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Comores

(Ngazidja [Grande Comore], Mohéli, Anjouan, Mayotte annexée par la France)

Comores - Fiche pays


Nom officiel : Union des Comores
Indépendance : 6 juillet 1975


L'archipel des Comores est constitué de quatre îles situés à l'entrée Nord du canal du Mozambique : Ngazidja (Grande Comore), capitale Moroni, Nzwani (Anjouan), capitale Moutsamoudou, Mwali (Mohéli), capitale Fomboni et Maoré (Mayotte), chef-lieu Mamoudzou.
Régime politique : Assoumani AZALI est Président de la République et chef du gouvernement. Venu au pouvoir par un coup d'État en 1999, il a été élu le 14 avril 2002. La nouvelle Constitution stipule que la Présidence doit tourner entre présidents des trois îles tous les quatre ans. Une seule chambre parlementaire comprend 33 députés, dont 15 sont élus par les assemblées régionales de chaque île et 18 au suffrage universel.
Mayotte : prenant prétexte du résultat du référendum de décembre 1974, où la majorité de la population de l'île avait voté pour son maintien sous tutelle française, la France annexe Mayotte, qui est déclarée collectivité territoriale en décembre 1976, puis collectivité départementale d'outre-mer en 2001. Cette annnexion a été condamnée par l'ONU et l'OUA. Mayotte bat un record français : c'est sur son territoire que se trouve le plus grand bidonville de France, à Kawéni.
Superficie : 2 170 km2
Population : 671 000 hab.
Âge moyen : 18,61 ans
Taux de croissance de la population : 2,91%
Taux de naissances : 37,52/1000
Taux de mortalité : 8,4/1000
Devise : franc comorien (KMF) [1 Euro = 491.9677 KMF]
Langues : français et arabe (langues officielles), shikomoro (proche du swahili)
Religions : musulmans sunnites (98%), catholiques (2%)
Pour en savoir plus : http://www.comores-online.com/accueil.htm [voir notamment le portail de la presse comorienne].

 

Actu

Le président du parlement comorien juge injuste le maintien de Mayotte sous souveraineté française


Le président du parlement de l'Union des Comores, Said Dhoifir Bounou, a jugé "injuste" le maintien de Mayotte sous souveraineté française, ajoutant que "la décolonisation" des Comores reste "inachevée" du fait du statut de Mayotte dans l'archipel, selon une information en provenance de Moroni, capitale comorienne.
Said Dhoifir Bounou s'exprimait anisi samedi dernier devant des hommes politiques et des responsables d'ONG, lors d'une cérémonie commémorative de l'adhésion des Comores à l'ONU, effective depuis le 12 novembre 1975.
"Au regard de toutes nos constitutions, de la loi internationale qui prime sur le droit national ... les Comores restent un Etat composé de quatre îles", a déclaré le président de l'Assemblée nationale.
Il a également affirmé que "le dialogue franco-comorien prôné au sujet de l'intégrité territoriale des Comores et, donc du retour de l'île de Mayotte dans l'ensemble comorien, ne produisait pas les résultats escomptés".
Des Comoriens tentent fréquemment d'émigrer illégalement vers Mayotte, plus développée que l'Union des Comores.
Les Comores, archipel de l'océan Indien, ont accédé à l'indépendance de la France le 6 juillet 1975, après un référendum. Cependant, l'île de Mayotte, qui faisait partie de l'archipel et avait voté en majorité contre l'indépendance contrairement aux trois autres îles (Grande Comore, Anjouan et Mohéli), est restée française.
Samedi matin, le parlement de l'Union des Comores a adopté une résolution engageant le gouvernement à proclamer la journée du 12 novembre "journée nationale maoré (mahoraise)" chômée et payée.
Source : XINHUA, 14 novembre 2005

Vives réactions contre le colonel Azali au sujet de Mayotte


Plusieurs jours après la déclaration, le 4 novembre, du président des Comores, le colonel Assoumani Azali, de donner son accord à la participation des athlètes de Mayotte aux Jeux des îles de l'océan Indien, les réactions se font plus véhémentes et très critiques, a noté un correspondant de la PANA à Moroni.
Se succédant sur le plateau de Djabal-Télévision, Ahmed Abdallah Sambi, futur candidat à l'élection présidentielle de 2006 et Youssouf Moussa, le leader du Front démocratique (FD) à Mayotte ont eu des mots assez durs pour fustiger la déclaration présidentielle.
"La question de l'île comorienne de Mayotte n'est pas celle d'un homme, fût-il le président", a dit M. Sambi avant de souligner : "c'est la question du peuple tout entier. Le colonel Azali aurait dû le consulter, ne serait-ce que par l'intermédiaire de ses élus".
Pour le FD-Mayotte, si ces Jeux sont ceux des îles, il s'agit d'abord de Jeux d'Etats indépendants de l'océan Indien.
L'accord de M. Azali à une participation mahoraise aux Jeux des îles est une amputation de l'Etat comorien, Mayotte étant une partie des Comores telles que reconnues par le monde entier", a dit M. Moussa.
"Récemment aux Nations unies, le chef de la diplomatie comorienne a exprimé son soutien à la Chine au sujet de Taïwan, se gardant de dire le moindre mot sur Mayotte", a dit M. Moussa, faisant ainsi un clin d'oeil au ministre des Relations extérieures, un de ses anciens camarades à la direction du FD.
"Tout est programmé par la France", écrit pour sa part, dans la dernière édition de Kashkazi, Abbas Djoussouf (ancien Premier ministre déposé par le colonel Azali le 30 avril 1999) pour qui "certains représentants de la France ... doivent faire la différence entre aimer son pays et être anti-français".
Si à Moroni, la déclaration du colonel Azali est interprétée par le FD comme "l'abysse de la félonie", à Mayotte, elle a réjoui le député (UMP) Mansour Kamardine qui a vu en elle un "climat d'apaisement et de main tendue, précisant : "la diplomatie française vient d'enregistrer un résultat spectaculaire".
"Ce que nous souhaitons, c'est que le pas que viennent de franchir les autorités comoriennes en appelle d'autres", a dit le sénateur (UMP) de Mayotte, Ibrahim Soibahaddine.
Source : PANAPRESS, 12 novembre 2005

La mission parlementaire d'information sur l'immigration à Mayotte mise en place


La mission d'information sur l'immigration à Mayotte a désigné hier René Dosières (PS) comme président et Didier Quentin (UMP) comme rapporteur, a-t-on appris de source parlementaire. La mission débutera dès la semaine prochaine ses travaux avec l'audition du ministre de l'Outre-mer François Baroin. Elle devrait achever ses travaux en février 2006. Les onze membres de la mission, dont les travaux ne seront pas ouverts à la presse, ont prévu de se rendre à Mayotte en décembre. La mission comprend six députés UMP, trois PS, un UDF et un communiste.
Source : www.clicanoo.com, 9 novembre 2005

Le président Azali joue l'apaisement et parle d'échanges sportifs quand il s'agit de droit


Le président comorien, Ansoumani Azali, a souligné vendredi à Moroni à l`occasion de la fête de l`Aid El Fitr marquant la fin du ramadan, au sujet de l`île comorienne de Mayotte, que le linge sale se lave en famille, a appris la PANA dans la capitale comorienne.
Le président Azali a révélé sa volonté d`ouvrir des ponts avec les "frères mahorais" permettant un échange de tout ce qui est possible à commencer par le sport avec la participation des jeunes de Mayotte aux Jeux des îles de l`Océan indien.
"Cela nous permettra d`évoluer positivement dans le traitement de cette question" de Mayotte, a dit le chef de l`Etat, précisant que "c`est la réponse amicale et fraternelle que nous donnons à nos frères mahorais" au lendemain des expulsions des Comoriens traités à Mayotte de clandestins.
Mais, pour de nombreux observateurs sur place à Moroni, cette position ressemble à une capitulation du gouvernement dans la résolution du problème de l`île comorienne de Mayotte.
"Si je me refuse à qualifier les propos du président, j`adhère amèrement à une telle position qui, à mon sens, vient donner un coup d`accélérateur au séparatisme qui gangrène le pays depuis 1997", a indiqué vendredi sous couvert de l`anonymat un fonctionnaire du ministère des Relations extérieures.
Selon un journaliste de Al-Watwan, "une participation de Mayotte aux Jeux des îles de l`Océan indien est une aberration", car s`est-il interrogé, "comment peut-on imaginer une rencontre qui opposerait l`équipe de l`île comorienne de Mayotte à l`équipe nationale des Comores?".
Source : www.angolapress-angop.ao, 6 novembre 2005

Appel à l'aide : conférence des bailleurs de fonds des Comores le 8 décemùbre à Maurice


par Jean-Dominique Geslin, envoyé spécial à Moroni, www.jeuneafrique.com, 6 novembre 2005

Plus que jamais, l'archipel a besoin d'aide. Et c'est pour y répondre que se tiendra le 8 décembre à Maurice la conférence des bailleurs de fonds en faveur de l'Union des Comores. Organisé sous l'égide de l'Union africaine (UA), coprésidé par le président sud-africain Thabo Mbeki et le Premier ministre mauricien Navin Ramgoolam, ce sommet tant attendu doit permettre au gouvernement de mobiliser les ressources nécessaires à la relance de son économie après la crise institutionnelle qui secoue le pays depuis 1997. Moroni a chiffré les besoins de financement du pays pour la période 2006-2009 à 126,1 milliards de francs comoriens, soit 256 millions d'euros. Un montant qui peut paraître élevé, mais qui, selon les autorités, est nécessaire pour permettre au pays de consolider la réconciliation nationale et d'honorer ses engagements extérieurs tout en luttant contre la pauvreté.

Estimée à 65 millions de dollars par an au début des années 1990, l'aide au développement a chuté à moins de 14 millions de dollars après la crise anjouanaise. Cette baisse de l'aide internationale conjuguée à l'effondrement des recettes d'exportation a exacerbé la crise que traverse le pays. « Cette conférence annoncée depuis 2001 va enfin se tenir, se félicite le président Azali Assoumani. Il est temps que la communauté internationale comprenne que nous avons tourné la page de l'instabilité. Certes, les dépenses publiques ont augmenté. Mais il ne s'agit pas de dépenses fantaisistes : la démocratie a un coût. Le pays a besoin de consolider le processus de réconciliation. Dans cet objectif, la Conférence des bailleurs de fonds sera décisive. »

C'est dans un climat relativement incertain que les « Amis des Comores » se réuniront à Port-Louis, et les enjeux auxquels le pays se trouve aujourd'hui confronté sont multiples. Tout d'abord, sur le plan économique, le pays, qui fait actuellement l'objet d'un programme de surveillance de la part du Fonds monétaire international (FMI), doit effectuer les réformes nécessaires pour pouvoir bénéficier en 2006 d'une Facilité pour la réduction de la dette et pour la croissance (FRPC). Ce qui lui permettra ensuite d'être éligible à une réduction de sa dette au titre de l'initiative PPTE (pays pauvres très endettés). Or l'échéance pour en bénéficier est fixée au 31 décembre 2006, et les Comores doivent impérativement décrocher la FRPC avant cette date. Le temps presse et la prochaine mission du FMI, prévue à la fin de ce mois, sera déterminante. Les experts attendus à Moroni vont évaluer les progrès économiques effectués et rendront leur verdict en décembre.

