Ibrahim Dindar s'entête dans sa logique
populiste et xénophobe
Comme l'a titré le Journal de l'ïle de la Réunion
du 28 octobre dernier, Ibrahim Dindar persiste et signe. "J'ai
commencé par l'extrême, j'ai eu tort", reconnaît
M. Dindar, qui évoque avec le sourire, sans le nommer, l'épisode
de la manifestation et de la chemise déchirée. Mais
sur le fond, il ne change pas d'avis : il veut une immigration choisie,
car "on n'est pas racistes, on anticipe sur les réactions
de xénophobie". Les propos extrémistes de cet élu
local consistant à instaurer des tests ADN envers les femmes
accouchant à Mayotte avaient suscité une vive protestation
de la communauté comorienne (Grande Comores, Anjouan, Mayotte
et Mohéli) vivant à la Réunion. Face à
l'ampleur de la colère, ce politicien qui chasse sans le moindre
scrupule sur les terres du Front national était contraint de
présenter des excuses publiques à la communauté
comorienne à la fin du mois de septembre 2005. En reprenant
aujourd'hui son offensive xénophobe, il dévoile au grand
jour son hypocrisie et une haine inexpliquée à l'encontre
d'une communauté qui constitue l'une des composants de la société
réunionnaise. Il reprend de manière mécanique
le discours de Nicolas Sarkozy concernant l'instauration d'une "immigration
choisie et non subie". Quelle misère intellectuelle, quelle
pauvreté dans l'analyse politique ! Faisant preuve d'une mauvaise
foi indescriptible, il parle des dangers d'un prétendu flux
migratoire des comoriens à la Réunion. Ce qui est archi-faux.
La quasi totalité des Comoriens vivant à la Réunion
dispose soit la nationalité française ou d'un titre
de séjour régulier délivré par la préfecture.
Par ailleurs, les Comoriens éprouvent toute la peine du monde
à obtenir un visa pour venir à la Réunion compte
tenu de la politique restrictive pratiquée par l'ambassade
de France aux Comores. L'arrivée massive de Comoriens ayant
des faux papiers à la Réunion relève d'un pur
mensonge d'un piètre politicien en mal d'imagination politique.
D'ailleurs, ses affirmations mensongères ont été
contredites par Nicolas Sarkozy. En effet, au cours d'une interview
accordée à nos confrères du Monde en date du
25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy a affirmé que "la situation
de l'immigration est bonne à la Réunion". Le nombre
global d'immigrés clandestins à la Réunion est
estimé par la préfecture entre 600 et 700. Ce qui est
tout à fait insignifiant quand on sait que la population de
la Réunion s'élève à 700 000 habitants.
Il existe certes un flux d'arrivée à la Réunion.
Il concerne nos compatriotes originaires de Mayotte. Mais ce flux
est tout à fait légal car les personnes qui viennent
à la Réunion disposent de la nationalité française.
Dans une tribune publiée le 26 octobre 2005 par le site du
Nouvel Observateur et évoquant les problèmes de l'immigration,
Jacques Chirac affirme : "Ce qui se passe résulte de l'écart
croissant et de plus en plus choquant entre pays riches et pays pauvres,
car ceux qui partent resteraient chez eux s'ils y trouvaient des conditions
de vie décentes. C'est pourquoi, à l'initiative de la
France, l'Europe augmente considérablement son aide au développement.
Elle doit maintenant élaborer, avec les pays d'Afrique subsaharienne
et du Maghreb, une approche concertée, dans un esprit de responsabilité
partagée". Des propos à méditer par M. Dindar
qui soutient des positions simplistes et s'entête dans un discours
populiste et xénophobe.
Source : Comores Infos, 16 novembre 2005
Dossier "Droit du sol-droit du sang"
Tempête à La Réunion
La remise en cause du droit du sol par le ministre français
des Colonies François Baroin, dans une interview au Figaro
le 17 septembre dernier, a allumé le feu. Le 23 septembre,
c'est Ibrahim David Dindar qui a jeté de l'huile sur ce feu
en proposant que des tests ADN soient effectués avant l'octroi
de la nationalité française aux enfants de mère
comorienne nés à Mayotte. Dindar, président de
l'UCL (Union centriste et libérale) et vice-président
du Conseil général de La Réunion, a du s'excuser
pour ses propos proprement racistes lorsqu'il s'est retrouvé
pris à partie par 200 manifestants dans le hall du Conseil
général de Saint-Denis le 27 septembre. La présence
et le statut des immigrés soulève une véritable
tempête aussi bien à Mayotte qu'à La Réunion.
À Mayotte, les immigrés viennent des Comores. À
La Réunion, les immigrés les plus stigmatisés
sont de fait les Mahorais (originaires de Mayotte), bien moins intégrés
que les Comoriens et les Malgaches. La Réunion, terre de métissage,
semble saisie par le virus raciste : on voit fleurir aux quatre coins
de l'île un graffiti : « Comores déor » ("Comoriens
dehors"). Nous documentons cette situation.
Lire
La peur de l'autre : une étude de l'Observatoire du développement
de La Réunion
Les Mahorais dans la précarité à La Réunion
: Trois questions à Attila Cheyssial
Appel du collectif pour la défense de l'unité et de
l'intégrité territoriale des Comores
Réaction du Culte musulman de La Réunion
Manifestation contre le racisme : leçon de dignité
Sudel Fuma, historien : Attention... dérive extrémiste
La peur de l'autre : une étude de l'Observatoire
du développement de La Réunion
par Amélie Amilhau, Clicanoo, le journal de l'île de
La Réunion, 6 octobre 2005
Ils sont ces derniers jours sous les feux de l'actualité après
les déclarations fracassantes du ministre de l'Outre-Mer François
Baroin et du vice-président du conseil général,
Ibrahim Dindar. Accusés de venir "piquer les allocations"
aux Réunionnais les plus démunis, ces populations pourtant
françaises rencontrent des difficultés de plus en plus
grandes à s'intégrer et font face à un racisme
croissant. Une enquête de l'Observatoire du développement
de la Réunion fait enfin le point sur leurs difficultés
et leur situation ultra-précaire.
On l'attendait depuis longtemps. Loin de tout esprit partisan, une
enquête réalisée par l'ODR (Observatoire du développement
de la Réunion) et le Credoc (Centre de recherche pour l'étude
et l'observation des conditions de vie) donne enfin un premier aperçu
de qui sont ces Mahorais qui migrent chaque année vers la Réunion.
