Dossier : Gaza après le retrait des
colons
- Abbas et Sharon : "Tout va bien"
- Retrait de Gaza : Sharon a réussi son pari, mais le plus dur
reste à faire
- Les Palestiniens peaufinent leurs projets d'avenir dans les colonies
évacuées
- Comment se fait-il que nous ayons quitté Gaza ? par Tanya Reinhart
- Le retrait de Gaza et le dilemme permanent d'Israël, par George
Friedman
- La carte Hamas et le retrait israélien de Gaza, par Jonathan
Feiser
Abbas et Sharon : "Tout va bien"
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon et le dirigeant palestinien
Mahmoud Abbas se sont félicités lundi soir lors d'un entretien
téléphonique du retrait de la bande de Gaza peu après
l'évacuation de la dernière colonie de cette région,
a-t-on appris de sources officielles.
« Le président de l'Autorité palestinienne
Mahmoud Abbas a téléphoné au Premier ministre pour
le féliciter du retrait de la bande de Gaza qu'il a qualifiée
de décision courageuse et historique », a annoncé
le bureau du Premier ministre israélien dans un communiqué.
« Mahmoud Abbas exprimé l'espoir que ce
retrait va permettre d'ouvrir une nouvelle page dans les relations entre
les deux peuples et souligné la nécessité de travailler
ensemble pour la paix, pour l'avenir des deux peuples et de la région
», a ajouté le communiqué.
Le bureau de M. Sharon a également indiqué
que les deux dirigeants s'étaient mis d'accord pour se rencontrer
« bientôt », mais aucune date n'a été
fixée.
Le porte-parole de la présidence palestinienne
Nabil Abou Roudeina a confirmé l'entretien entre MM. Abbas et
Sharon. « Ils ont discuté des progrès dans le retrait
et particulièrement l'opération d'évacuation des
colonies », a précisé Abou Roudeina à l'AFP.
« Abou Mazen (Mahmoud Abbas) a réaffirmé
la nécessité de poursuivre le processus de paix et déclaré
au Premier ministre Ariel Sharon que l'Autorité palestinienne
était totalement engagée dans le processus de paix afin
de parvenir à une paix durable et à la sécurité
pour tous », a poursuivi le porte-parole palestinien.
Israël a mis fin lundi à la colonisation
de la bande de Gaza en évacuant Netzarim, la dernière
des 21 implantations juives de ce territoire palestinien occupé
depuis 38 ans.
Au plus fort de la colonisation, quelque 8.000 colons
juifs étaient installés dans la bande de Gaza parmi 1,3
million de Palestiniens, la plupart des réfugiés et leurs
descendants.
Le général Dan Harel, commandant de la
région militaire sud qui a supervisé l'évacuation
achevée en huit jours soit deux semaines avant la date prévue,
a rendu hommage non seulement à l'armée, à la police
et aux colons mais aussi aux Palestiniens.
« La coordination avec les Palestiniens a été
très, très bonne », a-t-il dit devant les journalistes
en se félicitant de ce que l'Autorité palestinienne de
Mahmoud Abbas soit parvenue à empêcher des attaques de
groupes radicaux comme le Hamas et le Jihad islamique pendant le retrait.
Source : AFP, 22 août 2005
Retrait de Gaza : Sharon a réussi son pari,
mais le plus dur reste à faire Le Premier ministre israélien
Ariel Sharon a réussi son pari : évacuer les colonies
de la bande de Gaza et quatre de Cisjordanie plus rapidement que prévu
et sans débordement de violences.
Mais l'homme qui avait été pendant des
décennies le principal architecte de la colonisation, se trouve
à présent en porte-à-faux dans son propre parti,
le Likoud (droite), alors que le retrait de Gaza n'offre toujours pas
aux Israéliens une perspective de règlement de paix.
"A court terme, les images de colons en larmes,
expulsés de chez eux manu militari, sans résister véritablement
par la force, risquent de porter dommage à l'image de M. Sharon,
surtout dans son camp", note le politologue Yossi Alpher.
"Mais la leçon qu'en retiendront les Israéliens,
c'est que l'évacuation de colonies n'est pas si traumatisante
que cela, comme on pouvait le craindre, et cela pourrait servir de précédent,
bien qu'un retrait en Cisjordanie soit beaucoup plus difficile à
envisager que de Gaza", ajoute-t-il.
"C'est en tous cas la leçon qu'en tire
le monde entier, qui risque de se leurrer cependant en voyant dans ce
retrait le début d'un processus de paix, alors que pour Sharon,
il s'agit de tracer unilatéralement les frontières d'Israël",
souligne-t-il.
Quoi qu'il en soit, la détermination d'Ariel
Sharon, le large appui dont il a disposé au parlement, le soutien
de la majorité de l'opinion, traduit par les sondages, lui ont
permis de l'emporter haut la main sur les ultras du camp nationaliste
et religieux.
Leurs dénonciations véhémentes
de son "plan de désengagement", qualifié de
trahison envers le sionisme et même jugé sacrilège
par des rabbins, les menaces à peine voilées de "guerre
fratricide", n'ont pas réussi à galvaniser l'opinion.
L'extrême-droite et le lobby des colons ont certes
réussi à faire descendre dans la rue plus de cent mille
manifestants, mais seule une fraction d'entre eux était prête
à rejoindre les colonies en se confrontant aux forces de l'ordre.
C'est en vain qu'ils ont misé sur une fracture
de l'armée : sur les dizaines de milliers de soldats qui ont
participé aux opérations, seuls quelques dizaines ont
refusé d'obéir aux ordres.
M. Sharon a également réussi son pari
vis à vis des Palestiniens, puisque l'évacuation ne s'est
pas déroulée "sous le feu".
Au contraire, les groupes armés sous la pression
de l'Autorité, palestinienne ont quasiment stoppé leurs
attaques, s'abstenant même de réagir à deux attentats
individuels anti-arabes commis par deux extrémistes, qui ont
tué huit personnes, dont quatre Arabes israéliens et quatre
Palestiniens.
Mais, par delà ce succès, l'avenir reste
incertain. Brocardé par son principal rival Benjamin Netanyahu,
l'ancien ministre des Finances, M. Sharon va devoir donner des gages
à son propre camp, après lui avoir forcé la main.
Dans ce contexte, les experts en Israël s'accordent
pour écarter tout nouveau retrait, au moins jusqu'aux prochaines
législatives prévues en automne 2006.
En attendant, la construction des blocs de colonies
va se poursuivre et il n'est même pas question dans un proche
avenir de démanteler des colonies sauvages, contrairement aux
engagements explicites des autorités, selon des source proches
de la présidence du Conseil.
Par ailleurs, M. Sharon exige de l'Autorité
palestinienne, qu'elle démantèle les groupes armés
-- ce qu'elle n'a nulle intention de faire actuellement -- et ne se
contente pas de leur accord pour une trêve.
Ariel Sharon estime que la balle est désormais
dans le camp des Palestiniens, qui de leur côté ne voient
dans le retrait de Gaza qu'un premier pas. Le fossé reste entier.
