L’Union européenne s’aligne
sur les USA pour “interdire” au Hamas de participer aux
élections
L'Union européenne, première
source de dons à l'Autorité palestinienne, pourrait
réduire son aide financière si le Hamas remportait les
élections législatives du mois prochain, selon le chef
de la politique étrangère de l'UE, Javier Solana.
Le Hamas présente, présente pour la première
fois, des candidats aux élections du 25 janvier 2006 pour le
Conseil législatif palestinien. Il semble bien parti, au vu
des résultats qu'il a obtenus lors des récentes municipales,
pour gagner du terrain aux dépens du Fatah du président
Mahmoud Abbas.
"Il est très difficile d'envisager que des partis ne condamnant
pas la violence (...) puissent à l'avenir devenir des partenaires
sans modifier leur position", a déclaré Solana
aux journalistes à Tel Aviv.
Si le Hamas l'emporte, a-t-il dit, il sera "très difficile
que l'aide et l'argent alloués (...) à l'Autorité
palestinienne continuent à l'être".
Le négociateur palestinien Saëb Erekat a qualifié
les propos de Solana d'"inacceptables", déclarant:
"C'est une intervention directe dans nos affaires intérieures
(...). M. Solana et d'autres devraient respecter le choix du peuple
palestinien."
L'UE a versé plus de 340 millions de dollars à l'Autorité
palestinienne en 2005.
Les Etats-Unis et Israël sont préoccupés par la
participation du Hamas aux législatives. Lors du premier scrutin
du genre organisé par l'Autorité palestinienne, en 1996,
le mouvement n'avait présenté aucun candidat pour marquer
son opposition aux accords de paix provisoires signés avec
Israël.
Vendredi 16 décembre, la Chambre US des Représentants
a adopté une résolution exhortant l'Autorité
palestinienne à exclure le Hamas des élections, estimant
que sa participation pourrait réduire la capacité de
Etats-Unis à aider financièrement les Palestiniens.
Source : Reuters, 18 décembre 2005
Colonisation, résistance et démocratie
par Pierre-Yves Salingue 20 décembre 2005. Courriel : pysalingue31@hotmail.com
.
L’auteur est un militant français de la cause palestinienne.
Lire son interview par Silvia Cattori dans la rubrique “Rencontre”.
Les deux principales puissances impérialistes mondiales viennent
d’adresser un avertissement sans frais à la population
palestinienne de Cisjordanie et de Gaza.
Il y a quelques jours, la Chambre des représentants des USA
d’une part et Javier Solana parlant au nom de l’Union
Européenne d’autre part, ont clairement annoncé
que le soutien financier apporté à l’Autorité
palestinienne serait remis en cause en cas de victoire électorale
et/ou de participation à « cette administration »
d’organisations qui ne condamnent pas la violence ou qui ne
reconnaissent pas l’Etat d’Israël.
Le message adressé aux Palestiniens est sans ambiguïté
: l’Impérialisme ne tolérera pas que les Palestiniens
choisissent une représentation politique qui n’accepterait
pas la soumission et qui refuserait de liquider leurs aspirations
nationales en échange de quelques miettes politiques et de
nombreuses prébendes individuelles.
Le contraste est frappant entre l’enthousiasme manifesté
par ces mêmes gendarmes de l’ordre impérialiste
mondial, protecteurs de l’état sioniste, lors de l’élection
de Abu Mazen il y a moins d’un an et la réaction brutale
au lendemain des résultats des élections municipales
palestiniennes.
Quand l’élection à la Présidence de l’Autorité
de « l’architecte » des accords d’Oslo était
présentée comme un signe de la grande maturité
politique des électeurs palestiniens, ce qui permettait de
leur décerner un brevet d’aptitude à la démocratie,
le vote massif en faveur des organisations qui ont refusé d’abdiquer
et de renoncer aux revendications nationales est cette fois présenté
comme un événement politique qui met en danger les efforts
de la communauté internationale « en faveur de la population
palestinienne dans le besoin. »
On retrouve dans la morgue impérialiste de Solana les intonations
traditionnelles des propriétaires à l’égard
des exploités : les puissants veulent bien être généreux
et aider les pauvres et les opprimés à supporter leur
misère mais il n’est pas question que ces gueux s’avisent
de prendre la parole, prétendant confier la défense
de leurs intérêts à des gens qui ne sont pas conformes
aux normes politiques et idéologiques fixées par les
représentants de la « démocratie impérialiste
», ce modèle universel dont devraient s’emparer
les peuples reconnaissants.
Or, lors de ces dernières élections, la population de
Cisjordanie a infligé une raclée aux candidats du Fatah,
parti qui a totalement lié son sort à l’Autorité
palestinienne.
A Naplouse, à Jénine et à al Bireh le Hamas a
taillé des croupières à l’ex. tout puissant
Fatah, le mouvement créé par Arafat et qui, après
avoir dominé l’OLP s’est octroyé la quasi
totalité des postes et des responsabilités dans l’administration
de l’Autorité palestinienne.
Des manœuvres de l’Autorité ont empêché
la tenue des élections à Hébron, mais nul doute
que dans cette ville le Hamas est en mesure de remporter une victoire
équivalente à celle de Naplouse (13 sièges sur
15)
Dès lors, sachant la force du Hamas à Gaza, le doute
n’est plus possible : Il existe une très forte probabilité
d’un effondrement des candidats liés aux partis participant
à l’Autorité Palestinienne lors des élections
du Conseil législatif prévues fin janvier.
Ceux qui ont été jugés acceptables par le gouvernement
US et les Européens ne semblent plus en mesure de faire face
aux obligations qu’ils ont contractées en échange
du soutien apporté par les généreux sponsors
du « processus de paix ».
Quand l’Impérialisme s’impatiente et menace
Sommé de mettre en œuvre les demandes israéliennes
et américaines de réprimer toute volonté de résistance,
Mazen tergiverse depuis des mois.
Quant à ceux qui, comme Dahlan et Rajoub, n’auraient
aucun état d’âme à réprimer à
grande échelle, il n’est pas certain qu’ils en
aient les moyens.
Le résultat des élections a accéléré
la crise interne du Fatah et le problème posé par le
succès du Hamas est d’autant plus aiguë que les
solutions de rechange encouragées par l’Impérialisme
ne sont pas prêtes.
La liste présentée par Hanan Ashrawi et emmenée
par Salem Fayad aurait les faveurs des supporters de la globalisation
capitaliste au MO : une tête de liste ancien haut-responsable
à la Banque Mondiale, voilà qui présente quand
même mieux que le dirigeant emprisonné d’une organisation
jugée terroriste par les généreux bienfaiteurs
de la Palestine !
Mais, et c’est « un détail » d’importance,
si ceux-là peuvent représenter une solution de rechange
au Fatah en voie de désintégration pour une partie de
la bourgeoisie palestinienne favorable à Oslo ( la liste a
des allures de conseil national du patronat palestinien…), ils/elles
n’ont aucune influence au sein de la population et encore moins
chez les réfugiés
La coalition du PPP, de FIDA et du FDPLP ne pèse apparemment
pas grand chose.
Quant au Front populaire (FPLP), qui semble être le seul en
mesure d’incarner encore les ambitions modestes d’une
gauche palestinienne aujourd’hui fort éloignée
des espoirs ouverts par la première Intifada, il est lui aussi
considéré par les Américains et les Européens
comme « une organisation terroriste » et il n’hésite
d’ailleurs pas à s’allier au Hamas, comme à
Bethlehem où la coalition des deux organisations a défait
le propriétaire Fatah des lieux.
Echaudés par l’expérience Abu Mazen dans lequel
ils fondaient de grands espoirs de normaliser la vie politique palestinienne,
les responsables impérialistes n’ont probablement pas
trop d’illusions sur la portée de leurs menaces à
court terme.
L’étranglement économique et financier est évidemment
une arme redoutable pour tenter de soumettre les peuples et l’exemple
de la politique de l’USAID, imposant aux ONG palestiniennes
qui sollicitent des financements la signature d’un engagement
à ne mener aucune action en faveur de personnes « liées
aux actions terroristes », montre qu’on ne saurait sous-estimer
ses effets destructeurs à long terme.
La totalité des salaires des employés de l’Autorité
est assurée par les financements européens et les conditions
d’existence de centaines de milliers de Palestiniens des territoires
dépendent directement de cette source de revenu. On imagine
donc facilement comment cette relation de dépendance encadre
la liberté de choix et la volonté démocratique
des principaux concernés par la menace d’une suspension
des versements !
Mais, à court terme, l’efficacité du chantage
n’est pas acquise et dans ces conditions, malgré la répression
des forces sionistes qui ont emprisonné ces dernières
semaines des centaines de militants et candidats des organisations
palestiniennes opposées à la capitulation, le résultat
des élections au Conseil législatif risque fort de ne
pas être conforme aux exigences impérialistes et cette
perspective suscite l’inquiétude et explique la brutalité
des propos tenus à l’encontre de ces maudits Palestiniens
qui s’obstinent.
Pour les faire céder, une première solution serait de
réunir les conditions permettant à l’Autorité
de justifier un report des élections, donnant ainsi du temps
pour que la menace produise ses effets.
Une autre option possible est d’intensifier la pression pour
contraindre le Hamas à se retirer de lui-même de la compétition
électorale.
On verra alors si les protestations des représentants de l’Autorité
contre « l’insupportable ingérence des pays financeurs
» vont jusqu’à un boycott des élections,
en solidarité avec les exclus…Pour le moment seul le
FPLP a annoncé cette décision en cas d’exclusion
du Hamas.
Mais, avec ou sans élections bidon, ceci ne sera pas suffisant
et d’autres moyens seront alors employés.
Ce qui se prépare est une répression ouverte et brutale
de toute la résistance palestinienne, car c’est l’esprit
même de résistance qu’ils veulent anéantir,
avec la complicité de leurs comparses, la fraction des Karzaï
de l’Autorité Palestinienne qui, s ‘ils trompent
de moins en moins de Palestiniens, tentent de profiter jusqu’au
bout de la légitimité que leur a conférée
l’Impérialisme avec les accords d’Oslo.
