quibla.net

   
 
Palestine

Lettre de Gilles Abramowicz à son frère et sa soeur
Qalqilia, 16 juillet 2004
Gilles fait partie en tant qu'artiste de l'action : "Pas ce Mur" qui se déroule pour l'instant à Qalqilia. Mon frère, ma soeur, Je tenais à vous dire comment nos frères israéliens sont devenus des fascistes, je n'arrive pas à le comprendre. Nous avons reçu une si belle é ducation de ce côté-là de notre famille et nous avons aujourd'hui de quoi ê tre honteux de ce qui se passe ici. Chaque jour, je reçois des informations et des témoignages de tortures, d'arrestations arbitraires et de familles déchirées. Il y a 3 jours, j'ai vu de mes yeux les Israéliens entrer dans Qalqilia à 1h du matin après avoir tiré des rafales de mitraillettes. Je suis monté sur le toit de mon immeuble où j'ai croisé un jeune Palestinien terrorisé mais habitué. Je suis resté avec lui jusqu'à 4h du matin sur le toit, cachés derrière le muret, je filmais. Il y avait un avion furtif à infra rouge qui tournait au-dessus de nos têtes. Les soldats é clairaient les maisons depuis leurs jeeps pour terroriser les habitants. J'avais honte! Après, il y a eu une énorme explosion avec un gros éclair, cela sentait le TNT. Le matin, je suis allé voir dans ce quartier. Les enfants et les habitants avaient la mort dans les yeux. Les soldats avaient donc fait exploser une voiture qui gisait au milieu de la rue. Quand je me suis retourné, il y avait 3 résistants avec des grosses mitraillettes et quelques adolescents. Personne ne souriait. Moi non plus. J'ai été les trouver et je me suis adressé au plus âgé. C'était sa voiture, j ai demandé si nous pouvions la filmer, nous l'avons fait. Après, une femme m'a appelé pour que je l'interroge mais nous n'avions pas d'interprète alors nous sommes retournés hier soir à 23h30 et elle nous a reçus. Hier, je suis parti avec 60 enfants à la piscine en dehors de la ville. Sur le retour, nous sommes restés 2 heures coincés à un check point dans un bus où il faisait 60 degrés, les soldats rasés et les ingénieurs qui construisent la route de démarquation mangeaient des glaces! J'ai chanté, j ai dansé avec les enfants dans le bus pour ne pas me laisser abattre et leur remonter le moral. Des vieillards devaient attendre sous le soleil pendant que les colons passaient dans des voitures climatisées. En tant que juif dans un bus de Palestiniens, je craignais le contrôle. Cela n'est pas arrivé. Maintenant, je suis seul à Qalqilia, tout le groupe est parti à Jérusalem. Je reviens d'une manifestation devant le mur de l'Apartheid, avec des Palestiniens pacifistes, je n'étais pas très à l'aise car les jeunes me testent tout le temps en me disant "Shalom". Il y avait des Israéliens de l'autre côté du mur sur une énorme butte, des pacifistes, ils avaient installé une montgolfière et nous étions sur le toit d' une école. Je filme tout ce que je peux, je ne peux pas m'en empêcher. Ce mur est une falaise de 9 mètres de haut derrière laquelle sont séquestrés 45000 habitants. Je vis dans un zoo depuis une semaine! Je ne veux plus aller en Israël mais j'ai promis à notre tante de repeindre sa salle de bain, je le ferai donc. Après, j'irai à Jérusalem 3 jours pour visiter et travailler dans un bidonville de Bédouins, enfermés eux aussi. Je me fous complètement du tourisme et ne suis pas prêt à aller à la plage de Tel Aviv même si les filles y sont particulièrement jolies. Je vous embrasse tous

 