Source : AFP, 23 août 2005
Les Palestiniens peaufinent
leurs projets d'avenir dans les colonies évacuées
Les technocrates palestiniens de Khan Younès, dans la bande de
Gaza, travaillent d'arrache-pied pour aménager les terrains abandonnés
par les colons israéliens évacués et leurs localités
désertées sur le bord de mer.
Dans la ville de Khan Younès, le maire Osman
al-Farra, fait l'inventaire des projets susceptibles d'être lancés
à Goush Katif, bloc de colonies dans la bande de Gaza, évacué
la semaine dernière par Israël.
La tâche est gigantesque. Les Palestiniens envisagent
notamment de créer des fermes, une plage privée, des hôtels,
des résidences et même un stade.
Toutefois, ils vont devoir attendre encore un mois,
le temps nécessaire aux forces israéliennes pour déménager
les biens des colons avant de quitter ensuite le territoire et le transférer
à l'Autorité palestinienne.
Al Farra et ses huit assistants travaillent sur ce
projet depuis des mois et il est actuellement au stade de la finalisation.
Les quinze colonies de Goush Katif, en plus de l'implantation
de Morag plus au sud, dépendent territorialement de Khan Younès.
Sur la carte établie par le mairie de Khan Younès,
des couleurs vertes, oranges, jaunes marquent les zones promises à
être aménagées.
« La colonisation était un véritable
obstacle au développement de la cité. Un tiers de Khan
Younès était exploité par les colons, il s'agit
de quelque 20.000 hectares », dit le maire.
Si le processus de paix avec Israël s'engage dans
la bonne voie, ils rêvent de transformer la bande de Gaza en une
oasis touristique sur la côte méditerranéenne.
Khan Younès a été longtemps étranglé
par la colonisation depuis l'établissement en 1967 par Israël
de Netzar Hazani, première colonie de la bande de Gaza.
Le maire se dit conscient des défis d'intégrer
Goush Katif dans l'économie palestinienne et d'utiliser une partie
des terres pour résoudre la crise du logement dans la bande de
Gaza, un territoire exigu où s'entassent 1,3 million de Palestiniens,
l'un des plus peuplés au monde.
Selon lui, « plus de 50 millions de dollars sont
nécessaires pour la construction de routes, de canalisations
et la fourniture d'eau potable ».
Toutes les terres des colonies sont considérées
comme un domaine de l'Etat.
Samedi, le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas a annoncé avoir
signé un décret sur la prise de contrôle des terres
laissées par l'armée et les colons israéliens après
leur évacuation de la bande de Gaza.
« Nous avons émis un décret à
propos des terres domaniales qui représentent 97% des terrains
évacués (par Israël), aux termes duquel aucun particulier
ne pourra en faire usage », avait-il indiqué.
Toutefois, selon al-Farra, l'Autorité palestinienne
étudiera toute réclamation présentée par
la population et paiera éventuellement des compensations financières.
Selon le plan de la municipalité, 21% des terres
de Goush Katif serviront à des projets de logement. Ce plan inclut
l'offre de Cheikh Khalifa ben Zayed Al Nahyane, le président
des Emirats arabes unis qui entend donner 100 millions de dollars pour
reconstruire une ville pour 30.000 Palestiniens sur les décombres
de l'implantation de Morag.
Douze autres millions de dollars seront destinés
à reconstruire de nouvelles maisons pour remplacer celles détruites
par l'armée israélienne durant les cinq années
de l'Intifada, a ajouté le maire
Une plage et des projets touristiques et commerciaux
seront édifiés sur 15% de Goush Katif alors que les projets
agricoles occuperont 51% de cette ancienne colonie israélienne.
Un accord de principe a été déjà
conclu pour le transfert à l'Autorité palestinienne des
serres des colons juifs évacués de la bande de Gaza.
Source : AFP, 23 août 2005
Comment se fait-il que nous ayons quitté
Gaza ?
par Tanya Reinhart, Yediot Ahronot, 18 août 2005.
http://www.let.uu.nl/~tanya.reinhart/personal/. Traduit de l'hébreu
en anglais par Edeet Ravel et de l'anglais par Marcel Charbonnier.
Nous ne saurons jamais avec certitude ce qui a traversé
l'esprit d'Ariel Sharon, en février 2004, lorsqu'il a déclaré
pour la première fois, sans consulter personne, qu'il était
prêt à évacuer les colonies juives de Gaza. Mais
si nous nous efforçons de replacer les pièces du puzzle
du désengagement, le scénario le plus plausible est sans
doute que Sharon a pensé que, cette fois encore, comme à
son accoutumée, il trouverait un biais pour ne pas appliquer
son propre plan. Ceci expliquerait, par exemple, pourquoi les colons
de Gaza n'ont toujours pas reçu de compensation financière
et aussi pourquoi (comme l'a révélé le supplément
du samedi du quotidien israélien Yediot Ahronot le 5 courant)
pratiquement aucune mesure n'a été prise afin de préparer
leur absorption en Israël. [1]
Sharon a de bonnes raisons de croire que sa tactique
d'évitement sera couronnée de succès. Au cours
du premier round, confronté à la feuille de route de l'administration
Bush, il s'est engagé à un cessez-le-feu durant lequel
Israël aurait dû revenir au statu quo d'avant septembre 2000,
geler les constructions de colonies et démanteler les avant-postes.
Rien de tout cela n'a été fait. Sharon et l'armée
ont prétendu (au cours du round précédent) que
Mahmud Abbas n'était pas fiable et qu'il avait échoué
à contrôler le Hamas. L'armée poursuivit se assassinats
ciblés et réussit à porter les territoires occupés
à un degré d'ébullition encore jamais vu, ce à
quoi firent suite d'inévitables attentats terroristes palestiniens
qui firent voler le cessez-le-feu en éclats. Tout au long, l'administration
du premier mandat Bush se tint au côté de Sharon et se
fit dûment l'écho de toutes ses plaintes à l'encontre
d'Abbas.
Malgré l'actuelle période de calme, l'armée
israélienne a poursuivi ses incursions dans les villes palestiniennes,
ses arrestations et ses assassinats ciblés. L'impression prévalait
que le prochain attentat terroriste, au lendemain duquel le calme volerait
en éclats, était imminent, et la presse israélienne
regorgeait de détails sur l'opération « Poing d'
Acier », attendue pour cet été, à Gaza. Mais
l'administration Bush a soudain fait volte-face. Tandis qu'Israël
continuait à déclarer qu'Abbas ne faisait pas ce qu'on
attendait de lui, l'administration Bush répétait avec
insistance qu'il fallait lui donner une chance. Alors : qu'est-ce qui
a changé ?
Jusqu'à ce virage à cent quatre-vingt
degrés, il y avait en Israël un consensus général
sur le fait que jamais les Etats-Unis n'avaient été dirigés
par un président aussi amical pour Israël que George W.