Le mouvement de solidarité à l’heure des choix
Dans ces circonstances il ne suffira pas que le mouvement de solidarité
défende un « droit de choisir » pour le moins très
abstrait.
Il faudra se déterminer sur la légitimité d’élections
dont seraient écartées les forces qui refusent de se
soumettre.
Il faudra soutenir ceux qui ont fait le choix de la résistance,
qui refusent d’abdiquer leurs droits légitimes et qui,
de ce fait, cherchent à promouvoir une autre représentation
politique que celle qui les a amenés à la catastrophe
actuelle.
Chaque jour qui passe ébranle un peu plus la fiction d’une
Autorité qui serait la continuité d’une direction
historique légitime défendant les intérêts
du Peuple palestinien.
Il est désormais de plus en plus inacceptable de cacher qu’une
majorité de Palestiniens rejette la clique de collaborateurs
obstinés à faire durer éternellement des négociations
fictives au bénéfice de leurs intérêts
personnels et de ceux de l’état sioniste
L’heure est venue de comprendre que les Palestiniens restent
très majoritairement fidèles à leurs exigences
de libération nationale.
La colonisation sioniste contraint chaque jour un peu plus les Palestiniens
à choisir entre la capitulation et la lutte de résistance.
La faillite d’une grande partie de ceux qui prétendaient
mener le combat de libération ne leur laisse que peu d’options
aujourd’hui et cette situation durera tant que de nouveaux instruments
de lutte n’auront pas été reconstruits.
Voilà pourquoi ils préfèrent voter pour des organisations
qui, si elles sont apparemment populaires au sein d’une population
qui est pourtant aux premières loges pour recevoir les coups
destinés à punir sa résistance, n’ont pas
bonne presse ici, y compris dans le mouvement de solidarité.
On parle ici du Hamas bien sûr, cette organisation de la résistance
islamique à l’occupation sioniste de la Palestine qui
a pour l’essentiel refusé la capitulation d’Oslo
et dont les militants ne se sont pas précipités pour
empocher « les dividendes de la paix ».
Car il n’est pas si difficile de comprendre pourquoi le Hamas
a pu apparaître comme « le seul défenseur de la
population palestinienne »[1] avec ses quelques centaines de
militants armés quand l’Autorité possédait
des forces de dizaines de milliers de policiers armés avec
l’accord d’Israël.
De même peut-on comprendre comment il a pu « assurer des
services à la population par l’intermédiaire des
ses écoles et de ses cliniques »[2]
Pour comprendre il suffit de rappeler les engagements pris par Arafat
et Mazen dans les accords intérimaires signés avec les
gouvernements sionistes: ils s’y engageaient à ne pas
riposter aux agressions de l’armée israélienne
et à protéger les colonies.
Et il suffit de reconnaître que la corruption a détourné
des dizaines de millions de dollars au détriment de la satisfaction
des besoins sociaux de la population.
Evidemment on ne peut pas dire ces choses sans rompre avec le suivisme
à l’égard d’une direction dont la faillite
éclate aujourd’hui au grand jour et que de plus en plus
de Palestiniens veulent écarter des responsabilités.
La plus grande « ingérence » de l’Impérialisme
dans les affaires palestiniennes s’est produite en septembre
1993, quand furent signés les accords d’Oslo par une
direction palestinienne qui a emmené le Peuple palestinien
dans l’impasse tragique dont il tente désespérément
de sortir.
Condamner les pressions actuelles des dirigeants impérialistes
sans soutenir l’exigence populaire palestinienne de rupture
avec cette politique, c’est rester soumis à la logique
de destruction du Peuple palestinien et de ses revendications fondamentales.
Le choix de la résistance et le refus du fait accompli de l’Etat
sioniste sont les pré-conditions de toute démocratie
dans une Palestine libérée de la colonisation sioniste
et de la domination impérialiste qui veut soumettre la totalité
des peuples de la région.
Les prochaines semaines exigeront que chacun décide du camp
qu’il choisit de soutenir.
Notes :
[1] voir Claude Léostic sur le site de l’AFPS
[2] idem
Meurtre à Jerusalem - “Israël
n’est pas l’Europe”
par Neve Gordon et Yigal Bronner , Press Action, 9 décembre
2005. Original : http://www.pressaction.com/news/weblog/full_article/gordon12092005/.
Traduit de l’anglais pour Quibla par MB.
Neve Gordon enseigne les droits de l'homme à l'université
Ben Gourion en Israel. Yigal Bronner enseigne au Départment
des Langues et Civilisations d'Asie du Sud à l'Université
de Chicago.
Un bref article paru sur le site web de Yedioth Ahronot, le quotidien
israélien le plus lu, décrit la mort d'un habitant de
Jérusalem. D'après l'article, ce jeune homme, père
de deux enfants, a été abattu par la police après
avoir tenté d'écraser un des policiers. Ivres de colère,
ses voisins et amis ont alors envahi les rues, icendiant des pneus
et une voiture en stationnement.
Les réctions des lecteurs à cet article ont été
immédiates. Dans les heures qui ont suivi, 150 messages ont
été publiés sur le site web, la plupart reproduisant
le même point de vue à l'identique. "Allez-y les
policiers, prenez soin d'eux" (signé Sioniste), "Frappez-les
immédiatement" (un Israélien au sang chaud), "Pas
de pitié" (un Sabra), " Bombardez-les avec quelques
missiles, ce n'est pas la France ici" et, finalement, "Arabes
attention, Israël n'est pas l'Europe."
Les réactions des lecteurs nr surprennent pas lorsqu'on sait
que la victime s'appelait Samir Ribji et non, par exemple, Joseph
Cohen. Ce n'est même pas l'événement de la mort
d'une personne qui a provoqué les réactions dans la
mesure où de tels incidents sont devenus routiniers. C'est
seulement la protestation spontanée qui a éveillé
l'attention des lecteurs. Des Arabes en colère dans les rues.
Nous devons répondre rapidement et avec force, "les bombarder
avec quelques missiles."
Les lecteurs ont effectivement raison sur un point : Israël n'est
ni la France ni l'Europe car la violence de la police à l'égard
des Arabes tend à être plus souvent mortelle. En fait,
l'assassinat de Samir comme les réactions des lecteurs reflètent
un des aspects les plus dérangeants et dangereux de la culture
israélienne contemporaine, caratérisé par un
racisme profondément ancré qui encourage la violence.
Le racisme est inextricablemnt lié à la compulsion de
répétition en Israël, qui transforme la victime
en agrerseur. Un Palestinien est tué que, déjà,
il est décrit comme violent, des policiers frappent un Palestinien
et c'est lui, et non eux, qui est qualifié de brutal. Israël
occupe et réprime les Palestiniens mais ce sont eux qui sont
fautifs. Il n'est donc pas surprenant qu'après que Samir a
été tué dans le dos et à bonne distance,
la police ait immédiatement prétendu qu'il voulait les
charger avec sa voiture. C'est presque comme si mentir était
devenu un réflexe conditionné des autorités.
Mais pour que la culture de la tromperie soit efficace, elle a besoin
d'être épaulée par la culture de la dissimulation
et du refoulement. Si le passé peut donner quelque indication
sur l'avenir, alors l'agent qui a tué Samir Dari peut être
tranquille. Le ministèr e de l'intérieur n'a jamais
inculpé un deul policier après le meurtre de 13 citoyens
Arabes en octobre 2000, pas plus qu'il n'a engagé de procédure
contre les policiers qui ont fait de faux témoignages sur les
actes illégaux qu'ils ont commis contre ceux qui manifestaient
contre le mur de séparation.
Les cultures de la tromperie et du refoulement alimentent le brasier
de la violence. Le message transmis clairement - les Juifs sont les
éternelles victimes et ne peuvent être coupables quelle
que soit la brutalité des moyens qu'ils emploient - fait bon
marché de la vie des Palestiniens et encourage les gâchettes
faciles. Nous avons de ce fait atteint un stade où on peut
prédire que les forces de sécurité israéliennes
continueront à tuer des palestiniens. Le seule variable inconnue
est l'identité de la prochaine victime. Nous ne pouvions pas
savoir, par exemple, que le policier tuerait notre ami Samir.
Samir aimait la nuit. Sa journée commençait en début
d'après-midi et, le soir, il s'installait dans sa voiture,
transportait des clients, donnait par téléphone des
instructions aux autres chauffeurs employés par sa compagnie
de taxis. C'était quelqu'un de patient et, pendant les 4 ans
où nous avons travaillé avec lui - souvent dans des
conditions extrêmement stressantes - nous le trouvions un peu
réservé mais toujours plein de ressources. Et, plus
important, il était toujours prêt à aider ceux
qui étaient en difficulté.
Nous aimerions croire que la personne qui a abattu Samir sera l'objet
d'un procès équitable. Nous aimerions croire que la
mort de Samir sera l'annonce du début de la fin du mensonge
organisé, du refoulement et du racisme qui ont servi de force
motrice à la culture de la violence. Nous aimerions croire
que les enfants de Samir seront les derniers orphelins du fait des
forces de sécurité israéliennes. Mais non. Nous
ne devons pas nous leurrer nous-mêmes.
Un "État" qui bat les recodrds
de corruption occidentaux
Selon le rapport publié par la Banque Mondiale,et repris par
Business Data Israel, en novembre, ce pays est, après l'Italie,
le pays le plus corrompu et le moins efficace du monde occidental.
Les critères de la Banque mondiale pour mesurer l'efficacité
évaluent la qualité des services publics, le professionnalisme
des fonctionnaires de ces services, de l'administration, les pressions
politiques sur ces fonctionnaires et la crédibilité
du gouvernement face à ses engagements. Israël obtient
80,8% contre 89,7% pour la moyenne. Quant à la corruption,
on évalue que si le pouvoir du gouvernement sert à promouvoir
des intérêts personnels et là encore, Israël
obtient 80,8% comparé au 91,4% des autres pays occidentaux,
sauf l'Italie à 74,9%. « Israël est considéré
comme un pays le plus à risque, avec un régime instable
et inefficace, une responsabilité faible, un fort taux de corruption
étatique et une confiance minimale dans le système judiciaire
» écrit BDI.
