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Un seul État démocratique en Palestine/Israël |
Ayant
constaté que toutes les "solutions" proposées
au conflit israélo-palestinien ont échoué à ce
jour, plusieurs centaines de citoyens du monde entier - Israéliens,
Palestiniens, Européens, Américains, Africains -
se sont engagées pour l'objectif d'un seul État démocratique
en Palestine/Israël. La principale association internationale
militant pour cet objectif est à ce jour l'Association pour
un seul État démocratique en Palestine/Israël,
créée à Lausanne le 15 avril 2003. C'est dans
cette ville que les partisans d'un seul État ont organisé leur
première conférence internationale du 23 au 25 juin
2004. Cette conférence a adopté le texte d'une déclaration
finale [voir ci-dessous], qui servira de "feuille de route" pour
le travail ultérieur en faveur de cette solution, la seule
réaliste et possible. On trouvera ci-dessous des documents
et des renseignements pratiques pour alimenter la campagne mondiale
pour un seul État démocratique, ouvert à tous
les habitants de la Palestine historique et fondé sur le
principe : "Une personne, une voix". L'ensemble des documents
publiés en diverses langues par l'Association peut être
consulté sur le site internet de l'Association : http://www.one-democratic-state.org/. |
Débats et polémiques après la Conférence de Lausanne Pour un seul État démocratique
1)
Dans quelle mesure les Palestiniens et les Juifs étaient-ils
représentés, à la conférence, et que
représentent ces participants juifs et palestiniens pour
la population, tant palestinienne qu'israélienne? 2)
Vous en appelez à un seul État démocratique
en Palestine/Israël. Ceci signifie-t-il que vous prônez
un État binational? 3)
Votre proposition semble totalement impossible dans la situation
actuelle, dominée par des affrontements violents et l'extrémisme,
chez les Palestiniens et les Israéliens. N'est-elle pas
utopique? 4)
Mais, c'est l'apocalypse, que vous nous décrivez-là!
Comment pourrions-nous en réchapper? Cette région
serait-elle maudite? 5) Votre proposition est en contradiction avec beaucoup de déclaration des autorités palestiniennes, Arafat y compris, selon lesquelles les Palestiniens acceptent la création d'un État palestinien vivant en paix avec Israël ?Š L'OLP
a toujours été en faveur d'une solution à un
seul État. Toutefois, il n'a pas suffisamment élaboré ce
concept, créant confusion et peur chez les Israéliens,
qui redoutent de se retrouver en minorité. Notre association
a créé un cadre légal clair le premier
jamais élaboré jusqu'ici définissant
un État égalitaire, où les origines religieuses
ou ethniques ne seront ni un privilège ni un critère
pour une quelconque discrimination. Dans un État tel celui
que nous proposons, il n'y aura ni minorité ni majorité.
Il n'y aura que des individus, citoyens égaux entre eux. 6)
Même si votre proposition semble rationnelle et optimiste,
comment entendez-vous la mettre en application, concrètement,
sur le terrain? Site
de l'Association pour Un Seul État Démocratique en
Palestine/Israël: http://lwww.one-democratic-state.org
Contribution
- 9 Voici quelques années, j'ai suggéré, dans la revue de mon syndicat étudiant, qu'Israël ne devrait pas exister. Je disais aussi que la sympathie soulevée par l'Holocauste représentait une couverture un peu trop facile pour les atrocités israéliennes. Du jour au lendemain, j'étais devenu l'ennemi public numéro 1. J'étais un fondamentaliste musulman, un antisémite, quelqu'un qui portait atteinte à la mémoire du plus abominable méfait commis dans l'histoire. Mes dénonciateurs me poursuivaient, me photographiaient et téléphonaient même à ma famille pour les avertir de se tenir prêts à recevoir un appel de la grande faucheuse. Grâce au Ciel, ma notoriété dans les cercles juifs s'est affadie, depuis lors, à un point tel que, récemment, j'ai prononcé une conférence oecuménique sous le patronage du Leo Beck College, bien que mes idées n'aient pas changé d'un iota. Israël n'a pas le droit d'exister. Je sais parfaitement que c'est là une chose fort impolie à dire, et un propos que, dans le contexte de marasme actuel où s'est enlisé le processus de paix, d'aucuns vont trouver irresponsables. Mais c'est un fait que je considère central, depuis toujours, dans toute proposition d'une paix authentique. Assurément, l'existence d'Israël ne pose aucun problème moral. Israël est censé être la réalisation d'une affirmation biblique. Sa raison d'être a été précisée, dans une formule demeurée célèbre, par feue le Premier ministre israélien Golda Meir. « Ce pays existe en accomplissement d'une promesse faite par Dieu En Personne. Remettre en question sa légitimité serait, par conséquent, totalement absurde ». Cette promesse biblique est la seule justification invoquée par Israël afin d'affirmer sa légitimité. Mais quoi que Dieu ait voulu dire lorsqu'il promit à Abraham qu'il « avait donné cette terre, depuis le fleuve d'Egypte, jusqu'au grand fleuve, l'Euphrate », il est loisible de douter qu'il voulait que cette promesse soit utilisée comme une excuse pour s'emparer par la force et la ruse d'une terre dûment habitée par un autre peuple qui la possédait légitimement. Repousser ce fait du revers de la main, aussi inconfortable soit-il, ne fait de bien à personne. Mais c'est ce qui a entraîné l'échec du processus d'Oslo. En signant l'accord, l'OLP a fait l'erreur cardinale de faire le pari qu'il est possible d'enterrer la hache de guerre en réécrivant l'histoire. L'OLP a admis, par pétition de principe, qu'Israël avait le droit d'exister. Le problème, c'est que cette pétition de principe avait pour corollaire l'admission de la légitimité du processus ayant abouti à l'existence d'Israël. Comme l'ont démontré les derniers développements, le peuple palestinien n'est pas prêt à suivre ses dirigeants dans leur crise d'amnésie intellectuelle. L'autre source de légitimité revendiquée par Israël la reconnaissance internationale n'est pas moins fallacieuse. Les deux pactes qui scellèrent le sort de la Palestine furent, tous deux, à l'initiative de la Grande-Bretagne. Tout d'abord, nous, les Britanniques, avons signé les accords Sykes-Picot avec la France, afin de nous partager les dépouilles de l'Empire ottoman au Levant. Un an plus tard, en 1917, la Déclaration Balfour promettait un foyer national au peuple juif. En droit international, cette déclaration était nulle et non advenue, dès lors que la Palestine n'appartenait pas à la Grande-Bretagne. En vertu de la charte de la Ligue des Nations, la Palestine ressortissait à la souveraineté turque. Lorsque, en 1947, l'ONU a adopté une résolution sur le partage de la Palestine, les juifs représentaient 32 % de la population, et possédaient 5 % des terres. En 1949, dans une très large mesure en résultat des exactions d'organisations paramilitaires telles Haganah, l'Irgoun et le gang Stern, Israël contrôlait 80 % du territoire de la Palestine, et 770 000 non-juifs avaient été chassé de leur pays. C'est précisément cette histoire très bien documentée des iniquités entourant sa propre genèse qu'Israël doit reconnaître si l'on veut que la paix ait la moindre chance. Après des années de guerre, la paix découle du pardon, et non de l'oubli ; les peuples n'oublient jamais, mais ils ont une extraordinaire capacité à pardonner. Prenez l'exemple de l'Afrique du sud, qui a montré au monde qu'une vérité cathartique doit absolument être reconnue, avant qu'une réconciliation soit possible. Bien loin de représenter une force de libération et de sécurité, après des siècles de souffrances, l'idée qu'Israël aurait en quelque sorte un droit à l'existence de nature religieuse n'a fait qu'emprisonner les juifs dans un cycle ininterrompu et infini de conflits. La « promesse » génère une arrogance qui institutionnalise l'infériorité d'autres peuples et initie à leur encontre des atrocités qui se répètent avec une régularité alarmante. Elle autorise des soldats à ignorer leur conscience et à bombarder des écoliers désarmés. Elle permet l'adoption d'une législation visant à empêcher toute acquisition de terres par des non-juifs. Plus grave encore : la promesse obère la capacité d'Israël à rechercher des modes de coexistences fondés sur l'égalité et le respect des droits de l'homme. Un Etat fondé sur une prétention à la légitimité aussi exclusiviste que celle d'Israël ne saurait concevoir d'autre « solution » que la séparation. Mais la séparation, c'est tout autre chose qu'une paix durable ; la séparation ne fait qu'éloigner l'un de l'autre des camps irrémissiblement en guerre entre eux. Elle ne permet absolument pas la cicatrisation des plaies anciennes. Elle redresse encore moins les torts historiques infligés.