Toutefois, il faut reconnaître que le pays a souffert d'une conjoncture particulièrement défavorable. La chute des cours mondiaux de la vanille a réduit de manière catastrophique les entrées de devises. Sur le marché international, les prix se sont effondrés, passant à 100 euros le kilo de vanille préparée en 2004, contre 400 euros l'année précédente. Du coup, la production comorienne, qui s'élevait à 140 tonnes en 2002, est tombée à 60 tonnes en 2004, et les stocks invendus se sont accumulés. Pour les Comores, la baisse des cours cumulée à celle de la production s'est traduite par une chute catastrophique des recettes d'exportation dont la valeur est passée de 9,1 milliards (18,5 millions d'euros) à 1,8 milliard de FC (3,65 millions d'euros) entre 2003 et 2004.

Dans le même temps, le prix des carburants s'est mis à flamber. Le 22 septembre dernier, le gouvernement a annoncé l'augmentation du litre de gasoil de 350 à 600 FC et de celui d'essence de 500 à 700 FC, provoquant aussitôt la colère de la population. Décidée dans l'urgence parce que la Société nationale des hydrocarbures (SNH), qui gère les importations, redoutait de ne pouvoir honorer ses engagements, cette hausse des tarifs a suscité des émeutes qui ont fait un mort et une quinzaine de blessés. Depuis, le gouvernement a pris des mesures d'allègement fiscal pour compenser partiellement une baisse du pouvoir d'achat, mais la situation sociale reste très tendue.

Alors que l'économie reste très sensible aux variations des matières premières, les nouvelles institutions de l'Union, qui se caractérisent surtout par leur multiplicité, s'avèrent particulièrement budgétivores. Les moyens financiers collectés sont devenus trop faibles pour le nouveau train de vie de l'État. Avec 88 députés, 4 parlements, 4 gouvernements (environ 45 ministres) et 4 présidents élus, l'appareil étatique comorien est devenu ubuesque. Souvent paralysée par les conflits de compétence et d'intérêts, cette structure censée favoriser la réunification du pays et ressouder les différentes îles entre elles semble parfois être un facteur supplémentaire de division, et empêche tout assainissement des finances publiques.

Enfin, les prochaines échéances politiques risquent de grever encore un peu plus le budget de l'État. En effet, la nouvelle Constitution stipule que la présidence de l'Union des Comores doit normalement obéir à une rotation entre les trois îles qui la composent. Élu en avril 2002 à la tête du pays, le colonel Azali Assoumani cédera son fauteuil en avril 2006. La présidence de l'Union reviendra à un candidat d'Anjouan, et une « primaire » devra permettre aux Anjouanais de choisir les trois meilleurs candidats issus de leur île. Ces trois personnalités seront ensuite départagées par les suffrages de tous les citoyens de l'Union. Cette opération est non seulement risquée pour la stabilité du pays, mais aussi coûteuse à organiser. Mais pour les partisans de l'Union, cette « tournante » va enfin permettre d'impliquer plus l'île d'Anjouan dans la vie de la nation et de renforcer l'unité nationale. Si l'actuelle Constitution résiste à l'épreuve des urnes, elle confirmera que le pays est bien sorti de la zone de turbulences et entre en convalescence.

Toutefois, les fractures laissées par la poussée de fièvre séparatiste des années 1990 restent à réduire. L'Union a toujours deux universités, deux sociétés publiques de distribution d'hydrocarbures, et l'armée nationale ne s'est toujours pas redéployée à Anjouan, où la gendarmerie locale incarne l'autorité. De plus, si les conflits de compétence constatés l'an dernier entre le gouvernement de l'Union et les exécutifs insulaires ont été réglés (en théorie) par la loi, les tensions demeurent, dans les faits, très palpables.

Enfin, le pays rencontre d'autres difficultés qui fragilisent encore sa situation. Depuis le mois de septembre, les Comoriens installés clandestinement à Mayotte (estimés à 55 000 sur 240 000 habitants) ont été déclarés indésirables par la population, sensible aux arguments du député UMP mahorais Mansour Kamardine. Après les propos du ministre français des DOM-TOM, François Baroin, remettant en question le droit du sol dont bénéficient les enfants des Comoriennes qui accouchent sur l'île française de Mayotte, ce sont des manifestations anticomoriennes qui ont éclaté, et certains ressortissants ont rejoint Anjouan. Mais les revenus versés par cette diaspora (environ 22 milliards de FC par an) risquent de faire cruellement défaut aux autres îles. Une raison de plus pour les donateurs de répondre à l'appel des Comores.

Djaanfar Salim Allaoui, ministre de l'intérieur d'Anjouan : "La France ne peut filer à la française"


Source : Témoignages, La Réunion, 9 novembre 2005 (page 4)
"La France a une responsabilité historique vis-à-vis de l'archipel des Comores", estime le ministre de l'Intérieur d'Anjouan, Djaanfar Salim Allaoui en affirmant que Paris doit "trouver le cadre légal le mieux approprié pour que Mahorais et Anjounais vivent harmonieusement". Il souligne également "qu'une bonne partie des élus de Mayotte, par intérêt politicien, attise le climat xénophobe anti Anjouanais". Interview.
DROITSHUMAINS
o Mayotte et Anjouan ne sont distantes que de 70 kilomètres, on dit souvent que les peuples des 2 îles sont liés par le sang, l'histoire et la culture, alors comment a-t-on pu arriver à une telle tension entre les 2 communautés ?

L'Histoire de l'archipel et en particulier la période de la colonisation portait en elle les germes de la situation actuelle. Elle était d'ailleurs prévisible.
Anjouan ayant demandé son rattachement à la France en 1997, nous respectons bien-sûr le choix fait par Mayotte en 1974 et 1976 de rester dans l'ensemble français. Il n'en demeure pas moins que nous avons été artificiellement séparés lors de la décolonisation. À Anjouan, la séparation avec Mayotte a été encore plus durement ressentie que dans les 2 autres îles comoriennes (la Grande Comores et Mohéli - NDLR). Nos 2 peuples sont en effet fortement métissés. Les Mahorais et les Anjouanais ont tous des parents ou des proches dans l'autre île. Des familles, des frères, des s¦urs se sont ainsi retrouvés séparés à l'indépendance. En 1993 - 1994, le gouvernement Balladur a encore compliqué la donne en imposant un visa pour les ressortissants comoriens voulant entrer en territoire français.

o L'État comorien impose aussi un visa aux étrangers, y compris aux Mahorais, entrant sur son territoire.

C'est vrai, mais il s'obtient en une minute à l'arrivée à l'aéroport. La réciproque n'est pas vraie. Pour les Comoriens et donc les Anjouanais, les demandes de visas doivent se faire des semaines voire des mois à l'avance. L'ambassade de France les distille aux compte-gouttes et les dossiers, si complets soient-ils, comporteront toujours une pièce manquante. Les Anjouanais ne peuvent qu'avoir le sentiment d'être victimes d'un comportement discriminatoire. De plus, alors que l'ancienne puissance coloniale entre autres laissait les Comores s'enfoncer dans la récession, Mayotte, grâce aux financements de la France, s'engageait dans la voie du développement. Au fil des ans, le décalage économique, en termes de pouvoir d'achat et d'emploi, ainsi que le décalage sanitaire sont devenus énormes. Il est évident que comparée au reste des Comores, Mayotte, entretenue artificiellement par les financements de la France, fait figure de terre promise.

o Les peuples anjouanais et mahorais sont métissés dites-vous, comment expliquez-vous le sentiment anti-anjouanais qui se manifeste fortement à Mayotte ?

Une bonne partie des élus de Mayotte porte une lourde responsabilité dans cet état de fait. Ce sont eux qui, par intérêt politicien, attisent ce climat xénophobe. Certains le font alors qu'ils sont eux-mêmes à moitié Anjouanais, ce qui est le cas de Mansour Kamardine (député UMP de Mayotte et principal instigateur de la campagne pour l'expulsion des "sans papiers" - NDLR). Il est vrai aussi que beaucoup de Mahorais n'acceptent pas de reconnaître qu'ils sont métissés. À mon sens, la principale raison à cela est qu'ils se sentent écartés des circuits de décisions et des circuits économiques tenus par la France. Leur rejet de l'autre, en l'occurrence de l'Anjouanais, devient alors leur seul moyen de se prouver leur appartenance à la France.

o Selon les statistiques de l'INSEE, un quart de la population de Mayotte n'est pas ne nationalité française. Les Mahorais parlent de trop-plein...

Là aussi, il faut se référer à l'Histoire. En 1974, il n'y avait que 60.000 habitants à Mayotte. On a alors encouragé les Comoriens et notamment les Anjouanais, traditionnellement durs à la tâche, à venir s'installer à Mayotte. Le fait qu'ils n'aient pas de papiers n'a posé aucun problème. Au contraire, comme il s'agissait d'une main-d'¦uvre pas chère, les Anjouanais ont été employés et continuent à être employés clandestinement par tout le monde, y compris par les élus qui crient aujourd'hui au "trop-plein". Je le dis et je le répète, les Anjouanais ont la culture du travail. Ils sont agriculteurs, maçons, charpentiers, soudeurs... Ils ont de l'ambition. Malgré les bas salaires, beaucoup d'entre eux se sont élevés dans l'échelle sociale. Ils sont devenus un élément incontournable dans le fonctionnement de l'économie mahoraise.
Ils ont construit des maisons, acheté des voitures, leurs enfants réussissent leurs études et voilà brusquement qu'ils deviennent indésirables. C'est curieux.

o Au-delà de ces éléments, il se pose un problème bien réel d'immigration clandestine. Mansour Kamardine qualifie les 70 kilomètres de mer entre Anjouan et Mayotte de "4 voies à sens unique" pour les immigrés en situation irrégulière.

Pour ma part, je qualifierais plus ce bras de mer de plus grand cimetière du monde tant sont nombreux les naufrages de kwassas kwassas chargés d'être humains en quête d'une vie meilleure. C'est dire s'il y a effectivement un problème. La France nous a demandé d'enrayer le phénomène en verrouillant nos frontières. Avec les moyens qui sont les nôtres, et ils sont très faibles, nous avons tenté de le faire en espérant que la France serait sensible à ce geste et qu'elle nous aiderait à fixer notre population chez nous. Nous avons recruté 487 agents municipaux spécialement chargés de la surveillance des côtes et payés sur le budget de l'État d'Anjouan, pas sur celui de l'Union. Nous avons organisé des patrouilles et procédé à des arrestations de passeurs, l'aide de la France n'est jamais venue. Nous avons fini par abandonner la surveillance après qu'un agent ait tiré sur un passeur.

o Pourtant, compte tenu du fort sentiment anti "sans papiers" qui agite Mayotte et des risques toujours possibles d'escalade dans la violence, il faudra bien trouver une solution.