Source : Haaretz , 4 décembre 2005
Ils vont "développer" le Mur
des lamentations !
Le gouvernement israélien a annoncé dimanche qu'il allait
développer le site du mur des Lamentations à Jérusalem,
lieu le plus sacré du judaïsme, grâce à un
projet qui coûtera 15 millions de dollars.
Dans un communiqué, le gouvernement a affirmé que
"le mur occidental fait partie du patrimoine religieux, culturel
et historique du peuple juif, et que ces liens doivent être
renforcés dans le cadre d'un plan quinquennal de développement
de Jérusalem, capitale d'Israël". Le gouvernement
entend financer de nombreuses visites guidées de soldats et
d'étudiants. Il prévoit aussi de construire un centre
voué à l'héritage spirituel du site, un vaste
parking et un poste de police. Les accès aux tunnels jouxtant
le site et le dispositif sécuritaire doivent en outre être
améliorés.
Un budget de 15 millions de dollars a été dégagé
à cette fin par divers ministères pour les années
2006-2010, a précisé le communiqué. "Quelque
cinq millions de personnes visitent chaque année ce site, et
je souhaite agir afin que les familles et les jeunes soient de plus
en plus nombreux à s'y rendre", a déclaré
le Premier ministre Ariel Sharon dans le communiqué.
Le mur des Lamentations ou mur occidental est l'ultime vestige d'une
enceinte de soutènement du Temple juif de Hérode détruit
par les Romains en l'an 70. Il se trouve dans le secteur oriental
de la Ville sainte conquis et annexé en juin 1967, en contrebas
de l'Esplanade des mosquées, troisième lieu saint de
l'islam. Les Palestiniens considèrent le secteur oriental de
Jérusalem comme la capitale de leur futur Etat. Source : AFP,
11 décembre 2005
Lettre ouverte à la conférence
ministérielle de Hong Kong : la position des agriculteurs palestiniens
sur le sommet de l'OMC
Communiqué de presse, Palestine, 14 décembre 2005
Nous, agriculteurs palestiniens, hommes et femmes, représentés
par les organisations non gouvernementales et les syndicats de coopératives
signataires - vivant sous la pression de l'occupation israélienne
tout comme le reste de notre peuple qui lutte contre des politiques
systématiques d'appropriation des ressources hydrauliques et
de la confiscation des terres agricoles pour la construction du Mur
et l'expansion des colonies israéliennes érigées
sur nos terres - souhaitons profiter de l'opportunité de la
réunion de Hong Kong pour affirmer fermement notre position
à l'égard de l'Accord sur l'Agriculture.
Comme vous le savez, Israël a transformé les Territoires
Palestiniens en une prison et a fractionné le territoire national
en différents cantons anéantissant les efforts pour
l'établissement d'un Etat Palestinien viable. Cette situation
a abouti à une catastrophe pour l'économie palestinienne.
Celle-ci est trop vulnérable pour entrer en concurrence avec
les économies globales et régionales, du fait du contrôle
des débouchés de nos marchés intérieurs
et extérieurs par Israël. Pendant plus de trente ans,
le secteur agricole palestinien et notamment les petits producteurs
ont souffert et souffrent toujours de politiques israéliennes
injustes et discriminatoires, qui visent à déséquilibrer
les termes de l'échange entre les peuples palestinien et israélien.
De la même manière, les firmes agro-alimentaires israéliennes
sont en voie de parvenir à une situation de monopole sur le
marché palestinien. Cette situation a aboutit à la destruction
de l'économie palestinienne et notamment de l'agriculture ce
qui a miné notre capacité à atteindre un revenu
décent, la sécurité alimentaire et la croissance
économique.
Nous sommes conscients des conséquences profondes que pourrait
avoir l'accord sur l'agriculture dicté par l'OMC et qui devrait
être discuté lors de ce sixième sommet ministériel
de Hong Kong. Nous sommes inquiets des conséquences potentiellement
catastrophiques de cet accord sur les pays en développement
et les pays les moins avancés. Cet accord menace la capacité
des peuples à atteindre la sécurité et la souveraineté
alimentaire et la possibilité de mener une vie digne. En outre,
l'accord sur l'agriculture pose une incertitude sur les moyens de
subsistance de millions d'agriculteurs, de femmes vivant dans le monde
rural et de petits producteurs qui vont être forcés à
quitter leur exploitation et leur maison pour trouver leur subsistance.
Ainsi, le cercle vicieux de la pauvreté devrait être
renforcé et la situation de sous-nutrition se généraliser.
A l'occasion de la conférence de Hong Kong, nous adressons
nos salutations fraternelles et nos v¦ux de succès au
mouvement social, au mouvement paysan et aux organisations de la société
civile qui protestent contre la violation des droits économiques
et sociaux par les politiques de mondialisation de l'OMC et qui s'opposent
à l'imposition de réglementations injustes comme la
suppression de la protection et la baisse des tarifs agricoles dans
les pays en développement qui sont un pré requis pour
leur intégration à l'économie mondiale.
Nous appelons les ministres réunis à Hong Kong à
renoncer à l'accord sur l'agriculture tel qu'il est énoncé,
dans l'intérêt d'une vie meilleure et plus équitable
pour tous.
Agricultural Development Association (PARC)
Palestinian Farmers Union (PFU)
Rural Women's Development Society (RWDS)
Rural Woman Cooperative Societies for Credit and Saving
Youth Development Association
Arab Agronomists Association
Interview de Nihad Biqâ'î sur
l'appel au boycott d'Israël lancé par la société
civile palestinienne
Propos recueillis par Jamâlât Abû Yûsuf,
Bethléem, août 2005. Traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier
Nihâd Biqâ'î est le coordonnateur de l'unité
des recherches, des informations et du contentieux juridique de l'organisation
Badîl, Centre Palestinien des sources du droit de la citoyenneté
et des réfugiés.
Pouvez-vous nous présenter le contexte sous-jacent à
l'appel au boycott d'Israël, lancé récemment, qui
a été entériné par un certain nombre d'organisations,
d'associations et d'institutions palestiniennes ?
Cet appel comporte trois exigences fondamentales : le boycott d'Israël,
le désinvestissement d'Israël et l'imposition de sanctions
à Israël. Cet appel intervient après la longue
impuissance de la société internationale à exercer
une pression sur Israël afin de le contraindre à mettre
en application les principes du droit international. Durant ces dernières
années, la société civile, dans beaucoup de pays
de par le monde, a connu des campagnes de boycott d'Israël et
d'imposition de sanctions à ce pays, ainsi que de retraits
d'investissements effectués en Israël. C'est ce qui a
conduit à percevoir la nécessité de faire passer
ces initiatives, qui prenaient le plus souvent un caractère
individuel (car les mécanismes collectifs étaient encore
inexistants) à un stade supérieur. Il s'imposait d'entendre
la voix de la société civile palestinienne à
ce sujet, et de développer des stratégies adaptées
qui soient à même, à leur tour, d'une part de
répondre aux initiatives internationales [à cet effet]
et qui soient au niveau du combat national des Palestinien en vue
de la réalisation de ses droits légitimes, d'autre part.
Quelles mesures ont-elles été prises, après
la publication de cet appel ?
Afin de réaliser des choses concrètes, nous avons besoin
de beaucoup d'effort. L'appel comporte à ce stade 171 signatures,
recouvrant des fédérations, des réseaux, des
syndicats, des ONG. Au plan des mesures concrètes ultérieures,
nous allons nous concentrer, au cours de ce mois, ou des deux mois
à venir, sur la collecte de nouvelles signatures à l'appel,
afin que le plus grand nombre possible d'institutions civiles palestiniennes
le signent. Nous avons suscité une réunion, au début
du mois d'août dernier, afin de définir des stratégies
de travail ultérieures, en vue de la poursuite de l'action
et j'indique à ce propos qu'il est indispensable d'instituer
une instance de coordination qui soit à même de mener
la campagne de boycott, de désinvestissement et d'imposition
de sanctions à Israël tant au plan palestinien qu'au plan
international. De même, une telle instance de coordination aura
à étudier plus avant les spécifications du boycott,
le rôle des différents partenaires concernés et
les réponses convaincantes à apporter aux questions
qui ne manqueront pas d'être soulevées. Partant, il nous
faut nous adresser aussi bien à la rue palestinienne qu'aux
populations du monde. Nous sommes conscients du rôle très
important que peut jouer la société civile palestinienne
sur le plan international en ce qui concerne cette question, d'autant
plus que cette action ne pourra qu'ajouter beaucoup de légitimité
à la lutte internationaliste pour la Palestine, et afin que
la société civile palestinienne ne reste pas cantonnée
à l'écart de l'action et de l'influence internationales,
mais qu'elle devienne, au contraire, un vecteur essentiel d'un vaste
mouvement international appelant au boycott, au désinvestissement
et aux sanctions imposés à Israël, à l'instar
de l'expérience sud-africaine à l'époque de la
lutte internationale contre l'apartheid.
Voilà pour l'action au niveau international.. Que se passe-t-il,
au niveau national, en Palestine ? Quelles mesures concrètes
seront-elles prises, en Palestine ?