Bush. Bien sûr, personne ne pensait que c'était son amour
des juifs qui motivait ce soutien inconditionnel chez l'évangéliste
Bush. Mais il y avait le sentiment, en Israël, que grâce
à sa supériorité aérienne, Israël représentait
une carte maîtresse dans la guerre que Bush avait déclarée
au Moyen-Orient. Avec l'euphorie de puissance qui était palpable
alors, on aurait dit que l'Afghanistan et l'Irak étaient d'ores
et déjà « entre nos mains » et que nous allions
désormais nous «occuper » ensemble de l'Iran, et
peut-être même de la Syrie.
Mais, au début de l'année, les roues
se mirent à tourner dans l'autre sens. Les Etats-Unis s'enfonçaient
dans le bourbier irakien, enregistrant défaites et pertes. L'Iran,
qui après sa guerre avec l'Irak était prêt pour
une reddition à n'importe quel prix, retira des encouragements
de la résistance irakienne et de ses liens avec les milices chiites.
Les accords pétroliers conclus avec la Chine donnèrent
un coup de fouet à son économie et à son statut
international. Soudain, la possibilité d'une attaque contre l'Iran
devenait moins certaine. Il s'avéra que même les armes
les plus sophistiquées risquaient fort de ne pas suffire à
mettre à genoux des régions entières sur lesquelles
les Etats-Unis lorgnaient. Dans l' intervalle, la popularité
de Bush s'était effondrée, passant au-dessous des 40 %
et, après chaque attentat terroriste dans le monde, on entendit
ces mots, appariés : Irak et Palestine. Bush ne lèvera
pas le pouce, en Irak, de sitôt. Mais le casse-tête de la
Palestine, c'est vraiment la dernière chose dont il ait besoin.
Depuis le début de cette année, le rouleau
compresseur américain avance, inexorablement. Tout d'abord, le
tout-puissant lobby israélien aux Etats-Unis fut neutralisé,
sans tapage. Deux ex-responsables de l'American Public Affairs Committee
[Aipac] ont été mis en examen pour transfert d' information
sensible à un diplomate israélien. Au cas où sa
culpabilité serait prouvée, cela pourrait s'avérer
fatal pour l'Aipac et la totalité du lobby pro-israélien
aux Etats-Unis. Dans l'attente, ils devront se tenir à carreau,
quoi que fasse Bush vis-à-vis d'Israël.
La mesure suivante consista à geler l'assistance
militaire à Israël, en se prévalant de la crise née
de la vente par Israël d'armes (américaines) à la
Chine. Il aurait été possible de traiter ce problème
embarrassant d'une simple pirouette, comme par le passé. Mais,
cette fois-ci, les Etats-Unis ont imposé de véritables
sanctions. Les contacts en vue de l'achat de nouvelles armes ont été
gelés, et les Etats-Unis ont suspendu la coopération dans
divers projets de recherche et développement. A Washington, on
a claqué les portes au nez des officiers israéliens.
C'est dans ces circonstances que la date prévue
pour le désengagement a fini par arriver. A la lumière
des préparatifs, au vu et au su de tout le monde, d'une opération
militaire, des soupçons se firent jour au sein de l' administration
américaine que Sharon ne mettrait pas son plan de désengagement
en application. D'après le New York Times du 7 août, l'
administration Bush a exercé des pressions afin qu'il n'en soit
pas ainsi et d'éviter tout déclenchement d'une opération
militaire. Le 21 juillet, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice
était venue à Jérusalem, afin d'y effectuer une
visite inamicale, très ric-rac. Le New York Times a fait état
d'observations du Coordinateur pour la Sécurité au Moyen-Orient,
le général William Ward : « Le général
Ward, homme pourtant prudent, a confirmé que, voici quinze jours,
des pressions américaines ont imposé à l'armée
israélienne de rester dans ses casernes, alors qu'elle allait
se lancer dans une incursion à l'intérieur de la bande
de Gaza. Il a prédit des pressions analogues, à l'avenir,
si nécessaire. « Mais c'est là un scénario
que personne n'aimerait voir se dérouler », a-t-il dit.
« Il y a une profonde prise de conscience, de la part du leadership
israélien, armée comprise, des conséquences possibles
de ce genre de scénario. » » [2]
Au fil des années, nous avions été
habitués à l'idée que l'_expression « pressions
américaines » désignait des déclarations
qui ne mangent pas de pain. Mais, soudain, les mots ont acquis une nouvelle
signification. Quand les Etats-Unis exercent effectivement des pressions,
aucun dirigeant israélien n'oserait mettre leurs injonctions
au défi (et certainement pas Netanyahu).
Aussi nous sommes-nous retirés de Gaza.
Si les Etats-Unis continuent à perdre du terrain
en Irak, peut-être serons-nous contraints à nous retirer
aussi de Cisjordanie ?
[Souhaitons-le.]
Notes :
[1] D'après cet article, dès le début,
dès 2004, « le Premier ministre a opposé une rebuffade
à la recommandation du major général Giora Eiland
[conseiller ès sécurité nationale auprès
de la présidence de la section de planification du désengagement
de l'armée israélienne], et il a décidé
que le gouvernement ne ferait pas construire de logements provisoires.
» [2] Steven Erlanger, in The New York Times, 7 août 2005
Le retrait de Gaza et le dilemme permanent d'Israël
par George Friedman, Geopolitical Intelligence Report - Stratfor, 16
août 2005 [http://www.stratfor.com].
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier
Israël a commencé à se désengager
de la bande de Gaza. Comme ce fut le cas lors des précédents
retraits d'Israël du Sinaï ou au Sud Liban, la décision
de se désengager fait l'objet de controverse au sein de l'Etat
juif. Il s' agit du second retrait d'un territoire occupé au
cours de la guerre de juin 1967, et du second retrait également
d'un territoire comptant un nombre important de combattants anti-israéliens.
Dès lors qu'on sait que ces combattants ne seront en rien adoucis
par le retrait israélien - étant donné qu'il n'y
a pas d'accord explicite échangeant un territoire contre une
paix applicable sur le terrain - la décision que les Israéliens
ont prise de se retirer peut sembler bizarre.
Pour comprendre ce qui préside à la politique
israélienne, il est nécessaire de considérer suffisamment
en détail la réalité géopolitique d'Israël.
Les fondateurs d'Israël, pris dans leur
ensemble, avaient quatre motifs pour fonder cet Etat :
1/ Protéger les juifs contre un monde hostile
à leur égard, en créant un foyer national juif
;
2/ Créer un Etat juif socialiste (non communiste) ;
3/ Ressusciter la nation juive afin de réaffirmer l'identité
juive dans l' Histoire ;
4/ Créer un pays fondé sur la religiosité juive
et la loi, plutôt que la seule nationalité juive.
Les idées de sécurité, de socialisme,
d'identité et de religiosité se sont chevauchées
entre elles, dans une certaine mesure, et elles étaient aussi
exclusives entre elles, par bien des aspects. Mais chacune de ces tendances
a fini par constituer une ligne de faille dans la vie israélienne.