Cette étude réalisée pendant 10 mois en interrogeant
un millier de familles à la demande du conseil général
et de la DDE (Direction départementale de l'équipement)
met surtout au jour les conditions difficiles dans lesquelles ces
populations arrivent puis vivent à la Réunion. Un constat
édifiant et qui balaie surtout d'un revers de la main pas mal
de préjugés et de contre-vérités. Premier
constat, la majorité de ces migrants qui choisissent de tout
laisser derrière eux pour rejoindre "l'Eldorado"
réunionnais le font contraints et forcés par une situation
économique et sociale souvent intenable. La plupart sont des
femmes seules avec enfants (plus de 3 marmailles dans 65% des cas),
dont la mobilité est "le résultat de situations
matrimoniales complexes", souvent de divorces ou de veuvage.
"La pauvreté et l'espoir de bénéficier d'aides
sociales plus importantes que dans les territoires d'origine",
est la première motivation du grand départ pour 57%
des Mahorais. Vient juste après l'espoir d'une meilleure scolarité
pour les enfants "la Réunion offrant dans ce domaine des
conditions beaucoup plus favorables", selon l'enquête.
Insultes racistes, menaces...
C'est ainsi, avec beaucoup d'espoir, que des milliers de Mahorais
traversent l'océan Indien chaque année vers la Réunion,
en toute régularité puisqu'ils sont Français.
Las, leur arrivée dans l'île est généralement
extrêmement difficile et bon nombre d'entre eux trouve ici une
misère encore plus grande que celle qu'ils avaient laissée
derrière eux. Premier choc pour ces exilés, l'accueil
froid quand il n'est pas carrément hostile qui leur est réservé.
"Ces migrants de l'océan Indien ne sont pas toujours accueillis
favorablement par la société réunionnaise, principalement
dans sa composante la plus défavorisée qui peut entrer
en compétition avec les nouveaux venus dans les échelles
d'urgence de l'intervention sociale", alertent les auteurs de
l'étude. Plus de la moitié de ces migrants jugent ainsi
que les Réunionnais sont "peu accueillants ou hostiles"
à leur égard. "La confrontation à des manifestations
agressives n'est pas rare. Elle prend surtout la forme d'insultes
racistes et, secondairement, de menaces", établit l'enquête.
Première difficulté, celle du logement. Plus de la moitié
de ces populations vivent dans des habitations en mauvais ou très
mauvais état. Loin de tout fantasme de populations qui auraient
de grosses économies cachées sous leurs matelas, l'étude
appuie aussi sur la grande précarité économique
de ces migrants. La très grande majorité n'a pas d'emploi
et ne survit que grâce aux allocations familiales et aux minima
sociaux. 93% des familles mahoraises reçoivent ainsi des allocations
et 72% touchent le RMI ou le RSO. Une minorité réussit
à trouver du travail (11,5%) à cause, entre autres,
d'un faible bagage professionnel et d'une maîtrise de la langue
souvent aléatoire. Résultat, 80% des Mahorais ressentent
leur arrivée à la Réunion, comme une épreuve
et plus de la moitié ne sont pas satisfaits de leurs conditions
de vie dans l'île. Ils choisissent pourtant d'y rester. Pas
par plaisir mais parce qu'ils n'ont pas le choix.
Française depuis 164 ans
Quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, Mayotte est française
depuis 1841, soit depuis 164 ans. Plus française que le comté
de Nice ou que la Savoie. C'est à cette date que le sultan
Andriasouli, qui était en but aux attaques des pirates des
autres îles de l'archipel, profita du passage du commandant
Passot qui venait ravitailler pour lui vendre l'île. Installés
à Mayotte, les Français profitèrent, durant les
années 1868/1870, de l'occasion pour "conquérir"
l'archipel avant de jeter leur dévolu sur Madagascar en 1895.
Durant de nombreuses années, l'archipel resta sous la dépendance
de la Grande Île. En 1960, Madagascar acquit son indépendance.
Un fort mouvement indépendantiste montait aussi dans les quatre
îles. En 1974, l'État français organisa un référendum.
Si, Mohéli, Grande Comore et Anjouan votèrent pour l'indépendance,
Mayotte vota à une grande majorité pour rester française.
Choix qui fut confirmé par un autre vote, un an plus tard.
Les trois îles s¦urs prirent leurs responsabilités
avec les déboires que l'on connaît. En 2000, les Mahorais
ont de nouveau voté afin de déterminer s'ils voulaient
que l'île demeure un territoire d'outremer ou devienne un département
comme la Réunion. Avec plus de 85%, le résultat fut
sans appel et Mayotte prit le chemin de la départementalisation
qui devrait être effective en 2010.
Les Comoriens à part
Certains les mettent dans le même sac que les Mahorais, les
regroupant sous le terme commun et réducteur de "Comores".
Pourtant, les Comoriens obéissent à des problématiques
très différentes de celles de leurs voisins de l'Archipel
de la lune, selon l'enquête de l'ODR. Ils ne représentent
qu'une partie très infime des migrants qui viennent à
la Réunion, bien loin des Malgaches et des Mahorais. Alors
que bon nombre de Mahorais sont arrivés ces dernières
années dans l'île, la migration de Comoriens est beaucoup
plus ancienne (65% arrivés il y a plus de 10 ans). Résultat,
ils sont beaucoup mieux intégrés, ont plus facilement
accès aux logements sociaux et rencontrent moins de difficultés
à trouver du travail.
Les Mahorais dans la précarité
à La Réunion : Trois questions à Attila Cheyssial
propos recueillis par par Amélie Amilhau, Clicanoo, le journal
de l'île de La Réunion, 6 octobre 2005
Architecte et sociologue, Attila Cheyssial travaille sur les conditions
d'hébergement des populations migrantes. Pour lui, il y a urgence
: des milliers de Mahorais vivent dans des conditions extrêmement
précaires et il est temps que les politiques prennent la dimension
du problème.
Dans quelles conditions sont logés les Mahorais qui migrent
à la Réunion ?
Une partie d'entre eux vit dans des logements sociaux ou dans des
immeubles pas très bien entretenus mais qui passent encore.
