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Palestine
 

Des militaires de l'OTAN et de pays arabes en stage en Israël

 

D'après El Qods el Arabi n° 5128, du 21 nov. 2005, qui cite le journal israélien en langue anglaise, Jerusalem Post, une trentaine d'officiers supérieurs des armées de l'air des pays de l'OTAN et de cinq pays arabes dont l'Algérie, l'Égypte, la Jordanie et Maroc (il ne cite pas le 5ème) ont suivi un stage de formation de cinq jours (du 13 au 17 novembre 2005) en Israël.

L'armée de l'air israélienne a fait bénéficier les intéressés de sa riche expérience dans le domaine des techniques de liquidations physiques de "terroristes" palestiniens, à partir d'aéroplanes, comme ce fut le cas à quelques reprises dans les territoires de l'Autorité palestienne. Selon l'organe central de l'armée de l'air de l'Etat hébreu, qui a montré des photos des "stagiaires" (le Jerusalem Post en a montré également), c'est la première fois que l'OTAN choisit Israël pour abriter l'un de ses stages militaires. Il ajoute que l'accueil de la délégation a eu lieu à l'hôtel Dan Panorama, à Tel Aviv, et la formation au siège des forces de l'air, sis dans la ville Herzliya, au nord de la capitale.

 

« La source du problème n'a jamais figuré à l'ordre du jour de l'effort de paix »

 

Conférence du Dr. Ilan Pappé (Université de Haïfa) au Centre pour la Trans/formation des Cultures de l'Université de Technologie de Sidney (Australie), le 19 août 2004 (retranscrite par l'UTS et traduite de l'anglais par Marcel Charbonnier).

Bonsoir. Je souhaite commencer en remerciant les organisateurs de cette conférence, pour leur aimable invitation. J'en suis à ma cinq ou sixième conférence en Australie, et je n'ai pas encore complètement récupéré du décalage horaire. Mais le fait de prononcer une conférence a - parmi d' autres effets appréciables - celui de vous faire oublier le décalage horaire. Je parlerai environ trente-cinq ou quarante minutes, et j'espère ainsi laisser assez de temps à la discussion, au débat, à vos remarques. J' ai pleine conscience que certaines des choses que je m'apprête à évoquer devant vous, et certaines des conclusions auxquelles j'aboutirai, ne sont pas unanimement admises et, bien entendu, il n'y a aucune raison pour que tout le monde les accepte. Aussi, autant que des informations, j'espère que ces éléments seront pour vous, également, matière à réflexion.

Il est bien difficile, en quarante minutes, de condenser la totalité de l' historique d'un conflit. Je me concentrerai donc sur l'histoire des tentatives déployées afin de résoudre le conflit israélo-palestinien, afin d 'essayer de comprendre pour quelle(s) raison(s), cinquante-six ans après 1948, nous sommes toujours en train de rechercher désespérément une issue à ce qui représente l'un des plus longs conflits de l'histoire mondiale. Il s' agira simplement d'un bref passage en revue des événements historiques, dont je pense qu'il est important de les connaître et d'y réfléchir, si on veut avoir une vision plus adéquate de ce qui a foiré, ces quatre ou cinq dernières années, dans les vaines tentatives de résoudre le conflit en Palestine.

Le processus de paix en Palestine et en Israël n'est devenu un intense effort international qu'après 1967, parce que c'est à ce moment-là que les décideurs politiques américains ont décidé que le conflit en Palestine représentait quelque chose de plus qu'un « simple » conflit régional, parce que ce conflit avait, c'est un fait, des implications au niveau mondial. De fait, jusqu'au moment où les Américains se sont engagés en tant que médiateurs et « courtiers de paix » dans la question de Palestine, il n'y a pratiquement eu aucun processus de paix digne d'être mentionné, après 1948. Bien entendu, pendant le mandat britannique (entre 1918 et 1948), il y avait eu plusieurs initiatives et actions britanniques, et il y eut même, sur le tard, un effort américano-britannique pour résoudre le problème, mais ces efforts diplomatiques n'ont pour ainsi dire plus aucune pertinence pour ce qui est en train de se dérouler, de nos jours. Bien sûr, si j'avais été invité à vous donner un cours, et non à faire une conférence, j'aurais examiné ces événements en profondeur, aussi.

Mais après 1948, après la création de l'Etat d'Israël, il y a eu une seule initiative des Nations unies pour résoudre le problème, au moyen d'une conférence de paix. C'était au printemps 1949. Celle-ci échoua. La raison pour laquelle cette conférence de paix échoua, c'est que les Américains, qui en avaient initialement soutenu l'initiative, décidèrent, en 1949, que la Palestine n'était pas un problème. Mais, après la guerre de 1967, la Palestine redevint un problème, pour les Américains, et donc - c'était la guerre froide, ne l'oublions pas - pour les Russes, aussi. La Palestine devint même un des enjeux de la guerre froide elle-même. Une fois la guerre froide terminée, ce à quoi nous avons assisté, ce fut, à nouveau, plutôt à un show médiatique américain qu'à une authentique tentative internationale de régler le conflit israélo-palestinien. En décidant de s'impliquer dans la tentative de résoudre le conflit, les Américains s'étaient fixés deux ou trois lignes directrices, qui les guidèrent dans leurs efforts pour résoudre le conflit et, comme vous le verrez dans ma conclusion, j'aurais tendance à ajouter que, malheureusement, ces funestes lignes directrices sont toujours là, aujourd'hui.

La première et la plus importante de ces lignes directrices, c'était l'idée qu'un processus de paix devait en réalité se fonder sur un rapport de force. Si vous entrez en contact avec une quelconque situation conflictuelle, vous devez tout d'abord examiner le rapport des forces existant, et décider qui est le fort et qui est le faible. Ce n'est qu'ensuite que vous élaborez une tentative de résoudre le conflit, sur la base du rapport de forces existant. Autrement dit, quand vous commencez à élaborer les lignes directrices fondamentales de ce qui devrait s'imposer, en matière de solution, vous vous efforcez de soigner les besoins du fort, et vous êtes beaucoup moins intéressé, en revanche, par ce que le plus faible peut bien avoir à dire. C' est un jeu de pouvoir, et parce qu'il s'agit en fait exclusivement d'un rapport de forces, de votre point de vue à vous, qui êtes une superpuissance, et de votre point de vue de médiateur extérieur, vous vous préoccupez nécessairement de ce qui préoccupe le plus fort, bien plus en tous cas que vous ne prenez en compte ce que le plus faible est susceptible de proposer.

Dans le cas qui nous occupe, cela s'est traduit par le fait que, dès le début des efforts de paix - peut-être devrais-je dire : dès le début des efforts visant à instaurer la Pax Americana ? - c'est-à-dire, plus ou moins, autour de l'année 1969, ce que les Américains ont tenté de nous vendre, en matière de proposition de paix appliquée au cas d'Israël et de la Palestine, et qui fut accepté par les gouvernements du monde entier, ce fut une formule qui cherchait, avant toutes choses, et même exclusivement, à apaiser les Israéliens et à aller dans leur sens.

C'est pourquoi, depuis 1968, le processus de paix a donné naissance à un phénomène des plus stupéfiants. Ce que les spécialistes, les universitaires et les journalistes les plus sérieux considèrent - à juste titre - comme le coeur de la question, la source de la question israélo-palestinienne, c'est, bien entendu, le problème des réfugiés palestiniens. Eh bien, figurez-vous que ce problème n'a jamais figuré à l'ordre du jour des tentatives américaines de ramener la paix. Jamais. Pas une seule fois, depuis 1968 ! De fait, la question des réfugiés palestiniens n'est toujours pas à l'ordre du jour, encore aujourd'hui, en 2004.

Je ne connais pas beaucoup d'efforts de paix, dans l'histoire mondiale contemporaine, qui aient, de la sorte, ignoré totalement la source du problème. Qu'il y ait eu des efforts de paix qui aient queuté parce que les médiateurs n'étaient pas vraiment à la hauteur de la tâche, ou parce que les deux protagonistes n'étaient pas suffisamment désireux de se réconcilier : oui, hélas ! Mais, des « efforts de paix » qui auraient délibérément ignoré le fond du problème ? Non ; je ne vois pas.

Ainsi, dans le cas d'Israël et de la Palestine, je pense que l'une des premières choses à reconnaître, c'est que la source du problème, la racine du conflit - la question des réfugiés, donc - n'a jamais figuré à l'ordre du jour de l'effort de paix. Cela résulte d'un point de vue américain (lequel n'était pas seulement exprimé dans les couloirs du monde politique) et c'est aussi le résultat de quelque chose qui s'est développé, dans les années 1950 et 1960, dans les départements de science politique des universités américaines - quelque chose que l'on a appelé les « Etudes de la paix », en quelque sorte un chapitre de la polémologie.

Il s'agissait d'une tentative universitaire de résoudre les conflits. Le conflit en Palestine fit l'objet d'une première tentative de chercheurs, qui, à peine franchies les portes tourniquets de leurs campus américains, se mirent à formuler des politiques, en essayant de mettre ces théories en pratique, quitte à forcer énormément : c'est là quelque chose qu'on ne saurait trop dissuader les universitaires de faire. Tant que les universitaires ne s'occupent que de théorie, ce qui est leur travail, au moins : ils ne font pas de mal. Mais quand ils commencent à se targuer de s' occuper de la pratique, nous sommes dans de sales draps.. Tout au moins, dans ma partie du monde. Mais je suis sûr qu'en Australie, il doit en aller tout autrement ; ça n'est sûrement pas le cas ? ! ?

La seconde ligne directrice consistait à dire - cela découle de la première, car afin de savoir quels sont les principaux paramètres du conflit, quelle est l'essence du conflit, et par conséquent quelle doit être l'essence d'une solution au conflit, vous consultez la partie du camp des plus forts - qui va être défini, par la suite, comme incarnant le « camp de la paix ». Autrement dit : vous pénétrez dans la vie politique israélienne et vous essayez de découvrir qui est le meilleur partenaire possible pour la paix, à l'intérieur de l'équilibre des pouvoirs interne à Israël. Là encore, vous n' irez sans doute pas consulter des groupes marginaux, alors qu'il y avait bel et bien des groupes marginaux, en Israël, dans les années 1960, qui auraient conseillé à n'importe quel décideur politique américain d'adopter une attitude qui aurait placé la question des réfugiés palestiniens au centre, mais ces groupes étaient considérés comme dépourvus de toute importance, tant en termes d'effectifs qu'en termes d'influence politique, alors, n' est-ce pas.

