Comores - Fiche pays
Nom officiel : Union des Comores
Indépendance : 6 juillet 1975

L'archipel des Comores est constitué de quatre îles
situés à l'entrée Nord du canal du Mozambique
: Ngazidja (Grande Comore), capitale Moroni, Nzwani (Anjouan),
capitale Moutsamoudou, Mwali (Mohéli), capitale Fomboni
et Maoré (Mayotte), chef-lieu Mamoudzou.
Régime politique : Assoumani AZALI est Président
de la République et chef du gouvernement. Venu au pouvoir
par un coup d'État en 1999, il a été élu
le 14 avril 2002. La nouvelle Constitution stipule que la Présidence
doit tourner entre présidents des trois îles tous
les quatre ans. Une seule chambre parlementaire comprend 33 députés,
dont 15 sont élus par les assemblées régionales
de chaque île et 18 au suffrage universel.
Mayotte : prenant prétexte du résultat du référendum
de décembre 1974, où la majorité de la population
de l'île avait voté pour son maintien sous tutelle
française, la France annexe Mayotte, qui est déclarée
collectivité territoriale en décembre 1976, puis
collectivité départementale d'outre-mer en 2001.
Cette annnexion a été condamnée par l'ONU
et l'OUA. Mayotte bat un record français : c'est sur son
territoire que se trouve le plus grand bidonville de France, à
Kawéni.
Superficie : 2 170 km2
Population : 671 000 hab.
Âge moyen : 18,61 ans
Taux de croissance de la population : 2,91%
Taux de naissances : 37,52/1000
Taux de mortalité : 8,4/1000
Devise : franc comorien (KMF) [1 Euro = 491.9677 KMF]
Langues : français et arabe (langues officielles), shikomoro
(proche du swahili)
Religions : musulmans sunnites (98%), catholiques (2%)
Pour en savoir plus : http://www.comores-online.com/accueil.htm
[voir notamment le portail de la presse comorienne]. |
Actu
Le président du parlement comorien juge
injuste le maintien de Mayotte sous souveraineté française
Le président du parlement de l'Union des Comores, Said Dhoifir
Bounou, a jugé "injuste" le maintien de Mayotte sous
souveraineté française, ajoutant que "la décolonisation"
des Comores reste "inachevée" du fait du statut de
Mayotte dans l'archipel, selon une information en provenance de Moroni,
capitale comorienne.
Said Dhoifir Bounou s'exprimait anisi samedi dernier devant des hommes
politiques et des responsables d'ONG, lors d'une cérémonie
commémorative de l'adhésion des Comores à l'ONU,
effective depuis le 12 novembre 1975.
"Au regard de toutes nos constitutions, de la loi internationale
qui prime sur le droit national ... les Comores restent un Etat composé
de quatre îles", a déclaré le président
de l'Assemblée nationale.
Il a également affirmé que "le dialogue franco-comorien
prôné au sujet de l'intégrité territoriale
des Comores et, donc du retour de l'île de Mayotte dans l'ensemble
comorien, ne produisait pas les résultats escomptés".
Des Comoriens tentent fréquemment d'émigrer illégalement
vers Mayotte, plus développée que l'Union des Comores.
Les Comores, archipel de l'océan Indien, ont accédé
à l'indépendance de la France le 6 juillet 1975, après
un référendum. Cependant, l'île de Mayotte, qui
faisait partie de l'archipel et avait voté en majorité
contre l'indépendance contrairement aux trois autres îles
(Grande Comore, Anjouan et Mohéli), est restée française.
Samedi matin, le parlement de l'Union des Comores a adopté une
résolution engageant le gouvernement à proclamer la journée
du 12 novembre "journée nationale maoré (mahoraise)"
chômée et payée.
Source : XINHUA, 14 novembre 2005
Vives réactions contre le colonel Azali
au sujet de Mayotte
Plusieurs jours après la déclaration, le 4 novembre, du
président des Comores, le colonel Assoumani Azali, de donner
son accord à la participation des athlètes de Mayotte
aux Jeux des îles de l'océan Indien, les réactions
se font plus véhémentes et très critiques, a noté
un correspondant de la PANA à Moroni.