Cette forme d'examen de conscience est absolument nécessaire. En retour, Israël peut être assuré que les Palestiniens sauront faire montre d'un pardon magnanime. L'alternative, c'est la guerre éternelle. Que
ceux qui veulent anéantir Israël lèvent la
main ! L'attaque la plus venimeuse et dangereuse contre le droit d'Israël à l' existence vient de... New York, entre mille lieux ! Tony Judt, professeur d' histoire à l'Université de New York, a publié un article dans la prestigieuse New York Review of Books (23.10.2003), dans lequel il présente une plaidoirie en apparence (seulement) bien argumentée, en faveur de la création d'un Etat binational sur les ruines de l'Etat d'Israël. Aux yeux de l'auteur, Israël est un anachronisme hérité du dix-neuvième siècle. Dans son « brave new world », il n'est plus aucune place pour quelque chose comme l'état nation. Par contre, l'Allemagne, la France, l' Italie, le Japon, etc. : aucun de ces pays ne semble déranger le moins du monde sa tranquillité d'esprit. Il n'y a qu'Israël qui le défrise Soixante ans après la tentative de balayer le peuple juif en Europe, après quoi les pays du monde furent assez aimables de bien vouloir permettre aux survivants de l'Holocauste de se construire un foyer national pour leur propre pomme, voilà qu'un historien, spécialisé dans l'histoire européenne, vient nous proposer gentiment que les juifs se suicident collectivement. Qu' ils redeviennent juste encore une fois, comme ça, pour voir, une minorité. Petite différence : cette fois, il faudrait que les juifs deviennent une minorité dans un Etat nation palestinien installé entre le Jourdain et la Méditerranée. Une idée peut-elle être, à la fois, oiseuse et dangereuse ? Judt apporte la démonstration que c'est possible. Son article, qui tente de dissimuler sa haine d'Israël derrière le drapé de l'analyse universitaire, n'explique en rien comment deux peuples qui ont été incapables de s'adresser la parole depuis des générations, sauf peut-être avec des bombes, seront soudain remplis d'amour et instaureront entre eux des relations courtoises de bon voisinage. On imagine que Sheikh Yassine se marre. [Sheikh Yassine, assassiné par un sympathique missile de son bon voisin israélien, ne se marre plus ici-bas. NdT] Et pourtant, cette idée oiseuse est aussi une idée dangereuse, car elle suscite l'adhésion de personnes haut placées. L'article commence a être souvent commenté parmi les cercles intellectuels américains, comme s'il s' agît de quelque tentative audacieuse de défier les conventions admises. Ceux qui ont désespéré qu'il y ait un jour une éclaircie dans le marasme moyen-oriental disent, avec beaucoup de naïveté : « Attendez un peu, il y a peut-être quelque chose de bon, là-dedans. ». Et viennent se joindre à eux, bien entendu, les antisémites patentés détestant Israël, et autres contempteurs d'Israël classiques. Il n'est pas jusqu'à Amos Oz, auteur de « Herzl » et des « Israéliens », qui n'ait écrit un courrier des lecteurs débordant d'éloges (pour cet article) depuis son domicile italien de Buggiano : « Il faut féliciter (ce) Judt d' avoir pénétré à la machette dans une forêt vierge de clichés », comme dit Elon. Bien sûr, tout le monde n'est impressionné par cette théorie faussement é rudite. Ainsi, Leon Wieseltier, l'un des plus grands intellectuels ( ?) américains, a sauvé l'honneur de ces (rares) Américains qui connaissent une chose ou deux au sujet du Moyen-Orient, en démolissant sans difficulté l' argumentaire de Judt (The New Republic, 27.10.2004). Mais cette idée - comme cela arrive souvent, avec les idées - a déjà son existence propre. Certains sont pour, d'autres sont contre. Le débat fait rage. Les uns pensent que l' Etat d'Israël doit disparaître ; et les autres croient en la continuation de son existence. Non. Ce n'est pas dans les salons culturels de l'Europe, frappés d'amnésie que cela se passe. Mais bel et bien aux Etats-Unis ! Bien entendu, l'idée d'un état binational n'est pas neuve. Dans les années 1920 et 1930, sous une forme ou sous une autre, des intellectuels appartenant à l'ensemble du spectre politique l'avaient prônée : de Martin Buber à Ze'ev Jabotinsky (même si les spécialistes sont divisés sur ce que ce dernier visait réellement). Elle a pointé à nouveau son museau, vers la fin du vingtième siècle : Edward Said en a rêvé, à New York, et Azmi Bishara continue à y rêver, ici, en Israël. Meron Benvenisti a écrit à son sujet, dans nos colonnes. Peut-être est-il, lui aussi, désespéré [par le blocage du « dialogue » israélo-« palestinien », NdT] ? Pas besoin de grande enquête pour savoir que la majorité écrasante des Israéliens et des Palestiniens rejette l'idée d'un Etat binational. Ce serait une idée extraordinairement mauvaise, pour les juifs, de devenir une minorité, sous l'aile protectrice du Hamas. Comme chacun sait, les Palestiniens, eux aussi, veulent un pays qui leur appartienne en propre - maintenant, aussitôt que possible, et pas dans des années, quand la démographie emportera la victoire sur les hélicoptères Apache et leurs mitrailleuses aéroportées. Mais avons-nous le droit de jouer à la roulette avec l'avenir ? N'est-il pas préférable d'étouffer dans l'ouf cette idée d' Etat binational avant qu'elle ne soit florissante ? Pour le moment, elle connaît un grand succès, et les intellectuels et les historiens n'y sont pour rien. Ceux qui sont en cause, dans sa re-floraison, sont en réalité ceux qui sont horrifiés à la moindre mention de cette idée : Ariel Sharon et Avigdor Lieberman, Effie Eitam et Yosef Lapid. C'est eux, qui arrosent la jeune pousse de l'idée d'Etat binational et lui redonnent vie, en ne faisant rien qui soit de nature à faire avancer la seule solution qui soit en mesure de lui barrer la voie : la solution à « deux Etats, pour deux peuples ». La droite israélienne et son gouvernement, ainsi que des dizaines de milliers de terroristes qui se sont installés au cour des agglomérations palestiniennes, sont responsables du désespoir et de la haine qui ont remis au goût du jour le débat sur la question du droit d'Israël à l'existence. Ce sont les tanks de l'occupation qui ont armé le nouvel-ancien antisémitisme. Il n'est pas difficile de dire à Judt et à ses semblables d'aller faire leur expérience d'Etat binational ailleurs - en Allemagne ou en France, par exemple - avant de nous l'imposer, à nous, Israéliens et Palestiniens. Mais que nous dirons-nous à nous-mêmes quand, un jour, des historiens se demanderont ce que nous aurons fait afin d'éviter de nous réveiller en plein milieu d'un cauchemar ? Sauf à retourner à la situation qui était la nôtre en 1967, nous risquons fort de nous retrouver au point où nous en étions, avant 1948. [Pourquoi s' arrêter en si bon chemin et ne ne pas retourner en 1880 ? NdT] « Un état