En direct de Naplouse occupée
par Jérôme, 18 juillet 2004
" Jérôme, tu vas écrire quelque chose sur ce qui s'est passe a Balata tout à l'heure, n'est-ce-pas ?
L'ambulance traverse Naplouse endormie, balayant la route de son gyrophare rouge et silencieux.
É crire quoi. Pour qui. Je n'y avais même pas pense. L'idée de raconter ne m'avait même pas effleure. L'écriture est trop loin de moi en ce moment. Firaz fixe la route de son regard noir, de son regard perdu dans le souvenir de cette après-midi a Balata, de son regard noyé dans le souvenir de toutes ces après-midi a Balata ou ailleurs. Jérôme, tu vas écrire quelque chose sur ce qui s'est passe a Balata ?
" Tu te souviens, c'était la semaine dernière. Nous marchions dans la grande rue de Balata. Deux jeeps bloquaient les deux issues de la grande rue. Autour du camps, la foule turbulente avait laisse place a un désert. Entre les deux jeeps, un tronçon de rue se retrouvait prisonnier. Alors les enfants ont commence a jeter des pierres. Et les jeeps avaient fait rugir leur moteur. Tu étais reste immobile, fixant la jeep et tu m'avais dit ''Quelle vision pour ses enfants, cette jeep avec ses phares menaçants...''. Puis de la jeep, les soldats avaient tire une grenade et tu n'avais pas bouge. Je comprends aujourd'hui que ces phares brillant au loin comme des projecteurs de mirador t'effrayaient plus que la grenade. Je crois que tu as raison. Ces yeux jaunes et bruyants doivent hanter toutes les nuits les cauchemars de ces petits des rues, bien plus que tout.
" Ces yeux de fer, je les ai revus hier, à Balata. Dans la même rue. Au même endroit ou nous nous trouvions tout les deux il y a une semaine. A la même heure. Les moteurs ont rugi de la même façon et de la même façon, les jeunes ont commencé à jeter des pierres. Tu avais senti de la gêne a les regarder lancer leurs grenades pour grenadine, leurs bouts de pastèque et leur cailloux trop lourds pour leurs petits bras. Tu avais dit, partons, le spectacle est terminé. Tu étais gêné d'être spectateur. Je t'avais dit que pour pouvoir raconter plus tard, il fallait passer par cet état déplaisant de spectateur, de voyeur, que nous n'avions pas le choix. La guerre se joue sous nos yeux, sous nos appareils photos. Les vieux ne jettent même plus un oeil sur la rue et restent accrochés a leur narguilé ou à leur partie de backgammon. Les enfants aux mains pleines de pierres rient et nous leur rendons leurs sourires un peu gênés. Reste là petit, ne t'approche pas du monstre aux yeux de feu, reste à côté de moi et pose tes pierres, reste avec moi, je t'en supplie.
" L'ambulance fonce dans les rues de Naplouse silencieuse. Des chats jaillissent des poubelles à notre passage. Je vais écrire Firaz, mais comment dire ce que personne ne veut entendre. Toi, tu te moques maintenant que l'on t'entende ou pas. Ce qui est important, c'est de parler, et de parler encore et de raconter inlassablement les corps que tu as transporté dans ton ambulance, jusqu'à ce que les mots ne te viennent plus. Même quand je ne t'écoute plus, Firaz, tu continues a me raconter. Parce qu'il n'y a aucune raison pour que tu me racontes la mort de Taher, sans me parler de celle de Marwan, ni de me parler de la mort de Ghassan sans me raconter celle de Mohamed. Quand tu as fini de raconter, tu ne dis plus rien, pendant un long moment. Parler te vide, je le sens bien. Mais comment reprendre le volant tous les jours sans s'être vidé jusqu'à l'épuisement. Comment continuer à charrier des cadavres en les portant tous sur ses épaules.
Je vais écrire, Firaz, je vais écrire.
" C'était dans la même rue que celle où nous étions la semaine dernière. Les mêmes jeeps, les mêmes pierres, les mêmes enfants.
" Et Yasser.
" Une première rafale de mitraillette dans les jambes le jette a terre. De ses mains ouvertes, les pierres roulent sur le sol. Firaz, tu es a trois mètres du jeune homme blessé, les portes de ton ambulance sont grande ouvertes. Le jeune médecin suédois hurle ne tirez plus, ne tirez plus. Les soldats vous ordonnent de reculer. Puis l'un d'entre eux sort de la jeep verte aux yeux jaunes et pointe son fusil sur le blessé à terre. Il tire à quinze reprises. La poitrine est transpercée, la tête vole en éclats. Yasser avait vingt ans.
Source : CCIPPP

