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Palestine
 

Dossier : Gaza après le retrait des colons

 

- Abbas et Sharon : "Tout va bien"
- Retrait de Gaza : Sharon a réussi son pari, mais le plus dur reste à faire
- Les Palestiniens peaufinent leurs projets d'avenir dans les colonies évacuées
- Comment se fait-il que nous ayons quitté Gaza ? par Tanya Reinhart
- Le retrait de Gaza et le dilemme permanent d'Israël, par George Friedman
- La carte Hamas et le retrait israélien de Gaza, par Jonathan Feiser


Abbas et Sharon : "Tout va bien"


Le Premier ministre israélien Ariel Sharon et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas se sont félicités lundi soir lors d'un entretien téléphonique du retrait de la bande de Gaza peu après l'évacuation de la dernière colonie de cette région, a-t-on appris de sources officielles.

« Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a téléphoné au Premier ministre pour le féliciter du retrait de la bande de Gaza qu'il a qualifiée de décision courageuse et historique », a annoncé le bureau du Premier ministre israélien dans un communiqué.

« Mahmoud Abbas exprimé l'espoir que ce retrait va permettre d'ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les deux peuples et souligné la nécessité de travailler ensemble pour la paix, pour l'avenir des deux peuples et de la région », a ajouté le communiqué.

Le bureau de M. Sharon a également indiqué que les deux dirigeants s'étaient mis d'accord pour se rencontrer « bientôt », mais aucune date n'a été fixée.

Le porte-parole de la présidence palestinienne Nabil Abou Roudeina a confirmé l'entretien entre MM. Abbas et Sharon. « Ils ont discuté des progrès dans le retrait et particulièrement l'opération d'évacuation des colonies », a précisé Abou Roudeina à l'AFP.

« Abou Mazen (Mahmoud Abbas) a réaffirmé la nécessité de poursuivre le processus de paix et déclaré au Premier ministre Ariel Sharon que l'Autorité palestinienne était totalement engagée dans le processus de paix afin de parvenir à une paix durable et à la sécurité pour tous », a poursuivi le porte-parole palestinien.

Israël a mis fin lundi à la colonisation de la bande de Gaza en évacuant Netzarim, la dernière des 21 implantations juives de ce territoire palestinien occupé depuis 38 ans.

Au plus fort de la colonisation, quelque 8.000 colons juifs étaient installés dans la bande de Gaza parmi 1,3 million de Palestiniens, la plupart des réfugiés et leurs descendants.

Le général Dan Harel, commandant de la région militaire sud qui a supervisé l'évacuation achevée en huit jours soit deux semaines avant la date prévue, a rendu hommage non seulement à l'armée, à la police et aux colons mais aussi aux Palestiniens.

« La coordination avec les Palestiniens a été très, très bonne », a-t-il dit devant les journalistes en se félicitant de ce que l'Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas soit parvenue à empêcher des attaques de groupes radicaux comme le Hamas et le Jihad islamique pendant le retrait.
Source : AFP, 22 août 2005

Retrait de Gaza : Sharon a réussi son pari, mais le plus dur reste à faire Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a réussi son pari : évacuer les colonies de la bande de Gaza et quatre de Cisjordanie plus rapidement que prévu et sans débordement de violences.

Mais l'homme qui avait été pendant des décennies le principal architecte de la colonisation, se trouve à présent en porte-à-faux dans son propre parti, le Likoud (droite), alors que le retrait de Gaza n'offre toujours pas aux Israéliens une perspective de règlement de paix.

"A court terme, les images de colons en larmes, expulsés de chez eux manu militari, sans résister véritablement par la force, risquent de porter dommage à l'image de M. Sharon, surtout dans son camp", note le politologue Yossi Alpher.

"Mais la leçon qu'en retiendront les Israéliens, c'est que l'évacuation de colonies n'est pas si traumatisante que cela, comme on pouvait le craindre, et cela pourrait servir de précédent, bien qu'un retrait en Cisjordanie soit beaucoup plus difficile à envisager que de Gaza", ajoute-t-il.

"C'est en tous cas la leçon qu'en tire le monde entier, qui risque de se leurrer cependant en voyant dans ce retrait le début d'un processus de paix, alors que pour Sharon, il s'agit de tracer unilatéralement les frontières d'Israël", souligne-t-il.

Quoi qu'il en soit, la détermination d'Ariel Sharon, le large appui dont il a disposé au parlement, le soutien de la majorité de l'opinion, traduit par les sondages, lui ont permis de l'emporter haut la main sur les ultras du camp nationaliste et religieux.

Leurs dénonciations véhémentes de son "plan de désengagement", qualifié de trahison envers le sionisme et même jugé sacrilège par des rabbins, les menaces à peine voilées de "guerre fratricide", n'ont pas réussi à galvaniser l'opinion.

L'extrême-droite et le lobby des colons ont certes réussi à faire descendre dans la rue plus de cent mille manifestants, mais seule une fraction d'entre eux était prête à rejoindre les colonies en se confrontant aux forces de l'ordre.

C'est en vain qu'ils ont misé sur une fracture de l'armée : sur les dizaines de milliers de soldats qui ont participé aux opérations, seuls quelques dizaines ont refusé d'obéir aux ordres.

M. Sharon a également réussi son pari vis à vis des Palestiniens, puisque l'évacuation ne s'est pas déroulée "sous le feu".

Au contraire, les groupes armés sous la pression de l'Autorité, palestinienne ont quasiment stoppé leurs attaques, s'abstenant même de réagir à deux attentats individuels anti-arabes commis par deux extrémistes, qui ont tué huit personnes, dont quatre Arabes israéliens et quatre Palestiniens.

Mais, par delà ce succès, l'avenir reste incertain. Brocardé par son principal rival Benjamin Netanyahu, l'ancien ministre des Finances, M. Sharon va devoir donner des gages à son propre camp, après lui avoir forcé la main.

Dans ce contexte, les experts en Israël s'accordent pour écarter tout nouveau retrait, au moins jusqu'aux prochaines législatives prévues en automne 2006.

En attendant, la construction des blocs de colonies va se poursuivre et il n'est même pas question dans un proche avenir de démanteler des colonies sauvages, contrairement aux engagements explicites des autorités, selon des source proches de la présidence du Conseil.

Par ailleurs, M. Sharon exige de l'Autorité palestinienne, qu'elle démantèle les groupes armés -- ce qu'elle n'a nulle intention de faire actuellement -- et ne se contente pas de leur accord pour une trêve.

Ariel Sharon estime que la balle est désormais dans le camp des Palestiniens, qui de leur côté ne voient dans le retrait de Gaza qu'un premier pas. Le fossé reste entier.

