "Cela n'aurait aucun sens de dire que
la tristesse des colons était mensongère et je ne
veux nullement me réjouir de leur malheur. Je peux tout à
fait comprendre leur peur et leur désespoir, eux qui étaient
convaincus de posséder le droit absolu permettant à
son titulaire de confisquer les droits et les terres des autres
(...) La scène qui nous a permis de les voir exhumer leurs
morts pour les enterrer dans de nouveaux cimetières a frappé
nos consciences. Comment le téléspectateur ordinaire
peut-il ne pas être solidaire des pauvres juifs se tenant
sur les toits de leurs synagogues et résistant pacifiquement
à leur expulsion ?", s'interrogeait M. Khouri.
Si l'évacuation de 8000 personnes a nécessité
deux années de négociations et de controverses au
sein de la société israélienne, combien de
temps faudra-t-il pour déloger 50 fois plus de colons occupant
la Cisjordanie ?
D'ailleurs, la tendance est plutôt à l'accroissement
et à l'extension des colonies. Ariel Sharon a indiqué
le 31 octobre dernier que "les projets de développement
(du gouvernement israélien) comprennent non seulement la
Galilée, le Néguev et Jérusalem, mais aussi
les grands blocs d'implantations, la vallée du Jourdain et
le Golan (plateau syrien occupé par Israël depuis 1967)".
Dans un État unique Palestine-Israël, les colonies ne
poseraient plus de problème puisque les citoyens pourraient
s'installer dans la partie du territoire de leur choix.
Pour des raisons stratégiques, l'Autorité palestinienne
se contente depuis une vingtaine d'années de demander l'application
scrupuleuse des résolutions onusiennes. Tout en militant
dans ce sens, les mouvements qui se battent pour une paix juste
au Proche-Orient devraient avancer, en parallèle, l'idée
d'un État unique dans lequel tous les citoyens seraient traités
de manière égale. Ce n'est que de cette façon
que l'utopie d'aujourd'hui pourra être la réalité
des prochaines années.
Une vision d'une paix durable au Moyen-Orient
Interview du Dr Mazin B. Qumsiyeh par Andrea Bistrich, Al-Jazeerah,
26 août 2005
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Partager la Terre de Canaan - Droits de l'Homme et Conflit israélo-palestinien
[Sharing the Land of Canaan < Human Rights and the Israeli-Palestinian
Struggle], tel est le titre du dernier ouvrage du militant palestinien
et professeur à l'université Yale, le professeur Mazin
B. Qumsiyeh. Il s'agit de l'examen critique des problèmes
fondamentaux posés par le conflit, qui met en évidence
une vision pour une paix durable, basée sur la mise en application
des principes des droits de l'homme pour tous. Mazin B. Qumsiyeh
est le cofondateur de plusieurs associations et groupes, dont le
Triangle Middle East Dialogue, l'Association du Moyen-Orient de
la Caroline, la Fondation pour la Sauvegarde de la Terre sainte
[Holy Land Conservation Foundation], l'Association des Généticiens
du Moyen-Orient, la Coalition pour le Droit au Retour des Réfugiés
Palestiniens, et Universitaires pour la Justice. Il fait aussi partie
du Conseil d'administration de l'Association internationale pour
un seul État démocratique en Palestine/Israël
(Lausanne).
Andrea Bistrich [AB] : Le conflit au Moyen-Orient est-il avant
tout religieux ou s'agit-il d'une guerre pour un territoire, des
ressources en eau, ou de toute autre nature ?
Mazin Qumsiyeh [MQ] : Ce conflit est essentiellement une lutte
d'un peuple indigène pour demeurer sur sa terre, face à
une campagne impitoyable et incessante de « nettoyage »
(terme introduit par le programme sioniste au début du vingtième
siècle). Après près d'un siècle, les
deux tiers des membres du peuple autochtone sont devenus des réfugié
sou des personnes déplacées. Quant aux autres, ils
vivent dans des régions qui rétrécissent comme
peau de chagrin et ils sont de plus en plus pauvres et ghettoïsés.