Israël a-t-il été fondé simplement pour que
les juifs soient en sécurité - Israël était-il
simplement une énième nation comme il y en a tant ? Israël
devait-il être un pays socialiste, comme le Parti travailliste
l'envisagea un temps ? Devait-il être un vecteur de résurrection
de l'identité juive, comme le voulaient les Révisionnistes
? Devait-il être un pays gouverné par le rabbinat ? Aucun
pays ne pouvait être tout cela à la fois ! Aussi, il ne
s'agissait là que de visions contradictoires, liées entre
elles par une unique certitude : aucune de ces visions ne pouvait se
concrétiser sans un Etat juif. Tous les arguments, en Israël,
découlent de ces principes, mais ils ont tous une réalité
commune en partage : la nécessité d'assurer la protection
physique d'Israël.
Pour qu'il existe un Etat juif, il faut que cet Etat
soit gouverné par des juifs. S'il doit aussi être un pays
démocratique, comme cela fut envisagé par quasiment tout
le monde, mis à part une petite partie de la quatrième
tendance, la religiosité, alors il doit s'agir d'un pays qui
soit démographiquement (lire : majoritairement, ndt) juif.
Voilà qui pose le premier dilemme géopolitique
d'Israël . Quelles que soient les justifications historiques, morales
ou religieuses, le fait était qu'au début du vingtième
siècle, le territoire identifié pour être le foyer
national juif - la Palestine - était habité par une majorité
écrasante d' Arabes. Un Etat juif et démocratique ne pouvait
être réalisé qu'au prix d' une transformation démographique.
Soit beaucoup plus de juifs allaient devoir venir s'établir en
Palestine, soit des Arabes devraient en partir, soit une combinaison
des deux mouvements devait intervenir. L'Holocauste contraignit beaucoup
de juifs qui, sans cela, seraient restés en Europe, à
venir en Palestine. La création de l'Etat d'Israël qui s'ensuivit
força des Arabes au départ, et des juifs vivant dans des
pays arabes à venir en Israël.
Toutefois, ce glissement démographique fut incomplet,
laissant en héritage à Israël deux problèmes
stratégiques. Tout d'abord, un grand nombre d'Arabes, quand bien
même étaient-ils minoritaires, continuèrent à
vivre en Israël. Secondement, les pays arabes entourant Israël
- et qui percevaient cet Etat comme une entité aliène
jetée au beau milieu d'eux - se considérèrent en
état de guerre avec Israël. Au final, le problème
d'Israël fut que le traitement de la menace extérieure ne
pouvait que complexifier inévitablement la menace interne.
Le handicap stratégique israélien
Israël souffrait d'un terrible désavantage
stratégique. Tout d'abord, il était largement dépassé
numériquement, et cela sautait aux yeux : il y avait beaucoup
plus d'Arabes qui se considéraient en état de guerre avec
Israël qu 'il n'y avait de juifs en Israël. Ensuite, Israël
avait des frontières extrêmement longues et difficiles
à protéger. Enfin, les Israéliens étaient
dépourvus de profondeur stratégique. Si tous leurs voisins
- Egyptiens, Jordaniens, Syriens et Libanais - se voyaient renforcés
par les forces armées de pays arabes et musulmans plus éloignés,
Israël aurait beaucoup de difficulté à leur résister.
Et si toutes ces forces attaquaient Israël simultanément,
en une frappe coordonnée, Israël serait dans l'impossibilité
d'y résister.
Même si les Arabes ne réussissaient pas
une frappe brillante, consistant à couper Israël par le
milieu, en suivant une ligne Jérusalem - Tel Aviv (distantes
d'environ quatre-vingt kilomètres), Israël serait néanmoins
vaincu dans une guerre extensive avec les Arabes. Si les Arabes pouvaient
imposer une guerre d'usure à Israël, par laquelle ils pourraient
lui imposer un taux, disons d'un pour cent des effectifs armés
par jour sur le front du champ de bataille, Israël ne pourrait
pas tenir plus longtemps que quelques mois, dans le meilleur des cas.
Au vingtième siècle, un taux d'usure de ce niveau, dans
un champ de bataille de la taille d'Israël, serait modeste. Les
forces effectives d'Israël ont rarement compté plus de 250
000 hommes - les autres 250 000 soldats étaient des réservistes,
plus âgés, munis d'un équipement de qualité
inférieure.
Une guerre d'usure extensive n'était
pas une option, pour Israël.
Ainsi, pour la survie d'Israël, trois conditions
devaient être réunies :
1/ Les Arabes ne doivent jamais, à aucun prix,
être unis dans une seule armée effective ;
2/ Israël doit en permanence choisir le moment, le lieu et le déroulement
de toute guerre ;
3/ Israël ne doit jamais avoir à mener de front une guerre
avec les Arabes et une insurrection arabe intérieure.
La stratégie d'Israël consistait à
utiliser la diplomatie afin de dissuader ses trois principaux adversaires
- l'Egypte, la Jordanie et la Syrie - de décider de lancer simultanément
une guerre contre lui. Depuis sa création, Israël a toujours
eu une politique consistant à diviser entre eux les pays du front.
Cela n'était pas particulièrement difficile, étant
donné les profondes animosités qui opposent les Arabes
entre eux. A un stade précoce, Israël avait ouvré
à garantir la survie du régime jordanien. Plus tard, après
que les accords de Camp David eurent pour effet d'exclure l'Egypte de
la coalition arabe, Israël avait neutralisé deux de ses
trois ennemis potentiels. La dynamique de la géopolitique arabe
et les performances de la diplomatie israélienne eurent un résultat
qui est rarement apprécié à sa juste valeur. Depuis
sa fondation, Israël a réussi à éviter une
guerre simultanée avec ses voisins, excepté en des temps
et en des lieux choisis à sa convenance. Il devait entretenir
une force armée capable de prendre l' initiative, afin d'être
en mesure d'avoir une stratégie diplomatique.
Mais durant la majorité de son histoire, Israël
a été confronté au défi fondamental qu'a
représenté le maintien de cette prééminence.
Le problème géopolitique israélien
La prééminence militaire du pays devait
être calculée en prévision d'un possible échec
diplomatique. Israël devait assumer que tous les Etats de la confrontation
pouvaient lui devenir hostiles simultanément, auquel cas il aurait
dû lancer une frappe préemptive contre eux, en un même
temps. Dans une telle situation, Israël était confronté
au dilemme suivant : son infrastructure industrielle ne suffisait pas
à lui fournir les moyens technologiques de maintenir sa supériorité
militaire. Ce n'était pas seulement un problème financier
- tout l'argent du monde ne pourraient rien changer à la démographie
- le problème était aussi qu'Israël était
dépourvu de la main-d'ouvre qui aurait permis de produire tout
l'armement qui lui était indispensable, et aussi de dresser une
armée. Par conséquent, Israël ne pouvait survivre
que s'il avait un patron possédant une telle base industrielle.