Se succédant sur le plateau de Djabal-Télévision,
Ahmed Abdallah Sambi, futur candidat à l'élection présidentielle
de 2006 et Youssouf Moussa, le leader du Front démocratique (FD)
à Mayotte ont eu des mots assez durs pour fustiger la déclaration
présidentielle.
"La question de l'île comorienne de Mayotte n'est pas celle
d'un homme, fût-il le président", a dit M. Sambi avant
de souligner : "c'est la question du peuple tout entier. Le colonel
Azali aurait dû le consulter, ne serait-ce que par l'intermédiaire
de ses élus".
Pour le FD-Mayotte, si ces Jeux sont ceux des îles, il s'agit
d'abord de Jeux d'Etats indépendants de l'océan Indien.
L'accord de M. Azali à une participation mahoraise aux Jeux des
îles est une amputation de l'Etat comorien, Mayotte étant
une partie des Comores telles que reconnues par le monde entier",
a dit M. Moussa.
"Récemment aux Nations unies, le chef de la diplomatie comorienne
a exprimé son soutien à la Chine au sujet de Taïwan,
se gardant de dire le moindre mot sur Mayotte", a dit M. Moussa,
faisant ainsi un clin d'oeil au ministre des Relations extérieures,
un de ses anciens camarades à la direction du FD.
"Tout est programmé par la France", écrit pour
sa part, dans la dernière édition de Kashkazi, Abbas Djoussouf
(ancien Premier ministre déposé par le colonel Azali le
30 avril 1999) pour qui "certains représentants de la France
... doivent faire la différence entre aimer son pays et être
anti-français".
Si à Moroni, la déclaration du colonel Azali est interprétée
par le FD comme "l'abysse de la félonie", à
Mayotte, elle a réjoui le député (UMP) Mansour
Kamardine qui a vu en elle un "climat d'apaisement et de main tendue,
précisant : "la diplomatie française vient d'enregistrer
un résultat spectaculaire".
"Ce que nous souhaitons, c'est que le pas que viennent de franchir
les autorités comoriennes en appelle d'autres", a dit le
sénateur (UMP) de Mayotte, Ibrahim Soibahaddine.
Source : PANAPRESS, 12 novembre 2005
La mission parlementaire d'information sur l'immigration
à Mayotte mise en place
La mission d'information sur l'immigration à Mayotte a désigné
hier René Dosières (PS) comme président et Didier
Quentin (UMP) comme rapporteur, a-t-on appris de source parlementaire.
La mission débutera dès la semaine prochaine ses travaux
avec l'audition du ministre de l'Outre-mer François Baroin. Elle
devrait achever ses travaux en février 2006. Les onze membres
de la mission, dont les travaux ne seront pas ouverts à la presse,
ont prévu de se rendre à Mayotte en décembre. La
mission comprend six députés UMP, trois PS, un UDF et
un communiste.
Source : www.clicanoo.com, 9 novembre 2005
Le président Azali joue l'apaisement
et parle d'échanges sportifs quand il s'agit de droit
Le président comorien, Ansoumani Azali, a souligné vendredi
à Moroni à l`occasion de la fête de l`Aid El Fitr
marquant la fin du ramadan, au sujet de l`île comorienne de Mayotte,
que le linge sale se lave en famille, a appris la PANA dans la capitale
comorienne.
Le président Azali a révélé sa volonté
d`ouvrir des ponts avec les "frères mahorais" permettant
un échange de tout ce qui est possible à commencer par
le sport avec la participation des jeunes de Mayotte aux Jeux des îles
de l`Océan indien.
"Cela nous permettra d`évoluer positivement dans le traitement
de cette question" de Mayotte, a dit le chef de l`Etat, précisant
que "c`est la réponse amicale et fraternelle que nous donnons
à nos frères mahorais" au lendemain des expulsions
des Comoriens traités à Mayotte de clandestins.
Mais, pour de nombreux observateurs sur place à Moroni, cette
position ressemble à une capitulation du gouvernement dans la
résolution du problème de l`île comorienne de Mayotte.
