Un débat avec la revue Tikkun sur
le Droit au retour [ entre le Rabbin Michael Lerner (Tikkun) et le Dr
Salman Abu Sitta ]
Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier
1 – Michael Lerner (Tikkun) a écrit :
Seriez-vous partant pour participer à une table
ronde, par téléphone, ou pour nous écrire un article
sur le « droit au retour » ? Soyez aimable de me dire si
(et éventuellement quand) vous pourriez écrire quelque
chose, ou à quel moment, dans le courant de la semaine prochaine,
vous seriez disponible pour une conversation téléphonique
? (Veuillez me transmettre votre numéro de téléphone.
Merci.)
2 – Abu Sitta a écrit :
A cause du décalage horaire et de nos week-ends
qui ne correspondent pas, je pense qu’il est préférable
que j’écrive quelque chose. Mon article étant appelé
à être publié dans un environnement pro-israélien
ou pro-sioniste et l’idée, j’imagine, étant
d’entendre le point de vue de l’ « autre côté
», j’apprécierais disposer de plus d’informations
sur les points suivants :
- Qui sera invité à participer au débat
?
- Quelles raisons ont les participants pour dénier éventuellement
le Droit au Retour, ou qu’en pensent-ils ?
- Quelle longueur de texte m’accordez-vous ? Combien de temps
me laissez-vous pour le rédiger ?
3 - Michael Lerner a écrit :
Si nous procédons comme vous avez l’habitude
de le faire, avec des nègres écrivant pour vous, je demanderai
probablement à quelqu’un d’autre de lire votre texte
à ma place et de me le commenter !… Mais vous ne serez
pas le seul « pro-retour »… J’ai demandé
à Adi Ophir et à Benny Morris d’intervenir (bien
que je ne sache jamais qui va écrire pour de vrai, parce que
j’ai l’art de trouver des gens qui me disent qu’ils
vont faire « x » ou « y » et qui n’en
font rien…) Mais vous disposez de mille six cents mots [1 600]
pour me convaincre !
4 - Abu Sitta a écrit :
Voici ma contribution. Elle fait plus que les 1 600
mots maximum impartis. Il m’a été impossible de
couvrir ce sujet, même en très résumé, en
moins de mots qu’il n’en fallait pour le faire ; cela fait
des années qu’on n’écoute pas notre voix,
et il y a tellement de points à éclaircir. Si vous décidez
d’éditer (= raccourcir) mon texte, je vous demande de bien
vouloir me consulter, auparavant… Au moins, vous avez un auteur
qui vous a dit qu’il écrirait quelque chose, et qui l’a
fait !..
Citation
Contribution à Tikkun, sur le Droit au Retour
C’est à l’âge de dix ans que
je suis devenu un réfugié. Près d’un million
de personnes ont connu un sort identique, en 1948. Leur vie a été
brutalement transformée, passant d’un état de quiétude
à un état de totale destitution : familles expulsées
manu militari au beau milieu de la nuit, ou dans la chaleur accablante
d’une journée d’été, appels au secours,
gémissements de douleur, enfants perdus, mères serrant
sur leur poitrine des oreillers, à la place de leurs enfants,
vieillards assoiffés abattus d’une balle dans la tête
s’ils s’arrêtaient pour demander de l’eau au
cours de marches forcées, toute une famille déchiquetée
par une bombe lancée depuis un avion au beau milieu de leur souper,
des survivants des trente-cinq massacres documentés, errant,
comme des zombies, semblant absents. Les scènes de dévastation
emplissaient le paysage : une marée d’humanité dévastée
se traînant sur la côte de Gaza ou dans les ravins de la
Cisjordanie, se reposant à l’ombre d’un arbre, dans
une mosquée ou une école, se comptant ; ce père
ou cette mère en détresse retournant en toute hâte
en arrière, cherchant en vain un être aimé manquant
; des maisons désertées, le lit fait, des plats encore
chauds, dans une cuisine ; un chien cherchant son maître ; des
plantes en train de mourir faute d’avoir été arrosées
; des vaches et des moutons errant, en-dehors de leurs pacages laissés
ouverts. Des cris « Yahud ! Yahud ! » (Les juifs ! Les juifs
!) se faisant entendre, et la foule épuisée se dispersant,
affolée, se terrant dans les crevasses et derrière les
rochers. Une jeep, surmontée d’une mitrailleuse, sulfatant
tout ce qui bouge. Un avion nous survolant lentement, presque sans bruit,
puis lançant des barils de destruction sur des gens se serrant
les uns les autres. Des membres arrachés, tournoyant dans l’air,
certains restant accrochés à une branche…
Tout ceci, et bien plus encore, est inscrit de manière
indélébile dans mon esprit. Et dans l’esprit de
mes enfants. Et pourtant, mon plus grand traumatisme, ce n’est
pas cela. Mon expérience de l’expulsion est relativement
bénigne, comparée aux milliers de personnes qui ont connu
toutes ces horreurs. Mon plus grand traumatisme réside en ce
que mon âme d’enfant ne parvenait pas à comprendre
qu’il pût exister un ennemi tellement cruel, tellement haineux,
tellement vindicatif, tellement déterminé à détruire
ma vie. Pourquoi ? Dans quel but ? Que lui avais-je, que lui avions-nous
fait ? Je ne pouvais pas mettre un visage – en tous les cas certainement
pas un visage humain – sur cet ennemi. Vous comprenez ? : je n’avais
jamais vu un juif auparavant, et ce n’est que bien des années
après que j’en ai vu. L’ennemi n’avait pas
de visage. J’ai entendu toutes sortes d’histoires : l’ennemi
a débarqué sur nos côtes, l’ennemi parle des
tas de langues, il a plusieurs types physiques, plusieurs dialectes,
mais il est uni dans sa volonté impitoyable de détruire
mon peuple. Il m’a fallu beaucoup d’années de travail
intensif pour pouvoir mettre un visage sur cet ennemi. Toutes les années
de ma vie d’adulte, j’ai porté en moi mon histoire,
intacte et vivante, alors que ma géographie avait été
amputée de mon existence physique, mais elle restait inscrite
dans ma psyché. J’aspirais au jour du retour, au jour où
mon histoire et ma géographie seraient à nouveau réunies.
