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Palestine
 

Mordechaï Vanunu arrêté en se rendant en Cisjordanie


Celui que l'AFP s'acharne à appeler "l''espion nucléaire" israélien Mordehaï Vanunu - qui depuis de longues années s'appelle John Crossman et s'est converti au christianisme anglican - a été arrêté vendredi par la police alors qu'il tentait de se rendre en Cisjordanie, ce qui lui est interdit, a annoncé la radio militaire.
Mordehaï Vanunu a été interpellé au barrage routier d'Al-Ram situé au nord de Jérusalem-est menant à la Cisjordanie, a précisé la radio.
La justice israélienne a imposé des restrictions à la liberté de mouvement à cet ancien technicien de la centrale nucléaire de Dimona (sud) depuis sa
libération en avril 2004 après 18 ans de prison ferme pour avoir révélé les secrets nucléaires d'Israël au journal londonien Sunday Times. (Il n'est donc pas un espion, puisqu'il n'a vendu aucun secret à aucune puissance étrangère).
Parmi ces restrictions figurent l'interdiction de se rendre dans les territoires palestiniens ou de partir à l'étranger Mordehaï Vanunu a en vain fait appel en juillet pour obtenir la levée de ces restrictions.
Le ministère de l'Intérieur avait auparavant prolongé d'un an en avril les restrictions sous motif que M. Vanunu "dispose d'informations précises remontant à l'époque où il était employé à la centrale de Dimona qu'il pourrait diffuser s'il était autorisé à quitter le pays".
Il reproche à l'ancien détenu d'avoir "systématiquement enfreint" les limitations imposées après sa libération.
Le 17 mars, un tribunal de Jérusalem avait inculpé M. Vanunu pour avoir enfreint à 21 reprises ces restrictions, notamment en accordant des interviews.
M. Vanunu, qui a demandé en vain l'asile dans plusieurs pays occidentaux depuis sa remise en liberté, se plaint d'être soumis à une surveillance constante.
L'Etat hébreu n'a jamais reconnu disposer d'un arsenal nucléaire, mais des experts étrangers affirment qu'il s'est doté de 200 ogives nucléaires ainsi que de missiles à longue portée.
Source : AFP, 18 novembre 2005

 

Des milliers d'habitants de Gaza solidaires de la Syrie


Des milliers de Palestiniens ont participé à une manifestation organisée vendredi par le groupe radical Jihad islamique à Gaza en solidarité avec la Syrie et contre
Le 28 octobre, le Quartette international pour le Proche-Orient --Etats-Unis, Union européenne, Onu et Russie-- avait appelé la Syrie à "fermer immédiatement les bureaux du Jihad islamique" et "à interdire l'utilisation de son territoire par des groupes armés qui lancent des attaques terroristes", après un attentat meurtrier du Jihad dans le nord
d'Israël.

les "pressions américaines" dont ce pays fait l'objet. Les manifestants ont défilé dans les rues de Gaza après la grande prière du vendredi avant de se rassembler dans la cour du Conseil législatif palestinien. "Cette foule en colère est sortie exprimer sa solidarité avec nos frères en Syrie et son indignation devant la politique américaine arrogante de chantage", a affirmé en haranguant les manifestants Nafez Azzam, un des principaux chefs du Jihad islamique. Il a appelé les peuples arabes et islamiques à "faire face à l'offensive américaine contre la région car la chute de Damas signifiera la chute de Beyrouth, du Caire et de Ryad".

Aux cris de "mort à l'Amérique et à Israël", des manifestants ont brûlé des drapeaux de ces deux pays au début du rassemblement. Le président de la commission d'enquête de l'Onu, Detlev Mehlis, a demandé à interroger six responsables syriens qu'il soupçonne de détenir des informations sur les circonstances de l'attentat qui a coûté la vie à l'ancien Premier ministre libanais, le 14 février à Beyrouth. Pour forcer Damas à coopérer, le Conseil de sécurité a adopté le 31 octobre la résolution 1636 qui stipule la coopération inconditionnelle de Damas avec la commission d'enquête internationale et envisage indirectement des sanctions.

Source : AFP, 18 novembre 2005

 

Un assassin en uniforme innocenté, comme d'habitude


Une cour martiale a acquitté mardi l'officier israélien accusé d'avoir, l'année dernière, vidé son arme dans le corps d'une écolière palestinenne déjà morte, dans la Bande de Gaza. « Je suis choqué et ça fait mal », a déclaré le père de la victime, « Si le soldat a tué ma fille de trente balles, le tribunal l'a assassinée à nouveau cent fois. » Samir a ajouté qu'il n'attendait pas grand-chose du système judiciaire israélien, mais qu'il espérait tout de même que « pour sauver les apparences, ils le condamneraient à deux-trois ans de prison pour ensuite le libérer, un petit truc pour réduire les gens au silence. » Eh bien, même pas ça.

 

Le conflit israélo-palestinien Un article d'Antoine Waechter, paru dans "La lettre des écologistes", du Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI), juin 2005.

 

Source : http://www.mei-fr.org

 

Le drame palestinien et les Écologistes

Les Écologistes n'ont jamais été indifférents au drame palestinien. Les premières prises de position sont contemporaines de la naissance des Verts, en 1984. Dès 1988, en pleine intifada, Antoine WAECHTER s'est rendu en Palestine, où il a rencontré les représentants des partis israéliens et palestiniens. Une délégation, composée de Jean-Louis VIDAL, Guy CAMBOT et Antoine WAECHTER, a rencontré Yasser ARAFAT à Paris, en 1989. Témoignages de l'impact affectif du conflit israélo-palestinien, celui-ci a suscité des prises de position parfois exacerbées, y compris de la part des députés écologistes au Parlement Européen. En retour, les relations avec les représentants de la communauté juive ont été émaillées de malentendus, bien que les échanges avec le Comité Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) aient été fréquents au cours des années 1990. Les Écologistes ont été régulièrement agressés par les partisans d'Israël.

Les Écologistes se sentent proches des Palestiniens parce qu'ils ressentent, comme eux, la brutalité d'une civilisation qui ne tient aucun compte du lien qui unit la personne au lieu qui l'a vu naître. Les Amérindiens, les aborigènes sud-américains, australiens et calédoniens bénéficient de la même solidarité de coeur.

La naissance d'Israël

Le concept national juif, exprimé par Leo PINSKER vers 1880 puis par Théodore HERZL en 1897, est inspiré par la notion biblique de peuple élu, par les persécutions dont sont victimes les Juifs depuis des siècles et par l'esprit colonial de la fin du XlXe siècle.

Le retour du peuple d'Israël sur la terre promise est le mythe fondateur de la création de l'État juif en Palestine, un État fondé non sur le droit du sol, mais sur l'appartenance à une communauté religieuse.