Si bien qu'au total, vous aviez en tout et pour tout deux forces politiques principales en Israël, dont l'une était celle de gens qu'on peut appeler les « Rédimeurs » [ceux qui « rachètent les terres « juives » », NDT], les autres étant les « Gardiens » [ceux qui s'accrochent aux colonies, afin d'en faire une « monnaie d'échange », NDT]. Ces deux groupes se livraient de véritables batailles idéologiques entre eux sur la question du devenir des territoires occupés par Israël en 1967, à savoir : la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Les Rédimeurs considéraient que la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui ne représentent qu'environ 20 % de la Palestine originelle, faisaient partie intégrante de l'Israël antique ou du « Grand Israël ». Nous les appelons les Rédimeurs parce qu'ils croient qu'en 1967, Israël a « racheté » l'ancien foyer national juif, c'est-à-dire l'ancien royaume juif, et ils n'étaient dès lors plus motivés pour négocier un quelconque règlement qui aurait entraîné leur retrait de ces territoires occupés, dans le cadre du processus de paix.

Les Gardiens, associés quant à eux principalement au parti Travailliste israélien, parlaient des territoires occupés comme s'il se fût agi de régions à conserver sous bonne garde, dans l'attente de négociations avec le monde arabe, afin d'atteindre un accord de paix, après la guerre de 1967. Ainsi, les Américains décidèrent-ils que la position du parti Travailliste - israélien, faut-il le rappeler -représentait la plate-forme idoine pour une paix entre Israël et le monde arabe.

A l'époque, les Jordaniens - disons plutôt : la monarchie jordanienne - voisine d'Israël et qui avait annexé la Cisjordanie dès 1948, voulut se substituer aux Palestiniens pour négocier le devenir de la Cisjordanie et de la bande de Gaza. Pendant une certaine période, entre 1967 et 1987, la position officielle jordanienne a consisté à dire que la Cisjordanie faisait partie intégrante de la Jordanie et non d'une Palestine indépendante future. Cette position prit fin en 1987, et même probablement avant (mais c'est bien en 1987 que la fin en fut officiellement annoncée).

Ainsi, l'idée fondamentale, issue de la position américaine en matière de devenir de la Palestine porte sur deux points. Premier point : la Palestine était censée n'être que la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui ne représentent ensemble que 23 % de la superficie de la Palestine historique. C'est très habile, car, ainsi, si vous voulez négocier le futur de la Palestine, vous ne négociez pas le devenir d'Israël, un Etat fondé - excusez du peu - sur les 80 % de ladite Palestine (historique). En revanche, vous négociez le futur de régions qui sont plus familières pour vous, dont vous entendez tout le temps parler : la Cisjordanie et la bande de Gaza, c' est-à-dire, je le rappelle, environ un cinquième de la Palestine historique ! Voilà pour le premier point. Le deuxième point, c'est que ce n'est nullement avec les Palestiniens que vous allez négocier l'avenir de cette micro-Palestine. Non ; vous allez le négocier, cet avenir, avec - je vous le donne en mille - les Jordaniens ! C'est ce qui fut baptisé du nom d' « option Israël / Jordanie » et cela demeura la principale plate-forme du parti travailliste israélien, jusqu'à son remplacement par la plate-forme de la construction du Mur, qui est, [je pense qu'il est important de le rappeler, et de rendre ainsi à César ce qui appartient à César] : la construction du Mur est [le plat de résistance d'] un plan de paix concocté par ... bingo : le parti travailliste israélien ! ! !

Bien entendu, cette tentative a échoué lamentablement, parce que la Palestine, ça n'a jamais été seulement la Cisjordanie et la bande de Gaza : la Palestine recouvre l'entièreté de la région située entre le Jourdain et la côte méditerranéenne. Ensuite, le peuple palestinien n'a jamais cessé d' exister, contrairement à ce qu'affirmait le Premier ministre israélien de l' époque, Golda Meir, qui aimait poser à la cantonade la question rhétorique : « Les Palestiniens ? Quels Palestiniens ? Je ne connais pas de Palestiniens. S'il existait un peuple palestinien, cela se saurait ! »

Le peuple palestinien, néanmoins existait. Non seulement il existait, mais il s'était doté d'un mouvement national, et même d'une organisation incarnant ce mouvement national : l'Organisation de Libération de la Palestine [OLP]. Mais cette OLP n'a jamais été conviée aux négociations, elle n'a jamais été considérée comme un partenaire légitime des négociations de paix au sujet de l'avenir de la Palestine. De fait, à l'époque, c' est-à-dire à la fin des années 1960 et au début des années 1970, elle était considérée comme une organisation purement terroriste.

Le troisième principe américain - et là encore, il s'agit d'un principe issu des sphères de la science politique - concernait la perception des raisons multiples des conflits et de la manière de les résoudre. C'était là une méthode de quantification d'émotions humaines, de sentiments et d'histoires, qui aboutissait à la formule suivante :

« Tout ce qui est visible est divisible ».

Ainsi, ce que les Américains qualifient de strates sous-jacentes invisibles des conflits, vous le laissez tomber : on n'a pas à s'en occuper, n'est-ce pas. Bon. Très bien ?

Voyons donc ce qui est « visible ». Qu'est-ce qui « se voit » ? Le territoire, la démographie, les ressources naturelles. Et qu'est-ce qui « ne se voit » pas, quand on regarde les choses sous cet angle-là ? La culpabilité, la morale, l'éthique, la justice et tout ce qui ne saurait être quantifié au moyen du compteur que les spécialistes américains de la science politique se complaisent à utiliser pour évaluer les conflits, où que ce soit dans le monde.

Aussi, les Américains retournèrent à la règle numéro 1. Si vous voulez diviser les terres, qui représentaient le principal atout entre leurs mains, étant donné qu'ils étaient eux-mêmes les courtiers de la paix, si vous voulez partager les terres, disais-je, vous en revenez au statu quo, au rapport des forces existant sur le terrain. Etant donné ce qu'était ce rapport des forces, autant aller demander aux Israéliens directement (pour gagner du temps.) de quelle manière ils entendaient partager la terre de Palestine, histoire d'installer une réalité nouvelle, sur le terrain, car cela seul comptait.

En 1967, Israël contrôlait déjà 80 % de ce qui avait été la Palestine historique, et les régions palestiniennes se résumaient aux 20 % restants, c 'est-à-dire : à la Cisjordanie et à la bande de Gaza. Ainsi, il était clair, dès le début, que le camp de la paix, en Israël, qui était déjà organisé en un mouvement extra-parlementaire, à la fin des années 1970, ainsi que les négociateurs de paix américains, voyaient dans le partage : 20 % de la Palestine pour les Arabes (à l'époque, je le rappelle, les Jordaniens, et nullement les Palestiniens.) / 80 % pour les juifs comme le « meilleur et le plus équitable des marchés qu'ils puissent imaginer ».

Ce n'était pas si mal, pour l'époque ! Je veux dire : quand on voit, aujourd 'hui - ce qui est absolument stupéfiant - qu'avec 12 millions de personnes vivant entre le Jourdain et la Méditerranée, on peut entendre des gens sincères et de bonne volonté, tant dans le camp de la paix israélien que dans les diverses agences gouvernementales américaines impliquées, adopter cette approche du type « halle aux légumes » ou « criée aux poissons » du processus de paix et dire qu'ils ont vraiment imaginé « la solution pacifique la plus généreuse et la plus raisonnable qui soit de la question de Palestine, en se fondant sur le sens commun et la rationalité », [cela peut vous faire ressentir une certaine nostalgie pour ladite époque.]

Imaginez : nous avons là douze millions de personnes, dont six millions ne sont pas des Palestiniens - ce sont six millions de juifs - et vous offrez à ces juifs 80 % des terres. Oui, oui, je dis bien : aux juifs, qui sont fondamentalement les pièces rapportées - et puis [tiens, il y a du rab., alors] vous offrez les 20 % des terres restantes à la population indigène de la Palestine (aussi nombreuse qu'eux). C'est ça, leur « offre généreuse », leur « proposition raisonnable » et si vous aviez marché dans la combine, à coup sûr - si vous aviez accepté d'être leur interlocuteur, on aurait attendu de vous, par-dessus le marché, que vous disiez : « J'ai vraiment du plaisir à faire affaire avec vous ! » [d'ailleurs, si vous ne l' aviez pas dit, vous auriez été considéré d'une ingratitude crasse !]

En 2000, on demanda au président de l'OLP, Yasser Arafat, de signer un papelard fondé très précisément sur ce type d' « offre généreuse ». Malgré toutes ses limites et ses déficiences - je connais Arafat depuis des années et je ne l'idéalise nullement - mais malgré toutes ses limites et ses déficiences, il y a, au moins, une chose qu'il a comprise : se pointer devant les journaliste et dire : « Chapeau, je suis bluffé : quelle offre généreuse ! », c'était trop. Même pour lui !

Néanmoins, illico presto, le président Clinton tint une conférence de presse, au cours de laquelle il a déclaré (parlant d'Arafat) : « Ce type est un rabat-joie, c'est un terroriste. C'est quelqu'un que le monde doit condamner . » Sur la foi de cette déclaration américaine, les Israéliens entreprirent immédiatement de marginaliser le président palestinien, et cette attitude n'a jamais cessé, depuis lors.

Aussi, pas étonnant que de multiples tentatives aient échoué. La plus sérieuse, et sans doute la plus sincère, fut celle, conjointe, des Américains et du camp de la paix israélien, de parvenir à une solution sur la base des trois lignes directrices que j'ai évoquées, durant la période d' Oslo. Mais même cette tentative sérieuse a échoué.

