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Ile de la Réunion


Ibrahim Dindar s'entête dans sa logique populiste et xénophobe


Comme l'a titré le Journal de l'ïle de la Réunion du 28 octobre dernier, Ibrahim Dindar persiste et signe. "J'ai commencé par l'extrême, j'ai eu tort", reconnaît M. Dindar, qui évoque avec le sourire, sans le nommer, l'épisode de la manifestation et de la chemise déchirée. Mais sur le fond, il ne change pas d'avis : il veut une immigration choisie, car "on n'est pas racistes, on anticipe sur les réactions de xénophobie". Les propos extrémistes de cet élu local consistant à instaurer des tests ADN envers les femmes accouchant à Mayotte avaient suscité une vive protestation de la communauté comorienne (Grande Comores, Anjouan, Mayotte et Mohéli) vivant à la Réunion. Face à l'ampleur de la colère, ce politicien qui chasse sans le moindre scrupule sur les terres du Front national était contraint de présenter des excuses publiques à la communauté comorienne à la fin du mois de septembre 2005. En reprenant aujourd'hui son offensive xénophobe, il dévoile au grand jour son hypocrisie et une haine inexpliquée à l'encontre d'une communauté qui constitue l'une des composants de la société réunionnaise. Il reprend de manière mécanique le discours de Nicolas Sarkozy concernant l'instauration d'une "immigration choisie et non subie". Quelle misère intellectuelle, quelle pauvreté dans l'analyse politique ! Faisant preuve d'une mauvaise foi indescriptible, il parle des dangers d'un prétendu flux migratoire des comoriens à la Réunion. Ce qui est archi-faux. La quasi totalité des Comoriens vivant à la Réunion dispose soit la nationalité française ou d'un titre de séjour régulier délivré par la préfecture. Par ailleurs, les Comoriens éprouvent toute la peine du monde à obtenir un visa pour venir à la Réunion compte tenu de la politique restrictive pratiquée par l'ambassade de France aux Comores. L'arrivée massive de Comoriens ayant des faux papiers à la Réunion relève d'un pur mensonge d'un piètre politicien en mal d'imagination politique. D'ailleurs, ses affirmations mensongères ont été contredites par Nicolas Sarkozy. En effet, au cours d'une interview accordée à nos confrères du Monde en date du 25 octobre 2005, Nicolas Sarkozy a affirmé que "la situation de l'immigration est bonne à la Réunion". Le nombre global d'immigrés clandestins à la Réunion est estimé par la préfecture entre 600 et 700. Ce qui est tout à fait insignifiant quand on sait que la population de la Réunion s'élève à 700 000 habitants. Il existe certes un flux d'arrivée à la Réunion. Il concerne nos compatriotes originaires de Mayotte. Mais ce flux est tout à fait légal car les personnes qui viennent à la Réunion disposent de la nationalité française. Dans une tribune publiée le 26 octobre 2005 par le site du Nouvel Observateur et évoquant les problèmes de l'immigration, Jacques Chirac affirme : "Ce qui se passe résulte de l'écart croissant et de plus en plus choquant entre pays riches et pays pauvres, car ceux qui partent resteraient chez eux s'ils y trouvaient des conditions de vie décentes. C'est pourquoi, à l'initiative de la France, l'Europe augmente considérablement son aide au développement. Elle doit maintenant élaborer, avec les pays d'Afrique subsaharienne et du Maghreb, une approche concertée, dans un esprit de responsabilité partagée". Des propos à méditer par M. Dindar qui soutient des positions simplistes et s'entête dans un discours populiste et xénophobe.
Source : Comores Infos, 16 novembre 2005

 

Dossier "Droit du sol-droit du sang"


Tempête à La Réunion
La remise en cause du droit du sol par le ministre français des Colonies François Baroin, dans une interview au Figaro le 17 septembre dernier, a allumé le feu. Le 23 septembre, c'est Ibrahim David Dindar qui a jeté de l'huile sur ce feu en proposant que des tests ADN soient effectués avant l'octroi de la nationalité française aux enfants de mère comorienne nés à Mayotte. Dindar, président de l'UCL (Union centriste et libérale) et vice-président du Conseil général de La Réunion, a du s'excuser pour ses propos proprement racistes lorsqu'il s'est retrouvé pris à partie par 200 manifestants dans le hall du Conseil général de Saint-Denis le 27 septembre. La présence et le statut des immigrés soulève une véritable tempête aussi bien à Mayotte qu'à La Réunion. À Mayotte, les immigrés viennent des Comores. À La Réunion, les immigrés les plus stigmatisés sont de fait les Mahorais (originaires de Mayotte), bien moins intégrés que les Comoriens et les Malgaches. La Réunion, terre de métissage, semble saisie par le virus raciste : on voit fleurir aux quatre coins de l'île un graffiti : « Comores déor » ("Comoriens dehors"). Nous documentons cette situation.

Lire
La peur de l'autre : une étude de l'Observatoire du développement de La Réunion
Les Mahorais dans la précarité à La Réunion : Trois questions à Attila Cheyssial
Appel du collectif pour la défense de l'unité et de l'intégrité territoriale des Comores
Réaction du Culte musulman de La Réunion
Manifestation contre le racisme : leçon de dignité
Sudel Fuma, historien : Attention... dérive extrémiste