Israël devait se rendre utile à un autre pays.
Le premier parrain d'Israël fut l'URSS, via ses
satellites européens. Son deuxième parrain fut la France,
qui voyait en Israël un allié en des temps où Paris
s'évertuait à maintenir ses intérêts dans
un monde arabe de plus en plus hostile à son égard. Son
troisième parrain - mais pas avant 1967 - furent les Etats-Unis,
qui virent en lui un contrepoids face à l'Egypte et à
la Syrie pro-soviétiques, ainsi qu'une base opérationnelle
pour d' éventuelles interventions en Méditerranée
orientale.
En 1967, Israël - craignant une frappe coordonnée
des Arabes, et cherchant par ailleurs à rationaliser ses lignes
de défense et à acquérir une profondeur stratégique
- lança une offensive à la fois aérienne et terrestre
contre ses voisins. Plutôt que de prendre le risque d'avoir à
affronter une riposte coordonnée, Israël préféra
lancer une attaque séquentielle : tout d' abord contre l'Egypte,
et ensuite seulement contre la Jordanie, puis la Syrie.
La victoire d'Israël dans la guerre de 1967 fut
à l'origine de la crise géopolitique à laquelle
ce pays est aujourd'hui confronté.
Après cette guerre, Israël devait concilier
trois nécessités :
1/ Il occupait désormais la Cisjordanie et la
bande de Gaza, qui comportaient une population nombreuse et hostile
d'Arabes. Une guerre totale, périphérique, combinée
à une insurrection dans ces deux régions, aurait coupé
les lignes d'approvisionnement et les communications d'Israël,
qui aurait encouru le risque d'une défaite.
2/ Désormais, Israël allait dépendre
des Etats-Unis pour ses besoins industriels. Mais les intérêts
américains et les intérêts israéliens n'
étaient pas les mêmes. Les Etats-Unis avaient des intérêts
dans le monde arabe, et n'avaient aucun intérêt à
ce qu'Israël écrase l'opposition palestinienne ou expulse
les Palestiniens vivant en Israël. Aussi, conserver la base industrielle
américaine et maltraiter les Palestiniens devinrent deux nécessités
incompatibles entre elles.
3/ Israël devait continuer à manipuler
les rapports de forces entre pays arabes, afin d'empêcher une
guerre périphérique totale. Ceci, à son tour, signifia
qu'il fut encore plus contraint à traiter par la force la question
palestinienne.
La géopolitique israélienne créa
la pire des situations : étant données les seconde et
troisième considérations, Israël ne pouvait pas écraser
les Palestiniens ; mais en raison de son besoin de profondeur stratégique
et de frontières cohérentes, il ne pouvait pas abandonner
les territoires occupés. Il a dû, par conséquent,
continuellement contraindre les Palestiniens, sans aucune possibilité
de remporter une victoire finale. Il a dû être impitoyable,
ce qui allait enflammer le ressentiment des Palestiniens, mais il n'a
jamais pu être assez impitoyable pour effectivement les éliminer.
Souvent, diplomatie varie
Israël a réussi à maintenir le
jeu diplomatique inauguré en 1948 : les Arabes sont toujours
aussi profondément divisés. Il a réussi à
maintenir es relations avec les Etats-Unis, même après
la fin de la Guerre froide. Etant donné le déclin de la
menace conventionnelle, la dépendance d'Israël vis-à-vis
des Etats-Unis a de fait diminué. Pour l'instant, la situation
est contenue.
Toutefois - et c'est là le problème clé,
pour Israël - la solution diplomatique est intrinsèquement
indéfinie. Elle requiert une manipulation constante, et la possibilité
d'échec lui est intrinsèque. Ainsi, par exemple, une insurrection
islamiste en Egypte pourrait rapidement générer des évolutions
qu'Israël ne serait pas en mesure de contenir. De plus, des changements
politiques aux Etats-Unis pourraient mettre un terme au sponsoring américain,
sans certitude de voir émerger un autre parrain. Ces choses sont
peu probables, mais elles ne sont pas inconcevables. Avec le temps,
tout est envisageable.
L'avantage israélien est à la fois diplomatique
et culturel. Sa capacité à diviser les Arabes entre eux,
très grand atout diplomatique, s'allie à sa supériorité
technologique, qui est un grand atout culturel. Mais ces deux situations
sont susceptibles, elles aussi, de changer. Les Arabes peuvent s' unir
entre eux, ils peuvent accélérer leur sophistication militaire
et technique. La supériorité d'Israël peut changer.
Les Arabes peuvent s'unir, et ils peuvent accélérer leur
sophistication technologique et militaire. La supériorité
d'Israël peut changer, mais son infériorité est gravée
dans le roc : c'est la géographie, et la sociologie, qui ont
placé cet Etat dans une position définitivement vulnérable
vis-à-vis des Arabes.
Pour Israël, les menaces potentielles
sont les suivantes :
1/ Une coalition anti-israélienne unie et effective,
parmi les Arabes ;
2/ La perte de sa supériorité technologique
et, par conséquent, la perte de l'initiative militaire ;
3/ La nécessité de mener une guerre périphérique
totale, tout en connaissant une insurrection interne ;
4/ Une frappe nucléaire soudaine et imprévisible
sur son territoire densément peuplé.
Par conséquent, il en résulte
qu'Israël a trois options devant lui :
La première consiste à rester optimiste.
Telle a été la position d'Israël, depuis 1967. La
seconde consiste à passer de la dissuasion conventionnelle à
la dissuasion nucléaire. Israël en a déjà
la capacité, mais la valeur des armes nucléaires réside
dans leur capacité de dissuasion, et non dans leur utilisation.
Impossible de faire face à une Intifada ou à une guerre
conventionnelle restreinte avec des armes nucléaires - tout du
moins, pas en Israël, en raison des dimensions de ce pays. La troisième
option consisterait à réduire au maximum la possibilité
de survenue d'une catastrophe en attisant les tensions dans le monde
arabe, en réduisant les incitations au changement culturel chez
les Arabes en éliminant le risque d' une intifada en temps de
guerre, et en réduisant la probabilité que les Etats-Unis
en viennent à penser qu'il serait de son intérêt
de couper les ponts avec Israël.
D'où le retrait de Gaza. Comme base pour le
terrorisme, Gaza représente une menace pour la sécurité
d'Israël. Mais la véritable menace venue de Gaza, et c'est
encore plus vrai en ce qui concerne la Cisjordanie, réside dans
le fait que ces régions créent une dynamique qui réduit
l'efficience diplomatique d'Israël, risquent de créer une
unité arabe, augmente l' incitation à la modernisation
militaire et met l'accent sur les relations privilégiées
avec les Etats-Unis. La menace terroriste est douloureuse. L' alternative
risque d'être une catastrophe, sur le long terme.
Certaines des raisons originelles de la création
d'Israël, tel l'aspiration à un Etat socialiste, ont perdu
aujourd'hui toute pertinence dans la vie politique israélienne.