Il était bien compréhensible qu'après de tels efforts, à l'automne 2000, il était impossible de convaincre qui que ce soit, en Palestine - et de fait, il était même bien difficile de convaincre beaucoup d'Israéliens - que cette formule était la bonne, pour obtenir la paix. Durant la période d'Oslo, il y eut une tentative intéressante, au tout début de l'initiative, en 1993, lorsque quelques-uns des hommes politiques israéliens - sincèrement, je pense - ont dit aux négociateurs palestiniens qu'après cinq années de tentatives (vaines) pour définir une solution fondée sur ces trois lignes directrices, ils étaient prêts à se tourner vers une solution plus globale, prenant en compte ce que les Israéliens (eux aussi) avaient coutume d' appeler « les strates invisibles du conflit ».

Ces strates invisibles comportaient principalement deux problèmes : la question des réfugiés et le devenir de Jérusalem. Mais il y en avait un troisième, qui représentait aux yeux des Américains un problème, une strate visible, qu'il était possible de traiter rationnellement, mais qui n'en représentait pas moins, aux yeux des Israéliens, une strate plus mystique que simplement visible, et cette strate, c'était la question des colonies juives qui avaient été construites dans les territoires occupés.

Les négociateurs israéliens firent des colonies une question qui nécessitait du temps et des négociations complexes, puisque, insistaient-ils, il s' agissait de l'une des strates invisibles du conflit. Bien entendu, tout Palestinien, qui vit en Palestine, ne pense pas que les colonies soient particulièrement invisibles ! ! ! Ce sont les colonies, qui traitent les Palestiniens comme s'ils étaient invisibles, mais les colonies, elles-mêmes sont visibles. Et comment ! ! ! Nuance, donc !

Je pense que la raison pour laquelle le parti travailliste a décidé, dès le départ, de classer la question des colonies bâties illégalement dans les territoires palestiniens dans la rubrique des aspects obscurs du conflit, des aspects « invisibles », et donc des aspects impossibles à traiter directement, pour les politiciens, et à ajourner d'urgence jusqu'au terme d' un long processus de cicatrisation et de réconciliation, tenait au fait qu' eux-mêmes, les travaillistes donc, étaient à l'origine du projet de colonisation.

Je pense que vous savez, pour la plupart d'entre vous, que durant les années du processus d'Oslo, c'est-à-dire pendant que le processus de paix se poursuivait, le parti travailliste a construit beaucoup plus de colonies que n'en a construit le gouvernement conservateur, une fois revenu aux manettes en Israël.

Voilà qui explique pourquoi la question des colonies fut supposée devoir être traitée dans un contexte différent, et non pas dans un contexte de paix.

Maintenant, si vous alliez sur le terrain, à l'époque d'Oslo, et que vous voyez, en vous mettant dans la peau d'un Palestinien que la colonisation continuait de plus belle, et que toujours plus de chantiers de nouvelles colonies s'ouvraient, vous n'êtes pas surpris, lorsque vous apprenez, en été 2000, que le président Clinton a fait son hallucinante déclaration selon laquelle tout ce dont il avait besoin, c'était de quinze jours à l'hôtel King David pour résoudre le conflit, ni vous n'êtes surpris a) que cela ait queuté, et b) que les Palestiniens, sur place, aient décidé qu'ils en avaient assez et que l'insurrection, la deuxième Intifada, ait éclaté. Et nous en sommes là, aujourd'hui, en 2004 : cela fait quatre ans que cette insurrection se poursuit, et il est bien difficile d'en apercevoir la fin.

Maintenant, que faudrait-il faire, au lieu de ce gymkhana de la paix éreintant, que je vous ai fait re-parcourir, et qui était emmené par un courtier malhonnête ; j'ai nommé : les Etats-Unis d'Amérique ? Ce qu'il faudrait faire, c'est adopter une approche entièrement différente, et c'est avec ceci que je voudrais vraiment m'acheminer vers ma conclusion, et cette fois-ci - promis, juré ! - ouvrir le débat.

Je pense que les leçons que l'on peut retirer de l'échec du processus de paix, c'est non seulement que les Américains basent leur processus de paix sur l'idée erronée selon laquelle il existerait un équilibre des forces, ce qui revient à dire que le seul point de vue qui ait une quelconque importance, c'est le point de vue israélien. Mais c'est encore - autre leçon - l'idée que l'échec tient à cette approche purement quantitative, qui revient à dire que vous vous contentez de partager des territoires en vous dispensant de voir et de traiter tout le reste, qui n'est pas quantifiable, et qui est néanmoins fondamental.

Et enfin, il y a cette idée absolument extravagante, selon laquelle c'est le camp de la paix israélien, et lui seul, qui est à même d'imaginer, et de fait, de rédiger à sa guise, des propositions de paix, et non les Palestiniens ! Ce n'est que dans une deuxième temps, après que le camp de la paix israélien ait pondu ses « propositions de paix » que vous allez trouver les Palestiniens, pour leur demander si, par hasard, ils n'auraient pas chez eux quelqu'un qui soit susceptible de mordre à l'hameçon et d'y répondre.

La leçon à retirer de ceci, c'est que l'approche américaine - peut-être devrions-nous parler d'approche américano-israélo-pacifiste ? - est dépourvue de toute dimension historique. Si vous êtes en permanence obsédé par l'équilibre des forces, vous ne voulez rien entendre sur ce qui s'est passé avant, vous ne prenez même pas en compte la possibilité que le rapport des forces puisse changer, à l'avenir. De fait, ce que vous convoyez vers le camp des faibles, c'est l'idée : « O.K. Aujourd'hui, le rapport des forces, c'est ça, et c'est pour ça que le marché ne me convient pas trop. Alors je vais attendre encore un petit peu. On ne sait jamais : ce rapport des forces, il va bien finir par changer, un de ces jours ? »

Mais nous savons très bien que dans les rares endroits, au vingtième siècle, où une réconciliation a vraiment réussi, il n'a jamais été question d'un rapport de force. Il a été question d'apaisement, de réconciliation, d' excuses, de rapatriements, de compensations, de dédommagements, bref. de toutes sortes de choses qui n'ont absolument rien à voir avec un rapport de forces. Et même, en réalité, sous bien des aspects, ces avancées s'opéraient contre vents et marées, à contre-courant, précisément du statu quo, c' est-à-dire, précisément, du rapport des forces sur le terrain.

Vous prenez la victime, c'est-à-dire le camp du faible, et vous demandez à l 'agresseur, vous demandez au tortionnaire, de faire des concessions envers la victime, et pas le contraire ! Ce qui s'est passé, dans le conflit israélo-palestinien, c'est que la victime se voit constamment demander de faire des concessions. Et quand elle n'en fait pas, elle est, par-dessus le marché, caricaturée en principale cause de l'échec du processus [dit] de paix.

Mais l'absence de toute dimension historique est également intéressante à un autre titre : il se trouve que c'est très précisément la dimension historique qui est le facteur essentiel de la paix en Israël et Palestine. C 'est la raison pour laquelle il est extrêmement regrettable qu'autant de précieuses années aient été perdues, chaque année s'écoulant sans que vous ayez la paix, au Moyen-Orient. Ce que vous avez, chaque année, au Moyen-Orient, c'est : la guerre !

Si on a enregistré encore une énième année de guerre, cela signifie qu'il y a eu des victimes humaines, durant toute cette même année, des deux côtés. Si vous prenez en compte la dimension historique, vous comprenez que ce n' est en aucun cas l'équilibre des forces qui importe, dans la situation qui nous intéresse, mais bien le fait qu'il y a certains événements historiques qui sont absolument capitaux si l'on veut comprendre la raison pour laquelle les Palestiniens et les juifs ne peuvent pas vivre, aujourd'hui, dans la paix et l'harmonie.

Les plus importants de tous ces événements historiques, ce sont tous les événements intervenus en 1948, quand les Israéliens ont procédé à la « purification ethnique » des Palestiniens. Quand ils ont volé aux Palestiniens et leurs terres et leurs maisons. Entre mars 1948 (adoption d' un plan directeur pour le nettoyage ethnique de la Palestine par les sionistes) et la fin des années 1950, ce sont quelque 530 villages palestiniens qui ont été ainsi détruits, plus onze villes palestiniennes démolies et trois quarts de million de Palestiniens expulsés et transformés en réfugiés apatrides.

Les Nations unies - incarnation de l'opinion publique mondiale, en 1948 - ont donné l'ordre à Israël de permettre à ces gens de rentrer chez eux. Or, Israël a refusé. Les sentiments de ces réfugiés, non seulement d'avoir été totalement dépossédés de tout, mais aussi d'être interdits de retourner chez eux, c'est quelque chose que les réfugiés palestiniens, et par conséquent le mouvement national palestinien dans son ensemble, ont considéré comme la source principale de leurs griefs tant contre le monde entier, d'une manière générale, que contre Israël lui-même.

L'OLP a été créé bien avant qu'Israël n'occupât la Cisjordanie et la bande de Gaza, en 1967. Le mouvement national palestinien, bien avant qu'Israël eut occupé la Cisjordanie et la bande de Gaza, exigeait que les réfugiés, qui avaient été chassés de chez eux manu militari, de leurs maisons, de leurs villages, de leurs quartiers, soient autorisés à rentrer chez eux. De fait, je le répète, ce sont les mêmes Nations unies qui légitimèrent la création de l'Etat d'Israël, en novembre 1947 - en réalité, exactement la même assemblée générale, mais avec une majorité beaucoup plus importante - qui exigea qu'Israël autorisât le rapatriement de ces réfugiés. Les Israéliens, en guise de réponse, détruisirent leurs maisons, et construisirent des colonies juives (en leur donnant parfois, d'une manière outrageusement cynique, le même nom arabe, vaguement hébraïsé), sur les gravats des villages et des villes arabes qu'ils avaient détruits.

Quand ils plantaient des forêts à la place des villages et de la campagne qu 'il y avait là, auparavant, c'était dans l'espoir [vain] d'occulter la mémoire de ce qui s'était passé, ce qu'ils étaient en train de faire, et aussi ce qu'ils avaient commis par le passé : dès lors, il était trop tard pour pouvoir encore parler d'une réconciliation. C'est dans ces années-là que nous avons eu l'incendie qui allait couver et rallumer perpétuellement le conflit, de manière récurrente, depuis lors.