Nous avons organisé un atelier de travail à l'union
des jeunesses chrétiennes, à Beït Sahur, en juin
dernier, auquel ont participé des organisations civiles fédérées
dans l'Initiative de Défense de la Palestine et du Golan Occupés,
dont fait partie le centre Badil. Cet atelier de travail a précédé
l'appel au boycott, et avec la participation d'experts d'Afrique du
Sud et d'Europe, il a étudié cette question sous ses
différents aspects. Avant cela, la fédération
mentionnée avait réussi à faire inscrire la question
du boycott à l'ordre du jour du forum social mondial de Porto
Alegre, au Brésil, en janvier dernier. Le succès remporté
par la fédération lors du forum a résulté
d'une série de rencontres préparatoires, en Palestine
et à l'étranger, après qu'il soit devenu une
habitude d'inviter les organisations palestiniennes à ces forums
d'une manière individuelle, ce qui avait pour effet que leur
influence se limitait au cadre du forum, automatiquement, en raison
du très grand nombre de participants et du très grand
nombre, également, de points à l'ordre du jour de ces
forums mondiaux. Au cours du dernier forum social, la fédération
a réussi à imposer l'agenda palestinien en ce qui concerne
le boycott, le retrait des investissement et l'imposition des sanctions
et ce succès a été couronné par l'adoption
de toutes ces revendications dans les déclarations finales
des mouvements sociaux et du forum de lutte contre la guerre, les
deux principaux rassemblements au forum social. D'une manière
générale, la fédération a porté
l'appel au boycott au cours des derniers mois écoulés,
en Palestine et elle a contribué à mettre au point l'appel
du 9 août, marquant le premier anniversaire de la décision
de la Cour Internationale de Justice de La Haye sur l'illégalité
de la construction du mur raciste de séparation. Il a ensuite
été décidé de lancer une campagne préliminaire
à la publication de cet appel par la fédération,
campagne préliminaire confiée à la campagne palestinienne
pour le boycott universitaire et culturel d'Israël (basée
à Ramallah), ainsi qu'à 'Ittijâh, l'Union des
Associations arabes, sise à Haïfa.
Quelles sont les actions futures prévues, toujours au niveau
palestinien ?
Dans les prochains mois, ont définira l'instance coordonnatrice
qui sera chargée du suivi de tout ce qui a trait à la
campagne de boycott, de désinvestissement et d'imposition de
sanctions. En effet, sans instance de coordination, l'action serait
dispersée et anarchique. Cette instance de coordination sera
constituée d'un choix d'institutions choisies parmi les 171
organisations signataires de l'appel, chargées du suivi de
la campagne. Dans un deuxième temps, on cherchera à
élargir le nombre des signataires : nous n'avons nullement
l'intention de nous en tenir à 171 ! Nous ambitionnons de faire
de cette décision de boycott, de désinvestissement et
d'imposition de sanctions à Israël le mot d'ordre de la
rue palestinienne : il n'y a aucune ambiguïté à
cet égard et l'ensemble de la société civile
palestinienne appelle la société internationale à
ce boycott, à ce désinvestissement et à ces sanctions.
Par la suite, sont envisagées la tenue d'un congrès
populaire, éventuellement à Bethléem, ainsi que
la réalisation d'études et d'analyses de données
en vue du développement de stratégies et de mesures
ponctuelles concernant le boycott, le désinvestissement et
l'imposition de sanctions. Le thème de cette campagne fait
encore l'objet de larges consultations ; notre projet futur devra
être plus précis, plus ciblé.
La société civile palestinienne notamment sous
l'aspect de l'indépendance - n'est pas sans présenter
quelque ambiguïté. De plus, on entend des rumeurs sur
le retrait de telle ou telle signature, soit directement, soit sous
influence, et l'on sait que les grandes organisations, les «
Empires », ont leurs conditions et l'on sait aussi qu'il faut
en passer par leur diktat. Ceci a-t-il affecté la campagne
que vous nous décrivez, et, si oui, de quelle manière
?
Il faut avant toute chose reconnaître que la réalité
des ONG palestinienne n'est pas immunisée contre les humeurs
des différentes instances donatrices. Le rôle de l'US-Aid,
notamment, est clair, à ce propos. Je fais ici allusion à
l'US-Aid en tant qu'exemple limite, cette organisation imposant précisément
ses stratégies à travers les ONG palestiniennes. Mais,
en dehors de l'US-Aid, il y a beaucoup de financeurs, en particulier
des gouvernements de pays riches, qui ont leur agenda propre, particulier,
et qui visent, à travers leurs financements, à faire
passer ces agendas politiques. Concernant les désinvestissements,
aucun désinvestissement ne s'est produit après la signature
de l'appel, mais ce qui s'est produit, en revanche, c'est le fait
qu'une institution palestinienne a beaucoup hésité avant
de décider si elle allait, ou non, signer l'appel. D'un côté,
il y avait une forte poussée populaire appelant au boycott,
et d'un autre côté, il y avait les « donateurs
» : cette institution palestinienne s'est retrouvée en
mauvaise posture, prise en sandwich. Elle signa l'appel, dans un premier
temps, mais elle a demandé à être retirée
des signataires, avant la publication de l'appel : il était
très clair que le problème auquel cette institution
était confrontée était ni plus ni moins qu'un
problème avec son financeur, et donc le problème de
ses propres finances.. Beaucoup de grandes institutions représentatives
ont signé l'appel : différents syndicats et associations
féminines, des centres culturels et la plupart des fondations
palestiniennes, dans les différentes localités et dans
la diaspora. En pratique, la plupart des secteurs du peuple palestinien
ont été concernés par cet appel et cela a, en
soi, créé un élan populaire et une pression sur
beaucoup d'organisations, afin de leur demander de signer. D'une manière
générale, la seule exception notable est le cas particulier
que nous avons mentionné. A ce jour, il est évident
que la position de la société civile palestinienne est
très clairement en faveur du boycott, et c'est une décision
irrévocable, après la publication de l'appel signé
par les 171 organisations, auxquelles de nombreuses autres sont venues
se joindre. Au cours des prochains mois, le problème du financement
sera réglé définitivement. Cet appel aura été
une tentative réussie de démontrer que les donateurs
ne sauraient nous imposer leur agenda, ni à nous, ni au cours
choisi par la lutte du peuple palestinien et il aura apporté
également la preuve que nous ne saurions demeurer les otages
d'un quelconque financement conditionnel.
Est-il possible de se libérer totalement des conditions imposées
par les donateurs ? Chacun sait qu'ils disposent de nombreuses armes
et de multiples instruments qui leur permettent d'exercer une pression
sur les organisations et, au final, de les plier à leurs conditions
: on sait, notamment, ce qui s'est passé avec l'institution
culturelle Al-'Anqâ' [Le Phénix] de la ville d'Hébron,
qui n'a pas pu ouvrir un compte à la Banque Arabe parce que
son nom avait été couché sur une liste d'institutions
« indésirables ». On sait que la Banque Arabe est
celle qui encaisse les versements extérieurs « le plus
facilement et au moindre coût » (comme le dit son slogan
commercial), contrairement aux banques situées en territoire
« palestinien ». Alors, quel était donc le problème
? L'institution Al-'Anqâ' n'avait pas signé un document
diffusé par l'US-Aid, document dans lequel les institutions
demandeuses d'aide devaient s'engager à condamner le terrorisme...
Ne pensez-vous pas que ces instruments et ces moyens de contrôle
risquent d'influencer le sérieux des positions prises par ces
organisations, en particulier en ce qui concerne leur signature de
l'appel en question ou des prises de position et initiatives similaires
?
Les difficultés auxquelles les ONG palestiniennes sont confrontées,
du fait du comportement des donateurs, sont grandes,et on ne saurait
les sous-estimer. On peut peut-être même prédire
quelle sera l'ampleur des défis que nous aurons à relever
à l'avenir, en particulier si nous décidons d'adopter
une stratégie palestinienne claire et nette, que nous aurons
tracée nous-mêmes, telle la définition d'une stratégie
future de lutte à partir de notre situation particulière,
en tant que Palestiniens. Je ne saurais sous-estimer l'importance
du financement et des financeurs, en particulier en ce qui concerne
les grands financeurs, tels les gouvernements, qui généralement
n'offrent d'aide que conditionnelle. L'expérience a montré
comment le financeur a pu, par le passé, influencer sur les
politiques de toutes nos institutions, et comment il a exercé
une influence sur l'action desdites institutions. Malgré cela,
l'appel est devenu une réalité convaincante, sur le
terrain : il s'agit d'une exigence de la société civile
palestinienne, prise dans sa globalité.
Il y a beaucoup d'institutions que l'on appelle « les Empires
» en raison de l'importance de leur budget, qui ont signé
l'appel au boycott. Lorsqu'on découvre ces signatures, on ne
peut manquer d'avoir un peu peur ; on craint pour la pérennité
de cet appel et de cette campagne.. On doute de son sérieux,
aussi, car on peine à imaginer les responsables de ces Empires
renonçant à toutes leurs prébendes et à
tous leurs privilèges, obtenus en monopolisant de très
importantes sources de financement. Ces gens-là n'ont pas pu
renoncer à ces privilèges du jour au lendemain, donc
ils n'ont pas pu signer un communiqué appelant à une
prise de position radicale, dont on pourrait presque dire qu'il comporte
une orientation terroriste, vu du point de vue d'un financeur ? Tout
naturellement, cela suscite des craintes : qu'en pensez-vous ?
Ce communiqué est une initiative courageuse, sans précédent
au niveau des ONG (palestiniennes). Je pense j'en suis même
persuadé que tous les signataires de l'appel sont conscients
du fait que cet appel aura des suites qui ne seront pas nécessairement
bénéfiques pour eux, et il est possible que leur signature
interfère négativement sur leur financement ou crée
d'autres effets négatifs pour eux, à l'instigation des
instances donatrices, mais les organisations signataires de l'appel
assumeront elles-mêmes leurs responsabilités face aux
éventuelles conséquences négatives de leur signature.
Il convient d'indiquer à ce propos que les signatures apposée
sur cet appel expriment l'adhésion d'un très grand nombre
d'organisations du peuple palestinien (petites et de grandes), ce
qui suffit en soi à donner une grande force tant à l'appel
qu'aux organisations qui y souscrivent, appelant au boycott d'Israël,
au désinvestissement d'Israël et à l'imposition
de sanctions à Israël.
Cet appel aura peut-être un écho et un effet sur le
plan international. Mais quel sera son impact sur le plan national,
c'est-à-dire : en Palestine et dans la diaspora palestinienne
? Par exemple ; que feront les organisations travaillant dans le secteur
agricole, en particulier les grandes institutions, pour affronter
l'étouffement des fermes et de l'agriculture palestiniennes,
résultant de l'inondation du marché local par des productions
non palestiniennes, à chaque saison de production ? Nous avons
désormais l'exemple des fruits d'été : organisera-t-on
une campagne nationale pour soutenir l'exploitant palestinien, au
moyen du boycott des fruits et légumes [israéliens]
imposés au marché local, alors qu'ils abondent localement,
cela, à seule fin de détruire l'agriculture et les exploitations
agricoles palestiniennes ?