L'idée même de créer de toutes pièces un foyer national sur un territoire déjà occupé participe du mouvement colonial de l'époque, de la puissante émigration européenne vers l'Amérique et l'Afrique et de la croyance en une civilisation supérieure porteuse de progrès.

Le congrès juif mondial, réuni à Bâle en août 1897, crée l'organisation sioniste mondiale suivie, en 1899, par la création de la banque coloniale juive. À partir de cette date, les achats de terres vont se multiplier en Palestine, notamment auprès de grands propriétaires turcs. Les fondations de Tel Aviv sont posées en 1909. En 1914, les surfaces acquises atteignent 420 000 hectares. Cette politique foncière suscite les premiers affrontements avec les Palestiniens.

En 1916, la Palestine passe sous le contrôle des Anglais. En 1917, le gouvernement britannique « envisage favorablement la création d'un foyer national juif » (déclaration BALFOUR). En 1921, les affrontements entre Juifs et Arabes ont déjà fait une centaine de morts. Des milices juives se constituent. L'armée britannique protège les colons juifs.

Le 17 mai 1939, les Anglais proposent la création d'un État indépendant dirigé par les Juifs et par les Arabes : les premiers refusent, les seconds acceptent. À l'issue de la seconde guerre mondiale, le Moyen-Orient passe sous la protection des Américains.

Le 29 novembre 1947, sous l'influence des États-Unis et de l'Union soviétique, les Nations-Unies recommandent le partage de la Palestine entre un territoire juif et un territoire arabe (résolution 181). Le 9 avril 1948, des groupes terroristes juifs massacrent les 254 habitants du village de Deir Yassine, provoquant le début de l'exode palestinien. L'État d'Israël est créé dans la foulée et reconnu dans l'heure qui suit par TRUMAN et GROMYKO. Les pays arabes entrent en guerre. Le comte BERNADOTTE, médiateur de l'ONU, est assassiné par des extrémistes juifs le 17 septembre 1948.

Au fil des guerres qui vont suivre, l'État d'Israël étend son territoire. La dispersion de près de 1 250 000 réfugiés palestiniens dans les pays voisins de la Palestine déstabilise l'ensemble du Moyen-Orient (Jordanie, Liban, Egypte ...).

L'impasse écologique

La Palestine a la dimension d'une grande région française. Une partie de son territoire est désertique. En 1880, elle abrite 250 000 personnes, dont 20 000 Juifs. Les Juifs sont 554 000 en 1944 : ils représentent alors 31% de la population totale.

Aujourd'hui, l'État d'Israël compte 6,5 millions d'habitants. Les territoires palestiniens réunissent 3 millions de personnes sur 6 215 kilomètres carrés, soit une densité de peuplement de 483 habitants au km2. Dans la bande de Gaza, la densité est proche de 3 000 habitants au km2. La viabilité de ces peuplements dépendent de l'extérieur, notamment des aides apportées par les diasporas juives et palestiniennes ainsi que par la communauté internationale. Ces territoires sont incapables d'assurer leur autosuffisance alimentaire. Les ressources en eau douce sont insuffisantes.

L'espace fertile étant compté, la lutte pour le territoire est cruciale. Elle se traduit par la colonisation juive des territoires palestiniens. Cette colonisation est à l'origine de l'échec de tous les plans de paix élaborés à ce jour.

Les deux communautés sont engagées dans une course démographique, par la natalité chez les Palestiniens, par l'immigration chez les Israéliens, l'objectif étant la prééminence par le nombre. De plus, 1,2 million de réfugiés palestiniens attendent de rentrer chez eux. Aucune solution durable n'est envisageable sans un désarmement démographique.

Résolution politique

D'un point de vue écologique, ni l'État israélien, ni l'État palestinien ne sont viables. La situation actuelle prévaut dans un contexte géopolitique dominé par les États-Unis associé à un contexte économique permettant d'importants transferts de fonds en direction des deux communautés. Ces contextes sont appelés à évoluer rapidement suite à l'affirmation de la Chine comme puissance mondiale et aux mutations liées à la fin du pétrole.

C'est pourquoi, à terme, la solution est un État fédérant les deux communautés, avec une seule justice, une seule école, une seule armée. Cet État sera nécessairement laïc, garantissant à chaque communauté le libre exercice de sa religion, et démocratique (une personne égale une voix). Une union plus large, réunissant l'État israélo-palestinien, la Jordanie, le Liban et la Syrie, voire au-delà, pourrait assurer une gestion globale de l'eau, mais il s'agit, pour l'heure, d'une perspective utopique.

Plusieurs préalables et des étapes intermédiaires sont nécessaires :

• l'affirmation du droit international, face au vol des terres palestiniennes, à la violation des droits fondamentaux de la personne humaine et au terrorisme;

• le désarmement démographique, c'est-à-dire le gel de l'immigration juive et le freinage de la démographie palestinienne ; l'aide internationale devra favoriser l'insertion économique et sociale des émigrés palestiniens dans les pays voisins afin de décourager provisoirement leur retour au pays;

• le dédommagement des Palestiniens expropriés par la colonisation juive en Cisjordanie.

Attitude non violente

La société israélienne est traversée par des courants très divers, des courants pacifistes qui militent pour la main tendue aux Palestiniens, des courants progressistes plus timides, mais aussi une extrême droite dure. De la même manière, la société palestinienne est travaillée par des courants favorables à la recherche d'une solution négociée et d'autres qui exploitent le désespoir pour entretenir la violence meurtrière.

Il nous appartient de soutenir les hommes de bonne volonté des deux camps, de condamner avec autant de force la violation du droit par l'État d'Israël que le terrorisme des groupes extrémistes palestiniens. Ce terrorisme est une impasse qui s'apparente à un suicide.

Il nous appartient de dire que la concurrence démographique des deux communautés conduit l'une et l'autre à une sévère crise de subsistance et rend impossible toute solution durable.

Il nous appartient enfin de condamner les actes antisémites sur notre territoire, pour des raisons éthiques évidentes, mais aussi parce qu'ils alimentent l'émigration vers Israël et renforcent la politique des faucons.

 

 

Boire pour oublier ...


