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Palestine
 

L’Union européenne s’aligne sur les USA pour “interdire” au Hamas de participer aux élections

 

L'Union européenne, première source de dons à l'Autorité palestinienne, pourrait réduire son aide financière si le Hamas remportait les élections législatives du mois prochain, selon le chef de la politique étrangère de l'UE, Javier Solana.

 

Le Hamas présente, présente pour la première fois, des candidats aux élections du 25 janvier 2006 pour le Conseil législatif palestinien. Il semble bien parti, au vu des résultats qu'il a obtenus lors des récentes municipales, pour gagner du terrain aux dépens du Fatah du président Mahmoud Abbas.
"Il est très difficile d'envisager que des partis ne condamnant pas la violence (...) puissent à l'avenir devenir des partenaires sans modifier leur position", a déclaré Solana aux journalistes à Tel Aviv.
Si le Hamas l'emporte, a-t-il dit, il sera "très difficile que l'aide et l'argent alloués (...) à l'Autorité palestinienne continuent à l'être".
Le négociateur palestinien Saëb Erekat a qualifié les propos de Solana d'"inacceptables", déclarant: "C'est une intervention directe dans nos affaires intérieures (...). M. Solana et d'autres devraient respecter le choix du peuple palestinien."
L'UE a versé plus de 340 millions de dollars à l'Autorité palestinienne en 2005.
Les Etats-Unis et Israël sont préoccupés par la participation du Hamas aux législatives. Lors du premier scrutin du genre organisé par l'Autorité palestinienne, en 1996, le mouvement n'avait présenté aucun candidat pour marquer son opposition aux accords de paix provisoires signés avec Israël.
Vendredi 16 décembre, la Chambre US des Représentants a adopté une résolution exhortant l'Autorité palestinienne à exclure le Hamas des élections, estimant que sa participation pourrait réduire la capacité de Etats-Unis à aider financièrement les Palestiniens.
Source : Reuters, 18 décembre 2005

 

 

Colonisation, résistance et démocratie


par Pierre-Yves Salingue 20 décembre 2005. Courriel : pysalingue31@hotmail.com .
L’auteur est un militant français de la cause palestinienne. Lire son interview par Silvia Cattori dans la rubrique “Rencontre”.

Les deux principales puissances impérialistes mondiales viennent d’adresser un avertissement sans frais à la population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza.
Il y a quelques jours, la Chambre des représentants des USA d’une part et Javier Solana parlant au nom de l’Union Européenne d’autre part, ont clairement annoncé que le soutien financier apporté à l’Autorité palestinienne serait remis en cause en cas de victoire électorale et/ou de participation à « cette administration » d’organisations qui ne condamnent pas la violence ou qui ne reconnaissent pas l’Etat d’Israël.
Le message adressé aux Palestiniens est sans ambiguïté : l’Impérialisme ne tolérera pas que les Palestiniens choisissent une représentation politique qui n’accepterait pas la soumission et qui refuserait de liquider leurs aspirations nationales en échange de quelques miettes politiques et de nombreuses prébendes individuelles.

Le contraste est frappant entre l’enthousiasme manifesté par ces mêmes gendarmes de l’ordre impérialiste mondial, protecteurs de l’état sioniste, lors de l’élection de Abu Mazen il y a moins d’un an et la réaction brutale au lendemain des résultats des élections municipales palestiniennes.
Quand l’élection à la Présidence de l’Autorité de « l’architecte » des accords d’Oslo était présentée comme un signe de la grande maturité politique des électeurs palestiniens, ce qui permettait de leur décerner un brevet d’aptitude à la démocratie, le vote massif en faveur des organisations qui ont refusé d’abdiquer et de renoncer aux revendications nationales est cette fois présenté comme un événement politique qui met en danger les efforts de la communauté internationale « en faveur de la population palestinienne dans le besoin. »
On retrouve dans la morgue impérialiste de Solana les intonations traditionnelles des propriétaires à l’égard des exploités : les puissants veulent bien être généreux et aider les pauvres et les opprimés à supporter leur misère mais il n’est pas question que ces gueux s’avisent de prendre la parole, prétendant confier la défense de leurs intérêts à des gens qui ne sont pas conformes aux normes politiques et idéologiques fixées par les représentants de la « démocratie impérialiste », ce modèle universel dont devraient s’emparer les peuples reconnaissants.
Or, lors de ces dernières élections, la population de Cisjordanie a infligé une raclée aux candidats du Fatah, parti qui a totalement lié son sort à l’Autorité palestinienne.
A Naplouse, à Jénine et à al Bireh le Hamas a taillé des croupières à l’ex. tout puissant Fatah, le mouvement créé par Arafat et qui, après avoir dominé l’OLP s’est octroyé la quasi totalité des postes et des responsabilités dans l’administration de l’Autorité palestinienne.
Des manœuvres de l’Autorité ont empêché la tenue des élections à Hébron, mais nul doute que dans cette ville le Hamas est en mesure de remporter une victoire équivalente à celle de Naplouse (13 sièges sur 15)
Dès lors, sachant la force du Hamas à Gaza, le doute n’est plus possible : Il existe une très forte probabilité d’un effondrement des candidats liés aux partis participant à l’Autorité Palestinienne lors des élections du Conseil législatif prévues fin janvier.
Ceux qui ont été jugés acceptables par le gouvernement US et les Européens ne semblent plus en mesure de faire face aux obligations qu’ils ont contractées en échange du soutien apporté par les généreux sponsors du « processus de paix ».


Quand l’Impérialisme s’impatiente et menace

 

Sommé de mettre en œuvre les demandes israéliennes et américaines de réprimer toute volonté de résistance, Mazen tergiverse depuis des mois.
Quant à ceux qui, comme Dahlan et Rajoub, n’auraient aucun état d’âme à réprimer à grande échelle, il n’est pas certain qu’ils en aient les moyens.
Le résultat des élections a accéléré la crise interne du Fatah et le problème posé par le succès du Hamas est d’autant plus aiguë que les solutions de rechange encouragées par l’Impérialisme ne sont pas prêtes.
La liste présentée par Hanan Ashrawi et emmenée par Salem Fayad aurait les faveurs des supporters de la globalisation capitaliste au MO : une tête de liste ancien haut-responsable à la Banque Mondiale, voilà qui présente quand même mieux que le dirigeant emprisonné d’une organisation jugée terroriste par les généreux bienfaiteurs de la Palestine !
Mais, et c’est « un détail » d’importance, si ceux-là peuvent représenter une solution de rechange au Fatah en voie de désintégration pour une partie de la bourgeoisie palestinienne favorable à Oslo ( la liste a des allures de conseil national du patronat palestinien…), ils/elles n’ont aucune influence au sein de la population et encore moins chez les réfugiés
La coalition du PPP, de FIDA et du FDPLP ne pèse apparemment pas grand chose.
Quant au Front populaire (FPLP), qui semble être le seul en mesure d’incarner encore les ambitions modestes d’une gauche palestinienne aujourd’hui fort éloignée des espoirs ouverts par la première Intifada, il est lui aussi considéré par les Américains et les Européens comme « une organisation terroriste » et il n’hésite d’ailleurs pas à s’allier au Hamas, comme à Bethlehem où la coalition des deux organisations a défait le propriétaire Fatah des lieux.
Echaudés par l’expérience Abu Mazen dans lequel ils fondaient de grands espoirs de normaliser la vie politique palestinienne, les responsables impérialistes n’ont probablement pas trop d’illusions sur la portée de leurs menaces à court terme.
L’étranglement économique et financier est évidemment une arme redoutable pour tenter de soumettre les peuples et l’exemple de la politique de l’USAID, imposant aux ONG palestiniennes qui sollicitent des financements la signature d’un engagement à ne mener aucune action en faveur de personnes « liées aux actions terroristes », montre qu’on ne saurait sous-estimer ses effets destructeurs à long terme.
La totalité des salaires des employés de l’Autorité est assurée par les financements européens et les conditions d’existence de centaines de milliers de Palestiniens des territoires dépendent directement de cette source de revenu. On imagine donc facilement comment cette relation de dépendance encadre la liberté de choix et la volonté démocratique des principaux concernés par la menace d’une suspension des versements !
Mais, à court terme, l’efficacité du chantage n’est pas acquise et dans ces conditions, malgré la répression des forces sionistes qui ont emprisonné ces dernières semaines des centaines de militants et candidats des organisations palestiniennes opposées à la capitulation, le résultat des élections au Conseil législatif risque fort de ne pas être conforme aux exigences impérialistes et cette perspective suscite l’inquiétude et explique la brutalité des propos tenus à l’encontre de ces maudits Palestiniens qui s’obstinent.
Pour les faire céder, une première solution serait de réunir les conditions permettant à l’Autorité de justifier un report des élections, donnant ainsi du temps pour que la menace produise ses effets.
Une autre option possible est d’intensifier la pression pour contraindre le Hamas à se retirer de lui-même de la compétition électorale.
On verra alors si les protestations des représentants de l’Autorité contre « l’insupportable ingérence des pays financeurs » vont jusqu’à un boycott des élections, en solidarité avec les exclus…Pour le moment seul le FPLP a annoncé cette décision en cas d’exclusion du Hamas.
Mais, avec ou sans élections bidon, ceci ne sera pas suffisant et d’autres moyens seront alors employés.
Ce qui se prépare est une répression ouverte et brutale de toute la résistance palestinienne, car c’est l’esprit même de résistance qu’ils veulent anéantir, avec la complicité de leurs comparses, la fraction des Karzaï de l’Autorité Palestinienne qui, s ‘ils trompent de moins en moins de Palestiniens, tentent de profiter jusqu’au bout de la légitimité que leur a conférée l’Impérialisme avec les accords d’Oslo.