Source : AFP, 23 août 2005

 

Les Palestiniens peaufinent leurs projets d'avenir dans les colonies évacuées


Les technocrates palestiniens de Khan Younès, dans la bande de Gaza, travaillent d'arrache-pied pour aménager les terrains abandonnés par les colons israéliens évacués et leurs localités désertées sur le bord de mer.

Dans la ville de Khan Younès, le maire Osman al-Farra, fait l'inventaire des projets susceptibles d'être lancés à Goush Katif, bloc de colonies dans la bande de Gaza, évacué la semaine dernière par Israël.

La tâche est gigantesque. Les Palestiniens envisagent notamment de créer des fermes, une plage privée, des hôtels, des résidences et même un stade.

Toutefois, ils vont devoir attendre encore un mois, le temps nécessaire aux forces israéliennes pour déménager les biens des colons avant de quitter ensuite le territoire et le transférer à l'Autorité palestinienne.

Al Farra et ses huit assistants travaillent sur ce projet depuis des mois et il est actuellement au stade de la finalisation.

Les quinze colonies de Goush Katif, en plus de l'implantation de Morag plus au sud, dépendent territorialement de Khan Younès.

Sur la carte établie par le mairie de Khan Younès, des couleurs vertes, oranges, jaunes marquent les zones promises à être aménagées.

« La colonisation était un véritable obstacle au développement de la cité. Un tiers de Khan Younès était exploité par les colons, il s'agit de quelque 20.000 hectares », dit le maire.

Si le processus de paix avec Israël s'engage dans la bonne voie, ils rêvent de transformer la bande de Gaza en une oasis touristique sur la côte méditerranéenne.

Khan Younès a été longtemps étranglé par la colonisation depuis l'établissement en 1967 par Israël de Netzar Hazani, première colonie de la bande de Gaza.

Le maire se dit conscient des défis d'intégrer Goush Katif dans l'économie palestinienne et d'utiliser une partie des terres pour résoudre la crise du logement dans la bande de Gaza, un territoire exigu où s'entassent 1,3 million de Palestiniens, l'un des plus peuplés au monde.

Selon lui, « plus de 50 millions de dollars sont nécessaires pour la construction de routes, de canalisations et la fourniture d'eau potable ».

Toutes les terres des colonies sont considérées comme un domaine de l'Etat.
Samedi, le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas a annoncé avoir signé un décret sur la prise de contrôle des terres laissées par l'armée et les colons israéliens après leur évacuation de la bande de Gaza.

« Nous avons émis un décret à propos des terres domaniales qui représentent 97% des terrains évacués (par Israël), aux termes duquel aucun particulier ne pourra en faire usage », avait-il indiqué.

Toutefois, selon al-Farra, l'Autorité palestinienne étudiera toute réclamation présentée par la population et paiera éventuellement des compensations financières.

Selon le plan de la municipalité, 21% des terres de Goush Katif serviront à des projets de logement. Ce plan inclut l'offre de Cheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyane, le président des Emirats arabes unis qui entend donner 100 millions de dollars pour reconstruire une ville pour 30.000 Palestiniens sur les décombres de l'implantation de Morag.

Douze autres millions de dollars seront destinés à reconstruire de nouvelles maisons pour remplacer celles détruites par l'armée israélienne durant les cinq années de l'Intifada, a ajouté le maire

Une plage et des projets touristiques et commerciaux seront édifiés sur 15% de Goush Katif alors que les projets agricoles occuperont 51% de cette ancienne colonie israélienne.

Un accord de principe a été déjà conclu pour le transfert à l'Autorité palestinienne des serres des colons juifs évacués de la bande de Gaza.
Source : AFP, 23 août 2005


Comment se fait-il que nous ayons quitté Gaza ?

 

par Tanya Reinhart, Yediot Ahronot, 18 août 2005. http://www.let.uu.nl/~tanya.reinhart/personal/. Traduit de l'hébreu en anglais par Edeet Ravel et de l'anglais par Marcel Charbonnier.

Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui a traversé l'esprit d'Ariel Sharon, en février 2004, lorsqu'il a déclaré pour la première fois, sans consulter personne, qu'il était prêt à évacuer les colonies juives de Gaza. Mais si nous nous efforçons de replacer les pièces du puzzle du désengagement, le scénario le plus plausible est sans doute que Sharon a pensé que, cette fois encore, comme à son accoutumée, il trouverait un biais pour ne pas appliquer son propre plan. Ceci expliquerait, par exemple, pourquoi les colons de Gaza n'ont toujours pas reçu de compensation financière et aussi pourquoi (comme l'a révélé le supplément du samedi du quotidien israélien Yediot Ahronot le 5 courant) pratiquement aucune mesure n'a été prise afin de préparer leur absorption en Israël. [1]

Sharon a de bonnes raisons de croire que sa tactique d'évitement sera couronnée de succès. Au cours du premier round, confronté à la feuille de route de l'administration Bush, il s'est engagé à un cessez-le-feu durant lequel Israël aurait dû revenir au statu quo d'avant septembre 2000, geler les constructions de colonies et démanteler les avant-postes. Rien de tout cela n'a été fait. Sharon et l'armée ont prétendu (au cours du round précédent) que Mahmud Abbas n'était pas fiable et qu'il avait échoué à contrôler le Hamas. L'armée poursuivit se assassinats ciblés et réussit à porter les territoires occupés à un degré d'ébullition encore jamais vu, ce à quoi firent suite d'inévitables attentats terroristes palestiniens qui firent voler le cessez-le-feu en éclats. Tout au long, l'administration du premier mandat Bush se tint au côté de Sharon et se fit dûment l'écho de toutes ses plaintes à l'encontre d'Abbas.

Malgré l'actuelle période de calme, l'armée israélienne a poursuivi ses incursions dans les villes palestiniennes, ses arrestations et ses assassinats ciblés. L'impression prévalait que le prochain attentat terroriste, au lendemain duquel le calme volerait en éclats, était imminent, et la presse israélienne regorgeait de détails sur l'opération « Poing d' Acier », attendue pour cet été, à Gaza. Mais l'administration Bush a soudain fait volte-face. Tandis qu'Israël continuait à déclarer qu'Abbas ne faisait pas ce qu'on attendait de lui, l'administration Bush répétait avec insistance qu'il fallait lui donner une chance. Alors : qu'est-ce qui a changé ?

