Lettre
de Gilles Abramowicz à son frère et sa soeur
Qalqilia, 16 juillet 2004
Gilles fait partie en tant qu'artiste de l'action : "Pas ce Mur" qui
se
déroule pour l'instant à Qalqilia.
Mon frère, ma soeur,
Je tenais à vous dire comment nos frères israéliens sont
devenus des
fascistes, je n'arrive pas à le comprendre. Nous avons reçu une
si
belle é ducation de ce côté-là de notre famille et
nous avons aujourd'hui de
quoi ê tre honteux de ce qui se passe ici. Chaque jour, je reçois
des
informations
et des témoignages de tortures, d'arrestations arbitraires et de familles
déchirées. Il y a 3 jours, j'ai vu de mes yeux les Israéliens
entrer
dans
Qalqilia à 1h du matin après avoir tiré des rafales de mitraillettes.
Je
suis monté sur le toit de mon immeuble où j'ai croisé un
jeune
Palestinien
terrorisé mais habitué. Je suis resté avec lui jusqu'à 4h
du matin sur
le
toit, cachés derrière le muret, je filmais. Il y avait un avion
furtif à infra rouge qui tournait au-dessus de nos têtes. Les soldats é clairaient
les maisons depuis leurs jeeps pour terroriser les habitants. J'avais honte!
Après, il y a eu une énorme explosion avec un gros éclair,
cela sentait
le
TNT. Le matin, je suis allé voir dans ce quartier. Les enfants et les
habitants avaient la mort dans les yeux. Les soldats avaient donc fait exploser
une voiture qui gisait au milieu
de
la rue. Quand je me suis retourné, il y avait 3 résistants avec
des grosses mitraillettes et quelques adolescents. Personne ne souriait. Moi
non
plus.
J'ai été les trouver et je me suis adressé au plus âgé.
C'était sa
voiture,
j ai demandé si nous pouvions la filmer, nous l'avons fait. Après,
une
femme
m'a appelé pour que je l'interroge mais nous n'avions pas d'interprète
alors
nous sommes retournés hier soir à 23h30 et elle nous a reçus.
Hier, je
suis
parti avec 60 enfants à la piscine en dehors de la ville. Sur le retour,
nous sommes restés 2 heures coincés à un check point dans
un bus où il
faisait 60
degrés, les soldats rasés et les ingénieurs qui construisent
la route
de
démarquation mangeaient des glaces! J'ai chanté, j ai dansé avec
les enfants dans le bus pour ne pas me laisser abattre et leur remonter le moral.
Des vieillards devaient attendre sous le soleil pendant que les colons passaient
dans des
voitures climatisées. En tant que juif dans un bus de Palestiniens, je
craignais le contrôle. Cela n'est pas arrivé. Maintenant, je suis
seul à Qalqilia, tout le groupe est parti à Jérusalem. Je
reviens d'une manifestation devant le mur de l'Apartheid, avec des Palestiniens
pacifistes, je n'étais pas très à l'aise car les jeunes
me testent tout
le
temps en me disant "Shalom". Il y avait des Israéliens de l'autre
côté du
mur sur une énorme butte, des pacifistes, ils avaient installé une
montgolfière et nous étions sur le toit d' une école. Je
filme tout ce
que
je peux, je ne peux pas m'en empêcher. Ce mur est une falaise de 9
mètres de
haut derrière laquelle sont séquestrés 45000 habitants.
Je vis dans un
zoo
depuis une semaine! Je ne veux plus aller en Israël mais j'ai promis à notre
tante de repeindre sa salle de bain, je le ferai donc. Après, j'irai à Jérusalem
3 jours pour visiter et travailler dans un bidonville
de Bédouins, enfermés eux aussi. Je me fous complètement
du tourisme et
ne
suis pas prêt à aller à la plage de Tel Aviv même si
les filles y sont
particulièrement jolies.
Je vous embrasse tous
En
direct de Naplouse occupée
par Jérôme, 18 juillet 2004
"
Jérôme, tu vas écrire quelque chose sur ce qui
s'est passe a Balata tout à l'heure, n'est-ce-pas ?