Mais la majorité n'a d'autre choix que d'habiter des immeubles
très insalubres ou carrément dans des bidonvilles. Elle
y vit dans les pires conditions que l'on puisse imaginer. Ces populations
s'entassent dans des genres de cabanons extrêmement petits,
sans eau chaude, souvent sans électricité et où
l'hygiène est au plus bas. Des marchands de sommeil ont très
bien compris comment se faire de l'argent avec ces personnes démunies
et divisent en plusieurs logements minuscules des habitats déjà
insalubres. On ne peut pas accepter d'accueillir des gens dans des
conditions pareilles.
Pourquoi ces familles n'accèdent pas plus facilement aux logements
sociaux ?
Certaines y parviennent mais le marché du logement social est
totalement saturé et il est de plus en plus difficile d'y trouver
une place. C'est d'autant plus compliqué pour les familles
mahoraises qu'elles ont en général beaucoup d'enfants
et que l'on trouve de moins en moins d'appartements de grandes tailles
qui pourraient leur convenir dans les logements sociaux. Mais il est
clair aussi que ces familles sont loin d'être prioritaires dans
l'attribution de ces appartements. Quand des dossiers de Mahorais
passent, c'est en général parce qu'on est dans une situation
d'urgence absolue. Les bailleurs sociaux ne courent pas après
cette clientèle car ils pensent qu'elles risquent de créer
des problèmes de voisinage, peut-être à raison.
Ils craignent que les cages d'escalier soient désertées
par les autres communautés s'il y a des Mahorais. Et puis,
ils reçoivent des pressions des communes qui ne veulent pas
pérenniser ces présences dans leurs communes.
Justement, quelle est l'attitude des politiques face à toutes
ces difficultés que rencontrent ces migrants ?
Ils se voilent les yeux et cherchent à nier la situation plutôt
que de la traiter. Comme ça les embarrasse beaucoup, ils préfèrent
ne rien faire. Résultat, la majorité des élus
ne font quasiment rien pour régler le grave problème
d'habitat que rencontrent ces populations. Il y a un peu l'idée
que si on leur donne de trop bonnes conditions de vie, ces populations
vont rester à la Réunion et que d'autres migrants vont
être à leur tour attirés. Ce sont des personnes
qui ne sont pas désirées de façon semblable à
ce que rencontrent les gens du voyage en métropole. Or, ils
sont Français et ont le droit à ce titre aux mêmes
droits que n'importe qui. Ce n'est pas acceptable qu'on les laisse
vivre dans des telles situations de précarité et d'insalubrité.
Dans beaucoup de cas, on se retrouve en situation d'urgence véritable.
Appel du collectif pour la défense de
l'unité et de l'intégrité territoriale des Comores
LES propos tenus par Monsieur François Baroin, ministre des
DOM-TOM, remettant en cause la notion du "droit du sol"
dans certaines collectivités d'Outre-mer - Guyane, Guadeloupe,
Martinique, Mayotte et La Réunion ont suscité un véritable
tollé en France métropolitaine et à La Réunion.
Depuis 1804, le Code Civil, consacrant la force du droit du sol, a
institué la possibilité pour tout étranger né
en France d'obtenir la nationalité française à
sa majorité. À travers l'Histoire de la République,
le droit du sol a maintes fois été confirmé comme
constituant l'un des piliers essentiels de la République française.
Remettre en cause ce principe en instituant une exception pour certaines
collectivités de l'Outre-mer est une dérive dangereuse.
En effet, si le droit du sol n'avait pas été la règle,
seule une minorité de Réunionnais dont les ancêtres
sont originaires de l'Hexagone pourrait se prévaloir aujourd'hui
de la qualité de citoyen de la République. L'égalité
devant la loi est inscrite dans la Constitution, elle s'applique donc
sur tout le territoire de la République.
Nous tenons, par ailleurs, à relever que le problème
dit de l' "immigration comorienne" à Mayotte est
une conséquence directe de la décolonisation bâclée
et inachevée des Comores. Si la France n'avait pas en 1975
détaché Mayotte de son ensemble géographique
et historique, ce problème n'aurait jamais existé. Ce
problème des flux migratoires entre Mayotte et ses îles
s¦urs est une question complexe qui ne peut pas être
réglée par des mesures arbitraires, démagogiques
et populistes. À l'instar du MRAP, de la Ligue des Droits de
l'Homme, de SOS RACISME et de la LICRA, le Collectif désapprouve
totalement les propos de M. Baroin qui cherche manifestement pour
des raisons électoralistes à marcher sur les plates
bandes du Front National.
Le Collectif tient à remercier chaleureusement les élus
et organisations démocratiques de La Réunion qui ont
désapprouvé publiquement les propos de M. Baroin. Nous
tenons cependant à condamner de la manière la plus sévère
les prises de positions de certains élus réunionnais
et notamment celles de M. Ibrahim Dindar publiées par "le
Quotidien de la Réunion" dans son édition du 23
septembre 2005. Reprenant la rhétorique du Front National,
M.Ibrahim Dindar pousse le ridicule jusqu'à proposer la mise
en place des tests ADN avant l'octroi de la nationalité française
pour les enfants nés à Mayotte. Si c'est le droit du
sang qui prévalait en France, M. Dindar n'aurait pas aujourd'hui
la nationalité française car il est le fils de parents
immigrés ; ce qui prouve l'absurdité de ses propos.
La communauté comorienne de La Réunion a été
profondément blessée par les propos haineux et scandaleux
de M. Ibrahim Dindar qui vise à rendre les Comoriens responsables
de tous les maux dont souffre La Réunion et notamment en matière
de logement. Compte tenu de cette agression gratuite et injustifiée,
le Collectif lance un vibrant et solennel appel à tous les
français originaires de l'archipel des Comores (Grande Comore,
Anjouan, Mayotte et Mohéli) ainsi que tous les démocrates
de La Réunion qui ont été touchés par
ces propos irresponsables à se mobiliser afin de sanctionner
M. Ibrahim Dindar lors du renouvellement de ses mandats politiques.
Le Collectif appelle tous les hommes éprix de paix, de liberté
et de justice à se rassembler afin de rejeter le racisme et
la xénophobie ainsi que toutes les thèses extrémistes
consistant à pointer du doigt une des communautés vivant
à la Réunion et à préserver le respect
et la tolérance entre toutes les communautés vivant
dans l'île ainsi que la cohésion de la société
réunionnaise.