La peur de l'autre : une étude de l'Observatoire du développement de La Réunion


par Amélie Amilhau, Clicanoo, le journal de l'île de La Réunion, 6 octobre 2005
Ils sont ces derniers jours sous les feux de l'actualité après les déclarations fracassantes du ministre de l'Outre-Mer François Baroin et du vice-président du conseil général, Ibrahim Dindar. Accusés de venir "piquer les allocations" aux Réunionnais les plus démunis, ces populations pourtant françaises rencontrent des difficultés de plus en plus grandes à s'intégrer et font face à un racisme croissant. Une enquête de l'Observatoire du développement de la Réunion fait enfin le point sur leurs difficultés et leur situation ultra-précaire.
On l'attendait depuis longtemps. Loin de tout esprit partisan, une enquête réalisée par l'ODR (Observatoire du développement de la Réunion) et le Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) donne enfin un premier aperçu de qui sont ces Mahorais qui migrent chaque année vers la Réunion. Cette étude réalisée pendant 10 mois en interrogeant un millier de familles à la demande du conseil général et de la DDE (Direction départementale de l'équipement) met surtout au jour les conditions difficiles dans lesquelles ces populations arrivent puis vivent à la Réunion. Un constat édifiant et qui balaie surtout d'un revers de la main pas mal de préjugés et de contre-vérités. Premier constat, la majorité de ces migrants qui choisissent de tout laisser derrière eux pour rejoindre "l'Eldorado" réunionnais le font contraints et forcés par une situation économique et sociale souvent intenable. La plupart sont des femmes seules avec enfants (plus de 3 marmailles dans 65% des cas), dont la mobilité est "le résultat de situations matrimoniales complexes", souvent de divorces ou de veuvage. "La pauvreté et l'espoir de bénéficier d'aides sociales plus importantes que dans les territoires d'origine", est la première motivation du grand départ pour 57% des Mahorais. Vient juste après l'espoir d'une meilleure scolarité pour les enfants "la Réunion offrant dans ce domaine des conditions beaucoup plus favorables", selon l'enquête.

Insultes racistes, menaces...
C'est ainsi, avec beaucoup d'espoir, que des milliers de Mahorais traversent l'océan Indien chaque année vers la Réunion, en toute régularité puisqu'ils sont Français. Las, leur arrivée dans l'île est généralement extrêmement difficile et bon nombre d'entre eux trouve ici une misère encore plus grande que celle qu'ils avaient laissée derrière eux. Premier choc pour ces exilés, l'accueil froid quand il n'est pas carrément hostile qui leur est réservé. "Ces migrants de l'océan Indien ne sont pas toujours accueillis favorablement par la société réunionnaise, principalement dans sa composante la plus défavorisée qui peut entrer en compétition avec les nouveaux venus dans les échelles d'urgence de l'intervention sociale", alertent les auteurs de l'étude. Plus de la moitié de ces migrants jugent ainsi que les Réunionnais sont "peu accueillants ou hostiles" à leur égard. "La confrontation à des manifestations agressives n'est pas rare. Elle prend surtout la forme d'insultes racistes et, secondairement, de menaces", établit l'enquête. Première difficulté, celle du logement. Plus de la moitié de ces populations vivent dans des habitations en mauvais ou très mauvais état. Loin de tout fantasme de populations qui auraient de grosses économies cachées sous leurs matelas, l'étude appuie aussi sur la grande précarité économique de ces migrants. La très grande majorité n'a pas d'emploi et ne survit que grâce aux allocations familiales et aux minima sociaux. 93% des familles mahoraises reçoivent ainsi des allocations et 72% touchent le RMI ou le RSO. Une minorité réussit à trouver du travail (11,5%) à cause, entre autres, d'un faible bagage professionnel et d'une maîtrise de la langue souvent aléatoire. Résultat, 80% des Mahorais ressentent leur arrivée à la Réunion, comme une épreuve et plus de la moitié ne sont pas satisfaits de leurs conditions de vie dans l'île. Ils choisissent pourtant d'y rester. Pas par plaisir mais parce qu'ils n'ont pas le choix.

Française depuis 164 ans
Quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse, Mayotte est française depuis 1841, soit depuis 164 ans. Plus française que le comté de Nice ou que la Savoie. C'est à cette date que le sultan Andriasouli, qui était en but aux attaques des pirates des autres îles de l'archipel, profita du passage du commandant Passot qui venait ravitailler pour lui vendre l'île. Installés à Mayotte, les Français profitèrent, durant les années 1868/1870, de l'occasion pour "conquérir" l'archipel avant de jeter leur dévolu sur Madagascar en 1895. Durant de nombreuses années, l'archipel resta sous la dépendance de la Grande Île. En 1960, Madagascar acquit son indépendance. Un fort mouvement indépendantiste montait aussi dans les quatre îles. En 1974, l'État français organisa un référendum. Si, Mohéli, Grande Comore et Anjouan votèrent pour l'indépendance, Mayotte vota à une grande majorité pour rester française. Choix qui fut confirmé par un autre vote, un an plus tard. Les trois îles s¦urs prirent leurs responsabilités avec les déboires que l'on connaît. En 2000, les Mahorais ont de nouveau voté afin de déterminer s'ils voulaient que l'île demeure un territoire d'outremer ou devienne un département comme la Réunion. Avec plus de 85%, le résultat fut sans appel et Mayotte prit le chemin de la départementalisation qui devrait être effective en 2010.

Les Comoriens à part
Certains les mettent dans le même sac que les Mahorais, les regroupant sous le terme commun et réducteur de "Comores". Pourtant, les Comoriens obéissent à des problématiques très différentes de celles de leurs voisins de l'Archipel de la lune, selon l'enquête de l'ODR. Ils ne représentent qu'une partie très infime des migrants qui viennent à la Réunion, bien loin des Malgaches et des Mahorais. Alors que bon nombre de Mahorais sont arrivés ces dernières années dans l'île, la migration de Comoriens est beaucoup plus ancienne (65% arrivés il y a plus de 10 ans). Résultat, ils sont beaucoup mieux intégrés, ont plus facilement accès aux logements sociaux et rencontrent moins de difficultés à trouver du travail.

 

Les Mahorais dans la précarité à La Réunion : Trois questions à Attila Cheyssial


propos recueillis par par Amélie Amilhau, Clicanoo, le journal de l'île de La Réunion, 6 octobre 2005
Architecte et sociologue, Attila Cheyssial travaille sur les conditions d'hébergement des populations migrantes. Pour lui, il y a urgence : des milliers de Mahorais vivent dans des conditions extrêmement précaires et il est temps que les politiques prennent la dimension du problème.