Si vous voulez expurger la violence de ce conflit, si vous voulez purger ce conflit de sa violence, si vous voulez engager un processus sincère de réconciliation, alors vous devez commencer par la condition sine qua non : la reconnaissance par Israël de ce qui s'est passé en 1948.

Une telle reconnaissance n'est pas facile, pour les Israéliens, car il trouveraient bien difficile, après cinquante-six années de vie dans un état de déni total, de reconnaître que tel est bien ce qui s'est passé, après qu' on leur ait répété partout - à l'école à l'université, dans les médias, dans la bouche de leurs hommes politiques - le mensonge selon lequel les Palestiniens auraient volontairement abandonné leurs maisons et que c' étaient, soi-disant, les juifs qui les suppliaient de rester !

Nul doute qu'il sera très difficile de les persuader de la réalité, c' est-à-dire de l'exact contraire de cette doxa. Mais c'est pourtant la clé de toute solution. Cette reconnaissance est primordiale. Je suis sûr que, dans d'autres parties du monde, il y a des problèmes similaires de déni et de reconnaissance nécessaire, mais je n'en parlerai pas, car je suis en Australie depuis seulement quatre jours !

La deuxième chose, c'est que les Israéliens doivent être tenus responsables de ce qui s'est passé : il y a une responsabilité, qui ne saurait être assumée qu'en étant reconnue. Mais la responsabilité, cela consiste-t-il à dédommager les réfugiés ? La responsabilité, cela implique-t-il de permettre aux réfugiés - à tous les réfugiés ( ?) - de rentrer chez eux ?

Ce sont là des questions qui devront être réglées entre les Israéliens et les réfugiés. Mais cela ne se règlera pas facilement, si cela n'est pas précédé de la reconnaissance de leur responsabilité par les Israéliens. Ce n 'est qu'alors que les Israéliens pourront demander aux Palestiniens - pas seulement aux Palestiniens, mais au monde arabe tout entier - de les accepter chez eux. Ce n'est qu'alors que vous pouvez demander au monde arabe de les accepter : « Oui, il y a là une nation juive de six millions de personnes, peut-être bientôt de sept millions, qui n'est en rien une nation arabe. Elle est là par l'effet d'un projet colonialiste, il est vrai, mais elle est là pour y rester. »

Ce ne sera pas facile, de demander une telle acceptation, une telle coexistence, si Israël persiste à dénier ce qu'il a fait en 1948, et s'il s' entête à nier ce qu'il a fait depuis lors. [Ce sera même tout à fait impossible.]

Mais avant tout, il faut savoir qu'il s'agirait là d'un jeu purement théorique, d'un jeu intellectuel totalement abscons, tant que l'occupation israélienne perdurerait. Il est absurde de pousser les deux camps dans un quelconque processus de réconciliation tant que l'occupation militaire de la Cisjordanie et de la bande de Gaza se poursuit. Le fait que l'occupation entre dans sa trente-septième année est absolument stupéfiant. Nulle autre partie du monde n'a eu à souffrir d'une occupation militaire continue depuis trente-sept ans - d'une occupation violente, accompagnée de violations des droits humains, des droits civils.

Il y a bien sûr des occurrences quotidiennes, qui, si vous en faites état dans les médias sur une base journalière, ne permettent pas au lecteur ou au téléspectateur de prendre l'exacte mesure de ce dont il s'agit, de ce que cela signifie qu'une occupation. En effet, vu jour après jour, cela ne paraît pas si terrible. Cela ne fait que ressembler à hier, où quatre Palestiniens ont été tués, dont un enfant de huit ans.

Vous pouvez toujours dire : « O.K., regardez un peu dans le monde entier : ce genre de trucs, ça arrive. »

Mais si vous avez l'oil de l'historien, et si vous examinez les quatre années écoulées, vous voyez le nombre d'enfants tués, vous voyez le nombre de maisons démolies et vous comprenez bien que ce que vous venez de lire dans votre quotidien du jour n'est pas un phénomène isolé, mais une occurrence quotidienne, une occurrence récurrente. C'est le genre de situation où des étudiants ne peuvent se rendre à leur université, parce qu' il y a des tanks qui en barrent l'entrée et parce que des soldats ont fait irruption dans les salles de cours afin d'y rechercher de prétendus suspects de terrorisme. Et quand vous comprenez que cette situation se poursuit depuis trente-sept ans, alors vous vous posez tout simplement la même question que moi :

« Comment le monde a-t-il pu laisser cela arriver sans rien faire, depuis autant d'années ? »

Nous parlons, ici, d'un pays qui est situé à un point stratégique, au chevet de l'Europe, tout près des champs pétrolifères du Moyen-Orient, d'un endroit qui ne laisse pas du tout indifférente l'opinion publique de l'Amérique et de l'Occident, d'une manière générale.

Je suis peut-être un mauvais historien, mais je n'ai pas rencontré une seule journée, dans toute l'histoire de l'occupation, où il aurait pu se faire que les Israéliens aient eu réellement la sensation que des hauts cris de protestation s'élevaient contre eux, leur demandant de mettre un terme à l' occupation. La plupart du temps, les Israéliens n'ont pu qu'avoir le sentiment que cette occupation, le monde la comprenait, et même qu'il s'en accommodait fort bien.

Je pense qu'il est de la responsabilité des sociétés civiles, dans le monde entier - puisque, aussi bien, nous avons perdu la foi dans nos gouvernements - de nous aider à faire mettre un terme à cette occupation. Car, si nous ne mettons pas fin à l'occupation, tout ce que j'ai dit, au sujet de la réconciliation, n'est rien d'autre que simples propos académiques.

Il faut, au minimum, libérer ceux des Palestiniens qui subissent ces conditions effroyables, avant de pouvoir dire : « O.K., l'occupation est terminée ». Mais il ne s'agit pas là, en l'occurrence, de la paix. La fin de l'occupation n'est pas la paix ; ce n'est pas une guérison ; ce n'est pas la réconciliation. C'est le préalable au commencement d'une existence plus acceptable, pour les deux camps.

Comment cela peut-il être obtenu : je vous ai donné une piste, avec ce que j 'ai appelé les trois A : Acknowledgement [Reconnaissance] ; Accountability [Responsabilité - Reddition de comptes] et Acceptance [Acceptation].

Ce n'est absolument pas l'unique solution possible, que je vous livre là ; ce ne sont que des lignes directrices. Je suis un universitaire, je n'ai donc pas à tailler sur mesure une solution qui traiterait absolument tous les aspects du conflit, et je n'ai pas réussi, en si peu de temps, à évoquer toutes les dimensions du problème. J'espère que d'autres points seront soulevés lors de notre débat. Mais je voudrais répéter mes trois « A », qui sont véritablement le préalable de la paix, et dont j'espère que vous les emporterez chez vous, en guise de nourriture pour votre réflexion, si vous êtes concernés par ce qui se passe en Palestine et si vous pensez, comme moi, que le futur de la Palestine n'est pas simplement le futur des juifs et des Palestiniens qui y vivent, mais qu'il s'agit bel et bien de l'avenir des relations entre le monde arabe et musulman et l'Occident.

Tout ce qui se passera en Palestine aura en effet un écho dans la relation future entre près d'un milliard de musulmans, trois cents millions d'Arabes et le monde occidental, c'est-à-dire le monde auquel appartiennent les ex-puissances coloniales. Ce n'est pas le seul problème. A l'évidence, il y a de nombreux autres problèmes, mais il s'agit bien du problème qui résume les chances d'une relation meilleure entre les différentes cultures et civilisations et c'est aussi la clé pour un ensemble très regrettable de relations conflictuelles, auquel nous assistons, depuis un certain 11 septembre 2001.

Je reprends ces trois « A ».

La Reconnaissance [Acknowledgement] : je ne pense pas qu'il doive s'agir uniquement d'une reconnaissance israélienne ; j'aimerais voir aussi une reconnaissance juive mondiale, et aussi une reconnaissance occidentale de la réalité de l'épuration ethnique [sioniste] en Palestine ! Cela n'a rien d' évident. La plupart des manuels scolaires, dans le monde entier, passent cette épuration ethnique sous silence. Tout du moins, ils n'en parlent pas encore : c'est à nous de faire en sorte que les manuels scolaires traitent d 'une donnée historique tout aussi incontestable que l'extermination des juifs, en Europe. Il s'agit de l'holocauste des Palestiniens ; il s'agit de la grande catastrophe [Nakbah, ndt] des Palestiniens ! Cela ne saurait être effacé des pages des manuels scolaires ; cela doit être réintroduit dans les livres d'histoire. C'est la Reconnaissance, c'est l'Acknowledgement. Cela ne concerne pas seulement Israël ; cela concerne le monde entier !

La Responsabilité, la Reddition de comptes [Accountability], le deuxième « A », concerne Israël. Il faut contraindre Israël à se sentir responsable. Cela doit se manifester de la manière dont beaucoup d'autres nations ont procédé, par le passé : Israël doit assumer les responsabilités de ce qui s' est passé, parce que ce signal nous permettrait d'accéder à ce qui est probablement le plus important de ces trois « A », l' « Ability », c' est-à-dire la Capacité, pour le monde arabe d'une manière générale et pour les Palestiniens en particulier, d'accepter que la nation juive fasse partie intégrante du Moyen-Orient. La société arabe, d'une manière générale, n'est pas réconciliée avec Israël, en dépit de la paix officielle qu'Israël a signée tant avec la Jordanie qu'avec l'Egypte. Il faut voir la réalité en face : tant la société égyptienne que la société jordanienne n'acceptent ni l'existence, ni la politique juives au Moyen-Orient. Mais dès lors que le problème palestinien serait derrière nous, le monde arabe, dans son ensemble, finirait par découvrir que ses dirigeants ne seraient plus en mesure d'utiliser la question palestinienne comme prétexte pour ne pas solutionner la pauvreté ; pour prétendre que les droits des femmes ne peuvent progresser, toujours au prétexte de la question palestinienne non solutionnée. Ces dirigeants devraient vraiment faire face aux autres problèmes posés à l'humanité dans leurs propres pays, parce qu'ils ne seraient plus en mesure de galvaniser les populations du monde arabe en leur disant : « cela est subordonné à la solution de la question palestinienne ». Nous avons besoin de cette solution, dans l'intérêt non pas des seuls Arabes et des seuls juifs, mais bien dans l'intérêt de toutes les personnes qui vivent au Moyen-Orient.