"Si je me refuse à qualifier les propos du président,
j`adhère amèrement à une telle position qui, à
mon sens, vient donner un coup d`accélérateur au séparatisme
qui gangrène le pays depuis 1997", a indiqué vendredi
sous couvert de l`anonymat un fonctionnaire du ministère des
Relations extérieures.
Selon un journaliste de Al-Watwan, "une participation de Mayotte
aux Jeux des îles de l`Océan indien est une aberration",
car s`est-il interrogé, "comment peut-on imaginer une rencontre
qui opposerait l`équipe de l`île comorienne de Mayotte
à l`équipe nationale des Comores?".
Source : www.angolapress-angop.ao, 6 novembre 2005
Appel à l'aide : conférence des
bailleurs de fonds des Comores le 8 décemùbre à
Maurice
par Jean-Dominique Geslin, envoyé spécial à Moroni,
www.jeuneafrique.com, 6 novembre 2005
Plus que jamais, l'archipel a besoin d'aide. Et c'est pour y répondre
que se tiendra le 8 décembre à Maurice la conférence
des bailleurs de fonds en faveur de l'Union des Comores. Organisé
sous l'égide de l'Union africaine (UA), coprésidé
par le président sud-africain Thabo Mbeki et le Premier ministre
mauricien Navin Ramgoolam, ce sommet tant attendu doit permettre au
gouvernement de mobiliser les ressources nécessaires à
la relance de son économie après la crise institutionnelle
qui secoue le pays depuis 1997. Moroni a chiffré les besoins
de financement du pays pour la période 2006-2009 à 126,1
milliards de francs comoriens, soit 256 millions d'euros. Un montant
qui peut paraître élevé, mais qui, selon les autorités,
est nécessaire pour permettre au pays de consolider la réconciliation
nationale et d'honorer ses engagements extérieurs tout en luttant
contre la pauvreté.
Estimée à 65 millions de dollars par an au début
des années 1990, l'aide au développement a chuté
à moins de 14 millions de dollars après la crise anjouanaise.
Cette baisse de l'aide internationale conjuguée à l'effondrement
des recettes d'exportation a exacerbé la crise que traverse le
pays. « Cette conférence annoncée depuis 2001 va
enfin se tenir, se félicite le président Azali Assoumani.
Il est temps que la communauté internationale comprenne que nous
avons tourné la page de l'instabilité. Certes, les dépenses
publiques ont augmenté. Mais il ne s'agit pas de dépenses
fantaisistes : la démocratie a un coût. Le pays a besoin
de consolider le processus de réconciliation. Dans cet objectif,
la Conférence des bailleurs de fonds sera décisive. »
C'est dans un climat relativement incertain que les « Amis des
Comores » se réuniront à Port-Louis, et les enjeux
auxquels le pays se trouve aujourd'hui confronté sont multiples.
Tout d'abord, sur le plan économique, le pays, qui fait actuellement
l'objet d'un programme de surveillance de la part du Fonds monétaire
international (FMI), doit effectuer les réformes nécessaires
pour pouvoir bénéficier en 2006 d'une Facilité
pour la réduction de la dette et pour la croissance (FRPC). Ce
qui lui permettra ensuite d'être éligible à une
réduction de sa dette au titre de l'initiative PPTE (pays pauvres
très endettés). Or l'échéance pour en bénéficier
est fixée au 31 décembre 2006, et les Comores doivent
impérativement décrocher la FRPC avant cette date. Le
temps presse et la prochaine mission du FMI, prévue à
la fin de ce mois, sera déterminante. Les experts attendus à
Moroni vont évaluer les progrès économiques effectués
et rendront leur verdict en décembre.