Jusqu'à ce virage à cent quatre-vingt degrés, il y avait en Israël un consensus général sur le fait que jamais les Etats-Unis n'avaient été dirigés par un président aussi amical pour Israël que George W. Bush. Bien sûr, personne ne pensait que c'était son amour des juifs qui motivait ce soutien inconditionnel chez l'évangéliste Bush. Mais il y avait le sentiment, en Israël, que grâce à sa supériorité aérienne, Israël représentait une carte maîtresse dans la guerre que Bush avait déclarée au Moyen-Orient. Avec l'euphorie de puissance qui était palpable alors, on aurait dit que l'Afghanistan et l'Irak étaient d'ores et déjà « entre nos mains » et que nous allions désormais nous «occuper » ensemble de l'Iran, et peut-être même de la Syrie.

Mais, au début de l'année, les roues se mirent à tourner dans l'autre sens. Les Etats-Unis s'enfonçaient dans le bourbier irakien, enregistrant défaites et pertes. L'Iran, qui après sa guerre avec l'Irak était prêt pour une reddition à n'importe quel prix, retira des encouragements de la résistance irakienne et de ses liens avec les milices chiites. Les accords pétroliers conclus avec la Chine donnèrent un coup de fouet à son économie et à son statut international. Soudain, la possibilité d'une attaque contre l'Iran devenait moins certaine. Il s'avéra que même les armes les plus sophistiquées risquaient fort de ne pas suffire à mettre à genoux des régions entières sur lesquelles les Etats-Unis lorgnaient. Dans l' intervalle, la popularité de Bush s'était effondrée, passant au-dessous des 40 % et, après chaque attentat terroriste dans le monde, on entendit ces mots, appariés : Irak et Palestine. Bush ne lèvera pas le pouce, en Irak, de sitôt. Mais le casse-tête de la Palestine, c'est vraiment la dernière chose dont il ait besoin.

Depuis le début de cette année, le rouleau compresseur américain avance, inexorablement. Tout d'abord, le tout-puissant lobby israélien aux Etats-Unis fut neutralisé, sans tapage. Deux ex-responsables de l'American Public Affairs Committee [Aipac] ont été mis en examen pour transfert d' information sensible à un diplomate israélien. Au cas où sa culpabilité serait prouvée, cela pourrait s'avérer fatal pour l'Aipac et la totalité du lobby pro-israélien aux Etats-Unis. Dans l'attente, ils devront se tenir à carreau, quoi que fasse Bush vis-à-vis d'Israël.

La mesure suivante consista à geler l'assistance militaire à Israël, en se prévalant de la crise née de la vente par Israël d'armes (américaines) à la Chine. Il aurait été possible de traiter ce problème embarrassant d'une simple pirouette, comme par le passé. Mais, cette fois-ci, les Etats-Unis ont imposé de véritables sanctions. Les contacts en vue de l'achat de nouvelles armes ont été gelés, et les Etats-Unis ont suspendu la coopération dans divers projets de recherche et développement. A Washington, on a claqué les portes au nez des officiers israéliens.

C'est dans ces circonstances que la date prévue pour le désengagement a fini par arriver. A la lumière des préparatifs, au vu et au su de tout le monde, d'une opération militaire, des soupçons se firent jour au sein de l' administration américaine que Sharon ne mettrait pas son plan de désengagement en application. D'après le New York Times du 7 août, l' administration Bush a exercé des pressions afin qu'il n'en soit pas ainsi et d'éviter tout déclenchement d'une opération militaire. Le 21 juillet, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice était venue à Jérusalem, afin d'y effectuer une visite inamicale, très ric-rac. Le New York Times a fait état d'observations du Coordinateur pour la Sécurité au Moyen-Orient, le général William Ward : « Le général Ward, homme pourtant prudent, a confirmé que, voici quinze jours, des pressions américaines ont imposé à l'armée israélienne de rester dans ses casernes, alors qu'elle allait se lancer dans une incursion à l'intérieur de la bande de Gaza. Il a prédit des pressions analogues, à l'avenir, si nécessaire. « Mais c'est là un scénario que personne n'aimerait voir se dérouler », a-t-il dit. « Il y a une profonde prise de conscience, de la part du leadership israélien, armée comprise, des conséquences possibles de ce genre de scénario. » » [2]

Au fil des années, nous avions été habitués à l'idée que l'_expression « pressions américaines » désignait des déclarations qui ne mangent pas de pain. Mais, soudain, les mots ont acquis une nouvelle signification. Quand les Etats-Unis exercent effectivement des pressions, aucun dirigeant israélien n'oserait mettre leurs injonctions au défi (et certainement pas Netanyahu).

Aussi nous sommes-nous retirés de Gaza.

Si les Etats-Unis continuent à perdre du terrain en Irak, peut-être serons-nous contraints à nous retirer aussi de Cisjordanie ?

[Souhaitons-le.]

Notes :

[1] D'après cet article, dès le début, dès 2004, « le Premier ministre a opposé une rebuffade à la recommandation du major général Giora Eiland [conseiller ès sécurité nationale auprès de la présidence de la section de planification du désengagement de l'armée israélienne], et il a décidé que le gouvernement ne ferait pas construire de logements provisoires. » [2] Steven Erlanger, in The New York Times, 7 août 2005


Le retrait de Gaza et le dilemme permanent d'Israël


par George Friedman, Geopolitical Intelligence Report - Stratfor, 16 août 2005 [http://www.stratfor.com].
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

 

Israël a commencé à se désengager de la bande de Gaza. Comme ce fut le cas lors des précédents retraits d'Israël du Sinaï ou au Sud Liban, la décision de se désengager fait l'objet de controverse au sein de l'Etat juif. Il s' agit du second retrait d'un territoire occupé au cours de la guerre de juin 1967, et du second retrait également d'un territoire comptant un nombre important de combattants anti-israéliens. Dès lors qu'on sait que ces combattants ne seront en rien adoucis par le retrait israélien - étant donné qu'il n'y a pas d'accord explicite échangeant un territoire contre une paix applicable sur le terrain - la décision que les Israéliens ont prise de se retirer peut sembler bizarre.

 

Pour comprendre ce qui préside à la politique israélienne, il est nécessaire de considérer suffisamment en détail la réalité géopolitique d'Israël.

 

Les fondateurs d'Israël, pris dans leur ensemble, avaient quatre motifs pour fonder cet Etat :

1/ Protéger les juifs contre un monde hostile à leur égard, en créant un foyer national juif ;
2/ Créer un Etat juif socialiste (non communiste) ;
3/ Ressusciter la nation juive afin de réaffirmer l'identité juive dans l' Histoire ;
4/ Créer un pays fondé sur la religiosité juive et la loi, plutôt que la seule nationalité juive.