L'ambulance traverse Naplouse endormie, balayant la route de son
gyrophare rouge et silencieux.
É
crire quoi. Pour qui. Je n'y avais même pas pense. L'idée
de raconter ne m'avait même pas effleure. L'écriture
est trop loin de moi en ce moment. Firaz fixe la route de son regard
noir, de son regard perdu dans le souvenir de cette après-midi
a Balata, de son regard noyé dans le souvenir de toutes ces
après-midi a Balata ou ailleurs. Jérôme, tu vas écrire
quelque chose sur ce qui s'est passe a Balata ?
"
Tu te souviens, c'était la semaine dernière. Nous marchions
dans la grande rue de Balata. Deux jeeps bloquaient les deux issues
de la grande rue. Autour du camps, la foule turbulente avait laisse
place a un désert. Entre les deux jeeps, un tronçon
de rue se retrouvait prisonnier. Alors les enfants ont commence a
jeter des pierres. Et les jeeps avaient fait rugir leur moteur. Tu étais
reste immobile, fixant la jeep et tu m'avais dit ''Quelle vision
pour ses enfants, cette jeep avec ses phares menaçants...''.
Puis de la jeep, les soldats avaient tire une grenade et tu n'avais
pas bouge. Je comprends aujourd'hui que ces phares brillant au
loin comme des projecteurs de mirador t'effrayaient plus que
la grenade.
Je crois que tu as raison. Ces yeux jaunes et bruyants doivent
hanter toutes les nuits les cauchemars de ces petits des rues,
bien plus
que tout.
"
Ces yeux de fer, je les ai revus hier, à Balata. Dans la même
rue. Au même endroit ou nous nous trouvions tout les deux il
y a une semaine. A la même heure. Les moteurs ont rugi de la
même façon et de la même façon, les jeunes
ont commencé à jeter des pierres. Tu avais senti de
la gêne a les regarder lancer leurs grenades pour grenadine,
leurs bouts de pastèque et leur cailloux trop lourds pour
leurs petits bras. Tu avais dit, partons, le spectacle est terminé.
Tu étais gêné d'être spectateur. Je t'avais
dit que pour pouvoir raconter plus tard, il fallait passer par cet état
déplaisant de spectateur, de voyeur, que nous n'avions pas
le choix. La guerre se joue sous nos yeux, sous nos appareils photos.
Les vieux ne jettent même plus un oeil sur la rue et restent
accrochés a leur narguilé ou à leur partie de
backgammon. Les enfants aux mains pleines de pierres rient et nous
leur rendons leurs sourires un peu gênés. Reste là petit,
ne t'approche pas du monstre aux yeux de feu, reste à côté de
moi et pose tes pierres, reste avec moi, je t'en supplie.
"
L'ambulance fonce dans les rues de Naplouse silencieuse. Des chats
jaillissent des poubelles à notre passage. Je vais écrire
Firaz, mais comment dire ce que personne ne veut entendre. Toi, tu
te moques maintenant que l'on t'entende ou pas. Ce qui est important,
c'est de parler, et de parler encore et de raconter inlassablement
les corps que tu as transporté dans ton ambulance, jusqu'à ce
que les mots ne te viennent plus. Même quand je ne t'écoute
plus, Firaz, tu continues a me raconter. Parce qu'il n'y a aucune
raison pour que tu me racontes la mort de Taher, sans me parler de
celle de Marwan, ni de me parler de la mort de Ghassan sans me raconter
celle de Mohamed. Quand tu as fini de raconter, tu ne dis plus rien,
pendant un long moment. Parler te vide, je le sens bien. Mais comment
reprendre le volant tous les jours sans s'être vidé jusqu'à l'épuisement.
Comment continuer à charrier des cadavres en les portant tous
sur ses épaules.
Je vais écrire, Firaz, je vais écrire.
"
C'était dans la même rue que celle où nous étions
la semaine dernière. Les mêmes jeeps, les mêmes
pierres, les mêmes enfants.