Absolument et nous estimons que c'est à la France de trouver le cadre légal le mieux approprié pour que nos 2 peuples puissent vivre harmonieusement. Nous ne disons pas cela pour nous défausser - nous sommes prêts à tous les efforts -, mais simplement parce que nous nous basons sur la réalité historique. Par son passé et son action dans l'Histoire récente de l'archipel, la France a de lourdes responsabilités dans la situation actuelle. De ce fait, elle ne peut "filer à la française" et assister en spectatrice au bain de sang qui en train de se préparer à Mayotte si on laisse les choses perdurer. Il y a un déficit de dialogue entre Paris et nous. Nous lui renouvelons notre appel à aider notre peuple à se fixer ici à Anjouan. Nous le faisons de manière d'autant plus pressante que nous sommes désormais confrontés à un nouveau problème, celui du retour massif dans l'île de notre diaspora chassée de Mayotte. Nous ne pourrons pas faire face longtemps à cet afflux de population.

o À quel type d'aides pensez-vous précisément ?

Il faudrait nous aider à construire des hôpitaux, à développer notre système éducatif et notre agriculture. Il s'agirait non seulement d'une solution durable au problème de l'immigration clandestine, mais cela reviendrait moins cher à l'État français que d'affréter des avions pour reconduire les clandestins à la frontière.

o Vous parlez de déficit de dialogue, pourtant les contacts entre la France et l'Union des Comores existent. Il y a eu des rencontres, des échanges

Effectivement, tout cela se passe entre la France et l'Union, pas entre la France et Anjouan. Or l'Union se fiche de ce qui se passe chez nous. Nous avons même l'impression que la situation actuelle la satisfait pleinement. Il n'y a qu'à écouter le silence assourdissant du président de l'Union sur la chasse aux Anjouanais qui a lieu à Mayotte pour s'en convaincre.

o Mais la mise en place d'échanges et de relations approfondies ne peut se discuter que d'État à État, donc de Paris à Moroni.

Paris doit se rendre compte qu'Anjouan est son meilleur interlocuteur et son meilleur allié dans l'Union.

Source : www.temoignages.re, 9 novembre 2005

Jean-Paul Kihl, préfet de Mayotte : "Un sentiment de trop plein"


Source : Témoignages, La réunion, 9 novembre 2005

Si les Anjouanais sans papiers sont rejetés par les Mahorais, c'est que ces derniers "ont le sentiment" d'être arrivés à une situation de "trop plein", remarque le préfet de Mayotte. Il note que l'implantation importante de ressortissants d'Anjouan en situation irrégulière incombe aussi aux Mahorais. Il pense que les propos tenus par certains élus de Mayotte à l'encontre des "sans papiers" sont plus borderline (à la limite - NDLR) que xénophobes et il estime qu'il faut les juger "à l'aune locale, pas à l'aune de l'occident". Entretien.
DROITS HUMAINS
o Selon vous, à quoi est due l'actuelle exacerbation du rejet des Comoriens et notamment des Anjouanais en situation irrégulière à Mayotte ?

Le sentiment que l'on arrive à un trop plein. Les Mahorais estiment qu'ils ont fait le bon choix en 1974 et 1976 (lors des deux référendums pour ou contre l'indépendance - NDLR) en restant Français et que dès lors ils ne sont pas condamnés à supporter les Anjouanais. En fait, il y a un sentiment de patriotisme mahorais qui trouve écho chez les élus locaux. C'est un mouvement général, personne ne reste à l'écart.

o Il y a pourtant toujours eu des Anjouanais à Mayotte...

Il faut être clair, il n'est pas question ici des étrangers en séjour régulier dans l'île, mais de la population en situation irrégulière. Le nombre de celle-ci ne cesse d'augmenter. Les Mahorais ont maintenant le sentiment que le seuil est dépassé. Ce sentiment est basé sur des faits concrets. Le système scolaire de Mayotte forme des jeunes qui malgré leurs diplômes n'arrivent pas à trouver de travail et sont condamnés à partir à La Réunion ou en métropole. Ils sont en effet en concurrence avec des clandestins acceptant de travailler pour des salaires défiant toute concurrence.

o Cette situation n'est pas récente. Au vue du ralentissement des activités économiques engendré par le départ récent de beaucoup d'entre eux, il paraît évident que les Anjouanais "sans papiers" sont totalement intégrés dans l'économie mahoraise. Ils sont employés par tout le monde.

Il est vrai que Mayotte a toujours fonctionné avec une économie souterraine. Il est donc également vrai que les Mahorais portent aussi une part de responsabilité dans le fait qu'il y ait autant de clandestins dans l'île.

o Peut-on pour autant exclure la responsabilité de l'État à qui il revient de protéger les frontières ?

D'importants moyens de surveillance sont déjà en place. Je pense notamment aux patrouilles maritimes et aux contrôles de papiers dans les villes et villages. Ces moyens sont sans cesse renforcés. La gendarmerie maritime a été dotée cette année d'une seconde vedette rapide. Deux nouveaux radars seront opérationnels d'ici la fin 2005. La marine nationale, les douanes, la gendarmerie travaillent collectivement pour une meilleure efficacité. 41 kwassas kwassas (bateaux de pêche chargés d'étrangers sans papiers - NDLR) ont été interceptés sur les 10 premiers mois de cette année contre 31 en 2004. Cela dit, le périmètre à contrôler est immense, et sauf à construire un mur tout autour de l'île, des gens arriveront toujours à passer entre les mailles du filet.

o Le sentiment anti Anjouanais est très fort à Mayotte. Vous ne craignez pas des débordements ?

Si on laisse la population en situation irrégulière augmenter, il peut effectivement y avoir des mouvements de violence.

o Lesquels ont déjà eu lieu. Dans les villages, des Anjouanais sans papiers se plaignent d'avoir eu leurs maisons pillées et leurs échoppes brûlées sur les marchés. Des personnes ont manifesté devant des écoles primaires pour exiger le départ des élèves anjouanais.

Personne n'a été assassiné. Les Mahorais sont des gens pacifiques. Les gendarmes et les policiers sont partout attentifs à faire respecter la loi. Nous sommes dans un État de droit. Les actions à l'encontre des étrangers sans papiers doivent se faire dans le strict respect des procédures réglementaires. Je l'ai rappelé à tous, et notamment aux élus, à plusieurs reprises. Ces élus ont eux-mêmes appelé au calme...

o En disant, notamment, comme l'ont fait certains d'entre eux que les Mahorais doivent se débarrasser de leurs Anjouanais ?

Ces élus ont surtout rappelé à la population qu'il est illégal d'héberger ou de faire travailler un étranger en situation irrégulière.

o Ce rappel à la loi doit-il prendre la forme de discours pour le moins douteux ? Les propos tenus par certains hommes politiques locaux affleurent la xénophobie...

Je dirais plus que certains de ces propos sont borderline (à la limite de l'acceptable - NDLR). Il faut juger tout cela à l'aune locale et pas l'aune de l'occident. Il ne faut pas dramatiser.

o Juger à l'aune de la République, l'utilisation de propos xénophobes est pénalement condamnable. N'est-il pas temps de faire appliquer la loi afin de porter un coup d'arrêt à l'escalade verbale ?

On ne pourra donner ce coup d'arrêt que si quelqu'un franchit la ligne, et croyez-moi, le premier qui le fera s'exposera immédiatement à une action pénale. Nous sommes parfaitement décidés à ne pas laisser faire.

Reportage Imaz Press Réunion

La filière africaine
Des piles de passeports d'Afrique de l'Est et de Madagascar ont été abandonnés à Anjouan par leurs propriétaires qui, selon les autorités anjouanaises, sont ensuite entrés clandestinement en Europe via Mayotte.
Mayotte, via Anjouan, serait-elle en train de devenir une voie d'accès vers l'Europe pour les habitants de l'Afrique de l'Est ? "Nous sommes en possession de centaines de passeports appartenant à des ressortissants africains originaires des pays de la zone des grands lacs", remarque le capitaine Affandi Inzouddine, commandant du service de l'immigration d'Anjouan. Il montre des piles de passeports entreposés dans son bureau. Presque toutes les nationalités de l'Afrique du Sud-Est sont représentées : le Congo, l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie. Les passeports malgaches sont également en nombre.
Beaucoup sont tout neufs. "Ils ont visiblement étaient faits uniquement pour permettre à ces personnes d'entrer en territoire comorien", note le capitaine Affandi Inzouddine. C'est parce que leurs possesseurs leur semblaient "douteux" que les documents ont été confisqués par la police des frontières d'Anjouan. Le but étant de s'assurer leur présence dans l'île et de tenter d'empêcher un départ clandestin. "En effet, grâce à ces passeports, ces étrangers ont pu obtenir de Moroni (la capitale de l'Union des Comores - NDLR) un visa pour séjourner temporairement sur le sol comorien, y compris donc à Anjouan", souligne l'officier de police. "Une fois qu'ils sont ici, ils se débrouillent pour prendre un kwassas kwassas et entrer clandestinement à Mayotte. Certains y restent, mais il est vraisemblable que la plupart d'entre eux se rendent ensuite en France ou ailleurs en Europe", ajoute-il. "Les possesseurs de ces passeports ont visiblement réussi leur coup", remarque Affandi Inzouddine en montrant les documents étalés devant lui en ajoutant : "ils ont littéralement disparu de la circulation à Anjouan et ils ne sont plus jamais venus réclamer leur passeport".
Le fait a été signalé à plusieurs reprises aux autorités françaises par les services du Ministère de l'Intérieur d'Anjouan.

Les chiffres de Mayotte
o Budget - L'enveloppe budgétaire allouée par la France à Mayotte s'élève à 380 millions d'euros par an. Les recettes des droits de douanes et des impôts sont entièrement reversées au Conseil général de Mayotte
o Population (chiffres INSEE) - 1991 : 91.000 habitants dont 14% en situation. 1997 : 131.000 dont 21% en situation irrégulière. 2002 : 160.000 habitants dont 34% en situation irrégulière. C'est un rapprochement entre le nombre de cartes de séjour et celui des personnes se déclarant de nationalité étrangère qui permet d'établir le aux des "sans papiers".
o Natalité - 7.500 nouveau-nés par an. 65% d'entre eux ne sont pas de parents français.
o Allocations familiales. Les Allocations familiales sont limitées à 3 enfants et sont de 40,20 euros pour 1 enfant, 64,50 euros pour 2 enfants et 77,37 euros pour 3 enfants. Les autres enfants ne sont pas pris en charge.
o Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) - 647 euros par mois.
o Chômage - 26%. Le chiffre est très approximatif. Il n'existe pas d'indemnité chômage à Mayotte, les personnes sans emploi n'ont pas de raison de se déclarer légalement en tant que tel. Selon divers recoupements, le taux de chômage avoisinerait plus les 45%.
o Scolarisation - Rentrée 2005 : 41.979 élèves dans le 1er degré. 21.438 élèves dans le second degré dont 13.867 collégiens et 7.541 lycées.
o Baccalauréat : en 2005 : 1.444 au total et 810 lauréats (374 pour le Bac général et 436 pour le Bac technologique) En 1988, 34 candidats sur 51 avaient été reçus. En 1995, ils ont été 129 sur 197. En 2000, 346 candidats sur 542 ont été reçus. Ces chiffres regroupent le Bac général et le Bac technologique.