Toutefois, il faut reconnaître que le pays a souffert d'une conjoncture
particulièrement défavorable. La chute des cours mondiaux
de la vanille a réduit de manière catastrophique les entrées
de devises. Sur le marché international, les prix se sont effondrés,
passant à 100 euros le kilo de vanille préparée
en 2004, contre 400 euros l'année précédente. Du
coup, la production comorienne, qui s'élevait à 140 tonnes
en 2002, est tombée à 60 tonnes en 2004, et les stocks
invendus se sont accumulés. Pour les Comores, la baisse des cours
cumulée à celle de la production s'est traduite par une
chute catastrophique des recettes d'exportation dont la valeur est passée
de 9,1 milliards (18,5 millions d'euros) à 1,8 milliard de FC
(3,65 millions d'euros) entre 2003 et 2004.
Dans le même temps, le prix des carburants s'est mis à
flamber. Le 22 septembre dernier, le gouvernement a annoncé l'augmentation
du litre de gasoil de 350 à 600 FC et de celui d'essence de 500
à 700 FC, provoquant aussitôt la colère de la population.
Décidée dans l'urgence parce que la Société
nationale des hydrocarbures (SNH), qui gère les importations,
redoutait de ne pouvoir honorer ses engagements, cette hausse des tarifs
a suscité des émeutes qui ont fait un mort et une quinzaine
de blessés. Depuis, le gouvernement a pris des mesures d'allègement
fiscal pour compenser partiellement une baisse du pouvoir d'achat, mais
la situation sociale reste très tendue.
Alors que l'économie reste très sensible aux variations
des matières premières, les nouvelles institutions de
l'Union, qui se caractérisent surtout par leur multiplicité,
s'avèrent particulièrement budgétivores. Les moyens
financiers collectés sont devenus trop faibles pour le nouveau
train de vie de l'État. Avec 88 députés, 4 parlements,
4 gouvernements (environ 45 ministres) et 4 présidents élus,
l'appareil étatique comorien est devenu ubuesque. Souvent paralysée
par les conflits de compétence et d'intérêts, cette
structure censée favoriser la réunification du pays et
ressouder les différentes îles entre elles semble parfois
être un facteur supplémentaire de division, et empêche
tout assainissement des finances publiques.
Enfin, les prochaines échéances politiques risquent de
grever encore un peu plus le budget de l'État. En effet, la nouvelle
Constitution stipule que la présidence de l'Union des Comores
doit normalement obéir à une rotation entre les trois
îles qui la composent. Élu en avril 2002 à la tête
du pays, le colonel Azali Assoumani cédera son fauteuil en avril
2006. La présidence de l'Union reviendra à un candidat
d'Anjouan, et une « primaire » devra permettre aux Anjouanais
de choisir les trois meilleurs candidats issus de leur île. Ces
trois personnalités seront ensuite départagées
par les suffrages de tous les citoyens de l'Union. Cette opération
est non seulement risquée pour la stabilité du pays, mais
aussi coûteuse à organiser. Mais pour les partisans de
l'Union, cette « tournante » va enfin permettre d'impliquer
plus l'île d'Anjouan dans la vie de la nation et de renforcer
l'unité nationale. Si l'actuelle Constitution résiste
à l'épreuve des urnes, elle confirmera que le pays est
bien sorti de la zone de turbulences et entre en convalescence.
Toutefois, les fractures laissées par la poussée de fièvre
séparatiste des années 1990 restent à réduire.
L'Union a toujours deux universités, deux sociétés
publiques de distribution d'hydrocarbures, et l'armée nationale
ne s'est toujours pas redéployée à Anjouan, où
la gendarmerie locale incarne l'autorité. De plus, si les conflits
de compétence constatés l'an dernier entre le gouvernement
de l'Union et les exécutifs insulaires ont été
réglés (en théorie) par la loi, les tensions demeurent,
dans les faits, très palpables.
Enfin, le pays rencontre d'autres difficultés qui fragilisent
encore sa situation. Depuis le mois de septembre, les Comoriens installés
clandestinement à Mayotte (estimés à 55 000 sur
240 000 habitants) ont été déclarés indésirables
par la population, sensible aux arguments du député UMP
mahorais Mansour Kamardine. Après les propos du ministre français
des DOM-TOM, François Baroin, remettant en question le droit
du sol dont bénéficient les enfants des Comoriennes qui
accouchent sur l'île française de Mayotte, ce sont des
manifestations anticomoriennes qui ont éclaté, et certains
ressortissants ont rejoint Anjouan. Mais les revenus versés par
cette diaspora (environ 22 milliards de FC par an) risquent de faire
cruellement défaut aux autres îles. Une raison de plus
pour les donateurs de répondre à l'appel des Comores.