Vous voyez : je suis un Palestinien, un réfugié emblématique.
Ce n’est que lorsque le Droit au Retour aura été
mis en application, ce n’est que quand mon histoire et ma géographie
seront à nouveau réunies, ce n’est qu’alors
que mes enfants, mes petits-enfants et moi-même, nous pourrons
abandonner notre titre de « réfugiés ». Pas
avant. Même pas la veille !
***
Pour les Palestiniens, le droit au retour est sacré,
légal et applicable. C’est un droit sacré, parce
qu’il est profondément ancré dans leur psyché.
Bien qu’ils aient été dispersés, leur structure
familiale est solide. Ils continuent à épouser, par-delà
les divisions géographiques, des conjoints de la même famille
élargie, comme s’ils n’avaient pas été
expulsés. D’après les données de l’UNRWA,
ce sont 72 % des villages qui se sont réinstallés dans
une même zone parmi les cinq zones d’opérations de
cette instance, 20 % se sont dispersés entre deux zones, et seulement
8 % des villages ont leurs habitants répartis dans trois de ces
zones d’émigration.
Le droit au retour est légitime, car il est
consacré par le droit international et la Déclaration
universelle des droits de l’homme. Il est protégé
par l’inviolabilité de la propriété privée,
qui ne saurait être abolie ni par l’occupation, ni par une
souveraineté étrangère, ni par le temps écoulé.
Aucun sophisme juridique ne saurait saper ce droit.
Enfin, je soutiens la thèse que le retour est
réalisable. Et même si tel n’était pas le
cas, cela ne saurait bien entendu en rien annuler ni même diminuer
le droit au retour des réfugiés. Le vol des terres ne
confère aucun droit de propriété au voleur. Cette
thèse s’adresse à ces gens bien-pensants qui admettent
la validité du droit au retour des Palestiniens, mais craignent
que cela ne déclenche une nouvelle Nakba – mais une Nakba
juive, cette fois-ci. Ces gens-là ne veulent à aucun prix
que l’on fasse à nouveau l’expérience d’une
Nakba, quand bien même ceux qui la vivraient seraient les fauteurs
de la première, de la vraie Nakba (palestinienne). D’autres
affirment que le retour signifierait la dilution du caractère
juif de l’Etat d’Israël, voire même, comme Begin
l’a souvent clamé, la destruction d’Israël.
Cette diversion futile ne vise qu’à légitimer les
gains matériels et politiques engrangés grâce aux
conquêtes militaires. Passons en revue ces objections…
***
Les réfugiés peuvent-ils rentrer chez
eux sans causer un exode à l’envers ? Y a-t-il de la place,
pour eux ?
Nous avons examiné les 46 régions naturelles d’Israël,
et nous avons estimé, pour chacune de ces régions, le
nombre de juifs citadins et ruraux, le nombre de Palestiniens vivant
actuellement en Israël et les réfugiés dont les maisons
se trouvent dans cette région. Nous les avons ensuite regroupés
en trois zones : A, B et C, pour la Cisjordanie.
La zone A dispose d’une superficie de 1 628 km2
et la population est de plus de 3 millions de juifs, soit environ 70
% des juifs. C’est à peu près équivalent,
en superficie – et cela correspond largement – aux terres
que les juifs ont achetées ou acquises sous la protection britannique,
en 1948. Sa superficie est de 8 % du territoire israélien. C’est
à cela que se limite la propriété juive en Israël.
C’est aussi la plus forte concentration juive.
La zone B a une population mixte. Elle recouvre 6 %
d’Israël, et elle est un peu inférieure aux terres
des Palestiniens restés en Israël. 10 % des juifs y vivent.
Ainsi, en résumé très rapide, 78 % des juifs vivent
sur 14 % du territoire israélien.
Reste la zone C, qui représente 86 % de la superficie
d’Israël. Cette zone correspond très largement aux
terres et aux maisons des réfugiés palestiniens. Qui y
habite, de nos jours ? Mis à part les Palestiniens restés
en Israël, la majorité des juifs de cette zone C vivent
dans des villes originairement palestiniennes et désormais mixtes,
ainsi que dans quelques villes nouvelles. La taille moyenne d’une
ville nouvelle dans la zone C est comparable à celle d’un
camp de réfugié. Si le camp de Jabalya était une
ville en Israël, il se situerait parmi les 8 % des centres urbains
israéliens les plus importants en terme de nombre d’habitants.