Le mouvement de solidarité à l’heure des choix

Dans ces circonstances il ne suffira pas que le mouvement de solidarité défende un « droit de choisir » pour le moins très abstrait.
Il faudra se déterminer sur la légitimité d’élections dont seraient écartées les forces qui refusent de se soumettre.
Il faudra soutenir ceux qui ont fait le choix de la résistance, qui refusent d’abdiquer leurs droits légitimes et qui, de ce fait, cherchent à promouvoir une autre représentation politique que celle qui les a amenés à la catastrophe actuelle.
Chaque jour qui passe ébranle un peu plus la fiction d’une Autorité qui serait la continuité d’une direction historique légitime défendant les intérêts du Peuple palestinien.
Il est désormais de plus en plus inacceptable de cacher qu’une majorité de Palestiniens rejette la clique de collaborateurs obstinés à faire durer éternellement des négociations fictives au bénéfice de leurs intérêts personnels et de ceux de l’état sioniste
L’heure est venue de comprendre que les Palestiniens restent très majoritairement fidèles à leurs exigences de libération nationale.
La colonisation sioniste contraint chaque jour un peu plus les Palestiniens à choisir entre la capitulation et la lutte de résistance.
La faillite d’une grande partie de ceux qui prétendaient mener le combat de libération ne leur laisse que peu d’options aujourd’hui et cette situation durera tant que de nouveaux instruments de lutte n’auront pas été reconstruits.
Voilà pourquoi ils préfèrent voter pour des organisations qui, si elles sont apparemment populaires au sein d’une population qui est pourtant aux premières loges pour recevoir les coups destinés à punir sa résistance, n’ont pas bonne presse ici, y compris dans le mouvement de solidarité.
On parle ici du Hamas bien sûr, cette organisation de la résistance islamique à l’occupation sioniste de la Palestine qui a pour l’essentiel refusé la capitulation d’Oslo et dont les militants ne se sont pas précipités pour empocher « les dividendes de la paix ».
Car il n’est pas si difficile de comprendre pourquoi le Hamas a pu apparaître comme « le seul défenseur de la population palestinienne »[1] avec ses quelques centaines de militants armés quand l’Autorité possédait des forces de dizaines de milliers de policiers armés avec l’accord d’Israël.
De même peut-on comprendre comment il a pu « assurer des services à la population par l’intermédiaire des ses écoles et de ses cliniques »[2]
Pour comprendre il suffit de rappeler les engagements pris par Arafat et Mazen dans les accords intérimaires signés avec les gouvernements sionistes: ils s’y engageaient à ne pas riposter aux agressions de l’armée israélienne et à protéger les colonies.
Et il suffit de reconnaître que la corruption a détourné des dizaines de millions de dollars au détriment de la satisfaction des besoins sociaux de la population.
Evidemment on ne peut pas dire ces choses sans rompre avec le suivisme à l’égard d’une direction dont la faillite éclate aujourd’hui au grand jour et que de plus en plus de Palestiniens veulent écarter des responsabilités.
La plus grande « ingérence » de l’Impérialisme dans les affaires palestiniennes s’est produite en septembre 1993, quand furent signés les accords d’Oslo par une direction palestinienne qui a emmené le Peuple palestinien dans l’impasse tragique dont il tente désespérément de sortir.
Condamner les pressions actuelles des dirigeants impérialistes sans soutenir l’exigence populaire palestinienne de rupture avec cette politique, c’est rester soumis à la logique de destruction du Peuple palestinien et de ses revendications fondamentales.
Le choix de la résistance et le refus du fait accompli de l’Etat sioniste sont les pré-conditions de toute démocratie dans une Palestine libérée de la colonisation sioniste et de la domination impérialiste qui veut soumettre la totalité des peuples de la région.
Les prochaines semaines exigeront que chacun décide du camp qu’il choisit de soutenir.

Notes :

[1] voir Claude Léostic sur le site de l’AFPS
[2] idem

 

 

Meurtre à Jerusalem - “Israël n’est pas l’Europe”


par Neve Gordon et Yigal Bronner , Press Action, 9 décembre 2005. Original : http://www.pressaction.com/news/weblog/full_article/gordon12092005/. Traduit de l’anglais pour Quibla par MB.


Neve Gordon enseigne les droits de l'homme à l'université Ben Gourion en Israel. Yigal Bronner enseigne au Départment des Langues et Civilisations d'Asie du Sud à l'Université de Chicago.

Un bref article paru sur le site web de Yedioth Ahronot, le quotidien israélien le plus lu, décrit la mort d'un habitant de Jérusalem. D'après l'article, ce jeune homme, père de deux enfants, a été abattu par la police après avoir tenté d'écraser un des policiers. Ivres de colère, ses voisins et amis ont alors envahi les rues, icendiant des pneus et une voiture en stationnement.
Les réctions des lecteurs à cet article ont été immédiates. Dans les heures qui ont suivi, 150 messages ont été publiés sur le site web, la plupart reproduisant le même point de vue à l'identique. "Allez-y les policiers, prenez soin d'eux" (signé Sioniste), "Frappez-les immédiatement" (un Israélien au sang chaud), "Pas de pitié" (un Sabra), " Bombardez-les avec quelques missiles, ce n'est pas la France ici" et, finalement, "Arabes attention, Israël n'est pas l'Europe."
Les réactions des lecteurs nr surprennent pas lorsqu'on sait que la victime s'appelait Samir Ribji et non, par exemple, Joseph Cohen. Ce n'est même pas l'événement de la mort d'une personne qui a provoqué les réactions dans la mesure où de tels incidents sont devenus routiniers. C'est seulement la protestation spontanée qui a éveillé l'attention des lecteurs. Des Arabes en colère dans les rues. Nous devons répondre rapidement et avec force, "les bombarder avec quelques missiles."
Les lecteurs ont effectivement raison sur un point : Israël n'est ni la France ni l'Europe car la violence de la police à l'égard des Arabes tend à être plus souvent mortelle. En fait, l'assassinat de Samir comme les réactions des lecteurs reflètent un des aspects les plus dérangeants et dangereux de la culture israélienne contemporaine, caratérisé par un racisme profondément ancré qui encourage la violence.
Le racisme est inextricablemnt lié à la compulsion de répétition en Israël, qui transforme la victime en agrerseur. Un Palestinien est tué que, déjà, il est décrit comme violent, des policiers frappent un Palestinien et c'est lui, et non eux, qui est qualifié de brutal. Israël occupe et réprime les Palestiniens mais ce sont eux qui sont fautifs. Il n'est donc pas surprenant qu'après que Samir a été tué dans le dos et à bonne distance, la police ait immédiatement prétendu qu'il voulait les charger avec sa voiture. C'est presque comme si mentir était devenu un réflexe conditionné des autorités.
Mais pour que la culture de la tromperie soit efficace, elle a besoin d'être épaulée par la culture de la dissimulation et du refoulement. Si le passé peut donner quelque indication sur l'avenir, alors l'agent qui a tué Samir Dari peut être tranquille. Le ministèr e de l'intérieur n'a jamais inculpé un deul policier après le meurtre de 13 citoyens Arabes en octobre 2000, pas plus qu'il n'a engagé de procédure contre les policiers qui ont fait de faux témoignages sur les actes illégaux qu'ils ont commis contre ceux qui manifestaient contre le mur de séparation.
Les cultures de la tromperie et du refoulement alimentent le brasier de la violence. Le message transmis clairement - les Juifs sont les éternelles victimes et ne peuvent être coupables quelle que soit la brutalité des moyens qu'ils emploient - fait bon marché de la vie des Palestiniens et encourage les gâchettes faciles. Nous avons de ce fait atteint un stade où on peut prédire que les forces de sécurité israéliennes continueront à tuer des palestiniens. Le seule variable inconnue est l'identité de la prochaine victime. Nous ne pouvions pas savoir, par exemple, que le policier tuerait notre ami Samir.
Samir aimait la nuit. Sa journée commençait en début d'après-midi et, le soir, il s'installait dans sa voiture, transportait des clients, donnait par téléphone des instructions aux autres chauffeurs employés par sa compagnie de taxis. C'était quelqu'un de patient et, pendant les 4 ans où nous avons travaillé avec lui - souvent dans des conditions extrêmement stressantes - nous le trouvions un peu réservé mais toujours plein de ressources. Et, plus important, il était toujours prêt à aider ceux qui étaient en difficulté.
Nous aimerions croire que la personne qui a abattu Samir sera l'objet d'un procès équitable. Nous aimerions croire que la mort de Samir sera l'annonce du début de la fin du mensonge organisé, du refoulement et du racisme qui ont servi de force motrice à la culture de la violence. Nous aimerions croire que les enfants de Samir seront les derniers orphelins du fait des forces de sécurité israéliennes. Mais non. Nous ne devons pas nous leurrer nous-mêmes.

 

 

Un "État" qui bat les recodrds de corruption occidentaux


Selon le rapport publié par la Banque Mondiale,et repris par Business Data Israel, en novembre, ce pays est, après l'Italie, le pays le plus corrompu et le moins efficace du monde occidental. Les critères de la Banque mondiale pour mesurer l'efficacité évaluent la qualité des services publics, le professionnalisme des fonctionnaires de ces services, de l'administration, les pressions politiques sur ces fonctionnaires et la crédibilité du gouvernement face à ses engagements. Israël obtient 80,8% contre 89,7% pour la moyenne. Quant à la corruption, on évalue que si le pouvoir du gouvernement sert à promouvoir des intérêts personnels et là encore, Israël obtient 80,8% comparé au 91,4% des autres pays occidentaux, sauf l'Italie à 74,9%. « Israël est considéré comme un pays le plus à risque, avec un régime instable et inefficace, une responsabilité faible, un fort taux de corruption étatique et une confiance minimale dans le système judiciaire » écrit BDI.
Source : Haaretz , 4 décembre 2005

 


Ils vont "développer" le Mur des lamentations !