Djaanfar Salim Allaoui, ministre de l'intérieur
d'Anjouan : "La France ne peut filer à la française"
Source : Témoignages, La Réunion, 9 novembre 2005 (page
4)
"La France a une responsabilité historique vis-à-vis
de l'archipel des Comores", estime le ministre de l'Intérieur
d'Anjouan, Djaanfar Salim Allaoui en affirmant que Paris doit "trouver
le cadre légal le mieux approprié pour que Mahorais et
Anjounais vivent harmonieusement". Il souligne également
"qu'une bonne partie des élus de Mayotte, par intérêt
politicien, attise le climat xénophobe anti Anjouanais".
Interview.
DROITSHUMAINS
o Mayotte et Anjouan ne sont distantes que de 70 kilomètres,
on dit souvent que les peuples des 2 îles sont liés par
le sang, l'histoire et la culture, alors comment a-t-on pu arriver à
une telle tension entre les 2 communautés ?
L'Histoire de l'archipel et en particulier la période de la
colonisation portait en elle les germes de la situation actuelle. Elle
était d'ailleurs prévisible.
Anjouan ayant demandé son rattachement à la France en
1997, nous respectons bien-sûr le choix fait par Mayotte en 1974
et 1976 de rester dans l'ensemble français. Il n'en demeure pas
moins que nous avons été artificiellement séparés
lors de la décolonisation. À Anjouan, la séparation
avec Mayotte a été encore plus durement ressentie que
dans les 2 autres îles comoriennes (la Grande Comores et Mohéli
- NDLR). Nos 2 peuples sont en effet fortement métissés.
Les Mahorais et les Anjouanais ont tous des parents ou des proches dans
l'autre île. Des familles, des frères, des s¦urs
se sont ainsi retrouvés séparés à l'indépendance.
En 1993 - 1994, le gouvernement Balladur a encore compliqué la
donne en imposant un visa pour les ressortissants comoriens voulant
entrer en territoire français.
o L'État comorien impose aussi un visa aux étrangers,
y compris aux Mahorais, entrant sur son territoire.
C'est vrai, mais il s'obtient en une minute à l'arrivée
à l'aéroport. La réciproque n'est pas vraie. Pour
les Comoriens et donc les Anjouanais, les demandes de visas doivent
se faire des semaines voire des mois à l'avance. L'ambassade
de France les distille aux compte-gouttes et les dossiers, si complets
soient-ils, comporteront toujours une pièce manquante. Les Anjouanais
ne peuvent qu'avoir le sentiment d'être victimes d'un comportement
discriminatoire. De plus, alors que l'ancienne puissance coloniale entre
autres laissait les Comores s'enfoncer dans la récession, Mayotte,
grâce aux financements de la France, s'engageait dans la voie
du développement. Au fil des ans, le décalage économique,
en termes de pouvoir d'achat et d'emploi, ainsi que le décalage
sanitaire sont devenus énormes. Il est évident que comparée
au reste des Comores, Mayotte, entretenue artificiellement par les financements
de la France, fait figure de terre promise.
o Les peuples anjouanais et mahorais sont métissés dites-vous,
comment expliquez-vous le sentiment anti-anjouanais qui se manifeste
fortement à Mayotte ?
Une bonne partie des élus de Mayotte porte une lourde responsabilité
dans cet état de fait. Ce sont eux qui, par intérêt
politicien, attisent ce climat xénophobe. Certains le font alors
qu'ils sont eux-mêmes à moitié Anjouanais, ce qui
est le cas de Mansour Kamardine (député UMP de Mayotte
et principal instigateur de la campagne pour l'expulsion des "sans
papiers" - NDLR). Il est vrai aussi que beaucoup de Mahorais n'acceptent
pas de reconnaître qu'ils sont métissés. À
mon sens, la principale raison à cela est qu'ils se sentent écartés
des circuits de décisions et des circuits économiques
tenus par la France. Leur rejet de l'autre, en l'occurrence de l'Anjouanais,
devient alors leur seul moyen de se prouver leur appartenance à
la France.
o Selon les statistiques de l'INSEE, un quart de la population de Mayotte
n'est pas ne nationalité française. Les Mahorais parlent
de trop-plein...