Luc Guyau à Mayotte : une attitude méprisante


par la Confédération paysanne, mayotte, 2 novembre 2005
Est-il possible d'imaginer en métropole que le président des chambres d'agriculture, en tant que tel, puisse officiellement se déplacer dans un département sans en informer le président de la chambre d'agriculture locale ? Evidemment non !
Pourtant, c'est bien l'attitude sectaire et partisane que Luc Guyau a adoptée lors de son déplacement à Mayotte, les 1 et 2 novembre derniers.
Pour comprendre ce comportement, il suffit de savoir que la section « agricole » de la chambre professionnelle de Mayotte (équivalent de la chambre d'agriculture en métropole) est présidée par la Confédération paysanne, qui a obtenu une large majorité lors des précédentes élections.
Les paysannes et les paysans de Mayotte ne manqueront pas, le moment venu, de se rappeler cette attitude méprisante.
Contacts : Dany SALIM, Président de la Confédération paysanne Mayotte : 02 69 69 00 45 Madi LAGUERRA, porte-parole Mayotte : 02 69 69 39 80 Jean-Jacques BAILLY, Secrétaire national : 06 80 13 44 41


Pluriactivité et agriculture à Mayotte


par Daniel Picamoles, www.agoravox.fr, 4 novembre 2005
De longue date, la mort de l'actuelle chambre professionnelle de Mayotte est prévue et annoncée. Elle devait être divisée en trois chambres consulaires distinctes depuis janvier 2005, il n'en est toujours rien. Pour la partie agricole du projet, Luc Guyaut n'a pas hésité à entreprendre un nouveau déplacement dans la collectivité, pour tenter de résoudre une nouvelle fois les problèmes.

Avec un statut de collectivité territoriale et une certaine jeunesse dans sa capacité à se gérer, Mayotte ne pouvait avoir de chambres consulaires à l'instar de toute commune métropolitaine. Dès lors, une « chambre professionnelle » regroupant l'ensemble des secteurs d'activités fut créée. Ordonnance de 1981, pour un décret en 1987, et une mise en ¦uvre en 1988, celle-ci devant aboutir en décembre 2004.

Or, malgré un travail conséquent, la scission de cette institution en trois chambres consulaires distinctes, à savoir, métiers et artisanat, commerces industries et services, agriculture et pêche, n'a pu être réalisée, faute de mise en place des éléments nécessaires à ces créations, incluant textes, organisations des élections, structures, financières etc. Cela, alors qu'une mise en garde avait été adressée, sur un risque de voir disparaître à jamais toute structure dès le dernier trimestre 2003, lors d'une réunion avec les acteurs professionnels.

Cependant, des délais ayant été accordés, l'installation prochaine de ces différentes chambres devant se faire, Luc Guyaut est venu à Mayotte pour faire un point sur la partie agricole du sujet. Arrivé le 2 novembre, il était accueilli, à sa descente d'avion, par des représentants de divers syndicats agricoles.

Une tournée des institutions, comme pour un ministre, était prévue. Passant d'un président de conseil général à un sénateur ou à un député, le tour devait se finir par plusieurs reportages et plateaux dans le journal télévisé de télé Mayotte, alias Rfo, seule chaîne télévisuelle présente à Mayotte.

De toutes ces rencontres et discussions, il semblerait que, parmi les principaux points retenus par le président des chambres d'agriculture, APCA, celui de la réelle définition d'un agriculteur, non pluriactif, à Mayotte, restait un point épineux. Et, pour cause, tous les acteurs ayant reçu Luc Guyaut, puis dirigé, accompagné et conseillé, à quelques exceptions près, sont des pluriactifs.

Mais le problème intrinsèque, à Mayotte, est la confusion qui règne entre pluriactifs et pluriactivités. En effet, peut-on considérer sur un même pied un fonctionnaire se déclarant agriculteur, du simple fait de la possession de terrains, souvent exploités par des clandestins, avec un réel agriculteur ayant développé des activités connexes comme des gîtes ou une table ? -surtout lorsqu'on sait que la législation en matière de table d'hôtes implique d'être avant tout agriculteur...

Qu'importe, la définition de l'agriculteur a donc été arrêtée : mise en place d'un système de points ! Ainsi, nous allons considérer comme agriculteur toute personne ayant un terrain avec un minimum de 300 points acquis. Sachant qu'un pied d'ananas, à titre d'exemple, vaut 1 point, et que pour 300 pieds, il faut un peu moins de 100 mètres carrés, inutile de dire que tout le monde peut être reconnu agriculteur. A moins qu'il ne s'agisse de gonfler les rangs, peut-être pour envisager un poids ou des subsides ultérieurs plus conséquents.

Dès lors, d'aucuns s'étonneront que les agriculteurs reconnus, ayant obtenu des subventions de la collectivité, ne soient jamais consultés, visités, ou conviés à quelque réunion que ce soit. D'autres, en revanche, ayant également bénéficié de subventions, et à qui il a été demandé de rembourser ces subsides considérés comme détournés de leur affectation, aient été conviés par Monsieur Guyaut, mais n'ont pas daigné répondre.

C'est ainsi qu'il est aujourd'hui possible de voir des animaux, considérés en divagation depuis belle lurette par arrêté préfectoral, se promener en toute liberté, quitte à provoquer un accident. Mieux, des animaux non marqués, susceptibles d'appartenir à des clandestins ou, mieux encore, d'avoir été importés frauduleusement, avec des risques d'infections. Mais il est vrai que Mayotte se considère manifestement à l'abri d'une grippe aviaire ou autre épidémie, alors qu'importent les relations avec les pays asiatiques, avec lesquels un commerce important est entretenu.

Des animaux sont élevés par des clandestins, sur des terres appartenant au conservatoire du littoral. Cet organisme se dit fort choqué, mais impuissant, puisque les terrains lui appartenant seraient, selon ses dires, gérés par la collectivité et, qu'il n'a aucun représentant sur place. Ceci expliquant cela, la mangrove, qu'est censé protéger cet organisme, est actuellement détruite, pour laisser place à des cultures de bananiers où paissent ces animaux. Pire, les berges des rivières sont également mises en danger par la déforestation.

Mais, il n'est pas question de soulever le problème puisque, après contact avec le conservatoire du littoral, celui-ci se déclare incompétent. Pire, alors qu'il reconnaît n'avoir aucune information du devenir de ses propres terrains, il accuse autrui, en l'occurrence les agriculteurs mitoyens, de diffamation, pour l'avoir en fait tenu informé des problèmes graves survenus sur ses propres terres. Dans la catégorie autruche, mieux encore, la LPO, séparée d'une seule porte, dans la Corderie à la Rochelle, du Conservatoire du littoral, s'est permis de retirer l'appellation de « réserve LPO » à une association mitoyenne du conservatoire, sous prétexte que ce dernier ne savait si oui ou non le terrain considéré était achetable ou non par ses services.

Pour en revenir au problème des fonctionnaires « exploitants agricoles », nous ne citerons que le cas de ce fameux pompier qui, s'étant déclaré agriculteur, marié à une femme d'origine anjouannaise, n'a pas hésité à monter un village, à des fins de locations, qui n'est autre qu'un de ces « déforesteurs » de la mangrove protégée par le conservatoire du littoral.

Bref, après le passage de José Bové à Mayotte, curieusement drivé par ceux qui n'ont pas voulu rencontrer Luc Guyaut, quoique, le « fameux faucheur » fût peut-être plus en voyage de noce qu'autre chose, il apparaît que la réalité du terrain semble curieusement échapper aux principaux acteurs d'un développement économique annoncé et qu'ils prônent eux-mêmes. A moins que certains organismes n'aient volontairement voulu éviter la présence de personnes, considérées comme dérangeantes par de nouveaux venus qui prêtent plus attention aux qu'en dira-t-on qu'à autre chose, car la culture principale, à Mayotte, est le curriculum-vitae. Toutefois, ici, ne sont énoncés que les problèmes de surface.

Immigration clandestine entre Anjouan et Mayotte : les "sans papiers" intégrés dans l'économie mahoraise


Source : Témoignages, La Réunion, 8 novembre 2005
Dans "Témoignages" d'hier, nous avons évoqué la montée explosive d'un racisme anti-anjouanais "sans papiers" à Mayotte. Pourtant, ces immigrants clandestins sont un maillon essentiel de l'économie mahoraise.S
ENTRE janvier 1998 et octobre 2005, 46.032 étrangers sans papiers ont été expulsés. 8.591 d'entre eux l'ont été en 2004 ce qui représente plus de la moitié des expulsions sur l'ensemble du territoire français. En mettant l'accent sur les moyens déjà déployés par la France pour protéger les côtes mahoraises (vedettes maritimes et radars notamment), Jean-Paul Kihl, le préfet de Mayotte, s'exclame : "nous n'allons pas construire un mur tout autour de l'île". En plus qu'irréaliste, le moyen serait d'autant plus inefficace que la situation économique, sociale et sanitaire de l'Union des Comores ne cesse de se dégrader. Alors malgré le climat anti-Anjouanais sévissant dans l'île aux parfums, malgré les maisons de "sans papiers" saccagées, les étals tenus par les "clandestins" brûlés sur les marchés, malgré la chasse aux enfants de "sans papiers" organisées dans certaines écoles, les kwassas kwassas continuent d'arriver sur les côtes mahoraises.
En ce mois d'octobre 2005, en plein Ramadan, les départs de Domoni, (la commune anjouanaise géographiquement la plus proche des côtes mahoraise) en direction de Mayotte se faisaient au rythme de 2 à 3 par semaine. "On va en faire plus après le Ramadan", note un passeur qui témoigne sous couvert d'anonymat .
Pourtant selon le gouvernement d'Anjouan, les solutions pour réduire cette immigration massive existent. "Il est évident que l'on pourrait considérablement ralentir le flux d'immigrants pour peu que l'on nous aide à fixer notre population", souligne Mohamed Bacar, le président de l'État autonome d'Anjouan. Il pense principalement à la France. "Par son passé et son action dans l'archipel, à une responsabilité historique vis-à-vis des Comores", commente ainsi Djaanfar Salim Allaoui, ministre de l'Intérieur d'Anjouan.

"Cela coûterait moins cher"
Pour le gouvernement anjouanais, l'aide de la France pourrait se décliner en trois volets. Il s'agit d'abord d'autoriser les agriculteurs anjouanais à aller vendre leur production en Mayotte qui n'est pas autosuffisante en fruits et légumes. "Les gens qui ont une parcelle de terre ici dans leur pays n'auront plus envie de partir ailleurs s'ils sont certains de pouvoir vendre leur production à des prix décents leur permettant de vivre dignement de leur travail", relève le président Bacar.
Le deuxième volet porte sur l'amélioration du système de soins. Les compétences en la matière existent, plusieurs médecins anjouanais sont installés sur place et trois médecins français coopérants travaillent à l'hôpital de Mutsamudu (capitale d'Anjouan), mais par manque de moyens en médicaments et en équipements, ils ne sont pas en mesure de faire face correctement à tous les problèmes de santé. D'où le départ des malades et des femmes enceintes pour Mayotte. "À mon sens, nous aider à mettre en place un service sanitaire de qualité devrait coûter moins cher à l'État français que l'expulsion de milliers de Comoriens", estime le ministre de l'Intérieur.
Enfin le troisième volet viendrait palier le manque de main d'¦uvre à Mayotte. "Nous, les Anjouanais, nous n'avons pas peur des travaux durs et pénibles. Nous pouvons être maçons, carreleurs, creuser des soubassements, nous sommes habitués aux tâches pénibles. Mayotte manque de bras dans plusieurs secteurs d'activité. L'État français pourrait autoriser des Anjouanais à occuper légalement ces postes", déclare Mohamed Bacar. "Nous n'avons jamais été opposés à cela. D'ailleurs sachant que le Mahorais n'est pas pêcheur par tradition et que la grosse majorité des pêcheurs étaient des ressortissants comoriens en situation irrégulière, nous avons procédé à la légalisation de leur séjour", rappelle le préfet de Mayotte. Il ajoute que "le cadre législatif français autorise un employeur à recruter légalement un travailleur étranger s'il prouve qu'il n'a pas trouvé sur place un employé répondant au profil recherché". Mais la procédure en question est longue et pas toujours suivie d'effet. La facilité pour les employeurs locaux qu'ils soient métropolitains ou mahorais est d'employer clandestinement... un "clandestin".