de coma dépassé » : Le drame palestinien
et la crise écologique Je
hais les méchants et ceux qui sont aux méchants favorables. C'est
dans le contexte de la crise écologique générale
et sur le long terme que doit se situer l'analyse de la colonisation
de peuplement de la Palestine. CRISE
ECOLOGIQUE , NOMBRE DES HOMMES, ENERGIE DISPONIBLE PAR HABITANT. Contributions - 6 Pour
un seul État démocratique Noel
Ignatiev, membre de l'Association pour un seul État démocratique
en Palestine/Israël, est l'auteur de How the Irish Became
White ? [Comment les Irlandais sont-ils devenus blancs ?], http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0415918251/counterpunchmaga. Le mouvement politique appelé sionisme s'est développé à la fin du dix-neuvième siècle. Son fondateur, Théodore Herzl, fut influencé par deux phénomènes : l'étendue de l'antisémitisme en France, révélée par l'affaire Dreyfus et les idéaux nationalistes, alors populaires en Europe. Herzl était convaincu que les juifs ne peuvent ê tre assimilés par les nations au sein desquelles ils vivent, et que l'unique solution à la « question juive » consistait en la création d'un « Etat juif », où tous les juifs viendraient se rassembler. Les premiers sionistes envisageaient de créer ce futur Etat en Argentine ou en Ouganda, entre autres localisations. Herzl était partisan d'une implantation en Palestine car, bien qu'incroyant, il voulait se servir de la coutume très répandue chez les mystiques juifs consistant à se rendre en pèlerinage en « terre sainte » et d'y é tablir des communautés religieuses. En 1868, 13 000 juifs vivaient en Palestine, sur une population totale estimée à 400 000 personnes. En majorité, il s'agissait de pèlerins pieux, financés pour leur subsistance par des organisations juives caritatives outre-mer. Ils n'étaient en butte à aucune agressivité de la part des musulmans, majoritaires, et leur présence ne conduisit à aucune friction avec la population arabe, tant chrétienne que musulmane. En 1882, combinant philanthropie et investissement, le baron de Rothschild commença à acheminer des colons juifs à partir de l' Europe orientale, afin de construire un système de plantations s' inspirant de la colonisation française en Algérie. Ces colons parlaient principalement yiddish, arabe, persan et géorgien. Chose très significative, l'hébreu ne figurait absolument pas au nombre des langues qu'ils utilisaient. L'expérience menée par Rothschild eut le résultat auquel on pouvait s'attendre : les juifs géraient les terres, et les Arabes les bêchaient. Ce n'était pas là le résultat escompté par les sionistes ; une société juive qui se respecte ne saurait être fondée sur le travail des Arabes. C'est pourquoi ils décidèrent d'encourager l'immigration de juifs destinés à travailler dans l'agriculture, l'industrie et les transports. En 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, recherchant désespérément des soutiens aux efforts de guerre britanniques requis par la Première guerre mondiale, publia sa célèbre déclaration exprimant la sympathie de son gouvernement avec les projets d'établir un foyer national juif ( « jewish homeland ») en Palestine. Les sionistes s'emparèrent immédiatement de cette déclaration, dans laquelle ils virent un soutien à la création d'un Etat juif. A l'époque de cette déclaration, les juifs représentaient moins d'un dixième de la population de la Palestine, de laquelle ils ne possédaient pas même 2,5 % des terres. On s'ingénia à voir dans le problème posé par l'édification d'une société juive au sein d'une population dans son é crasante majorité arabe la nécessité de procéder à « la (double) conquête de la terre et du travail ». Une fois acquise par les juifs, la terre devait rester à jamais entre leurs mains. Le deuxième volet de ce projet, connu sous l'intitulé de « sionisme travailliste », prônait le recours exclusif à une main-d'¦uvre juive pour travailler les terres acquises en Palestine par les juifs. Les sionistes travaillistes veillèrent à cet exclusivisme (que l'on appellerait, de nos jours, apartheid), afin d'édifier des institutions purement juives. Pour conquérir la terre, les sionistes décidèrent que celle-ci ne serait pas acquise par des individus, mais par un trust appelé Fonds National Juif (FNJ). Le FNJ achetait des terres, qu'il ne louait ensuite qu'à des juifs, lesquels n'avaient absolument pas le droit de les sous-louer. Ainsi, la terre fut acquise au nom du « peuple juif » , réservée au seul usage de celui-ci, et exclue du marché foncier. L'idée était, pour le FNJ, d'acquérir peu à peu autant de terres qu'il en fallait afin de faire vivre l'Etat juif en devenir. Naturellement, pour que la terre serve bien un but tel celui-là, la main-d'¦uvre arabe devait être exclue. Les locations de terres effectuées par le FNJ interdisait formellement le recours à de la main-d'¦uvre non juive sur les parcelles louées. Une façon de s' en assurer consistait à ne louer des terres qu'aux seuls juifs qui s'engageaient à les cultiver par eux-mêmes. Dans certains cas, où la terre avait été achetée à des latifundiaires arabes absentéistes, les paysans qui y habitaient et qui les travaillaient en é taient expulsés. Les fermiers juifs qui refusaient de chasser les journaliers arabes risquaient de perdre leur bail, voire de faire l' objet d'un véritable boycott. La « conquête du travail » par les juifs ne se limitait pas à l' agriculture : il en allait de même dans l'industrie. Les sionistes travaillistes créèrent une institution chargée d'organiser le travail juif et d'exclure les travailleurs arabes : la Histadrout. La Histadrout était (elle continue à l'être, aujourd'hui, dans une large mesure) une guilde multi-corporations et panjuive, ainsi qu'une coopérative fournissant à ses adhérents un grand nombre de services. Dès le début, elle fut l'instrument de la ségrégation entre travailleurs arabes et travailleurs juifs et, donc, également de la création d'un secteur économique exclusivement juif. Même dans les cas où les travailleurs arabes et juifs effectuaient exactement la même tâche, les juifs percevaient des salaires beaucoup plus élevés que les Arabes. Cette politique salariale et exclusiviste tua dans l' ¦ uf toute tentative d'organiser le travail sur une base non-raciale. Le « travaillisme » du sionisme travailliste tua et continue à tuer toute volonté d'édifier un mouvement ouvrier unifié. En dépit de leur politique, et malgré l'encouragement du gouvernement britannique, les sionistes ne parvinrent à porter la proportion des terres possédées par les juifs en Palestine qu'à 7 % du total, au cours des trente années consécutives à la déclaration Balfour. S'ajoute à cela le fait que la majorité écrasante des juifs, dans le monde entier, ne montraient aucune disposition à immigrer en Palestine pour s'y installer. Entre 1920 et 1932, il n'y eut que 118 000 juifs pour le faire, ce qui représentait moins d'un pour cent du nombre total des juifs dans le monde. Même après l' accession d'Hitler au pouvoir en Allemagne, les juifs d'Europe ne choisirent pas l'émigration vers Israël : sur les 2,5 millions de juifs qui s'enfuirent à l'étranger, entre 1935 et 1943, victimes des persécutions nazies, seuls 8,5 % allèrent en Palestine. 