 

Les idées de sécurité, de socialisme, d'identité et de religiosité se sont chevauchées entre elles, dans une certaine mesure, et elles étaient aussi exclusives entre elles, par bien des aspects. Mais chacune de ces tendances a fini par constituer une ligne de faille dans la vie israélienne. Israël a-t-il été fondé simplement pour que les juifs soient en sécurité - Israël était-il simplement une énième nation comme il y en a tant ? Israël devait-il être un pays socialiste, comme le Parti travailliste l'envisagea un temps ? Devait-il être un vecteur de résurrection de l'identité juive, comme le voulaient les Révisionnistes ? Devait-il être un pays gouverné par le rabbinat ? Aucun pays ne pouvait être tout cela à la fois ! Aussi, il ne s'agissait là que de visions contradictoires, liées entre elles par une unique certitude : aucune de ces visions ne pouvait se concrétiser sans un Etat juif. Tous les arguments, en Israël, découlent de ces principes, mais ils ont tous une réalité commune en partage : la nécessité d'assurer la protection physique d'Israël.

Pour qu'il existe un Etat juif, il faut que cet Etat soit gouverné par des juifs. S'il doit aussi être un pays démocratique, comme cela fut envisagé par quasiment tout le monde, mis à part une petite partie de la quatrième tendance, la religiosité, alors il doit s'agir d'un pays qui soit démographiquement (lire : majoritairement, ndt) juif.

Voilà qui pose le premier dilemme géopolitique d'Israël . Quelles que soient les justifications historiques, morales ou religieuses, le fait était qu'au début du vingtième siècle, le territoire identifié pour être le foyer national juif - la Palestine - était habité par une majorité écrasante d' Arabes. Un Etat juif et démocratique ne pouvait être réalisé qu'au prix d' une transformation démographique. Soit beaucoup plus de juifs allaient devoir venir s'établir en Palestine, soit des Arabes devraient en partir, soit une combinaison des deux mouvements devait intervenir. L'Holocauste contraignit beaucoup de juifs qui, sans cela, seraient restés en Europe, à venir en Palestine. La création de l'Etat d'Israël qui s'ensuivit força des Arabes au départ, et des juifs vivant dans des pays arabes à venir en Israël.

Toutefois, ce glissement démographique fut incomplet, laissant en héritage à Israël deux problèmes stratégiques. Tout d'abord, un grand nombre d'Arabes, quand bien même étaient-ils minoritaires, continuèrent à vivre en Israël. Secondement, les pays arabes entourant Israël - et qui percevaient cet Etat comme une entité aliène jetée au beau milieu d'eux - se considérèrent en état de guerre avec Israël. Au final, le problème d'Israël fut que le traitement de la menace extérieure ne pouvait que complexifier inévitablement la menace interne.

 

Le handicap stratégique israélien

Israël souffrait d'un terrible désavantage stratégique. Tout d'abord, il était largement dépassé numériquement, et cela sautait aux yeux : il y avait beaucoup plus d'Arabes qui se considéraient en état de guerre avec Israël qu 'il n'y avait de juifs en Israël. Ensuite, Israël avait des frontières extrêmement longues et difficiles à protéger. Enfin, les Israéliens étaient dépourvus de profondeur stratégique. Si tous leurs voisins - Egyptiens, Jordaniens, Syriens et Libanais - se voyaient renforcés par les forces armées de pays arabes et musulmans plus éloignés, Israël aurait beaucoup de difficulté à leur résister. Et si toutes ces forces attaquaient Israël simultanément, en une frappe coordonnée, Israël serait dans l'impossibilité d'y résister.

Même si les Arabes ne réussissaient pas une frappe brillante, consistant à couper Israël par le milieu, en suivant une ligne Jérusalem - Tel Aviv (distantes d'environ quatre-vingt kilomètres), Israël serait néanmoins vaincu dans une guerre extensive avec les Arabes. Si les Arabes pouvaient imposer une guerre d'usure à Israël, par laquelle ils pourraient lui imposer un taux, disons d'un pour cent des effectifs armés par jour sur le front du champ de bataille, Israël ne pourrait pas tenir plus longtemps que quelques mois, dans le meilleur des cas. Au vingtième siècle, un taux d'usure de ce niveau, dans un champ de bataille de la taille d'Israël, serait modeste. Les forces effectives d'Israël ont rarement compté plus de 250 000 hommes - les autres 250 000 soldats étaient des réservistes, plus âgés, munis d'un équipement de qualité inférieure.

Une guerre d'usure extensive n'était pas une option, pour Israël.

Ainsi, pour la survie d'Israël, trois conditions devaient être réunies :

1/ Les Arabes ne doivent jamais, à aucun prix, être unis dans une seule armée effective ;
2/ Israël doit en permanence choisir le moment, le lieu et le déroulement de toute guerre ;
3/ Israël ne doit jamais avoir à mener de front une guerre avec les Arabes et une insurrection arabe intérieure.

La stratégie d'Israël consistait à utiliser la diplomatie afin de dissuader ses trois principaux adversaires - l'Egypte, la Jordanie et la Syrie - de décider de lancer simultanément une guerre contre lui. Depuis sa création, Israël a toujours eu une politique consistant à diviser entre eux les pays du front. Cela n'était pas particulièrement difficile, étant donné les profondes animosités qui opposent les Arabes entre eux. A un stade précoce, Israël avait ouvré à garantir la survie du régime jordanien. Plus tard, après que les accords de Camp David eurent pour effet d'exclure l'Egypte de la coalition arabe, Israël avait neutralisé deux de ses trois ennemis potentiels. La dynamique de la géopolitique arabe et les performances de la diplomatie israélienne eurent un résultat qui est rarement apprécié à sa juste valeur. Depuis sa fondation, Israël a réussi à éviter une guerre simultanée avec ses voisins, excepté en des temps et en des lieux choisis à sa convenance. Il devait entretenir une force armée capable de prendre l' initiative, afin d'être en mesure d'avoir une stratégie diplomatique.

Mais durant la majorité de son histoire, Israël a été confronté au défi fondamental qu'a représenté le maintien de cette prééminence.

Le problème géopolitique israélien

La prééminence militaire du pays devait être calculée en prévision d'un possible échec diplomatique. Israël devait assumer que tous les Etats de la confrontation pouvaient lui devenir hostiles simultanément, auquel cas il aurait dû lancer une frappe préemptive contre eux, en un même temps. Dans une telle situation, Israël était confronté au dilemme suivant : son infrastructure industrielle ne suffisait pas à lui fournir les moyens technologiques de maintenir sa supériorité militaire. Ce n'était pas seulement un problème financier - tout l'argent du monde ne pourraient rien changer à la démographie - le problème était aussi qu'Israël était dépourvu de la main-d'ouvre qui aurait permis de produire tout l'armement qui lui était indispensable, et aussi de dresser une armée. Par conséquent, Israël ne pouvait survivre que s'il avait un patron possédant une telle base industrielle. Israël devait se rendre utile à un autre pays.