Le Bureau du Collectif
Source : Témoignages, 27 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11046
Réaction du Culte musulman de La Réunion
Voici un communiqué du Culte musulman de La Réunion,
sous la signature de son vice-président Houssen Amode, concernant
les déclarations de François Baroin sur la suppression
du droit du sol en matière d'acquisition de la nationalité
pour certaines régions outre-mer.
"Les déclarations de Monsieur le ministre François
Baroin relatives à la suppression du droit du sol en matière
d'acquisition de la nationalité pour certaines régions
outre-mer ont trouvé un large écho à La Réunion
concernée par une immigration sensible de populations originaires
de Mayotte, des Comores et de Madagascar.
La polémique alimentée localement par les prises de
position politiques, voire par des propos qui auront pu choquer, tels
ceux relatifs à la proposition d'utilisation de tests ADN,
est révélatrice de l'acuité du problème
dans une île confrontée à de graves problèmes
économiques et sociaux, et où la cohésion de
la population reste fragile.
Cette réalité n'aurait-elle pas dû conduire tous
ceux qui sont légitimement intervenus en raison de leurs fonctions
et de leurs missions (ministres du gouvernement, élus politiques
et autorités morales) à aborder la question avec retenue
et sagesse ?
Il ne nous semble pas que la nécessaire recherche de solutions,
qu'elles soient administratives ou de co-développement, puisse
s'accomoder d'outrances ou de maladresses qui sont plus de nature
à réveiller les mauvais instincts qu'à éveiller
les consciences.
Les Réunionnais d'origines et de cultures diverses témoignent
au quotidien de leur capacité de vivre ensemble. Leur formidable
générosité n'est d'ailleurs plus à démontrer
si l'on se réfère aux multiples actions caritatives
diligentées dans la zone océan Indien et à leurs
manifestations de solidarité à l'occasion de catastrophes
naturelles comme le tsunami.
Stigmatiser et risquer ainsi de jeter en pâture des hommes et
des femmes dont le seul crime serait de fuir la misère, et
qui restent par ailleurs les moins biens lotis, nous apparaît
ainsi inacceptable dans une société qui s'enorgueillit
d'être religieuse, de respecter les valeurs républicaines
et d'appartenir au pays des droits de l'Homme."
Source : Témoignages, 28 septembre 2005
Manifestation contre le racisme : leçon
de dignité
Ibrahim David Dindar, président de l'UCL (Union centriste et
libérale) et vice-président du Conseil général
de La Réunion, a été pris à partie hier
matin (mardi 27 septembre) dans le hall du Conseil général
à Saint-Denis par des manifestants. Pour arrêter les
trafics supposés de paternité, il avait proposé
que des tests ADN soient pratiqués sur les enfants nés
de mère comorienne et de père réunionnais ou
mahorais. Ibrahim Dindar a publiquement demandé pardon à
ceux que ses propos auraient "heurtés" ou "blessés".UMAINS
"Jamais, je le jure, je n'ai voulu blesser ou offenser qui que
ce soit. Je n'ai fait qu'émettre une proposition. Elle devait
être mauvaise puisqu'elle vous a choqué. Je vous présente
publiquement mes excuses. Je vous demande pardon". Debout sur
une chaise dans le hall du Conseil général, Ibrahim
Dindar fait face à quelque 200 manifestants. "C'est bon"
lui répondent ces derniers. "Il a fallu lutter pour que
ces excuses sortent de sa bouche, mais il a fini par les formuler",
ajoute l'un des manifestants. C'est la fin d'une matinée de
tension générée par les propos tenus par Ibrahim
Dindar en fin de semaine dernière. Il avait proposé
que des tests ADN soient pratiqués sur les enfants nés
de mère comorienne à Mayotte ou à La Réunion
afin de prouver leur paternité française et d'endiguer
"les flux d'immigration clandestine". Ibrahim Dindar affirme
en effet qu'il existe un trafic de paternité à La Réunion
ou à Mayotte. Selon lui, des mères de familles comoriennes
viennent accoucher dans l'une de ces 2 îles et demandent à
des pères fictifs, Réunionnais ou Mahorais, de reconnaître
leurs enfants qui sont ainsi Français par droit du sol et droit
du sang.
À La Réunion, terre de métissage et d'accueil,
ces déclarations ont immédiatement soulevé un
très vif émoi. Au sein des communautés mahoraise
et comorienne bien-sûr, mais également chez bon nombre
de Réunionnais. D'où l'appel à manifester lancé
pour ce mardi matin par plusieurs associations comoriennes, mahoraises,
de défense des droits de l'Homme et de lutte contre le racisme
et la xénophobie. 200 personnes, de toutes origines, y ont
répondu. Il y avait des personnalités et des anonymes,
certains avec des gants et des seringues. "Nous allons dire à
M. Dindar que nous sommes d'accord pour qu'on nous fasse des tests
ADN, mais nous voulons lui en faire un à lui aussi pour savoir
s'il a du sang de Le Pen dans les veines", ironisait le danseur
Ismaël Aboudou.
"Que pour masquer leurs responsabilités, des hommes politiques
stigmatisent une frange de la population réunionnaise pour
lui faire porter le poids du manque de logements sociaux ou d'emploi,
n'est pas acceptable. C'est du racisme à l'état pur,
c'est intolérable", soulignait la sénatrice communiste
Gélita Hoarau, présente à la manifestation. "À
La Réunion, nous avons tous été des étrangers.
Tenir de tels propos est effrayant. C'est une insulte à notre
peuple et à notre histoire. Ce n'est pas un dérapage
de langage, c'est beaucoup plus profond que cela", commentait
Sudel Fuma, conseiller municipal de l'opposition à Saint-Denis.
"Protester contre ce genre de comportements et de déclarations
est un devoir citoyen, car cela peut donner lieu à toutes les
dérives. Il faut tout de suite arrêter la spirale infernale",
notait pour sa part Élie Hoarau, secrétaire général
du Parti communiste réunionnais. "Les paroles d'Ibrahim
Dindar sont blessantes. Pour ma part, je me sens à la fois
Français, Réunionnais et Comorien, c'est pour cela que
je ne peux pas accepter les propos de M. Dindar, pour moi c'est du
racisme", affirmait Mulot Verkis, membre de l'association Pass'Port
au Port.