 

L'incroyable enlèvement du chef de la police palestinienne
par Al Quds Al Arabi, 17 juillet 2004. Traduction de l'arabe : Taïeb Moalla
Qu'un simple citoyen soit enlevé par des groupes armés hors-la-loi est une chose compréhensible. Mais que le chef de la police subisse un rapt, en plein jour, c'est inimaginable. C'est même un signe de la fin des temps. Dans les territoires de l'Autorité palestinienne, et surtout dans le bande de Gaza, rien n'est impossible. Le pays est dans un état de chaos inédit. Et il n'y a rien à l'horizon qui indique qu'on y mettra fin. Du moins, pas dans l'immédiat.
Hier, des hommes armés ont attaqué le cortège du général Ghazi Jabali après lui avoir tendu une embuscade sur la route principale pas loin du camp de réfugiés du Boureij. Ils l'ont gardé pendant trois heures et il ne fut libéré qu'après que les hommes armés (qui appartiennent au Fatah ; le parti au pouvoir) aient reçu des assurances du président palestinien, Yasser Arafat, de satisfaire leurs revendications : la lutte contre la corruption, le limogeage et le jugement des officiers des appareils de sécurité corrompus - et, à leur tête, le général Ghazi Jabali -.
Quelques heures après la libération de Jabali, une embuscade semblable a été tendue, à Khan Younès. Un colonel de police, Khaled Abou Ala, responsable du secteur sud dans le haut Comité de coordination israélo-palestinien, a été enlevé.
Ces enlèvements veulent tout simplement dire que tout ce que Terje Roed-Larsen, l'envoyé spécial su Secrétaire général des Nations unies, a dit concernant le chaos de l'Autorité palestinienne et la propagation de la corruption au sein de ses services sécuritaires et politique est totalement vrai. Et que la campagne orchestrée contre lui par des proches du président Arafat, était totalement injuste. Son but étant de cacher la situation catastrophique, de justifier la corruption et d'en protéger les symboles.
L'Autorité palestinienne est effectivement en situation de chaos. Elle n'existe plus que sur le papier. Si elle avait encore existé, la situation n'aurait pas atteint ce degré d'anarchie et de tergiversation dans son organe le plus sensible : la sécurité.
Le général Ghazi Jabali - et un grand nombre de chefs de la police ­ occupent de hautes fonctions dans le classement de la corruption. Et malgré les fortes pressions faites par les jeunes leaders propres du Fatah pour obtenir leur limogeage et pour les présenter à un tribunal en vue de les juger (et de récupérer ainsi l'argent public qu'ils ont volé), le président Arafat insiste pour qu'ils gardent leurs fonctions.
Il est tout à fait regrettable que le président palestinien soit obligé de plier, tel qu'on l'a vu et entendu, devant les revendications des auteurs des enlèvements. Il aurait été plus honorable pour lui de les limoger avant que la situation n'atteigne de ce degré honteux de chaos.
Bref, comment un chef de police, qui ne peut même pas se protéger, pourrait-il protéger les autres ?
Que le bon dieu vienne en aide au peuple palestinien.