182 000 é migrèrent aux Etats-Unis ; 67 000 en Grande-Bretagne, et près de 2 millions en Union soviétique. Après la Seconde guerre mondiale, les Etats-Unis commencèrent à encourager l'installation des juifs en Palestine. Aneurin Bevin, ministre britannique des Affaires étrangères de l'immédiat après-guerre, risqua le scandale en révélant très publiquement que la politique des Américains, en la matière, était essentiellement due au fait qu' « ils ne voulaient pas voir (les juifs) en trop grand nombre à New York. » Le délégué pakistanais aux Nations unies allait faire, sarcastiquement, la même observation : « L'Australie, dont tout le monde sait qu'il s'agit d'un tout petit pays surpeuplé et aux régions congestionnées, dit : « non, non, non ! » ; le Canada, tout aussi congestionné et surpeuplé, dit : « non ! » ; et les Etats-Unis, grande nation connue pour son esprit humanitariste, mais au territoire tellement réduit, et si pauvre de ressources naturelles, dit : « non ! ». Telle est la contribution de ces nations au principe humanitaire. En revanche, ils décrètent : « Qu'ils (= les juifs) aillent en Palestine : là-bas, il y a de vastes territoires, une économie prospère et aucun problème en vue : là-bas, on pourra les intégrer sans problèmeŠ » [Weinstock, p. 226] La limitation par les Etats-Unis du nombre de juifs admis dans ce pays coïncida avec la politique sioniste, telle qu'énoncée par David Ben Gourion, premier Premier ministre d'Israël : « Si on m'avait dit qu'il aurait été possible de sauver tous les enfants (juifs) d' Allemagne en les amenant en Angleterre, et seulement la moitié de ces enfants en les emmenant en Eretz Yisraël, alors j'aurais opté pour la seconde solution. Car nous ne devons pas nous contenter de mettre dans la balance la vie de ces enfants, mais aussi l'histoire du Peuple d'Israël. » [Yoav Gelber, « Zionist Policy and the Fate of European Jewry (1932-1945 » (La politique sioniste et le sort des juifs d' Europe), Yad Vashem Studies, vol. XII, p. 199). Cette politique consistant à accorder plus de prix à la création d'Israël qu'à la survie des juifs amena les sionistes à collaborer avec les nazis, certains se voyant même décerner des distinctions honorifiques par le gouvernement hitlérien. Le cas le plus connu est celui de Rudolf Kastner, qui négocia l'émigration vers la Palestine de quelques-uns des juifs les plus aisés de Hongrie, en é change de son aide dans l'organisation de la déportation ordonnée de tous les autres (juifs hongrois) vers les camps d'extermination. Pour son zèle, Kastner fut encensé et présenté comme un « idéaliste », par rien moins qu'un certain Adolf Eichmann. [La meilleure étude des relations siono-nazies est celle de Lenni Brenner, « Zionism in the Age of the Dictators ».] Les sionistes savaient qu'ils leur fallait se débarrasser de la majorité arabe, afin de disposer d'un Etat spécifiquement juif. Près de 75 000 juifs vinrent s'établir en Palestine entre 1945 et 1948. La guerre de 1948 offrit aux sionistes une excellente opportunité de rectifier cette disparité. Résultat de la guerre : plus des trois quarts de la population arabe, d'environ un million d'habitants, durent s'enfuir de chez eux. L'exemple de Deir Yassine, village dans lequel des forces israéliennes paramilitaires, commandées par le futur Premier ministre Menahem Begin, massacrèrent plus de 250 civils palestiniens, envoyant en direction des autres le message qu'il était temps pour eux de partir s'ils voulaient rester en vie, est le plus connu des massacres expliquant de quelle manière cette épuration ethnique fut réalisée. Dans La Révolte, ouvrage écrit par Begin, celui-ci se vante du fait que, sans Deir Yassine, Israël n'aurait jamais existé. Il ajoute : « Les Arabes, en proie à la panique, se mirent à fuir. Ils criaient : « Deir Yassine ! » [cité in Menuhin, p. 120]. Des écrits récents d'historiens révisionnistes israéliens [que l'on appelle « les nouveaux historiens », NdT] ont réfuté l'insistance mise depuis toujours par les responsables israéliens à répéter que le départ des Palestiniens aurait été volontaire. Certains des fugitifs palestiniens se rendirent dans des pays arabes limitrophes. D'autres devinrent des réfugiés dans leur propre pays. Ce sont les 750 000 Palestiniens expulsés de chez eux qui sont aujourd'hui, avec leurs descendants, au nombre de 2 200 000 qui représentent ce qu'il est convenu d'appeler le « problème » des réfugiés. Bien que les Nations unies aient exigé de manière répétée et constante leur droit à retourner chez eux, les gouvernements israéliens successifs l'ont toujours refusé. La guerre se termina, avec les sionistes tenant sous leur contrôle 80 % de la Palestine. L'année suivante, près de 400 villages arabes furent rayés de la carte. Ce n'était absolument pas accidentel : il s' agissait d'une politique délibérée, comme le montre ci-après la citation d'une des plus grandes autorités de l'Etat sioniste : « Il doit être clair, entre nous, qu'il n'y a nulle place, dans notre pays, pour deux peuples vivant ensemble. La seule solution, c'est Eretz Israël, ou au minimum la moitié occidentale d'Eretz Israël, sans Arabes. Et il n'y a pas d'autre moyen (pour l' obtenir) que de transférer les Arabes d'ici vers les pays voisins de les transférer, tous : aucun village, aucune tribu ne devra subsister. » [Joseph Weitz, Vice-Président du bureau des Directeurs du Fonds National Juif [FNJ] de 1951 à 1973, ancien Président de l' Autorité des Terres d'Israël (Israël Land Authority) (Davis, p. 5)] Moshé Dayan, ancien ministre israélien de la Défense, déclara, au cours d'un discours demeuré célèbre, prononcé devant les é tudiants de l'Institut de Technologie de Haifa, en 1969 : « Les villages juifs ont été édifiés à la place de villages arabes. Vous ne connaissez même pas les noms de ces villages arabes, et je ne vous en blâme pas, puisque les livres de géographie où leurs noms figuraient n'existent plus non plus. Non seulement ces livres n'existent plus, mais les villages arabes eux-mêmes ne sont plus là. Nahial a remplacé Mahlul ; Kibbutz Gvat a remplacé Jibta ; Kibbutz Sarid a remplacé Huneifi et Kefar Yehushua a pris la place de Tall al-Shuman. Il n'y a pas un seul endroit