AB: Qui tire profit de l'instabilité de la situation, au
Moyen-Orient ?
MQ : Plusieurs groupes : 1) l'industrie de l'armement. Les Etats-Unis
sont le premier exportateur d'armes au monde, et 60 % des armes
que nous exportons vont au Moyen-Orient. 2) L'industrie pétrolière.
A moins que le l' engagement américain ne puisse mettre un
terme à la dépendance des Etats-Unis en matière
de pétrole, développer des sources d'énergies
alternatives et réaliser des économies d'énergie.
3) Les boîtes à idées [think tanks] et leurs
employés à Washington. Ce sont pas moins de vingt-quatre
de ces organismes qui perçoivent un financement substantiel
d' intérêts privés allant des industries pétrolières
et militaires jusqu'aux différents lobbies pro-israéliens.
4) Beaucoup de dirigeants sionistes. Certains s'attirent la célébrité,
des tarifs de conférence confortables et l 'adulation de
certains admirateurs. Collectivement ils peuvent maintenir le caractère
juif d'Israël et éviter les réformes démocratiques
nécessaires, la séparation entre la religion et l'Etat,
et un développement économique incontrôlé.
5) Des zélotes religieux (qu'ils soient chrétiens,
juifs ou musulmans), qui croient en des scénarios de fin
du monde. Ces zélotes ignorent des admonitions pourtant claires,
dans leurs religions, qui exhortent à la miséricorde,
à l'amour et au respect du prochain. Les colons / pionniers
fanatiques juifs d'Hébron en sont un bon exemple, ou encore
Oussama ben Laden. 6) Beaucoup de dirigeants arabes. Une résolution
pourrait éliminer le seul pilier encore debout de leurs pouvoirs
dictatoriaux, qui bénéficient immensément de
la vente lucrative du pétrole et des ventes d' armes, et
qui détournent leurs populations des problèmes locaux.
7) Beaucoup de responsables de l'exécutif américain,
qui perçoivent des millions de dollars de dons en vue des
campagnes électorales d'organisations pro-sionistes et autres,
qui tirent profit du statu quo. La fin du conflit au Moyen-Orient
risquerait de les priver de l'argent provenant de certains secteurs
de leur électorat.
AB : Pouvez-vous nous parler du rôle et de l'histoire du
phénomène sioniste dans l'ensemble de ce conflit ?
MQ : Un programme politique sioniste avait été esquissé
par l'Empire britannique à l'époque où il s'était
attaché les services du Lieutenant Colonel George Gawler
(chargé des colonies pénitentiaires britanniques en
Australie). Gawler s'est vu confier la tâche d'étudier
la faisabilité de la « création de colonies
juives en Palestine » au service des intérêts
impériaux et géostratégiques britanniques.
Son rapport, publié en 1845, fut contesté par beaucoup
de détracteurs, dont un parlementaire juif, mais il fut néanmoins
adopté et son projet fut financé. La première
de ces colonies de juifs européens en Palestine fut créée
en 1880. Le programme fut un échec, jusqu'au moment où
la Grande-Bretagne commença à exercer un contrôle
physique de la région, à la suite de la Première
guerre mondiale. Depuis lors, les indigènes palestiniens
(de diverses confessions) ont souffert considérablement et
continuent à souffrir. La grande puissance qui permet cette
souffrance, ce sont de nos jours les Etats-Unis, qui ont succédé
à la Grande-Bretagne en tant que principal mentor du sionisme,
après la Seconde guerre mondiale.
AB : Quelle est la relation entre sionisme et antisémitisme
?
MQ : Dans mon livre, j'explique cette problématique en détail.