Dans quelles conditions sont logés les Mahorais qui migrent à la Réunion ?
Une partie d'entre eux vit dans des logements sociaux ou dans des immeubles pas très bien entretenus mais qui passent encore. Mais la majorité n'a d'autre choix que d'habiter des immeubles très insalubres ou carrément dans des bidonvilles. Elle y vit dans les pires conditions que l'on puisse imaginer. Ces populations s'entassent dans des genres de cabanons extrêmement petits, sans eau chaude, souvent sans électricité et où l'hygiène est au plus bas. Des marchands de sommeil ont très bien compris comment se faire de l'argent avec ces personnes démunies et divisent en plusieurs logements minuscules des habitats déjà insalubres. On ne peut pas accepter d'accueillir des gens dans des conditions pareilles.

Pourquoi ces familles n'accèdent pas plus facilement aux logements sociaux ?
Certaines y parviennent mais le marché du logement social est totalement saturé et il est de plus en plus difficile d'y trouver une place. C'est d'autant plus compliqué pour les familles mahoraises qu'elles ont en général beaucoup d'enfants et que l'on trouve de moins en moins d'appartements de grandes tailles qui pourraient leur convenir dans les logements sociaux. Mais il est clair aussi que ces familles sont loin d'être prioritaires dans l'attribution de ces appartements. Quand des dossiers de Mahorais passent, c'est en général parce qu'on est dans une situation d'urgence absolue. Les bailleurs sociaux ne courent pas après cette clientèle car ils pensent qu'elles risquent de créer des problèmes de voisinage, peut-être à raison. Ils craignent que les cages d'escalier soient désertées par les autres communautés s'il y a des Mahorais. Et puis, ils reçoivent des pressions des communes qui ne veulent pas pérenniser ces présences dans leurs communes.

Justement, quelle est l'attitude des politiques face à toutes ces difficultés que rencontrent ces migrants ?
Ils se voilent les yeux et cherchent à nier la situation plutôt que de la traiter. Comme ça les embarrasse beaucoup, ils préfèrent ne rien faire. Résultat, la majorité des élus ne font quasiment rien pour régler le grave problème d'habitat que rencontrent ces populations. Il y a un peu l'idée que si on leur donne de trop bonnes conditions de vie, ces populations vont rester à la Réunion et que d'autres migrants vont être à leur tour attirés. Ce sont des personnes qui ne sont pas désirées de façon semblable à ce que rencontrent les gens du voyage en métropole. Or, ils sont Français et ont le droit à ce titre aux mêmes droits que n'importe qui. Ce n'est pas acceptable qu'on les laisse vivre dans des telles situations de précarité et d'insalubrité. Dans beaucoup de cas, on se retrouve en situation d'urgence véritable.


Appel du collectif pour la défense de l'unité et de l'intégrité territoriale des Comores


LES propos tenus par Monsieur François Baroin, ministre des DOM-TOM, remettant en cause la notion du "droit du sol" dans certaines collectivités d'Outre-mer - Guyane, Guadeloupe, Martinique, Mayotte et La Réunion ont suscité un véritable tollé en France métropolitaine et à La Réunion. Depuis 1804, le Code Civil, consacrant la force du droit du sol, a institué la possibilité pour tout étranger né en France d'obtenir la nationalité française à sa majorité. À travers l'Histoire de la République, le droit du sol a maintes fois été confirmé comme constituant l'un des piliers essentiels de la République française. Remettre en cause ce principe en instituant une exception pour certaines collectivités de l'Outre-mer est une dérive dangereuse. En effet, si le droit du sol n'avait pas été la règle, seule une minorité de Réunionnais dont les ancêtres sont originaires de l'Hexagone pourrait se prévaloir aujourd'hui de la qualité de citoyen de la République. L'égalité devant la loi est inscrite dans la Constitution, elle s'applique donc sur tout le territoire de la République.
Nous tenons, par ailleurs, à relever que le problème dit de l' "immigration comorienne" à Mayotte est une conséquence directe de la décolonisation bâclée et inachevée des Comores. Si la France n'avait pas en 1975 détaché Mayotte de son ensemble géographique et historique, ce problème n'aurait jamais existé. Ce problème des flux migratoires entre Mayotte et ses îles s¦urs est une question complexe qui ne peut pas être réglée par des mesures arbitraires, démagogiques et populistes. À l'instar du MRAP, de la Ligue des Droits de l'Homme, de SOS RACISME et de la LICRA, le Collectif désapprouve totalement les propos de M. Baroin qui cherche manifestement pour des raisons électoralistes à marcher sur les plates bandes du Front National.
Le Collectif tient à remercier chaleureusement les élus et organisations démocratiques de La Réunion qui ont désapprouvé publiquement les propos de M. Baroin. Nous tenons cependant à condamner de la manière la plus sévère les prises de positions de certains élus réunionnais et notamment celles de M. Ibrahim Dindar publiées par "le Quotidien de la Réunion" dans son édition du 23 septembre 2005. Reprenant la rhétorique du Front National, M.Ibrahim Dindar pousse le ridicule jusqu'à proposer la mise en place des tests ADN avant l'octroi de la nationalité française pour les enfants nés à Mayotte. Si c'est le droit du sang qui prévalait en France, M. Dindar n'aurait pas aujourd'hui la nationalité française car il est le fils de parents immigrés ; ce qui prouve l'absurdité de ses propos.
La communauté comorienne de La Réunion a été profondément blessée par les propos haineux et scandaleux de M. Ibrahim Dindar qui vise à rendre les Comoriens responsables de tous les maux dont souffre La Réunion et notamment en matière de logement. Compte tenu de cette agression gratuite et injustifiée, le Collectif lance un vibrant et solennel appel à tous les français originaires de l'archipel des Comores (Grande Comore, Anjouan, Mayotte et Mohéli) ainsi que tous les démocrates de La Réunion qui ont été touchés par ces propos irresponsables à se mobiliser afin de sanctionner M. Ibrahim Dindar lors du renouvellement de ses mandats politiques.
Le Collectif appelle tous les hommes éprix de paix, de liberté et de justice à se rassembler afin de rejeter le racisme et la xénophobie ainsi que toutes les thèses extrémistes consistant à pointer du doigt une des communautés vivant à la Réunion et à préserver le respect et la tolérance entre toutes les communautés vivant dans l'île ainsi que la cohésion de la société réunionnaise.
Le Bureau du Collectif
Source : Témoignages, 27 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11046