" Et Yasser.
"
Une première rafale de mitraillette dans les jambes le jette
a terre. De ses mains ouvertes, les pierres roulent sur le sol. Firaz,
tu es a trois mètres du jeune homme blessé, les portes
de ton ambulance sont grande ouvertes. Le jeune médecin suédois
hurle ne tirez plus, ne tirez plus. Les soldats vous ordonnent de
reculer. Puis l'un d'entre eux sort de la jeep verte aux yeux jaunes
et pointe son fusil sur le blessé à terre. Il tire à quinze
reprises. La poitrine est transpercée, la tête vole
en éclats. Yasser avait vingt ans.
Source : CCIPPP
L'incroyable
enlèvement du chef de la police palestinienne
par Al Quds Al Arabi, 17 juillet 2004. Traduction de l'arabe
: Taïeb Moalla
Qu'un simple citoyen soit enlevé par des groupes armés hors-la-loi
est une chose compréhensible. Mais que le chef de la police subisse un
rapt, en plein jour, c'est inimaginable. C'est même un signe de la fin
des temps. Dans les territoires de l'Autorité palestinienne, et surtout
dans le bande de Gaza, rien n'est impossible. Le pays est dans un état
de chaos inédit. Et il n'y a rien à l'horizon qui indique qu'on
y mettra fin. Du moins, pas dans l'immédiat.
Hier, des hommes armés ont attaqué le cortège du général
Ghazi Jabali après lui avoir tendu une embuscade sur la route principale
pas loin du camp de réfugiés du Boureij. Ils l'ont gardé pendant
trois heures et il ne fut libéré qu'après que les hommes
armés (qui appartiennent au Fatah ; le parti au pouvoir) aient reçu
des assurances du président palestinien, Yasser Arafat, de satisfaire
leurs revendications : la lutte contre la corruption, le limogeage et le jugement
des officiers des appareils de sécurité corrompus - et, à leur
tête, le général Ghazi Jabali -.
Quelques heures après la libération de Jabali, une embuscade semblable
a été tendue, à Khan Younès. Un colonel de police,
Khaled Abou Ala, responsable du secteur sud dans le haut Comité de coordination
israélo-palestinien, a été enlevé.
Ces enlèvements veulent tout simplement dire que tout ce que Terje Roed-Larsen,
l'envoyé spécial su Secrétaire général des
Nations unies, a dit concernant le chaos de l'Autorité palestinienne et
la propagation de la corruption au sein de ses services sécuritaires et
politique est totalement vrai. Et que la campagne orchestrée contre lui
par des proches du président Arafat, était totalement injuste.
Son but étant de cacher la situation catastrophique, de justifier la corruption
et d'en protéger les symboles.
L'Autorité palestinienne est effectivement en situation de chaos. Elle
n'existe plus que sur le papier. Si elle avait encore existé, la situation
n'aurait pas atteint ce degré d'anarchie et de tergiversation dans son
organe le plus sensible : la sécurité.
Le général Ghazi Jabali - et un grand nombre de chefs de la police occupent
de hautes fonctions dans le classement de la corruption. Et malgré les
fortes pressions faites par les jeunes leaders propres du Fatah pour obtenir
leur limogeage et pour les présenter à un tribunal en vue de les
juger (et de récupérer ainsi l'argent public qu'ils ont volé),
le président Arafat insiste pour qu'ils gardent leurs fonctions.
Il est tout à fait regrettable que le président palestinien soit
obligé de plier, tel qu'on l'a vu et entendu, devant les revendications
des auteurs des enlèvements. Il aurait été plus honorable
pour lui de les limoger avant que la situation n'atteigne de ce degré honteux
de chaos.
Bref, comment un chef de police, qui ne peut même pas se protéger,
pourrait-il protéger les autres ?
Que le bon dieu vienne en aide au peuple palestinien.