Qui, dès lors, contrôle la vaste étendue
de terres palestiniennes, dans la zone C ? Seulement 160 000 juifs ruraux,
qui exploitent les terres et l’héritage de plus de 5 millions
de réfugiés entassés dans des camps, et auxquels
on dénie leur droit au retour…
Les réfugiés de la bande de Gaza vivent
entassés les uns sur les autres : la densité atteint 4
200 personnes au km2. Imaginez que vous êtes un de ces réfugiés
: vous regardez, au-delà des fils de fer barbelés, votre
terre, du côté israélien, et vous la voyez pratiquement
vide, avec une densité de 5 personnes / km2 (soit une densité
presque mille fois moins importante qu’à Gaza !). Si c’était
vous, que penseriez-vous ? Vous seriez apaisé ? Vous seriez content
? Ce contraste saisissant est la cause de toute la souffrance. Rien
ne peut l’effacer, sinon le retour des réfugiés.
Que font ces juifs ruraux ? On nous dit qu’ils
cultivent les terres (palestiniennes) et qu’ils ont des productions
agricoles merveilleuses… On nous dit aussi que les trois quarts
des kibbutz sont en faillite et que seulement 26 % d’entre eux
sont à l’origine de la plus grande partie des productions
agricoles. Ce qu’on ne nous dit pas, en revanche, c’est
que les kibbutz connaissent une grave faillite morale ; il y a un mouvement
constant de désertion, et très peu de nouvelles recrues.
L’irrigation consomme jusqu’à 60 – 80 % de
l’eau, en Israël, dont les 2/3 sont volés aux Arabes.
L’agriculture, dans le seul district du sud, utilise 500 millions
de m3 d’eau par an. Cela équivaut à la totalité
des ressources hydriques de la Cisjordanie aujourd’hui confisquée
par Israël. Ceci équivaut à la totalité des
ressources du cours supérieur du Jourdain, y inclus le lac de
Tibériade – ce lac à cause duquel Israël fait
obstruction à la paix avec la Syrie. L’utilisation intégrale
de l’eau pour l’irrigation, casus belli fort vraisemblable,
produit, en valeur, seulement 1,8 % du PNB israélien. Un tel
gaspillage, une telle extravagance, un tel mépris pour les souffrances
des réfugiés et un tel déni de leurs droits est
exercé par les 8 600 kibbutzniks qui dépendent de l’agriculture
pour vivre. Quand les réfugiés retourneront sur leurs
terres, ils pourront reprendre leur agriculture traditionnelle, et cela
aura sans nul doute pour effet de résorber les capacités
excédentaires dans le PNB. Plus important, la paix deviendra
une réelle possibilité. Prenons en considération
deux scénarios, lesquels, si on en faisait la réalité,
auraient sans doute pour effet de réduire les tensions au Moyen-Orient.
Imaginons que les réfugiés enregistrés au Liban
(qui sont au nombre de 326 000) soient autorisés à rentrer
chez eux en Galilée. Déjà, aujourd’hui, la
Galilée est majoritairement arabe. Les Palestiniens qui y vivent
sont une fois et demie plus nombreux que les juifs. Si les réfugiés
au Liban retournaient chez eux en Galilée, la concentration juive
dans la zone A ne ressentirait pratiquement aucune différence,
et les juifs resteraient majoritaires, toutes zones comprises, quand
bien même ils seraient localement minoritaires, comme dans la
zone C.
De plus, si les 760 000 réfugiés enregistrés
à Gaza étaient autorisés à rentrer chez
eux dans le sud [d’Israël], aujourd’hui largement vide,
ils pourraient retourner dans leurs villages mêmes, tandis que
la majorité juive, dans le centre d’Israël (zone A)
ne connaîtrait qu’une diminution de 6 %. Le nombre des juifs
ruraux susceptibles d’être affectés par le retour
des réfugiés à Gaza chez eux, dans le sud de la
Palestine / Israël, n’excède pas 78 000, ce qui correspond
à la population d’un seul camp de réfugiés.
C’est là un exemple éclatant du déni de justice.
Autre fait choquant : le nombre d’immigrants russes, qui prétendent
être juifs, est presque identique au nombre des réfugiés
du Liban et de Gaza pris ensemble. Ces réfugiés se voient
dénier le droit de rentrer chez eux, et pendant ce temps les
immigrants russes leur volent leurs villages, leurs maisons et leurs
terres.
Voilà un sort fait à la soi-disant «
impossibilité » physique du retour des réfugiés.
L’inoccupation des terres palestiniennes en Israël est tellement
problématique pour ce pays qu’il s’efforce de trouver
des gens qui accepteraient d’aller y vivre. Ce sont Sharon et
Eitan en personne qui ont lancé un programme, en 1997, consistant
à vendre les terres appartenant légalement à des
réfugiés à des agents immobiliers afin d’y
construire des appartements que pourront acheter des juifs américains
ou australiens, sans que ces juifs soient considérés citoyens
israéliens. Des kibbutzniks qui louaient ces terres à
l’Hypothèque des Biens des Absents (lire : des Réfugiés
palestiniens…) ont reçu une « compensation »
atteignant jusqu’à 25 % du prix de la vente. Ces dispositions
illégales, consistant à vendre des terres hypothéquées,
ont amené l’ONU à prendre des résolutions
affirmant le droit des réfugiés à percevoir le
montant de l’arriéré de la location de leurs propriétés
au titre des cinquante années écoulées, et exhortant
tous les pays à communiquer à l’ONU tous les documents
et toutes les informations qu’ils sont susceptibles de détenir,
concernant les propriétés des réfugiés.