Je vous remercie.

 

Scènes de la vie quotidienne à Gaza


Le directeur du zoo de Gaza a offert 1 000 $ de récompense à qui pourrait aider à retrouver le lion et les deux perroquets parlant arabe qui viennent d’être kidnappés du zoo de Gaza par quatre hommes armés de kalachnikovs...

 

Aucune voix par-dessus celle de l'Intifada - Appel à la solidarité et à la cohésion autour de la Syrie, du Liban, de l'Irak et de notre nation arabe face à l'agression américaine


Communiqué des forces nationales et islamiques en Palestine, 22 novembre 2005


Au nom de Dieu, le Très Clément et Miséricordieux
Aux masses de notre peuple héroïque palestinien
Aux masses de notre nation arabo-musulmane
A tous les libres et dignes de ce monde
Aux vaillants combattants de l'Intifada et de la résistance

 

Les forces nationales et islamiques ont tenu leur réunion régulière dans la ville de Ramallah pour discuter des derniers développements politiques, suite à la campagne d'arrestations et d'exécutions menée quotidiennement par les forces de l'occupation contre les fils de notre peuple combattants, et dans le cadre de l'intensification de l'agression sioniste et ce qui s'y rapporte comme le refus de respecter tous les traités internationaux et les lois, notamment en ce qui concerne la poursuite éperdue de la construction du mur de l'annexion raciste, le développement de la colonisation et de l'expropriation des terres palestiniennes, et dans le cadre de l'insistance à empêcher toute souveraineté palestinienne suite au retrait unilatéral de la bande de Gaza.

De même ont été analysées les dangers guettant la présence palestinienne au Liban, suite aux appels de désarmement des camps et les menaces de guerre lancées par les États-Unis contre la résistance de la Syrie. Les forces nationales et islamiques, sachant exactement les menaces et les défis actuels lancés face aux ambitions et aspirations à la liberté et l'indépendance de notre peuple, l'ampleur des défis imposés par l'administration américaine alliée organique de l'entité sioniste, à la Syrie mais aussi à la résistance en Irak, au Liban et en Palestine, qui ne sont qu'un pas pour supprimer toute résistance, affirment de façon formelle ce qui suit :

- L'accord récent à propos du passage de Rafah et des autres passages entourant la bande de Gaza n'est qu'une soumission à la position américaine et la position israélienne, il est en totale contradiction avec le principe de la souveraineté palestinienne. Accepter cet accord
c'est se soumettre à l'intérêt de l'entité sioniste, et ne ne met
aucunement fin à la poursuite de l'occupation de la bande de Gaza.
L'acceptation de cet accord est un grave précédent qui indique le sort
de tout le processus de négociations, autour des diverses questions
futures et importante avec l'entité sioniste. Ce qui exige une
attitude claire de refus de cet accord, de mise en garde contre la
soumission aux pressions américaines, maintenant et dans le futur, car
ces dernières vont dans le sens des intérêts sionistes et remettent
toujours en cause les intérêts légitimes palestiniens.

- L'entité sioniste explique la question de l'accalmie comme si elle
était du seul ressort de la partie palestinienne, et poursuit son
agression criminelle, avec ses assassinats, ses arrestations
quotidiennes et ses raids contre les villes, les villages et les camps
palestiniens. Tout en poursuivant ces pratiques criminelles
militaires, elle accentue ses expropriations de terre, l'élargissement
de ses colonies, essayant de lutter contre la montre pour construire
son mur de l'annexion raciste, multipliant en même temps ses barrages
militaires, ses punitions collectives.

Malgré tout cela, l'entité sioniste demande aux pays arabes de la
féliciter pour ses crimes barbares en la reconnaissant et normalisant
ses relations avec elle. En même temps, elle impose un siège sur la
direction palestinienne qui est sa cible. A partir de ces préambules,
nous déclarons que la non-dénonciation des crimes commis par
l'occupation signifie la mise au pas du projet national palestinien et
la domination du projet sioniste. Sur quoi la direction palestinienne
compte-t-elle négocier lorsque l'entité sioniste aura achevé tout ce
qui précède, quelles sont les armes que nous garderons entre les mains
pour faire pression sur cet entité raciste, afin de faire avancer les
négociations pour une solution globale ?

Nous réclamons aujourd'hui, et plus que tout autre moment, la
consolidation du front interne en reconsidérant et consolidant
l'Organisation de libération de la Palestine, avec la participation de
toutes les forces politiques présentes sur la scène palestinienne,
pour pouvoir faire front de façon collective et unie aux défis imposés
par l'occupant spoliateur, en nous accrochant fermement à
l'alternative de la résistance qui protège nos objectifs, la vie et la
culture de notre peuple, et en réclamant de l'Autorité palestinienne
la libération des prisonniers accusés de résistance.

- Les forces nationales et islamiques affirment la nécessité de
transmettre le jugement du tribunal international de Justice de La
Haye au conseil de sécurité et l'assemblée générale de l'ONU, le plus
rapidement possible, car ce jugement n'a aucune valeur tant que nous,
les principaux intéressés, n'avons pas l'audace de l'utiliser, au
moment où nous voyons les États-Unis faire leur possible pour émettre
de nombreuses résolutions hostiles à notre nation.

- Les forces nationales et islamiques se tiennent fermement face au
renouvellement du complot ayant mené à l'occupation de l'Irak par les
forces hostiles, alliées de l'entité sioniste, contre la Syrie, sous
des prétextes divers visant à détruire le dernier bastion de la
résistance et préparer la région arabe à sa soumission devant l'entité
sioniste. Nous affirmons notre position de soutien à la Syrie contre
les complots haineux visant à l'isoler de son contexte arabe, pour
isoler la résistance en Irak, en Palestine et au Liban, pour imposer
le plan américano-sioniste sur la région, et ouvrir totalement la voie
aux ambitions impérialistes. Nous affirmons à notre peuple en Syrie
qu'il n'est pas seule dans la bataille, vous menez une bataille dans
laquelle tous les Arabes libres sont avec vous, votre détermination
face à l'invasion américaine est la résistance de tous les Arabes et
la ligne de la résistance. Dans ce cadre, nous appelons notre peuple,
ses formes nationales et islamiques à proclamer la journée du 25
novembre 2005 la journée de la solidarité et de la cohésion avec le
peuple résistant syrien, et de se rassembler après la prière du
vendredi sur la place al-Manara (Ramallah).

- Les forces nationales et islamiques tiennent à saluer
particulièrement tous les militants et combattants détenus dans les
prisons de l'occupation, affirmant sa solidarité totale avec les
prisonniers de la liberté qui ont pavé la voie de la liberté et de
l'indépendance, et nous réclamons de la direction palestinienne de
considérer cette question prioritaire. Les forces nationales et
islamiques saluent également notre peuple résistant et combattant qui,
malgré la répression sauvage et les crimes de l'occupant, résiste
toujours sur sa terre, refusant la soumission et insistant sur sa
détermination et sa résistance.

- Les forces nationales et islamiques affirment que les plans de
l'occupation visant à isoler et judaïser al-Quds, ainsi que
l'élargissement de la colonisation à l'intérieur et autour de la ville
sainte, les menaces qui pèsent sur les lieux saints, surtout après
l'annonce de la chute probable des murs de la ville, prélude au
changement de son caractère et à la création de faits accomplis,
réclament une mobilisation de toutes les capacités pour faire face à
ces plans.

- Les forces nationales et islamiques affirment la nécessité d'une
large participation, mardi prochain 29 novembre, journée
internationale de solidarité avec le peuple palestinien, aux
manifestations et cortèges, rassemblements et autres activités, pour
exprimer le refus de l'occupation, la dénonciation de ses pratiques
criminelles contre notre peuple, et affirment la nécessité de
généraliser ces activités dans le pays et dans l'exil.

- Tout comme elles affirment la gravité de la décision de reporter les
élections municipales dans la ville d'al-Khalil, à partir de
justifications non convaincantes, demandant de cesser de prendre de
telles décisions qui ne sont pas conformes aux intérêts nationaux de
notre peuple.

 

Gloire à nos martyrs ! Liberté pour nos prisonniers ! Intifada et résistance jusqu'à la victoire

 

Shimon Peres va rejoindre Kadima, le parti de Sharon


L'ancien dirigeant travailliste israélien Shimon Peres est sur le point d'annoncer son soutien à Kadima, le nouveau parti que le Premier ministre Ariel Sharon a créé en vue des législatives du 28 mars, rapportent dimanche différents médias israéliens.
M. Peres devrait annoncer sa décision dans les prochains jours alors qu'il est aussi courtisé par le nouveau chef du parti travailliste, le député et syndicaliste Amir Peretz, qui assure vouloir également obtenir son appui.
"Je vais devoir prendre d'ici deux jours une décision très difficile compte tenu de toute l'histoire" d'Israël, a déclaré M. Peres aux journalistes, n'écartant pas ainsi implicitement un appui à Kadima.
Selon des sources proches de M. Sharon, ce dernier pourrait promettre un poste ministériel ou une autre fonction importante à M. Peres, âgé de 82 ans, en cas victoire de sa liste aux élections.
Le secrétaire général du parti travailliste, Eitan Cabel, a proposé pour sa sa part publiquement à M. Peres un rôle purement honorifique de président de cette formation, M. Peretz n'étant pas prêt à en faire son "numéro deux".
Le ministre et député travailliste Haïm Ramon, qui a fait défection et rejoint le parti de M. Sharon, a exprimé dimanche l'espoir que M. Peres, lauréat du prix Nobel de la paix en 1995, rejoigne Kadima.
"J'espère très fort que Shimon Peres rejoindra Ariel Sharon, qui est le seul actuellement à pouvoir lancer et mener à bien un véritable processus politique", a affirmé M. Ramon.
Ariel Sharon a laissé récemment entendre qu'il poursuivrait sa collaboration avec Shimon Peres, vice-Premier ministre dans le gouvernement actuel, peu avant la démission des ministres travaillistes.
Depuis sa défaite face à Amir Peretz pour la direction du parti travailliste, M. Peres, qui a pratiquement exercé toutes les fonctions ministérielles au cours d'une carrière politique de plus d'un demi-siècle, a maintenu le flou sur ses intentions.
Depuis sa création officielle dimanche dernier, Kadima devance les autres formations.
Selon plusieurs enquêtes d'opinion, Kadima est crédité d'au moins 30 sièges sur 120, les travaillistes de plus de 25 (contre 22 actuellement) et le Likoud de moins de 15 contre 40 dans le Parlement élu en janvier 2003.
Dans cette hypothèse, aucun parti ne disposerait de la majorité nécessaire pour former un gouvernement et la reconduction d'un gouvernement d'union, Sharon-travaillistes paraît la plus probable, selon les analystes.
Source : AFP, 27 novembre 2005