Sous peine de dénonciation
Personne ou presque ne s'en est privé au cours des dernières années. Les champs sont travaillés par des "sans papier", le bétail est élevé par eux, les enfants sont gardés par ces mêmes "sans papier", le ménage est fait par eux. Ce sont eux toujours qui sont employés en grand nombre pour des travaux de BTP (bâtiment et travaux publics) et pour des emplois de service (taxis, serveurs des bars-restaurants etc). Tous travaillent dur pour moins que le salaire minimum local, n'ont pas droit à la revendication sous peine de dénonciation aux autorités et tous font tourner une bonne partie de l'économie locale. "Mayotte a toujours fonctionné avec une économie souterraine et le fait qu'il y est autant de personnes en situation irrégulière relève aussi de la responsabilité des Mahorais eux-mêmes", reconnaît d'ailleurs Jean-Paul Kihl.
Au fil des années, ces travailleurs anjouanais sans papiers se sont tellement ancrés dans le monde du travail que les expulser en masse du jour au lendemain reviendrait à littéralement paralyser une bonne partie de l'économie. Les signes avant-coureurs d'une telle situation sont déjà visibles. Depuis que s'est développé le mouvement anti-"sans papiers" dirigé par Mansour Kamardine - il a appelé chaque Mahorais à "se débarrasser de son clandestin exploité au champ ou dans d'autres secteurs" -, beaucoup d'Anjouanais et, dans une moindre mesure, de Grands Comoriens en situation irrégulière soit se cachent soit regagnent volontairement leurs îles d'origine. Et ils le font en masse.

Les champs sont vides
Du coup, les champs mahorais se sont vidés. Les régimes de bananes vertes, l'un des plats de base de l'alimentation mahoraises, ne sont plus ramassés. Les étals des marchés sont de plus en plus vides, ils étaient occupés par des "clandestins", en panne de maçons, certaines maisons reste en attente de construction quant aux taxis, ils ont tendance à se faire plus rares. Curieusement, alors que les Anjouanais sont souvent accusés de prendre des emplois à la place des Mahorais, il n'y a pas eu afflux de volontaires pour occuper les places désormais vacantes.
"On ne pouvait pas s'attendre à autre chose", commente Saïd Ahamadi, le maire apparenté socialiste de Koungou. "Les Mahorais en mesure de travailler ne sont plus à Mayotte. Attirés par le RMI et les autres minima sociaux, ils sont partis en Métropole ou à La Réunion. Là-bas ils vivent dans des conditions misérables, ils sont en butte au racisme, mais ils s'en fichent, ils préfèrent ne pas revenir ici", analyse le maire. "Les immigrés, en situation irrégulière ou pas, n'ont fait qu'occuper la place laissée vacante par la diaspora. C'est en ce sens que ses travailleurs étrangers sont une chance pour Mayotte. Je ne vois pas ce que l'on pourrait faire sans eux", affirme-t-il. Paradoxalement, beaucoup de Mahorais qui prônent le départ des "sans papiers" reconnaissent que ces derniers sont incontournables dans l'économie locale et affirment ne pas en vouloir aux Anjouanais qui sont leurs frères.
"On nage en pleine schizophrénie", s'exclame Nassuf Djailani, journaliste mahorais pigiste pour le journal comorien "Kashkazi". Les mots sont plus durs dans la bouche du ministre anjouanais de l'Intérieur, "pour certains Mahorais, la seule façon de se prouver à eux-mêmes qu'ils sont français est de s'en prendre à l'Anjouanais", lance ainsi Djaanfar Salim Allaoui.

Laisser du temps
Reste que sous peine de voir l'archipel s'embraser, ressentiments et ranc¦urs devront pourtant bien s'apaiser de part et d'autre. Contrairement au reste de l'Union des Comores, à l'OUA (organisation de l'unité africaine) et de l'ONU, l'État autonome d'Anjouan ne demande pas la réintégration de Mayotte dans l'ensemble comorien. "Nous respectons le choix des Mahorais", souligne le ministre de l'Intérieur anjouanais. Logique, en 1997 son pays a demandé sans l'obtenir son rattachement à la France. "Nous sommes ouverts au dialogue, nous demandons même instamment la tenue d'une table ronde entre la France, l'Union des Comores et de l'État d'Anjouan. Nous devons absolument trouver une solution offrant à tous les moyens de vivre harmonieusement ensemble", souligne Djaanfar Salim Allaoui. Jean-Paul Kihl note pour sa part "la France n'a pas l'intention de bunkériser Mayotte dans son environnement régional. Des perspectives de coopérations sont en train de se dessiner. Il faut y mettre de la bonne volonté des deux côtés. Il faut laisser du temps pour que les choses se mettent en place".
(À suivre)
o Demain : Interview du ministre de l'Intérieur d'Anjouan : "La France ne peut filer à la française"

 

Anjouan - Mayotte en kwassas kwassas


Embarquement pour le meilleur ou pour la mort
Les candidats anjouanais à une vie supposée meilleure à Mayotte embarquent à 30 ou 40 sur des barques de pêche. Mortellement dangereuse, la traversée coûte de 70 à 100 euros. Une fortune dans ce pays où le salaire moyen est de 30 euros pas mois.
Par mer calme et avec moins de 5 passagers à bord, la traversée entre Anjouan et Mayotte peut s'effectuer en 2 heures dans de bonnes conditions de sécurité. Cela est rarement le cas. Les candidats au départ s'entassent à 30 ou 40 dans des kwassas kwassas de 6 à 9 mètres. Certains partent les mains vides, d'autres avec de maigres bagages et parfois avec des animaux. Seuls les passeurs ont des gilets de sauvetage. On compte une moyenne de deux naufrages par mois. Il y a rarement des survivants. "Le bras de mer séparant Anjouan de Mayotte est le plus grand cimetière du monde. Cela n'émeut pourtant pas grand monde", s'insurge Djaanfar Salim Allaoui. Il arrive aussi régulièrement que des barques dérivent à la suite d'une panne de moteur ou parce que le passeur s'est perdu. Si la chance est avec eux, les naufragés sont repérés par des avions ou des navires circulant dans la zone et ramenés sur terre, souvent à La Réunion où ils sont ensuite renvoyés à Anjouan. Les moins chanceux dérivent à l'infini mourant de soif et de faim les uns après les autres. Il y a quelques années une barque est arrivée en Somalie après avoir dérivé pendant plus d'un mois. Seuls trois de la quarantaine de passagers ont survécu.
Les candidats au départ pour une vie meilleure connaissent les risques qu'ils encourent. Ils partent quand même. Pour travailler, pour se faire soigner ou pour accoucher. Dans ce dernier cas, les mamans repartent rarement aux Comores s'accrochant à l'illusion que leur enfant étant français par droit du sol, elles finiront elles aussi par obtenir leur naturalisation ou une carte de séjour.

"On nous renseigne de Mayotte"
Les "clandestins" versent aux passeurs entre 70 et 100 euros, une fortune dans ce pays où le salaire moyen est de 15.000 francs comoriens (30 euros) et où les fonctionnaires sont payés tous les 4 ou 5 mois. "Les gens économisent pendant des mois", raconte le passeur confortablement installé dans son salon doté d'une télé grand écran, d'un lecteur de DVD, d'un magnétoscope, d'un ordinateur dernière génération et d'une grosse paire de jumelles. "On surveille les côtes quand on approche de Mayotte", dit-il en expliquant que son réseau est bien organisé. Installés à Mayotte, des membres du réseau surveillent quotidiennement les patrouilles maritimes des forces de l'ordre françaises. Par téléphone, ils renseignent les passeurs à Anjouan sur les heures de rondes et sur les circuits. "La police française en change souvent mais on est toujours informé", affirme le passeur. En fonction de ces renseignements, le débarquement des kwassas kwassas se fait tout au long des côtes. "Avant on allait surtout à M'Tzamboro (Nord de Mayotte - ndlr), c'est la plage la plus proche d'Anjouan et la plus sûre pour l'accostage. Mais maintenant le coin est trop surveillé alors on va ailleurs, mais c'est moins facile pour accoster", dit encore le passeur. Un danger ultime après tous ceux encourus lors de la traversée. "Une fois au moment de l'embarquement à Domoni, une grosse vague a retourné l'une de mes barques et deux enfants sont morts", se souvient le passeur.

"À demain"
Il dit avoir arrêté les traversées. Pas à la suite de l'accident, mais "parce que je perdais trop de barques. Les gendarmes à Mayotte m'en ont brûlé deux ou trois après les avoir interceptées. Je ne pouvais plus faire de passages".
D'autres continuent. La clientèle ne manque pas, y compris chez les "sans papiers" expulsés de Mayotte. "À l'aéroport, il y a souvent des taxis qui attendent l'arrivée des expulsés. Ils sont à peine sortis de l'avion que les chauffeurs leur proposent de les conduire à Domoni où un départ de kwassa kwassa est programmé pour le soir même ou le lendemain et quelques heures après leur expulsion, ils sont de retour à Mayotte", souligne Antufi Mohamed, coordinateur de la radio-télévision d'Anjouan (RTA). Les anecdotes sur le sujet sont nombreuses. "À l'époque où des bateaux faisaient encore du transport de passagers entre les îles, les "sans papiers" étaient reconduits à Anjouan par bateau. Aux Mahorais qui assistaient à leur départ du port de Longoni (le port en eau profonde de Mayotte - ndlr), les clandestins criaient régulièrement :"à vendredi pour la grande prière"" se souvient un agent portuaire. Il ajoute : "de fait, plusieurs d'entre eux étaient de retour à Mayotte le surlendemain. Certains portaient encore les mêmes vêtements qu'au moment de leur expulsion".
Ne répondant pas aux normes de sécurité françaises, les bateaux assurant la rotation entre les 4 îles ne sont plus autorisés à embarquer des passagers à Mayotte. C'est donc par avion que se s'opèrent les reconduites à la frontière. Le lundi 17 octobre sur la piste de Pamandzi (l'aéroport de Mayotte), en montant dans le petit avion de Comores Aviation, un jeune Anjouanais en séjour irrégulier lançait aux policiers de la PAF (police de l'air et des frontières) surveillant l'embarquement : "allez bonne journée, à demain". C'est sans doute loin d'être une simple bravade.