Là aussi, il faut se référer à l'Histoire.
En 1974, il n'y avait que 60.000 habitants à Mayotte. On a alors
encouragé les Comoriens et notamment les Anjouanais, traditionnellement
durs à la tâche, à venir s'installer à Mayotte.
Le fait qu'ils n'aient pas de papiers n'a posé aucun problème.
Au contraire, comme il s'agissait d'une main-d'¦uvre pas chère,
les Anjouanais ont été employés et continuent à
être employés clandestinement par tout le monde, y compris
par les élus qui crient aujourd'hui au "trop-plein".
Je le dis et je le répète, les Anjouanais ont la culture
du travail. Ils sont agriculteurs, maçons, charpentiers, soudeurs...
Ils ont de l'ambition. Malgré les bas salaires, beaucoup d'entre
eux se sont élevés dans l'échelle sociale. Ils
sont devenus un élément incontournable dans le fonctionnement
de l'économie mahoraise.
Ils ont construit des maisons, acheté des voitures, leurs enfants
réussissent leurs études et voilà brusquement qu'ils
deviennent indésirables. C'est curieux.
o Au-delà de ces éléments, il se pose un problème
bien réel d'immigration clandestine. Mansour Kamardine qualifie
les 70 kilomètres de mer entre Anjouan et Mayotte de "4
voies à sens unique" pour les immigrés en situation
irrégulière.
Pour ma part, je qualifierais plus ce bras de mer de plus grand cimetière
du monde tant sont nombreux les naufrages de kwassas kwassas chargés
d'être humains en quête d'une vie meilleure. C'est dire
s'il y a effectivement un problème. La France nous a demandé
d'enrayer le phénomène en verrouillant nos frontières.
Avec les moyens qui sont les nôtres, et ils sont très faibles,
nous avons tenté de le faire en espérant que la France
serait sensible à ce geste et qu'elle nous aiderait à
fixer notre population chez nous. Nous avons recruté 487 agents
municipaux spécialement chargés de la surveillance des
côtes et payés sur le budget de l'État d'Anjouan,
pas sur celui de l'Union. Nous avons organisé des patrouilles
et procédé à des arrestations de passeurs, l'aide
de la France n'est jamais venue. Nous avons fini par abandonner la surveillance
après qu'un agent ait tiré sur un passeur.
o Pourtant, compte tenu du fort sentiment anti "sans papiers"
qui agite Mayotte et des risques toujours possibles d'escalade dans
la violence, il faudra bien trouver une solution.
Absolument et nous estimons que c'est à la France de trouver
le cadre légal le mieux approprié pour que nos 2 peuples
puissent vivre harmonieusement. Nous ne disons pas cela pour nous défausser
- nous sommes prêts à tous les efforts -, mais simplement
parce que nous nous basons sur la réalité historique.
Par son passé et son action dans l'Histoire récente de
l'archipel, la France a de lourdes responsabilités dans la situation
actuelle. De ce fait, elle ne peut "filer à la française"
et assister en spectatrice au bain de sang qui en train de se préparer
à Mayotte si on laisse les choses perdurer. Il y a un déficit
de dialogue entre Paris et nous. Nous lui renouvelons notre appel à
aider notre peuple à se fixer ici à Anjouan. Nous le faisons
de manière d'autant plus pressante que nous sommes désormais
confrontés à un nouveau problème, celui du retour
massif dans l'île de notre diaspora chassée de Mayotte.
Nous ne pourrons pas faire face longtemps à cet afflux de population.
o À quel type d'aides pensez-vous précisément
?
Il faudrait nous aider à construire des hôpitaux, à
développer notre système éducatif et notre agriculture.