 

Réaction du Culte musulman de La Réunion


Voici un communiqué du Culte musulman de La Réunion, sous la signature de son vice-président Houssen Amode, concernant les déclarations de François Baroin sur la suppression du droit du sol en matière d'acquisition de la nationalité pour certaines régions outre-mer.
"Les déclarations de Monsieur le ministre François Baroin relatives à la suppression du droit du sol en matière d'acquisition de la nationalité pour certaines régions outre-mer ont trouvé un large écho à La Réunion concernée par une immigration sensible de populations originaires de Mayotte, des Comores et de Madagascar.
La polémique alimentée localement par les prises de position politiques, voire par des propos qui auront pu choquer, tels ceux relatifs à la proposition d'utilisation de tests ADN, est révélatrice de l'acuité du problème dans une île confrontée à de graves problèmes économiques et sociaux, et où la cohésion de la population reste fragile.
Cette réalité n'aurait-elle pas dû conduire tous ceux qui sont légitimement intervenus en raison de leurs fonctions et de leurs missions (ministres du gouvernement, élus politiques et autorités morales) à aborder la question avec retenue et sagesse ?
Il ne nous semble pas que la nécessaire recherche de solutions, qu'elles soient administratives ou de co-développement, puisse s'accomoder d'outrances ou de maladresses qui sont plus de nature à réveiller les mauvais instincts qu'à éveiller les consciences.
Les Réunionnais d'origines et de cultures diverses témoignent au quotidien de leur capacité de vivre ensemble. Leur formidable générosité n'est d'ailleurs plus à démontrer si l'on se réfère aux multiples actions caritatives diligentées dans la zone océan Indien et à leurs manifestations de solidarité à l'occasion de catastrophes naturelles comme le tsunami.
Stigmatiser et risquer ainsi de jeter en pâture des hommes et des femmes dont le seul crime serait de fuir la misère, et qui restent par ailleurs les moins biens lotis, nous apparaît ainsi inacceptable dans une société qui s'enorgueillit d'être religieuse, de respecter les valeurs républicaines et d'appartenir au pays des droits de l'Homme."
Source : Témoignages, 28 septembre 2005

Manifestation contre le racisme : leçon de dignité


Ibrahim David Dindar, président de l'UCL (Union centriste et libérale) et vice-président du Conseil général de La Réunion, a été pris à partie hier matin (mardi 27 septembre) dans le hall du Conseil général à Saint-Denis par des manifestants. Pour arrêter les trafics supposés de paternité, il avait proposé que des tests ADN soient pratiqués sur les enfants nés de mère comorienne et de père réunionnais ou mahorais. Ibrahim Dindar a publiquement demandé pardon à ceux que ses propos auraient "heurtés" ou "blessés".UMAINS
"Jamais, je le jure, je n'ai voulu blesser ou offenser qui que ce soit. Je n'ai fait qu'émettre une proposition. Elle devait être mauvaise puisqu'elle vous a choqué. Je vous présente publiquement mes excuses. Je vous demande pardon". Debout sur une chaise dans le hall du Conseil général, Ibrahim Dindar fait face à quelque 200 manifestants. "C'est bon" lui répondent ces derniers. "Il a fallu lutter pour que ces excuses sortent de sa bouche, mais il a fini par les formuler", ajoute l'un des manifestants. C'est la fin d'une matinée de tension générée par les propos tenus par Ibrahim Dindar en fin de semaine dernière. Il avait proposé que des tests ADN soient pratiqués sur les enfants nés de mère comorienne à Mayotte ou à La Réunion afin de prouver leur paternité française et d'endiguer "les flux d'immigration clandestine". Ibrahim Dindar affirme en effet qu'il existe un trafic de paternité à La Réunion ou à Mayotte. Selon lui, des mères de familles comoriennes viennent accoucher dans l'une de ces 2 îles et demandent à des pères fictifs, Réunionnais ou Mahorais, de reconnaître leurs enfants qui sont ainsi Français par droit du sol et droit du sang.
À La Réunion, terre de métissage et d'accueil, ces déclarations ont immédiatement soulevé un très vif émoi. Au sein des communautés mahoraise et comorienne bien-sûr, mais également chez bon nombre de Réunionnais. D'où l'appel à manifester lancé pour ce mardi matin par plusieurs associations comoriennes, mahoraises, de défense des droits de l'Homme et de lutte contre le racisme et la xénophobie. 200 personnes, de toutes origines, y ont répondu. Il y avait des personnalités et des anonymes, certains avec des gants et des seringues. "Nous allons dire à M. Dindar que nous sommes d'accord pour qu'on nous fasse des tests ADN, mais nous voulons lui en faire un à lui aussi pour savoir s'il a du sang de Le Pen dans les veines", ironisait le danseur Ismaël Aboudou.
"Que pour masquer leurs responsabilités, des hommes politiques stigmatisent une frange de la population réunionnaise pour lui faire porter le poids du manque de logements sociaux ou d'emploi, n'est pas acceptable. C'est du racisme à l'état pur, c'est intolérable", soulignait la sénatrice communiste Gélita Hoarau, présente à la manifestation. "À La Réunion, nous avons tous été des étrangers. Tenir de tels propos est effrayant. C'est une insulte à notre peuple et à notre histoire. Ce n'est pas un dérapage de langage, c'est beaucoup plus profond que cela", commentait Sudel Fuma, conseiller municipal de l'opposition à Saint-Denis. "Protester contre ce genre de comportements et de déclarations est un devoir citoyen, car cela peut donner lieu à toutes les dérives. Il faut tout de suite arrêter la spirale infernale", notait pour sa part Élie Hoarau, secrétaire général du Parti communiste réunionnais. "Les paroles d'Ibrahim Dindar sont blessantes. Pour ma part, je me sens à la fois Français, Réunionnais et Comorien, c'est pour cela que je ne peux pas accepter les propos de M. Dindar, pour moi c'est du racisme", affirmait Mulot Verkis, membre de l'association Pass'Port au Port.