Le premier parrain d'Israël fut l'URSS, via ses satellites européens. Son deuxième parrain fut la France, qui voyait en Israël un allié en des temps où Paris s'évertuait à maintenir ses intérêts dans un monde arabe de plus en plus hostile à son égard. Son troisième parrain - mais pas avant 1967 - furent les Etats-Unis, qui virent en lui un contrepoids face à l'Egypte et à la Syrie pro-soviétiques, ainsi qu'une base opérationnelle pour d' éventuelles interventions en Méditerranée orientale.

En 1967, Israël - craignant une frappe coordonnée des Arabes, et cherchant par ailleurs à rationaliser ses lignes de défense et à acquérir une profondeur stratégique - lança une offensive à la fois aérienne et terrestre contre ses voisins. Plutôt que de prendre le risque d'avoir à affronter une riposte coordonnée, Israël préféra lancer une attaque séquentielle : tout d' abord contre l'Egypte, et ensuite seulement contre la Jordanie, puis la Syrie.

La victoire d'Israël dans la guerre de 1967 fut à l'origine de la crise géopolitique à laquelle ce pays est aujourd'hui confronté.

Après cette guerre, Israël devait concilier trois nécessités :

1/ Il occupait désormais la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui comportaient une population nombreuse et hostile d'Arabes. Une guerre totale, périphérique, combinée à une insurrection dans ces deux régions, aurait coupé les lignes d'approvisionnement et les communications d'Israël, qui aurait encouru le risque d'une défaite.

2/ Désormais, Israël allait dépendre des Etats-Unis pour ses besoins industriels. Mais les intérêts américains et les intérêts israéliens n' étaient pas les mêmes. Les Etats-Unis avaient des intérêts dans le monde arabe, et n'avaient aucun intérêt à ce qu'Israël écrase l'opposition palestinienne ou expulse les Palestiniens vivant en Israël. Aussi, conserver la base industrielle américaine et maltraiter les Palestiniens devinrent deux nécessités incompatibles entre elles.

3/ Israël devait continuer à manipuler les rapports de forces entre pays arabes, afin d'empêcher une guerre périphérique totale. Ceci, à son tour, signifia qu'il fut encore plus contraint à traiter par la force la question palestinienne.

La géopolitique israélienne créa la pire des situations : étant données les seconde et troisième considérations, Israël ne pouvait pas écraser les Palestiniens ; mais en raison de son besoin de profondeur stratégique et de frontières cohérentes, il ne pouvait pas abandonner les territoires occupés. Il a dû, par conséquent, continuellement contraindre les Palestiniens, sans aucune possibilité de remporter une victoire finale. Il a dû être impitoyable, ce qui allait enflammer le ressentiment des Palestiniens, mais il n'a jamais pu être assez impitoyable pour effectivement les éliminer.

 

Souvent, diplomatie varie

Israël a réussi à maintenir le jeu diplomatique inauguré en 1948 : les Arabes sont toujours aussi profondément divisés. Il a réussi à maintenir es relations avec les Etats-Unis, même après la fin de la Guerre froide. Etant donné le déclin de la menace conventionnelle, la dépendance d'Israël vis-à-vis des Etats-Unis a de fait diminué. Pour l'instant, la situation est contenue.

Toutefois - et c'est là le problème clé, pour Israël - la solution diplomatique est intrinsèquement indéfinie. Elle requiert une manipulation constante, et la possibilité d'échec lui est intrinsèque. Ainsi, par exemple, une insurrection islamiste en Egypte pourrait rapidement générer des évolutions qu'Israël ne serait pas en mesure de contenir. De plus, des changements politiques aux Etats-Unis pourraient mettre un terme au sponsoring américain, sans certitude de voir émerger un autre parrain. Ces choses sont peu probables, mais elles ne sont pas inconcevables. Avec le temps, tout est envisageable.

L'avantage israélien est à la fois diplomatique et culturel. Sa capacité à diviser les Arabes entre eux, très grand atout diplomatique, s'allie à sa supériorité technologique, qui est un grand atout culturel. Mais ces deux situations sont susceptibles, elles aussi, de changer. Les Arabes peuvent s' unir entre eux, ils peuvent accélérer leur sophistication militaire et technique. La supériorité d'Israël peut changer. Les Arabes peuvent s'unir, et ils peuvent accélérer leur sophistication technologique et militaire. La supériorité d'Israël peut changer, mais son infériorité est gravée dans le roc : c'est la géographie, et la sociologie, qui ont placé cet Etat dans une position définitivement vulnérable vis-à-vis des Arabes.

 

Pour Israël, les menaces potentielles sont les suivantes :

1/ Une coalition anti-israélienne unie et effective, parmi les Arabes ;

2/ La perte de sa supériorité technologique et, par conséquent, la perte de l'initiative militaire ;

3/ La nécessité de mener une guerre périphérique totale, tout en connaissant une insurrection interne ;

4/ Une frappe nucléaire soudaine et imprévisible sur son territoire densément peuplé.

 

Par conséquent, il en résulte qu'Israël a trois options devant lui :

La première consiste à rester optimiste. Telle a été la position d'Israël, depuis 1967. La seconde consiste à passer de la dissuasion conventionnelle à la dissuasion nucléaire. Israël en a déjà la capacité, mais la valeur des armes nucléaires réside dans leur capacité de dissuasion, et non dans leur utilisation. Impossible de faire face à une Intifada ou à une guerre conventionnelle restreinte avec des armes nucléaires - tout du moins, pas en Israël, en raison des dimensions de ce pays. La troisième option consisterait à réduire au maximum la possibilité de survenue d'une catastrophe en attisant les tensions dans le monde arabe, en réduisant les incitations au changement culturel chez les Arabes en éliminant le risque d' une intifada en temps de guerre, et en réduisant la probabilité que les Etats-Unis en viennent à penser qu'il serait de son intérêt de couper les ponts avec Israël.

D'où le retrait de Gaza. Comme base pour le terrorisme, Gaza représente une menace pour la sécurité d'Israël. Mais la véritable menace venue de Gaza, et c'est encore plus vrai en ce qui concerne la Cisjordanie, réside dans le fait que ces régions créent une dynamique qui réduit l'efficience diplomatique d'Israël, risquent de créer une unité arabe, augmente l' incitation à la modernisation militaire et met l'accent sur les relations privilégiées avec les Etats-Unis. La menace terroriste est douloureuse. L' alternative risque d'être une catastrophe, sur le long terme.