Le gouvernement israélien a annoncé dimanche qu'il allait développer le site du mur des Lamentations à Jérusalem, lieu le plus sacré du judaïsme, grâce à un projet qui coûtera 15 millions de dollars.

Dans un communiqué, le gouvernement a affirmé que "le mur occidental fait partie du patrimoine religieux, culturel et historique du peuple juif, et que ces liens doivent être renforcés dans le cadre d'un plan quinquennal de développement de Jérusalem, capitale d'Israël". Le gouvernement entend financer de nombreuses visites guidées de soldats et d'étudiants. Il prévoit aussi de construire un centre voué à l'héritage spirituel du site, un vaste parking et un poste de police. Les accès aux tunnels jouxtant le site et le dispositif sécuritaire doivent en outre être améliorés.

Un budget de 15 millions de dollars a été dégagé à cette fin par divers ministères pour les années 2006-2010, a précisé le communiqué. "Quelque cinq millions de personnes visitent chaque année ce site, et je souhaite agir afin que les familles et les jeunes soient de plus en plus nombreux à s'y rendre", a déclaré le Premier ministre Ariel Sharon dans le communiqué.

Le mur des Lamentations ou mur occidental est l'ultime vestige d'une enceinte de soutènement du Temple juif de Hérode détruit par les Romains en l'an 70. Il se trouve dans le secteur oriental de la Ville sainte conquis et annexé en juin 1967, en contrebas de l'Esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l'islam. Les Palestiniens considèrent le secteur oriental de Jérusalem comme la capitale de leur futur Etat. Source : AFP, 11 décembre 2005

 

Lettre ouverte à la conférence ministérielle de Hong Kong : la position des agriculteurs palestiniens sur le sommet de l'OMC


Communiqué de presse, Palestine, 14 décembre 2005
Nous, agriculteurs palestiniens, hommes et femmes, représentés par les organisations non gouvernementales et les syndicats de coopératives signataires - vivant sous la pression de l'occupation israélienne tout comme le reste de notre peuple qui lutte contre des politiques systématiques d'appropriation des ressources hydrauliques et de la confiscation des terres agricoles pour la construction du Mur et l'expansion des colonies israéliennes érigées sur nos terres - souhaitons profiter de l'opportunité de la réunion de Hong Kong pour affirmer fermement notre position à l'égard de l'Accord sur l'Agriculture.

Comme vous le savez, Israël a transformé les Territoires Palestiniens en une prison et a fractionné le territoire national en différents cantons anéantissant les efforts pour l'établissement d'un Etat Palestinien viable. Cette situation a abouti à une catastrophe pour l'économie palestinienne. Celle-ci est trop vulnérable pour entrer en concurrence avec les économies globales et régionales, du fait du contrôle des débouchés de nos marchés intérieurs et extérieurs par Israël. Pendant plus de trente ans, le secteur agricole palestinien et notamment les petits producteurs ont souffert et souffrent toujours de politiques israéliennes injustes et discriminatoires, qui visent à déséquilibrer les termes de l'échange entre les peuples palestinien et israélien. De la même manière, les firmes agro-alimentaires israéliennes sont en voie de parvenir à une situation de monopole sur le marché palestinien. Cette situation a aboutit à la destruction de l'économie palestinienne et notamment de l'agriculture ce qui a miné notre capacité à atteindre un revenu décent, la sécurité alimentaire et la croissance économique.

Nous sommes conscients des conséquences profondes que pourrait avoir l'accord sur l'agriculture dicté par l'OMC et qui devrait être discuté lors de ce sixième sommet ministériel de Hong Kong. Nous sommes inquiets des conséquences potentiellement catastrophiques de cet accord sur les pays en développement et les pays les moins avancés. Cet accord menace la capacité des peuples à atteindre la sécurité et la souveraineté alimentaire et la possibilité de mener une vie digne. En outre, l'accord sur l'agriculture pose une incertitude sur les moyens de subsistance de millions d'agriculteurs, de femmes vivant dans le monde rural et de petits producteurs qui vont être forcés à quitter leur exploitation et leur maison pour trouver leur subsistance. Ainsi, le cercle vicieux de la pauvreté devrait être renforcé et la situation de sous-nutrition se généraliser.

A l'occasion de la conférence de Hong Kong, nous adressons nos salutations fraternelles et nos v¦ux de succès au mouvement social, au mouvement paysan et aux organisations de la société civile qui protestent contre la violation des droits économiques et sociaux par les politiques de mondialisation de l'OMC et qui s'opposent à l'imposition de réglementations injustes comme la suppression de la protection et la baisse des tarifs agricoles dans les pays en développement qui sont un pré requis pour leur intégration à l'économie mondiale.

Nous appelons les ministres réunis à Hong Kong à renoncer à l'accord sur l'agriculture tel qu'il est énoncé, dans l'intérêt d'une vie meilleure et plus équitable pour tous.


Agricultural Development Association (PARC)
Palestinian Farmers Union (PFU)
Rural Women's Development Society (RWDS)
Rural Woman Cooperative Societies for Credit and Saving
Youth Development Association
Arab Agronomists Association

 

 

Interview de Nihad Biqâ'î sur l'appel au boycott d'Israël lancé par la société civile palestinienne


Propos recueillis par Jamâlât Abû Yûsuf, Bethléem, août 2005. Traduit de l'arabe par Marcel Charbonnier

 

Nihâd Biqâ'î est le coordonnateur de l'unité des recherches, des informations et du contentieux juridique de l'organisation Badîl, Centre Palestinien des sources du droit de la citoyenneté et des réfugiés.


Pouvez-vous nous présenter le contexte sous-jacent à l'appel au boycott d'Israël, lancé récemment, qui a été entériné par un certain nombre d'organisations, d'associations et d'institutions palestiniennes ?


Cet appel comporte trois exigences fondamentales : le boycott d'Israël, le désinvestissement d'Israël et l'imposition de sanctions à Israël. Cet appel intervient après la longue impuissance de la société internationale à exercer une pression sur Israël afin de le contraindre à mettre en application les principes du droit international. Durant ces dernières années, la société civile, dans beaucoup de pays de par le monde, a connu des campagnes de boycott d'Israël et d'imposition de sanctions à ce pays, ainsi que de retraits d'investissements effectués en Israël. C'est ce qui a conduit à percevoir la nécessité de faire passer ces initiatives, qui prenaient le plus souvent un caractère individuel (car les mécanismes collectifs étaient encore inexistants) à un stade supérieur. Il s'imposait d'entendre la voix de la société civile palestinienne à ce sujet, et de développer des stratégies adaptées qui soient à même, à leur tour, d'une part de répondre aux initiatives internationales [à cet effet] et qui soient au niveau du combat national des Palestinien en vue de la réalisation de ses droits légitimes, d'autre part.

Quelles mesures ont-elles été prises, après la publication de cet appel ?


Afin de réaliser des choses concrètes, nous avons besoin de beaucoup d'effort. L'appel comporte à ce stade 171 signatures, recouvrant des fédérations, des réseaux, des syndicats, des ONG. Au plan des mesures concrètes ultérieures, nous allons nous concentrer, au cours de ce mois, ou des deux mois à venir, sur la collecte de nouvelles signatures à l'appel, afin que le plus grand nombre possible d'institutions civiles palestiniennes le signent. Nous avons suscité une réunion, au début du mois d'août dernier, afin de définir des stratégies de travail ultérieures, en vue de la poursuite de l'action et j'indique à ce propos qu'il est indispensable d'instituer une instance de coordination qui soit à même de mener la campagne de boycott, de désinvestissement et d'imposition de sanctions à Israël tant au plan palestinien qu'au plan international. De même, une telle instance de coordination aura à étudier plus avant les spécifications du boycott, le rôle des différents partenaires concernés et les réponses convaincantes à apporter aux questions qui ne manqueront pas d'être soulevées. Partant, il nous faut nous adresser aussi bien à la rue palestinienne qu'aux populations du monde. Nous sommes conscients du rôle très important que peut jouer la société civile palestinienne sur le plan international en ce qui concerne cette question, d'autant plus que cette action ne pourra qu'ajouter beaucoup de légitimité à la lutte internationaliste pour la Palestine, et afin que la société civile palestinienne ne reste pas cantonnée à l'écart de l'action et de l'influence internationales, mais qu'elle devienne, au contraire, un vecteur essentiel d'un vaste mouvement international appelant au boycott, au désinvestissement et aux sanctions imposés à Israël, à l'instar de l'expérience sud-africaine à l'époque de la lutte internationale contre l'apartheid.

Voilà pour l'action au niveau international.. Que se passe-t-il, au niveau national, en Palestine ? Quelles mesures concrètes seront-elles prises, en Palestine ?