On dit aussi, souvent, que les Israéliens s’opposent
au retour des réfugiés de peur que ce retour n’altère
le caractère juif de l’Etat (d’Israël). Qu’entendent-ils
signifier, par cette expression « caractère juif »
? Veulent-ils dire le caractère légal, démographique,
ou religieux de l’Etat ? Passons ces hypothèses en revue
:
Tout d’abord, quelle est la signification légale
de l’expression « caractère juif » ? D’après
un célèbre juriste, Mallison : « Le ‘caractère
juif’ n’est en réalité qu’un euphémisme
dissimulant les statuts discriminatoires prévalant en Israël,
Etat qui viole le droit humanitaire. L’ONU n’est pas plus
tenu de pérenniser le sionisme en Israël qu’il ne
l’est de pérenniser l’apartheid en Afrique du Sud
». En mars 2000, les rapports des Comités découlant
de la charte de l’ONU, tels celui des Droits de l’Homme,
de l’Elimination de la Discrimination raciale, des Droits Economiques,
Sociaux et Culturels, et Contre la Torture, ont – tous –
condamné les agissements d’Israël et accusé,
pour la première fois avec une telle clarté, la structure
discriminatrice de la législation israélienne d’être
la première cause de toutes ces violations du droit international.
Comment, partant, la communauté internationale peut-elle accepter
que l’on se fonde sur la doxa du « caractère juif
» de l’Etat d’Israël pour dénier aux réfugiés
Palestiniens leur droit à retourner chez eux ?
Si ce qui est signifié est un caractère
juif, du point de vue social, cette notion est, à l’évidence,
absurde. Il n’y a pas grand-chose de commun entre un juif de Brooklyn
et un juif éthiopien, ou encore entre un Russe qui se prétend
juif et un juif marocain. Le gouffre qui sépare les ashkénazes
et les haredim ne saurait en aucun cas être comblé ! Les
séfarades (mizrahim) sont relégués dans les échelons
inférieurs de l’échelle sociale israélienne.
Jérusalem et Tel Aviv sont polarisées en fonction d’appartenances
sectaires. Israël a renoncé depuis fort longtemps à
l’idéal illusoire du « melting pot » !
En Israël, trente-deux langues sont parlées. Le professeur
Etzioni Halevi, de l’Université Bar Ilan, spécialiste
de l’identité nationale juive, dit : « Nous ne sommes
pas un seul peuple, nos langues sont différentes, nos habillements
varient, nos comportements, nos attitudes varient, même le sentiment
que nous avons de notre identité varie. » Comment, partant,
les Palestiniens pourraient-ils être les vilains petits canards,
les pièces rapportées, dans cette mosaïque bariolée,
eux qui sont les habitants légitimes, originaires des 530 villes
et villages d’où ils ont été chassés
?
Si par « caractère juif » on entend
viser la supériorité numérique des juifs, il faut
reconsidérer cette impression. Les Palestiniens qui sont restés
chez eux représentent aujourd’hui 26 % de tous les juifs.
Comment Israël pourrait-il ignorer leur présence ? Israël
planifie-t-il une nouvelle épuration ethnique à grande
échelle ? C’est fort improbable. Ces Palestiniens sont
en Israël pour y rester, et leur population est appelée
à s’accroître. En 2010, les Palestiniens d’Israël
représenteront 35 % des juifs, et ils seront à parité
avec eux au plus tard en 2050, et bien avant cette date si l’immigration
(juive) continue à se tarir. Par conséquent, quelqu’un
peut-il m’expliquer à quoi peut bien servir la poursuite
d’un objectif illusoire, pendant que des gens innocents attendent,
dans les camps de réfugiés ?
Si ce qui est visé par l’expression ‘caractère
juif’ est l’aspect religieux, qui dit que ce ‘caractère
juif’ soit en quoi que ce soit menacé ? Durant un millénaire,
les juifs n’ont pas trouvé de meilleur havre de paix où
pratiquer librement leur religion que le monde arabe.
On ne peut que conclure, par conséquent, que
le cliché du ‘caractère juif’ de l’Etat
d’Israël n’a pas d’autre raison d’être
que le désir de justifier le recel des terres et l’expulsion
de leurs propriétaires légitimes. Dans la pratique, il
est tout à fait possible de planifier le retour des réfugiés
palestiniens chez eux selon des modalités qui fassent que les
résidents juifs ne ressentiront aucun effet, si ce n’est
le sentiment gratifiant qu’une véritable paix est, enfin,
une réalité.