Avraham
Burg ou l'échec d'une génération
par Gidéon Lévy, Ha'Aretz . Traduit par Courrier international,
n° 715, 15 juillet 2004
L'ancien président de la Knesset se retire de la vie politique. Il faisait
partie de ces quinquagénaires qui devaient succéder aux pères
fondateurs de l'Etat hébreu, rappelle amèrement Ha'Aretz.
Les adieux prématurés d'Avraham Burg à la vie politique
sont davantage qu'une décision privée, tant l'ancien président
de la Knesset incarne toute une génération d'hommes politiques
en qui de nombreux espoirs avaient été placés, une génération
de quinquagénaires et de sexagénaires renvoyés à la
marge, la première génération de Juifs autochtones à avoir
investi l'espace public après la génération des pères
fondateurs. Hélas, loin d'avoir apporté un souffle neuf et révolutionnaire
fondé sur une idéologie cohérente, ces hommes politiques
se sont révélés des fonctionnaires, et ne laissent derrière
eux que des changements institutionnels mineurs. S'il fut dévastateur
pour le Parti travailliste, ce phénomène n'a épargné aucun
parti. En définitive, le seul à s'être transformé idéologiquement
aura été le Mafdal [Parti national religieux], un parti centriste
et modéré qui, sous la pression de la jeune génération
incarnée par le Goush Emounim, s'est mué en parti extrémiste
[fer de lance de la colonisation de peuplement]. Il fut un temps où cette
génération était pleine de promesses. Les militants du
Mapaï [ancêtre du Parti travailliste] nés dans les années
40 et 50 étaient non seulement les enfants du pays, des "nouveaux
Israéliens", mais aussi les porteurs d'une réponse aux stratégies épuisées
de leurs prédécesseurs. N'étant pas issus des bataillons
d'élite de la guerre de 1948, certains d'entre eux avaient d'autant
plus facilement fondé des cercles de réflexion, cercles qui ne
font plus partie aujourd'hui de notre paysage politique. Ils sont parfois parvenus à se
faire élire à la Knesset ou à décrocher des portefeuilles
ministériels, mais la plupart d'entre eux ont été rapidement
bloqués par la vieille génération et par ces généraux
directement parachutés de l'armée vers la politique. De tous
les espoirs des années 70 et 80, seuls auront survécu Shulamit
Aloni et Yossi Sarid [ex-travaillistes et ex-ministres, respectivement fondateurs
du Meretz et du Yahad]. Mais, pour cela, ils ont dû quitter le Parti
travailliste. Le début des années 90 a vu apparaître une
nouvelle génération de politiciens travaillistes bardés
de diplômes. Comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux venus
auront cru pouvoir faire basculer l'échiquier politique vers des positions
plus "colombes". Si aucun d'entre eux n'est finalement parvenu à franchir
le pas, c'est sans doute parce que les concepts de droits de l'homme et de
droits sociaux n'auront jamais fait partie de leur vocabulaire.
Les quinquas du Likoud ne se portent pas mieux
Ces nouveaux venus ont toujours privilégié leur carrière
personnelle, alors même que la colonisation dans les Territoires se développait
sous leur nez et avec l'aide du Parti travailliste. Ils ont perdu plus de temps à se
plaindre de leur mise à l'écart qu'à manifester contre
l'injustice de l'occupation. Comment s'étonner, dès lors, que
leur influence soit restée marginale et qu'ils ne soient jamais parvenus à occuper
des postes clés ? L'exception, c'est un Yossi Beilin qui, en épousant
une vision idéologique claire, a été la force motrice
des accords d'Oslo (cela dit sans contester la part de Shimon Pérès
et de Yitzhak Rabin), avant de lui-même tirer la conclusion qu'il n'avait
d'autre choix que de quitter le Parti travailliste. Les quinquas du Likoud
(Ehoud Olmert, Roni Millo, Dan Méridor et David Lévy) n'ont pas
davantage laissé d'empreinte politique. A l'exception, peut-être,
d'un Dan Méridor rapidement marginalisé, aucun membre de la "nouvelle
génération" n'a impulsé le moindre virage significatif à son
parti. Le seul héritage idéologique dont puisse se targuer le
Likoud, c'est encore et toujours celui de la génération des fondateurs,
celle de Menahem Begin et de Yitzhak Shamir, un héritage endossé tel
quel par Ariel Sharon et Benyamin Nétanyahou. On peut se dire que la
destinée individuelle des membres de cette génération
perdue est sans importance. L'ennui, c'est que le vide qu'ils laissent derrière
eux est un vide qu'ils laissent dans notre vie. Plutôt que de nous apporter
le changement promis, les hommes politiques de la génération
d'Avraham Burg nous ont tout simplement trahis. Ils auraient pu être
une réponse civile à ce militarisme qui s'insinue dans tous les
domaines de notre vie. Mais cette génération, qui aura longtemps
incarné la stature morale d'Israël à l'étranger,
nous laisse aujourd'hui à la merci de ceux qui n'ont foi que dans ces "spécialistes
en sécurité" dont l'omniscience présage du pire.