Fondamentalement, le phénomène de la haine des juifs
(« antisémitisme » n' est pas le meilleur des
termes, étant donné que la plupart des juifs européens
ne sont pas des Sémites et que tous les arabophones sont
des Sémites au sens strict de ce terme) est un phénomène
européen. Cette haine fut alimentée par le développement,
en Europe, du nationalisme ethnocentrique, au dix-neuvième
siècle et au début du vingtième. En réaction
à ces phénomènes, la plupart des êtres
humains rationnels (juifs et non-juifs) ont développé
une résistance fondée sur des idéologies de
tolérance, allant du socialisme à l'humanisme. Mais
une minorité a réagi, en adoptant le nationalisme
chauvin d'inspiration britannique, incarné par le sionisme
politique, qui bénéficia dans une grande mesure de
son jumelage avec d'autres formes de nationalisme ethnocentrique,
avec beaucoup de fécondations croisées. A ce sujet,
voir par exemple le livre de Lenni Brenner : Cinquante et un documents
: Histoire de la collaboration entre les nazis et les sionistes
[51 Documents: History of Nazi Zionist Collaboration].
AB: Jusqu'ici, Israël n'a pas fait montre de sa volonté
de mettre en application le « droit au retour » [des
réfugiés palestiniens, chez eux, ndt]. Existe-t-il
un quelconque discours recevable, dans la société
politique ou civile israélienne, sur cette question ?
MQ : A l'instar de la situation qui prévalait en Afrique
du Sud du temps de l'apartheid, il y a [en Israël] un système
enkysté dans son rejet des droits humains fondamentaux des
non-juifs (les chrétiens, les musulmans, etc.). Des individualités
juives et quelques organisations courageuses travaillent d' arrache-pied
afin d'éduquer leurs concitoyens. Toutefois, comme en Afrique
du Sud, ce ne sont que des pressions extérieures et intérieurs
(tels que des boycotts, des désinvestissements, la résistance,
etc.) qui feront que les gens au pouvoir finiront par renoncer à
leurs rêves impossibles de séparation et de haine envers
« ceux qui ne sont pas eux ».
AB : Israël a violé plus de 65 résolution du
conseil de sécurité de l'ONU et a bénéficié
du véto des Etats-Unis qui en a écarté 37 autres.
Cela n'empêche pourtant pas Israël de percevoir des milliards
d'aides imputées sur le budget américain. Qu'y a-t-il
derrière cette relation israélo-américaine
évidente ?
MQ : La revue Fortune a classé le lobby sioniste en Amérique
au quatrième rang en terme de puissance, et il est assurément
le premier lobby en ce qui concerne les questions internationales.
Mais je pense aussi que d'autres facteurs sont importants, que j'ai
mentionnés précédemment en énumérant
les gens qui tirent profit de la continuation d'un conflit à
bas bruit au Moyen-Orient (comme, par exemple, les industries militaires,
les intérêts pétroliers).
AB: En l'absence du soutien des Etats-Unis, combien de temps Israël
serait-il en mesure de maintenir son occupation illégale
de la Palestine ?
MQ: D'après le commentateur israélien Nehemia Stessler,
du quotidien Ha' aretz, sans le soutien américain Israël
aurait été soumis à un embargo commercial et
« chassé à coups de pied au c.l de toute instance
internationale, pour ne pas parler de l'Onu ». Israël
n'aurait pas pu perdurer très longtemps, car il est extrêmement
dépendant de l'importation de matières premières
et de l'exportation des armes qu'il produit (de technologie principalement
américaine).
AB : Quelles mesures pourraient, selon vous, aboutir à
de premiers signes de paix et de démocratie au Moyen-Orient
?
MQ: Il faudrait couper l'aide tant militaire qu'économique
à Israël et le soumettre à des campagnes de boycott
et de désinvestissement analogues à celles qui ont
mis à bas le régime d'apartheid en Afrique du Sud.
C'est absolument essentiel, si on veut apporter une paix durable
et juste.