L'appel exprime des exigences populaires palestiniennes collectives,
et il exprime ces exigences vis-à-vis de qui ? De la société
internationale. Bien que nous espérions que cette question
sera la première des priorités des différentes
organisations parties prenantes, la décision leur appartient,
en définitive. Inutile de dire que le travail en vue du boycott
d'Israël diffèrera d'une organisation à l'autre,
et c'est là quelque chose de naturel. Il est évident,
par exemple, qu'une organisation juridique telle que la campagne palestinienne
de boycott de la culture et des universités israéliennes
apportera à la campagne une contribution plus importante qu'une
organisation plus spécialisée dans une cause ou une
population déterminée, comme les femmes, l'agriculture
ou encore la santé. Mais, à travers cet appel, nous
avons voulu que l'objet du boycott concerne tout le monde, qu'il englobe
l'agriculture, les femmes, les ouvriers, les avocats et les ingénieurs,
tout le monde.. Quoi qu'il en soit, je souhaite réitérer
qu'à travers cet appel, il est possible de constituer un vaste
rassemblement collectif, grâce aux ONG, afin de faire face aux
politiques des donateurs et à leurs conditions et de proposer
des alternatives économiques sur le terrain. Parallèlement
à cela, cet appel est une sorte de message, fort et clair,
qui exprime ce qu'est la position collective réelle du peuple
palestinien : peut-être ce fameux donateur comprendra-t-il alors
enfin que cet appel incarne la réalité du terrain, de
la réalité, et peut-être s'y mesurera-t-il en
tant que donnée de fait, l'affrontement avec lui devenant dès
lors un affrontement collectif. Les signatures de plus de 171 institutions
apposée à cet appel auront nécessairement plus
de poids qu'un appel signé par une dizaine d'institutions seulement..
Pourquoi les organisations ou les partis politiques n'ont-ils pas
signé cet appel de leur propre nom ?
Ceux qui en ont pris l'initiative ont préféré
que cet appel ne puisse être utilisé par une quelconque
organisation politique et qu'il ne puisse prendre une couleur politique
déterminée, car, sait-on jamais, une organisation aurait
pu dire que cet appel était de sa propre initiative, ou faire
entrer le sujet dans une sorte de surenchère politique. En
réalité, notre lecture et notre compréhension
de la carte politique palestinienne nous ont incités à
éviter de nous enferrer dans cette problématique et
nous avons été d'avis de limiter le communiqué
aux organisations et aux syndicats, en excluant les partis politiques.
Malgré cela, la première signature qu'ait reçu
l'appel est celle des forces nationales et islamiques : il s'agit
d'une instance coordinatrice regroupant tous les partis, les factions
et les organisations politiques actives en Palestine et, par conséquent,
dans la pratique, les partis politiques sont parties prenantes à
l'appel. Nous comprenons l'importance du rôle des partis politiques
dans le mouvement social interne et nous sommes conscients du fait
que la traduction concrète de l'appel exige une coordination
avec les organisations et les factions politiques.
D'après vous, cet appel exprime-t-il bien les revendications
générales du peuple palestinien, où qu'il se
trouve ?
L'appel a recueilli des signatures en provenance des divers lieux
de dispersion de la diaspora palestinienne, de la Cisjordanie et de
la bande de Gaza, des Palestiniens de l'intérieur d'Israël
(= de 1948), et il y a aussi des signatures de Palestiniens de Syrie,
du Liban, de Jordanie, du Golan, ainsi que d'Europe et des Amériques.
Il y a aussi des organisations qui sont en réalité des
fédérations comportant plusieurs organisations dispersées
dans plusieurs pays, comme l'Union américaine pour le Droit
au retour, qui fédère des dizaines d'organisations défendant
le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ce communiqué
s'avère exprimer les revendications palestiniennes, et il ne
connaît aucune limitation ni aucune exclusion géographique.
Qu'en est-il de la relation entre la société civile
palestinienne et la société civile mondiale, ou encore
le mouvement altermondialiste, en particulier à l'occasion
des congrès et des forums propres à cette mouvance ?
Vous avez fait allusion au fait qu'une fédération est
née lors du forum social de Porto Alegre. Or, en raison de
l'expérience que je puis avoir de ce type de rassemblement,
tout particulièrement en ce qui concerne la Palestine, j'ai
pu observer constamment que certaines personnes parlent de la Palestine
et monopolisent la position palestinienne, alors que ces personnes
n'ont aucun rôle significatif en Palestine ni dans le domaine
de la Palestine. Je pense notamment au rôle d'une personne telle
Nahla Shahhal, par exemple.. Par conséquent : quelle est la
relation avec ce mouvement, ou avec les mouvements de solidarité
avec le peuple palestinien, au plan mondial ?
Je le redis : nous accueillons tout rôle et toute instance se
solidarisant avec le peuple palestinien et avec son juste combat.
Néanmoins, il convient que cela n'outrepasse pas la question
de la solidarité et que cela n'aille pas jusqu'à une
certaine tutelle condescendante. Au forum de Porto Alegre, nous avons
essayé de faire entendre notre voix : nous avons insisté
sur le fait que nous sommes plus que quiconque à même
de comprendre quels sont nos problèmes. Nous avons notre projet
propre et, en tant que Palestiniens, nous sommes les plus légitimes
à exprimer notre cause et à l'expliquer en fonction
d'une logique consciente, rationnelle et réfléchie et
nous pouvons déterminer notre propre stratégie sans
la tutelle et sans le prêchi-prêcha de quelconques gouvernements,
de quelconques financeurs, voire même de quelconques associations
de solidarité..
Quelle sorte de relation entretenez-vous avec les mouvements pacifistes
israéliens ? Je soulève cette question, car on assiste
à beaucoup d'actions que l'on pourrait qualifier d'actions
de normalisation avec l'occupant, ou d'actions qui s'en rapprochent
fort. Or, en l'absence d'un discours palestinien combattant, sur l'arène
mondiale, la position palestinienne a perdu ses conditions, voire
même ses fondamentaux en ce qui concerne la détermination
des relations avec l'occupant. Comment peut-on faire le distinguo
entre ce qui relève de la normalisation avec l'occupant «
colonialiste » et ce qui ressortit à l'action de solidarité
?
Tout d'abord, il faut affirmer que la société civile
palestinienne se doit d'être ouverte à toute solidarité,
sans égard pour les ethnies, les races, les identités
et autres appartenances. Mais ceci signifie au premier chef que ce
sont les Palestiniens qui définissent leur projet et leurs
stratégies. De plus, l'axe de la solidarité devra être
fondé sur la reconnaissance de la totalité des droits
des Palestiniens. En ce qui concerne la normalisation, ou les contacts
avec des mouvements israéliens, comme vous l'avez mentionné,
tout partenaire israélien voulant construire une relation avec
la partie palestinienne peut être accueilli, et cette relation
peut être consolidée. Mais à la condition expresse
que ce partenaire reconnaisse totalement l'ensemble des droits nationaux
légitimes et à satisfaire du peuple palestinien. Mais
on ne saurait accepter, ni a fortiori consolider, une telle relation
(qui, dans ce cas, relèverait à juste titre de la qualification
de « normalisation ») dès lors qu'elle serait fondée
sur les chicaneries et le marchandage au sujet des droits nationaux
du peuple palestinien, sur la base de la recherche d'un règlement
fondé sur l'obtention de « solutions moyennes »
en matière de droits ( !). Je souhaite indiquer ici que l'exemple
du Dr. Sari Nusseïbéh, qui a pris une initiative personnelle,
alors qu'il était responsable du dossier de Jérusalem
à l'OLP, et qu'il est actuellement président de l'Université
de Jérusalem son initiative a été connue,
par la suite, sous l'intitulé d' « initiative Nusseïbéh
Ayalon » (Ayalon étant le nom d'un général
israélien avec lequel Nusseïbéh est tombé
d'accord sur la formulation de cette initiative qui repose sur un
bradage du droit au retour des réfugiés palestiniens,
en «échange » de ce que d'aucuns ont osé
appeler un « Etat », et qui n'est en réalité
qu'un groupe de cantons disjoints et cernés de toutes parts),
et qui est l'esprit du pacte de Genève qui l'a suivie, dont
les épigones sont Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin. Ces initiatives
ont fait un flop au niveau du peuple palestinien et elles ont été
combattues par toutes les diasporas palestiniennes. Il n'en reste
que la prétention de leurs initiateurs palestiniens qu'elles
représentaient des tentatives pour créer un choc dans
une société israélienne en glissement continu
vers la droite. Cela, sans prendre aucunement en compte le prix exorbitant
que le peuple palestinien devait acquitter pour la création
de ce « choc », quand bien même ce prix eût-il
englobé la renonciation aux droits les plus fondamentaux pour
lesquels le peuple palestinien se bat sans discontinuer depuis des
décennies.. Quant à l'idée de créer un
« choc positif », sur laquelle ils s'appuient, il ne s'agit
en réalité que de la création d'un choc en retour,
c'est-à-dire d'un choc dans la société palestinienne,
car ces initiatives ont créé beaucoup de controverses.
La direction officielle palestinienne considère que ces initiatives
relèvent de la liberté d'_expression et du pluralisme
des opinions, alors que dans toutes les formes de démocratie
existant dans le monde, la liberté personnelle d'un citoyen
ne doit en aucun cas empiéter sur la liberté des autres
: comment pourrait-il en être ainsi, dès lors que ces
initiatives renoncent aux droits individuels et collectifs de millions
de Palestiniens ? Ne s'agit-il pas là d'un abus patent contre
la démocratie ?
Donc : que faire ? Quel est le projet, grâce auquel nous pouvons
réaliser nos objectifs nationaux, qui ont été
définis en nous basant sur ce que le peuple palestinien a connu,
jusqu'ici, en raison de la réalisation du projet colonialiste
sionisto-impérialiste en Palestine, depuis plus d'un demi-siècle
ces objectifs qui ont été définis ainsi
: retour inconditionnel et total des réfugiés, totale
autodétermination et totale libération ? L'OLP est-elle
aujourd'hui à même de mener à bien une telle tâche
?