Bousculade
AUX cris de "Dindar démission", "Dindar raciste",
les manifestants se sont dirigés du Jardin de l'État
au Conseil général. Ils ont demandé à
rencontrer Ibrahim Dindar. Ce dernier était absent, mais il
faisait prévenir qu'il arrivait. "Nous attendrons jusqu'à
minuit s'il le faut", lançait un manifestant. Puis la
foule se mettait à réciter des versets du Coran. "Ce
sont des prières que l'on dit dans les veillées mortuaires,
car ce qu'a dit Ibrahim Dindar c'est la mort de la démocratie",
expliquait un jeune homme.
Le vice-président du Conseil général arrivait
quelques instants plus tard. La bousculade était immédiate.
Les invectives "raciste" ou encore "Le Pen" fusaient
dans la foule. Ibrahim Dindar disait à Saïd Larifou et
Samuel Mouen, 2 des organisateurs, qu'il était prêt à
rencontrer une délégation. "Non, vous vous êtes
adressé à tout le monde lorsque vous avez demandé
les tests ADN, c'est devant tout le monde que vous devez vous expliquer",
répliquaient les manifestants. "Je ne peux pas discuter
dans ces conditions, c'est un lynchage", lâchait alors
Ibrahim Dindar, visiblement énervé avant de tenter de
forcer le barrage de la foule.
Une brève bousculade s'en suivra. Protégé par
les organisateurs, l'élu finira par sortir de la foule, la
chemise déchirée par des manifestants qui voulaient
le retenir dans le hall.
Les esprits se sont ensuite calmés et une délégation
a finalement rencontré Ibrahim Dindar dans une salle de réunion.
Passées les premières minutes de tension, la discussion
a pu s'engager. "Vous êtes bien placé pour savoir
que dans la religion musulmane, les valeurs de fraternité sont
très fortes. Les propos que vous avez tenus sont insultants
et injustes, et si nous laissons couler l'injustice lorsqu'elle vient
de la rue, nous ne pouvons l'accepter d'un élu de la République.
Nous sommes là pour vous demander de vous expliquer sur les
tests ADN que vous proposez, car nous ne savons pas ce que vous êtes
capable de réclamer demain", disait Mohamed Maoihibou,
président de la Maison de Mayotte. "Je ne suis pas raciste.
Je voulais seulement lutter contre l'immigration clandestine pour
ne pas ajouter la misère comorienne à la misère
de La Réunion ou de Mayotte et accentuer ainsi les comportements
vexatoires envers les gens de vos communautés", disait
Ibrahim Dindar. "Si la proposition de tests ADN vous a choqué,
c'est sans doute qu'elle n'est pas bonne, mais pour moi, c'était
un moyen de lutter contre le trafic de paternité, ce n'était
pas du racisme", ajoutait-il.
Après plus d'une heure de discussion, Ibrahim Dindar a finalement
accepté de faire des excuses publiques à la communauté
comorienne et mahoraise.
Ibrahim Dindar s'enfonce
Ibrahim Dindar a tenu à apporter des précisions sur
ses précédentes déclarations concernant l'immigration
comorienne. Il a expliqué qu'il demandait que l'on soumette
à un test ADN tous les Mahorais qui délivrent des certificats
de complaisance aux femmes anjouanaises venant accoucher à
Mayotte, afin que leur progéniture bénéficie
de la nationalité française. Il a qualifié ces
hommes d'"escrocs".
Si c'est bien cela qu'il a voulu dire, une première question
se pose : de quoi se mêle-t-il ? Au nom de quoi peut-il s'interférer
dans un problème anjouano-mahorais ? De quel droit peut-il
dire - et ce de manière assez péremptoire - aux Mahorais
ce qu'il faut faire en la circonstance ? Il y a de sa part une grande
dose d'arrogance qui, en elle-même, est déjà condamnable.
Ibrahim Dindar persiste et signe sur un point : il continue à
jeter la vindicte sur la majorité des Mahorais en les considérant
comme des escrocs actifs ou potentiels ou, comme il le dit des "vendeurs
de nationalité".
Il n'en reste pas moins que dans ces premières déclarations,
le vice-président ne s'en prenait pas seulement à des
hommes accusés de complaisance : il mettait en cause les immigrés
arrivant à Mayotte et à La Réunion. Il accusait
ces derniers de venir peser sur le marché du logement social
et de chercher à détruire la culture réunionnaise.
Dans les précisions qu'il a apportées avant-hier, Ibrahim
Dindar n'a pas démenti avoir tenu un tel discours. Dont acte.
Sources : témoignages, 28 septembre 2005
Sudel Fuma, historien : Attention... dérive
extrémiste
Dans un entretien à "Témoignages", Sudel Fuma
estime que la remise en cause du droit du sol relève "d'une
pure stratégique politique - liée à une méconnaissance
totale de l'histoire de la zone océan Indien".
TS HUMAINS
Que se serait-il passé en 1848 si l'on n'avait pas, de fait,
appliqué la reconnaissance du droit du sol aux affranchis ?
Et après 1848 ?
Sudel Fuma : Si en 1848, le droit du sol n'avait pas été
mis en application de fait et de droit, les 62.000 réunionnais
esclaves accédant à la liberté, n'auraient pas
été reconnus comme citoyen de la République,
ce qui veut dire que plus de la moitié des Réunionnais
d'aujourd'hui n'aurait pas été des français.
C'est dire l'importance de ce droit dans l'histoire de La Réunion
dès le moment où La France décide de rompre avec
le système inique de l'esclavage.
Après 1848, avec cette fois ci l'application de la loi de 1889,
ce sont tous les descendants de la communauté indienne issue
de la période du servilisme (engagisme) qui bénéficieront
de cette loi à leur majorité. Il faut se rappeler que
tous les Réunionnais dont les ancêtres sont venus de
l'Inde ne sont français que depuis 124 ans ! Le risque, aussi
minime soit-il, existe donc pour que demain des extrémistes
de tous bord contestent le droit de nationalité que certains
considèrent comme un droit acquis !
Pourquoi remettre en question ce droit à la nationalité
alors que d'autres mesures peuvent s'avérer plus efficaces
pour diriger et contrôler les flux migratoires ? Quelles conséquences
voyez-vous à cette remise en cause ?