Et le révisionnisme, comme le socialisme, est un mouvement qui
appartient au passé. L'Israël moderne est divisée
entre trois camps :
1/ Ceux qui croient que la survie d'Israël dépend
de son désengagement d'un processus qui enrage les Palestiniens
sans les écraser, même si cela ouvre la porte au terrorisme
;
2/ Ceux qui considèrent que la menace terroriste
est réelle et immédiate, et que les menaces stratégiques
à long terme sont théoriques et abstraites ;
3/ Ceux qui ont un engagement religieux qui leur impartit
de conserver tous les territoires.
Les seconde et troisième factions constituent
une alliance. Mais, pour le moment, c'est la première faction
qui semble majoritaire. Il n'est nullement surprenant que le Premier
ministre Ariel Sharon la conduise. En tant que militaire, Sharon a une
vision claire des vulnérabilités d'Israël. Il pense
clairement que la menace sur le long terme, pour Israël, proviendra
de l' écroulement de sa position stratégique, et non du
terrorisme. Il a clairement décidé d'accepter la réalité
des attentats terroristes, dans certaines limites, afin de poursuivre
une initiative stratégique de plus grande ampleur.
Israël a réussi à compenser l'occupation
imposée à une population hostile en divisant entre eux
les pays arabes, depuis 1967. L'estimation de Sharon est qu'étant
données les dynamiques actuelles en jeu dans le monde musulman,
poursuivre la même stratégie encore pour une génération
serait à la fois trop coûteux et trop risqué. La
position de ses détracteurs consiste à dire que les risques
immédiats du désengagement augmentent le danger immédiat
auquel Israël est confronté, sans résoudre le problème
sur le long terme. Si Sharon a raison, alors il y a quelque espace permettant
de manouvrer. Mais si ce sont ces détracteurs, notamment Benjamin
Netanyahu, qui sont dans le vrai, alors Israël sera confronté,
à jamais, à un problème insoluble.
Tel est le véritable débat.
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questions, ou des commentaires relatifs à cet article à
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La carte Hamas et le retrait israélien de Gaza
par Jonathan Feiser , Power and Interest News Report (PINR) [http://www.pinr.com]
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier L'auteur est aujourd'hui
un analyste en matière de renseignement qui travaille pour le
gouvernement des USA, avec une spécialisation dans le domaine
de l'Islam politique et des évolutions historiques et sécuritaires
du Moyen-Orient, en sus de ses contributions à PINR. Il est diplômé
en politique publique et en histoire américaine de l' Université
de Pennsylvanie.
[La phase militaire du retrait de Gaza passant à
la vitesse supérieure, les leaderships politiques, dans les deux
camps, sont irrémissiblement investis du succès de ce
désengagement. Sur le terrain, au sein de la société
palestinienne, l'avenir de la région en général
et de la bande de Gaza en particulier - il en va bien évidemment
de même pour la Cisjordanie - continue incontestablement à
figurer en bonne place sur l'agenda politique du Hamas.]
Comment garantir un retrait permanent ?
Pour des raisons d'opportunité et de relations
publiques, dans la phase présente, la plupart des Palestiniens
veulent éviter toute forme de représailles militaires
directes d'Israël. Ils ont conscience qu'il en va de leur intérêt
bien senti de démontrer leur capacité à gérer
le retrait israélien, et aussi les implications de la période
qui y fera suite. De plus, il en va de l'intérêt du mouvement
qu'ils soutiennent majoritairement, le Hamas, qu'aucune attention négative,
tant politique que militaire, ne soit attirée sur lui durant
cette phase extrêmement délicate de réalignement
politique.
De plus, c'est seulement dans le giron de la campagne
en vue de « frontières défendables » pour
Israël que le « modèle gazaoui » de la bonne
gouvernance et de l'assomption des responsabilités sécuritaires
est susceptible d'être appliqué. Une intervention militaire
des FID [Forces Israéliennes de Défense] [= « Tsahal
»] en représailles à une quelconque intervention
du Hamas aurait très vraisemblablement pour effet d'obérer
de manière fatale la légitimité dudit modèle
gazaoui et, en tant que problème interne à Israël,
de donner plus d'audace à d'aucuns, qui ambitionnent d'arracher
le pouvoir des mains du Premier ministre Ariel Sharon.
La nécessité impérieuse pour le
chef de l'Autorité palestinienne (AP), Mahmoud Abbas, de contrôler
les évolutions sur le terrain afin de s'arroger les succès
dès qu'il en apparaît(rait) [ ?] demeurera un thème
permanent de la phase du retrait. De fait, tout succès sur le
terrain restera intimement conditionné à sa propre légitimité
et à celle de son pouvoir en Palestine, d 'une manière
générale et à Gaza, en particulier.
Néanmoins, la légitimité du Hamas
demeure une force gravitationnelle puissante. Une jeune génération
de Palestiniens - qui ne sont pas liés émotionnellement
au nationalisme inspiré par feu le dirigeant palestinien Yasser
Arafat et qui ont toujours vécu dans des camps de réfugiés
- préfère écarter la vieille garde constituée
des dirigeants de l'AP qui s'accrochent à leur pouvoir.
Même si le retrait israélien aura pour
conséquence directe un renforcement transitoire du pouvoir d'Abbas,
cette lune de miel risque fort de ne pas durer bien longtemps. Quand
bien même les Etats-Unis et l'Onu apporteraient-ils une aide économique
conséquente [aux « autorités » palestiniennes],
le Hamas - d'ores et déjà largement plébiscité
par la majorité des Palestiniens, ne tardera pas à se
retrouver dans une position favorable sans aucun équivalent pour
marchander son accession au pouvoir.
Conclusion
A long terme, la préoccupation première
du Hamas sera d'ordre politique (de fait, toute action qu'il prendra
dorénavant sera largement politique, en raison des élections
annoncées). En s'abstenant d'attaquer l'armée israélienne
et les éléments de l'AP qui gèrent l'évacuation
de Gaza, le Hamas acquerra un levier supplémentaire dans la bataille
des relations publiques, hautement déterminante, entre lui-même
et l'establishment impopulaire de la vieille garde du Fatah et de l'Autorité
palestinienne.
Tout en prenant patience, le Hamas va poursuivre sa
routine en matière de tactique, de techniques et de procédures
militaires, consistant à stocker, à passer en contrebande
et à dispatcher des armes et des munitions. De plus, le vide
sécuritaire qui ne manquera pas de s'installer du fait de l'absence
des checkpoints sécuritaires de l'armée israélienne
ne pourra, à l'évidence, qu'encourager une contrebande
intensifiée.
Si des affrontements sporadiques entre des membres
de la « marge exaltée » du Hamas et l'armée
israélienne + les forces de sécurité de l'AP risquent
toujours de se produire de manière localisée, le plus
gros du Hamas continuera peu ou prou à observer la plus grande
retenue. Sans aucun doute, une des facettes de la grande force du Hamas
réside dans le désenchantement d'une majorité des
jeunes Palestiniens qui ont passé toute leur vie dans des camps
de réfugiés - et qui par conséquent ne connaissent
(et - sans doute plus important encore - ne ressentent) pas grand-chose
de la vision arafatienne, sauf peut-être sa plaidoirie non dissimulée
pour l'instauration d'un Etat recouvrant la Palestine historique [«
greater Palestinian state » ? ndt].