Il est clair qu'il y a une grande ambiguïté en ce qui
concerne l'Organisation de Libération de la Palestine [OLP].
En effet, Oslo nous a produit un rejeton : l'Autorité Nationale
Palestinienne [ANP]. A notre très grand regret, cette Autorité
s'est substituée à l'OLP dans beaucoup de prérogatives,
c'est ce que je considère [personnellement] une énorme
erreur, dans laquelle la direction palestinienne est tombée,
ou dans laquelle elle s'est laissé entraîner. L'OLP aurait
dû demeurer le cadre représentatif premier, exprimant
les intérêts de l'ensemble du peuple palestinien, l'ANP
constituant l'instance gérant les affaires courantes des régions
palestiniennes confiées à sa gestion sous l'empire des
accords d'Oslo. Mais ce qui s'est produit, c'est que le rôle
de l'OLP a été gelé, dans la période post-Oslo.
D'une manière générale, l'OLP a conquis sa représentativité
de représentante du peuple palestinien (la légitimité
de son existence en tant que peuple dont les droits nationaux ont
été confisqués), et il convient que le peuple
palestinien exploite cette légitimité nouvellement acquise
et qu'il n'entre pas dans de nouveaux labyrinthes, tel la recherche,
ou la création de toutes pièces, de nouveaux cadres
alternatifs. Pour moi, la réactivation de l'OLP implique que
cette organisation se charge d'exercer une pression populaire sur
la direction palestinienne officielle. Il est évident que l'ANP,
aujourd'hui, ne peut pas exprimer les intérêts de l'ensemble
des enfants du peuple palestinien, en particulier pas dans la diaspora
palestinienne, pas dans les camps de réfugiés, ni chez
les Palestiniens restés en Israël en 1948. La pression
populaire palestinienne sur la direction palestinienne n'a pas suffi,
jusqu'à ce jour, pour une reconstruction de l'OLP qui soit
susceptible d'amener le peuple palestinien, dans son ensemble, à
recouvrer ses droits.
Il semble impossible de faire changer la position officielle de la
direction palestinienne. Et il est peu probable qu'elle soit sensible
à la pression populaire (au demeurant : dans quel sens ?)..
et peu probable, par conséquent, qu'elle réactive l'OLP.
Qu'en pensez-vous ?
Il est tout à fait évident que les priorités
de la direction palestinienne, aujourd'hui, diffèrent de celles
du peuple palestinien, et aussi de son humeur, dès lors que
les priorités de la direction palestinienne se déplacent
sur l'orbite des missions imparties à l'ANP, missions qui ont
leur temps, et leur espace géographiques, précis et
limités, tandis que les priorités de l'immense majorité
du peuple palestinien s'éloignent de ces priorités que,
seule, l'OLP peut exprimer. L'OLP appartient à l'ensemble des
enfants du peuple palestinien ; ce mouvement est né, et il
s'est développé, grâce au sang de milliers de
martyrs palestiniens. Il n'est la propriété privée
ni de Mahmud Abbas ni de qui que ce soit. De plus, le jeu en vaut
la chandelle. Nous échouerons peut-être, mais nous ne
pouvons pas dire que la tentative est vouée à l'échec
avant même de l'entreprendre. De même, la société
palestinienne n'est pas encore parvenue au stade d'exiger la réactivation
de l'OLP de manière spectaculaire.
Existe-t-il un mouvement pacifiste en Israël ? Ce mouvement
(s'il existe) peut-il faire quelque chose au sujet du boycott, de
l'imposition de sanctions et du désinvestissement ?
L'_expression « mouvement pacifiste israélien »
est une _expression fondamentalement israélienne, qui a été
internationalement adoptée, puis, enfin, adoptée par
les Palestiniens eux-mêmes. Le concept d'un mouvement pacifiste
israélien est cohérent avec la nature sioniste colonialiste
de la société israélienne, en ceci que ce mouvement
ne représente aucunement l'alternative, ni le contraire, du
tissu politique sioniste. Ce que l'on appelle le mouvement pacifiste
palestinien appelle à la recherche d'un règlement pacifique
entre deux camps qu'il considère équilibrés entre
eux et sur un même plan. Alors que, sur le terrain, dans la
réalité, telle n'est pas la réalité :
l'un des deux camps, auquel ce mouvement pacifiste appartient, est
un occupant qui viole des droits, tandis que l'autre camp ploie sous
le joug de l'occupation et lutte en vue de sa libération. Il
en découle que l'équation établie par le camp
israélien de la paix est fondée sur le fait que l'équation
de la négociation de paix se solde, en permanence, à
l'avantage d'Israël, et partant, quand on examine si cette négociation
est compatible avec l'ensemble des droits que l'on concède
aux Palestiniens au détriment d'autres droits, il semble que
ces droits ne sont pas compatibles avec les intérêts
d'Israël en tant qu'Etat juif. La compréhension que nous,
nous avons d'un mouvement pacifiste, est fondée, au premier
chef, sur le principe de sa reconnaissance inconditionnelle de tous
les droits du peuple palestinien, et de l'absolue nécessité
qu'il ne découle pas d'une logique de bradage de certains droits
contre certains autres, à seule fin de garantir la judaïté
d'Israël. En effet, la majorité des organisations parties
prenantes à ce qu'il est convenu d'appeler le camp israélien
de la paix ne soutiennent pas, par exemple, le droit au retour des
réfugiés palestiniens, car ce retour contrarie les considérations
démographiques israéliennes, relatives à sa pérennité
en tant qu'Etat juif. Il en découle que tout Palestinien, selon
cette logique, représenterait une source de menace tout
du moins sur le plan démographique pour la pérennisation
du projet sioniste en Palestine, et non plus une personne jouissant
de droits et d'aspirations personnelles et collectives. Partant, le
règlement [du conflit] que ce camp recherche incessamment,
est basé, fondamentalement, sur le principe de la « séparation
raciale », c'est-à-dire sur le fait de donner aux Palestiniens
un territoire doté des fonctions apparentes d'un Etat, mais
qui contraint leur existence matérielle et leurs horizons sociaux.
Quelles sont les relations entre les mouvements pacifistes israéliens
et le processus d'Oslo ?
Ce qu'il est convenu de dénommer « processus d'Oslo »
a sauvé le mouvement pacifiste israélien d'une véritable
impasse, en son temps, car ce mouvement a toujours recherché
un partenaire, dans une négociation portant sur un projet fondé
sur la séparation [entre les deux peuples ; palestinien et
israélien]. Mais ce qui s'est produit, par la suite, c'est
que la direction palestinienne est devenue l'otage de ce mouvement
visant à persévérer dans l'application de l'accord
(d'Oslo), voire même à y progresser. En même temps,
ce que l'on désigne comme la coalition palestinienne de la
paix devenait la copie conforme, le « partenaire » de
positions de compromis fondés sur la séparation raciste
prônée par le camp israélien de la paix. Les mouvements
pacifistes israéliens ont malheureusement réussi
à opérer une percée dans la « rue palestinienne
», via la coalition palestinienne de la paix, et à imposer
partiellement leur agenda politique sur les plans tant international
que palestinien. Dans ce contexte, je ne pense pas que la coalition
palestinienne de la paix ait un quelconque fondement véritable,
du type : « il existe un partenaire ». En vérité,
je pense que l'ensemble du projet national palestinien contemporain
est un projet de paix cohérent. De plus, le peuple palestinien,
qui lutte pour sa liberté et son retour chez lui, dans ses
maisons dont il a été chassé, que toutes les
composantes et tous les secteurs de ce peuple palestinien tendent
la main à la paix, comme ils l'ont toujours fait, depuis le
début du conflit. Quant à parler d'un camp de la paix
qui serait une résultante élitiste, éloignée
de la rue palestinienne, ce n'est ni plus ni moins qu'une tentative
de jeter de la poudre aux yeux. Partant, je vois un besoin urgent
d'éclaircir le rôle de ces mouvements, sur les plans
palestinien et international. En particulier, dans le contexte que
nous avons évoqué, nous n'avons pas besoin de ces mouvements
qui s'adressent au monde en tant qu'exerçant une tutelle sur
les intérêts du peuple palestinien, les Palestiniens
n'ayant plus qu'à obéir à leur agenda politique
(je parle ici des mouvements pacifistes israéliens). De même,
ce qu'on appelle le camp palestinien de la paix doit dépasser
l'âge de la tutelle israélienne, et interagir avec le
mouvement pacifiste israélien sur la base du partenariat et
de l'égalité / réciprocité. Car le mouvement
palestinien est, dans son ensemble, un combat en vue du recouvrement
de ses droits et du rejet de toute tutelle. Ceux qui veulent être
solidaires du combat que mène ce peuple ne doivent ni lui imposer
de quelconques conditions, ni abolir une partie de ses droits. L'agenda
palestinien doit être tracé par des mains palestiniennes,
constamment, et définitivement. En ce qui concerne le boycott,
nous ne comptons pas beaucoup sur les différents secteurs de
la société israélienne, en particulier pas sur
ce qu'il est convenu d'appeler le camp israélien de la paix.
Ce sujet restera limité à un nombre défini d'activistes,
opposés, par principe, au sionisme.