construit, dans ce pays, qui n'ait eu anciennement une population arabe. » [Ha'aretz, 04.04.1969, cité in Davis, p. 21]. Tracer une frontière morale entre Israël et les Territoires occupés est une grave erreur : le premier (Israël) est tout aussi « occupé » que les seconds (les Territoires). La guerre de juin 1967, à l'issue de laquelle Israël occupait Jérusalem Est, la rive occidentale du Jourdain et la Péninsule du Sinaï, n'était que la continuation du processus enclenché en 1948. Ce processus semblera tristement familier à quiconque connaît l'histoire du déplacement des Indiens des terres qu'ils possédaient en Amérique du Nord. Aujourd'hui, l' _expression utilisée pour décrire ce genre d'horreur est : épuration ethnique. Le premier recensement effectué en Israël, en 1949, constata la présence de 650 000 juifs et de 150 000 Arabes dans le pays. Le fondement légal de l'état raciste fut mis en place au moyen de deux lois, toutes deux adoptées en 1950. La première, dite « Loi du Retour » , permet à tout juif, où qu'il se trouve dans le monde, de « rentrer » en Israël. Ce droit ne s'applique pas aux non-juifs, et donc notamment pas aux Arabes palestiniens devenus des réfugiés depuis quelques mois. De plus, la « Loi sur les Propriétaires Absents » confisqua les biens des Arabes décrétés « absents », biens dont elle confia la bonne garde à l'Hypothèque des Biens des Absents. Il n'est pas jusqu'aux Arabes réfugiés dans leur propre pays qui ne furent qualifiés, eux aussi, de « présents absents » (quel paradoxe insoutenable !) et on leur interdit de retourner sur leurs terres. Un certain nombre de réfugiés qui tentèrent de le faire furent qualifiés d' « infiltrés », et certains furent abattus. Les propriétés confisquées constituaient la majorité des terres des nouvelles implantations juives. Ces terres confisquées, conformément aux procédures établies durant la période mandataire par le Fonds National Juif, sont devenues des Terres d'Israël, lesquelles sont gérées par une administration ad hoc. Cette administration, qui contrôle 92,6 % de l'ensemble des terres d'Israël, ne loue ces terres qu'aux seuls juifs. A la différence de la plupart des pays, notamment des Etats-Unis, l' Etat d'Israël n'appartient pas, fût-ce même en principe, à ceux qui résident à l'intérieur de ses frontières. En revanche, il est défini comme l' « Etat du peuple juif », quel que soit l'endroit où ces juifs peuvent bien se trouver. Cette définition très particulière est l'une des raisons pour lesquelles cet Etat reste jusqu'à ce jour incapable de se donner sa propre constitution é crite, de définir ses frontières, et même de proclamer l' existence d'une nationalité israélienne. De plus, dans cet « avant-poste de la démocratie » qu'Israël se targue de représenter, aucun parti opposé à l'existence de l'Etat juif n' est autorisé à participer aux élections. C'est comme si les Etats-Unis allaient se définir « Etat chrétien », définir qui sont les « chrétiens » en question (non pas en raison de leur croyance religieuse, mais en raison de leur ascendance), après quoi, ils adopteraient une « loi bidon » interdisant toute débat public sur cette questionŠ Si le projet sioniste consiste, pour partie, à expulser la population indigène de Palestine, l'autre partie consiste à assurer la croissance de la population juive. Mais un problème se pose, lequel, depuis cinquante ans, tourmente les responsables légaux d'Israël : « Qu'est-ce qu'un juif ? ». (Durant un siècle et demi, les tribunaux américains durent se colleter à des difficultés similaires, confrontés qu'ils étaient à la question de définir qui était « blanc »Š). Les sionistes retinrent deux critères, afin de déterminer qui est juif. Le premier est la race, qui ressortit généralement au mythe ; ce qui est tout particulièrement le cas en ce qui concerne les juifs. La population « juive » d'Israël regroupe des personnes venant de cinquante pays différents, et ayant des types physiques différents, parlant différentes langues et pratiquant diverses religions (ou n'ayant aucune religion du tout). Et tous ces gens sont qualifiés de « peuple », en excipant d'une fiction : ils seraient eux seuls les descendants de l'Abraham de la BibleŠ Cette affirmation est d'une fausseté tellement patente qu'il n'y a jamais eu que les sionistes et les nazis pour prétendre la prendre au sérieux. En réalité, étant donné le mélange des juifs à d' autres populations, durant deux mille ans, il est vraisemblable que les Palestiniens, de nos jours, qui résultent d'un mélange entre les divers peuples vivant en Canaan, auxquels sont venues s'ajouter plus tard des vagues de Grecs et d'Arabes, descendent plus directement des anciens habitants de la Terre Sainte que les Européens venus les en chasser. La revendication formulée par les juifs, selon laquelle ils auraient un droit spécial à la Palestine, n'a pas plus de légitimité que n'en aurait un Irlandais à revendiquer son droit à créer un Etat celtique qui recouvrirait tant l'Allemagne et la France que l'Espagne, au prétexte que des tribus celtes vivaient autrefois dans ces différentes contrées. Néanmoins, sur la base de la descendance imputée, les responsables sionistes assignent à ceux qu' ils ont sélectionnés une place privilégiée au sein de l'Etat. Si ce n'est pas là du racisme, alors qu'on me dise le sens nouveau pris par ce vocable ? L'engagement sioniste à la pureté raciale a conduit aux plus hauts niveaux de la société israélienne à des expressions de bigoterie qui outrageraient les cercles respectables des Etats-Unis. Une firme israélienne a exigé de plusieurs milliers d'ouvriers chinois qu' ils signent un engagement à ne pas avoir de relations sexuelles avec des Israélien(ne)s. Un porte-parole de cette firme a indiqué que cette exigence n'avait rien d'illégal. La loi israélienne interdit tout mariage d'un juif avec un non-juif. [Associated Press, 23.12.2003]. Les préjugés génèrent l'arrogance : en janvier dernier, l' ambassadeur d'Israël en Suède a détruit une ¦uvre d'art exposée dans un musée de Stockholm, au motif qu'il l'estimait offensante. Cette ¦uvre commémorait une jeune femme palestinienne qui s'étaient suicidée, à Haïfa, entraînant dix-neuf Israéliens dans la mort. (Les Américains, qui apprennent à l'école primaire à réciter les dernières paroles de Nathan Hale : « Mon seul regret est de n'avoir qu'une seule vie à sacrifier à ma Patrie », sont très mal venus de dénoncer les patriotes palestiniens, en les accusant d'être des « kamikazes ».) Le directeur du musée suédois fit observer que si Monsieur l'ambassadeur n'aimait pas l'exposition, il devait se sentir absolument libre d'en partir. » [Agence France Presse, 17.01.2004] Les sionistes désespèrent tellement d'augmenter la population