Alla,
Mohamed, Ahmed, Taher, Sabreen ... enfants de Palestine
Ils ont entre 11 et 15 ans et vivent à Gaza, Jénine, Ramallah,
Naplouse ou Hébron. Du Maroc où ils sont en vacances, ils évoquent
leur quotidien.
Avez-vous jamais croisé le regard d'un enfant Palestinien autrement
que confortablement installé devant votre écran de TV ? Sûr
que vous vous en souviendriez, si tel avait été le cas. D'emblée,
vous vous perdez dans la tristesse infinie de ces regards quand ce n'est pas
l'absence totale d'_expression qui vous saisit. Leurs cernes, noires, profondes,
leur donnent un âge qui n'est pas le leur. Les visages sont fermés,
les langues ont du mal à se délier, à évoquer une
vie bornée de toutes parts par la violence, l'amertume, l'injustice.
Et puis, d'un coup d'un seul, surpris par l'ébranlement d'un manège,
s'amusant de s'ébattre en toute quiétude dans les eaux bleues
d'une mer calme, ces adultes miniatures se transforment, le temps d'un camp
de vacances, en enfants qu'ils n'ont jamais été. D'un coup d'un
seul, les rires s'élèvent, les visages s'éclairent, les
voix, claires, s'époumonent.
C'est
la première fois que nos 22 jeunes Palestiniens quittent
leur pays et avec lui le stress, l'angoisse, la mort, les blessés,
les destructions de maisons, les attentes interminables aux check
points. Hantés par l'insécurité, ils s'émerveillent
de ce Maroc où les gens vont et viennent librement. Habitués
au mépris des Israéliens, ils sont bouleversés
par les marques d'affection qu'ils reçoivent dans ce "pays
frère". Peu familiers des sommeils réparateurs,
ils évoquent les nuits tranquilles à Bouznika. Certains
ont du mal à gérer ce trop plein d'émotions
(fièvre, fatigue), d'autres prennent tout ce qu'il y a à prendre.
Trop conscients que demain est un autre jour. Pour ce qui est d'aujourd'hui,
ils en sont sûrs, ces vacances, ces trois semaines de "vie
normale" sont ce qui leur est arrivé de mieux jusqu'à présent.
Un répit rendu possible grâce à deux associations : l'une
marocaine, le Collectif blouses blanches pour la Palestine, l'autre palestinienne,
Union of palestinian medical relief committees, Jerusalem. Si la première,
composée de sociétés médicales, d'associations
de médecins, de pharmaciens et de dentistes, a pris en charge le financement,
la seconde, forte de ces 3500 volontaires secouristes, a sélectionné les
22 bénéficiaires du projet et leur 4 encadrants. Précisons
que la noblesse du projet n'a réussi à entamer ni la mauvaise
foi des autorités israéliennes - qui, prévenues, n'ont
rien fait pour éviter un voyage éprouvant aux enfants -, ni les
préoccupations mercantiles des compagnies aériennes marocaine
et jordanienne, celles de bus, d'assurances Il faudra, en fin de compte, toute
la persévérance et le dévouement de Siham Bencheckroun,
véritable cheville ouvrière de l'opération "Des vacances
pour les enfants de Palestine" pour obtenir quelques rabais.