 

Avraham Burg ou l'échec d'une génération
par Gidéon Lévy, Ha'Aretz . Traduit par Courrier international, n° 715, 15 juillet 2004
L'ancien président de la Knesset se retire de la vie politique. Il faisait partie de ces quinquagénaires qui devaient succéder aux pères fondateurs de l'Etat hébreu, rappelle amèrement Ha'Aretz.
Les adieux prématurés d'Avraham Burg à la vie politique sont davantage qu'une décision privée, tant l'ancien président de la Knesset incarne toute une génération d'hommes politiques en qui de nombreux espoirs avaient été placés, une génération de quinquagénaires et de sexagénaires renvoyés à la marge, la première génération de Juifs autochtones à avoir investi l'espace public après la génération des pères fondateurs. Hélas, loin d'avoir apporté un souffle neuf et révolutionnaire fondé sur une idéologie cohérente, ces hommes politiques se sont révélés des fonctionnaires, et ne laissent derrière eux que des changements institutionnels mineurs. S'il fut dévastateur pour le Parti travailliste, ce phénomène n'a épargné aucun parti. En définitive, le seul à s'être transformé idéologiquement aura été le Mafdal [Parti national religieux], un parti centriste et modéré qui, sous la pression de la jeune génération incarnée par le Goush Emounim, s'est mué en parti extrémiste [fer de lance de la colonisation de peuplement]. Il fut un temps où cette génération était pleine de promesses. Les militants du Mapaï [ancêtre du Parti travailliste] nés dans les années 40 et 50 étaient non seulement les enfants du pays, des "nouveaux Israéliens", mais aussi les porteurs d'une réponse aux stratégies épuisées de leurs prédécesseurs. N'étant pas issus des bataillons d'élite de la guerre de 1948, certains d'entre eux avaient d'autant plus facilement fondé des cercles de réflexion, cercles qui ne font plus partie aujourd'hui de notre paysage politique. Ils sont parfois parvenus à se faire élire à la Knesset ou à décrocher des portefeuilles ministériels, mais la plupart d'entre eux ont été rapidement bloqués par la vieille génération et par ces généraux directement parachutés de l'armée vers la politique. De tous les espoirs des années 70 et 80, seuls auront survécu Shulamit Aloni et Yossi Sarid [ex-travaillistes et ex-ministres, respectivement fondateurs du Meretz et du Yahad]. Mais, pour cela, ils ont dû quitter le Parti travailliste. Le début des années 90 a vu apparaître une nouvelle génération de politiciens travaillistes bardés de diplômes. Comme leurs prédécesseurs, ces nouveaux venus auront cru pouvoir faire basculer l'échiquier politique vers des positions plus "colombes". Si aucun d'entre eux n'est finalement parvenu à franchir le pas, c'est sans doute parce que les concepts de droits de l'homme et de droits sociaux n'auront jamais fait partie de leur vocabulaire.
Les quinquas du Likoud ne se portent pas mieux
Ces nouveaux venus ont toujours privilégié leur carrière personnelle, alors même que la colonisation dans les Territoires se développait sous leur nez et avec l'aide du Parti travailliste. Ils ont perdu plus de temps à se plaindre de leur mise à l'écart qu'à manifester contre l'injustice de l'occupation. Comment s'étonner, dès lors, que leur influence soit restée marginale et qu'ils ne soient jamais parvenus à occuper des postes clés ? L'exception, c'est un Yossi Beilin qui, en épousant une vision idéologique claire, a été la force motrice des accords d'Oslo (cela dit sans contester la part de Shimon Pérès et de Yitzhak Rabin), avant de lui-même tirer la conclusion qu'il n'avait d'autre choix que de quitter le Parti travailliste. Les quinquas du Likoud (Ehoud Olmert, Roni Millo, Dan Méridor et David Lévy) n'ont pas davantage laissé d'empreinte politique. A l'exception, peut-être, d'un Dan Méridor rapidement marginalisé, aucun membre de la "nouvelle génération" n'a impulsé le moindre virage significatif à son parti. Le seul héritage idéologique dont puisse se targuer le Likoud, c'est encore et toujours celui de la génération des fondateurs, celle de Menahem Begin et de Yitzhak Shamir, un héritage endossé tel quel par Ariel Sharon et Benyamin Nétanyahou. On peut se dire que la destinée individuelle des membres de cette génération perdue est sans importance. L'ennui, c'est que le vide qu'ils laissent derrière eux est un vide qu'ils laissent dans notre vie. Plutôt que de nous apporter le changement promis, les hommes politiques de la génération d'Avraham Burg nous ont tout simplement trahis. Ils auraient pu être une réponse civile à ce militarisme qui s'insinue dans tous les domaines de notre vie. Mais cette génération, qui aura longtemps incarné la stature morale d'Israël à l'étranger, nous laisse aujourd'hui à la merci de ceux qui n'ont foi que dans ces "spécialistes en sécurité" dont l'omniscience présage du pire.