La remise en cause de ce droit relève selon nous d'une pure
stratégique politique - liée à une méconnaissance
totale de l'histoire de la zone océan indien - destinée
à récupérer les peurs et angoisses d'une population
réunionnaise et mahoraise, confrontées aux problème
de l'immigration et plus particulièrement de l'immigration
clandestine.
Le même débat se pose en France avec autant d'acuité
concernant l'immigration clandestine venue d'Afrique du Nord. Le danger
réside alors dans la surenchère des autorités
politiques élues : pour paraître crédible, on
veut faire mieux que l'autre et on donne dans un registre proche du
fascisme : c'est par exemple la triste histoire des test ADN pour
reconnaître quel enfant né à Mayotte bénéficiera
de la nationalité française. On n'est pas loin de la
France de Vichy.
Y a-t-il une différence entre un enfant mahorais et un enfant
comorien ?
Eh bien non, l'enfant né sur le sol d'un pays n'est pas responsable
de sa naissance et il a droit à la citoyenneté en fonction
du droit du sol... Il se trouve que certains hommes politiques, dont
Ibrahim Dindar, veut le rendre responsable... C'est grave, encore
plus grave dans un pays comme le nôtre qui s'est constitué
par addition d'étrangers...
On pourrait dans ce cas appliquer des tests ADN aux enfants des français
d'origine maghrébine ou autres résidant sur le sol "métropolitain"...
Voilà un bon terrain d'expérience pour un Jean-Marie
Le Pen ou ceux de la droite dite démocratique qui veulent faire
"mieux" que lui...
Source : Témoignages, 29 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11091
Nicolas Sarkozy à La
Réunion, “un modèle pour la France”
Le ministre de l’Intérieur est arrivé hier (jeudi
29 septembre) à La Réunion pour une visite officielle
de deux jours. Faisant allusion à la déclaration de
François Baroin, ministre de l’Outre-mer, sur une possible
réforme du droit du sol, il a déclaré "être
Français ce n’est pas un don du sang mais un don de soi.
On peut naître Français, mais on peut aussi et surtout
le devenir et en le devenant on grandit la France".QUE
"Votre “vivre ensemble” est rare et doit être
un modèle pour la République", a souligné
à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy qui a entamé hier
une visite officielle de deux jours à La Réunion. Le
ministre de l’Intérieur, de l’aménagement
du territoire et des cultes a également estimé "être
Français ce n’est pas un don du sang mais un don de soi.
On peut naître Français, mais on peut aussi et surtout
le devenir et en le devenant on grandit la France".
Le ministre de l’Intérieur, de l’aménagement
du territoire et des cultes s’est exprimé ainsi à
la mairie de Saint-Denis dirigée par le député-maire
UMP, René-Paul Victoria. Sans nommer le ministre de l’Outre-mer,
François Baroin, il faisait allusion à la déclaration
de ce dernier sur une possible réforme du Code de la nationalité,
du Droit du sol notamment, pour lutter contre l’immigration
clandestine comorienne à Mayotte. "Un pays qui a peur
de ses différences est pays qui se momifie et qui décline",
a encore ajouté Nicolas Sarkozy. Interrogé à
son arrivée à l’aéroport tôt dans
la matinée, sur la prise de position du ministre de l’Outre-mer,
il avait déjà noté "je ne pense pas que
François Baroin ait voulu remettre en cause le Code de la nationalité.
Il s’est interrogé sur la possibilité d’adapter
notre législation aux réalités de ce territoire
(Mayotte - ndlr). On peut poser des questions, on peut réfléchir,
pour le reste, on verra".
À la mairie, il a précisé que pour lui "l’immigration
zéro n’a aucun sens, pas plus que l’immigration
sans entrave". Il s’est déclaré pour une
"immigration choisie destinée à tourner le dos
au laxisme des uns et à la xénophobie des autres. C’est
parce que la France doit être ouverte et généreuse
qu’elle doit être exigeante avec ceux qu’elle accueille
en son sein".
Visite de la mosquée
LE ministre de l’Intérieur reviendra sur le thème
de l’immigration lors de sa visite à la mosquée
dionysienne Noor-E-Islam (la lumière de l’Islam) qui
fête son centenaire cette année. Mais cette fois, c’était
pour mettre en exergue la diversité du peuple réunionnais.
"Lorsque vos ancêtres sont venus de l’Inde lointaine,
ils avaient forcément des rêves car on n’immigre
pas par hasard. Ils avaient des rêves de vie meilleure. En venant,
ils ont apporté une nouvelle couleur à l’arc-en-ciel
réunionnais et vous, à votre tour, vous avez su enrichir
ce creuset", soulignait Nicolas Sarkozy en s’adressant
aux musulmans. À noter aussi la présence à la
mosquée du Comité de dialogue interreligieux composé
des représentants de toutes les religions pratiquées
dans l’île.
Faisant référence au contexte international et national
où les musulmans sont souvent montrés du doigt si ce
n’est pris à partie, le ministre de l’Intérieur
disait "le fait religieux, et en l’occurrence la religion
musulmane, n’est nullement un problème pour la République
mais une richesse complémentaire, dès lors que les règles
qui régissent notre pacte républicain sont respectées
de tous". Il ajoutait à l’adresse des musulmans
"vous avez fait la démonstration que l’on peut être
un vrai républicain tout en étant musulman. Votre apport
est capital pour la France toute entière".
Au Conseil général, lors de la clôture des travaux,
il a élargi son propos pour souligner : "la laïcité
à la réunionnaise est un modèle pour la laïcité
à la française". Il a estimé que "les
religions ont joué un rôle essentiel dans la construction
de cette harmonie réunionnaise". Il a conclu en affirmant
"le formidable modèle de “vivre-ensemble”
de La Réunion, doit servir de modèle à la République".
Nicolas Sarkozy a terminé la première journée
de son séjour en prenant sa casquette de président de
l’UMP. C’est en effet en tant que chef de parti qu’il
a tenu un meeting à Champ Fleuri. Aujourd’hui le ministre
de l’intérieur sera dans l’Est et le Sud.
"La Réunion, un modèle pour la
France"
"La laïcité à la réunionnaise est un
modèle pour la laïcité à la française".
C’est ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy lors
de la cérémonie de clôture du forum sur la laïcité.
Nicolas Sarkozy a souligné "le formidable modèle
de vivre-ensemble" de La Réunion, sur lequel, la Métropole
devrait, selon lui, prendre exemple. Pour le ministre de l’Intérieur,
les religions ont joué un rôle essentiel dans la construction
de cette harmonie réunionnaise.