Mais les Israéliens doivent regarder en face la Nakba, l’holocauste
palestinien, et ses conséquences. Ils doivent déchirer
le voile de leur amnésie collective au sujet des Palestiniens,
abandonner la notion fallacieuse qui voudrait qu’ils auraient
débarqué dans un pays inhabité, qu’ils auraient
conquis 530 villes et villages abandonnés, qu’ils auraient
fait fleurir une terre où les orangers, les oliviers et le blé
poussaient très bien sans eux, grâce à l’intervention
divine, et fondé des paysages urbains et ruraux sculptés
par des elfes. Ils doivent apprendre à vivre AVEC les Palestiniens,
et non pas A LEUR PLACE. Ils doivent savoir ceci : « pas de retour
(des réfugiés) = pas de paix » !
Fin de citation
5 – Michael Lerner a écrit :
Je ne vois pas précisément de qui est
cet article. Pouvez-vous m’envoyer une courte biographie, pour
l’accompagner ? Je ne sais pas si nous allons le publier, ou non
: votre article est très dur, et ne reconnaît pas le fait
que les juifs sont venus en Israël en tant que réfugiés
et que, alors qu’ils étaient sans abri et qu’il y
avait assez de terres à partager, les Palestiniens ont essayé
de les maintenir à l’écart et ne voulaient pas partager
la terre avec eux. Sans la reconnaissance de ces faits, l’article
semble de nature à renforcer les positions de la droite israélienne,
car il semble tout à fait indisposé à reconnaître
quoi que ce soit de légitime dans les revendications juives.
Bien entendu, c’est peut-être là une description
fidèle de la manière dont beaucoup de Palestiniens perçoivent
la situation, mais cela n’aide pas vraiment à faire avancer
les choses vers une résolution du conflit. Aussi, je ne sais
vraiment pas quoi faire. Mais, au cas où, je vous remercie de
bien vouloir de signer votre article et d’y adjoindre une brève
biographie de son auteur.
6 – Salman Abu Sitta a écrit :
Au Rabbin Michael Lerner,
De la part du Dr. Salman Abu Sitta
- une courte biographie :
Normalement, mes lettres sont adressées et signées.
Mais j’ai suivi votre exemple, consistant à ne répondre
que sur le contenu, d’où la confusion. Voici une courte
biographie :
Dr. Salman Abu Sitta,
chercheur, de longue date, sur la question des réfugiés
palestiniens (plus de 50 articles et autres publications). Ancien membre
du Conseil National Palestinien (durant vingt ans). Président
de la Société Foncière Palestinienne [Palestine
Land Society].
- mon article est « dur » :
Je ne vois pas très bien ce que vous voulez
signifier par cette qualification ? Si vous visez la description que
j’ai faite du traitement infligé aux Palestiniens, c’est
l’adjectif qui convient. Chaque mot, dans mon article, peut être
corroboré par des dizaines de réfugiés. Si vous
faites allusion à mes recherches sur la démographie, le
‘caractère juif’, etc., je n’ai jamais entendu
quiconque contester les faits, bien que cette étude ait été
lue à la Conférence Annuelle des Anthropologues Israéliens,
à Jérusalem, en mai 2000, et publiée par le quotidien
Ha’aretz le 23 juillet 2000 [uniquement dans l’édition
hébraïque].
- « les juifs sont des réfugiés,
eux aussi ». « Les Palestiniens ont refusé de partager
les terres » :
Cela, c’est vous qui le dites, et depuis longtemps
(Tikkun, p. 46, vol. 4, n° 5). Vous ajoutez que « la collision
entre deux nationalismes a directement conduit à la création
du problème des réfugiés arabes ». La preuve
accablante, constituée de milliers de témoignages de réfugiés,
aujourd’hui corroborés par les archives israéliennes,
britanniques et américaines tombées dans le domaine public,
donnent un tableau différent, et – ô combien –
parlant. Elle montre, sans ambiguïté, un profil de campagne
déterminée, extrêmement bien planifiée et
constante (elle se poursuit encore aujourd’hui) d’épuration
ethnique à l’encontre des Palestiniens. Les sionistes voulaient
une Palestine Arabrein [sans Arabes, comme les nazis voulaient une Europe
judenrein, ndt]. Si les sionistes avaient voulu ‘partager’
la terre, les Palestiniens les auraient chaleureusement accueillis,
comme ils l’ont fait dans le cas des Templiers allemands, des
Circassiens, des Bosniaques, des Arméniens et d’autres
populations encore. De fait, c’est ce que les Palestiniens n’ont
cessé de faire, tout au long de leur histoire, jusqu’à
l’infâme déclaration Balfour…
- publier ou pas publier, telle est la question…
:
Je ne vais pas me chamailler avec un éditeur,
n’est-ce pas ? Si vous ne publiez pas mon article, peu importe
: d’autres que vous le feront. Mais je pensais que l’idée,
c’était d’informer en particulier les juifs américains
? J’ai l’impression qu’ils ont une idée complètement
faussée des Palestiniens. Ils se rendraient à eux mêmes
un signalé service (tout au moins, à long terme) en apprenant
plus de réalités historiques au sujet des Palestiniens,
avant d’être rattrapés par les événements
et de geindre au sujet du caractère « irrationnel »
du Moyen-Orient ! Juste avant de lire votre message, j’ai écouté,
par téléphone, une conférence, tenue à Gaza,
à laquelle des ministres de l’Autorité palestinienne
assistaient, ainsi que des dirigeants politiques de toutes tendances
et plus d’un millier de réfugiés. Ils ont prononcé
ensemble le Serment du Retour : ils ne renonceront jamais au Droit au
Retour, et ils ne reconnaîtront jamais aucun règlement
qui y renoncerait…
- (mon article) va ‘renforcer la droite israélienne’…
:
De qui s’agit-il ? Du criminel de guerre Sharon
? Des colons fanatiques venus de Brooklyn ? Des terroristes proférant
« Tuez les Arabes ! » – ceux qui veulent faire sauter
la Mosquée Al-Aqça au risque de susciter la colère
d’un milliard de musulmans ? Ceux qui ont perpétré
les massacres de Deir Yassine, de Tantoura et les trente-trois autres,
rien que pour l’année 1948 ? L’endroit indiqué
pour s’occuper de ces gens-là, c’est soit la Commission
de la Vérité et de la Réconciliation, soit le Tribunal
Pénal International. Les Israéliens de droite visent à
compléter l’épuration ethnique des Palestiniens,
en pérennisant leur exil, ou en favorisant leur réinstallation
partout dans le monde, pour peu que ce ne soit pas chez eux, en Palestine.