Bousculade
AUX cris de "Dindar démission", "Dindar raciste", les manifestants se sont dirigés du Jardin de l'État au Conseil général. Ils ont demandé à rencontrer Ibrahim Dindar. Ce dernier était absent, mais il faisait prévenir qu'il arrivait. "Nous attendrons jusqu'à minuit s'il le faut", lançait un manifestant. Puis la foule se mettait à réciter des versets du Coran. "Ce sont des prières que l'on dit dans les veillées mortuaires, car ce qu'a dit Ibrahim Dindar c'est la mort de la démocratie", expliquait un jeune homme.
Le vice-président du Conseil général arrivait quelques instants plus tard. La bousculade était immédiate. Les invectives "raciste" ou encore "Le Pen" fusaient dans la foule. Ibrahim Dindar disait à Saïd Larifou et Samuel Mouen, 2 des organisateurs, qu'il était prêt à rencontrer une délégation. "Non, vous vous êtes adressé à tout le monde lorsque vous avez demandé les tests ADN, c'est devant tout le monde que vous devez vous expliquer", répliquaient les manifestants. "Je ne peux pas discuter dans ces conditions, c'est un lynchage", lâchait alors Ibrahim Dindar, visiblement énervé avant de tenter de forcer le barrage de la foule.
Une brève bousculade s'en suivra. Protégé par les organisateurs, l'élu finira par sortir de la foule, la chemise déchirée par des manifestants qui voulaient le retenir dans le hall.
Les esprits se sont ensuite calmés et une délégation a finalement rencontré Ibrahim Dindar dans une salle de réunion. Passées les premières minutes de tension, la discussion a pu s'engager. "Vous êtes bien placé pour savoir que dans la religion musulmane, les valeurs de fraternité sont très fortes. Les propos que vous avez tenus sont insultants et injustes, et si nous laissons couler l'injustice lorsqu'elle vient de la rue, nous ne pouvons l'accepter d'un élu de la République. Nous sommes là pour vous demander de vous expliquer sur les tests ADN que vous proposez, car nous ne savons pas ce que vous êtes capable de réclamer demain", disait Mohamed Maoihibou, président de la Maison de Mayotte. "Je ne suis pas raciste. Je voulais seulement lutter contre l'immigration clandestine pour ne pas ajouter la misère comorienne à la misère de La Réunion ou de Mayotte et accentuer ainsi les comportements vexatoires envers les gens de vos communautés", disait Ibrahim Dindar. "Si la proposition de tests ADN vous a choqué, c'est sans doute qu'elle n'est pas bonne, mais pour moi, c'était un moyen de lutter contre le trafic de paternité, ce n'était pas du racisme", ajoutait-il.
Après plus d'une heure de discussion, Ibrahim Dindar a finalement accepté de faire des excuses publiques à la communauté comorienne et mahoraise.

Ibrahim Dindar s'enfonce
Ibrahim Dindar a tenu à apporter des précisions sur ses précédentes déclarations concernant l'immigration comorienne. Il a expliqué qu'il demandait que l'on soumette à un test ADN tous les Mahorais qui délivrent des certificats de complaisance aux femmes anjouanaises venant accoucher à Mayotte, afin que leur progéniture bénéficie de la nationalité française. Il a qualifié ces hommes d'"escrocs".
Si c'est bien cela qu'il a voulu dire, une première question se pose : de quoi se mêle-t-il ? Au nom de quoi peut-il s'interférer dans un problème anjouano-mahorais ? De quel droit peut-il dire - et ce de manière assez péremptoire - aux Mahorais ce qu'il faut faire en la circonstance ? Il y a de sa part une grande dose d'arrogance qui, en elle-même, est déjà condamnable.
Ibrahim Dindar persiste et signe sur un point : il continue à jeter la vindicte sur la majorité des Mahorais en les considérant comme des escrocs actifs ou potentiels ou, comme il le dit des "vendeurs de nationalité".
Il n'en reste pas moins que dans ces premières déclarations, le vice-président ne s'en prenait pas seulement à des hommes accusés de complaisance : il mettait en cause les immigrés arrivant à Mayotte et à La Réunion. Il accusait ces derniers de venir peser sur le marché du logement social et de chercher à détruire la culture réunionnaise.
Dans les précisions qu'il a apportées avant-hier, Ibrahim Dindar n'a pas démenti avoir tenu un tel discours. Dont acte.
Sources : témoignages, 28 septembre 2005

Sudel Fuma, historien : Attention... dérive extrémiste


Dans un entretien à "Témoignages", Sudel Fuma estime que la remise en cause du droit du sol relève "d'une pure stratégique politique - liée à une méconnaissance totale de l'histoire de la zone océan Indien".
TS HUMAINS
Que se serait-il passé en 1848 si l'on n'avait pas, de fait, appliqué la reconnaissance du droit du sol aux affranchis ? Et après 1848 ?
Sudel Fuma : Si en 1848, le droit du sol n'avait pas été mis en application de fait et de droit, les 62.000 réunionnais esclaves accédant à la liberté, n'auraient pas été reconnus comme citoyen de la République, ce qui veut dire que plus de la moitié des Réunionnais d'aujourd'hui n'aurait pas été des français. C'est dire l'importance de ce droit dans l'histoire de La Réunion dès le moment où La France décide de rompre avec le système inique de l'esclavage.
Après 1848, avec cette fois ci l'application de la loi de 1889, ce sont tous les descendants de la communauté indienne issue de la période du servilisme (engagisme) qui bénéficieront de cette loi à leur majorité. Il faut se rappeler que tous les Réunionnais dont les ancêtres sont venus de l'Inde ne sont français que depuis 124 ans ! Le risque, aussi minime soit-il, existe donc pour que demain des extrémistes de tous bord contestent le droit de nationalité que certains considèrent comme un droit acquis !
Pourquoi remettre en question ce droit à la nationalité alors que d'autres mesures peuvent s'avérer plus efficaces pour diriger et contrôler les flux migratoires ? Quelles conséquences voyez-vous à cette remise en cause ?
La remise en cause de ce droit relève selon nous d'une pure stratégique politique - liée à une méconnaissance totale de l'histoire de la zone océan indien - destinée à récupérer les peurs et angoisses d'une population réunionnaise et mahoraise, confrontées aux problème de l'immigration et plus particulièrement de l'immigration clandestine.
Le même débat se pose en France avec autant d'acuité concernant l'immigration clandestine venue d'Afrique du Nord. Le danger réside alors dans la surenchère des autorités politiques élues : pour paraître crédible, on veut faire mieux que l'autre et on donne dans un registre proche du fascisme : c'est par exemple la triste histoire des test ADN pour reconnaître quel enfant né à Mayotte bénéficiera de la nationalité française. On n'est pas loin de la France de Vichy.