Nous avons organisé un atelier de travail à l'union des jeunesses chrétiennes, à Beït Sahur, en juin dernier, auquel ont participé des organisations civiles fédérées dans l'Initiative de Défense de la Palestine et du Golan Occupés, dont fait partie le centre Badil. Cet atelier de travail a précédé l'appel au boycott, et avec la participation d'experts d'Afrique du Sud et d'Europe, il a étudié cette question sous ses différents aspects. Avant cela, la fédération mentionnée avait réussi à faire inscrire la question du boycott à l'ordre du jour du forum social mondial de Porto Alegre, au Brésil, en janvier dernier. Le succès remporté par la fédération lors du forum a résulté d'une série de rencontres préparatoires, en Palestine et à l'étranger, après qu'il soit devenu une habitude d'inviter les organisations palestiniennes à ces forums d'une manière individuelle, ce qui avait pour effet que leur influence se limitait au cadre du forum, automatiquement, en raison du très grand nombre de participants et du très grand nombre, également, de points à l'ordre du jour de ces forums mondiaux. Au cours du dernier forum social, la fédération a réussi à imposer l'agenda palestinien en ce qui concerne le boycott, le retrait des investissement et l'imposition des sanctions et ce succès a été couronné par l'adoption de toutes ces revendications dans les déclarations finales des mouvements sociaux et du forum de lutte contre la guerre, les deux principaux rassemblements au forum social. D'une manière générale, la fédération a porté l'appel au boycott au cours des derniers mois écoulés, en Palestine et elle a contribué à mettre au point l'appel du 9 août, marquant le premier anniversaire de la décision de la Cour Internationale de Justice de La Haye sur l'illégalité de la construction du mur raciste de séparation. Il a ensuite été décidé de lancer une campagne préliminaire à la publication de cet appel par la fédération, campagne préliminaire confiée à la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d'Israël (basée à Ramallah), ainsi qu'à 'Ittijâh, l'Union des Associations arabes, sise à Haïfa.

Quelles sont les actions futures prévues, toujours au niveau palestinien ?


Dans les prochains mois, ont définira l'instance coordonnatrice qui sera chargée du suivi de tout ce qui a trait à la campagne de boycott, de désinvestissement et d'imposition de sanctions. En effet, sans instance de coordination, l'action serait dispersée et anarchique. Cette instance de coordination sera constituée d'un choix d'institutions choisies parmi les 171 organisations signataires de l'appel, chargées du suivi de la campagne. Dans un deuxième temps, on cherchera à élargir le nombre des signataires : nous n'avons nullement l'intention de nous en tenir à 171 ! Nous ambitionnons de faire de cette décision de boycott, de désinvestissement et d'imposition de sanctions à Israël le mot d'ordre de la rue palestinienne : il n'y a aucune ambiguïté à cet égard et l'ensemble de la société civile palestinienne appelle la société internationale à ce boycott, à ce désinvestissement et à ces sanctions. Par la suite, sont envisagées la tenue d'un congrès populaire, éventuellement à Bethléem, ainsi que la réalisation d'études et d'analyses de données en vue du développement de stratégies et de mesures ponctuelles concernant le boycott, le désinvestissement et l'imposition de sanctions. Le thème de cette campagne fait encore l'objet de larges consultations ; notre projet futur devra être plus précis, plus ciblé.

La société civile palestinienne ­ notamment sous l'aspect de l'indépendance - n'est pas sans présenter quelque ambiguïté. De plus, on entend des rumeurs sur le retrait de telle ou telle signature, soit directement, soit sous influence, et l'on sait que les grandes organisations, les « Empires », ont leurs conditions et l'on sait aussi qu'il faut en passer par leur diktat. Ceci a-t-il affecté la campagne que vous nous décrivez, et, si oui, de quelle manière ?


Il faut avant toute chose reconnaître que la réalité des ONG palestinienne n'est pas immunisée contre les humeurs des différentes instances donatrices. Le rôle de l'US-Aid, notamment, est clair, à ce propos. Je fais ici allusion à l'US-Aid en tant qu'exemple limite, cette organisation imposant précisément ses stratégies à travers les ONG palestiniennes. Mais, en dehors de l'US-Aid, il y a beaucoup de financeurs, en particulier des gouvernements de pays riches, qui ont leur agenda propre, particulier, et qui visent, à travers leurs financements, à faire passer ces agendas politiques. Concernant les désinvestissements, aucun désinvestissement ne s'est produit après la signature de l'appel, mais ce qui s'est produit, en revanche, c'est le fait qu'une institution palestinienne a beaucoup hésité avant de décider si elle allait, ou non, signer l'appel. D'un côté, il y avait une forte poussée populaire appelant au boycott, et d'un autre côté, il y avait les « donateurs » : cette institution palestinienne s'est retrouvée en mauvaise posture, prise en sandwich. Elle signa l'appel, dans un premier temps, mais elle a demandé à être retirée des signataires, avant la publication de l'appel : il était très clair que le problème auquel cette institution était confrontée était ni plus ni moins qu'un problème avec son financeur, et donc le problème de ses propres finances.. Beaucoup de grandes institutions représentatives ont signé l'appel : différents syndicats et associations féminines, des centres culturels et la plupart des fondations palestiniennes, dans les différentes localités et dans la diaspora. En pratique, la plupart des secteurs du peuple palestinien ont été concernés par cet appel et cela a, en soi, créé un élan populaire et une pression sur beaucoup d'organisations, afin de leur demander de signer. D'une manière générale, la seule exception notable est le cas particulier que nous avons mentionné. A ce jour, il est évident que la position de la société civile palestinienne est très clairement en faveur du boycott, et c'est une décision irrévocable, après la publication de l'appel signé par les 171 organisations, auxquelles de nombreuses autres sont venues se joindre. Au cours des prochains mois, le problème du financement sera réglé définitivement. Cet appel aura été une tentative réussie de démontrer que les donateurs ne sauraient nous imposer leur agenda, ni à nous, ni au cours choisi par la lutte du peuple palestinien et il aura apporté également la preuve que nous ne saurions demeurer les otages d'un quelconque financement conditionnel.

Est-il possible de se libérer totalement des conditions imposées par les donateurs ? Chacun sait qu'ils disposent de nombreuses armes et de multiples instruments qui leur permettent d'exercer une pression sur les organisations et, au final, de les plier à leurs conditions : on sait, notamment, ce qui s'est passé avec l'institution culturelle Al-'Anqâ' [Le Phénix] de la ville d'Hébron, qui n'a pas pu ouvrir un compte à la Banque Arabe parce que son nom avait été couché sur une liste d'institutions « indésirables ». On sait que la Banque Arabe est celle qui encaisse les versements extérieurs « le plus facilement et au moindre coût » (comme le dit son slogan commercial), contrairement aux banques situées en territoire « palestinien ». Alors, quel était donc le problème ? L'institution Al-'Anqâ' n'avait pas signé un document diffusé par l'US-Aid, document dans lequel les institutions demandeuses d'aide devaient s'engager à condamner le terrorisme... Ne pensez-vous pas que ces instruments et ces moyens de contrôle risquent d'influencer le sérieux des positions prises par ces organisations, en particulier en ce qui concerne leur signature de l'appel en question ou des prises de position et initiatives similaires ?


Les difficultés auxquelles les ONG palestiniennes sont confrontées, du fait du comportement des donateurs, sont grandes,et on ne saurait les sous-estimer. On peut peut-être même prédire quelle sera l'ampleur des défis que nous aurons à relever à l'avenir, en particulier si nous décidons d'adopter une stratégie palestinienne claire et nette, que nous aurons tracée nous-mêmes, telle la définition d'une stratégie future de lutte à partir de notre situation particulière, en tant que Palestiniens. Je ne saurais sous-estimer l'importance du financement et des financeurs, en particulier en ce qui concerne les grands financeurs, tels les gouvernements, qui généralement n'offrent d'aide que conditionnelle. L'expérience a montré comment le financeur a pu, par le passé, influencer sur les politiques de toutes nos institutions, et comment il a exercé une influence sur l'action desdites institutions. Malgré cela, l'appel est devenu une réalité convaincante, sur le terrain : il s'agit d'une exigence de la société civile palestinienne, prise dans sa globalité.

Il y a beaucoup d'institutions que l'on appelle « les Empires » en raison de l'importance de leur budget, qui ont signé l'appel au boycott. Lorsqu'on découvre ces signatures, on ne peut manquer d'avoir un peu peur ; on craint pour la pérennité de cet appel et de cette campagne.. On doute de son sérieux, aussi, car on peine à imaginer les responsables de ces Empires renonçant à toutes leurs prébendes et à tous leurs privilèges, obtenus en monopolisant de très importantes sources de financement. Ces gens-là n'ont pas pu renoncer à ces privilèges du jour au lendemain, donc ils n'ont pas pu signer un communiqué appelant à une prise de position radicale, dont on pourrait presque dire qu'il comporte une orientation terroriste, vu du point de vue d'un financeur ? Tout naturellement, cela suscite des craintes : qu'en pensez-vous ?


Ce communiqué est une initiative courageuse, sans précédent au niveau des ONG (palestiniennes). Je pense ­ j'en suis même persuadé ­ que tous les signataires de l'appel sont conscients du fait que cet appel aura des suites qui ne seront pas nécessairement bénéfiques pour eux, et il est possible que leur signature interfère négativement sur leur financement ou crée d'autres effets négatifs pour eux, à l'instigation des instances donatrices, mais les organisations signataires de l'appel assumeront elles-mêmes leurs responsabilités face aux éventuelles conséquences négatives de leur signature. Il convient d'indiquer à ce propos que les signatures apposée sur cet appel expriment l'adhésion d'un très grand nombre d'organisations du peuple palestinien (petites et de grandes), ce qui suffit en soi à donner une grande force tant à l'appel qu'aux organisations qui y souscrivent, appelant au boycott d'Israël, au désinvestissement d'Israël et à l'imposition de sanctions à Israël.

Cet appel aura peut-être un écho et un effet sur le plan international. Mais quel sera son impact sur le plan national, c'est-à-dire : en Palestine et dans la diaspora palestinienne ? Par exemple ; que feront les organisations travaillant dans le secteur agricole, en particulier les grandes institutions, pour affronter l'étouffement des fermes et de l'agriculture palestiniennes, résultant de l'inondation du marché local par des productions non palestiniennes, à chaque saison de production ? Nous avons désormais l'exemple des fruits d'été : organisera-t-on une campagne nationale pour soutenir l'exploitant palestinien, au moyen du boycott des fruits et légumes [israéliens] imposés au marché local, alors qu'ils abondent localement, cela, à seule fin de détruire l'agriculture et les exploitations agricoles palestiniennes ?