Les enfants l'en remercient.
Alla
T., 15 ans, habite un camp de réfugiés à Jénine
La vie quotidienne au camp ? Tous les jours, tu vois des morts, des maisons
détruites ou des gens arrêtés. Les militaires israéliens
sont toujours présents. Oui, il y a des groupes combattants chez nous
qui les affrontent, surtout la nuit et presque tous les jours. Au début
de l'Intifada, j'avais très peur. Aujourd'hui, je trouve ça normal.
On est en colère, mais c'est comme ça. On n'aime pas les voir.
J'ai 6 s¦urs et 2 frères. Enfin, je n'en ai plus qu'un. L'autre
a été tué l'an dernier. Il avait 20 ans. J'étais
très proche de lui, car nous n'étions que 3 à la maison
(lui, une s¦ur et moi, les autres sont toutes mariées). Depuis,
je suis toujours triste, je n'arrête pas de penser à lui. Mes
copines, je ne peux les voir qu'à la maison car m'a mère a trop
peur que je sorte. De temps en temps, on se dispute, mais je n'insiste pas à cause
de l'insécurité.
Le Maroc ? C'est très spécial par rapport à Jénine.
Ici, on joue, on danse, on sort, tout ça est nouveau. Ça me redonne
espoir dans une vie meilleure, ça me donne de la force. Je rêve
de cette vie. J'ai de très bonnes relations avec les garçons,
ils sont comme mes frères. Ça aussi c'est nouveau, parce qu'à Jénine,
on n'a pas de relations entre nous. Mais il faut dire qu'on n'a pas une vie
normale non plus.
Alla
A., 11 ans, camp Askar à Naplouse
J'ai été très heureuse quand j'ai su que je venais, j'ai
sauté partout. Je suis partie la veille du départ avec ma mère
jusqu'à Jéricho. On a dormi ensemble à la frontière.
L'an dernier, on avait été refoulés au check point avant
Amman, à cause de mon père ; il était recherché par
les Israéliens. J'avais peur qu'il nous arrive la même chose cette
année. Au camp, on ne voit que des maisons détruites, des morts.
J'ai une seule amie, ma voisine. A part l'école, il n'y a rien dans
le camp. J'aime y aller, car c'est plus sûr qu'à l'extérieur
et surtout, parce que l'éducation est notre seule arme.
La paix ? Non, je n'y crois pas. Après nos milliers de morts, il ne
peut y avoir la paix. D'ailleurs, je ne la veux pas. Je ressemble peut-être à un
ange, mais je ne le suis pas.
Mohamed,
14 ans, habite un village à 25 kms à l'ouest de Ramallah
Notre village vit essentiellement de l'agriculture, car il n'y a pas d'autre
solution. Il n'y a qu'une école primaire. Pour aller au collège
et au lycée, on est obligé d'aller dans un autre village. Le
problème, c'est qu'il y a un check point entre les deux. Du coup, c'est
pas facile d'aller à l'école tous les jours. Jusqu'à aujourd'hui,
la route normale est coupée, on est obligé d'emprunter un autre
itinéraire, mais il est beaucoup plus long. Pour moi, aller à l'école
est la chose la plus importante. Je voudrais être ingénieur informatique.
J'ai des amis filles et garçons, puisque je vais dans une école
mixte ; on n'a pas les moyens d'en avoir une pour chacun. Mais je suis très
content comme ça. On essaie de se voir après les cours, souvent
dans la rue, car on n'a pas d'autres endroits où aller.
Il y a deux ans, les soldats ont fermé le terrain de foot pour le donner
aux colons. On était en colère, on leur a jeté des pierres.
J'ai été arrêté avec 2 copains, j'ai passé 2
jours en prison. Les autres enfants avaient prévenu mes parents, mais
pas les soldats. J'étais effrayé, j'avais peur qu'ils me frappent
mais ils ne l'ont pas fait. En revanche, ils n'ont pas arrêté de
me poser des questions sur ceux avec qui j'étais, ce qu'ils font ?