Retours massifs à Anjouan ou en Grande Comore
"Les gens ont été atteints dans leur dignité"

Par peur d'exactions régulièrement commises ces derniers temps, depuis mi-octobre, les vols de Comores Aviation, la compagnie assurant tous les jours la rotation unique vers Anjouan avec un avion de 44 places, affichent complet pour plusieurs semaines. Les Boeing 777 d'Air Austral qui relient Mayotte à Moroni (Grande Comore) deux fois par semaine étaient eux aussi bien remplis (Air Austral a arrêté depuis ses liaisons en raison de problèmes sur la piste de l'aéroport de la Grande Comore). N'étant pas aux normes françaises de sécurité, les trois bateaux assurant la liaison entre les quatre îles de l'archipel n'ont pas le droit de transporter des passagers, mais remplis à ras bord de fret - bagages, meubles, appareils électroménagers, voitures -, et toutes les semaines, ils quittent Mayotte pour Anjouan et la Grande Comore. Ces Comoriens n'ont pas d'emploi sur place et cela inquiète grandement les autorités d'Anjouan. Pauvre parmi les pauvres, l'île, qui compterait plus de 260.000 habitants selon le gouvernement, ne sera pas en mesure d'accueillir l'arrivée massive de sa diaspora.
Mais "les gens ont été atteints dans leur dignité, ils ont ressenti le fait qu'on leur demande de partir comme une manifestation de racisme. Ils préfèrent rentrer chez eux. Ils partent pour ne plus revenir. Certains ont même cotisé pour permettre à des moins fortunés de prendre l'avion et de faire transporter leurs meubles par bateau", commente une jeune mahoraise travaillant dans la fonction publique.
Source : www.temoignages.re

 

Mayotte ne veut plus de ses "sans papiers"


par Témoignages, La Réunion, www.temoignages.re, 7 novembre 2005
Entretenu si ce n'est initié par la droite locale, un fort climat anjouanais "sans papiers" se développe à Mayotte où 34% de la population serait en situation irrégulière. Les manifestations anti Anjouanais se multiplient. Ils sont pris à partie et font l'objet d'injures racistes. Leurs maisons sont parfois saccagées et leurs étals de marchés brûlés. Les Mahorais les accusent d'occuper leurs emplois et d'augmenter la délinquance. Chronique d'un drame annoncé.MAINS
AéROPORT de Ouani à Anjouan, l'une des trois îles - États de l'Union des Comores. Une poignée d'enfants poursuivent deux jeunes hommes fraîchement débarqués du petit 17 places de Comores Aviation. "Pwéré, pwéré", crient les enfants. C'est le surnom que l'on donne ici aux Anjouanais partis tenter leur chance sans papiers à Mayotte. Quatrième île de l'archipel comorien elle est aussi la seule à avoir choisi - par référendum -, de rester française en 1974 alors que les trois autres îles (la Grande Comore, Mohéli et Anjouan) accédaient à l'indépendance.
"Pwéré" est le nom shikomor (l'une des langues pratiquées dans l'archipel comorien) de la bonite, un poisson qui pullulent tout autour d'Anjouan. Les immigrants sans papiers ont été surnommés ainsi car ils sont plusieurs milliers chaque année à traverser en kwassas kwassas (barques de pêche) les 70 kilomètres séparant Anjouan de Mayotte.

Maçons pendant 6 ans à Mayotte


En ce vendredi 14 octobre 2005, l'espérance d'une vie meilleure est sérieusement écornée pour Salim et Mohamed. Amis d'enfance, les deux jeunes hommes quittent l'aéroport à pied pour rejoindre leur village natal quelque part sur la côte Est. Il y a 6 ans c'est ensemble, et avec une trentaine d'autres compagnons d'infortune, qu'ils sont montés à bord d'un kwassas kwassas sur la plage de Domoni dans le Nord-Est d'Anjouan. Géographiquement, c'est le point le plus proche de Mayotte. Par temps dégagé, il y est même possible d'apercevoir la côte mahoraise.
Les deux jeunes hommes, maçons depuis 6 ans dans la région de M'Tsangamouji (Nord-Ouest de Mayotte) ont été expulsés de la collectivité départementale par la PAF (police de l'air et des frontières françaises). L'avion qui les a déposés à Ouani est déjà reparti pour Mayotte. Il effectuera deux autres rotations dans la journée. C'est en effet au rythme de deux à trois vols quotidiens que les "sans papiers" sont reconduits à la frontière par les autorités françaises. Certains ont été interpellés par la police ou la gendarmerie lors des multiples contrôles qui ont lieu dans les villes et à l'intérieur des terres mahoraises.
D'autres, comme Salim et Mohamed, se sont eux-mêmes dénoncés. Par peur. Car les manifestations anti-Anjouanais "sans papiers" se multiplient. Ils sont pris à partie et font l'objet d'injures racistes. Plus grave, des maisons ont été saccagées - ce qui est arrivé aux deux jeunes hommes.
Depuis quelques semaines, la collectivité départementale française est en proie à un très fort sentiment anti-comorien en général et anti-anjouanais en particulier.

Discours affleurant la xénophobie
Comment en est-on arrivé là ? Certes, les transferts publics, 380 millions d'euros en 2004, sont sources d'avancées considérables et ont mis la collectivité départementale sur les rails du développement, mais la situation économique et sociale reste fragile si ce n'est précaire. L'île aux parfums, comme est surnommée Mayotte, compte 160.000 habitants (chiffres INSEE 2002). Le taux de chômage est de 26%. Officiellement, car aucune indemnité n'étant versée aux chômeurs, ils ne se font pas tous connaître en tant que tel. "En fait, le taux des sans emploi avoisine plus les 45% de la population active", estime Saïd Ahamadi, maire apparenté socialiste de Koungou (Nord-Est) en se basant sur la situation de sa commune.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets partout dans le monde, c'est l'étranger, en l'occurrence l'Anjouanais qui depuis quelque temps, est publiquement rendu responsable du manque d'emploi. Ils sont aussi accusés d'être des délinquants. De fait, les deux tiers des prisonniers sont des "clandestins".
Ce sentiment anti-Anjouanais est exacerbé par les élus de la droite locale - majoritaire dans l'île -, dont les discours affleurant parfois la xénophobie. "La problématique est réelle. Nous sommes arrivés à une situation de trop-plein", estime Jean-Paul Kihl, préfet de Mayotte. Une étude de l'INSEE remontant à 2002, relève que sur les 160.000 habitants de l'île plus d'un tiers ont déclaré être de nationalité étrangère. Un rapprochement avec les cartes de séjours dûment délivrées par la préfecture a établi que 34% de ces 160.000 habitants étaient en situation irrégulière. Ce pourcentage n'a cessé d'augmenter. Il était de 14% pour 91.000 habitants en 1991 et de 21,5% pour 131.000 habitants en 1997.

"Liés par le sang, l'histoire et la culture"
"Ce n'est guère étonnant. Les déplacements entre les quatre îles de l'archipel ont toujours existé. Pour aller à l'enterrement ou mariage d'un proche, pour faire du commerce et même pour s'établir sur l'une ou l'autre des îles. Cet état de fait est encore renforcé entre Mayotte et Anjouan puisque les Mahorais et les Anjouanais sont liés par le sang, l'histoire et la culture, c'est donc naturellement que nous nous déplaçons d'une île à l'autre", souligne Djaanfar Salim Allaoui, ministre de l'Intérieur autonome d'Anjouan, l'une des trois îles - États de l'Union des Comores - constitué également de l'État autonome de la Grande Comore et de l'État autonome de Mohéli).
Le ministre ajoute : "nous l'avons toujours fait sans problème de l'indépendance en 1974 jusqu'en 1994 lorsque Édouard Balladur, alors Premier ministre de la France, a décidé d'imposer un visa pour les Comoriens et donc les Anjouanais entrant à Mayotte". La nécessité d'avoir un visa n'a pas ralenti le flux migratoire. Il s'est au contraire accentué au fil des années. "Il faut vivre la réalité de la misère pour comprendre la situation", lance Djaanfar Salim Allaoui.

Terre promise
Car dans son proche environnement géographique (l'Union des Comores est l'un des pays les plus pauvres au monde) la collectivité départementale fait figure de terre promise. Le niveau de vie y est 5 fois plus élevé que dans le reste de l'archipel comorien. Cela même si la plupart des minima sociaux ne sont pas versés (le RMI n'existe pas et les allocations familiales sont plafonnées à un maximum de 77,37 euros pour 3 enfants) et que le salaire minimum est inférieur de moitié à celui de la Métropole et des DOM (647 euros brut par mois).
Alors les Anjouanais et dans une mesure bien moindre les Grands Comoriens arrivent en masse sur l'île aux parfums. Ils gonflent ainsi sa population, participant à la pression démographique - 65% des 7.500 naissances annuelles sont issues de femmes en situation irrégulière -, et affolent les élus locaux inquiets quant à un possible tarissement des transferts publics. "Le budget de Mayotte a été calculé par l'État français en fonction de projections démographiques précises. Le gonflement de la population par les étrangers en situation irrégulière met à mal ces projections. On ne pourra pas construire indéfiniment des écoles et des hôpitaux. Il faut absolument fermer la 4 voies à sens unique qui relie Mayotte à Anjouan", répète à longueur de discours et d'interviews Mansour Kamardine, le député UMP de Mayotte. Il est le principal initiateur de la campagne "anti-clandestins". Il est favorable à une réforme du code de la nationalité concernant le droit du sol envisagée par le ministre de l'Outre-mer, François Baroin. Il a aussi déposé à Paris une motion réclamant que la population mahoraise soit consultée par référendum sur la question du flux migratoire.
Reste à savoir comment concrètement endiguer ce flot. La solution est évidemment bien au-delà des invectives, des injures racistes et des exactions qui "si elles demeurent sans ferme condamnation de l'État français risquent hélas de déboucher sur un bain de sang", met en garde Djaanfar Salim Allaoui.

Maternité de Mayotte : plus de 7.500 naissances par an


130 médecins, 2 hôpitaux, 19 centres sanitaires, des soins de qualité, des équipements performants, le dispositif de santé mahorais est nettement supérieur à celui des Comores. De très nombreux Comoriens viennent donc à Mayotte, souvent clandestinement, pour se faire soigner ou pour accoucher. Avec 7.500 naissances par an, dont 65% de parents non français, la maternité de Mayotte affiche le plus fort taux de natalité de la République.
Depuis avril 2005, les soins médicaux ne sont plus dispensés gratuitement à l'hôpital de Mayotte par les 130 médecins hospitaliers répartis dans les 2 hôpitaux et les 19 centres sanitaires de Mayotte. Pour ne pas payer, il faut désormais être affilié à la caisse de sécurité sociale de Mayotte. Les non-affiliés doivent verser un forfait de 10 euros englobant le prix de la consultation, les soins, les médicaments et la prescription d'éventuels actes médicaux supplémentaires. Le forfait accouchement a pour sa part été fixé à 300 euros. Il comprend les consultations pré et post-natales, l'accouchement ainsi que le suivi de la mère et de l'enfant.
Le dispositif hospitalier mahorais devrait ainsi perdre sa réputation d'aspirateur pour l'immigration clandestine.
En effet, compte-tenu du mauvais état sanitaire de l'Union des Comores, l'une des principales raisons d'entrée clandestine à Mayotte en kwassas kwassas est la recherche de soins et d'équipements de qualité pour se faire soigner ou accoucher gratuitement.