Le ministre a évoqué également la place des musulmans
en France et salué le fait que La Réunion vit avec ses
différentes religions, y compris l’Islam. Il affirme
que si ce modèle de “vivre-ensemble” est possible
à La Réunion, il doit l’être également
dans les banlieues de Paris, Lyon ou de Marseille. "S’il
faut pour cela amender quelques articles de la loi de 1905, je ne
vois pas pourquoi nous l’interdirions".
La présidente du Conseil général, Nassimah Dindar,
a déclaré pour sa part qu’il est nécessaire
à La Réunion de "fixer les conditions d’une
juste intégration des confessions religieuses dans le jeu de
la vie sociale". Monseigneur Gilbert Aubry, évêque
de La Réunion, a abordé la question de la modification
du calendrier des jours fériés. Nicolas Sarkozy ayant
déclaré qu’il ne fermait pas la porte à
la proposition, mais que la question restait malgré tout complexe,
l’évêque de La Réunion a dit interpréter
cette réponse comme "une invitation à la prudence
et à la réflexion".
Au fil des discours
o À propos du chômage
"Il faut arrêter de dire que l’on a tout essayé
contre le chômage. On a tout essayé sauf ce qui a marché
ailleurs".
o À propos de la filière canne
"L’objectif de diminution des prix au profit des consommateurs
et des pays en développement ne justifiera jamais la fragilisation
d’un savoir-faire agricole et industriel, d’un mode de
vie ancestral, et d’une région entière".
o À propos de la position de l’État
"Il est temps que l’État se mette au diapason des
peuples et territoires qu’il est censé représenter".
o À propos de la délinquance
Nicolas Sarkozy observe qu’à La Réunion, après
deux années de baisse successive de la délinquance (dont
un recul de 12% de la délinquance de voie publique) les résultats
sont mitigés. Il entend ainsi mobiliser les services, recadrer
les objectifs et étoffer les moyens.
Source : Témoignages, 30 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11117
Opération de police "Négro
kont Komor" à La Réunion
La mairie du Port s'indigne
Le maire du Port, Jean-Yves Langenier, s'est dit "horrifié"
et "blessé" d'apprendre qu'une opération de
police, prévue selon ses informations pour ce soir, en ville
du Port, a porté le nom de code "Négro kont komor".
Circonstance aggravante, elle était programmée pour
le "jour d'ouverture du Festival du film d'Afrique, symbole d'ouverture
politique à la zone de l'océan Indien".
L'information est parvenue au maire du Port hier matin, dans la manifestation
de l'Intersyndicale, d'une source suffisamment fiable pour ne pas
être traitée comme une "rumeur". Selon Jean-Yves
Langenier, qui a opéré des recoupements, l'information
rapportée par une source sûre, n'a pas été
infirmée par d'autres sources, tout aussi fiables.
Elle a été considérée comme suffisamment
grave pour appeler une riposte immédiate : dans la manifestation
d'une part et lors d'une conférence de presse tenue en début
d'après-midi à la mairie du Port.
Jean-Yves Langenier admet qu'il sait très peu de chose sur
l'opération prévue. Ce qui a choqué tout le monde
est le "nom de code" dont elle a été affublée,
d'après la fuite : "Négro kont Komor" ! C'est
cette indignité qu'ont dénoncé, avec le maire
du Port, la députée Huguette Bello, la sénatrice
Gélita Hoarau, le secrétaire général du
PCR, Élie Hoarau et Cyrille Lebon du Mouvement de la gauche
écologiste. Ils ont tous exprimé leur solidarité
dans le rejet d'une action qui, a dit Jean-Yves Langenier, "expose
La Réunion à des dérives".
"Nous pouvons affirmer que notre information ne souffre aucun
doute. Nous ne pouvons pas accepter cela et nous attendons des autorités
une réponse appropriée, pour que les choses reviennent
à la normale", a ajouté le maire du Port.
Démenti de La Préfecture
La sénatrice Gélita Hoarau a dit sa "solidarité"
dans la révolte. "Ici, il n'y aura aucun projet viable
si on n'assure pas l'unité du peuple réunionnais",
a-t-elle ajouté en soulignant la proximité de ce fait
avec la visite du ministre de l'Intérieur. "C'est une
raison de tristesse" a-t-elle dit.
Huguette Bello, députée de la 2ème circonscription,
a cité Bertold Brecht ("...le ventre est encore fécond
d'où a surgi la chose immonde") et plusieurs pages sombres
de l'histoire réunionnaise, avant de fustiger les instigateurs
de l'opération - "Des ignorants qui font insulte à
la population réunionnaise".
Cyrille Lebon pour le MGER et Élie Hoarau pour le PCR, ont
dit leur "indignation" et leur volonté d'alerter
l'opinion publique. "On attend une réponse du Préfet.
Nous sommes prêts à lui démontrer que nous sommes
tous des "négros" et des "komor"",
a ajouté le secrétaire général du PCR
en dénonçant "la dérive d'une haute administration".
Le démenti de la Préfecture, envoyé environ un
quart d'heure avant la conférence de presse, n'a pas paru être
à la hauteur de l'événement. Le communiqué
de la Préfecture parle d'une "rumeur absolument scandaleuse
qui porte atteinte à l'honneur de la police nationale et aux
fonctionnaires qui la servent dans des conditions souvent difficiles".
"Si le préfet prend cela sur le ton de la "rumeur",
cela veut dire qu'il pense que Jean-Yves Langenier peut dire n'importe
quoi. C'est intolérable", a répliqué Élie
Hoarau.
Jean-Yves Langenier a réaffirmé que "l'information
est fiable et qu'elle portait sur un fait réel", ajoutant
qu'il y a dans l'île un certain nombre de personnages susceptibles
de déclencher ce genre d'opération.
Le ton des intervenants et celui de Jean-Yves Langenier a été
celui de la fermeté, pour réclamer une clarification
de la part de l'administration.
Source : P. David , Témoignages, 5 octobre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11206
Dangereuses dérives
Lors de la manifestation d'hier, une information concernant une opération
de la police nommée par des propos racistes a soulevé
l'indignation de nombreuses personnes. Nous reproduisons ci-après
la réaction du Parti communiste réunionnais sur ce sujet,
publiée hier par son bureau de presse.OITS HUMAINS
"Ce matin (hier matin - NDLR), mardi 4 octobre, la mairie du
Port a été informée qu'une opération de
sécurisation allait être conduite sur le territoire communal.