AB: Quotidiennement, nous voyons des atrocités israéliennes
contre des Palestiniens, à la télévision, mais
nous n'entendons pratiquement jamais parler des mouvements de protestations
en Israël. Vu de l'extérieur, il semble que les Israéliens,
dans leur ensemble, soutiennent leur gouvernement. La plupart des
opposants ont-ils quitté leur patrie ?
MQ: De fait, des centaines de milliers d'Israéliens ont
voté avec leurs pieds, en quittant le pays. Comme je l'ai
indiqué plus avant, il y a encore des Israéliens courageux
qui mènent ces combats-là. Mais je pense qu'il est
erroné de prétendre qu'il faille attendre la constitution
d'une majorité juive israélienne opposée aux
injustices et au racisme inhérents à l' idéologie
politique sioniste. En Afrique du Sud, il n'y a jamais eu une majorité
de Blancs qui eussent été en faveur de la disparition
de l' apartheid.
AB: Le terrorisme et la violence (comme par exemple les attentats
suicides palestiniens) sont souvent cités comme principaux
obstacles à la négociation d'une solution viable au
conflit israélo/palestinien. Pouvez-vous nous parler des
racines du terrorisme et de la violence et de la manière
dont ce problème de la violence pourrait éventuellement
être réglé ?
MQ: Au lieu de la métaphore agronomique des « racines
», je préfère la métaphore médicale
: la violence est le symptôme d'une maladie sous-jacente.
En Afrique du Sud, la violence (qui prit des formes horribles, des
personnes ayant été brûlées vives) était
un symptôme de cette étiologie sous-jacente qu'était
l'apartheid. L'apartheid une fois éliminé, la violence
ne continua pas à flamber très longtemps (je parle
tant de la violence des populations indigènes que de celle,
bien plus répandue et systématique, de l'Etat). La
même chose s'est produite dans les luttes contre le colonialisme
et l' oppression, dans des pays comme le Vietnam (sous domination
française, puis américaine), l'Algérie (sous
la domination de l'impérialisme français), ou encore
dans les luttes menées par les indigènes amérindiens
contre les colonisateurs européens.
AB: La principale affirmation, et le principal objectif aussi,
de votre livre, c'est de donner la vision d'une paix durable, fondée
sur les droits de l'homme, soutenus par le droit international.
Quel rôle la communauté internationale a-t-elle à
tenir, dans ce processus ?
MQ: Simplement, ceci : si l'on veut une « feuille de route
» vers la paix qui soit durable et juste, alors la Déclaration
universelle des Droits de l' Homme est le document le plus indiqué.
Amnesty [International] a dit que la raison pour laquelle les accords
d'Oslo ont échoué tient au fait que les droits de
l'homme avaient été ignorés. La « feuille
de route » de l' administration Bush [soutenue par le «
quartette » (Onu, Union européenne, Etats-Unis et Russie)
comporte 2 218 mots. Mais il y manque quatre termes, fondamentaux
: droits humains (2 mots) + droit international (2 mots) = 4 mots.
AB: La fin du conflit palestino-israélien semble dépendre
aussi, jusqu'à un certain point, de ce que l'on décidera
au sujet de la ville de Jérusalem. A qui Jérusalem
appartient-il ?
MQ: Jérusalem n'appartient à aucune entité
politique, il appartient à sa propre population (y inclus
les dépossédés). Si on met les droits humains
fondamentaux (dont les droits à posséder des terres
et son domicile) avant tout, les questions gagnent en clarté
et deviennent plus faciles à résoudre. A l'évidence,
trois religions monothéistes considèrent que Jérusalem
est une ville sainte. Mais il serait extrêmement réducteur
de prétendre que Jérusalem serait une ville «
juive », « musulmane » ou encore « chrétienne
».
AB: Qu'en est-il des mouvements de base, en Palestine et en Israël
? Sont-ils assez puissants pour apporter un changement significatif
?
MQ: Les mouvements de base sont les seules forces qui soient à
même d' initialiser des changement dans les sociétés,
où que ce soit dans le monde. Le changement ne provient jamais
du sommet. C'est toujours des gens ordinaires, agissant ensemble,
qu'il provient.