Dans le futur, je suis sûr qu'il y aura la paix et que la Palestine sera
libre. Le problème, c'est que les Israéliens n'ont pas de parole.
Ahmed,
11 ans, camp de Jabaliah à Gaza
Il y a 4 ans, au début de l'Intifada, j'ai été blessé par
une balle à l'¦il. J'ai du être transporté au Maroc
pour me faire opérer. En fait, il y avait une administration civile
pour les enfants, les soldats israéliens l'ont attaquée et j'ai été blessé dans
l'attaque. Depuis, j'ai toujours peur, je ne dors pas. J'ai 4 frères
et 1 s¦ur, tous plus petits que moi et je suis très triste d'être
au Maroc sans eux. Mais je suis quand même heureux d'être là,
je me sens en sécurité, ça fait du bien.
Taher
A., 15 ans, Gaza
Mon père a été blessé pendant l'Intifada, il a
reçu une balle dans la jambe. Depuis, il est handicapé. Comme
il était chauffeur de taxi, il ne peut plus travailler aujourd'hui.
Je ne peux évoluer comme je voudrais à l'école à cause
des problèmes de déplacement. J'ai peur d'être obligée
de rester chez moi pour travailler seule.
Je me souviens quand Sharon est entré dans la mosquée et que
les Palestiniens n'ont pas supporté. Je suis de cette région,
c'est là où il y a le plus de démolitions. Comme nous
vivons dans une région frontalière, les Israéliens utilisent
nos maisons comme postes d'observation. Les arbres sont déracinés,
les terres agricoles traversées par les tanks...
Ce qui m'a le plus touchée au Maroc ? La tendresse, l'amitié entre
les enfants et surtout, je me sens en sécurité. Je voudrais vivre
comme vous.
Sabreen,
12 ans, habite un petit village à quelques kilomètres
d'Hébron
J'ai 5 s¦urs et 2 frères. Mes amies sont toutes de ma famille
car comme dans chaque village, seules 2 ou 3 familles vivent entre elles. Dans
mon village, les gens n'ont pas de travail, c'est très dur. J'habite
près des colons et que parfois, ils nous attaquent. Nous, on leur jette
des cailloux. Mais je constate que la colonie devient de plus en plus grande.
Aujourd'hui, c'est presqu'une ville. Pour aller à l'école, je
suis obligée de passer par un check point. Parfois, quand la route est
barrée, je dois faire un long détour. Je ne me sens pas vraiment
en sécurité sauf quand les soldats sont à l'extérieur.
Mais ils viennent souvent pour arrêter les gens, détruire les
maisons. Cette année, ils en ont détruit 2 près de chez
moi. Avant que les familles ne partent dans un autre camp, elles m'ont raconté que
les soldats israéliens les avaient prévenues que leur maison
serait détruite et qu'ils devaient donc tout vider. En fait, les militaires
sont venus un mois après et 2 garçons qui étaient dedans
sont morts (17 et 21 ans).
Je veux être journaliste pour écrire sur la Palestine, car il
y a un vrai gap entre ce que je vis et ce que je lis.
Le Maroc est un pays extraordinaire. C'est la première fois que je vis
une vie normale. Je suis très surprise par la liberté de mouvement,
je n'avais jamais imaginé que ça existait.
La mixité du camp ? Dans notre village, on a une cage pour les garçons,
une autre pour les filles. Je préfèrerais une seule cage, démocratique.
C'est quoi la démocratie ? C'est la liberté, la vie normale,
sans occupation. Est-ce que ça va arriver ? Inch Allah ! Non, en fait
je suis sûre que ça va arriver. J'aimerais être amie avec
des enfants israéliens mais je ne pense pas que leurs parents accepteraient.
D'un autre côté, je ne sais pas si les miens le voudraient.