État des lieux par Mazen Qumsiyéh
6 décembre 2005
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre
de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Des changements rapides sont en cours, sur le terrain, en Israël
/ Palestine et à l'étranger, avec lesquels beaucoup
de monde, dans les médias, dans les milieux militants et dans
les cercles politiques ne sont pas encore familiarisés, ni
a fortiori à même de mettre au point des stratégies
cohérentes permettant d'y faire face :
1) Les primaires pour la désignation des candidats du Fatah,
en Cisjordanie et à Gaza, ont balayé bon nombre des
candidats de la vieille garde, en faveur de militants plus jeunes
du Fatah et de militants prisonniers en Israël (tel Marwan Barghuthi)
;
2) L'éclatement du Likoud, Sharon créant un nouveau
parti afin de poursuivre la réalisation du même agenda
politique ;
3) Le changement au sein du parti travailliste israélien,
qui a amené Amir Peretz à sa tête (pour la première
fois, ce parti de gouvernement ne sera pas dirigé par un juif
ashkénaze (= européen). Ceci s'est accompagné
de la marginalisation de Shimon Peres, père des armes israéliennes
de destruction massive (ABC : atomiques, biologiques et chimiques)
:
4) La construction spectaculaire et ininterrompue du mur et des barrières
d' apartheid autour des villes et villages palestiniens, qui ont un
impact dans tous les domaines, depuis la pauvreté jusqu'à
l'éducation ( http://www.stopthewall.org/, http://right2edu.birzeit.edu/
) ;
5) L'intensification du programme visant à réduire
les populations palestiniennes chrétienne et musulmane de Jérusalem
Est, couplé à une politique de constructions à
Jérusalem Est incluant dans l'ère urbaine des colonies
illégales telle Maale Adumim ;
6) Intel, qui a annoncé qu'il investirait 1 milliard de dollars
à Gaza et 3,5 milliards de dollars en Israël (sur des
terres appartenant à des Palestiniens réfugiés
à Gaza). L'annonce de la donation à Gaza a été
faite début novembre
(voir http://www.arabnews.com/?page=11§ion=0&article=73192&d=15&m=11&y=2005
), trois semaines avant qu'Intel annonce, aujourd'hui, la construction
d'une nouvelle usine à Kiryat Gat (autrefois Irak Al-Manshiya),
sur des terres palestiniennes illégalement expropriées
par Israël. Cet investissement d'un montant de 3,5 milliards
de dollars était suspendu depuis quatre ans. Pour le contexte,
voir mon article sur ces investissements, publié en 2001, et
intitulé : « Intel soutient-il un régime d'apartheid
? » "Is Intel Supporting an Apartheid Regime" ( http://www.mediamonitors.net/mazin7.html
) ;
7) Le 9 juillet, publication de l'Appel de la Société
civile palestinienne au Boycott, au Désinvestissement et aux
Sanctions contre Israël, jusqu'à ce que ce pays se conforme
au Droit international et aux Principes universels des Droits de l'Homme
( http://www.badil.org/Boycott-Statement.htm ) ;
8) La montée d'une mobilisation internationale analogue à
celle du mouvement visant à mettre fin à l'apartheid
en Afrique du Sud, et qui appelle au désinvestissement, au
boycott et à des sanctions contre Israël (désormais
canalisé par l'appel de la société civile palestinienne
mentionné plus haut) ;
9) Le début d'une prise de conscience aux Etats-Unis (même
parmi les élites), sur le fait que le soutien américain
inconditionnel à Israël a vidé de leur signification
nos droits constitutionnels et ne sert en rien l' intérêt
national des Etats-Unis, et que les partisans d'Israël, aux Etats-Unis,
vont trop loin, mettant parfois en danger y compris les intérêts
de l'élite (d'où des arrestations récentes, et
des enquêtes du FBI concernant des fuites d'informations ultra-confidentielles
au bénéfice d' individu travaillant pour l'Aipac ou
de nouvelles tendances dans les partis tant de droite que de gauche,
etc.).
On pourrait énumérer encore bien d'autres défis
/ opportunités concernant Israël / Palestine et aussi
les questions d'Irak et d'Afghanistan (où la résistance
à la politique états-unienne est croissante, tant sur
le terrain que dans l'ensemble du monde). Il y a des textes, qui circulent
sur Internet, au sujet de ces évolutions, de ce qu'elles signifient
et de la manière dont nous devrions nous positionner par rapport
à elles. Ces textes et ces discussions n'ont pas encore trouvé
leur voie vers les médias consensuels, ni a fortiori vers les
consciences américaines ou israéliennes moyennes. Nous
pouvons assurément prendre ces questions en main et repenser
nos stratégies, afin qu'elles initient une évolution
plus rapide en vue d' atteindre les objectifs recherchés de
paix dans la justice. Nous avons à notre disposition les moellons
intellectuels et organisationnels à notre disposition, sous
la forme des militants dont nous avons le plus grand besoin. Et le
temps est venu ; la situation est mûre.
Bien sûr, ceux qui s'impliquent directement dans chacun de
ces domaines le font en fonction de leurs propres sphères d'intérêt.
Toutefois, lors de mes conversations avec des centaines de militants
et de dirigeants politiques, au cours des derniers mois, une vaste
majorité admettait que nous risquons de perdre toute la forêt
en nous focalisant sur tel ou tel arbre en particulier et que, plus
important encore, nous pouvons nous focaliser sur notre propre arbre
préféré, tout en ne cherchant pas à comprendre
comment interagissent les forces dans notre environnement rapproché
[désolé pour mes métaphores, qui font souvent
appel à ma formation de biologiste - déformation professionnelle.]
Le paysage / écosystème politique, délicatement
interconnecté et néanmoins en évolution incessante
comprend nous-mêmes, les citoyens, et nous sommes en mesure
d'en déterminer la forme future.
Les médias consensuels américains (New York Times,
Washington Post, CNN, Fox News, etc) restent préoccupés
non pas par le prix de l'occupation, ni de ses premières victimes
(le peuple irakien), mais bien par les machinations politiques qui
entourent le fiasco irakien. Sans doute une des principales raisons
pour lesquelles tant les sionistes néocons que les sionistes
libéraux ont soutenu la guerre contre l'Irak était que
cette guerre créait une distraction de la véritable
cause de l'instabilité et de la violence au Moyen-Orient, instabilité
et violence qui débordent de cette région du monde pour
se transmettre à d'autres pays. Il est aujourd'hui bien établi
empiriquement que le lobby israélien a travaillé au
sein du parti démocrate, au sein du parti républicain,
et au sein des médias (grâce à certains chroniqueurs
et éditorialistes populaires), afin de faire monter les battements
du tam-tam en faveur de la guerre et de marginaliser des gens tel
le Sénateur Byrd et les Représentants Paul Findley,
Cynthia McKinney et Dennis Kuccinich. Comme l'ont exprimé les
néocons dans leurs « mémoires » et leurs
« documents d'investigation » remontant au début
des années 1990, le renversement du régime de Saddam
Hussaïn était « bon » pour des « alliés
» tel Israël, et pour la domination d'atouts stratégiques
américains (voir http://www.qumsiyeh.org/connectingthedotsiraqpalestine/
).
Mais revenons à la manière dont les changements mentionnés
plus haut (ainsi que d'autres) doivent être analysés
à fond, ensemble, et être compris en particulier par
ceux qui recherchent authentiquement la paix dans la justice. Je ne
parle pas ici de ceux qui affirment rechercher la paix (quelle que
soit par ailleurs leur définition de ce qu'est la justice),
alors qu'en réalité, ils ne font que prôner la
pacification. Nuance !
De véritables militants de la paix soutiennent (sans réserve)
la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, y compris
les droits de tous les peuples autochtones. Cette Déclaration
contredit les lois israéliennes fondamentales, qui dénient
aux Palestiniens réfugiés le droit de retourner chez
eux tout en affirmant que tout juif (y compris converti) est un «
citoyen israélien » (= appartient au « peuple d'Israël
») et a un « droit » à la citoyenneté
israélienne automatique, qui lui donne y compris le droit de
s'installer comme colon sur le territoire palestinien.
Que prévoient ceux qui veulent voir Israël évoluer
afin d'intégrer les changements en cours ? Prenons la déclaration
des artistes israéliens qui affirme : « Si l'Etat d'Israël
aspire à se percevoir comme une démocratie, il doit
abandonner une bonne fois pour toute, toute fondement légal
et idéologique à une discrimination multiforme : religieuse,
ethnique et démographique. L'Etat d'Israël doit tout faire
afin de devenir l'Etat de tous ses citoyens. Nous appelons à
l'abrogation de toutes les lois qui font d'Israël un pays d'apartheid,
dont la loi juive dite « du retour », sous sa forme actuelle
[Déclaration des artistes, 2002]
La question qui nous est posée - à nous tous - est
celle de savoir comment nous positionnons notre militantisme, afin
d'atteindre cet objectif et d' apporter la paix dans la justice, en
tenant compte des changements de paysage en cours et l'évolution
importante et rapide des circonstances rappelées plus haut
(et il y en a d'autres, à venir, ou que j'ai oubliées.).
Des groupes insulaires, croyant en la pureté de leur message
vont-ils continuer à faire ce qu'ils ont l'habitude de faire,
et croiser les doigts, en espérant que tout ira au mieux ?
Ou nous rassemblerons-nous, comme dans une mêlée de rugby,
en mobilisant notre activisme et en coordonnant notre militantisme,
selon des méthodes susceptible de produire des stratégies
efficaces [= obligation de résultat] et des tactiques idoines
permettant de mettre en application lesdites stratégies [depuis
la création de capacités au lobbying, en passant par
le travail d'information, etc.] Les six prochains mois seront absolument
déterminants, tandis que les dix exemples listés plus
haut [et beaucoup d'autres, qui n'ont pas été mentionnés]
connaîtront leurs développements propres et que leur
impact se fera sentir plus fortement. Sommes-nous à la hauteur
du défi du moment : la construction d'un mouvement digne du
vingt-et-unième siècle, qui soit efficacement anti-apartheid,
anti-néocolonialisme, et qui soit capable de donner à
notre propre avenir la forme d'une famille authentiquement humaine
?
Si vous désirez travailler ensemble sur ces questions, n'hésitez
pas à me contacter. D'autres textes de référence
sont en ligne aux URL suivantes :
http://www.qumsiyeh.org/whatyoucando/
http://www.qumsiyeh.org/activistmanual/
Mazin Qumsiyeh qumsi001@hotmail.com
Ce que le mot « Paix » signifie,
en réalité, pour les Israéliens
par Avigail Abarbanel, http://avigail.customer.netspace.net.au/peace.html,
janvier 2005, Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre
de Tlaxcala, le réseau de de traducteurs pour la diversité
linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.
Il y a environ deux mois, je rentrais d’une visite familiale,
d’une quinzaine de jours, en Israël. Bien que je milite
pour les droits des Palestiniens, j’avais décidé
que cette visite serait de caractère entièrement privé.