AB: Dans le cas du démantèlement de l'apartheid
en Afrique du sud, des sanctions ont été le moyen
qui a pu contraindre le gouvernement sud-africain à adhérer
au droit international. Des sanctions sont-elles aussi un moyen
convenable, dans le cas d'Israël, jusqu'à ce qu'il admette
qu'il doit se conformer à ses obligations ?
MQ: Oui. La transformation, l'évolution vers un discours
post-sioniste, se produira, inéluctablement. La question
est de savoir si cela se passera pacifiquement, comme en Afrique
du Sud, grâce à des campagnes de désinvestissement
et de boycott ? La transformation d'Israël, cela ne signifie
aucunement l' « anéantissement d'Israël ».
De fait, c'est plutôt l' inverse qui est vrai, car tout le
monde reconnaît que la direction prise au cours des décennies
passées (fondée sur une idéologie raciste d'injustice,
de haine et de « séparation ») ne pourrait que
conduire à un redoublement des violences et du bain de sang.
Si l'apartheid était le problème de l' Afrique du
Sud, il n'a aucune chance de représenter la solution, en
Israël / Palestine !
AB: La Déclaration universelle des Droits de l'Homme, considérée
comme une condition sine qua non de la paix, a été
ratifiée par la plupart des pays, dont Israël et les
Etats-Unis. Pourtant, les violations systématiques des droits
de l'homme par l'Etat d'Israël apportent la démonstration
du contraire. Comment résoudre ce problème ?
MQ: En éduquant les peuples sur ces questions, et en expliquant
les faits, indéniables : voilà la composante essentielle
qui permettra de construire le soutien pour des boycotts, des désinvestissements
et d'autres méthodes permettant d'encourager un changement.
La plupart des gens deviennent acteurs quand ils prennent conscience
qu'on leur a menti. L'hypocrisie et les deux poids deux mesures
du gouvernement [israélien] en matière de soutien
au racisme et à l'oppression sont particulièrement
insupportables aux gens particulièrement honnêtes.
AB: Que vise Israël, en persistant à construire à
grand prix sa muraille, qu 'il préfère appeler «
barrière de sécurité » ?
MQ: Le mur serpente dans les territoires [palestiniens], parachevant
le confinement des Palestiniens dans des villes surpeuplées,
tout en expropriant leurs terres, leurs sources d'eau et les autres
ressources naturelles dont ils vivaient. Ce mur vise à s'accaparer
le maximum de terres, avec le nombre minimal de Palestiniens. Il
coupe les Palestiniens de leur poumon économique : Jérusalem
(dont l'économie de la Cisjordanie dépend à
40 %). Il est conçu de manière à augmenter
leur pauvreté, leur désespérance et finalement
à accroître l'émigration des indigènes
palestiniens hors de leurs terres. Il ne s'agit que d'une énième
méthode permettant de procéder à leur épuration
ethnique. Le revers de la même médaille, c'est le développement
des activités de colonisation sur les terres palestiniennes
; à l'heure actuelle, ce sont plus de 450 000 colons juifs
qui vivent sur la terre palestinienne en Cisjordanie et à
Gaza [ceci n 'est plus le cas depuis quelques semaines, ndt], contrôlant
la plupart des ressources naturelles.
AB: Neuf millions de Palestiniens n'ont pas de pays en propre,
la plupart sont appauvris et dépossédés de
leurs terres et de leurs biens. Que veulent les Palestiniens, en
termes de justice, d'égalité de droits et d' autodétermination
?
MQ: Les Palestiniens ont un pays, leur pays : c'est la Palestine
! Le fait que la plupart d'entre eux soient aujourd'hui dépossédés
et qu'ils soient très nombreux à vivre dans des camps
de réfugiés, ou confinés dans des cantonnements
de plus en plus exigus n'a rien d'une situation définitive.