Les Palestiniens sont entièrement déterminés à
se battre contre cette nouvelle Nakba. L’histoire nous enseigne
que des défenseurs déterminer finissent par gagner.
Pour conclure : si vous trouvez utile d’informer vos lecteurs
sur la position générale des Palestiniens, je suis prêt
à réduire la longueur de mon article, afin qu’il
se rapproche de la limite que vous avez fixée (1 600 mots). Je
comprends vos impératifs, mais j’espère qu’ils
peuvent être respectés sans pour autant sacrifier la vérité.
7 – Michael Lerner a écrit :
J’ai du mal à saisir la stratégie
sous-jacente des gens qui pensent comme vous. Je pense que le peuple
palestinien devrait mettre sur pied un mouvement entièrement
voué à la non-violence, et avec des buts atteignables
(un Etat palestiniens sur presque toute la Cisjordanie et presque toute
la bande de Gaza, avec le démantèlement des colonies et
aucune présence militaire israélienne). C’est réalisable,
et cela devrait comporter une aide massive permettant aux Palestiniens
de se réinstaller en Cisjordanie, afin que des millions (de réfugiés
palestiniens) puissent revenir vivre dans l’Etat palestinien.
Dans un tel contexte, je pense que le monde, ainsi qu’une proportion
significative de l’opinion publique israélienne et de la
juiverie mondiale pourraient devenir vos alliés actifs. J’ai
observé d’autres Etats oppresseurs, comme l’Angleterre
en Inde, l’Afrique du Sud, et les Etats racistes du sud des Etats-Unis,
céder sous la pression morale mobilisée par ce genre de
mouvement non-violent sous la conduite de personnalités telles
Gandhi et Martin Luther King Jr. Je ne pense pas que quiconque puisse
imaginer que le peuple palestinien pourra jamais gagner quoi que ce
soit tant qu’il n’aura pas adopté ce genre de mouvement,
qui créerait une coupure, dans la population juive, entre ceux
qui se préoccupent des droits de l’homme, et ceux qui ne
le font pas. Ainsi, en adoptant une position qui rejette tant la non-violence
que les objectifs atteignables du genre de ceux que j’ai mentionnés,
en s’enferrant dans une lutte violente et des exigences maximalistes
(le droit au retour), les Palestiniens choisissent tout simplement de
perpétuer l’occupation. Personnellement, je ne vois en
aucun cas que cela servirait les intérêts bien compris
du peuple palestinien, aussi, je ne comprends pas ce choix. Tient-il
à la croyance, chez une partie significative des Palestiniens
qui ont prononcé le vœu que vous avez mentionné,
qu’ils peuvent un jour vaincre Israël militairement ? Si
tel est bien le cas, comment ? Si ça n’est pas le cas,
alors, n’êtes-vous pas en train de choisir la perpétuation
de l’occupation encore pendant des décennies ? Je ne comprends
vraiment pas, et j’espère que vous prendrez une minute
sur votre temps précieux afin de m’expliquer la vision
stratégique qui sous-tend cette approche…
En ce qui concerne l’article, j’ai dépassé
la ‘deadline’ de mars, si bien que je devrai désormais
repousser la publication à la nouvelle livraison de notre revue.
Je pense que ce que j’aimerais faire, c’est ceci : organiser
une table ronde (au téléphone) avec des Palestiniens et
des juifs pacifistes. Il y aurait, peut-être six ou sept participants,
et nous enregistrerons la discussion. Seriez-vous d’accord pour
participer à un tel débat, qui serait ensuite mis en forme
et publié dans notre revue ? Au fait, connaissez-vous quelqu’un
d’autre que vous puissiez nous recommander chaudement, pour y
participer ?
Je veux que votre point de vue soit entendu. Mais sachant
combien de juifs, en Amérique, aujourd’hui, voient en moi
un juif haineux de lui-même et cinglé, qui n’est
en réalité (d’après eux) qu’un chantre
des Palestiniens, et même en reconnaissant que moi non plus, je
ne comprends pas la perspective qui insiste sur le retour en Israël
(à moins qu’il ne s’agisse des gens qui ont renoncé
à toute réalité et qui, de ce fait, nourrissent
le fantasme de détruire carrément l’Etat juif ?),
je n’imagine que trop bien comment d’aucuns, que je considère
extrémistes, vont réagir. Reste que mon objectif est de
dresser un panorama honnête et précis de la situation,
et c’est ce à quoi, je pense, une table ronde pourrait
contribuer. Qu’en pensez-vous ?