De sources diverses et fiables, il est apparu que cette opération
se déroulerait sous le nom de code "négros contre
Comores".
Avec la pondération qui caractérise ses actes, le maire
du Port s'est adressée à diverses autorités pour
obtenir l'infirmation d'une appellation aussi scandaleuse. Vainement.
Après une longue concertation à laquelle, outre le maire
du Port, Jean-Yves Langenier, ont participé Mmes Huguette Bello
et Gélita Hoarau, députée et sénatrice
de La Réunion ainsi que M. Élie Hoarau, Secrétaire
général du PCR, deux démarches ont été
faites en direction de Monsieur le Préfet de La Réunion.
Informée de cette appellation inacceptable, l'une des proches
collaboratrices de M. le Préfet de La Réunion a promis,
à deux reprises que les apaisements demandés seraient
apportés et qu'elle transmettait immédiatement au Préfet
de La Réunion la demande d'audience formée par le maire
du Port, la députée Huguette Bello, la sénatrice
Gélita Hoarau. Les coordonnées téléphoniques
nécessaires ont été communiquées à
cette proche collaboratrice du Préfet mais, deux heures plus
tard, la préfecture - en dépit des assurances prodiguées
- n'avait toujours pas trouvé le temps pour une audience ni
même pour un appel téléphonique.
À l'issue de la manifestation, tandis que l'ordre de dispersion
avait été donné, un collaborateur du préfet
a contacté les responsables de l'intersyndicale en leur demandant
d'informer Mmes Bello et Hoarau et M. Langenier de ce que M. le Préfet
souhaitait les recevoir. Constatant le départ des trois élus,
le collaborateur faisait droit à la demande d'audience de l'Intersyndicale.
Il est très vite apparu que cette délégation
serait reçue non par M. le Préfet, mais par l'un des
membres de son administration.
La dénomination d'une opération de sécurisation
directement placée sous l'autorité de M. le Directeur
de la Sûreté a fait l'objet d'un démenti préfectoral
adressé à la presse au cours de la conférence
de presse tenue en mairie du Port par M. Jean-Yves Langenier, Mmes
Huguette Bello et Gélita Hoarau, MM. Cyril Lebon et Élie
Hoarau. À aucun moment l'autorité préfectorale
n'a tenté de joindre les deux parlementaires de La Réunion
et/ou le maire du Port qui avaient sollicité une audience dès
9 h 30.
Dans ce communiqué, l'autorité préfectorale parle
de "rumeur". Pourquoi, s'il s'était réellement
agi d'une vulgaire "rumeur" avoir adopté une attitude
aussi méprisante à l'encontre de deux parlementaires,
d'un maire ?
Pourquoi le démenti préfectoral, plutôt que de
s'expliquer clairement sur la dérive que représente
une dénomination dangereuse emprunte-t-il le chemin stérile
du procès d'intention ? À aucun moment le caractère
légitime des actions décidées n'ayant été
remis en cause, pourquoi user d'un argument tel que : "il n'y
aura pas, à La Réunion, de zone de non droit".
Enfin, il serait bon que le "vouloir vivre ensemble" à
la construction duquel les forces vives de La Réunion - et
singulièrement le PCR - n'a cessé de contribuer ne soit
pas une formule commode utilisée à l'encontre des ces
mêmes forces vives.
L'argumentation de M. le Préfet se trouve contredite par toute
une série de déclarations et d'actes qui augurent mal
du devenir de ce "vouloir vivre ensemble" patiemment édifié
et toujours fragile.
LES déclarations sont celles de M. le Ministre des DOM-TOM,
relayées et amplifiées localement par des membres de
la majorité allant jusqu'à réclamer des mesures
de contrôle renvoyant aux pires périodes de l'Histoire
de la République. Les actes sont ceux survenus lundi 3 octobre
à Mayotte sous l'égide du député UMP et
du Préfet de Mayotte.
Il est, selon nous, particulièrement irresponsable de stigmatiser
telle ou telle communauté indianocéanienne. Il est extrêmement
inquiétant de n'avoir pas entendu M. le Préfet de Mayotte
condamner avec autant de vigueur que l'a fait M. le Préfet
de La Réunion, les appels à la vindicte populaire, appuyés
par des tracts - qui ne sont pas des rumeurs - appelant les Mahorais
à s'armer et à se défendre contre les Anjouanais.
De tout temps l'Histoire nous enseigne que la stigmatisation de la
différence est dangereuse, de tout temps nous savons tous qu'en
période de crise le laisser-faire en cette matière s'est
toujours révélé néfaste et conclu tragiquement.
S'il y a bien des faits auxquels il convient de mettre rapidement
le holà, ce sont ces dérives racistes qu'il convient
de cerner sans détour. Rappelons que, sous l'incitation à
la haine anti-comorienne se dissimule une dénonciation de la
présence des citoyens français de Mayotte à La
Réunion et, in fine, la stigmatisation des pratiquants d'une
religion, l'Islam.
L'année passée, suite à une accusation hâtive,
le début du mois de Ramadan a vu l'arrestation d'une violence
injustifiable, d'un couple soupçonné - à tort
- d'activités terroristes. Cette année, au tout début
du mois de Ramadan, à quels débordements sommes-nous
promis ?
Le PCR veut rappeler que les gouvernements, les régimes politiques,
les lois sont éphémères. Seule, sur des millénaires,
la géographie est immuable. La Réunion restera là
où elle se trouve pour de longs siècles. Mayotte restera
voisine d'Anjouan pour des millénaires. Tenir compte de ces
données exige donc que les responsables - de passage ou résidant
de façon permanente à La Réunion - prennent l'habitude
de réfléchir aux conséquences de leurs propos
et de leurs actes dans le cadre, non seulement de la consolidation
d'un vivre ensemble réunionnais mais également indianocéanique.
L'indispensable co-développement régional récemment
approuvé par les responsables de la COI, dont le Président
Chirac, et le Commissaire européen, M. Louis Michel, ne peut
se mettre en place dans un climat de vindicte, de mépris et
d'excitation à la haine.
Source : Témoignages, 5 octobre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11205