Y a-t-il une différence entre un enfant mahorais et un enfant comorien ?
Eh bien non, l'enfant né sur le sol d'un pays n'est pas responsable de sa naissance et il a droit à la citoyenneté en fonction du droit du sol... Il se trouve que certains hommes politiques, dont Ibrahim Dindar, veut le rendre responsable... C'est grave, encore plus grave dans un pays comme le nôtre qui s'est constitué par addition d'étrangers...
On pourrait dans ce cas appliquer des tests ADN aux enfants des français d'origine maghrébine ou autres résidant sur le sol "métropolitain"... Voilà un bon terrain d'expérience pour un Jean-Marie Le Pen ou ceux de la droite dite démocratique qui veulent faire "mieux" que lui...
Source : Témoignages, 29 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11091


Nicolas Sarkozy à La Réunion, “un modèle pour la France”


Le ministre de l’Intérieur est arrivé hier (jeudi 29 septembre) à La Réunion pour une visite officielle de deux jours. Faisant allusion à la déclaration de François Baroin, ministre de l’Outre-mer, sur une possible réforme du droit du sol, il a déclaré "être Français ce n’est pas un don du sang mais un don de soi. On peut naître Français, mais on peut aussi et surtout le devenir et en le devenant on grandit la France".QUE
"Votre “vivre ensemble” est rare et doit être un modèle pour la République", a souligné à plusieurs reprises Nicolas Sarkozy qui a entamé hier une visite officielle de deux jours à La Réunion. Le ministre de l’Intérieur, de l’aménagement du territoire et des cultes a également estimé "être Français ce n’est pas un don du sang mais un don de soi. On peut naître Français, mais on peut aussi et surtout le devenir et en le devenant on grandit la France".
Le ministre de l’Intérieur, de l’aménagement du territoire et des cultes s’est exprimé ainsi à la mairie de Saint-Denis dirigée par le député-maire UMP, René-Paul Victoria. Sans nommer le ministre de l’Outre-mer, François Baroin, il faisait allusion à la déclaration de ce dernier sur une possible réforme du Code de la nationalité, du Droit du sol notamment, pour lutter contre l’immigration clandestine comorienne à Mayotte. "Un pays qui a peur de ses différences est pays qui se momifie et qui décline", a encore ajouté Nicolas Sarkozy. Interrogé à son arrivée à l’aéroport tôt dans la matinée, sur la prise de position du ministre de l’Outre-mer, il avait déjà noté "je ne pense pas que François Baroin ait voulu remettre en cause le Code de la nationalité. Il s’est interrogé sur la possibilité d’adapter notre législation aux réalités de ce territoire (Mayotte - ndlr). On peut poser des questions, on peut réfléchir, pour le reste, on verra".
À la mairie, il a précisé que pour lui "l’immigration zéro n’a aucun sens, pas plus que l’immigration sans entrave". Il s’est déclaré pour une "immigration choisie destinée à tourner le dos au laxisme des uns et à la xénophobie des autres. C’est parce que la France doit être ouverte et généreuse qu’elle doit être exigeante avec ceux qu’elle accueille en son sein".

Visite de la mosquée
LE ministre de l’Intérieur reviendra sur le thème de l’immigration lors de sa visite à la mosquée dionysienne Noor-E-Islam (la lumière de l’Islam) qui fête son centenaire cette année. Mais cette fois, c’était pour mettre en exergue la diversité du peuple réunionnais. "Lorsque vos ancêtres sont venus de l’Inde lointaine, ils avaient forcément des rêves car on n’immigre pas par hasard. Ils avaient des rêves de vie meilleure. En venant, ils ont apporté une nouvelle couleur à l’arc-en-ciel réunionnais et vous, à votre tour, vous avez su enrichir ce creuset", soulignait Nicolas Sarkozy en s’adressant aux musulmans. À noter aussi la présence à la mosquée du Comité de dialogue interreligieux composé des représentants de toutes les religions pratiquées dans l’île.
Faisant référence au contexte international et national où les musulmans sont souvent montrés du doigt si ce n’est pris à partie, le ministre de l’Intérieur disait "le fait religieux, et en l’occurrence la religion musulmane, n’est nullement un problème pour la République mais une richesse complémentaire, dès lors que les règles qui régissent notre pacte républicain sont respectées de tous". Il ajoutait à l’adresse des musulmans "vous avez fait la démonstration que l’on peut être un vrai républicain tout en étant musulman. Votre apport est capital pour la France toute entière".
Au Conseil général, lors de la clôture des travaux, il a élargi son propos pour souligner : "la laïcité à la réunionnaise est un modèle pour la laïcité à la française". Il a estimé que "les religions ont joué un rôle essentiel dans la construction de cette harmonie réunionnaise". Il a conclu en affirmant "le formidable modèle de “vivre-ensemble” de La Réunion, doit servir de modèle à la République".
Nicolas Sarkozy a terminé la première journée de son séjour en prenant sa casquette de président de l’UMP. C’est en effet en tant que chef de parti qu’il a tenu un meeting à Champ Fleuri. Aujourd’hui le ministre de l’intérieur sera dans l’Est et le Sud.