loyale de l'Etat qu'ils sont prêts à y admettre des centaines de milliers de personnes, principalement originaires de l'ex-URSS, qui ne remplissent pas les critères requis pour être qualifiées de juifs, soit qu'ils n'aient qu'un seul grand parent paternel juif, soit qu'ils n'aient comme seul critère que d'être marié(e)s à un(e) conjoint (e) juif / ve. Etant donné qu'il n'existe rien qui ressemble de près ou de loin à la nationalité israélienne, en Israël (où n'existent, en tout et pour tout que les deux nationalités, « juive » et « indéterminée »), ces personnes, qui ne sont pas considérées juives, sont par conséquent enregistrées sous la rubrique « (nationalité) en cours d'étude ». Ceux dont ils veulent la perte, les dieux commencent par les rendre fous. Récemment, la presse israélienne a fait état d'un groupe d' Indiens du Pérou, convertis au judaïsme et immigrés en Israël, où ils furent installés sur ce qui était naguère une terre palestinienne. Nachson Ben-Haim (ex-Pedro Mendosa) indiquait, dans cet article, que cela ne lui posait aucun problème : « Conquérir ? Quoi : conquérir ? Comment peut-on parler de « conquête », dès lors que nous retournons sur des terres qui nous appartiennent depuis l'époque du patriarche Abraham ? ». Ben-Haim déclarait également être impatient de s'engager dans l'armée israélienne, afin de défendre le pays. Ben-Haim et ses coreligionnaires avaient immigré en Israël avec l'accord de la communauté juive péruvienne, qui ne voulait plus d'eux en raison du niveau socio-économique très bas de ces Indiens. [Ha'aretz, 18.07.2002]. Ce cas limite péruvien met en exergue le second critère nécessaire pour être reconnu juif : la conversion par une autorité religieuse reconnue, c'est-à-dire par les seuls rabbins orthodoxes. Aujourd' hui, en Israël, les rabbins conservateurs, comme les rabbins réformés, se voient interdire de diriger leurs congrégations. Les juifs ne peuvent se marier civilement, et réminiscence de l' Espagne médiévale ? tous les habitants du pays soutiennent l' é glise instituée, en l'occurrence le rabbinat orthodoxe. La mainmise d'une religion instituée sur un Etat dont la majorité de la population juive est laïque, voire même athée : tel est le prix à payer pour maintenir la « justification biblique » de l'occupation sioniste. « C'est Dieu qui n'existe pas, c'est bien connu qui nous a donné cette terre ! », affirme en Israël la gouaille populaire. Israël est un Etat raciste, où les droits sont accordés aux citoyens sur la base d'une descendance prescrite ou de l'approbation de la race supérieure. A cet égard, il ressemble aux Etats du Sud des Etats-Unis avant l'adoption des Droits Civiques et des décrets sur les droits de vote, ou encore à l'Irlande sous domination protestante, ainsi, il faut le dire, qu'à l'Allemagne hitlérienne. Mais, de par ses structures fondamentales, l'Etat dont Israël se rapproche le plus est l'Afrique du Sud soumise à l'apartheid. Pas é tonnant, dès lors, qu'Israël ait développé une alliance étroite avec l'Afrique du Sud à l'époque où ce pays était encore soumis au régime raciste d'apartheid. Après les premiers pourparlers, tenus en 1970, entre Shimon Peres et le ministre de la Défense sud-africain d'alors, Pete Botha, la coopération culturelle, commerciale et militaire entre ces deux pays connut un développement remarquable. Ces relations furent officiellement célébrées lors de la visite qu' effectua, en 1976, en Israël le Premier ministre sud-africain Vorster ce même Vorster qui détenait le grade de général, à l'époque de la Seconde guerre mondiale, dans l'Ossewabrandwag, une organisation sud-africaine pro-nazie. Bien sûr, comme on le sait, le plus gros du soutien reçu par Israël provient des Etats-Unis : de 3 à 5 milliards de dollars annuellement, c'est-à-dire plus que ce que les Etats-Unis consacrent à tout autre pays, et même plus que l'ensemble des prêts accordés par eux à l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Chaque obus tiré sur un village palestinien, chaque tank utilisé afin d'écraser une maison palestinienne, chaque mitrailleuse héliportée et son hélicoptère porteurŠ, ont été payés par les dollars des Américains. Peut-on dire autrement qu'en chuchotant que la politique des Etats-Unis vis-à-vis d'Israël a quelque chose à voir avec l' influence juive aux Etats-Unis ? Sans doute le lauréat du Prix Nobel de la Paix, l'archevêque sud-africain Desmond Tutu, peut-il se le permettre, lui : « Le gouvernement israélienŠ», fit-il observer un jour, «Š est mis sur un piédestal, aux Etats-Unis. Les gens, dans ce pays, ont peur de dire que le mal est un mal, parce que le lobby juif y est puissant très puissant » [The Guardian, 29.04.2002]. Le sionisme ne se contente pas seulement de dicter la politique des Etats-Unis : il étouffe tout débat ouvrant sur des alternatives. Je citerai un exemple personnel : voici deux ans de cela, une journaliste de la chaîne PBS m'a interviewé à la veille d'une conférence sur le racisme sponsorisée par l'ONU, et qui allait se tenir en Afrique du Sud (à Durban, NdT). Je fis quelques remarques au sujet d'Israël, et je demandai ensuite à la journaliste si elle utiliserait mes déclarations. « Bien sûr que non ! » me répondit-elle. « Je suis entièrement d'accord avec vous, et il en va de même en ce qui concerne tous les journalistes que je connais. Mais, impossible de formuler la moindre critique à l'égard d' Israël si nous ne la faisons pas suivre d'au moins dix réfutations !... » Le professeur à Harvard Daniel Pipes et Martin Kraemer, du Middle East Forum, ont créé un site ouèbe, qu'ils ont intitulé « Campus Watch » [Le chien de garde des campus], afin de dénoncer les universitaires qui auraient fait montre de trop de « haine envers Israël ». Les é tudiants sont censés dénoncer leurs profs à ce siteŠ L'arme idéologique la plus efficace dont dispose l'arsenal sioniste est l'accusation d' « antisémitisme ». Des étudiants et des membres du corps enseignant d'Harvard ont lancé une campagne afin de contraindre cette université à revendre les actions qu'elle détient dans des compagnies qui vendent des armes à Israël (en s'inspirant de campagnes passées visant au désinvestissement en Afrique du Sud, à l'époque de l'apartheid). Le président de l'Université Harvard a dénoncé les organisateurs de cette campagne, les présentant comme « antisémites dans les faits, sinon en intention. » Un comité de faculté, au Massachusetts College of Art, invite le poète éminent Amiri Baraka à faire une conférence, et des membres de la faculté d'Etudes critiques font circuler une pétition incitant le président de la faculté à dénoncer Baraka, soi-disant antisémite, en citant comme principale « preuve » un de ses poèmes, dans lequel il dénonçait l'oppression subie