 

Alla, Mohamed, Ahmed, Taher, Sabreen ... enfants de Palestine
Ils ont entre 11 et 15 ans et vivent à Gaza, Jénine, Ramallah, Naplouse ou Hébron. Du Maroc où ils sont en vacances, ils évoquent leur quotidien.
Avez-vous jamais croisé le regard d'un enfant Palestinien autrement que confortablement installé devant votre écran de TV ? Sûr que vous vous en souviendriez, si tel avait été le cas. D'emblée, vous vous perdez dans la tristesse infinie de ces regards quand ce n'est pas l'absence totale d'_expression qui vous saisit. Leurs cernes, noires, profondes, leur donnent un âge qui n'est pas le leur. Les visages sont fermés, les langues ont du mal à se délier, à évoquer une vie bornée de toutes parts par la violence, l'amertume, l'injustice. Et puis, d'un coup d'un seul, surpris par l'ébranlement d'un manège, s'amusant de s'ébattre en toute quiétude dans les eaux bleues d'une mer calme, ces adultes miniatures se transforment, le temps d'un camp de vacances, en enfants qu'ils n'ont jamais été. D'un coup d'un seul, les rires s'élèvent, les visages s'éclairent, les voix, claires, s'époumonent.

C'est la première fois que nos 22 jeunes Palestiniens quittent leur pays et avec lui le stress, l'angoisse, la mort, les blessés, les destructions de maisons, les attentes interminables aux check points. Hantés par l'insécurité, ils s'émerveillent de ce Maroc où les gens vont et viennent librement. Habitués au mépris des Israéliens, ils sont bouleversés par les marques d'affection qu'ils reçoivent dans ce "pays frère". Peu familiers des sommeils réparateurs, ils évoquent les nuits tranquilles à Bouznika. Certains ont du mal à gérer ce trop plein d'émotions (fièvre, fatigue), d'autres prennent tout ce qu'il y a à prendre. Trop conscients que demain est un autre jour. Pour ce qui est d'aujourd'hui, ils en sont sûrs, ces vacances, ces trois semaines de "vie normale" sont ce qui leur est arrivé de mieux jusqu'à présent.
Un répit rendu possible grâce à deux associations : l'une marocaine, le Collectif blouses blanches pour la Palestine, l'autre palestinienne, Union of palestinian medical relief committees, Jerusalem. Si la première, composée de sociétés médicales, d'associations de médecins, de pharmaciens et de dentistes, a pris en charge le financement, la seconde, forte de ces 3500 volontaires secouristes, a sélectionné les 22 bénéficiaires du projet et leur 4 encadrants. Précisons que la noblesse du projet n'a réussi à entamer ni la mauvaise foi des autorités israéliennes - qui, prévenues, n'ont rien fait pour éviter un voyage éprouvant aux enfants -, ni les préoccupations mercantiles des compagnies aériennes marocaine et jordanienne, celles de bus, d'assurances Il faudra, en fin de compte, toute la persévérance et le dévouement de Siham Bencheckroun, véritable cheville ouvrière de l'opération "Des vacances pour les enfants de Palestine" pour obtenir quelques rabais.
Les enfants l'en remercient.