 

Une petite bouffée d'oxygène : les habitants de Gaza peuvent désormais se rendre en Égypte


Pour la première fois depuis 40 ans, les Palestiniens franchissent librement la frontière entre l'Egypte et Gaza
TERMINAL DE RAFAH - Pour la première fois depuis près de 40 ans, des Palestiniens, visiblement très heureux, ont pu franchir librement samedi la frontière entre l'Egypte et la Bande de Gaza, sans se soumettre aux contrôles de sécurité israéliens.
Sous la surveillance de membres d'une mission européenne, des responsables frontaliers palestiniens ont vérifié rapidement les passeports tout au long de la journée. «C'est le début d'une nouvelle ère qui ouvrira un nouvel horizon pour moi», a déclaré Djihad Zanoun, 30 ans, un fonctionnaire qui a été le premier à passer la frontière.
Selon l'Union européenne, 1.587 personnes ont franchi le point de passage samedi. «Nous sommes très contents», a déclaré à Barcelone Cristina Gallach, porte-parole de Javier Solana le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et de sécurité commune. «Cela s'est très bien passé», a-t-elle ajouté.
L'ouverture du point de passage de Rafah entre dans le cadre d'un accord entre Palestiniens et Israéliens qui contrôlaient la frontière jusqu'à leur retrait de Gaza en septembre, un accord conclu sous l'égide des Etats-Unis. Depuis, le point de passage de Rafah avait été fermé par Israël.
C'est la première fois que les Palestiniens prennent le contrôle d'une frontière, sans veto israélien, une étape importante qui a été fêtée par les Palestiniens comme une étape sur la voie de l'indépendance. C'est aussi un bon point pour le président Mahmoud Abbas, confronté au défi posé par le Hamas pour les législatives du 25 janvier.
Le point de passage ouvrira dans un premier temps quatre heures par jour et les autorités palestiniennes pensent qu'il sera franchi quotidiennement par environ 600 personnes. Une fois que les 70 membres d'une mission de surveillance européenne, envoyés pour aider les Palestiniens, seront sur place (ils ne sont qu'une vingtaine actuellement), la frontière sera ouverte 24 heures sur 24.
Samedi matin, plusieurs centaines de Palestiniens se sont massées dans le terminal de Rafah refait à neuf, désireux d'être les premiers à passer après les festivités organisées la veille pour l'inauguration, marquée par la coupure d'un ruban symbolique, en présence notamment de M. Abbas.
Pour l'ordre de passage, la priorité a été donnée aux personnes devant suivre un traitement médical et aux étudiants. Naïmeh Bayah, 52 ans, qui était dans un fauteuil roulant, a déclaré qu'elle se rendait en Egypte pour une opération de la jambe. Comme d'autres voyageurs, elle a expliqué qu'il était jusque-là difficile de franchir le point de passage de Rafah contrôlé par les Israéliens, avec souvent de longues heures d'attente...
Source : La Dernière Heure, 27 novembre 2005

 

Marouan Barghouti grand vainqueur des primaires du Fatah


L'ancien chef du Fatah en Cisjordanie Marouan Barghouti, détenu en Israël depuis 2002, et d'autres jeunes activistes de son camp sont sortis grands vainqueurs des primaires organisées au sein du Fatah, ce qui marque un changement de génération dans cette organisation, selon de premiers résultats dévoilés samedi.
"La jeune garde", emmenée par Marouan Barghouti, fait pression depuis longtemps pour renforcer son influence, particulièrement depuis la mort l'an dernier du chef de l'autorité palestinienne Yasser Arafat, qui a fondé le Fatah et l'a contrôlé pendant une quarantaine d'années.
Son successeur, Mahmoud Abbas, a accepté d'organiser des élections internes pour constituer une liste de candidats en vue des élections législatives du 25 janvier prochain. Et sous la pression de la jeune garde, il a empêché que des anciens du Fatah se voient attribuer des circonscriptions presque gagnées d'avance. Mahmoud Abbas aura toutefois encore son mot à dire sur la constitution de la liste finale.
L'arrivée de cette nouvelle génération pourrait en tous cas rendre ce scrutin plus attrayant pour les électeurs.
"La vieille garde a échoué politiquement et administrativement, et n'est pas parvenue à diriger l'organisation de manière démocratique", a commenté l'analyste Hani al-Masri. "Il est temps de rentrer à la maison".
Les vétérans du Fatah -des proches d'Arafat rentrés d'exil avec lui au début des années 1990- sont en grande partie considérés comme corrompus. La génération de Barghouti est apparue pendant la première Intifadah entre 1987 et 1993, mais elle a été tenue à l'écart du pouvoir par les anciens.
Marouan Barghouti, 46 ans, est considéré comme un successeur potentiel de Mahmoud Abbas, même s'il est actuellement détenu en Israël, condamné à plusieurs peines de prison à vie pour son implication dans des attentats dans lesquels cinq Israéliens ont été tués.
Source : AP, 26 novembre 2005

 

 

Un document confidentiel britannique met Israël en accusation. Ce document émanant du Foreign Office alerte sur le fait que la violation du droit international représente un très grave danger pour la paix


par Chris McGreal (Jérusalem), The Guardian, 25 novembre 2005. Original : http://www.guardian.co.uk/israel/Story/0,2763,1650426,00.html. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

Un document confidentiel du Foreign Office [les Affaires étrangères britanniques] accuse Israël d'accélérer son annexion des quartiers arabes de Jérusalem, en construisant des colonies juives illégales et l'immense barrière qui parcourt la Cisjordanie, afin d'empêcher que Jérusalem ne devienne une capitale, pour les Palestiniens.

Avec une analyse franchement critique, peu habituelle, des évaluations britanniques des intentions israéliennes, ce document affirme que le gouvernement d'Ariel Sharon est en train d'obérer les perspectives d'un accord de paix en faisant tout afin d'exclure le devenir de Jérusalem Est des négociations et que cette attitude risque d'amener les Palestiniens habitant la ville de Jérusalem à rejoindre des formations radicales. Le document, que le Guardian s'est procuré, a été présenté à une réunion du conseil des ministres européens présidé par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, lundi dernier, conjointement à des recommandations de contrer la politique israélienne, allant jusqu'à la reconnaissance des activités politiques palestiniennes à Jérusalem Est.

Mais le conseil [des ministres européens des A.E.] a décidé de mettre la question au frigo, à l'instigation de l'Italie, indiquent certaines sources, l'Italie étant aux yeux des Israéliens leur allié le plus fiable au sein de l'Union européenne.

Israël a qualifié une recommandation de déplacer les rencontres officielles de l'Union européenne avec l'Autorité palestinienne de Ramallah à Jérusalem Est, afin de marquer la reconnaissance par l'Union européenne des revendications palestiniennes de « proposition négative ». Il affirme que la partie orientale de Jérusalem, qu'il a occupée à la suite de sa guerre de juin 1967, est partie intégrante de sa « capitale indivisible ». Quasiment tous les gouvernements maintiennent leur ambassade en Israël à Tel Aviv, car ils ne reconnaissent pas cette prétention israélienne.

Le document, rédigé par le consulat britannique de Jérusalem Est, dans le contexte de la présidence de l'Union européenne (assurée par la Grande-Bretagne, rappelons-le, ndt), indique que la politique israélienne, visant à empêcher que Jérusalem ne devienne la capitale palestinienne, trouve sa traduction pratique dans l'extension de la colonisation tant à Jérusalem même qu'autour de cette ville. Le document affirme que le projet, nourri par M. Sharon, de relier Jérusalem à la très importante colonie de peuplement de Ma'ale Adumim, en Cisjordanie, en construisant des milliers de maisons neuves entre les deux, « menace de parachever l'encerclement de la ville par des colonies juives, ce qui aurait au surcroît pour effet de couper en deux la Cisjordanie, et de la diviser en deux zones géographiques disjointes. »

Il ajoute : « Les activités israéliennes [de colonisation] à Jérusalem représentent une violation tant ses [propres] obligations au regard de la Feuille de route [un projet de paix] que le droit international. » Le Foreign Office conclut par ailleurs en indiquant que l'énorme muraille de béton, dont Israël affirme qu'il s'agit d'une installation sécuritaire, sert [de fait] à exproprier des terres arabes, à l'intérieur et à l'extérieur de Jérusalem. « Cette annexion de facto de terres palestiniennes prendrait un caractère irréversible sans des évacuations forcées de colons et une modification du tracé de cette muraille. »

Le document indique également que les contrôles extrêmement stricts imposés aux déplacements des civils palestiniens à l'intérieur et autour de la ville de Jérusalem font partie d'une tentative de restreindre l'accroissement démographique de la population arabe. « Quand la muraille sera bouclée, Israël contrôlera tous les accès à Jérusalem Est, qui se retrouvera coupée de ses villes satellites palestiniennes, Bethléem et Ramallah, et, au-delà, de toute la Cisjordanie. Cela aura des conséquences très graves pour les Palestiniens », pronostique-t-il.