Avec mes chaudes salutations
Rabbin Michael Lerner
8 – Abu Sitta a écrit :
Cher Rabbin lerner,
Voilà que nos échanges tournent, en quelque sorte, au
débat… J’espère que cela sera utile.
Vous avez un problème pour comprendre ma / notre
vision stratégique. Vous formulez l’avis que notre stratégie,
pour recouvrer nos droits, devrait présenter deux qualités
: a) la non violence ; b) la faisabilité. Je pense que vous feriez
mieux d’adresser ces conseils éclairés au mouvement
sioniste… Voici pourquoi :
(a) la non-violence :
La première milice armée (en Palestine)
a été organisée par Trumpeldor, dans les années
1920 ; elle fut suivie par les gangs Haganah, Irgun et Stern. Juste
avant la fin du mandat britannique, Ben Gourion mit en pratique sa quatrième
version (plan Dalet) du plan de destruction de la Palestine ; oui, je
le dis très clairement : détruire, expulser, occuper,
vider… etc. Vous devez savoir, maintenant, qu’avant le départ
des Britanniques, Ben Gourion a amassé 65 000 soldats entraînés,
dont beaucoup étaient des vétérans de la Seconde
guerre mondiale, pour conquérir près de 650 villes et
villages palestiniens, défendus par quelques dizaines de paysans
pauvrement armés dans chacun de ces villages, et qui n’étaient
pas plus de 2 500 au total. Vous devez savoir qu’avec cette force,
Ben Gourion a réussi à expulser la moitié des réfugiés
avant même que le moindre soldat arabe n’ait mis les pieds
sur le territoire palestinien. Vous devez savoir que la moitié
des dix-sept massacres documentés se sont produit avant le départ
des Britanniques, et donc – avant – la création d’Israël.
Les armées arabes ont tenté de porter secours à
ce qui restait de la Palestine, mais elles ont manifestement échoué.
Finalement, Ben Gourion a réussi à expulser les habitants
de 530 villes et villages, et à confisquer leurs terres et leurs
biens. Alors : à qui doit-on conseiller la non-violence ? Qui,
aujourd’hui, possède les armes de destruction massive les
plus meurtrières ? Qui est responsable de la plus longue traînée
de sang, du plus important volume de ruines et du pire dossier en matière
de condamnations internationales ?
Cela vous surprend-il d’apprendre que les sionistes
/ Israéliens n’ont jamais fait l’expérience
de la guerre chez eux ? Qu’ils n’ont jamais eu des villages
entiers détruits, comme les Palestiniens, qu’ils n’ont
jamais eu des quartiers entiers de leurs villes détruits, comme
à Beyrouth et à Suez, qu’ils n’ont jamais
eu leur eau et leur électricité coupées, ni leurs
voies de chemin de fer arrachées, comme dans bien des endroits,
en Palestine, qu’ils n’ont jamais eu des centaines de victimes
jonchant leurs rues comme à Sabra, à Chatila ou à
Cana, ni les têtes de leurs enfants écrasées à
coups de marteau, comme à Dawayima, ni des femmes enceintes éventrées
comme à Deir Yassine, ni des vieillards, hommes et femmes, brûlés
vifs comme à Lajjun ?
Certes, il y a eu quelques minables tentatives de laisser
tomber quelques bombes erratiques sur Tel Aviv (par l’Egypte,en
1948, par Saddam Hussein, en 1991). Certes, il y a la peur, qui étreint
les Israéliens. Mais c’est une maladie chronique, chez
les juifs. Les agissements d’Israël ressemblent à
celui de ces gens qui commettent un crime bien réel, au motif
que leur victime aurait pu (on ne sait jamais ?…), un jour, leur
faire du mal.
Non, Rabbin : pour prêcher, en quelque sorte,
vous vous trompez de synagogue ! S’il vous plaît, adressez
ce sermon à ceux qui en ont besoin. (Au fait, je n’ai jamais
prôné la violence. Où avez-vous vu ça ? Je
pense que la puissance morale, en particulier avec le sursaut actuel
de défense des droits de l’homme et les communications
que permet la technologie, représente le soutien le plus important
que les Palestiniens reçoivent, aujourd’hui.)
b) des buts atteignables :
Si Herzl vous entendait, il éclaterait de rire
! Imaginez des juifs, réunis dans un hôtel de Bâle,
en 1897, projetant d’expulser des millions de personnes et d’occuper
cinq pays. Est-ce réalisable ? Imaginez Ben Gourion plaidant
devant la commission Peel, en 1967, et demandant qu’on lui cède
un quartier de Tel-Aviv appartenant à la Palestine, tandis qu’il
ambitionne de conquérir toute la Palestine, comme il l’avait
déjà déclaré à la conférence
de Baltimore [je pense qu’il s’agit d’une erreur de
l’auteur, en fait, il s’agit de la conférence de
(l’hôtel) Biltmore, ndt] en 1942 ! Etait-ce réalisable
? Bien sûr, il en a fait bien plus que ça encore !