Un colonel israélien a ordonné le démantèlement d'une formation de combattants d'élite après avoir découvert que ses membres avaient "emprunté" des véhicules militaires pour acheter de l'alcool puis s'enivrer, a rapporté lundi le quotidien Yédiot Aharonot. Les militaires s'étaient réunis il y a environ un mois pour célébrer, autour d'un barbecue copieusement arrosé d'alcool, la fin d'un cours de formation à la lutte anti-terroriste, a précisé le journal. La consommation d'alcool est rigoureusement interdite au sein de l'armée israélienne.
Plusieurs mesures ont été prises contre les soldats de cette formation, qui appartenaient à l'unité "Douvdevan" (Cerise), en fonction de leur responsabilité dans l'affaire: l'affectation à un autre poste, l'annulation de permission, la dégradation ou la condamnation à de la prison.
Il y a six mois, un soldat d'une unité combattante du génie s'était enivré à mort pour célébrer la fin d'un cours de formation.
Le général Dan Haloutz, chef d'état-major, avait alors ordonné que des sanctions exemplaires soient prises pour éviter la répétition de tels drames.
Source : AFP, 14 novembre 2005

C'est une bombe au phosphore qui a tué Fadel Abou Arram, 17 ans


Le jeune Fadel Abou Arram vient de mourir des suites des blessures reçues, tandis que son frère Hani, 12 ans, est toujours soigné à l'unité de soins intensifs d'un hôpital de Carmel. Les deux autres frères, Mahmoud, 14 ans, et Youssef, 24 ans, ne sont que légèrement blessés. Ces quatre jeunes Palestiniens ont été victimes de l'explosion d'une bombe au phosphore longue d'un mètre et d'une circonférence de 155 millimètres, abandonnée par les soldats israéliens qui ont du abandonner une zone qu'ils avaient occupé à Khirbit Janba, au sud de la montagne d'Al Khalil (Hébron), après en avoir expulsé les Bédouins qui y vivaient dans des grottes. La Cour suprême israélienne a ordonné à l'armée d'évacuer cette zone et a autorisé ses habitants à y retourner. Les quatre jeunes blessés gardaient leur troupeau de moutons quand "l'accident" est arrivé. Les bombes au phosphore ne sont utilisées que pour des exercices, a déclaré l'armée israélienne. Ces armes sont interdites par les conventions internationales.
Source : Ha'aretz, 10 novembre 2005

 

Aliya en hausse


Pour la première fois en cinq ans, les chiffres de l'aliya devraient être en hausse cette année, avec l'arrivée de 23 à 24 000 nouveaux immigrants au total.
Zeev Bielski, le président de l'Agence juive, a déclaré lundi 7 novembre devant la Commission intégration de la Knesset que cette hausse était le fruit de l'arrivée massive de Juifs français et américains.
L'Agence juive se garde bien, évidemment, de publier les chiffres sur les Israéliens ayant quitté le pays durant la même période...
Source : Jerusalem Post, 8 novembre 2005

 

Bethléem, ville ouverte, délivre un passeport


Bethléem est désormais proclamée "ville ouverte" et va délivrer un passeport à qui en fera la demande. C'est que son maire va annoncer à Londres, où il est arrivé le 9 novembre. Le Docteur Victoir Batarseh est accompagné par Leila Sansour, qui dirige la campagne "Open Bethlehem" et continuera vers Washington pour lancer la campagne aux USA.
Cette campagne vise à briser la cage dans laquelle est enfermée la ville de Bethléem. "Venez investir, apportez des projets, ou venez simplement vivre parmi nous, et vous pourrez aussi devenir un Bethléemite", dit Batarseh.
Bethléem, une ville vieille de 4 000 ans, est devenue une prison pour ses 160 000 habitants. Le nombre des touristes est passé de 92 000 en 2000 à 7 429 en 2004. En cinq ans, 9,3% de sa population chrétienne a émigré. Les commerces périclitent. La ville est désormais entièrement entourée de clôtures, dans lesquelles il n'y a que deux points de passage.
L'intiative "Open Bethlehem" vise donc à encourager des partenariats commerciaux, des investissements, du tourisme, des événements culturels. Elle est soutenue notamment par Mgrs Desmond Tutu et Michel Sabah, Jimmy Carter, Mahmoud Abbas et de nombreuses autres personnalités. C'est une fondation idnépendante soutenue par l'Agence de développement suisse et des donateurs privés. Elle dispose de bureaux à Bethléem et à Londres.
Site web : www.openbethlehem.org

 

 

Amir Peretz, un ancien parachutiste marocain de Sdérot, bat Shimon Peres pour la direction du parti travailliste, dont il veut faire la "maison des Sépharades"


Le chef de la centrale syndicale israélienne Histadrout, Amir Peretz, une "colombe", a provoqué une énorme surprise en se faisant élire à la direction travailliste face à Shimon Peres, ce qui renforce l'hypothèse d'élections anticipées.
"Nous allons agir pour nous séparer (du gouvernement) afin que le parti travailliste devienne une alternative", a proclamé Amir Peretz qui sera le candidat travailliste au poste de Premier ministre lors des prochaines législatives prévues en novembre 2006.
"J'ai parlé au téléphone au Premier ministre (Ariel Sharon) et je lui ai demandé d'organiser une rencontre au début de la semaine prochaine afin de nous mettre d'accord sur une date pour les élections anticipées, sinon il faudra trouver les moyens de mobiliser une majorité au parlement pour y parvenir", a affirmé M. Peretz.
Depuis des mois, ce dirigeant syndicaliste né au Maroc n'a cessé de dénoncer la politique "anti-sociale" menée par le gouvernement. C'est le premier sépharade, les juifs orientaux qui constituent la majorité des classes défavorisées, à se hisser à la tête du parti travailliste.
Selon Amir Peretz, le parti travailliste n'a plus à maintenir l'alliance avec le Likoud depuis que le retrait israélien de la bande de Gaza a été mené à bien en septembre.
Agé de 53 ans, ce syndicaliste qui est aussi député travailliste a remporté 42,35% des voix lors des élections primaires organisées face M. Peres, 82 ans, figure historique du parti et donné grand favori, qui n'a obtenu que 39,96% des suffrages parmi les 100.000 membres du parti appelés à voter.
Selon les commentateurs, l'élection d'Amir Peretz renforce l'hypothèse d'élections anticipées qui pourraient avoir lieu au premier semestre de l'an prochain.
Sans les travaillistes, M. Sharon, ne dispose plus d'une majorité parlementaire pour faire voter le budget 2006. Avant même la victoire de M. Peretz, les proches de M. Sharon avaient évoqué la possibilité d'élections anticipées à la suite de la défaite du Premier ministre lundi au Parlement, où une dizaine de députés de l'aile dure du Likoud ont empêché la nomination de deux de ses proches à des postes ministériels.
Vis-à-vis des Palestiniens, Amir Peretz est considéré comme une "colombe". Dés jeudi matin, il s'est rendu à Jérusalem sur la tombe d'Yitzhak Rabin, le Premier ministre assassiné en 1995 par un extrémiste de droite. "Nous ferons tout ce qui est possible pour parvenir un accord de paix définitif", a assuré M. Peretz.
Dans le passé, il a été militant de la "Paix Maintenant" (Shalom Arshav), le principal mouvement sioniste d'opposition à la colonisation israélienne des territoires palestiniens occupés en 1967.
Sa victoire consacre un bouleversement sans précédent au sein du parti travailliste alors que M. Peres qui assurait depuis près de deux ans la direction "provisoire" de cette formation était donné grand favori par les sondages.
M. Peres, prix Nobel de la paix 1994 pour les accords d'Oslo avec les Palestiniens conclus en 1993, entendait poursuivre l'alliance avec M. Sharon.
Amir Peretz, de petite taille, arborre une moustache poivre et sel devenue son image de marque. Il a organisé à plusieurs reprise des grèves générales pour dénoncer la politique économique ultra-libérale du gouvernement Sharon.
Il a grandit à Sdérot, une ville pauvre du sud d'Israël, cible de la plupart des roquettes tirées par les Palestiniens à partir de la bande de Gaza.
Après son service militaire dans les parachutistes et une grave blessure qui le condamnera pour un temps au fauteuil roulant, il se lance en politique sous les couleurs travaillistes. Il remporte la mairie de Sdérot, qu'il occupe de 1983 à 1988, date de son entrée au Parlement
En 1999, il est réélu à la Knesset à la tête de Am Ehad (Un seul peuple), sa propre formation, résolument orientée sur le combat social. En mai 2004, Shimon Peres, conscient du rôle moteur qu'il pourrait avoir, le convainc de revenir au parti travailliste.
Source : AFP, 10 novembre 2005