« Il est quasi certain que la principale motivation d'Israël est d'ordre démographique. Le plan d'occupation des sols de Jérusalem est marqué au coin d'un objectif explicite : maintenir la composante palestinienne au-dessous des 30 % de la population hiérosolomitaine totale. » Tout ceci, poursuit le document, réduit dans une grande mesure la perspective d'une solution à deux États, une des principales revendications des Palestiniens restant leur souveraineté sur la moitié orientale de Jérusalem.

« Les Palestiniens sont profondément inquiets, au sujet de Jérusalem Est », indique le document. « Ils redoutent qu'Israël n'arrachent le morceau », sous couvert de désengagement. Les mesures israéliennes risquent aussi de radicaliser la population palestinienne de Jérusalem Est, jusqu'ici relativement paisible. »

Mark Regev, porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères, a déclaré : « Israël en tient pour ce que Jérusalem reste sa capitale unifiée. Et en même temps, Israël maintient son engagement à ce que Jérusalem fasse partie des points à examiner lors de la discussion du statut définitif. »

 

Une “fuite regrettable”

 

La Commission européenne a minimisé vendredi la publication par une ONG israélienne d'un rapport de l'UE accusant Israël de renforcer son emprise sur Jérusalem-est pour empêcher que la ville ne devienne la capitale d'un futur État palestinien.

"Nous considérons les fuites comme regrettables", a déclaré Emma Udwin, porte-parole de la commissaire européenne aux Relations extérieures Benita Ferrero-Waldner, soulignant que ce rapport était destiné à être publié prochainement.

"Il n'y a aucune volonté de dissimuler un document", a-t-elle continué. Lors de leur dernière réunion lundi, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont indiqué qu'une "analyse détaillée de l'UE concernant Jérusalem-Est annexée" serait "adoptée et rendue publique" lors de leur prochaine réunion le 12 décembre. Lundi, ils avaient d'ailleurs déjà exprimé leur "vive inquiétude" face aux "actions israéliennes dans et autour de Jérusalem-Est, notamment l'édification de la barrière de sécurité, la construction de colonies et la démolition des maisons".

Ces actions "réduisent la possibilité de parvenir à un accord définitif sur le statut de Jérusalem" et "risquent de rendre matériellement impossible toute solution fondée sur la coexistence de deux États viables", avaient-ils dit.

Vendredi, une ONG israélienne qui milite contre la démolition des maisons palestiniennes à Jérusalem-est a rendu public le futur rapport. "Les activités d'Israël à Jérusalem sont en violation à la fois de ses engagements pris dans la Feuille de route et de la loi internationale", indique cette ébauche du document. Source : AFP, 25 novembre 2005


Le Néguev, “nouvelle frontière” de la colonisation sioniste


En Conseil des ministres, le cabinet a approuvé le plan de développement du désert du Néguev. Concrètement, le plan promeut le développement de cette région désertique pour la période 2006-2015. Le Néguev représente 60 pour cent de la superficie d’Israël, mais contient seulement 8 pour cent de sa population. C’est une région qui couvre tout le sud d’Israël, de Sdérot à Arad et la Mer morte dans sa partie nord, jusqu’à la pointe sud d’Eilat (cette ville étant cependant exclue du plan). Les Bédouins constituent 25 pour cent de sa population, et le plan vise à les intégrer pleinement à la vie de la région. Le plan comprend 4 principes phares :
- Accroissement de la population d’environ 535.000 personnes (fin 2003) à 900.000 pour 2015.
- Emploi : passer de quelques 164.000 emplois dans cette région à 300.000 pour 2015.
- Salaires : réduire le fossé existant entre la région du Néguev et la moyenne nationale.
- Étudiants : augmenter le nombre d’étudiants dans la tranche 21-29 ans pour arriver à la moyenne nationale (15,6 pour cent).
Les projets concernent donc des volets économiques, des constructions d’habitations et de villages, ainsi que d’infrastructures de transport et d’environnement. Le Gouvernement accordera des aides préférentielles pour toute installation dans cette région, ayant déjà réservé 17 milliards de shekels pour le Néguev.
Une équipe, qui comprend notamment le Directeur général du bureau du Premier ministre et le Directeur du Budget au ministère des Finances, est chargée de préparer un plan détaillé de travail pour mettre en œuvre les projets de développement du Néguev d’ici 60 jours.
Source : MFA, 20 novembre 2005, via Ambassade d’Israël à Paris

 

Mauvaises nouvelles de Walid Hanatche


par Rami Rabayah, Ramallah, 24 novembre 2005
Chers amis,
Je vous ai écrit il y a quelques temps déjà au sujet de Walid Hanatche,
étudiant palestinien en Master de Sciences Economiques à l'Université de
Birzeit de Ramallah. Walid est arbitrairement emprisonné sans aucune charge
ou accusation contre lui depuis déjà trois ans et demi. Les nouvelles ne
sont pas bonnes du tout. La première vient de la Cour martiale israélienne a
prolongé sa détention administrative. Cela signifie qu'il continue à être
détenu sans aucune charge contre lui. Ainsi les avocats sont paralysés dans
leurs actions, et ne peuvent rien face à l'arbitraire militaire.
La deuxième mauvaise nouvelle vient des bulletins hospitaliers concernant
l'état de santé de sa femme souffrante d'une tumeur cancéreuse au cerveau.
Son état ne cesse de se dégrader, et la menace demeure pesante sur leur
fillette risquant d'être bientôt orpheline. Seule consolation, le bureau de
Mahmoud Abbas, Président de l'Autorité Palestinienne, prendra en charge la
totalité des frais médicaux.
La troisième mauvaise nouvelle, et je cesserai de vous en déverser, c'est le
nombre d'étudiants de Birzeit, détenus comme Walid, a augmenté de 18
étudiants a 38 étudiants actuellement détenus arbitrairement sans aucune
charge a leur encontre.
J'ai presque envie de vous dire mon désespoir, mais face au courriels reçus
de votre part et la mobilisation que mon email a suscitée, je voudrais vous
faire part de courage que vous me donnez. Merci a vous pour votre engagement
humain et votre merveilleux soutien. Enfin je tiens à vous transmettre
l'immense reconnaissance que vous témoigne l'Université de Birzeit par le
biais de leur coordinateur de cette compagne Yasser N.
Rami Rabayah, Tel : +972-544-607808, Fax: +972-2-2403858, P. O. Box 2266 Ramallah - West Bank, PNA (Via Israel), courriel : rabayahrami@aol.com
P.S.
Si vous voulez marquer davantage votre opposition a ces détentions
arbitraires, écrivez a ces adresses.

Colonel Yaer Lutstein
Army Legal Advisor
Bet El Civil Administration
West Bank
Fax: +972 2 997 7326

Brigadier General Avihai Mandelblit
Chief Military Attorney
6 David Elazar Street
Tel Aviv
Fax: +972 3 569 4370

SVP, informez-moi des fax envoyés par mèl (rabayahrami@aol.com) pour que je
puisse coordonner l'action avec l'Université de Birzeit et mes amis
israéliens, et vous informer des aboutissements par la suite. Sinon,
informez la fac de Birzeit directement au :
The Right to Education Campaign at Birzeit University
Email: right2edu@birzeit.edu Fax: +972 2 298 2059

 

Ilan Pappe : « Il faut sanctionner Israël, désinvestir d'Israël et savoir aller de l'avant »


Conférence prononcée à San Francisco le 28 octobre 2005. Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Durant la dernière semaine du mois d'octobre, le professeur israélien Ilan Pappe était en Californie. Il a prononcé plusieurs conférences sur la nécessité de désinvestir d'Israël et d'imposer des sanctions à ce pays, préalable indispensable à une solution équitable du conflit israélo-palestinien. Le vendredi 28, il a fait une conférence à San Francisco, à l'Eglise presbytérienne du Calvaire. Vous pouvez entendre cette conférence, d'une durée de trente-cinq minutes, suivie de ses commentaires, en réponse à des questions qu'on lui a posées, d'une durée d' environ dix minutes, en vous connectant au lien suivant :
http://www.radio4all.net/proginfo.php?id=14961
http://www.radio4all.net/pub/files/jblankfort@earthlink.net/1752-1-20051107-

 

Ci-après, la transcription de cette conférence :


C'est pour moi un très grand plaisir d'être ici parmi vous. Et c'est un plaisir particulier d'être l'invité d'une association qui, par ses activités, soutient des gens comme moi, qui avons de plus en plus de difficulté, dans nos pays respectifs, à continuer à exprimer nos opinions dissidentes, éloignées de la vision généralement admise des choses. Et je ne parle ici pas seulement de moi-même, mais aussi des mes collègues qui, en Israël, pensent comme moi et tentent d'exprimer une opinion alternative : un tel soutien, venu de l'étranger, nous donne de l'énergie et nous encourage.

Et il est de fait que, sans un tel soutien, il serait pratiquement impossible, pour nous, de continuer à livrer un tel combat.

Ce que j'aimerais faire, cette après-midi - je laisserai assez de temps pour vos questions et vos observations, car je ne sais pas quel est votre niveau de connaissance de la question, ni à quel point vous êtes engagés dans un militantisme en lien avec la question Israël / Palestine. - mais je vais tout au moins essayer de vous présenter ce qui, pour moi, est le message le plus important et le plus urgent. Bien sûr ; ne vous gênez pas pour demander plus d'explications si nécessaire, sur telle ou telle période, ou sur tel ou tel aspect qui vous intéresserait ou qui serait particulièrement important pour vous.

Cela fait environ trente ans, maintenant, que je milite pour la paix et les droits de l'homme en Israël et en Palestine, et je dois dire que je ne me souviens pas d'avoir traversé une période aussi déprimante que la période actuelle. Je pense que ce sentiment d'abattement, de dépression, ce sentiment de désespoir, découle du gouffre qui semble quasiment infranchissable entre la manière dont la situation est décrite par les médias de mon propre pays et les médias en-dehors d'Israël, d'une part, et la réalité sur le terrain, d'autre part.