Préoccupation légitime
Le souci viendrait du fait que souvent ces personnes ne repartiraient pas sur leur île d'origine. L'affiliation obligatoire à la caisse de sécurité sociale a permis d'établir que 30% des personnes venant consulter ne sont pas affiliées. "Pour continuer à ne pas payer les soins, les Mahorais ont rapidement fait leurs démarches d'affiliation", note Alain Daniel, directeur du centre hospitalier de Mayotte. On peut donc en déduire qu'une très grosse partie de ces 30% de non-affiliés soit ne sont pas de nationalité française, soit n'ont pas de cartes de séjour. À la maternité, qui avec environ 7.500 nouveau-nés par an affiche le plus grand nombre de naissances de France, 65% des femmes ne sont pas affiliées, "mais nous ne savons absolument pas de quelle nationalité elles sont. D'ailleurs, nous ne leur demandons pas, nous ne sommes pas des policiers. Nous sommes seulement tenus de déclarer les naissances", souligne Alain Daniel.
Il note aussi qu'il existe de tentatives de ressortissants comoriens d'utiliser l'hôpital comme moyen de venir légalement à Mayotte - par le biais des évacuations sanitaires notamment -, dans l'espoir d'y demeurer ensuite clandestinement. Il remarque cependant "qu'en raison des procédures de contrôles de plus en plus serrées, le phénomène reste marginal". Chaque demande d'évacuation est validée de manière collégiale par un comité de médecins des îles comoriennes - dont des coopérants français -, et de Mayotte. Il est également vrai qu'en cas de refus d'évacuations sanitaires, les malades n'hésitent pas à prendre des kwassas kwassas, avec tous les risques que cela comporte, pour venir se faire soigner. Ils n'hésiteront pas non plus à payer les consultations, lesquelles ne peuvent absolument pas - et c'est heureux -, leur être refusées.
Alors certes en raison de ses performances, de ses compétences et de ses équipements, l'hôpital de Mayotte reste attrayant pour les malades des îles voisines. "Plus nous serons qualitatifs et plus nous serons attractifs. C'est logique. Mais faut-il pour autant arrêter d'être bons et donc mettre en danger la vie des patients pour ne plus attirer l'immigration ? Je ne pense pas", conclut Laurent Bien, directeur adjoint de l'hôpital chargé des finances.



Contrôle d'identité géant à Mayotte


Du jamais vu ou presque. Hier (mercredi 2 novembre), une immense opération de contrôles d'identité a mobilisé près de 200 gendarmes, policiers nationaux et municipaux à Mamoudzou, provoquant des bouchons monstres entre 9 heures et 11 h 30, alors que l'affluence du côté du marché était importante. Le but était d'arrêter les personnes en situation irrégulière.
Un cordon de gendarmes a bloqué toutes les issues du marché sur le terre-plein de la douane. Des bateaux attendaient pour acheminer les sans-papiers vers le centre de rétention, en Petite Terre. Sur la jetée, un jeune homme tend sa carte bleue et sa carte de bus au gendarme. "Ceci n'est pas une pièce d'identité monsieur", une discussion s'engage, un homme et une femme s'approchent, "il est mahorais monsieur". Le jeune repart. Non loin de là, trois gendarmes gardent deux jeunes hommes menottés. "Ce sont des mineurs, ils habitent mon quartier" lance un syndicaliste. "Et alors, c'est la loi", lui rétorque un gendarme. Plus loin devant la Banque Française Commerciale, deux policiers municipaux assurent qu'il s'agit d'une "opération normale". "J'aurais souhaité qu'il y en ait davantage, car c'est la seule façon de protéger les commerçants qui ont des patentes", lance Fahar Madi, conseiller général de Bouéni présent sur les lieux. A l'heure où nous bouclions cette édition, la préfecture n'avait pas communiqué le nombre de personnes arrêtées.
Source : kashkazi.com, 6 novembre 2005


Mayotte, porte dérobée de l'Europe


par Benoît Hopquin, Le Monde, 21 octobre 2005
Sur cette île française, un tiers des habitants sont des clandestins, venus des Comores voisines. Exploités, méprisés, ils sont de plus en plus contestés
DES hauteurs de Chiroroni, au sud de l'île d'Anjouan, la vue porte jusqu'à Mayotte, par-dessus 80 kilomètres de mer scintillante. Un sentier conduit à la plage où d'antiques pirogues à balancier déversent leur cargaison de poissons. Des barques plus grandes attendent, posées sur le sable. Les embarcations se rempliront à la tombée du jour de candidats au passage vers la France. Elles partiront pour un périlleux voyage, ballottées par les vagues, méritant ainsi leur surnom, hérité d'une danse africaine chaloupée : les kwassa-kwassa.
Plus loin, entre deux cocotiers, la terre a été fraîchement retournée. Des pierres plates ont été levées face à La Mecque. Quatre corps anonymes ont été enterrés sans cérémonie. Il y a deux mois et demi, un kwassa-kwassa s'est fracassé sur la barrière de corail. Ces passagers-là n'ont pu être sauvés de la noyade. Le fossoyeur montre deux autres monticules, un peu plus loin, qui datent d'un an.
Encore la mer a-t-elle bien voulu rendre ces morts. Il en est tant qui disparaissent corps et âme au large, dans cette zone infestée de requins. Selon l'Observatoire de l'émigration clandestine anjouanaise (OECA), 200 personnes périssent chaque année dans la traversée. La passe entre l'île comorienne et l'île française serait « le plus grand cimetière de l'océan Indien », d'après Mansour Kamardine, député (UMP) de Mayotte. Rosmin, 20 ans, y a perdu plusieurs amies, dont une jeune mère et son enfant de 3 ans.. En septembre 2004, Rosmin, elle aussi, a « tenté sa chanc e ». Elle est partie de la plage de Bambao, après avoir remis 50 000 francs comoriens (100 euros) au passeur. Vingt-six personnes dont sept enfants et plusieurs femmes enceintes ont été entassées, à genoux, dans une barque dont le bord rasait les flots. Le calvaire a duré treize heures.
« Nous étions plongés dans le noir. Les gens priaient, pleuraient, ceux qui étaient malades vomissai ent », raconte Rosmin. Longtemps, le passeur a louvoyé au large de Mayotte, tentant de tromper la vigilance des navires de surveillance. Puis il s'est jeté pleins gaz dans le lagon par-dessus le récif et a déversé sa cargaison humaine. Les clandestins se sont cachés jusqu'au petit jour avant de se fondre dans la masse.
Soifa et Anfouza, âgées de 18 ans toutes les deux, ont également risqué leur vie, en octobre 2002 et novembre 2004. Elles ont vendu jusqu'à leur ultime bijou pour payer le voyage, se sont embarquées sans savoir nager. « Avions-nous le choix ? A Anjouan, nous n'avions aucun avenir. Mayotte, c'était la possibilité d'une existence meilleure », explique Anfouza. Soifa, elle, partait pour soigner des douleurs gastriques. « Ici, il fallait payer l'hôpital et les médicaments. Là-bas, c'était gratui t. » Une fois guérie, elle est restée un mois cachée chez une amie, en quête d'un emploi de serveuse. « Chaque fois que je sortais, je tremblais, de peur d'être attrapé e », raconte-t-elle. A bout d'argent et d'espoir, Soifa, Anfouza et Rosmin sont finalement rentrées.
Toutes les trois aujourd'hui n'ont en tête qu'une idée : repartir dès qu'elles auront économisé la somme nécessaire. Puis tenter de trouver un travail, se marier, avoir des enfants. « Je serais si contente s'ils pouvaient être français », assure Rosmin.
A Anjouan, rien n'est fait pour enrayer le trafic. Les adresses des passeurs sont connues de tous, à Bambao, M'Rémani ou Marahare. A Domoni, un de ces trafiquants répare à la vue de tous un moteur, près de la crique maculée de sacs plastique et de détritus d'où il s'élancera, le soir venu. Entre deux étals de poissons, des hommes et des femmes attendent. Des liasses d'argent passent de main en main. Certains policiers sont soupçonnés de complicité. Quelques malfrats auraient été molestés, pour l'exemple, mais il se murmure que tel haut gradé de l'armée gérerait cinq bateaux en sous-main.
Le gouvernement se réfugie derrière un argument diplomatique, rappelé récemment à Paris par le président Azali Assoumani : les Comoriens n'ont pas à demander de visa pour Mayotte puisque cette île leur appartient. En 1975, trois des quatre entités de l'archipel (Grande Comore, Mohéli, Anjouan) ont opté pour l'indépendance. Les Mahorais ont choisi par référendum de rester français. Cette décision a été dénoncée par l'ONU. La République des Comores revendique donc officiellement le territoire.
En 1997, Anjouan avait fait sécession et demandé son rattachement à la France. Une partie de la population avait défilé le 14 juillet dans les rues de Moutsamoudou derrière des drapeaux tricolores. La France n'est finalement pas venue à eux. Eux ont donc décidé d'aller massivement vers la France.
A 10 000 kilomètres de Paris, Mayotte est ainsi devenue une porte, dérobée, de l'Europe. Selon l'Insee, sur une population de 160 000 habitants, l'île compterait 55 000 clandestins, venus essentiellement des Comores mais également de Madagascar et d'Afrique continentale. Ils forment l'essentiel de la main-d'oeuvre dans l'agriculture, la pêche, le bâtiment, la restauration. Les immigrés sont également domestiques chez les « m'zoungous », les Blancs métropolitains, ou les riches Mahorais. Les salaires varient entre 100 et 500 euros par mois pour des horaires évidemment illimités. « Nous avons à faire à des esclavagistes des temps modernes », regrette Serge Castel, patron du Medef, qui dénonce « une concurrence déloyale pour ceux qui respecte nt les règles ».
Ces clandestins, combien sont-ils parmi les centaines de malades qui attendent dans les couloirs du dispensaire Jacaranda, à Mamoudzou ? Les médecins refusent de rentrer dans ce décompte, au nom de l'obligation de soins qu'ils doivent à chacun. A la maternité de la ville, on tente de tenir des statistiques : 7 100 accouchements en 2002, 7 600 en 2004, 8 248 sur les neufs premiers mois de 2005. L'île totalise 1 % des naissances françaises et 65 % sont le fait de femmes entrées clandestinement. Il faut chaque année ouvrir plusieurs dizaines de nouvelles classes pour accueillir les enfants en âge d'être scolarisés.
Sur les hauteurs de Kawéni, aux portes de Mamoudzou, les sans-papiers s'entassent par centaines, dans ce qui est probablement l'un des plus grands bidonvilles sur le sol français. Des baraques en bois et en tôle, sans eau courante, avec des installations électriques piratées, grimpent serrées les unes contre les autres à l'assaut d'une colline qui devient bourbier chaque fois qu'il pleut. Des Mahorais louent pour 200 euros par an les quelques mètres carrés où les familles ont bâti leurs abris
On vit ici dans la crainte des descentes de police. L'arrivée d'une voiture est scrutée avec inquiétude. Mais, très vite, ils sont une cinquantaine à se couper la parole pour raconter leur quotidien. Abdallah Mouhoudhoir, 20 ans, tient à donner son nom par dignité et lassitude de se cacher. A Anjouan, il cultivait la vanille, le clou de girofle et la fleur d'ylang-ylang pour gagner, les bonnes années, 100 euros par an. Il vit aujourd'hui à Mayotte comme vendeur à la sauvette ou saisonnier agricole, et gratte une centaine d'euros par mois qui le font survivre avec sa femme et ses trois enfants : 2 ans, 1 an et 2 mois. Abdallah n'a qu'une ambition : « Des papiers. »
Mais il le sait, cela tient de plus en plus de la chimère. Depuis quelques semaines, la population locale est passée du mépris à l'ostracisme. Les choses se sont envenimées après une manifestation de clandestins, le 28 septembre, qui a dégénéré et attisé les rancoeurs. La police a arrêté les meneurs, les a aussitôt expulsés. L'un d'eux a échappé à la descente musclée. Cet ancien instituteur d'Anjouan a quitté son île en 1998, las de n'être plus payé. Il travaille aujourd'hui comme manoeuvre dans le bâtiment. « Les Mahorais ne veulent plus de nous », constate-t-il.
Les sans-papiers vivent aujourd'hui la peur au ventre. Mourdi a ainsi été chassé de sa maison par des hommes qui lui ont volé ses biens. Une mère de famille assure dormir dans la forêt, avec ses trois enfants, depuis que son propriétaire lui a intimé l'ordre de partir. Cet autre raconte comment des clandestins ont été passés à tabac après avoir répondu à une fausse offre d'emploi. « On nous traite comme des anim aux », jure un homme. « On nou s dit que nos papiers comoriens ont la couleur d'une couche de bébé sale ».
Dans certaines communes, des comités de vigilance ont sommé les étrangers de partir sous huitaine. Le maire de Sada a ordonné à la police municipale de recenser les habitants qui emploient ou hébergent des clandestins. Dans les écoles, des mères de famille apostrophent les directeurs qui acceptent des enfants d'illégaux.
Les clandestins sont accusés d'alimenter le chômage quand 14 000 Mahorais sont en recherche d'emploi. Pas un vol non plus qui ne leur soit reproché. Il est vrai que les kwassa-kwassa ne repartent pas à vide vers Anjouan. Télévisions, ordinateurs, motos vendus là-bas n'ont pas souvent leur certificat d'origine... Des réseaux illégaux bricolent des faux papiers, arrangent des mariages blancs ou combinent de fausses reconnaissances d'enfants.
Le ras-le-bol des Mahorais est relayé par une large fraction de la classe politique. Les propositions pour un durcissement du droit du sol à Mayotte, reprises le 17 septembre par François Baroin, le ministre de l'outre-mer, ne trouvent guère de contradicteurs dans l'île. Elles visent à restreindre l'accès à la citoyenneté française pour les enfants de clandestins.
Les associations de défense des droits de l'homme jugent pourtant qu'un tel débat pèche par sa vacuité. La modification du droit du sol n'empêchera pas les Comoriens de fuir leur pays, assurent-elles. En outre, dans un archipel qui a toujours brassé ses populations, nombre de Mahorais ont des parents originaires des autres îles. Les esprits retors glissent également que la plupart des dignitaires de la République des Comores ont, en revanche, des passeports français parfaitement en règle. « La seule solution pour endiguer l'immigration clandestine, c'est de les aider chez eux », constate Serge Castel.
Face à la grogne, l'Etat a surtout durci son arsenal répressif. Les moyens de lutte contre l'immigration ont quasiment doublé. Le nombre des reconduites à la frontière à Mayotte représentait, en 2004, la moitié du chiffre réalisé dans la métropole. Le centre de rétention administrative à Dzaoudzi affiche complet. Jusqu'à trois vols charters quotidiens sont organisés vers Anjouan. Régulièrement, les médias sont conviés à des destructions de kwassa-kwassa interceptés - une quarantaine déjà pour l'année en cours.
Les règles d'accès aux soins médicaux ont également été révisées. Ceux qui ne peuvent justifier d'une affiliation à la sécurité sociale, donc les clandestins, doivent désormais payer. Pour un accouchement, le forfait est de 360 euros. Dans les faits, les hôpitaux et les médecins rechignent et accueillent tous les cas d'urgence. Mais les femmes qui n'ont pas versé leur écot peinent ensuite à obtenir un certificat de naissance, perdant ainsi toute chance d'obtenir des papiers pour leur enfant.
L'inspection du travail multiplie, quant à elle, les contrôles. Des employeurs indélicats se sont retrouvés en garde à vue. Didier Perino, le directeur du travail, s'agace parfois des arguments que lui font valoir les gens pris en faute. « Ils me parlent de mesures humanitaires alors qu'ils ne font que profiter de la détresse de pauvres ge ns », explique-t-il. Le fonctionnaire dénonce une certaine « hypocri sie » ambiante. « On dit : les étrangers dehors, sauf bien sûr celui que j'exploite chez mo i. » Les peines encourues, quelques dizaines de milliers d'euros, ne sont guère dissua-sives
Le climat est pourtant suffisamment délétère pour que nombre de clandestins aspirent aujourd'hui à rentrer chez eux. Air Comores, la seule compagnie à assurer une liaison aérienne vers Anjouan, est submergée. Les moins fortunés attendent que soit rétablie une liaison régulière par bateau, promise pour le mois de novembre.
Les départs provoquent déjà des turbulences dans l'économie. Faute de cueilleurs et de transporteurs, le prix des bananes a doublé à Mayotte. Le poisson commence également à manquer depuis que les pêcheurs anjouanais ne sont plus autorisés à les décharger sur le port.