 

Un an après la mort d'Arafat, Israël a effacé de sa mémoire sa bête noire

 

Un an après la mort de Yasser Arafat, Israël a effacé de sa mémoire celui qui fut pendant quarante ans sa bête noire et tend aujourd'hui à discréditer tout autant son successeur Mahmoud Abbas.

Comparé à Adolf Hitler par des dirigeants israéliens, accusé de tous les maux sécuritaires d'Israël tant par la gauche travailliste que par la droite nationaliste, considéré le plus souvent comme "un frein" à la paix", Arafat semble aujourd'hui, pour les Israéliens, n'avoir jamais existé. "Il ne représente plus rien, ni pour la classe dirigeante israélienne, ni pour l'opinion publique. Arafat, ce symbôle du mal absolu pour la plupart des Israéliens, ne fait plus partie du débat avec les Palestiniens", constate pour l'AFP Daniel Bensimon, politologue et éditorialiste au quotidien Haaretz.

Et de s'en étonner. "Personne n'aurait pu imaginer qu'un an après sa mort, il laisse les Israéliens aussi indifférent", souligne-t-il en notant toutefois que cette indifférence tient aussi à "la dynamique" de la région. "Le Proche-Orient d'il y a un an n'est plus le même que celui d'aujourd'hui", renchérit Itamar Marcus, spécialiste des médias arabes et palestiniens, directeur du Palestinian Media Watch. Selon lui, la guerre en Irak et le retrait d'Israël de la bande de Gaza ont modifié en profondeur le Proche-Orient qui n'est désormais "plus celui où évoluait Yasser Arafat".

"Mahmoud Abbas fait quant à lui bien partie de ce nouvel environnement et les Israéliens ont maintenant les yeux tournés vers lui. Arafat fait partie d'un passé qu'ils préfèrent oublier", explique M. Marcus. Ce qui n'empêche pas le Premier ministre Ariel Sharon de parfois se comporter à l'égard de M. Abbas comme il le faisait à l'encontre d'Arafat pour lequel il ne cacha jamais son aversion.

"L'Autorité palestinienne ne prend aucune mesure sérieuse contre le terrorisme", a récemment lancé M. Sharon à l'adresse du dirigeant palestinien suite à l'attentat suicide de Hadera, le 26 octobre, qui a fait six tués israéliens.

"Dans ces circonstances, je ne rencontrerai pas" le président de l'Autorité palestinienne, avait ajouté M. Sharon alors que les deux hommes étaient censés se rencontrer dans les jours suivants. Yossi Beilin, un des artisans des accords d'Oslo (1993) entre Israël et les Palestiniens et chef du parti de gauche Yahad, estime que M. Sharon "s'il continue ainsi, va finir par enfermer Mahmoud Abbas dans la Moukataa", le quartier-général de l'Autorité palestinienne, comme ce fut le cas pour Arafat pendant les deux ans et demi précédant sa mort.

"Il est toujours plus aisé d'avoir un coupable à tous ses maux", estime M. Beilin tout en reconnaissant qu'Arafat "avait, sur la fin, réussi à se mettre à dos le camp de la paix".

"C'est aussi pour cela qu'il a disparu aussi radicalement du paysage politique en Israël. Le camp de la paix pensait qu'il allait s'en tenir à sa décision de régler le conflit pacifiquement alors qu'il n'a pas mis un terme à l'Intifada", explique à l'AFP M. Beilin.

Pour Yossi Ben Aharon, ancien directeur général de la présidence du Conseil à l'époque d'Yitzhak Shamir (droite) qui refusait tout dialogue direct avec l'OLP de Yasser Arafat, "Arafat est oublié car nous savons aujourd'hui, qu'il y a pire que lui". "Ce sont les extrémistes du Jihad islamique et du Hamas", soutient M. Ben Aharon.

Mais, précise-t-il, "même si Arafat a disparu de la scène politique et de l'inconscient collectif israélien, cela ne signifie pas qu'il n'est plus nuisible dans la région puisqu'il a enseigné à toute une génération qu'Israël n'était pas légitime. Et nous ressentons cela chez les dirigeants palestiniens actuels". "Et voilà tout le problème", conclut Daniel Bensimon, "les Israéliens n'ont plus personne vers lequel ils peuvent focaliser la haine de l'ennemi. Alors, ils cèdent à la tentation de se fabriquer un bouc émissaire". Source : AFP, 9 novembre 2005

 

Comme si de rien n'était : Business as usual

 

Les exportations israéliennes aux Palestiniens vont atteindre cette année le même niveau que celui d'avant l'Intifada, le soulèvement palestinien lancé en septembre 2000, selon un rapport de l'Association des industriels israéliens rendu public mercredi.

Selon ce document, les ventes de produits et services israéliens en Cisjordanie et dans la bande de Gaza vont atteindre 1,9 milliard de dollars cette année, au même niveau record que celui enregistré en 1999. Ce résultat prévu pour 2005, s'il se confirme, marquera une augmentation de près de 15% par rapport à l'an dernier, a souligné la principale organisation patronale israélienne.