Autant de temps qu'il faudra, les Palestiniens continueront à
se battre et à résister, jusqu'à ce que leurs
droits humains fondamentaux seront restaurés (en particulier
le droit à retourner chez eux et à recouvrer leurs
terres). De tels droits fondamentaux sont clairement définis
dans les conventions internationales relatives aux droits de l'Homme
(je précise toutefois qu'il s'agit de droits inaliénables,
qui ne tirent pas leur validité desdites conventions ni d'ailleurs
d'un quelconque document). Je pense qu'obtenir le droit à
retourner chez soi ainsi que celui à être traité
sur un pied d' égalité, quelle que soit sa religion,
sont des droits fondamentaux.
AB: L'application du « droit au retour » est-elle
une condition sine qua non d'un futur processus de paix ?
MQ: Le programme sioniste, consistant à créer un
Etat juif sur une terre palestinienne impliquait, et il continue
à impliquer, l'épuration ethnique des indigènes
palestiniens. Dans le passé, c'est-à-dire durant et
immédiatement après la création d'Israël,
plus de 800 000 Palestiniens ont été les victimes
d'une épuration ethnique, qui a consisté à
les chasser de leurs maisons et de leurs terres. Ces réfugiés
et leurs descendance forment la population réfugiée
la plus importante et la plus permanente au monde. La communauté
internationale a ressenti un profond sentiment de responsabilité
dans leur tragédie. Le Comte Folke Bernadotte, médiateur
de l'ONU, avait déclaré : « Ce serait faire
offense aux principes de la justice la plus élémentaire
si les innocentes victimes de ce conflit se voyaient dénier
le droit à retourner chez eux, au moment même où
des immigrants juifs affluent en Palestine » [Document UN
Al 648, 1948]. Cela reste vrai encore aujourd' hui, puisque toute
personne juive est de facto éligible à la nationalité
[israélienne] automatique, alors que les réfugiés
palestiniens ne peuvent retourner chez eux. Le droit au retour a
un fondement juridique solide. La résolution 194 de l'Onu,
adoptée le 11 décembre 1948, stipule dans son paragraphe
11 : « les réfugiés désireux de retourner
chez eux et de vivre en paix avec leurs voisins seront autorisés
à le faire dès que cela sera matériellement
possible. une compensation devra être versée pour les
propriétés de ceux qui choisiraient de ne pas retourner
chez eux. » La résolution 194 a été confirmée,
pratiquement chaque année, avec un consensus universel, excepté
les voix d'Israël et des Etats-Unis. Cette résolution
fut ensuite clarifiée par la résolution 3236 de l'Assemblée
générale de l'ONU, qui réaffirme, dans sa sous-section
2 « le droit inaliénable des Palestiniens à
retourner chez eux et de retrouver leurs propriétés
d'où ils ont été chassés et déracinés,
et (elle) appelle à leur retour ».Empêcher le
retour des réfugiés est un acte d'agression, qui mérite
des sanctions du Conseil de Sécurité. L'admission
d'Israël à l'ONU était conditionné par
son acceptation des résolutions de l'ONU le concernant, dont
la 194. Le droit au retour ne tire pas sa validité simplement
des résolutions de l'ONU. La Déclaration universelle
des Droits de l'Homme, en son article 13, réaffirme le droit
de toute personne à vivre et à retourner dans son
pays. De plus, le principe de l'autodétermination garantit,
entre autres, le droit à la propriété et à
l'habitation dans son propre pays. L'ONU a adopté ce principe
en 1947. En 1949, et par la suite, ce droit a été
explicitement appliqué au peuple palestinien, affirmant notamment
la légalité « de la lutte des peuples en vue
de leur autodétermination et de leur libération ».
AB: Croyez-vous en la possibilité d'un monde « post-sioniste
» ?
MQ: Le monde post-sioniste est déjà une réalité.