 

06/11/2005 - Préparatifs pour une "grande déportation" de Comoriens de Mayotte


Les autorités françaises ont décidé de déporter plusieurs milliers de Comoriens sans-papiers !

Des sans-papiers comoriens de Mayotte organisent leur retour au pays
Des sans-papiers comoriens ont commencé à anticiper les mesures de reconduite à la frontière annoncées pour novembre par les autorités de Mayotte en envoyant leurs meubles par bateau aux Comores, en attendant de pouvoir y partir eux-mêmes, faute de liaison maritime pour les passagers.
A Ngombani, quartier de la périphérie sud de Mamoudzou, d'énormes paquets sont posés sur le trottoir d'un quartier à forte concentration d'immigrés. D'autres sont entreposés sur le balcon d'une maison servant de siège à une agence de voyages, très sollicitée par des familles d'immigrés clandestins désireux d'expédier leurs biens au pays : meubles, réfrigérateurs, appareils électroniques et cuisinières emballés dans des cartons ou des tissus. Des ballets de "pick-up", chargés à ras bord, se font entre l'agence de voyage et le port de Longoni (nord). Deux bateaux caboteurs, L'alliance des îles et le Ville de Mohéli, embarquent ces centaines de tonnes vers Anjouan, Mohéli ou la Grande-Comore, multipliant les rotations face à cette demande exceptionnelle de fret. Sur le quai du port de Longoni, Ismaël est venu faire embarquer ses affaires bien qu'il ne soit pas clandestin : "Je suis Mahorais mais mon épouse est anjouanaise. Comme l'État français et les Mahorais menacent de la chasser, elle a décidé de partir. Moi, je la suis avec nos affaires", confie-t-il.

Référendum


Un autre, qui est clandestin, veut partir aussi et souligne : "Ils veulent notre départ, alors nous demandons un bateau". De nombreux sans-papiers, anticipant une expulsion à venir, réclament que l'on affrète un bateau pour les ramener chez eux. La lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte, réaffirmée en juillet par un comité interministériel ad hoc, se heurte à la suspension, depuis le début de l'année, pour des raisons de sécurité, des liaisons maritimes entre Mayotte et les Comores, le Ville de Sima et le Tatringa ne répondant plus aux normes de sécurité. Les départs volontaires de Mayotte, où un tiers de la population (180 000 habitants au total) est illégale, ne se font qu'au compte-gouttes, à raison de 14 places par avion, alors qu'un bateau pourrait rapatrier 200 personnes par jour. Un millier de Comoriens sans papiers ont manifesté le 28 septembre à Mamoudzou pour réclamer un bateau et exprimer leur ras-le-bol. Signe de la tension ambiante, la manifestation a dégénéré avec le saccage de la permanence du député UMP de Mayotte Mansour Kamardine. Six clandestins, mis en cause dans la dégradation de biens publics et dans des violences volontaires contre une femme et un policier, ont écopé de peines de quatre à six mois de prison ferme. A leur sortie de prison, ils feront l'objet de reconduites à la frontière et seront interdits du territoire français pendant dix ans. De son côté, Kamardine a mis en place un "Comité pour la défense des intérêts de Mayotte" qui dénonce l'immigration clandestine et ses corollaires, insécurité et délinquance selon le député. Il défend l'idée d'un référendum sur le plan de lutte contre l'immigration clandestine.
D'ici un mois, une liaison maritime régulière entre Mayotte et le reste des Comores pourrait reprendre, selon le préfet Jean-Paul Kihl. La lutte contre l'immigration clandestine prendra alors, note-t-il, une tout autre ampleur.
Source : Clicanoo.com, 11 octobre 2005

Communiqué sur la situation dans l'île comorienne de Mayotte


Le ministère (comorien) des Relations Extérieures et de la Coopération suit avec une attention soutenue, l'évolution de la situation dans l'île comorienne de Mayotte.
Il déplore le climat de suspicion, de haine, de repli sur soi et de rejet de l'autre, suscité et entretenu, et qui peut conduire à des situations incontrôlées, préjudiciables à tous.
Il condamne la violence et appelle à la retenue et à la responsabilité.
Il croit fermement que l'escalade verbale et les agissements inconsidérés, ne peuvent être les fondements d'une solution éventuelle à la situation que connaît l'île comorienne de Mayotte.
Il demande aux autorités de l'île de créer les conditions d'un retour à la sérénité et à la tolérance, pour une convivialité et une harmonie entre les habitants des Mayotte
Le ministère de Relations Extérieures et de la Coopération réaffirme l'attachement du peuple comorien à la comorianité de l'île de Mayotte.
Il réitère l'engagement du gouvernement, de poursuivre et d'approfondir sa politique de dialogue et de concertation, afin de créer les conditions de la complémentarité et de la cohésion des îles, dans une Région qui doit s'épanouir dans une réelle intégration, pour l'intérêt de la paix, de la stabilité et du bien-être de tous.
Source : Al Watwan, Moroni, 7 octobre 2005


Mayotte : silence, on chasse les Comoriens des autres îles


Quand des représentants de la patrie des droits de l'homme à Mayotte cautionnent des revendications d'aussi basse facture, cela est un scandale. Quand des Mahorais utilisent la même langue pour insulter et chasser leurs frères d'Anjouan, de Ngazidja et de Mohéli, c'est un déni de l'histoire.
Les rues de Mamoudzou ont été très enflammées ces dernières semaines. A l'origine de cette agitation la chasse aux Comoriens des trois autres îles ouverte à Mayotte au nom d'u