L'un dans l'autre, le Hamas continuera à se
battre pour conquérir les cours et les esprits des Palestiniens.
Ajoutons à cela le fait que la rhétorique d 'Abbas semblera
bien falote, comparée aux efforts historiques déployés
sur le terrain, qui ont constamment donné une légitimité
à la vision du Hamas, contrairement à l'incapacité
et à l'inutilité démontrées de l'Organisation
de Libération de la Palestine [OLP] et de ses officines politiques.
L'évacuation des colonies juives est
terminée dans le Gush Katif
Après la pause de samedi pour cause de sabbat, les forces israéliennes
ont achevé dimanche dans le calme l'évacuation du Gush
Katif, principal bloc de colonies de la bande de Gaza.
De sources proches des services de sécurité, on affirme
qu'il ne reste plus aucun colon à Atzmona, Selav et Katif, les
dernières implantations qui restaient à évacuer
dans le Gush Katif.
Sur les 21 colonies progressivement construites dans la bande de Gaza
depuis 1967, il ne restera plus aux soldats qu'à pénétrer
lundi à Netzarim, bastion isolé de juifs ultranationalistes
situé à proximité de la ville de Gaza.
L'armée n'a pas fait de commentaires dans l'immédiat sur
l'avancement des opérations dans le Gush Katif mais a déclaré
que ses forces avaient évacué Elei Sinai, une enclave
du nord de la bande de Gaza.
Désireuses d'éviter les scènes de confrontation
constatées cette semaine dans d'autres colonies, les familles
du Gush Katif se sont recueillies une dernière fois avant de
quitter volontairement leurs habitations.
"C'est très difficile mais nous devons continuer, aller
de l'avant tous ensemble et emmener l'esprit orange avec nous",
déclarait, dans la colonie de Katif, le rabbin Noah Vishonsky
à ses fidèles en citant la couleur fétiche des
opposants au retrait de Gaza.
Unis, colons et soldats chargés de les évacuer ont assisté
dans l'après-midi à un office religieux avant de gagner,
dans le calme, les cars qui devaient les ramener en Israël.
LA FORCE DU SILENCE
"Les habitants de Katif ont décidé de quitter les
lieux d'eux-mêmes sans être évacués par la
force. Cela s'est fait dans la dignité, le calme et sans comportement
hystérique. Le silence peut parfois être très fort",
a commenté Sharon Brown, porte-parole de la police.
Plus de 85% des 8.500 colons avaient quitté avant dimanche la
bande de Gaza, où les récalcitrants ont reçu le
soutien de plusieurs centaines de manifestants, souvent jeunes, qui
n'ont pas hésité à affronter les forces de l'ordre
lors des évacuations forcées.
A Katif, les ultranaltionalistes ont bien tenté de s'opposer
à l'intervention de l'armée, mettant le feu devant l'entrée
principale à des gerbes de foin, des pneus et des planches, mais
les soldats ont facilement franchi ce barrage de fortune.
La mise en oeuvre du plan de retrait du Premier ministre Ariel Sharon
a été deux fois plus rapide que le gouvernement ne le
prévoyait.
Deux des quatre colonies de Cisjordanie concernées par le plan
doivent cependant encore être évacuées mardi, et
l'armée s'attend à un baroud d'honneur des ultranationalistes
à Sanur et Homesh, en raison de la signification religieuse prêtée
à ces implantations.
LE "CIMETIÈRE DES OPPRESSEURS"
Signe possible de tensions à venir, des centaines de jeunes ultranationalistes
prêts à en découdre physiquement ont bloqué
dimanche des bulldozers de l'armée à proximité
de Sanur. Un soldat, blessé dans des échauffourées,
a été hospitalisé.
Dans la bande de Gaza, les opposants au retrait ont érigé
un petit cimetière factice devant une habitation d'Atzmona, qu'ils
ont baptisé le "cimetière des oppresseurs".
Deux des fausses tombes portaient les noms d'Adolf Hitler et de Yasser
Arafat. Une troisième, laissée ouverte, ne portait pas
de nom.
La famille n'a pas précisé si elle était destinée
à Ariel Sharon, ancien "champion" des colons aujourd'hui
considéré comme un traître par nombre d'entre eux.
Le gouvernement israélien, réuni dimanche en conseil des
ministres, a donné son feu vert par 16 voix contre quatre à
la phase finale des évacuations tant à Gaza qu'en Cisjordanie.
Sharon, s'exprimant au début du conseil des ministres, a estimé
qu'"il y avait un très grave phénomonène d'infiltration
et, semble-t-il, certains des infiltrateurs ont commis des actes que
je qualifierais de sauvages, à la limite du délit",
a-t-il dit à propos des jeunes ultras venus soutenir les colons
récalcitrants.
En accord avec l'Autorité palestinienne, les forces israéliennes
ont commencé dimanche la démolition complète des
maisons désertées de la bande de Gaza, territoire densément
peuplé où les Palestiniens souhaitent construire des immeubles.
Source : Reuters, 21 août 2005
Le Fatah crée une "armée
populaire" à Gaza
Le Fatah, parti au pouvoir de l'Autorité palestinienne,
a commencé à former "une armée populaire"
chargée d'aider les forces de sécurité à
faire régner l'ordre dans la bande de Gaza après le retrait
israélien, a indiqué mardi 2 août un porte-parole
du mouvement. La création de cette "armée populaire",
composée de volontaires, a été ordonnée
par le chef du Fatah, Farouk Kaddoumi, basé à Tunis, a
indiqué à l'AFP un de ses porte-parole dans la bande de
Gaza, Souleimane Al-Farra. "Nous avons décidé de
créer une armée populaire pour aider l'Autorité
palestinienne de prendre les choses en main après le retrait
des forces israéliennes de la bande de Gaza", prévu
la mi-août, a déclaré M. Farra à l'AFP.
Quelque 250 volontaires formant le "noyau"
de cette armée effectuaient mardi des exercices physiques dans
un terrain de football à Khan Younès dans le sud de la
bande de Gaza, a constaté un correspondant de l'AFP. "L'entraînement
a commencé lundi et il est assuré par des officiers de
la Sûreté nationale et de la police palestinienne",
a ajouté M. Farra. "L'armée populaire doit compter
1.500 volontaires dans toute la bande de Gaza", a-t-il poursuivi.
Selon M. Farra, l'armée populaire doit être composée
essentiellement de volontaires du Fatah mais sera aussi ouverte aux
membres des autres groupes palestiniens qui souhaiteraient s'y joindre.