Le problème, en Israël / Palestine, ce n'est pas simplement
la continuation de l'épuration ethnique ; il y a un problème
de discrimination, concernant notamment les non-juifs restés
sur place. Amnesty International a indiqué : « En Israël,
par exemple, plusieurs lois sont explicitement discriminatoires.
Ces lois remontent à la fondation d'Israël, en 1948,
Etat fondé sur la notion d'un Etat juif destiné au
peuple juif, à la suite du génocide raciste dont les
juifs furent les victimes en Europe, durant la Seconde guerre mondiale.
Certaines lois israéliennes reflètent ce principe,
et elles exercent une discrimination envers les non-juifs, en particulier
les Palestiniens qui vivaient sur ce territoire, depuis des générations
et des générations. Israël est le seul pays,
au monde, à reconnaître pour ses « nationaux
» des adeptes d'une religion particulière, où
qu'ils vivent, la citoyenneté étant automatiquement
offerte à tous ceux d'entre eux (y compris des convertis)
qui veulent venir vivre sur des terres qui appartiennent à
des indigènes palestiniens. Pendant ce temps, les réfugiés
palestiniens (chrétiens et musulmans) se voient dénier
le droit de retourner chez eux, au seul motif qu 'ils en sont pas
juifs. En Israël, c'est tout un arsenal juridique qui s' est,
de fait, constitué au fil du temps, qui favorise les juifs
par rapport aux non-juifs. Ceci n'est pas acceptable et ne saurait
perdurer (beaucoup de juifs de tendance laïque rejettent cette
discrimination).
AB: Après la fin de l'occupation et l'autorisation donnée
aux réfugiés palestiniens de rentrer chez eux, beaucoup
d'efforts de réconciliation et de reconstruction seraient
encore nécessaires. Quels devraient être les étapes
à venir, pour les Israéliens, pour les Palestiniens,
et pour la communauté internationale ?
MQ: En Afrique du Sud, les problèmes n'ont pas pris fin
miraculeusement avec la disparition du système d'apartheid.
Beaucoup de travail reste à faire dans ce pays, et les Sud-Africains
ont d'énormes obstacles à surmonter devant eux. Si
le plus gros fardeau a été dépassé avec
la fin de l' apartheid, les défis et les dangers qui menacent
le progrès de ce pays demeurent. La question de savoir si
une égalité pleine et entière et les droits
de l'homme pourront être instaurés en Afrique du Sud
reste pendante. Pour reprendre mon analogie médicale, nous
savons que plus le problème sous-jacent (la « maladie
» sous-jacente) perdurera, plus la convalescence sera longue.
Le ressaisissement et la réhabilitation peuvent ne pas se
dérouler comme on le souhaiterait, et il peut même
y avoir une rechute. C' est pourquoi un bon diagnostic est indispensable,
afin de prescrire les traitement adaptés.
AB: Vous affirmez, plein d'optimisme, que « la paix au Moyen-Orient
est possible ». Dans combien de temps ?
MQ: Cela pourrait intervenir avant même dix ans, si suffisamment
de personnes sont impliquées, ou bien cela risque d'attendre
vingt, voire trente ans. J'ai été surpris par la rapidité
du démantèlement de l'apartheid en Afrique du Sud,
et aussi par celle de la chute du mur de Berlin. Rétrospectivement,
il aurait été difficile de faire des prédictions
sur telle ou telle lutte historique (c'est notamment le cas du retrait
américain du Vietnam). Comme toujours, personne n'a de boule
de cristal, et nous risquons d'être confrontés à
plus d'une surprise.
[Cette interview a été publiée également
dans la revue Share International, vol. 24, n° 6, juillet/août
2005 et vol. 24, n° 7, septembre 2005. Site : http://www.share-international.org
] Bibliographie : Mazin B. Qumsiyeh, Sharing the Land of Canaan
- Human Rights and the Israeli-Palestinian Struggle. Pluto Press,
2004. Pour plus d'information : http://www.qumsiyeh.org ; http://www.al-awda.org
]
Première
partie
Deuxième
partie