Certaines des raisons originelles de la création d'Israël, tel l'aspiration à un Etat socialiste, ont perdu aujourd'hui toute pertinence dans la vie politique israélienne. Et le révisionnisme, comme le socialisme, est un mouvement qui appartient au passé. L'Israël moderne est divisée entre trois camps :

1/ Ceux qui croient que la survie d'Israël dépend de son désengagement d'un processus qui enrage les Palestiniens sans les écraser, même si cela ouvre la porte au terrorisme ;

2/ Ceux qui considèrent que la menace terroriste est réelle et immédiate, et que les menaces stratégiques à long terme sont théoriques et abstraites ;

3/ Ceux qui ont un engagement religieux qui leur impartit de conserver tous les territoires.

Les seconde et troisième factions constituent une alliance. Mais, pour le moment, c'est la première faction qui semble majoritaire. Il n'est nullement surprenant que le Premier ministre Ariel Sharon la conduise. En tant que militaire, Sharon a une vision claire des vulnérabilités d'Israël. Il pense clairement que la menace sur le long terme, pour Israël, proviendra de l' écroulement de sa position stratégique, et non du terrorisme. Il a clairement décidé d'accepter la réalité des attentats terroristes, dans certaines limites, afin de poursuivre une initiative stratégique de plus grande ampleur.

Israël a réussi à compenser l'occupation imposée à une population hostile en divisant entre eux les pays arabes, depuis 1967. L'estimation de Sharon est qu'étant données les dynamiques actuelles en jeu dans le monde musulman, poursuivre la même stratégie encore pour une génération serait à la fois trop coûteux et trop risqué. La position de ses détracteurs consiste à dire que les risques immédiats du désengagement augmentent le danger immédiat auquel Israël est confronté, sans résoudre le problème sur le long terme. Si Sharon a raison, alors il y a quelque espace permettant de manouvrer. Mais si ce sont ces détracteurs, notamment Benjamin Netanyahu, qui sont dans le vrai, alors Israël sera confronté, à jamais, à un problème insoluble.

Tel est le véritable débat.

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La carte Hamas et le retrait israélien de Gaza par Jonathan Feiser , Power and Interest News Report (PINR) [http://www.pinr.com] Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier L'auteur est aujourd'hui un analyste en matière de renseignement qui travaille pour le gouvernement des USA, avec une spécialisation dans le domaine de l'Islam politique et des évolutions historiques et sécuritaires du Moyen-Orient, en sus de ses contributions à PINR. Il est diplômé en politique publique et en histoire américaine de l' Université de Pennsylvanie.

[La phase militaire du retrait de Gaza passant à la vitesse supérieure, les leaderships politiques, dans les deux camps, sont irrémissiblement investis du succès de ce désengagement. Sur le terrain, au sein de la société palestinienne, l'avenir de la région en général et de la bande de Gaza en particulier - il en va bien évidemment de même pour la Cisjordanie - continue incontestablement à figurer en bonne place sur l'agenda politique du Hamas.]

 

Comment garantir un retrait permanent ?

Pour des raisons d'opportunité et de relations publiques, dans la phase présente, la plupart des Palestiniens veulent éviter toute forme de représailles militaires directes d'Israël. Ils ont conscience qu'il en va de leur intérêt bien senti de démontrer leur capacité à gérer le retrait israélien, et aussi les implications de la période qui y fera suite. De plus, il en va de l'intérêt du mouvement qu'ils soutiennent majoritairement, le Hamas, qu'aucune attention négative, tant politique que militaire, ne soit attirée sur lui durant cette phase extrêmement délicate de réalignement politique.

De plus, c'est seulement dans le giron de la campagne en vue de « frontières défendables » pour Israël que le « modèle gazaoui » de la bonne gouvernance et de l'assomption des responsabilités sécuritaires est susceptible d'être appliqué. Une intervention militaire des FID [Forces Israéliennes de Défense] [= « Tsahal »] en représailles à une quelconque intervention du Hamas aurait très vraisemblablement pour effet d'obérer de manière fatale la légitimité dudit modèle gazaoui et, en tant que problème interne à Israël, de donner plus d'audace à d'aucuns, qui ambitionnent d'arracher le pouvoir des mains du Premier ministre Ariel Sharon.

La nécessité impérieuse pour le chef de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, de contrôler les évolutions sur le terrain afin de s'arroger les succès dès qu'il en apparaît(rait) [ ?] demeurera un thème permanent de la phase du retrait. De fait, tout succès sur le terrain restera intimement conditionné à sa propre légitimité et à celle de son pouvoir en Palestine, d 'une manière générale et à Gaza, en particulier.

Néanmoins, la légitimité du Hamas demeure une force gravitationnelle puissante. Une jeune génération de Palestiniens - qui ne sont pas liés émotionnellement au nationalisme inspiré par feu le dirigeant palestinien Yasser Arafat et qui ont toujours vécu dans des camps de réfugiés - préfère écarter la vieille garde constituée des dirigeants de l'AP qui s'accrochent à leur pouvoir.

Même si le retrait israélien aura pour conséquence directe un renforcement transitoire du pouvoir d'Abbas, cette lune de miel risque fort de ne pas durer bien longtemps. Quand bien même les Etats-Unis et l'Onu apporteraient-ils une aide économique conséquente [aux « autorités » palestiniennes], le Hamas - d'ores et déjà largement plébiscité par la majorité des Palestiniens, ne tardera pas à se retrouver dans une position favorable sans aucun équivalent pour marchander son accession au pouvoir.

 

Conclusion

A long terme, la préoccupation première du Hamas sera d'ordre politique (de fait, toute action qu'il prendra dorénavant sera largement politique, en raison des élections annoncées). En s'abstenant d'attaquer l'armée israélienne et les éléments de l'AP qui gèrent l'évacuation de Gaza, le Hamas acquerra un levier supplémentaire dans la bataille des relations publiques, hautement déterminante, entre lui-même et l'establishment impopulaire de la vieille garde du Fatah et de l'Autorité palestinienne.

Tout en prenant patience, le Hamas va poursuivre sa routine en matière de tactique, de techniques et de procédures militaires, consistant à stocker, à passer en contrebande et à dispatcher des armes et des munitions. De plus, le vide sécuritaire qui ne manquera pas de s'installer du fait de l'absence des checkpoints sécuritaires de l'armée israélienne ne pourra, à l'évidence, qu'encourager une contrebande intensifiée.

Si des affrontements sporadiques entre des membres de la « marge exaltée » du Hamas et l'armée israélienne + les forces de sécurité de l'AP risquent toujours de se produire de manière localisée, le plus gros du Hamas continuera peu ou prou à observer la plus grande retenue. Sans aucun doute, une des facettes de la grande force du Hamas réside dans le désenchantement d'une majorité des jeunes Palestiniens qui ont passé toute leur vie dans des camps de réfugiés - et qui par conséquent ne connaissent (et - sans doute plus important encore - ne ressentent) pas grand-chose de la vision arafatienne, sauf peut-être sa plaidoirie non dissimulée pour l'instauration d'un Etat recouvrant la Palestine historique [« greater Palestinian state » ? ndt].