Alla T., 15 ans, habite un camp de réfugiés à Jénine
La vie quotidienne au camp ? Tous les jours, tu vois des morts, des maisons détruites ou des gens arrêtés. Les militaires israéliens sont toujours présents. Oui, il y a des groupes combattants chez nous qui les affrontent, surtout la nuit et presque tous les jours. Au début de l'Intifada, j'avais très peur. Aujourd'hui, je trouve ça normal. On est en colère, mais c'est comme ça. On n'aime pas les voir.
J'ai 6 s¦urs et 2 frères. Enfin, je n'en ai plus qu'un. L'autre a été tué l'an dernier. Il avait 20 ans. J'étais très proche de lui, car nous n'étions que 3 à la maison (lui, une s¦ur et moi, les autres sont toutes mariées). Depuis, je suis toujours triste, je n'arrête pas de penser à lui. Mes copines, je ne peux les voir qu'à la maison car m'a mère a trop peur que je sorte. De temps en temps, on se dispute, mais je n'insiste pas à cause de l'insécurité.
Le Maroc ? C'est très spécial par rapport à Jénine. Ici, on joue, on danse, on sort, tout ça est nouveau. Ça me redonne espoir dans une vie meilleure, ça me donne de la force. Je rêve de cette vie. J'ai de très bonnes relations avec les garçons, ils sont comme mes frères. Ça aussi c'est nouveau, parce qu'à Jénine, on n'a pas de relations entre nous. Mais il faut dire qu'on n'a pas une vie normale non plus.

Alla A., 11 ans, camp Askar à Naplouse
J'ai été très heureuse quand j'ai su que je venais, j'ai sauté partout. Je suis partie la veille du départ avec ma mère jusqu'à Jéricho. On a dormi ensemble à la frontière. L'an dernier, on avait été refoulés au check point avant Amman, à cause de mon père ; il était recherché par les Israéliens. J'avais peur qu'il nous arrive la même chose cette année. Au camp, on ne voit que des maisons détruites, des morts. J'ai une seule amie, ma voisine. A part l'école, il n'y a rien dans le camp. J'aime y aller, car c'est plus sûr qu'à l'extérieur et surtout, parce que l'éducation est notre seule arme.
La paix ? Non, je n'y crois pas. Après nos milliers de morts, il ne peut y avoir la paix. D'ailleurs, je ne la veux pas. Je ressemble peut-être à un ange, mais je ne le suis pas.

Mohamed, 14 ans, habite un village à 25 kms à l'ouest de Ramallah
Notre village vit essentiellement de l'agriculture, car il n'y a pas d'autre solution. Il n'y a qu'une école primaire. Pour aller au collège et au lycée, on est obligé d'aller dans un autre village. Le problème, c'est qu'il y a un check point entre les deux. Du coup, c'est pas facile d'aller à l'école tous les jours. Jusqu'à aujourd'hui, la route normale est coupée, on est obligé d'emprunter un autre itinéraire, mais il est beaucoup plus long. Pour moi, aller à l'école est la chose la plus importante. Je voudrais être ingénieur informatique.
J'ai des amis filles et garçons, puisque je vais dans une école mixte ; on n'a pas les moyens d'en avoir une pour chacun. Mais je suis très content comme ça. On essaie de se voir après les cours, souvent dans la rue, car on n'a pas d'autres endroits où aller.
Il y a deux ans, les soldats ont fermé le terrain de foot pour le donner aux colons. On était en colère, on leur a jeté des pierres. J'ai été arrêté avec 2 copains, j'ai passé 2 jours en prison. Les autres enfants avaient prévenu mes parents, mais pas les soldats. J'étais effrayé, j'avais peur qu'ils me frappent mais ils ne l'ont pas fait. En revanche, ils n'ont pas arrêté de me poser des questions sur ceux avec qui j'étais, ce qu'ils font ?
Dans le futur, je suis sûr qu'il y aura la paix et que la Palestine sera libre. Le problème, c'est que les Israéliens n'ont pas de parole.