Parce que, tant que les gens continueront à parler d'occupation et d'oppression, même s'ils les justifient d'une manière ou d'une autre, vous pouvez toujours vous mettre en avant, et vous aurez toujours l'air dans le coup, si vous dites : « Je suis contre l'occupation et je suis contre l'oppression ! ». Et je pense que ça, c'était certes bien la situation en Israël et en Palestine. Mais jusqu'en l'an 2000, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Non que le mouvement anti-occupation, en Israël, ni que le mouvement de résistance des Palestiniens, eussent été en train de marquer des points significatifs, ni d'obtenir des résultats tangibles dans leur lutte pour libérer les régions occupées par Israël en 1967. Mais le sentiment général était le suivant : ces gens, au moins eux, à l'intérieur et à l'extérieur d'Israël, étaient d'accord sur le fait que des parties de la Palestine - en l'occurrence la Cisjordanie et la bande de Gaza - étaient sous occupation. Mais je pense que depuis cinq ou six mois, il est très difficile de convaincre les gens, en Israël, et pratiquement dans le monde entier, que l'occupation [israélienne] continue toujours. Ceci est dû à une évolution très intéressante, à l'intérieur du système politique israélien.

Nous avions pris l'habitude d'assister à un débat très vif, au sein du système politique israélien, entre un camp, que nous avions coutume d'appeler « le camp de la paix », qui pensait qu'Israël devait se retirer des territoires occupés en 1967 et permettre aux Palestiniens d'y créer un Etat palestinien indépendant. Et, en face, vous aviez ce que nous appelons, en Israël, le « camp national » (parfois : « nationaliste »), qui voyait dans les territoires occupés par Israël en 1967 une partie intégrante de la terre d'Israël et, donc, un territoire « racheté » (« libéré ») qui ne saurait être négocié, à aucun prix. Et tant que ce débat se poursuivait, le sentiment qui prévalait, en Israël et en-dehors d'Israël, c'était qu'il y avait une chance réelle de paix. En effet, si vous avez un groupe important d'Israéliens qui sont désireux de partager la terre de Palestine avec les Palestiniens, de donner aux Palestiniens une partie de la terre, de leur permettre de créer un Etat sur une partie de ces terres, cela semble représenter une formule acceptable, permettant une paix.

Il faut bien dire que c'était là une fausse supposition, de toute manière ; mais j'y reviendrai plus tard. Mais au moins, il y avait un sentiment qu'existait un espoir, que vous aviez une opinion publique, en Israël, susceptible de pousser dans le sens d'un processus de paix tangible. Et, en face, il y avait le camp qui s'efforçait d'annexer les territoires qu'Israël avait occupés en 1967, en ne laissant, par conséquent, aucune place à des négociations de paix. Sur la base de cette dichotomie, en 1993, le leadership israélien, sous la houlette de feu le Premier ministre Itzhak Rabin, et le leadership palestinien, sous celle de feu le président Arafat, qui n'était alors que le chef [de l'OLP], parvinrent à un accord. Cet accord - l'accord d'Oslo - fut signé, comme vous le savez, sur la pelouse de la Maison Blanche, le 13 septembre 1993. La formule de la paix, en septembre 1993, était que véritablement les Israéliens étaient désireux de se retirer, en principe, des territoires occupés par Israël en 1967 (la Cisjordanie et la bande de Gaza), de permettre à un Etat palestinien d'y être créé, en échange de l'acceptation, par les Palestiniens, de reconnaître l'Etat juif et de renoncer à toute revendication ultérieure sur Israël.

Bien sûr, cela n'a jamais été accepté par les Palestiniens, mais en raison des circonstances et de l'équilibre des pouvoirs [dans le monde, ndt], la direction palestinienne décida (je pense avec le recul de l'histoire que ce fut en l'occurrence une décision hasardeuse, mais de l'eau a coulé sous les ponts, et il est trop tard désormais pour revenir sur ce passé).bref ; les Palestiniens, disais-je, ont décidé d'accepter les Accords d'Oslo, bien que leur interprétation de la paix n'ait en aucun cas été prise en compte par ces fameux Accords d'Oslo.

Finalement, l'Accord d'Oslo disait que l'interprétation israélienne de la paix, à savoir que si Israël se retirait des territoires qu'il avait occupés en 1967, le conflit prenait fin, [était la bonne]. C'est la fameuse équation qui a été remise au goût du jour, lors du sommet de 2000, le sommet de Camp David II, à l'invitation du président Clinton, où Arafat se vit demander de signer un document qui assimilait la fin de l'occupation desdits territoires par Israël à la fin du conflit. Seulement voilà : en ce moment de vérité, à la différence de l'instant de vérité d'Oslo, où il était clair qu'il n'y y aurait plus de négociations au sujet du conflit, Arafat a dit ce que tout le monde savait qu'il dirait, c'est-à-dire : « pas question ! » Si j'étais un dirigeant palestinien, je ne pourrais pas dire que ma seule revendication consisterait à ce qu'Israël se retire des territoires occupés, je serais un représentant d'un peuple qui a été dépossédé de son foyer national, en 1948 ; je dirais que nous avons perdu 80 % de notre territoire, en 1948, que la moitié de la population palestinienne indigène a été transformée en réfugiés par une opération d'épuration ethnique israélienne.

Et, partant, je voudrais continuer à négocier ce qui représenterait pour moi, en tant que leader palestinien, la question la plus cruciale - c'est-à-dire : certainement pas le sort des territoires qu'Israël a occupés en 1967, qui ne représentent que 20 % de la Palestine - bien sûr, je voudrais voir l'occupation de ces territoires prendre fin, et je voudrais assister à l'émergence d'un Etat palestinien indépendant sur ces territoires. Mais la fin du conflit ne pourrait intervenir que lorsque nous aurions trouvé une solution équitable, juste, au problème des réfugiés. En effet, après tout, l'histoire n'a pas jamais assisté, non pas en termes de nombre en valeur absolue, mais en termes de nombre relatif, à l'expulsion de la moitié de la population d'un pays. La moitié de la population d'un pays. De surcroît dans la période qui succède immédiatement à la Seconde guerre mondiale, avec la destruction de la moitié des villages de ce pays, avec la destruction de la plupart de ses villes, pour ainsi dire, de toutes.

De manière caractéristique, il s'agit d'un événement qui n'a fait l'objet d'aucun reportage dans un quelconque journal américain, ni au moment où il s'est produit, ni par la suite. C'est sidérant. Aucune allusion, non plus, dans les manuels d'histoire américains. Mais je m'éloigne de notre sujet.

Revenons à la situation en 2000. Ainsi, les Israéliens (s'agissait-il de l'opinion publique israélienne, ou des décideurs politiques israéliens, ou encore des deux ?), étaient confrontés au dilemme suivant : des années durant, ils avaient eu entre eux un débat interne très animé, un authentique débat, en Israël, autour de la question de savoir si Israël devait renoncer au contrôle sur les territoires qu'il avait occupés en 1967, ou non ? Les Israéliens pensaient, et je crois qu'ils le pensaient sincèrement, qu'ils avaient pris une décision très courageuse - qu'ils devaient renoncer à ces territoires. Et quand le moment de vérité fut venu, quand ils ont proposé, en 2000, de se retirer de la plus grande partie de ces territoires occupés - en effet, ils n'ont jamais proposé de se retirer de leur totalité. - la direction palestinienne, c'est-à-dire pas seulement Arafat, c'était aussi le discours de tous les dirigeants, quel qu'ait été leur rang dans le camp palestinien, leur a dit : « C'est magnifique ! Nous sommes très satisfaits de votre idée de retirer votre armée des territoires occupés. Mais nous ne pouvons pas signer un document qui affirme que c'est là la fin du conflit et que nous, peuple palestinien, nous n'aurions plus aucune aspiration ni aucune revendication à satisfaire, étant donné que vous nous demandez, en cet été 2000, de dire que nous avons renoncé à notre droit au retour, que nous avons renoncé à notre droit à lutter pour une reconnaissance internationale de l'épuration ethnique de 1948, et donc pour celle de votre responsabilité dans ce crime horrifiant que vous avez perpétré en 1948. » Bien. Les Palestiniens ont commencé, à l'automne 2000, à participer à une campagne comportant de multiples manifestations et cela, parce que, sous les auspices du président américain d'alors, Bill Clinton, Arafat avait été déclaré archi-terroriste, parce qu'il n'avait pas accepté le dictat américain, et les Palestiniens, dans l'ensemble, étaient présentés comme un peuple inflexible et cette allégation était même projetée sur le passé, sur leur histoire, sur leur histoire dans le conflit, l'allégation, le narratif consistant à dire qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil et qu'ils avaient toujours rejeté les offres de paix « raisonnables et généreuses » qui leur avaient été faites. Ce qui, bien entendu, est entièrement faux. Mais peu importe : c'est ainsi que les choses étaient présentées. Il ne se serait donc pas agi simplement d'un refus accidentel d'accepter la meilleure solution encore jamais proposée au conflit : il se serait agi d'une histoire complète, faite de comportement palestinien butté. Il y a des rapprochements intéressants à faire entre l'été 2000 et l'automne 1947. Dans les deux cas, la communauté internationale - en 1947, il s'agissait des Nations unies et, en 2000, des Etats-Unis - ont offert une solution qui avait été taillée sur mesure pour les Israéliens, ou plus exactement, s'agissant de 1947, sur la position des sionistes, et l'on sait que cette proposition avait elle aussi été totalement rejetée par les Palestiniens.

Et pourtant, à l'époque, la communauté internationale avait dit que cela n'avait pas d'importance, qu'on allait imposer par la force une solution qui n'était pas acceptée. En 1947, il s'agissait d'imposer une solution à une population qui représentait la majorité de la population du pays, c'est-à-dire plus des deux tiers des habitants, et pourtant personne n'a considéré que sa position [bien que majoritaire] fût légitime. Et pourtant, au surcroît, la population indigène était encore là, alors que le groupe de population auquel on offrait une paix à sa propre convenance était composé de nouveaux venus. La plupart d'entre eux n'étaient arrivés en Palestine que quatre ou cinq ans auparavant, pour la première fois de leur vie, pour la plupart. Telle était la situation en 1947, mais il s'agissait de résolutions (imparables). Pas étonnant que les Palestiniens les aient rejetées. Bien sûr, paradoxalement, l'existence aurait été beaucoup plus difficile pour les Israéliens, si les Palestiniens avaient accepté lesdites résolutions. Mais nous ne saurions so