par les Noirs, et dans lequel il faisait allusion à des actions alléguées du gouvernement israélien, juste avant les attentats contre le World Trade Center de New York. Comme le commentateur israélien Ron HaCohen le fait remarquer : « Quand des Palestiniens attaquent des soldats de l'armée israélienne occupant leurs propres villages, c'est de l' antisémitisme ! Quand l'assemblée générale de l'ONU vote à 133 voix contre 4 la condamnation de la décision prise par Israël d' assassiner le président palestinien élu, cela signifie que tous les pays de la Terre, à l'exception notable d'Israël, des Etats-Unis, de la Micronésie et des Iles Marshall, sont antisémites ! » Quelle ironie, ajoute-t-il, surtout si l'on sait que, dans le contexte actuel : - à l'exception notable et révélatrice d'Israël (pays où les juifs religieux non-orthodoxes font l'objet de discriminations), les juifs jouissent partout d'une liberté religieuse totale dans les pays où ils vivent. Ils jouissent d'une pleine citoyenneté, où qu'ils vivent, ainsi que des mêmes droits politiques, civiques et humains que leurs concitoyens. Aujourd'hui, un juif orthodoxe peut postuler à la position de pouvoir la plus importante sur notre planète : celle de président des Etats-Unis d' Amérique. Un juif peut être élu maire d'Amsterdam, en Hollande comme chacun sait « antisémite », ou être nommé ministre dans l' « antisémite » Grande-Bretagne, devenir un intellectuel de grand renom en ce pays « antisémite » que serait la France, président de cette « antisémite » de Confédération helvétique, é diteur en chef d'un grand quotidien du Danemark « antisémite » ou magnat industriel dans la très « antisémite » Russie. L'Allemagne « antisémite » est ce pays qui a donné récemment trois sous-marins nucléaires à Israël, la France « antisémite » a laissé proliférer sa technologie nucléaire vers Israël afin que celui-ci dispose de ses armes de destruction massive, et l' Europe « antisémite » accueille Israël en son sein, exemple unique de pays non européen admis à concourir dans tous les domaines : des ligues de football et de basket-ball jusqu'au concours de chant Eurovision. Mentionnons que cette même Europe « antisémite » accorde aux universités israéliennes un statut spécial en matière de fonds de recherche scientifique. « Le recours incessant aux accusations fallacieuses d'antisémitisme est un procédé moralement méprisable », dit Ron HaCohen. « Ceux qui abusent de ce tabou afin de soutenir la politique raciste et génocidaire d'Israël à l'encontre des Palestiniens ne font rien moins que désacraliser la mémoire des victimes juives, dont la mort n'acquiert une signification que dans la mesure où elle peut servir d'avertissement éternel adressé aux Hommes contre toutes les formes de discrimination, de racisme et de génocide. » [voir l'article de Ran HaCohen : « Abusing « anti-semitism », (L'abus de l'accusation d' « antisémitisme »), 29.09.2003. Certains articles de cet auteur peuvent être consultés en ligne sur : http://www.antiwar.com]. Si ma contribution ne doit servir qu'à une seule chose, j'espère que ce sera à la création d'un espace de réflexion, pour ces personnes qui sont horrifiées par les exactions d'Israël, mais qui sont comme empêchées de condamner le sionisme, pour la simple raison qu'elles ne veulent pas être qualifiées d'« antisémites ». Ce que je viens de dire signifie-t-il que j'écarte toute possibilité d'une renaissance de l'antisémitisme ? Non. Ce n'est hélas pas le cas. L'histoire montre que l'antisémitisme connaît des étiages et des crues, et qu'il peut par conséquent revenir. Le temps qui m'est imparti ne me permet pas d' explorer cette histoire de l'antisémitisme avec le minimum requis de profondeur ; laissez-moi vous recommander la lecture de deux ouvrages : La Question juive, d'Abram Léon, et Les Origines du totalitarisme, d'Hannah Arendt (en particulier, la première partie de ce dernier ouvrage, consacrée à l' « antisémitisme »). Pour l'instant, je me contenterai de signaler que l 'antisémitisme (ou plus exactement l'animosité anti-juive) ne plonge ses racines ni dans la nature humaine, ni dans la théologie chrétienne : il est le produit de relations sociales, y compris la concentration des juifs dans le secteur du commerce, dans des sociétés culturellement non mercantiles. La typologie professionnelle particulière des juifs européens a conduit certains membres des classes dépossédées, dans la population non-juive, à diriger leur agressivité contre les juifs, en tant qu'agents visibles de l' oppression. « L'antisémitisme. », a pu dire le penseur socialiste allemand August Bebel, au dix-neuvième siècle, «. c'est le socialisme des imbéciles ». L'antisémitisme n'est pas inaccessible aux explicitations historiques (comme tendrait à le faire croire un terme tel « L'Holocauste », qui fait sortir l'antisémitisme de l'histoire et le resitue dans la catégorie des phénomènes - en l'occurrence, des cataclysmes - naturels). Mais, bien entendu, les juifs ne peuvent pas, à eux seuls, déterminer la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient. Pas plus que les Cubains réfugiés en Floride ne peuvent, à eux seuls, déterminer la politique des Etats-Unis dans la région caraïbe. En aucun cas la totalité du soutien organisé à Israël, à l'intérieur du monde politique américain, ne provient des juifs. Mis à part les intérêts impérialistes propres aux Etats-Unis - et il est loisible de se poser la question de savoir si Israël représente plutôt un atout, ou plutôt un boulet, en la matière - Israël jouit du soutien d'une partie, parmi les plus inattendues, de la population américaine. Voyons ce qu'écrivait à ce sujet le quotidien britannique The Guardian, le 28 février 2002 : « A première vue, c'est une scène très habituelle ; une scène comme on peut en voir à Washington DC ou dans toutes les grandes villes américaines, en permanence. Sur l'estrade, un étudiant israélien explique à des milliers de fans que les horreurs connues au cours de l'année écoulée n'ont fait que renforcer la détermination de son peuple. « En dépit des attentats terroristes, ils ne chasseront jamais de notre pays, que Dieu nous a donné », dit-il. Ses propos sont accueillis par une standing ovation et des vivats, des drapeaux israéliens agités et les sonneries des shofars (cornes de bélier servant de trompes traditionnelles juives, NdT). C'est alors que le maire de Jérusalem, Ehud Omert, fait son entrée : dans la salle, le délire monte d'un cran. « Dieu est avec nous. Et vous, aussi, vous êtes avec nous ! » Recrudescence des vivats, des hourras, des lambadas, des drapeaux agités et des coups de shofar. Mais c'est en réalité à quelque chose de très étrange que nous assistons là. Des milliers de personnes célèbrent