Source : www.aloufok.net
La
Nouvelle-Zélande exige des excuses d'Israël, qui
refuse de les présenter publiquement
Un raté du Mossad, le service de renseignements israélien, a
plongé hier l'État hébreu dans l'embarras au lendemain
de la condamnation à six mois de prison de deux de ses agents impliqués
dans une affaire de faux passeports en Nouvelle-Zélande.
L'affaire s'est envenimée, le gouvernement néo-zélandais
exigeant des excuses de l'État hébreu qu'Israël s'est abstenu
de présenter, du moins publiquement. L'affaire a été jugée
assez grave pour que des membres de la sous-commission parlementaire, chargée
des questions de renseignements, aient demandé des explications, a rapporté hier
la radio militaire. « Ce nouveau fiasco rend plus nécessaire que
jamais le vote d'une loi réglementant les activités du Mossad
et une supervision parlementaire », a déclaré la députée
de l'opposition de gauche Zahava Galon. Cette parlementaire du parti Meretz
a souligné qu'une telle législation existe déjà pour
le Shin Beth, le service de sécurité intérieure.
Elle a rappelé des fiascos précédents du Mossad dont le
plus grave fut la tentative avortée en septembre 1997 d'assassiner Khaled
Mechaal, chef du bureau politique du mouvement islamiste palestinien Hamas à Amman,
qui s'était soldée par la capture de deux agents.
En février 1998, un agent du Mossad avait été surpris
par la police suisse en train d'installer un système d'écoutes
téléphoniques au domicile d'un homme d'origine libanaise, près
de Berne. En novembre de la même année, deux agents du Mossad étaient
surpris dans une zone militaire interdite de Chypre.
Le ministre israélien des Affaires étrangères Sylvan Shalom
s'est déclaré « désolé » jeudi par
les sanctions prises par la Nouvelle-Zélande. « Nous sommes, bien
sûr, désolés de cette réaction (du gouvernement
néo-zélandais) et nous pensons que cette décision peut être
modifiée ; nous agirons, bien entendu, pour ramener nos relations à leur
cours normal », a affirmé M. Shalom. Mais le Premier ministre
de Nouvelle-Zélande, Helen Clark, a jugé hier que cette déclaration était
insuffisante et a réclamé des excuses.
Le ministre des Affaires étrangères Phill Goff a estimé qu'Israël
s'était rendu coupable d'un « acte hostile » envers la Nouvelle-Zélande.
Wellington a annoncé la suspension de tous les contacts à haut
niveau avec Israël.
Israël n'a pas reconnu que les deux hommes faisaient partie du Mossad,
mais ne l'a pas démenti, alors que les médias n'exprimaient aucun
doute sur leur appartenance aux services secrets.
Mme Clark a affirmé qu'elle avait stoppé un projet de visite
du président israélien Moshé Katzav en août, tout
en annonçant que les responsables israéliens devraient désormais
obtenir un visa pour entrer en Nouvelle-Zélande.
Le Mossad bénéficie d'une image quasi mythique depuis sa création,
bien qu'il n'ait pas toujours été à la hauteur de sa réputation.
Fondé en 1951, il mène des activités qui sont, en principe,
couvertes par le secret militaire et la censure.
Le Mossad qui compte de 2 000 à 3 000 agents est le plus petit des services
de sécurité israéliens. Il dépend directement du
Premier ministre, tout comme le Shin Beth, qui couvre Israël et les territoires
palestiniens. Le Mossad s'est illustré dans son histoire par quelques
actions d'éclat, comme l'enlèvement en Argentine, en 1960, du
criminel de guerre nazi Adolf Eichmann. Emmené en Israël, Eichmann
fut condamné à mort et pendu.
En octobre 1995, le Mossad a assassiné à Malte le chef du mouvement
radical palestinien jihad islamique, Fathi Chikaki.
Ce service est commandé depuis le 30 octobre par le général
de réserve Meïr Dagan, 55 ans, politiquement très proche
de M. Sharon, auquel il a servi de conseiller politique pour sa campagne électorale.
Source : L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 17 juillet 2004