L'un dans l'autre, le Hamas continuera à se battre pour conquérir les cours et les esprits des Palestiniens. Ajoutons à cela le fait que la rhétorique d 'Abbas semblera bien falote, comparée aux efforts historiques déployés sur le terrain, qui ont constamment donné une légitimité à la vision du Hamas, contrairement à l'incapacité et à l'inutilité démontrées de l'Organisation de Libération de la Palestine [OLP] et de ses officines politiques.

 

 

L'évacuation des colonies juives est terminée dans le Gush Katif


Après la pause de samedi pour cause de sabbat, les forces israéliennes ont achevé dimanche dans le calme l'évacuation du Gush Katif, principal bloc de colonies de la bande de Gaza.
De sources proches des services de sécurité, on affirme qu'il ne reste plus aucun colon à Atzmona, Selav et Katif, les dernières implantations qui restaient à évacuer dans le Gush Katif.
Sur les 21 colonies progressivement construites dans la bande de Gaza depuis 1967, il ne restera plus aux soldats qu'à pénétrer lundi à Netzarim, bastion isolé de juifs ultranationalistes situé à proximité de la ville de Gaza.
L'armée n'a pas fait de commentaires dans l'immédiat sur l'avancement des opérations dans le Gush Katif mais a déclaré que ses forces avaient évacué Elei Sinai, une enclave du nord de la bande de Gaza.
Désireuses d'éviter les scènes de confrontation constatées cette semaine dans d'autres colonies, les familles du Gush Katif se sont recueillies une dernière fois avant de quitter volontairement leurs habitations.
"C'est très difficile mais nous devons continuer, aller de l'avant tous ensemble et emmener l'esprit orange avec nous", déclarait, dans la colonie de Katif, le rabbin Noah Vishonsky à ses fidèles en citant la couleur fétiche des opposants au retrait de Gaza.
Unis, colons et soldats chargés de les évacuer ont assisté dans l'après-midi à un office religieux avant de gagner, dans le calme, les cars qui devaient les ramener en Israël.

 

LA FORCE DU SILENCE
"Les habitants de Katif ont décidé de quitter les lieux d'eux-mêmes sans être évacués par la force. Cela s'est fait dans la dignité, le calme et sans comportement hystérique. Le silence peut parfois être très fort", a commenté Sharon Brown, porte-parole de la police.
Plus de 85% des 8.500 colons avaient quitté avant dimanche la bande de Gaza, où les récalcitrants ont reçu le soutien de plusieurs centaines de manifestants, souvent jeunes, qui n'ont pas hésité à affronter les forces de l'ordre lors des évacuations forcées.
A Katif, les ultranaltionalistes ont bien tenté de s'opposer à l'intervention de l'armée, mettant le feu devant l'entrée principale à des gerbes de foin, des pneus et des planches, mais les soldats ont facilement franchi ce barrage de fortune.
La mise en oeuvre du plan de retrait du Premier ministre Ariel Sharon a été deux fois plus rapide que le gouvernement ne le prévoyait.
Deux des quatre colonies de Cisjordanie concernées par le plan doivent cependant encore être évacuées mardi, et l'armée s'attend à un baroud d'honneur des ultranationalistes à Sanur et Homesh, en raison de la signification religieuse prêtée à ces implantations.

 

LE "CIMETIÈRE DES OPPRESSEURS"
Signe possible de tensions à venir, des centaines de jeunes ultranationalistes prêts à en découdre physiquement ont bloqué dimanche des bulldozers de l'armée à proximité de Sanur. Un soldat, blessé dans des échauffourées, a été hospitalisé.
Dans la bande de Gaza, les opposants au retrait ont érigé un petit cimetière factice devant une habitation d'Atzmona, qu'ils ont baptisé le "cimetière des oppresseurs". Deux des fausses tombes portaient les noms d'Adolf Hitler et de Yasser Arafat. Une troisième, laissée ouverte, ne portait pas de nom.
La famille n'a pas précisé si elle était destinée à Ariel Sharon, ancien "champion" des colons aujourd'hui considéré comme un traître par nombre d'entre eux.
Le gouvernement israélien, réuni dimanche en conseil des ministres, a donné son feu vert par 16 voix contre quatre à la phase finale des évacuations tant à Gaza qu'en Cisjordanie.
Sharon, s'exprimant au début du conseil des ministres, a estimé qu'"il y avait un très grave phénomonène d'infiltration et, semble-t-il, certains des infiltrateurs ont commis des actes que je qualifierais de sauvages, à la limite du délit", a-t-il dit à propos des jeunes ultras venus soutenir les colons récalcitrants.
En accord avec l'Autorité palestinienne, les forces israéliennes ont commencé dimanche la démolition complète des maisons désertées de la bande de Gaza, territoire densément peuplé où les Palestiniens souhaitent construire des immeubles.
Source : Reuters, 21 août 2005

 

Le Fatah crée une "armée populaire" à Gaza

 

Le Fatah, parti au pouvoir de l'Autorité palestinienne, a commencé à former "une armée populaire" chargée d'aider les forces de sécurité à faire régner l'ordre dans la bande de Gaza après le retrait israélien, a indiqué mardi 2 août un porte-parole du mouvement. La création de cette "armée populaire", composée de volontaires, a été ordonnée par le chef du Fatah, Farouk Kaddoumi, basé à Tunis, a indiqué à l'AFP un de ses porte-parole dans la bande de Gaza, Souleimane Al-Farra. "Nous avons décidé de créer une armée populaire pour aider l'Autorité palestinienne de prendre les choses en main après le retrait des forces israéliennes de la bande de Gaza", prévu la mi-août, a déclaré M. Farra à l'AFP.