L'appel exprime des exigences populaires palestiniennes collectives, et il exprime ces exigences vis-à-vis de qui ? De la société internationale. Bien que nous espérions que cette question sera la première des priorités des différentes organisations parties prenantes, la décision leur appartient, en définitive. Inutile de dire que le travail en vue du boycott d'Israël diffèrera d'une organisation à l'autre, et c'est là quelque chose de naturel. Il est évident, par exemple, qu'une organisation juridique telle que la campagne palestinienne de boycott de la culture et des universités israéliennes apportera à la campagne une contribution plus importante qu'une organisation plus spécialisée dans une cause ou une population déterminée, comme les femmes, l'agriculture ou encore la santé. Mais, à travers cet appel, nous avons voulu que l'objet du boycott concerne tout le monde, qu'il englobe l'agriculture, les femmes, les ouvriers, les avocats et les ingénieurs, tout le monde.. Quoi qu'il en soit, je souhaite réitérer qu'à travers cet appel, il est possible de constituer un vaste rassemblement collectif, grâce aux ONG, afin de faire face aux politiques des donateurs et à leurs conditions et de proposer des alternatives économiques sur le terrain. Parallèlement à cela, cet appel est une sorte de message, fort et clair, qui exprime ce qu'est la position collective réelle du peuple palestinien : peut-être ce fameux donateur comprendra-t-il alors enfin que cet appel incarne la réalité du terrain, de la réalité, et peut-être s'y mesurera-t-il en tant que donnée de fait, l'affrontement avec lui devenant dès lors un affrontement collectif. Les signatures de plus de 171 institutions apposée à cet appel auront nécessairement plus de poids qu'un appel signé par une dizaine d'institutions seulement..

Pourquoi les organisations ou les partis politiques n'ont-ils pas signé cet appel de leur propre nom ?


Ceux qui en ont pris l'initiative ont préféré que cet appel ne puisse être utilisé par une quelconque organisation politique et qu'il ne puisse prendre une couleur politique déterminée, car, sait-on jamais, une organisation aurait pu dire que cet appel était de sa propre initiative, ou faire entrer le sujet dans une sorte de surenchère politique. En réalité, notre lecture et notre compréhension de la carte politique palestinienne nous ont incités à éviter de nous enferrer dans cette problématique et nous avons été d'avis de limiter le communiqué aux organisations et aux syndicats, en excluant les partis politiques. Malgré cela, la première signature qu'ait reçu l'appel est celle des forces nationales et islamiques : il s'agit d'une instance coordinatrice regroupant tous les partis, les factions et les organisations politiques actives en Palestine et, par conséquent, dans la pratique, les partis politiques sont parties prenantes à l'appel. Nous comprenons l'importance du rôle des partis politiques dans le mouvement social interne et nous sommes conscients du fait que la traduction concrète de l'appel exige une coordination avec les organisations et les factions politiques.

D'après vous, cet appel exprime-t-il bien les revendications générales du peuple palestinien, où qu'il se trouve ?


L'appel a recueilli des signatures en provenance des divers lieux de dispersion de la diaspora palestinienne, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, des Palestiniens de l'intérieur d'Israël (= de 1948), et il y a aussi des signatures de Palestiniens de Syrie, du Liban, de Jordanie, du Golan, ainsi que d'Europe et des Amériques. Il y a aussi des organisations qui sont en réalité des fédérations comportant plusieurs organisations dispersées dans plusieurs pays, comme l'Union américaine pour le Droit au retour, qui fédère des dizaines d'organisations défendant le droit au retour des réfugiés palestiniens. Ce communiqué s'avère exprimer les revendications palestiniennes, et il ne connaît aucune limitation ni aucune exclusion géographique.

Qu'en est-il de la relation entre la société civile palestinienne et la société civile mondiale, ou encore le mouvement altermondialiste, en particulier à l'occasion des congrès et des forums propres à cette mouvance ? Vous avez fait allusion au fait qu'une fédération est née lors du forum social de Porto Alegre. Or, en raison de l'expérience que je puis avoir de ce type de rassemblement, tout particulièrement en ce qui concerne la Palestine, j'ai pu observer constamment que certaines personnes parlent de la Palestine et monopolisent la position palestinienne, alors que ces personnes n'ont aucun rôle significatif en Palestine ni dans le domaine de la Palestine. Je pense notamment au rôle d'une personne telle Nahla Shahhal, par exemple.. Par conséquent : quelle est la relation avec ce mouvement, ou avec les mouvements de solidarité avec le peuple palestinien, au plan mondial ?


Je le redis : nous accueillons tout rôle et toute instance se solidarisant avec le peuple palestinien et avec son juste combat. Néanmoins, il convient que cela n'outrepasse pas la question de la solidarité et que cela n'aille pas jusqu'à une certaine tutelle condescendante. Au forum de Porto Alegre, nous avons essayé de faire entendre notre voix : nous avons insisté sur le fait que nous sommes plus que quiconque à même de comprendre quels sont nos problèmes. Nous avons notre projet propre et, en tant que Palestiniens, nous sommes les plus légitimes à exprimer notre cause et à l'expliquer en fonction d'une logique consciente, rationnelle et réfléchie et nous pouvons déterminer notre propre stratégie sans la tutelle et sans le prêchi-prêcha de quelconques gouvernements, de quelconques financeurs, voire même de quelconques associations de solidarité..

Quelle sorte de relation entretenez-vous avec les mouvements pacifistes israéliens ? Je soulève cette question, car on assiste à beaucoup d'actions que l'on pourrait qualifier d'actions de normalisation avec l'occupant, ou d'actions qui s'en rapprochent fort. Or, en l'absence d'un discours palestinien combattant, sur l'arène mondiale, la position palestinienne a perdu ses conditions, voire même ses fondamentaux en ce qui concerne la détermination des relations avec l'occupant. Comment peut-on faire le distinguo entre ce qui relève de la normalisation avec l'occupant « colonialiste » et ce qui ressortit à l'action de solidarité ?


Tout d'abord, il faut affirmer que la société civile palestinienne se doit d'être ouverte à toute solidarité, sans égard pour les ethnies, les races, les identités et autres appartenances. Mais ceci signifie au premier chef que ce sont les Palestiniens qui définissent leur projet et leurs stratégies. De plus, l'axe de la solidarité devra être fondé sur la reconnaissance de la totalité des droits des Palestiniens. En ce qui concerne la normalisation, ou les contacts avec des mouvements israéliens, comme vous l'avez mentionné, tout partenaire israélien voulant construire une relation avec la partie palestinienne peut être accueilli, et cette relation peut être consolidée. Mais à la condition expresse que ce partenaire reconnaisse totalement l'ensemble des droits nationaux légitimes et à satisfaire du peuple palestinien. Mais on ne saurait accepter, ni a fortiori consolider, une telle relation (qui, dans ce cas, relèverait à juste titre de la qualification de « normalisation ») dès lors qu'elle serait fondée sur les chicaneries et le marchandage au sujet des droits nationaux du peuple palestinien, sur la base de la recherche d'un règlement fondé sur l'obtention de « solutions moyennes » en matière de droits ( !). Je souhaite indiquer ici que l'exemple du Dr. Sari Nusseïbéh, qui a pris une initiative personnelle, alors qu'il était responsable du dossier de Jérusalem à l'OLP, et qu'il est actuellement président de l'Université de Jérusalem ­ son initiative a été connue, par la suite, sous l'intitulé d' « initiative Nusseïbéh ­ Ayalon » (Ayalon étant le nom d'un général israélien avec lequel Nusseïbéh est tombé d'accord sur la formulation de cette initiative qui repose sur un bradage du droit au retour des réfugiés palestiniens, en «échange » de ce que d'aucuns ont osé appeler un « Etat », et qui n'est en réalité qu'un groupe de cantons disjoints et cernés de toutes parts), et qui est l'esprit du pacte de Genève qui l'a suivie, dont les épigones sont Yasser Abed Rabbo et Yossi Beilin. Ces initiatives ont fait un flop au niveau du peuple palestinien et elles ont été combattues par toutes les diasporas palestiniennes. Il n'en reste que la prétention de leurs initiateurs palestiniens qu'elles représentaient des tentatives pour créer un choc dans une société israélienne en glissement continu vers la droite. Cela, sans prendre aucunement en compte le prix exorbitant que le peuple palestinien devait acquitter pour la création de ce « choc », quand bien même ce prix eût-il englobé la renonciation aux droits les plus fondamentaux pour lesquels le peuple palestinien se bat sans discontinuer depuis des décennies.. Quant à l'idée de créer un « choc positif », sur laquelle ils s'appuient, il ne s'agit en réalité que de la création d'un choc en retour, c'est-à-dire d'un choc dans la société palestinienne, car ces initiatives ont créé beaucoup de controverses. La direction officielle palestinienne considère que ces initiatives relèvent de la liberté d'_expression et du pluralisme des opinions, alors que dans toutes les formes de démocratie existant dans le monde, la liberté personnelle d'un citoyen ne doit en aucun cas empiéter sur la liberté des autres : comment pourrait-il en être ainsi, dès lors que ces initiatives renoncent aux droits individuels et collectifs de millions de Palestiniens ? Ne s'agit-il pas là d'un abus patent contre la démocratie ?

Donc : que faire ? Quel est le projet, grâce auquel nous pouvons réaliser nos objectifs nationaux, qui ont été définis en nous basant sur ce que le peuple palestinien a connu, jusqu'ici, en raison de la réalisation du projet colonialiste sionisto-impérialiste en Palestine, depuis plus d'un demi-siècle ­ ces objectifs qui ont été définis ainsi : retour inconditionnel et total des réfugiés, totale autodétermination et totale libération ? L'OLP est-elle aujourd'hui à même de mener à bien une telle tâche ?