Israël dans l'immense Convention Center de Washington. Mais rien n'indique que ne serait-ce qu'un seul des participants à cette célébration soit juif. Il s'agit bien, en effet, du rassemblement annuel d'une organisation tout ce qu'il y a de moins juive : la Coalition Chrétienne d'Amérique. » Il n'est pas douteux qu'au printemps dernier, lorsque le président Bush a quelque peu varié dans sa politique moyen-orientale, pour finir par se ranger tout à fait aux positions israéliennes, il a été influencé non pas par le « vote juif », toujours largement surestimé, mais bien par l'opinion des « conservateurs religieux » chrétiens - dénomination que se donnent eux-mêmes de 15 % à 18 % de son électorat. Après que le président américain eut exigé qu'Israël retire ses tanks de la Cisjordanie, en avril dernier, la Maison Blanche a indiqué avoir reçu une centaine de milliers d'e-mails furibards émanant de ces chrétiens conservateurs. Alors, qu'est-ce qui a changé ? Sans doute pas le Livre de la Genèse. Non : la nouveauté, c'est l'émergence d'une doctrine connue sous le nom de « dispensationnalisme ». Elle a été popularisée par les romans du révérend Tim LaHaye et de Jerry Jenkins. Central, dans cette théorie, est le « Ravissement », la seconde venue (sur Terre) du Christ, qui sera le présage de la fin du monde. Le happy end dépend, en l'occurrence, de la conversion des juifs (au christianisme). Et cette conversion, pour aller très vite, ne pourra se produire que si les juifs sont en possession de toutes les terres que Dieu leur a donné en concession perpétuelle. Autrement dit, si ces chrétiens soutiennent les juifs, c'est dans la seule optique de les supprimer. « Oh oui ! » opine Madon Pollard, une charmante dame de Dallas, qui vendait de la cristallerie de Jérusalem décorée main dans le hall de la salle de conférence. « Dieu est souverain. Il fera ce qui lui plaira. Mais, d'après les Ecritures, telles sont les grandes lignes directrices ». Elle se qualifie elle-même de « partisan fervente d'Israël ». La conférence a commencé par une bénédiction enregistrée sur bande video en provenance directe du Bureau Ovale (de la Maison Blanche, NdT). Quelques-uns des Républicains les plus influents, membres du Congrès des Etats-Unis, vinrent s'adresser à l'assemblée. En ce qui concerne Tom DeLay, il y eut même deux interventions. [DeLay est le chef de la majorité de la Chambre des Représentants, c'est sans doute l'homme le plus influent sur Capitol Hill]. « Tout ça, ça vous fatigue, pas vrai ? » cria-t-il au public. « Nooooooon ! », hurla en réponse la foule en délire. « Ah, bon ! Je vois que vous ne vous fatiguez pas lorsqu'il s'agit de soutenir les juifs et Jésus, ça c'est sûr ! » répondit DeLay. Ariel Sharon, le Premier ministre israélien, fut, dit-on, accueilli « comme une star du rock » par les chrétiens évangélistes, le mois dernier, à Jérusalem. A Washington, Pat Robertson succède à DeLay. Robertson est le fondateur de la coalition, il est parfois candidat et il est l'incarnation du télévangéliste américain à succès. Il cite l'histoire de Josué et de David afin de prouver qu'Israël possédait Jérusalem « bien avant que quiconque ait entendu parler d'un certain Mahomet. » Voilà : ce sont ces gens contre lesquels mon grand-père m'avait mis en garde. Il s'agit de ces gens qui veulent bannir Darwin de l'école, envoyer dans des camps les gens qui ont des relations sexuelles avec des personnes du même sexe, et les « antisemeets » (comme disait mon pépé), alors qu' eux-mêmes haïssent les juifs jusqu'à la moelle. Oussama Ben Laden ne disait rien d'autre que la vérité lorsqu'il affirmait que le monde musulman était confronté à une alliance conclue entre les sionistes et les Croisés. Avant de passer à des propositions de solution, je souhaite examiner l'état actuel du mouvement israélien de la paix. Comme chacun sait, il existe des forces, à l'intérieur d'Israël, qui s'opposent au gouvernement israélien aujourd'hui en place. Certaines de ces personnes, en particulier les soldats qui refusent de servir dans ce qu'ils appellent « les territoires occupés », ou encore qui refusent de perpétrer des atrocités telles que le bombardement de civils, et les gens qui les soutiennent et les encouragent, sont des personnes d'un courage exemplaire. Néanmoins, tous, à une notable exception près (j'y reviendrai.) sont handicapés, et rendus inefficients, à long terme, par leur acceptation du précepte fondamental du sionisme, à savoir : la « légitimité » de l'Etat juif. « La terre contre la paix », cela implique la partition permanente de la Palestine. C'est sous la direction du parti Travailliste, auquel l'ensemble de l'opposition, en Israël, est peu ou prou rattaché, que la dépossession initiale et l'exclusion du peuple palestinien de sa patrie se sont produites, et que l'expansion israélienne à l'intérieur de la Cisjordanie, de la bande de Gaza et des hauts plateaux du Golan a été menée à « bien ». L'Histoire a montré - en Irlande, en Inde, et partout ailleurs où elle a été expérimentée - que la partition d'un territoire en suivant des lignes de partage qualifiées de « raciales » ou de « religieuses » est une garantie de guerre permanente. On peut comprendre que certains Palestiniens, soumis à la torture depuis plus de deux générations, ont accepté à contrecoeur, en lieu et place de la justice, un Etat palestinien établi sur moins d'un quart de leur patrie historique. Mais ils font une grave erreur. Un tel Etat, s'il est jamais créé, sera un bantoustan, une réserve, où ils n 'auront, pour tout attribut d'une nation libre, qu'un drapeau, des timbres-poste et un hymne national. En ce qui me concerne, je ne suis pas plus un sioniste palestinien qu'un sioniste juif ! Partant, quelle est la solution que je propose ? Je propose une solution simple, et raisonnable : à l'intérieur de la Palestine historique, dans la zone géographique s'étendant entre la Méditerranée et le Jourdain, vivent dix millions de personnes. Je propose que, sur cette zone géographique, un unique Etat soit établi, dans lequel toute personne déclarant son intention d'y vivre et d'en adopter la citoyenneté en sera reconnue citoyen(ne) et disposera d'un vote. Je propose que les avantages spéciaux accordés aux juifs prennent fin, que les Palestiniens qui furent chassés de chez eux et contraints à l'exil après 1948, ainsi que leurs descendants, se voient garantir le droit à y vivre, et que l'Etat prenne toutes les mesures pratiques le leur permettant, en construisant des logements et en leur donnant le droit de les louer ou de les acquérir, si nécessaire en leur apportant une aide financière, afin de les y aider. Je propose aussi que l' hébreu et l'arabe soient déclarés langues officielles de cet Etat : ils se |