Ahmed, 11 ans, camp de Jabaliah à Gaza
Il y a 4 ans, au début de l'Intifada, j'ai été blessé par une balle à l'¦il. J'ai du être transporté au Maroc pour me faire opérer. En fait, il y avait une administration civile pour les enfants, les soldats israéliens l'ont attaquée et j'ai été blessé dans l'attaque. Depuis, j'ai toujours peur, je ne dors pas. J'ai 4 frères et 1 s¦ur, tous plus petits que moi et je suis très triste d'être au Maroc sans eux. Mais je suis quand même heureux d'être là, je me sens en sécurité, ça fait du bien.

Taher A., 15 ans, Gaza
Mon père a été blessé pendant l'Intifada, il a reçu une balle dans la jambe. Depuis, il est handicapé. Comme il était chauffeur de taxi, il ne peut plus travailler aujourd'hui. Je ne peux évoluer comme je voudrais à l'école à cause des problèmes de déplacement. J'ai peur d'être obligée de rester chez moi pour travailler seule.
Je me souviens quand Sharon est entré dans la mosquée et que les Palestiniens n'ont pas supporté. Je suis de cette région, c'est là où il y a le plus de démolitions. Comme nous vivons dans une région frontalière, les Israéliens utilisent nos maisons comme postes d'observation. Les arbres sont déracinés, les terres agricoles traversées par les tanks...
Ce qui m'a le plus touchée au Maroc ? La tendresse, l'amitié entre les enfants et surtout, je me sens en sécurité. Je voudrais vivre comme vous.

Sabreen, 12 ans, habite un petit village à quelques kilomètres d'Hébron
J'ai 5 s¦urs et 2 frères. Mes amies sont toutes de ma famille car comme dans chaque village, seules 2 ou 3 familles vivent entre elles. Dans mon village, les gens n'ont pas de travail, c'est très dur. J'habite près des colons et que parfois, ils nous attaquent. Nous, on leur jette des cailloux. Mais je constate que la colonie devient de plus en plus grande. Aujourd'hui, c'est presqu'une ville. Pour aller à l'école, je suis obligée de passer par un check point. Parfois, quand la route est barrée, je dois faire un long détour. Je ne me sens pas vraiment en sécurité sauf quand les soldats sont à l'extérieur. Mais ils viennent souvent pour arrêter les gens, détruire les maisons. Cette année, ils en ont détruit 2 près de chez moi. Avant que les familles ne partent dans un autre camp, elles m'ont raconté que les soldats israéliens les avaient prévenues que leur maison serait détruite et qu'ils devaient donc tout vider. En fait, les militaires sont venus un mois après et 2 garçons qui étaient dedans sont morts (17 et 21 ans).
Je veux être journaliste pour écrire sur la Palestine, car il y a un vrai gap entre ce que je vis et ce que je lis.
Le Maroc est un pays extraordinaire. C'est la première fois que je vis une vie normale. Je suis très surprise par la liberté de mouvement, je n'avais jamais imaginé que ça existait.
La mixité du camp ? Dans notre village, on a une cage pour les garçons, une autre pour les filles. Je préfèrerais une seule cage, démocratique. C'est quoi la démocratie ? C'est la liberté, la vie normale, sans occupation. Est-ce que ça va arriver ? Inch Allah ! Non, en fait je suis sûre que ça va arriver. J'aimerais être amie avec des enfants israéliens mais je ne pense pas que leurs parents accepteraient. D'un autre côté, je ne sais pas si les miens le voudraient.
Source : www.aloufok.net

 