Selon les Chambres de commerce israéliennes, les échanges entre Israël et les territoires palestiniens se sont élevés à 1 milliard de dollars durant le premier semestre de l'année. Les exportations israéliennes ont atteint 763 millions de dollars tandis que les ventes en provenance de Cisjordanie et de la bande de Gaza se sont élevées à 174 millions de dollars. Les échanges commerciaux ont au total atteint 2,3 milliards de dollars l'an dernier.

Le président des Chambres de commerce, Uriel Lynn, a récemment proposé la création d'une zone industrielle dans la bande de Gaza dont l'armée israélienne s'est retirée en septembre après 38 ans d'occupation. Selon M. Lynn, cette initiative permettrait d'instaurer une coopération. "Les Palestiniens ont des difficultés pour faire des affaires en Israël alors que nous sommes en mesure de leur procurer l'assistance nécessaire", a expliqué M. Lynn.

Le Centre pour la Paix, fondé par Shimon Peres, le vice-Premier ministre, a pour sa part organisé au début de la semaine une première rencontre depuis le déclenchement de l'Intifada entre hommes d'affaires israéliens et palestiniens à Tel Aviv.

La zone industrielle qui existait près du point de passage d'Erez, entre le territoire israélien et la bande de Gaza, a fermé l'an dernier à la suite d'une série d'attentats. Quelque 4.800 ouvriers palestiniens travaillaient à Erez dans 70 petites et moyennes entreprises israéliennes ainsi que dans une cinquantaine d'ateliers palestiniens.

Selon la Banque mondiale, 70% des 1,3 million d'habitants de la Bande de Gaza vivent sous le seuil de pauvreté, et le chômage y touche 44% de la population active, tandis que les jeunes âgés de moins de 18 ans forment 60% de la population globale.

Pratiquement, plus aucun Palestinien de la bande Gaza n'est autorisé à travailler en Israël depuis le retrait de cette région alors qu'ils étaient 30.000 à venir gagner leur vie en Israël avant l'Intifada. Source : AFP, 9 novembre 2005

 

Le geste d'un Palestinien sauve des vies israéliennes


par Marc Henry, le Figaro, 9 novembre 2005
Ahmad, un enfant de 12 ans, a été tué par des soldats israéliens. Son père a décidé de faire don de ses organes.
Jérusalem. « J'ESSAIE DE RESTER un être humain. » C'est par cette phrase touchante de simplicité qu'Ismaïl al-Khatib justifie la décision la plus douloureuse de sa vie. Ce père palestinien a accepté de faire don des organes de son fils de 12 ans, Ahmad, tué la semaine dernière par des tirs de soldats israéliens à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie. Malgré ce tragique coup du sort, il s'est refusé à succomber à la haine et à la vengeance. Il a au contraire permis de sauver les vies de ceux qui sont censés être des « ennemis ».
Six Israéliens, cinq enfants et une femme, ont reçu le coeur, le foie, les poumons, les reins de celui dont le seul crime était d'avoir joué dans la rue avec un fusil en plastique, comme de nombreux autres garçons, le premier jour de la fête de l'Aïd al-Fitr marquant la fin du mois de Ramadan. Le prenant pour un « terroriste », des soldats ont tiré sur lui, le blessant grièvement à la tête et à l'abdomen. Un porte-parole militaire a exprimé ses « regrets ». Selon lui, les soldats ont cru avoir affaire à un « terroriste » armé, car l'enfant se trouvait à plus de « cent mètres » d'eux, dans un secteur où une patrouille à la poursuite d'islamistes venait d'essuyer des tirs.
Transporté à l'hôpital Rambam de Haïfa, dans le nord d'Israël, Ahmad est mort le week-end dernier. Les médecins ont demandé aux parents l'autorisation de procéder à un prélèvements d'organes. « Je me suis rappelé à ce moment là que mon frère, qui souffrait des reins, est mort parce que nous n'avions pas trouvé de donneur à temps », explique le père. « Peu m'importe que ses organes soient greffés sur des Israéliens ou des Palestiniens. Dans notre religion, Dieu autorise ce genre d'opération pour sauver des vies, quelles qu'elles soient », ajoute le père, qui a consulté au préalable les autres membres de sa famille ainsi que le mufti de Jénine.
Pour lui et pour son épouse Ablah, cette décision a également une valeur symbolique. « C'est aussi un message de paix. Que les organes de mon fils aient été greffés sur des Juifs, des Druzes ou des Musulmans n'a pas d'importance. L'essentiel est de faire comprendre au monde qu'il faut arrêter de tuer des enfants », a ajouté ce père en deuil. Effectivement, en Israël, l'espoir renait pour Samah, une filette de douze ans d'origine druze, qui a reçu le c¦ur d'Ahmad après cinq années d'attente et d'angoisse.
« C'est un vrai geste d'amour. J'aimerais que désormais la famille qui a accepté de faire ce don considère ma fille comme la sienne », a proclamé son père Riad Gadban, originaire de Galilée. Le foie a été greffé sur un bébé de six mois et une femme de 56 ans. Deux petits garçons de cinq ans et une fillette de quatre ans ont reçu les reins et les poumons.
Cette affaire a suscité beaucoup d'émotion en Israël. Ariel Sharon a fait parvenir ses condoléances à la famille al-Khatib. Le vice-premier ministre Ehud Olmert a téléphoné au père. « Le geste auquel vous avez consenti va contribuer à créer une atmosphère plus propice à la compréhension et à la bonne volonté entre les deux peuples », lui a expliqué Ehud Olmert.
Malgré tout, Ismaïl al-Khatib refuse de céder à toute forme d'angélisme. « Toutes ces félicitations ne doivent pas faire oublier l'acte criminel à l'origine de la mort de mon fils », dit-il. Avant d'ajouter : « J'espère et j'exige que le gouvernement israélien va mener une enquête jusqu'au bout afin de déterminer les responsabilités et de traduire les coupables en justice. »

 

Tragique continuité


par Khaled Amayreh (Cisjordanie), Al-Ahram Weekly online. Original : http://weekly.ahram.org.eg/2005/767/re2.htm. Traduit de l'anglais pour Quibla par Marcel Charbonnier

« Encager les Palestiniens dans les territoires occupés n'est pas une politique israélienne du moment : c'est la politique israélienne constante, de toujours », écrit Khaled Amayreh, depuis la Cisjordanie.

L'armée israélienne d'occupation a réimposer des restrictions draconiennes sur les civils palestiniens dans l'ensemble de la Cisjordanie. Ces nouvelles mesures répressives, interdites par la Quatrième convention de Genève, revient ni plus ni moins à encager des centaines de milliers de Palestiniens dans leurs villes, leurs villages et leurs camps de réfugiés. Elles font suite à l'interdiction de circuler imposée aux Palestiniens sur les villes reliant entre elles les villes de la Cisjordanie. Si rien n'est fait pour le contrer, l'étranglement de la population palestinienne, coïncidant avec les festivités musulmanes de l'Eïd el-Fitr, qui marquent la fin du mois de Ramadan, conduira vraisemblablement à une reprise des violences, à très grande échelle.