Le fait de vivre, deux semaines, avec mon frère, son épouse
et leurs deux petites filles, dans leur petit appartement d’une
ville de banlieue, au nord de Tel-Aviv, m’a donné l’occasion
d’observer et de comprendre ce que signifie la vie quotidienne,
pour les Israéliens, actuellement.
Je n’ai rien fait de particulièrement exceptionnel. Je
suis allée faire de grandes ballades dans les rues de Tel Aviv,
et j’ai visité beaucoup d’endroits que je connaissais
déjà, découverts au cours de visites précédentes.
Je suis allée faire des courses au supermarché du coin,
et j’ai pris un café à une terrasse du centre
commercial voisin. J’ai regardé la télévision
locale et je suis même inscrite à des cours de gymnastique…
Pendant deux semaines, je me suis plongée dans la vie quotidienne
de Tel Aviv. Plutôt que parler – moi –, j’ai
décidé de me taire et d’écouter…
d’écouter, beaucoup. Je parle couramment l’hébreu
; cela m’a permis de me fondre dans les conversations, et les
gens parlaient sans réticences, tout autour de moi. Les médias,
en Australie, aiment bien insister sur la dureté de l’existence,
pour les Israéliens. Alors, je voulais vérifier ça
par moi-même…
La chose la plus évidente, en ce qui concerne la société
israélienne, c’est la profondeur de l’insécurité
que ressentent les Israéliens. Ils sont nerveux et irascibles,
et vivent, pour la plupart d’entre eux, dans une anxiété
extrême. Non que cela eût été entièrement
neuf, pour moi, mais visiblement les choses ne s’étaient
pas arrangées. Quand une bombe a explosé, au marché
central Ha’carmel, de Tel Aviv, j’étais à
la gym. J’ai regardé autour de moi : en quelques secondes,
tout le monde était suspendu à son téléphone
portable, pour dire ce qu’il ou elle avait entendu, ou pour
vérifier que leurs proches et les personnes aimées étaient
encore là, saines et sauves. Une jeune femme, à côté
de moi, dans le coin des haltères, poussa un soupir anxieux
: « Oh, non ! Pas de nouveau ! »
Depuis mon adolescence, j’ai été habituée
à ce qu’on fouille mes affaires personnelles à
chaque fois que j’entrais dans un lieu public, comme un cinéma,
un supermarché, bref : un peu partout, en Israël. Et bien
que j’habite en Australie depuis treize ans, j’ai conservé
ce réflexe d’ouvrir spontanément mon sac, comme
si je vivais toujours en Israël… Cette fois-ci, ce qu’il
y avait de différent, c’est que les agents de sécurité
avaient tous un détecteur électronique pour passer les
gens au peigne fin. Désormais, même les petits établissements,
comme les petits restaurants et les bars, ont leur propre agent de
sécurité, qui se tient devant l’entrée,
en faction. On vous propose de prélever une petite «
taxe sécurité » de 2 NIS [nouveaux shekels israéliens,
ndt] directement sur votre note, comme contribution au salaire de
l’agent de sécurité. Mais cela n’est pas
obligatoire. Si vous voulez ne pas vous en acquitter, vous ne la payez
pas, et puis c’est tout…
Les Israéliens ont toujours parlé de paix. Ils l’ont
chantée, ils ont composé de la poésie inspirée
par la paix et ils lui ont dédié des œuvres d’art.
Mais comme si la paix était quelque chose de presque surnaturel,
comme si la paix était une sorte de paradis auquel ils aspirent,
mais qui n’a rien à voir avec leur réalité
de tous les jours. Comme si la paix était quelque chose d’impossible
à atteindre. Il faut savoir que la « paix », pour
ces Israéliens épuisés et anxieux, cela signifie,
en réalité, qu’on les laisse tranquilles. Je trouvais
ça triste et dérangeant, de constater avec quelle énergie
du désespoir les Israéliens se raccrochent à
ce qu’ils pensent être la « normalité ».
Ils veulent absolument être « comme tout le monde »,
dans n’importe quel autre pays occidental ; aller au travail,
aller faire du shopping, sortir dans les bars et les cafés,
avec des amis. Quand des activistes palestiniens, occasionnellement,
dérangent la routine de ce que les Israéliens considèrent
être leur « normalité », ceux-ci en ressentent
outrage et désespoir. Jusqu’à un certain point,
je puis compatir. Après tout, une des principales raisons pour
lesquelles je suis moi-même partie d’Israël, c’est
précisément que je trouvais ce genre d’existence
insupportable…
Quand la vie est devenue à ce point difficile, j’imagine
qu’il est humain de souhaiter voir vos difficultés s’éloigner.
Mais c’est pourtant bien là qu’est le problème.
Quand une personne, un groupe, ou une société toute
entière, doit vivre en portant en permanence en soi un sombre
secret, ou en étant dans le déni de quelque chose de
très grave, dans son passé, cette personne, ce groupe
ou cette société ne saurait vivre en paix. Il est tout
simplement impossible de vivre une existence « normale »,
paisible, sur des fondations de mensonge et de secret. Le déni
de l’épuration ethnique des Palestiniens, en 1948, l’énergie
dépensée à tout faire afin de ne jamais penser
aux conséquences d’interminables et innombrables années
d’une occupation militaire brutale, et se contenter de souhaiter
que tout ceci disparaisse comme par enchantement : voilà qui
relève, ni plus, ni moins, de la pensée magique !
En matière de thérapie familiale, il y a un principe
largement reconnu, qui veut que tant que des injustices graves n’ont
pas été prises en compte, il ne saurait y avoir de réelle
paix, de réelle quiétude. Les familles qui protègent
jalousement des tabous indicibles, qui ont « un cadavre dans
le placard », finissent toujours par le payer extrêmement
cher. J’ai regardé des intellectuels israéliens,
à la télévision, participer à une discussion
passionnée et sincère qui s’efforçait de
comprendre pourquoi la situation est tellement mauvaise, en Israël.
Ils ont soulevé toutes les raisons possibles et imaginables,
qui pouvaient contribuer à cette situation, sauf une –
la plus évidente : l’histoire même d’Israël.
Ce débat était extrêmement douloureux à
suivre, mais il avait néanmoins quelque chose d’inconfortablement
familier : je n’ai jamais vu une société aussi
engoncée dans le déni que l’est la société
israélienne.
Le spectre politique israélien, dans son ensemble, de l’extrême
gauche à l’extrême droite, est dans le déni
de l’histoire d’Israël et c’est pourquoi je
n’ai pas la moindre confiance dans ce que pourrait bien apporter
la gauche israélienne. La poignée des penseurs qui ne
sont pas dans le déni, comme le Dr. Ilan Pappe, qui est venu
donner des conférences en Australie, l’année dernière,
ou encore le Dr. Uri Davis, sont en-dehors de ce spectre politique.
Leurs recherches, sur les événements de 1948 et les
circonstances qui ont entouré la naissance de l’Etat
d’Israël, ne font pas l’objet, elles, de débats
à la télévision publique et aucune référence
n’y est faite dans les manuels d’histoire israéliens.
L’Israélien moyen ne sait même pas qui ils sont.
Bien que publiés par un éditeur aussi prestigieux que
les Presses de l’Université de Cambridge, les ouvrages
du Dr Pappe n’ont jusqu’ici jamais été traduits
en hébreu, parce que les maisons d’édition israéliennes
les refusent, au motif qu’ils « manqueraient de valeur
académique » !… La manière dont la plupart
des Israéliens perçoivent leur propre histoire se résume
à prétendre qu’ils n’auraient jamais cessé
d’être des victimes opprimées et sans défense.
La question de savoir si – oui ou non – il était
moralement défendable, voire même intelligent, de créer
un Etat aux dépens d’un autre peuple… cette question-là,
personne ne la soulève jamais. Personne, dans le consensus
politique israélien, ne remet en cause l’authenticité
de la démocratie, dans un pays où le droit à
la citoyenneté dépend de votre ethnie (vous ne pouvez
devenir citoyen israélien que si vous êtes en mesure
d’apporter la preuve que votre mère était juive.)
Quand les Israéliens engagent des « pourparlers de paix
», il est fondamental de comprendre quelle est leur position
de départ. Ils n’ont aucun intérêt réel
pour une solution qui aille au cœur de ce qui est, de fait, leur
problème. Ils ressemblent à cet individu qui veut que
ses symptômes disparaissent, mais qui refuse de faire quoi que
ce soit concernant leurs causes réelles. Le souhait qu’on
vous « laisse en paix » ne saurait en rien constituer
une base solide pour une paix durable, ni même, à tout
le moins, pour une « paix » sans nouvelle épuration
ethnique… Six millions de Palestiniens sont là, qui rappellent
son passé à Israël, et ils sont là pour
très longtemps ; ils ne partiront pas, ils ne disparaîtront
pas, comme par enchantement !
Si un jour, comme je l’espère, les Israéliens
décident d’arrêter de vivre dans le déni,
il faudra bien qu’ils prennent conscience du fait qu’une
paix réelle ne pourra s’installer que grâce à
la justice. La justice, dans un tel contexte, signifie une chose,
une seule, très simple : il faut abandonner l’ «idéal
» d’un Etat exclusivement juif, au dépens d’un
peuple entier. Seul, un Etat binational, et le droit pour les réfugiés
palestiniens de rentrer chez eux pourront tant bien que mal réparer
une partie des injustices commises en 1948 et depuis lors. Ayant été
les victimes d’une épuration ethnique, c’est aussi
là ce à quoi les Palestiniens ont légitimement
droit, en vertu tant du droit international que de la simple dignité
humaine.
Telle pourrait être l’expiation d’Israël. Ce
sera aussi l’opportunité, pour Israël, de se libérer
du poids de ce fardeau de culpabilité qui, j’en suis
convaincue, fait de leur vie et de celles des Palestiniens un véritable
cauchemar. Bien sûr, c’est là un défi. Mais
ce défi offrira la possibilité d’une paix réelle
et durable, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens,
et sans doute pour l’ensemble de la région du Moyen-Orient.
Persister, au contraire, dans la mentalité et dans la politique
du déni ne mènerait à rien, et continuerait à
coûter leur bien-être et même jusqu’à
leur vie à toujours plus de personnes individuelles et de communautés.