La Nouvelle-Zélande exige des excuses d'Israël, qui refuse de les présenter publiquement
Un raté du Mossad, le service de renseignements israélien, a plongé hier l'État hébreu dans l'embarras au lendemain de la condamnation à six mois de prison de deux de ses agents impliqués dans une affaire de faux passeports en Nouvelle-Zélande.
L'affaire s'est envenimée, le gouvernement néo-zélandais exigeant des excuses de l'État hébreu qu'Israël s'est abstenu de présenter, du moins publiquement. L'affaire a été jugée assez grave pour que des membres de la sous-commission parlementaire, chargée des questions de renseignements, aient demandé des explications, a rapporté hier la radio militaire. « Ce nouveau fiasco rend plus nécessaire que jamais le vote d'une loi réglementant les activités du Mossad et une supervision parlementaire », a déclaré la députée de l'opposition de gauche Zahava Galon. Cette parlementaire du parti Meretz a souligné qu'une telle législation existe déjà pour le Shin Beth, le service de sécurité intérieure.
Elle a rappelé des fiascos précédents du Mossad dont le plus grave fut la tentative avortée en septembre 1997 d'assassiner Khaled Mechaal, chef du bureau politique du mouvement islamiste palestinien Hamas à Amman, qui s'était soldée par la capture de deux agents.
En février 1998, un agent du Mossad avait été surpris par la police suisse en train d'installer un système d'écoutes téléphoniques au domicile d'un homme d'origine libanaise, près de Berne. En novembre de la même année, deux agents du Mossad étaient surpris dans une zone militaire interdite de Chypre.
Le ministre israélien des Affaires étrangères Sylvan Shalom s'est déclaré « désolé » jeudi par les sanctions prises par la Nouvelle-Zélande. « Nous sommes, bien sûr, désolés de cette réaction (du gouvernement néo-zélandais) et nous pensons que cette décision peut être modifiée ; nous agirons, bien entendu, pour ramener nos relations à leur cours normal », a affirmé M. Shalom. Mais le Premier ministre de Nouvelle-Zélande, Helen Clark, a jugé hier que cette déclaration était insuffisante et a réclamé des excuses.
Le ministre des Affaires étrangères Phill Goff a estimé qu'Israël s'était rendu coupable d'un « acte hostile » envers la Nouvelle-Zélande.
Wellington a annoncé la suspension de tous les contacts à haut niveau avec Israël.
Israël n'a pas reconnu que les deux hommes faisaient partie du Mossad, mais ne l'a pas démenti, alors que les médias n'exprimaient aucun doute sur leur appartenance aux services secrets.
Mme Clark a affirmé qu'elle avait stoppé un projet de visite du président israélien Moshé Katzav en août, tout en annonçant que les responsables israéliens devraient désormais obtenir un visa pour entrer en Nouvelle-Zélande.
Le Mossad bénéficie d'une image quasi mythique depuis sa création, bien qu'il n'ait pas toujours été à la hauteur de sa réputation. Fondé en 1951, il mène des activités qui sont, en principe, couvertes par le secret militaire et la censure.
Le Mossad qui compte de 2 000 à 3 000 agents est le plus petit des services de sécurité israéliens. Il dépend directement du Premier ministre, tout comme le Shin Beth, qui couvre Israël et les territoires palestiniens. Le Mossad s'est illustré dans son histoire par quelques actions d'éclat, comme l'enlèvement en Argentine, en 1960, du criminel de guerre nazi Adolf Eichmann. Emmené en Israël, Eichmann fut condamné à mort et pendu.
En octobre 1995, le Mossad a assassiné à Malte le chef du mouvement radical palestinien jihad islamique, Fathi Chikaki.
Ce service est commandé depuis le 30 octobre par le général de réserve Meïr Dagan, 55 ans, politiquement très proche de M. Sharon, auquel il a servi de conseiller politique pour sa campagne électorale.
Source : L'Orient-Le Jour, Beyrouth, 17 juillet 2004