"Nous avons reçu des instructions du frère Abou Lotf
(M. Kaddoumi) pour former le noyau d'une armée populaire dans
la bande de Gaza. Le premier stage d'entrainement a commencé
lundi et durera 45 jours", a pour sa part déclaré
à l'AFP le responsable de la formation, Mohammad Zourob. "Cette
armée ne se substituera pas à l'Autorité palestinienne,
aux services de sécurité ou aux factions palestiniennes",
a-t-il ajouté. Un des instructeurs, Moussa Al-Aqad, a de son
côté indiqué que l'armée populaire a été
créée "pour aider l'Autorité palestinienne
dans le cadre du retrait de Gaza et pour éviter tout débordement
et toute atteinte aux forces de sécurité". La création
de cette "armée populaire" par le Fatah traduit la
volonté du mouvement de se renforcer face au groupe radical Hamas,
très puissant dans la bande de Gaza, en vue du retrait israélien.
Un des principaux chefs du Hamas, Mahmoud Zahar, avait affirmé
début juillet que son mouvement "ne permettra à personne
de le désarmer" après le retrait israélien
de la bande de Gaza. M. Zahar avait averti que son mouvement n'hésiterait
pas à se servir de ses armes pour riposter depuis la bande de
Gaza à d'éventuelles attaques israéliennes en Cisjordanie.
Le Hamas a violemment critiqué l'Autorité palestinienne
pour avoir refusé de l'impliquer dans les préparatifs
du retrait israélien de la bande de Gaza. Le Hamas a rejeté
une offre de l'Autorité palestinienne de participer à
un cabinet d'union nationale en vue du retrait israélien, exigeant
la création d'une structure de direction regroupant des représentants
de tous les mouvements palestiniens. Source : AFP, 2 août 2005
Vos armes, malgré vous,
gens du Hamas
par Fayez Salah Abu Shamaleh, http://www.amin.org,
13 août 2005.
Traduit de l'arabe par le Centre d'Information sur la Résistance
en Palestine
L'auteur est un écrivain palestinien vivant à Khan Younès
Que vous le vouliez ou non, vous les gens du Hamas, que vous l'acceptiez,
vous et les autres organisations de la résistance ou non, vous
devez rendre vos armes, malgré vous, à l'Autorité
Palestinienne, l'unique, mais après que les dix conditions suivantes
et nécessaires aient été remplies pour la sécurité,
l'assurance et la stabilité de notre peuple :
1 - le retrait israélien total et global de la bande de Gaza,
jusqu'aux frontières de 1967, après qu'Israël ait
totalement abandonné sa domination sur les entrées de
la bande, par terre, par mer et par air, car c'est l'une des premiers
signes de la souveraineté.
2 - La liberté de séjour et le retour des Palestiniens
exilés dans les pays arabes et hors de Gaza, de façon
temporaire, en attendant que soient mis en place les mécanismes
de leur retour à leurs villes et villages occupés en Palestine,
avant la Nakba en 1948.
3 - La liberté de mouvement et de déplacement entre la
Cisjordanie et la bande de Gaza, sans entraves, fouilles, cartes magnétiques,
la libre circulation des marchandises entre les deux régions
palestiniennes ni dans la forme actuelle (dos à dos) ni dans
la forme nouvelle (porte à porte).
4 - Libération de tous les prisonniers et détenus palestiniens
et arabes dans les prisons israéliennes, et la proclamation officielle
israélienne du respect de tous les traités et conventions
internationales, et de l'application de la 4ème convention de
Genève, pour les prisonniers palestiniens.
5 - La proclamation israélienne claire et nette des dates fixes
pour le retrait de toutes les terres de Cisjordanie occupées
en 1967, y compris al-Quds, et le démantèlement de toutes
les colonies créées sur les terres palestiniennes, sans
condition.
6 - La proclamation israélienne claire et nette, avec des garanties
internationales, du respect du caractère humain de l'Arabe palestinien,
la cessation de son humiliation, de tirer sur lui sans raison ou avec
raison, d'accepter une enquête internationale à chaque
coup de feu israélien sur les Palestiniens.
7 - L'accord israélien à accepter la responsabilité
de tout ce qu'a vécu le peuple arabe palestinien, les destructions
morales et physiques qui ont brisé sa vie depuis la Nakba en
1948 jusqu'à aujourd'hui, d'assumer la responsabilité
totale israélienne de ne pas avoir appliqué la décision
149 de l'assemblée générale de l'ONU exigeant le
retour des Palestiniens aux terres dont ils ont été expulsés,
et la compensation pour ceux qui ne souhaitent pas retourner en Palestine.
8 - La reconnaissance israélienne, avec garanties internationales,
de compenser financièrement toute la souffrance dont ont été
responsables les Israéliens envers le peuple arabe en Palestine,
tout au long de ces années de conflit.
9 - Arrêt de toute incitation idéologique et méthodique
juive dans les écoles religieuses, les cercles intellectuels,
contre les lieux saints musulmans en particulier, contre les Arabes
et les Palestiniens de façon générale, et l'accord
israélien d'un contrôle international sur ses programmes
scolaires et ses publications idéologiques.
10 - Démilitariser la région du Moyen-Orient des armes
non-conventionnelles, y compris l'arme nucléaire israélienne
et les armes de Hamas et de ses frères des organisations palestiniennes.
Ce sont les dix conditions qu'il est nécessaire de réaliser,
les efforts arabes et internationaux doivent se fixer à leur
application, sur le terrain. C'est ce qui va nous être imposé,
à nous le peuple arabe palestinien, avec toutes ses formations
de la résistance, ses personnalités nationales et islamiques,
à tout individu libre et honnête sur cette terre : promettre
au monde entier que nous sortirons avec les bâtons, les chaînes,
les pierres, pour rassembler les armes du Hamas que tiennent ses fils
et ses filles, par la force, et pour les remettre dans une grande cérémonie
officielle et solennelle, en présence de personnalités
internationales, avec la participation d'une délégation
égyptienne, sous la supervision du vice-premier ministre, du
ministre de l'information Nabil Ali Shaath, qui n'a cessé de
dire à notre peuple que le refus par Sharon du retour des réfugiés
palestiniens, du retrait d'al-Quds et de l'arrêt de la colonisation
en Cisjordanie et son refus de l'évacuer, est un refus tactique,
et non un refus de principe, se basant sur une certitude idéologique
et des intérêts stratégiques.
Si Israël accepte ces dix conditions, le ministre de l'information
a le droit de proclamer que sur la terre de Gaza il n'y a qu'une seule
Autorité Palestinienne, une seule arme de la résistance,
traduisant la dignité et la liberté de l'être arabe
palestinien.
Plus de 4 000 morts en cinq
ans
Selon le Centre national palestinien d'information, 4 097 Palestiniens
ont été tués par les sionistes depuis le début
de l'Intifada Al Aqsa. 760 d'entre eux étaient des mineurs. 51
d'entre eux ont été tués par des colons. 36 appartenaient
au corps médical et sanitaire, 9 à la presse et 220 étaient
des sportifs, dont un coureur de marathon olympique de Gaza.
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