"La Réunion, un modèle pour la France"


"La laïcité à la réunionnaise est un modèle pour la laïcité à la française". C’est ce qu’a déclaré Nicolas Sarkozy lors de la cérémonie de clôture du forum sur la laïcité.
Nicolas Sarkozy a souligné "le formidable modèle de vivre-ensemble" de La Réunion, sur lequel, la Métropole devrait, selon lui, prendre exemple. Pour le ministre de l’Intérieur, les religions ont joué un rôle essentiel dans la construction de cette harmonie réunionnaise.
Le ministre a évoqué également la place des musulmans en France et salué le fait que La Réunion vit avec ses différentes religions, y compris l’Islam. Il affirme que si ce modèle de “vivre-ensemble” est possible à La Réunion, il doit l’être également dans les banlieues de Paris, Lyon ou de Marseille. "S’il faut pour cela amender quelques articles de la loi de 1905, je ne vois pas pourquoi nous l’interdirions".
La présidente du Conseil général, Nassimah Dindar, a déclaré pour sa part qu’il est nécessaire à La Réunion de "fixer les conditions d’une juste intégration des confessions religieuses dans le jeu de la vie sociale". Monseigneur Gilbert Aubry, évêque de La Réunion, a abordé la question de la modification du calendrier des jours fériés. Nicolas Sarkozy ayant déclaré qu’il ne fermait pas la porte à la proposition, mais que la question restait malgré tout complexe, l’évêque de La Réunion a dit interpréter cette réponse comme "une invitation à la prudence et à la réflexion".

Au fil des discours


o À propos du chômage
"Il faut arrêter de dire que l’on a tout essayé contre le chômage. On a tout essayé sauf ce qui a marché ailleurs".
o À propos de la filière canne
"L’objectif de diminution des prix au profit des consommateurs et des pays en développement ne justifiera jamais la fragilisation d’un savoir-faire agricole et industriel, d’un mode de vie ancestral, et d’une région entière".
o À propos de la position de l’État
"Il est temps que l’État se mette au diapason des peuples et territoires qu’il est censé représenter".
o À propos de la délinquance
Nicolas Sarkozy observe qu’à La Réunion, après deux années de baisse successive de la délinquance (dont un recul de 12% de la délinquance de voie publique) les résultats sont mitigés. Il entend ainsi mobiliser les services, recadrer les objectifs et étoffer les moyens.
Source : Témoignages, 30 septembre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11117


 

Opération de police "Négro kont Komor" à La Réunion


La mairie du Port s'indigne
Le maire du Port, Jean-Yves Langenier, s'est dit "horrifié" et "blessé" d'apprendre qu'une opération de police, prévue selon ses informations pour ce soir, en ville du Port, a porté le nom de code "Négro kont komor". Circonstance aggravante, elle était programmée pour le "jour d'ouverture du Festival du film d'Afrique, symbole d'ouverture politique à la zone de l'océan Indien".
L'information est parvenue au maire du Port hier matin, dans la manifestation de l'Intersyndicale, d'une source suffisamment fiable pour ne pas être traitée comme une "rumeur". Selon Jean-Yves Langenier, qui a opéré des recoupements, l'information rapportée par une source sûre, n'a pas été infirmée par d'autres sources, tout aussi fiables.
Elle a été considérée comme suffisamment grave pour appeler une riposte immédiate : dans la manifestation d'une part et lors d'une conférence de presse tenue en début d'après-midi à la mairie du Port.
Jean-Yves Langenier admet qu'il sait très peu de chose sur l'opération prévue. Ce qui a choqué tout le monde est le "nom de code" dont elle a été affublée, d'après la fuite : "Négro kont Komor" ! C'est cette indignité qu'ont dénoncé, avec le maire du Port, la députée Huguette Bello, la sénatrice Gélita Hoarau, le secrétaire général du PCR, Élie Hoarau et Cyrille Lebon du Mouvement de la gauche écologiste. Ils ont tous exprimé leur solidarité dans le rejet d'une action qui, a dit Jean-Yves Langenier, "expose La Réunion à des dérives".
"Nous pouvons affirmer que notre information ne souffre aucun doute. Nous ne pouvons pas accepter cela et nous attendons des autorités une réponse appropriée, pour que les choses reviennent à la normale", a ajouté le maire du Port.

Démenti de La Préfecture
La sénatrice Gélita Hoarau a dit sa "solidarité" dans la révolte. "Ici, il n'y aura aucun projet viable si on n'assure pas l'unité du peuple réunionnais", a-t-elle ajouté en soulignant la proximité de ce fait avec la visite du ministre de l'Intérieur. "C'est une raison de tristesse" a-t-elle dit.
Huguette Bello, députée de la 2ème circonscription, a cité Bertold Brecht ("...le ventre est encore fécond d'où a surgi la chose immonde") et plusieurs pages sombres de l'histoire réunionnaise, avant de fustiger les instigateurs de l'opération - "Des ignorants qui font insulte à la population réunionnaise".
Cyrille Lebon pour le MGER et Élie Hoarau pour le PCR, ont dit leur "indignation" et leur volonté d'alerter l'opinion publique. "On attend une réponse du Préfet. Nous sommes prêts à lui démontrer que nous sommes tous des "négros" et des "komor"", a ajouté le secrétaire général du PCR en dénonçant "la dérive d'une haute administration".
Le démenti de la Préfecture, envoyé environ un quart d'heure avant la conférence de presse, n'a pas paru être à la hauteur de l'événement. Le communiqué de la Préfecture parle d'une "rumeur absolument scandaleuse qui porte atteinte à l'honneur de la police nationale et aux fonctionnaires qui la servent dans des conditions souvent difficiles".
"Si le préfet prend cela sur le ton de la "rumeur", cela veut dire qu'il pense que Jean-Yves Langenier peut dire n'importe quoi. C'est intolérable", a répliqué Élie Hoarau.
Jean-Yves Langenier a réaffirmé que "l'information est fiable et qu'elle portait sur un fait réel", ajoutant qu'il y a dans l'île un certain nombre de personnages susceptibles de déclencher ce genre d'opération.
Le ton des intervenants et celui de Jean-Yves Langenier a été celui de la fermeté, pour réclamer une clarification de la part de l'administration.
Source : P. David , Témoignages, 5 octobre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11206