Il est clair qu'il y a une grande ambiguïté en ce qui concerne l'Organisation de Libération de la Palestine [OLP]. En effet, Oslo nous a produit un rejeton : l'Autorité Nationale Palestinienne [ANP]. A notre très grand regret, cette Autorité s'est substituée à l'OLP dans beaucoup de prérogatives, c'est ce que je considère [personnellement] une énorme erreur, dans laquelle la direction palestinienne est tombée, ou dans laquelle elle s'est laissé entraîner. L'OLP aurait dû demeurer le cadre représentatif premier, exprimant les intérêts de l'ensemble du peuple palestinien, l'ANP constituant l'instance gérant les affaires courantes des régions palestiniennes confiées à sa gestion sous l'empire des accords d'Oslo. Mais ce qui s'est produit, c'est que le rôle de l'OLP a été gelé, dans la période post-Oslo. D'une manière générale, l'OLP a conquis sa représentativité de représentante du peuple palestinien (la légitimité de son existence en tant que peuple dont les droits nationaux ont été confisqués), et il convient que le peuple palestinien exploite cette légitimité nouvellement acquise et qu'il n'entre pas dans de nouveaux labyrinthes, tel la recherche, ou la création de toutes pièces, de nouveaux cadres alternatifs. Pour moi, la réactivation de l'OLP implique que cette organisation se charge d'exercer une pression populaire sur la direction palestinienne officielle. Il est évident que l'ANP, aujourd'hui, ne peut pas exprimer les intérêts de l'ensemble des enfants du peuple palestinien, en particulier pas dans la diaspora palestinienne, pas dans les camps de réfugiés, ni chez les Palestiniens restés en Israël en 1948. La pression populaire palestinienne sur la direction palestinienne n'a pas suffi, jusqu'à ce jour, pour une reconstruction de l'OLP qui soit susceptible d'amener le peuple palestinien, dans son ensemble, à recouvrer ses droits.


Il semble impossible de faire changer la position officielle de la direction palestinienne. Et il est peu probable qu'elle soit sensible à la pression populaire (au demeurant : dans quel sens ?).. et peu probable, par conséquent, qu'elle réactive l'OLP. Qu'en pensez-vous ?


Il est tout à fait évident que les priorités de la direction palestinienne, aujourd'hui, diffèrent de celles du peuple palestinien, et aussi de son humeur, dès lors que les priorités de la direction palestinienne se déplacent sur l'orbite des missions imparties à l'ANP, missions qui ont leur temps, et leur espace géographiques, précis et limités, tandis que les priorités de l'immense majorité du peuple palestinien s'éloignent de ces priorités que, seule, l'OLP peut exprimer. L'OLP appartient à l'ensemble des enfants du peuple palestinien ; ce mouvement est né, et il s'est développé, grâce au sang de milliers de martyrs palestiniens. Il n'est la propriété privée ni de Mahmud Abbas ni de qui que ce soit. De plus, le jeu en vaut la chandelle. Nous échouerons peut-être, mais nous ne pouvons pas dire que la tentative est vouée à l'échec avant même de l'entreprendre. De même, la société palestinienne n'est pas encore parvenue au stade d'exiger la réactivation de l'OLP de manière spectaculaire.

Existe-t-il un mouvement pacifiste en Israël ? Ce mouvement (s'il existe) peut-il faire quelque chose au sujet du boycott, de l'imposition de sanctions et du désinvestissement ?


L'_expression « mouvement pacifiste israélien » est une _expression fondamentalement israélienne, qui a été internationalement adoptée, puis, enfin, adoptée par les Palestiniens eux-mêmes. Le concept d'un mouvement pacifiste israélien est cohérent avec la nature sioniste colonialiste de la société israélienne, en ceci que ce mouvement ne représente aucunement l'alternative, ni le contraire, du tissu politique sioniste. Ce que l'on appelle le mouvement pacifiste palestinien appelle à la recherche d'un règlement pacifique entre deux camps qu'il considère équilibrés entre eux et sur un même plan. Alors que, sur le terrain, dans la réalité, telle n'est pas la réalité : l'un des deux camps, auquel ce mouvement pacifiste appartient, est un occupant qui viole des droits, tandis que l'autre camp ploie sous le joug de l'occupation et lutte en vue de sa libération. Il en découle que l'équation établie par le camp israélien de la paix est fondée sur le fait que l'équation de la négociation de paix se solde, en permanence, à l'avantage d'Israël, et partant, quand on examine si cette négociation est compatible avec l'ensemble des droits que l'on concède aux Palestiniens au détriment d'autres droits, il semble que ces droits ne sont pas compatibles avec les intérêts d'Israël en tant qu'Etat juif. La compréhension que nous, nous avons d'un mouvement pacifiste, est fondée, au premier chef, sur le principe de sa reconnaissance inconditionnelle de tous les droits du peuple palestinien, et de l'absolue nécessité qu'il ne découle pas d'une logique de bradage de certains droits contre certains autres, à seule fin de garantir la judaïté d'Israël. En effet, la majorité des organisations parties prenantes à ce qu'il est convenu d'appeler le camp israélien de la paix ne soutiennent pas, par exemple, le droit au retour des réfugiés palestiniens, car ce retour contrarie les considérations démographiques israéliennes, relatives à sa pérennité en tant qu'Etat juif. Il en découle que tout Palestinien, selon cette logique, représenterait une source de menace ­ tout du moins sur le plan démographique ­ pour la pérennisation du projet sioniste en Palestine, et non plus une personne jouissant de droits et d'aspirations personnelles et collectives. Partant, le règlement [du conflit] que ce camp recherche incessamment, est basé, fondamentalement, sur le principe de la « séparation raciale », c'est-à-dire sur le fait de donner aux Palestiniens un territoire doté des fonctions apparentes d'un Etat, mais qui contraint leur existence matérielle et leurs horizons sociaux.

Quelles sont les relations entre les mouvements pacifistes israéliens et le processus d'Oslo ?


Ce qu'il est convenu de dénommer « processus d'Oslo » a sauvé le mouvement pacifiste israélien d'une véritable impasse, en son temps, car ce mouvement a toujours recherché un partenaire, dans une négociation portant sur un projet fondé sur la séparation [entre les deux peuples ; palestinien et israélien]. Mais ce qui s'est produit, par la suite, c'est que la direction palestinienne est devenue l'otage de ce mouvement visant à persévérer dans l'application de l'accord (d'Oslo), voire même à y progresser. En même temps, ce que l'on désigne comme la coalition palestinienne de la paix devenait la copie conforme, le « partenaire » de positions de compromis fondés sur la séparation raciste prônée par le camp israélien de la paix. Les mouvements pacifistes israéliens ont ­ malheureusement ­ réussi à opérer une percée dans la « rue palestinienne », via la coalition palestinienne de la paix, et à imposer partiellement leur agenda politique sur les plans tant international que palestinien. Dans ce contexte, je ne pense pas que la coalition palestinienne de la paix ait un quelconque fondement véritable, du type : « il existe un partenaire ». En vérité, je pense que l'ensemble du projet national palestinien contemporain est un projet de paix cohérent. De plus, le peuple palestinien, qui lutte pour sa liberté et son retour chez lui, dans ses maisons dont il a été chassé, que toutes les composantes et tous les secteurs de ce peuple palestinien tendent la main à la paix, comme ils l'ont toujours fait, depuis le début du conflit. Quant à parler d'un camp de la paix qui serait une résultante élitiste, éloignée de la rue palestinienne, ce n'est ni plus ni moins qu'une tentative de jeter de la poudre aux yeux. Partant, je vois un besoin urgent d'éclaircir le rôle de ces mouvements, sur les plans palestinien et international. En particulier, dans le contexte que nous avons évoqué, nous n'avons pas besoin de ces mouvements qui s'adressent au monde en tant qu'exerçant une tutelle sur les intérêts du peuple palestinien, les Palestiniens n'ayant plus qu'à obéir à leur agenda politique (je parle ici des mouvements pacifistes israéliens). De même, ce qu'on appelle le camp palestinien de la paix doit dépasser l'âge de la tutelle israélienne, et interagir avec le mouvement pacifiste israélien sur la base du partenariat et de l'égalité / réciprocité. Car le mouvement palestinien est, dans son ensemble, un combat en vue du recouvrement de ses droits et du rejet de toute tutelle. Ceux qui veulent être solidaires du combat que mène ce peuple ne doivent ni lui imposer de quelconques conditions, ni abolir une partie de ses droits. L'agenda palestinien doit être tracé par des mains palestiniennes, constamment, et définitivement. En ce qui concerne le boycott, nous ne comptons pas beaucoup sur les différents secteurs de la société israélienne, en particulier pas sur ce qu'il est convenu d'appeler le camp israélien de la paix. Ce sujet restera limité à un nombre défini d'activistes, opposés, par principe, au sionisme.