La semaine passée, des factions de la Résistance palestinienne, essentiellement en raison de pressions exercées par elles par l'Egypte, se sont réengagées à maintenir le calme, à condition qu'Israël fasse de même. Israël a répondu en redoublant ses assassinats ciblés et ses frappes aériennes contre des activistes potentiels de la Résistance, ainsi que contre des infrastructures civiles telles des routes, et des bâtiments, dont l'armée israélienne a prétendu qu'elles étaient utilisées par des « terroristes ». La fragilité et la mauvaise foi des « justifications » israéliennes suggèrent que le véritable objectif est tout simplement d' infliger un maximum de destructions et de punitions collectives aux Palestiniens « pour le simple plaisir » [« for the sake of it »], pour reprendre l'_expression d'un responsable de l'Autorité palestinienne.

La dernière volée de frappes aériennes en date - celles-ci sont de plus en plus fréquemment effectuées par des drones (aéronefs télécommandés sans pilote, ndt) - a eu lieu le 27 octobre : des missiles ont été tirés sur un marché bondé, au centre d'un camp de réfugiés, tuant huit personnes. Quatre des victimes étaient des mineurs, voire de jeunes enfants, qui se promenaient non loin de chez eux, après le repas festif de rupture du jeûne. Une seule, parmi ces victimes, était un activiste de la Résistance, affilié au Jihad islamique. Dix autres civils, au moins, ont été blessés par ce bombardement, dont certains sont dans un état désespéré, en raison de la gravité de leurs blessures et de leurs brûlures. Egal à lui-même, Israël n'a exprimé aucun regret à propos de la mort de ces sept civils. Au contraire, un porte-parole de l'armée israélienne a diffusé de la désinformation au sujet de cette tuerie, faisant retomber la responsabilité du carnage sur de prétendus « terroristes ».

Au cours de la semaine écoulée, l'armée israélienne a assassiné au minimum quinze Palestiniens, prétendument en représailles d'un attentat suicide réalisé à Khadera, au nord de Tel-Aviv, le 26 octobre dernier, qui a entraîné l'élimination de cinq Israéliens. C'est le groupe Jihad islamique qui avait réalisé cette opération, afin de venger l'assassinat, par un escadron de la mort de l'armée israélienne, quelques jours auparavant, de Luai Saadi, un responsable de la Résistance de rang intermédiaire, appartenant à l'aile armée de ce mouvement ; les Légions d'Al-Quds. Les « représailles » israéliennes outrageusement disproportionnées semblent indiquer qu'Israël ne se perçoit pas comme lié par le rétablissement du calme, par la 'tahdi'ah', et qu'il continue à voir dans tout combattant de la Résistance palestinienne un gibier autorisé pour ses escadrons de la mort, sans égard pour la question de savoir s'il est armé, ou engagé d'une quelconque manière contre les forces armées israéliennes, au moment où ces escadrons de la mort frappent.

Le mépris souverain affiché par Israël à l'égard du rétablissement du calme trouve son _expression non seulement dans l'assassinat quotidien de Palestiniens, mais aussi dans le blocage hermétique de la bande de Gaza, un blocus fatal pour l'économie gaziote, et qui transforme la bande de Gaza en un énorme camp de détention à ciel ouvert. La semaine dernière, une organisation de défense des droits de l'homme a déploré le fait que le blocus imposé par Israël entraînait la mort d'enfants en détresse médicale, et dont l'état de santé aurait exigé qu'on les amène à Jérusalem, voire à l' étranger, les soins nécessaires n'étant pas disponibles sur place. Tandis que la communauté internationale se bouche les oreilles et se met un bandeau sur la bouche, en se focalisant d'une manière tout à fait disproportionnée sur les remarques à l'emporte-pièce du Président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le sort de beaucoup de Palestiniens, dont des enfants innocents et malades, est dans la balance.

Quant à la Cisjordanie, Israël y fait exactement la même chose, emprisonnant les Palestiniens chez eux. Toutefois, si Gaza a été réduit à l'état d'une énorme prison, mais unifiée, la Cisjordanie est en train d'être parcellisée en plusieurs dizaines de cellules carcérales, des dizaines de milliers de personnes ne pouvant plus en sortir et ne sachant pas ce que leur réserve non seulement le lendemain, mais même l'heure à venir. La semaine passée, Israël a renforcé le checkpoint de Huwara, au sud de Naplouse, en y ajoutant des structures dignes d'un poste frontière. L'armée israélienne a par ailleurs bloqué des routes reliant la ville de Naplouse à plusieurs villes proches, de la Cisjordanie, telles Jénine, Qalqiliya et Tulkarem.

De même, il est désormais pratiquement impossible, pour les Palestiniens, de se rendre depuis la Cisjordanie (Bethléem et Hébron) vers des villes centrales telles Ramallah et les faubourgs de Jérusalem (Abu Dis, Eizariya, Ram), sans parler de Jérusalem Est, qui est désormais cernée par une gigantesque muraille totalement infranchissable, afin d'empêcher les Palestiniens habitant de reste de la Cisjordanie de s'y rendre.

Israël prétend que ses mesures draconiennes ne sont que de simples « actions défensives » visant à prévenir la « terror » palestinienne. « Quand nous relâchons les restrictions imposées aux Palestiniens, les terroristes frappent en s'en prenant aux Israéliens », a dit Mark Regev, un porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères. Regev a qualifié la mutilation de la Cisjordanie de « mesure temporaire de sécurité », ajoutant qu'Israël reste engagé à la création d'un Etat palestinien, quelque part, en Cisjordanie.

Après qu'on lui eut remis en mémoire que les nouveaux barrages routiers et les nouveaux remparts étaient situés sur des routes reliant entre eux les concentrations de la population palestinienne, et que leur pertinence « sécuritaire » était plus que douteuse, Regev a été incapable de donner une réponse claire susceptible de les justifier. Les journalistes insistant, il a été incapable de dire pourquoi un étudiant palestinien habitant Hébron ou Bethléem ne pouvait accéder à son établissement à Abu Dis, à quelques kilomètres plus au nord, seulement, ni pourquoi un médecin palestinien ou une infirmière palestinienne de Qalqiliya se voyaient interdire d'accéder à leur hôpital à Naplouse, à quelques dizaines de kilomètres plus au nord. Le silence auquel est réduit l'Etat israélien sur cette question ne laisse aucune place à d'autres interprétations que celle-ci : les nouvelles mesures répressives israéliennes n'ont d'autre objectif que de tourmenter les civils palestiniens, en rendant leur vie quotidienne aussi dure et insupportable que possible.