Dangereuses dérives
Lors de la manifestation d'hier, une information concernant une opération de la police nommée par des propos racistes a soulevé l'indignation de nombreuses personnes. Nous reproduisons ci-après la réaction du Parti communiste réunionnais sur ce sujet, publiée hier par son bureau de presse.OITS HUMAINS
"Ce matin (hier matin - NDLR), mardi 4 octobre, la mairie du Port a été informée qu'une opération de sécurisation allait être conduite sur le territoire communal. De sources diverses et fiables, il est apparu que cette opération se déroulerait sous le nom de code "négros contre Comores".
Avec la pondération qui caractérise ses actes, le maire du Port s'est adressée à diverses autorités pour obtenir l'infirmation d'une appellation aussi scandaleuse. Vainement.
Après une longue concertation à laquelle, outre le maire du Port, Jean-Yves Langenier, ont participé Mmes Huguette Bello et Gélita Hoarau, députée et sénatrice de La Réunion ainsi que M. Élie Hoarau, Secrétaire général du PCR, deux démarches ont été faites en direction de Monsieur le Préfet de La Réunion. Informée de cette appellation inacceptable, l'une des proches collaboratrices de M. le Préfet de La Réunion a promis, à deux reprises que les apaisements demandés seraient apportés et qu'elle transmettait immédiatement au Préfet de La Réunion la demande d'audience formée par le maire du Port, la députée Huguette Bello, la sénatrice Gélita Hoarau. Les coordonnées téléphoniques nécessaires ont été communiquées à cette proche collaboratrice du Préfet mais, deux heures plus tard, la préfecture - en dépit des assurances prodiguées - n'avait toujours pas trouvé le temps pour une audience ni même pour un appel téléphonique.
À l'issue de la manifestation, tandis que l'ordre de dispersion avait été donné, un collaborateur du préfet a contacté les responsables de l'intersyndicale en leur demandant d'informer Mmes Bello et Hoarau et M. Langenier de ce que M. le Préfet souhaitait les recevoir. Constatant le départ des trois élus, le collaborateur faisait droit à la demande d'audience de l'Intersyndicale. Il est très vite apparu que cette délégation serait reçue non par M. le Préfet, mais par l'un des membres de son administration.
La dénomination d'une opération de sécurisation directement placée sous l'autorité de M. le Directeur de la Sûreté a fait l'objet d'un démenti préfectoral adressé à la presse au cours de la conférence de presse tenue en mairie du Port par M. Jean-Yves Langenier, Mmes Huguette Bello et Gélita Hoarau, MM. Cyril Lebon et Élie Hoarau. À aucun moment l'autorité préfectorale n'a tenté de joindre les deux parlementaires de La Réunion et/ou le maire du Port qui avaient sollicité une audience dès 9 h 30.
Dans ce communiqué, l'autorité préfectorale parle de "rumeur". Pourquoi, s'il s'était réellement agi d'une vulgaire "rumeur" avoir adopté une attitude aussi méprisante à l'encontre de deux parlementaires, d'un maire ?
Pourquoi le démenti préfectoral, plutôt que de s'expliquer clairement sur la dérive que représente une dénomination dangereuse emprunte-t-il le chemin stérile du procès d'intention ? À aucun moment le caractère légitime des actions décidées n'ayant été remis en cause, pourquoi user d'un argument tel que : "il n'y aura pas, à La Réunion, de zone de non droit".
Enfin, il serait bon que le "vouloir vivre ensemble" à la construction duquel les forces vives de La Réunion - et singulièrement le PCR - n'a cessé de contribuer ne soit pas une formule commode utilisée à l'encontre des ces mêmes forces vives.
L'argumentation de M. le Préfet se trouve contredite par toute une série de déclarations et d'actes qui augurent mal du devenir de ce "vouloir vivre ensemble" patiemment édifié et toujours fragile.
LES déclarations sont celles de M. le Ministre des DOM-TOM, relayées et amplifiées localement par des membres de la majorité allant jusqu'à réclamer des mesures de contrôle renvoyant aux pires périodes de l'Histoire de la République. Les actes sont ceux survenus lundi 3 octobre à Mayotte sous l'égide du député UMP et du Préfet de Mayotte.
Il est, selon nous, particulièrement irresponsable de stigmatiser telle ou telle communauté indianocéanienne. Il est extrêmement inquiétant de n'avoir pas entendu M. le Préfet de Mayotte condamner avec autant de vigueur que l'a fait M. le Préfet de La Réunion, les appels à la vindicte populaire, appuyés par des tracts - qui ne sont pas des rumeurs - appelant les Mahorais à s'armer et à se défendre contre les Anjouanais.
De tout temps l'Histoire nous enseigne que la stigmatisation de la différence est dangereuse, de tout temps nous savons tous qu'en période de crise le laisser-faire en cette matière s'est toujours révélé néfaste et conclu tragiquement.
S'il y a bien des faits auxquels il convient de mettre rapidement le holà, ce sont ces dérives racistes qu'il convient de cerner sans détour. Rappelons que, sous l'incitation à la haine anti-comorienne se dissimule une dénonciation de la présence des citoyens français de Mayotte à La Réunion et, in fine, la stigmatisation des pratiquants d'une religion, l'Islam.
L'année passée, suite à une accusation hâtive, le début du mois de Ramadan a vu l'arrestation d'une violence injustifiable, d'un couple soupçonné - à tort - d'activités terroristes. Cette année, au tout début du mois de Ramadan, à quels débordements sommes-nous promis ?
Le PCR veut rappeler que les gouvernements, les régimes politiques, les lois sont éphémères. Seule, sur des millénaires, la géographie est immuable. La Réunion restera là où elle se trouve pour de longs siècles. Mayotte restera voisine d'Anjouan pour des millénaires. Tenir compte de ces données exige donc que les responsables - de passage ou résidant de façon permanente à La Réunion - prennent l'habitude de réfléchir aux conséquences de leurs propos et de leurs actes dans le cadre, non seulement de la consolidation d'un vivre ensemble réunionnais mais également indianocéanique. L'indispensable co-développement régional récemment approuvé par les responsables de la COI, dont le Président Chirac, et le Commissaire européen, M. Louis Michel, ne peut se mettre en place dans un climat de vindicte, de mépris et d'excitation à la haine.
Source : Témoignages, 5 octobre 2005. URL : http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=11205