 

État des lieux par Mazen Qumsiyéh


6 décembre 2005

 

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

 

Des changements rapides sont en cours, sur le terrain, en Israël / Palestine et à l'étranger, avec lesquels beaucoup de monde, dans les médias, dans les milieux militants et dans les cercles politiques ne sont pas encore familiarisés, ni a fortiori à même de mettre au point des stratégies cohérentes permettant d'y faire face :

1) Les primaires pour la désignation des candidats du Fatah, en Cisjordanie et à Gaza, ont balayé bon nombre des candidats de la vieille garde, en faveur de militants plus jeunes du Fatah et de militants prisonniers en Israël (tel Marwan Barghuthi) ;

2) L'éclatement du Likoud, Sharon créant un nouveau parti afin de poursuivre la réalisation du même agenda politique ;

3) Le changement au sein du parti travailliste israélien, qui a amené Amir Peretz à sa tête (pour la première fois, ce parti de gouvernement ne sera pas dirigé par un juif ashkénaze (= européen). Ceci s'est accompagné de la marginalisation de Shimon Peres, père des armes israéliennes de destruction massive (ABC : atomiques, biologiques et chimiques) :

4) La construction spectaculaire et ininterrompue du mur et des barrières d' apartheid autour des villes et villages palestiniens, qui ont un impact dans tous les domaines, depuis la pauvreté jusqu'à l'éducation ( http://www.stopthewall.org/, http://right2edu.birzeit.edu/ ) ;

5) L'intensification du programme visant à réduire les populations palestiniennes chrétienne et musulmane de Jérusalem Est, couplé à une politique de constructions à Jérusalem Est incluant dans l'ère urbaine des colonies illégales telle Maale Adumim ;

6) Intel, qui a annoncé qu'il investirait 1 milliard de dollars à Gaza et 3,5 milliards de dollars en Israël (sur des terres appartenant à des Palestiniens réfugiés à Gaza). L'annonce de la donation à Gaza a été faite début novembre
(voir http://www.arabnews.com/?page=11&section=0&article=73192&d=15&m=11&y=2005 ), trois semaines avant qu'Intel annonce, aujourd'hui, la construction d'une nouvelle usine à Kiryat Gat (autrefois Irak Al-Manshiya), sur des terres palestiniennes illégalement expropriées par Israël. Cet investissement d'un montant de 3,5 milliards de dollars était suspendu depuis quatre ans. Pour le contexte, voir mon article sur ces investissements, publié en 2001, et intitulé : « Intel soutient-il un régime d'apartheid ? » "Is Intel Supporting an Apartheid Regime" ( http://www.mediamonitors.net/mazin7.html ) ;

7) Le 9 juillet, publication de l'Appel de la Société civile palestinienne au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions contre Israël, jusqu'à ce que ce pays se conforme au Droit international et aux Principes universels des Droits de l'Homme ( http://www.badil.org/Boycott-Statement.htm ) ;

8) La montée d'une mobilisation internationale analogue à celle du mouvement visant à mettre fin à l'apartheid en Afrique du Sud, et qui appelle au désinvestissement, au boycott et à des sanctions contre Israël (désormais canalisé par l'appel de la société civile palestinienne mentionné plus haut) ;

9) Le début d'une prise de conscience aux Etats-Unis (même parmi les élites), sur le fait que le soutien américain inconditionnel à Israël a vidé de leur signification nos droits constitutionnels et ne sert en rien l' intérêt national des Etats-Unis, et que les partisans d'Israël, aux Etats-Unis, vont trop loin, mettant parfois en danger y compris les intérêts de l'élite (d'où des arrestations récentes, et des enquêtes du FBI concernant des fuites d'informations ultra-confidentielles au bénéfice d' individu travaillant pour l'Aipac ou de nouvelles tendances dans les partis tant de droite que de gauche, etc.).

On pourrait énumérer encore bien d'autres défis / opportunités concernant Israël / Palestine et aussi les questions d'Irak et d'Afghanistan (où la résistance à la politique états-unienne est croissante, tant sur le terrain que dans l'ensemble du monde). Il y a des textes, qui circulent sur Internet, au sujet de ces évolutions, de ce qu'elles signifient et de la manière dont nous devrions nous positionner par rapport à elles. Ces textes et ces discussions n'ont pas encore trouvé leur voie vers les médias consensuels, ni a fortiori vers les consciences américaines ou israéliennes moyennes. Nous pouvons assurément prendre ces questions en main et repenser nos stratégies, afin qu'elles initient une évolution plus rapide en vue d' atteindre les objectifs recherchés de paix dans la justice. Nous avons à notre disposition les moellons intellectuels et organisationnels à notre disposition, sous la forme des militants dont nous avons le plus grand besoin. Et le temps est venu ; la situation est mûre.

Bien sûr, ceux qui s'impliquent directement dans chacun de ces domaines le font en fonction de leurs propres sphères d'intérêt. Toutefois, lors de mes conversations avec des centaines de militants et de dirigeants politiques, au cours des derniers mois, une vaste majorité admettait que nous risquons de perdre toute la forêt en nous focalisant sur tel ou tel arbre en particulier et que, plus important encore, nous pouvons nous focaliser sur notre propre arbre préféré, tout en ne cherchant pas à comprendre comment interagissent les forces dans notre environnement rapproché [désolé pour mes métaphores, qui font souvent appel à ma formation de biologiste - déformation professionnelle.] Le paysage / écosystème politique, délicatement interconnecté et néanmoins en évolution incessante comprend nous-mêmes, les citoyens, et nous sommes en mesure d'en déterminer la forme future.

Les médias consensuels américains (New York Times, Washington Post, CNN, Fox News, etc) restent préoccupés non pas par le prix de l'occupation, ni de ses premières victimes (le peuple irakien), mais bien par les machinations politiques qui entourent le fiasco irakien. Sans doute une des principales raisons pour lesquelles tant les sionistes néocons que les sionistes libéraux ont soutenu la guerre contre l'Irak était que cette guerre créait une distraction de la véritable cause de l'instabilité et de la violence au Moyen-Orient, instabilité et violence qui débordent de cette région du monde pour se transmettre à d'autres pays. Il est aujourd'hui bien établi empiriquement que le lobby israélien a travaillé au sein du parti démocrate, au sein du parti républicain, et au sein des médias (grâce à certains chroniqueurs et éditorialistes populaires), afin de faire monter les battements du tam-tam en faveur de la guerre et de marginaliser des gens tel le Sénateur Byrd et les Représentants Paul Findley, Cynthia McKinney et Dennis Kuccinich. Comme l'ont exprimé les néocons dans leurs « mémoires » et leurs « documents d'investigation » remontant au début des années 1990, le renversement du régime de Saddam Hussaïn était « bon » pour des « alliés » tel Israël, et pour la domination d'atouts stratégiques américains (voir http://www.qumsiyeh.org/connectingthedotsiraqpalestine/ ).

Mais revenons à la manière dont les changements mentionnés plus haut (ainsi que d'autres) doivent être analysés à fond, ensemble, et être compris en particulier par ceux qui recherchent authentiquement la paix dans la justice. Je ne parle pas ici de ceux qui affirment rechercher la paix (quelle que soit par ailleurs leur définition de ce qu'est la justice), alors qu'en réalité, ils ne font que prôner la pacification. Nuance !

De véritables militants de la paix soutiennent (sans réserve) la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, y compris les droits de tous les peuples autochtones. Cette Déclaration contredit les lois israéliennes fondamentales, qui dénient aux Palestiniens réfugiés le droit de retourner chez eux tout en affirmant que tout juif (y compris converti) est un « citoyen israélien » (= appartient au « peuple d'Israël ») et a un « droit » à la citoyenneté israélienne automatique, qui lui donne y compris le droit de s'installer comme colon sur le territoire palestinien.

Que prévoient ceux qui veulent voir Israël évoluer afin d'intégrer les changements en cours ? Prenons la déclaration des artistes israéliens qui affirme : « Si l'Etat d'Israël aspire à se percevoir comme une démocratie, il doit abandonner une bonne fois pour toute, toute fondement légal et idéologique à une discrimination multiforme : religieuse, ethnique et démographique. L'Etat d'Israël doit tout faire afin de devenir l'Etat de tous ses citoyens. Nous appelons à l'abrogation de toutes les lois qui font d'Israël un pays d'apartheid, dont la loi juive dite « du retour », sous sa forme actuelle [Déclaration des artistes, 2002]

La question qui nous est posée - à nous tous - est celle de savoir comment nous positionnons notre militantisme, afin d'atteindre cet objectif et d' apporter la paix dans la justice, en tenant compte des changements de paysage en cours et l'évolution importante et rapide des circonstances rappelées plus haut (et il y en a d'autres, à venir, ou que j'ai oubliées.). Des groupes insulaires, croyant en la pureté de leur message vont-ils continuer à faire ce qu'ils ont l'habitude de faire, et croiser les doigts, en espérant que tout ira au mieux ? Ou nous rassemblerons-nous, comme dans une mêlée de rugby, en mobilisant notre activisme et en coordonnant notre militantisme, selon des méthodes susceptible de produire des stratégies efficaces [= obligation de résultat] et des tactiques idoines permettant de mettre en application lesdites stratégies [depuis la création de capacités au lobbying, en passant par le travail d'information, etc.] Les six prochains mois seront absolument déterminants, tandis que les dix exemples listés plus haut [et beaucoup d'autres, qui n'ont pas été mentionnés] connaîtront leurs développements propres et que leur impact se fera sentir plus fortement. Sommes-nous à la hauteur du défi du moment : la construction d'un mouvement digne du vingt-et-unième siècle, qui soit efficacement anti-apartheid, anti-néocolonialisme, et qui soit capable de donner à notre propre avenir la forme d'une famille authentiquement humaine ?

Si vous désirez travailler ensemble sur ces questions, n'hésitez pas à me contacter. D'autres textes de référence sont en ligne aux URL suivantes :

http://www.qumsiyeh.org/whatyoucando/ http://www.qumsiyeh.org/activistmanual/

Mazin Qumsiyeh qumsi001@hotmail.com

 

 

Ce que le mot « Paix » signifie, en réalité, pour les Israéliens


par Avigail Abarbanel, http://avigail.customer.netspace.net.au/peace.html, janvier 2005, Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de de traducteurs pour la diversité linguistique (transtlaxcala@yahoo.com). Cette traduction est en Copyleft.