Quant aux Palestiniens, leurs objectifs sont plus modestes. Ils ne veulent
attaquer personne. Tout ce qu’ils veulent, c’est retourner
chez eux. Ce retour n’a rien à voir avec la politique,
la souveraineté, l’occupation, ni même avec l’apartheid.
Ils ont vécu chez eux sous les Mamlouks, les Ottomans, les Britanniques
et les Israéliens. Vous voyez bien qu’ils n’ont pas
d’ « objectifs » ; ils ont des droits. Et, parce que
ces droits sont inaliénables, ils représentent la ligne
rouge minimale, en deçà de laquelle aucune concession
n’est envisageable. Parce que faire cette concession reviendrait
à détruire leur propre vie. Cela, ils ne le permettront
pas.
Vous demandez : peuvent-ils vaincre Israël, militairement
? Je n’en sais rien, et je ne pense pas que ce soit là
le principal problème. Souvenons-nous que ce n’est pas
Israël qui a vaincu : ce sont les Arabes qui ont perdu. Ce n’est
pas là simple jeu sur les mots. Dites-moi s’il y a eu une
seule « vraie » guerre (sauf peut-être en 1973), au
cours des cinquante années écoulées ? Mais si nous
parlons « réalisme », alors penchons-nous sur les
faits suivants :
- En dépit de multiples tentatives visant à
les détruire, les Palestiniens sont toujours là…
;
- Ils sont en Israël, et autour d’Israël (88 % des réfugiés).
Les profondeurs territoriales, derrière eux, sont pourtant illimitées…
- Si 99 % d’entre eux reconnaîssent n’avoir aucun
droit de quelque nature que ce soit, le 1 % restant représente
10 000 personnes en colère, dans chacune des cinq régions
d’opérations de l’UNRWA. Avec le soutien local dont
ils bénéficient, ils peuvent sérieusement influer
sur les événements. Aussi, on le voit, la maxime : «
pas de retour = pas de paix ! » n’est pas sans fondement.
- Aucun être humain n’acceptera jamais
moins que ses droits humains fondamentaux, qui incluent le droit à
retourner chez soi. Vous pouvez marchander sur d’autres niveaux
de droits, secondaires – politiques, économiques ou culturels
– mais pas sur quelque chose d’aussi fondamental.
- Comment voulez-vous que les réfugiés
acceptent leur sort et restent en exil, alors même qu’ils
voient un million de Russes (avec très peu de liens avec la terre
de Palestine, quand ces liens existent…) venir s’installer
sur leurs terres et vivre dans leurs maisons ? Comment un quelconque
Israélien se respectant lui-même accepterait-il de vivre
dans une maison ou sur une terre volées à leur propriétaire
? Les réfugiés voient dans chaque Israélien qui
vit, volontairement, dans leur maison et sur leur terre, leur déniant
le droit d’y retourner, un ennemi, jusqu’à ce qu’il
cesse de se comporter ainsi.
- Ainsi, c’est aux Israéliens qu’il
faudrait donner le conseil de renoncer à la violence et de chercher
à atteindre des buts atteignables. Ceci signifie que les Israéliens
ne peuvent continuer à détruire les Palestiniens et à
leur dénier leurs droits humains. Le « mur de fer »
de Jabotinsky a apporté le sang et le feu, mais il n’apportera
jamais une paix durable. Les juifs n’ont aucun droit moral à
chapitrer l’Occident pour ce qu’il leur a fait, durant les
années tragiques de la Seconde guerre mondiale, alors qu’ils
continuent à infliger la destruction aux Palestiniens, depuis
cette époque-là, et sans discontinuer. Ils devraient déchirer
le voile de leur amnésie collective. S’ils veulent vivre
dans la famille des nations, ils doivent, en premier, apprendre à
vivre, en Palestine, avec le peuple de palestinien, et non pas à
sa place.
- l’article repoussé au numéro
de mars :
Je suis vraiment désolé que la date buttoir pour publier
mon article ait été dépassée. J’avais
pourtant fait de mon mieux afin de vous répondre sous six jours.
Maintenant, je pense que deux approches sont possibles :
1/ Soit vous publiez mon article avec les contributions
d’autres auteurs. J’aurais alors l’opportunité
d’y apporter mon commentaire,
2/ Soit vous organisez une petite conférence (ou une grosse,
si vous voulez…) sur le Droit au Retour, à laquelle participeraient
des Palestiniens, des Israéliens et des neutres. Ainsi, différents
aspects du problème seraient examinés, d’une manière
productive. On peut espérer que des conclusions utiles pourraient
être tirées de ce débat.
J’apprécie que vous continuiez à explorer le point
de vue de l’ « autre ».
Salman Abu Sitta.
9 – Michael Lerner a écrit :
Peut-être devrions-nous nous orienter vers un
débat et le publier sur le site ouèbe de Tikkun ? Dans
ce cas, peut-être pourriez-vous utilement mettre en forme ce que
nous avons dit, l’un et l’autre, jusqu’ici, dans un
ordre quelque peu logique, afin d’en faire quelque chose de lisible
? Après quoi, je répondrai à vos dernières
contributions.
Michael |