Quelque 250 volontaires formant le "noyau" de cette armée effectuaient mardi des exercices physiques dans un terrain de football à Khan Younès dans le sud de la bande de Gaza, a constaté un correspondant de l'AFP. "L'entraînement a commencé lundi et il est assuré par des officiers de la Sûreté nationale et de la police palestinienne", a ajouté M. Farra. "L'armée populaire doit compter 1.500 volontaires dans toute la bande de Gaza", a-t-il poursuivi. Selon M. Farra, l'armée populaire doit être composée essentiellement de volontaires du Fatah mais sera aussi ouverte aux membres des autres groupes palestiniens qui souhaiteraient s'y joindre. "Nous avons reçu des instructions du frère Abou Lotf (M. Kaddoumi) pour former le noyau d'une armée populaire dans la bande de Gaza. Le premier stage d'entrainement a commencé lundi et durera 45 jours", a pour sa part déclaré à l'AFP le responsable de la formation, Mohammad Zourob. "Cette armée ne se substituera pas à l'Autorité palestinienne, aux services de sécurité ou aux factions palestiniennes", a-t-il ajouté. Un des instructeurs, Moussa Al-Aqad, a de son côté indiqué que l'armée populaire a été créée "pour aider l'Autorité palestinienne dans le cadre du retrait de Gaza et pour éviter tout débordement et toute atteinte aux forces de sécurité". La création de cette "armée populaire" par le Fatah traduit la volonté du mouvement de se renforcer face au groupe radical Hamas, très puissant dans la bande de Gaza, en vue du retrait israélien. Un des principaux chefs du Hamas, Mahmoud Zahar, avait affirmé début juillet que son mouvement "ne permettra à personne de le désarmer" après le retrait israélien de la bande de Gaza. M. Zahar avait averti que son mouvement n'hésiterait pas à se servir de ses armes pour riposter depuis la bande de Gaza à d'éventuelles attaques israéliennes en Cisjordanie. Le Hamas a violemment critiqué l'Autorité palestinienne pour avoir refusé de l'impliquer dans les préparatifs du retrait israélien de la bande de Gaza. Le Hamas a rejeté une offre de l'Autorité palestinienne de participer à un cabinet d'union nationale en vue du retrait israélien, exigeant la création d'une structure de direction regroupant des représentants de tous les mouvements palestiniens. Source : AFP, 2 août 2005

 

Vos armes, malgré vous, gens du Hamas


par Fayez Salah Abu Shamaleh, http://www.amin.org, 13 août 2005.
Traduit de l'arabe par le Centre d'Information sur la Résistance en Palestine


L'auteur est un écrivain palestinien vivant à Khan Younès


Que vous le vouliez ou non, vous les gens du Hamas, que vous l'acceptiez, vous et les autres organisations de la résistance ou non, vous devez rendre vos armes, malgré vous, à l'Autorité Palestinienne, l'unique, mais après que les dix conditions suivantes et nécessaires aient été remplies pour la sécurité, l'assurance et la stabilité de notre peuple :
1 - le retrait israélien total et global de la bande de Gaza, jusqu'aux frontières de 1967, après qu'Israël ait totalement abandonné sa domination sur les entrées de la bande, par terre, par mer et par air, car c'est l'une des premiers signes de la souveraineté.
2 - La liberté de séjour et le retour des Palestiniens exilés dans les pays arabes et hors de Gaza, de façon temporaire, en attendant que soient mis en place les mécanismes de leur retour à leurs villes et villages occupés en Palestine, avant la Nakba en 1948.
3 - La liberté de mouvement et de déplacement entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, sans entraves, fouilles, cartes magnétiques, la libre circulation des marchandises entre les deux régions palestiniennes ni dans la forme actuelle (dos à dos) ni dans la forme nouvelle (porte à porte).
4 - Libération de tous les prisonniers et détenus palestiniens et arabes dans les prisons israéliennes, et la proclamation officielle israélienne du respect de tous les traités et conventions internationales, et de l'application de la 4ème convention de Genève, pour les prisonniers palestiniens.
5 - La proclamation israélienne claire et nette des dates fixes pour le retrait de toutes les terres de Cisjordanie occupées en 1967, y compris al-Quds, et le démantèlement de toutes les colonies créées sur les terres palestiniennes, sans condition.
6 - La proclamation israélienne claire et nette, avec des garanties internationales, du respect du caractère humain de l'Arabe palestinien, la cessation de son humiliation, de tirer sur lui sans raison ou avec raison, d'accepter une enquête internationale à chaque coup de feu israélien sur les Palestiniens.
7 - L'accord israélien à accepter la responsabilité de tout ce qu'a vécu le peuple arabe palestinien, les destructions morales et physiques qui ont brisé sa vie depuis la Nakba en 1948 jusqu'à aujourd'hui, d'assumer la responsabilité totale israélienne de ne pas avoir appliqué la décision 149 de l'assemblée générale de l'ONU exigeant le retour des Palestiniens aux terres dont ils ont été expulsés, et la compensation pour ceux qui ne souhaitent pas retourner en Palestine.
8 - La reconnaissance israélienne, avec garanties internationales, de compenser financièrement toute la souffrance dont ont été responsables les Israéliens envers le peuple arabe en Palestine, tout au long de ces années de conflit.
9 - Arrêt de toute incitation idéologique et méthodique juive dans les écoles religieuses, les cercles intellectuels, contre les lieux saints musulmans en particulier, contre les Arabes et les Palestiniens de façon générale, et l'accord israélien d'un contrôle international sur ses programmes scolaires et ses publications idéologiques.
10 - Démilitariser la région du Moyen-Orient des armes non-conventionnelles, y compris l'arme nucléaire israélienne et les armes de Hamas et de ses frères des organisations palestiniennes.
Ce sont les dix conditions qu'il est nécessaire de réaliser, les efforts arabes et internationaux doivent se fixer à leur application, sur le terrain. C'est ce qui va nous être imposé, à nous le peuple arabe palestinien, avec toutes ses formations de la résistance, ses personnalités nationales et islamiques, à tout individu libre et honnête sur cette terre : promettre au monde entier que nous sortirons avec les bâtons, les chaînes, les pierres, pour rassembler les armes du Hamas que tiennent ses fils et ses filles, par la force, et pour les remettre dans une grande cérémonie officielle et solennelle, en présence de personnalités internationales, avec la participation d'une délégation égyptienne, sous la supervision du vice-premier ministre, du ministre de l'information Nabil Ali Shaath, qui n'a cessé de dire à notre peuple que le refus par Sharon du retour des réfugiés palestiniens, du retrait d'al-Quds et de l'arrêt de la colonisation en Cisjordanie et son refus de l'évacuer, est un refus tactique, et non un refus de principe, se basant sur une certitude idéologique et des intérêts stratégiques.
Si Israël accepte ces dix conditions, le ministre de l'information a le droit de proclamer que sur la terre de Gaza il n'y a qu'une seule Autorité Palestinienne, une seule arme de la résistance, traduisant la dignité et la liberté de l'être arabe palestinien.

 

Plus de 4 000 morts en cinq ans


Selon le Centre national palestinien d'information, 4 097 Palestiniens ont été tués par les sionistes depuis le début de l'Intifada Al Aqsa. 760 d'entre eux étaient des mineurs. 51 d'entre eux ont été tués par des colons. 36 appartenaient au corps médical et sanitaire, 9 à la presse et 220 étaient des sportifs, dont un coureur de marathon olympique de Gaza.