Il y a environ deux mois, je rentrais d’une visite familiale, d’une quinzaine de jours, en Israël. Bien que je milite pour les droits des Palestiniens, j’avais décidé que cette visite serait de caractère entièrement privé. Le fait de vivre, deux semaines, avec mon frère, son épouse et leurs deux petites filles, dans leur petit appartement d’une ville de banlieue, au nord de Tel-Aviv, m’a donné l’occasion d’observer et de comprendre ce que signifie la vie quotidienne, pour les Israéliens, actuellement.
Je n’ai rien fait de particulièrement exceptionnel. Je suis allée faire de grandes ballades dans les rues de Tel Aviv, et j’ai visité beaucoup d’endroits que je connaissais déjà, découverts au cours de visites précédentes. Je suis allée faire des courses au supermarché du coin, et j’ai pris un café à une terrasse du centre commercial voisin. J’ai regardé la télévision locale et je suis même inscrite à des cours de gymnastique… Pendant deux semaines, je me suis plongée dans la vie quotidienne de Tel Aviv. Plutôt que parler – moi –, j’ai décidé de me taire et d’écouter… d’écouter, beaucoup. Je parle couramment l’hébreu ; cela m’a permis de me fondre dans les conversations, et les gens parlaient sans réticences, tout autour de moi. Les médias, en Australie, aiment bien insister sur la dureté de l’existence, pour les Israéliens. Alors, je voulais vérifier ça par moi-même…
La chose la plus évidente, en ce qui concerne la société israélienne, c’est la profondeur de l’insécurité que ressentent les Israéliens. Ils sont nerveux et irascibles, et vivent, pour la plupart d’entre eux, dans une anxiété extrême. Non que cela eût été entièrement neuf, pour moi, mais visiblement les choses ne s’étaient pas arrangées. Quand une bombe a explosé, au marché central Ha’carmel, de Tel Aviv, j’étais à la gym. J’ai regardé autour de moi : en quelques secondes, tout le monde était suspendu à son téléphone portable, pour dire ce qu’il ou elle avait entendu, ou pour vérifier que leurs proches et les personnes aimées étaient encore là, saines et sauves. Une jeune femme, à côté de moi, dans le coin des haltères, poussa un soupir anxieux : « Oh, non ! Pas de nouveau ! »
Depuis mon adolescence, j’ai été habituée à ce qu’on fouille mes affaires personnelles à chaque fois que j’entrais dans un lieu public, comme un cinéma, un supermarché, bref : un peu partout, en Israël. Et bien que j’habite en Australie depuis treize ans, j’ai conservé ce réflexe d’ouvrir spontanément mon sac, comme si je vivais toujours en Israël… Cette fois-ci, ce qu’il y avait de différent, c’est que les agents de sécurité avaient tous un détecteur électronique pour passer les gens au peigne fin. Désormais, même les petits établissements, comme les petits restaurants et les bars, ont leur propre agent de sécurité, qui se tient devant l’entrée, en faction. On vous propose de prélever une petite « taxe sécurité » de 2 NIS [nouveaux shekels israéliens, ndt] directement sur votre note, comme contribution au salaire de l’agent de sécurité. Mais cela n’est pas obligatoire. Si vous voulez ne pas vous en acquitter, vous ne la payez pas, et puis c’est tout…
Les Israéliens ont toujours parlé de paix. Ils l’ont chantée, ils ont composé de la poésie inspirée par la paix et ils lui ont dédié des œuvres d’art. Mais comme si la paix était quelque chose de presque surnaturel, comme si la paix était une sorte de paradis auquel ils aspirent, mais qui n’a rien à voir avec leur réalité de tous les jours. Comme si la paix était quelque chose d’impossible à atteindre. Il faut savoir que la « paix », pour ces Israéliens épuisés et anxieux, cela signifie, en réalité, qu’on les laisse tranquilles. Je trouvais ça triste et dérangeant, de constater avec quelle énergie du désespoir les Israéliens se raccrochent à ce qu’ils pensent être la « normalité ». Ils veulent absolument être « comme tout le monde », dans n’importe quel autre pays occidental ; aller au travail, aller faire du shopping, sortir dans les bars et les cafés, avec des amis. Quand des activistes palestiniens, occasionnellement, dérangent la routine de ce que les Israéliens considèrent être leur « normalité », ceux-ci en ressentent outrage et désespoir. Jusqu’à un certain point, je puis compatir. Après tout, une des principales raisons pour lesquelles je suis moi-même partie d’Israël, c’est précisément que je trouvais ce genre d’existence insupportable…
Quand la vie est devenue à ce point difficile, j’imagine qu’il est humain de souhaiter voir vos difficultés s’éloigner. Mais c’est pourtant bien là qu’est le problème. Quand une personne, un groupe, ou une société toute entière, doit vivre en portant en permanence en soi un sombre secret, ou en étant dans le déni de quelque chose de très grave, dans son passé, cette personne, ce groupe ou cette société ne saurait vivre en paix. Il est tout simplement impossible de vivre une existence « normale », paisible, sur des fondations de mensonge et de secret. Le déni de l’épuration ethnique des Palestiniens, en 1948, l’énergie dépensée à tout faire afin de ne jamais penser aux conséquences d’interminables et innombrables années d’une occupation militaire brutale, et se contenter de souhaiter que tout ceci disparaisse comme par enchantement : voilà qui relève, ni plus, ni moins, de la pensée magique !
En matière de thérapie familiale, il y a un principe largement reconnu, qui veut que tant que des injustices graves n’ont pas été prises en compte, il ne saurait y avoir de réelle paix, de réelle quiétude. Les familles qui protègent jalousement des tabous indicibles, qui ont « un cadavre dans le placard », finissent toujours par le payer extrêmement cher. J’ai regardé des intellectuels israéliens, à la télévision, participer à une discussion passionnée et sincère qui s’efforçait de comprendre pourquoi la situation est tellement mauvaise, en Israël. Ils ont soulevé toutes les raisons possibles et imaginables, qui pouvaient contribuer à cette situation, sauf une – la plus évidente : l’histoire même d’Israël. Ce débat était extrêmement douloureux à suivre, mais il avait néanmoins quelque chose d’inconfortablement familier : je n’ai jamais vu une société aussi engoncée dans le déni que l’est la société israélienne.
Le spectre politique israélien, dans son ensemble, de l’extrême gauche à l’extrême droite, est dans le déni de l’histoire d’Israël et c’est pourquoi je n’ai pas la moindre confiance dans ce que pourrait bien apporter la gauche israélienne. La poignée des penseurs qui ne sont pas dans le déni, comme le Dr. Ilan Pappe, qui est venu donner des conférences en Australie, l’année dernière, ou encore le Dr. Uri Davis, sont en-dehors de ce spectre politique. Leurs recherches, sur les événements de 1948 et les circonstances qui ont entouré la naissance de l’Etat d’Israël, ne font pas l’objet, elles, de débats à la télévision publique et aucune référence n’y est faite dans les manuels d’histoire israéliens. L’Israélien moyen ne sait même pas qui ils sont. Bien que publiés par un éditeur aussi prestigieux que les Presses de l’Université de Cambridge, les ouvrages du Dr Pappe n’ont jusqu’ici jamais été traduits en hébreu, parce que les maisons d’édition israéliennes les refusent, au motif qu’ils « manqueraient de valeur académique » !… La manière dont la plupart des Israéliens perçoivent leur propre histoire se résume à prétendre qu’ils n’auraient jamais cessé d’être des victimes opprimées et sans défense. La question de savoir si – oui ou non – il était moralement défendable, voire même intelligent, de créer un Etat aux dépens d’un autre peuple… cette question-là, personne ne la soulève jamais. Personne, dans le consensus politique israélien, ne remet en cause l’authenticité de la démocratie, dans un pays où le droit à la citoyenneté dépend de votre ethnie (vous ne pouvez devenir citoyen israélien que si vous êtes en mesure d’apporter la preuve que votre mère était juive.)
Quand les Israéliens engagent des « pourparlers de paix », il est fondamental de comprendre quelle est leur position de départ. Ils n’ont aucun intérêt réel pour une solution qui aille au cœur de ce qui est, de fait, leur problème. Ils ressemblent à cet individu qui veut que ses symptômes disparaissent, mais qui refuse de faire quoi que ce soit concernant leurs causes réelles. Le souhait qu’on vous « laisse en paix » ne saurait en rien constituer une base solide pour une paix durable, ni même, à tout le moins, pour une « paix » sans nouvelle épuration ethnique… Six millions de Palestiniens sont là, qui rappellent son passé à Israël, et ils sont là pour très longtemps ; ils ne partiront pas, ils ne disparaîtront pas, comme par enchantement !
Si un jour, comme je l’espère, les Israéliens décident d’arrêter de vivre dans le déni, il faudra bien qu’ils prennent conscience du fait qu’une paix réelle ne pourra s’installer que grâce à la justice. La justice, dans un tel contexte, signifie une chose, une seule, très simple : il faut abandonner l’ «idéal » d’un Etat exclusivement juif, au dépens d’un peuple entier. Seul, un Etat binational, et le droit pour les réfugiés palestiniens de rentrer chez eux pourront tant bien que mal réparer une partie des injustices commises en 1948 et depuis lors. Ayant été les victimes d’une épuration ethnique, c’est aussi là ce à quoi les Palestiniens ont légitimement droit, en vertu tant du droit international que de la simple dignité humaine.
Telle pourrait être l’expiation d’Israël. Ce sera aussi l’opportunité, pour Israël, de se libérer du poids de ce fardeau de culpabilité qui, j’en suis convaincue, fait de leur vie et de celles des Palestiniens un véritable cauchemar. Bien sûr, c’est là un défi. Mais ce défi offrira la possibilité d’une paix réelle et durable, tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens, et sans doute pour l’ensemble de la région du Moyen-Orient. Persister, au contraire, dans la mentalité et dans la politique du déni ne mènerait à rien, et continuerait à coûter leur bien-être et même jusqu’à leur vie à toujours plus de personnes individuelles et de communautés.