D'après Uri Avnery, une vedette du mouvement « pacifiste » israélien, le but ultime visé par la politique consistant à prendre à la gorge les civils palestiniens, c'est l'élimination politique du dirigeant palestinien Mahmoud Abbas. Dans un article intitulé : « Abbas et le canard boiteux », publié le 29 octobre dernier, Avnery avançait que le Premier ministre israélien Ariel Sharon s'efforçait de dé-légitimiser Abbas, de la même manière que le dirigeant palestinien disparu Yasser Arafat avait été miné. Avnery soutient que l'objectif réel de Sharon est de semer le désespoir chez les Palestiniens, de les faire mettre à genoux, de les contraindre à accepter son diktat - à savoir ; à se contenter des 42 % de la Cisjordanie (c' est-à-dire de 11 % de leur pays, la Palestine historique), saucissonnés en plusieurs enclaves disjointes - et, en fin de compte, à les forcer à émigrer ailleurs.

« Sharon se comporte comme un toréador : il pique ses banderilles entre les omoplates du taureau, pour le faire enrager et le ferrer, attendant qu'il donne des coups de cornes anarchiques, dans toutes les directions », écrivait notamment Avnery.

L'Autorité palestinienne confirme : « Les agissements actuels de Sharon, en Cisjordanie, dont la mutilation de villes et de villages palestiniens par ses sinistres barrages routiers, font partie d'une politique délibérée et stratégique, visant à empêcher notre peuple ne serait-ce que de rêver à un Etat viable, au moins pour le demi-siècle qui est devant nous », a dit Abdullah Abdullah, directeur général du ministère palestinien des Affaires étrangères.

M. Abdullah a accusé Sharon d'adopter une politique fondée sur les atermoiements, les faux prétextes et les justifications grossières, qui sont autant de preuves accablantes (litt. : de « harengs rouges » : « red herrings », ndt), visant à diluer, et en définitive à enterrer, la « feuille de route ». « Cet homme n'est absolument pas préoccupé par la paix ; il ne croit pas à la feuille de route. Une seule chose l'intéresse : voler toujours un peu plus de notre territoire. Le monde devrait cesser immédiatement de pratiquer sa politique d'apaisement vis-à-vis de Sharon », a-t-il conclu.

 

 

Reporters Sans Frontières : « Il n'y a pas d'occupation »


par Kristoffer Larsson, IMEMC, 4 novembre 2005.
Original : http://www.imemc.org/index.php?option=com_content&task=view&id=14803&Itemid=1.
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier pour Quibla

Passant, en l'espace de seulement trois ans, de « prédateur de la liberté de la presse » à « ce qu'on fait de mieux, au Moyen-Orient », Reporters Sans Frontières (RSF) a complètement retourné sa veste en matière de l' appréciation qu'il porte sur le respect de la liberté de la presse par Israël, qui remonte brutalement de la 92ème à la 47ème place, dans le Palmarès de la liberté de la presse établi par RSF : c'est sans aucun précédent, c'est historique !

Concomitamment, la position de l'Autorité palestinienne chutait considérablement. Ce qui pourrait, au premier regard, sembler refléter une amélioration dans le traitement réservé aux journalistes par Israël, s' avère, après examen de plus près, comme la conséquence d'une décision de RSF, qui ne tient plus Israël responsable des violations de la liberté de la presse dans les territoires occupés, ce qui signifie que RSF a décidé d' exonérer Israël de ses obligations légales résultant de son statut de puissance occupante.

Dans son rapport annuel sur la liberté de la presse, qui couvre environ 170 pays, dans le monde entier, RSF situe les violations de la liberté de la presse et le traitement des journalistes par Israël à un niveau comparable à la situation prévalant aux Etats-Unis. L'Autorité palestinienne reçoit un carton rouge, en revanche, même si RSF reconnaît qu'elle « semble impuissante à empêcher la poursuite de la détérioration de la situation ».

« L'index mesure le degré de liberté de la presse dans le monde. Il reflète le degré de liberté dont les journalistes et les organisations d'information jouissent dans chaque pays, ainsi que les efforts déployés par l'Etat afin de respecter et de garantir le respect de cette liberté », déclare RSF sur la page d'accueil de son site ouèbe. Plus un pays impose de restrictions et commet de violations et intente de procès contre des journalistes, plus l' index est élevé, et plus le pays est classé bas dans le palmarès des pays respectant la liberté de la presse. Par exemple, sept pays européens ont eu un comportement honorable, cette année, et ils se sont vu noter d'un indice RSF très bas : 0,5. Le pire pays au monde, de ce point de vue, est la Corée du Nord (167ème), avec un indice (de violation de la liberté de la presse) de 109. Il convient de préciser que le rapport 2005 de RSF « se base uniquement sur les événements intervenus entre le 1er septembre 2004 et le 1er septembre 2005 ».

Le premier palmarès a été établi en 2002, plaçant la Finlande, l'Islande, la Norvège et les Pays-Bas en tête, la Corée du Nord étant bonne dernière (elle le resta les trois années suivantes). Etonnamment, l'Autorité palestinienne était considérée comme plus « amicale » pour la liberté de la presse qu' Israël : elle se classait en 82ème position. Tout en permettant aux journalistes de faire leur travail avec une relative liberté à l'intérieur de ses frontières, Israël se retrouva en 92ème position (derrière l'Autorité palestinienne, donc, ndt), en raison de ses atteintes à la liberté de la presse dans les territoires occupés. D'après RSF, ceci était dû au fait que :

« Depuis le début des incursions de l'armée israélienne dans les villes et les bourgades palestiniennes, en mars 2002, beaucoup de journalistes ont été brutalisés, menacés, arrêtés, interdits de séjour, visés par des armes à feu, blessés ou passés à tabac, se sont vu confisquer leur carte de presse, ou ont été expulsés. »

L'année suivante (2003), RSF a décidé de partager « Israël » en deux catégories distinctes : Israël (le territoire israélien) et Israël (les territoires occupés). Le premier mentionné (Israël « proper ») partagea la 44ème place, avec le Japon, tandis que le gouvernement israélien d' occupation, à la 146ème place, se retrouvait à seize place derrière l' Autorité palestinienne (130ème).

En 2004, Israël (territoire « israélien ») montait un peu dans le palmarès, accédant à la 36ème place mondiale, à égalité avec la Bulgarie. Toutefois, dans les territoires palestiniens occupés, Israël continuait à imposer des restrictions aux journalistes, bien qu'il continuât à être perçu comme moins restrictif que l'Autorité palestinienne (indice 127). Bien que le score du gouvernement israélien d'occupation se soit retrouvé à douze points au-dessus de celui de l'Autorité palestinienne, l'index combiné d'Israël proper (8,00) et Israël - territoires occupés (37,5) le faisait passer légèrement derrière sa contrepartie palestinienne (45,5 contre 13,17).

On reprochait à l'Autorité palestinienne de « ne pas donner d'information sur une enquête supposée sur l'assassinat d'un journaliste dans la bande de Gaza », tandis que « des médias avaient été saccagés et quelque dix journalistes palestiniens physiquement agressés par des personnes non-identifiées, ou par des groupes armés telles les Brigades des Martyrs d' Al-Aqsa. »

Mais voici qu'en 2005, tout a changé. RSF a décidé de ne plus diviser Israël entre deux catégories distinctes, au motif que ses violations de la liberté de la presse, dans les territoires occupés, auraient été négligeables, depuis le début de l'année. Sur Israël RSF fait le commentaire suivant : « Israël (47ème) a le meilleur résultat du Moyen-Orient, mais il a perdu plusieurs places, cette année, en raison des mauvais traitements infligés à des journalistes dans les territoires occupés. Ce genre de violence a considérablement diminué au fil de l'année, et il ne fait plus l'objet d'un traitement spécial, dans une section séparée de notre palmarès, comme les années précédentes. L'expulsion d'un journaliste français, en juillet dernier, a également contribué à la rétrogradation d'Israël.

« Les médias israéliens, protégés par les lois et la jurisprudence, sont très audacieux et énergiques, quoi qu'il en soit. »

« Dans les territoires palestiniens, la désorganisation sécuritaire s'est accompagnée de violences accrues contre les médias, aggravant les obstructions causées par l'armée israélienne. »

L'indice d'Israël [qui mesure les violations de la liberté de la presse, je le rappelle, ndt] a chuté brusquement, passant de 45,5 en 2004, à seulement 10,0 cette année. Tant en 2003 qu'en 2004, l'indice, pour Israël (territoire israélien proper) était de 8,00. Il en résulte qu'à l'évidence, les restrictions imposée par les Israéliens aux territoires occupés n'ont pour ainsi dire pas affecté l'indice d'Israël, cette année.

Dans le même temps, RSF n'est pas aussi satisfait de l'Autorité palestinienne qu'elle l'était auparavant. Son 132ème rang signifie qu'elle a perdu six places en un an, et son indice est exactement le même que l'an dernier (42,5).

Il est intéressant de noter que, dans son rapport, RSF impute à l'Autorité palestinienne des violations qu'elle n'a pas commises, ou qu'elle n'a pas été en mesure de prévenir : « Toutefois, le non-droit persiste à Gaza, et des journalistes ont été pris pour cibles. Quatre d'entre eux ont été kidnappés, au cours de l'année, et l'Autorité palestinienne (132ème rang) a semblé incapable d'empêcher la situation d'empirer. »

Le bon score d'Israël a provoqué la surprise de Johannes Wahlström, un chercher israélo-suédois en matière de médias, et cofondateur de l'IMEMC [International Middle East Media Center]. Il a effectué des reportages tant en Israël même que dans les territoires occupés, et il trouve bien difficile de croire que les atrocités et les restrictions israéliennes auraient quasiment cessé d'exister.

« Il semble que RSF ait décidé que ce soit l'Autorité palestinienne, et non plus Israël, qui doive être tenue responsable des violations de la liberté de la presse et des agressions contre des journalistes dans les territoires occupés. On dirait que RSF ne reconnaît plus la réalité de l'occupation », commente M. Wahlström. Il compare le score actuel aux trois palmarès annuels précédents, qui donnaient tous à Israël un indice supérieur [c'est-à-dire : pire, ndt] qu'à l'Autorité palestinienne. Ce changement soudain, pense M. Wahlström, est dû à des pressions pro-israéliennes [sur RSF, qui y aurait cédé, ndt].

« Israël n'est plus [tenu pour] responsable de ce qui se passe dans les territoires occupés », dit-il. « Bien sûr, la liberté de la presse existe, en Israël. Ce que RSF dit, c'est qu'Israël permet la liberté de la presse dans une partie du territoire, tout en prétendant qu'il n'est en rien responsable dans l'autre partie. »

« C'est bizarre, parce que l'index continue à distinguer entre les Etats-Unis, sur le territoire américain (44ème place) et les Etats-Unis (puissance d'occupation) en Irak (137ème place). Si la liberté de la presse s'améliorait en Irak, l'occupation américaine aurait-elle pour autant cessé ? » demande M. Wahlström, dans une figure de rhétorique.

Travailler comme journaliste en Israël / Palestine, cela pose fondamentalement deux sortes de problèmes. Si quelque chose se passe dans les territoires occupés, l'armée israélienne isole totalement la ville concernée, en déniant aux journalistes le droit d'y accéder. Par exemple, le 1er novembre, The Guardian a fait savoir que « le ministère israélien de la « Défense » (sic, ndt) a interdit aux journalistes étranger de se rendre dans la bande de Gaza, afin apparemment de tenter de limiter les reportages sur l'assassinat de civils palestiniens, les tirs d'obus d'artillerie et l' utilisation de « bombes incapacitantes » afin de terrifier la population de ce territoire. »

Il s'agit là d'une tactique fréquemment utilisée par les Israéliens pour empêcher les journalistes d'écrire sur les souffrances des Palestiniens. Mais si un attentat suicide se produit, ou si des colons juifs sont assassinés par des Palestiniens armés, alors là : les journalistes ont toute liberté d'accès. Comme le fait observer M. Wahlström, c'est là « un problème évident ».

Par ailleurs, si un journaliste produit des articles qu'Israël considère « anti-israéliens », il / elle risque, à plus ou moins longue échéance, de voir sa carte de presse non-renouvelée. Pire : on peut, dans certain cas, lui interdire carrément l'entrée en territoire israélien.

« Ma carte de presse ne m'a pas été renouvelée. Et si, désormais, je voulais entrer illégalement dans certaines villes, je risquerais de me faire expulser. Beaucoup de journalistes ne veulent pas prendre un tel risque, ce qui signifie qu'ils ne sont pas en mesure de partager réellement la vie quotidienne du peuple palestinien. C'est la raison même pour laquelle nous avons fondé l'IMEMC », explique M. Wahlström.

L'IMEMC a contacté la représentation de « Reporters Sans Frontières » en Suède afin d'obtenir des éclaircissements. Mais, jusqu'ici, RSF s'est refusé à tout commentaire.