Il s'agirait non seulement d'une solution durable au problème
de l'immigration clandestine, mais cela reviendrait moins cher à
l'État français que d'affréter des avions pour
reconduire les clandestins à la frontière.
o Vous parlez de déficit de dialogue, pourtant les contacts
entre la France et l'Union des Comores existent. Il y a eu des rencontres,
des échanges
Effectivement, tout cela se passe entre la France et l'Union, pas
entre la France et Anjouan. Or l'Union se fiche de ce qui se passe chez
nous. Nous avons même l'impression que la situation actuelle la
satisfait pleinement. Il n'y a qu'à écouter le silence
assourdissant du président de l'Union sur la chasse aux Anjouanais
qui a lieu à Mayotte pour s'en convaincre.
o Mais la mise en place d'échanges et de relations approfondies
ne peut se discuter que d'État à État, donc de
Paris à Moroni.
Paris doit se rendre compte qu'Anjouan est son meilleur interlocuteur
et son meilleur allié dans l'Union.
Source : www.temoignages.re, 9 novembre 2005
Jean-Paul Kihl, préfet de Mayotte : "Un
sentiment de trop plein"
Source : Témoignages, La réunion, 9 novembre 2005
Si les Anjouanais sans papiers sont rejetés par les Mahorais,
c'est que ces derniers "ont le sentiment" d'être arrivés
à une situation de "trop plein", remarque le préfet
de Mayotte. Il note que l'implantation importante de ressortissants
d'Anjouan en situation irrégulière incombe aussi aux Mahorais.
Il pense que les propos tenus par certains élus de Mayotte à
l'encontre des "sans papiers" sont plus borderline (à
la limite - NDLR) que xénophobes et il estime qu'il faut les
juger "à l'aune locale, pas à l'aune de l'occident".
Entretien.
DROITS HUMAINS
o Selon vous, à quoi est due l'actuelle exacerbation du rejet
des Comoriens et notamment des Anjouanais en situation irrégulière
à Mayotte ?
Le sentiment que l'on arrive à un trop plein. Les Mahorais
estiment qu'ils ont fait le bon choix en 1974 et 1976 (lors des deux
référendums pour ou contre l'indépendance - NDLR)
en restant Français et que dès lors ils ne sont pas condamnés
à supporter les Anjouanais. En fait, il y a un sentiment de patriotisme
mahorais qui trouve écho chez les élus locaux. C'est un
mouvement général, personne ne reste à l'écart.
o Il y a pourtant toujours eu des Anjouanais à Mayotte...
Il faut être clair, il n'est pas question ici des étrangers
en séjour régulier dans l'île, mais de la population
en situation irrégulière. Le nombre de celle-ci ne cesse
d'augmenter. Les Mahorais ont maintenant le sentiment que le seuil est
dépassé. Ce sentiment est basé sur des faits concrets.
Le système scolaire de Mayotte forme des jeunes qui malgré
leurs diplômes n'arrivent pas à trouver de travail et sont
condamnés à partir à La Réunion ou en métropole.
Ils sont en effet en concurrence avec des clandestins acceptant de travailler
pour des salaires défiant toute concurrence.
o Cette situation n'est pas récente. Au vue du ralentissement
des activités économiques engendré par le départ
récent de beaucoup d'entre eux, il paraît évident
que les Anjouanais "sans papiers" sont totalement intégrés
dans l'économie mahoraise. Ils sont employés par tout
le monde.
Il est vrai que Mayotte a toujours fonctionné avec une économie
souterraine. Il est donc également vrai que les Mahorais portent
aussi une part de responsabilité dans le fait qu'il y ait autant
de clandestins dans l'île.
o Peut-on pour autant exclure la responsabilité de l'État
à qui il revient de protéger les frontières ?
D'importants moyens de surveillance sont déjà en place.
Je pense notamment aux patrouilles maritimes et aux contrôles
de papiers dans les villes et villages. Ces moyens sont sans cesse renforcés.
La gendarmerie maritime a été dotée cette année
d'une seconde vedette rapide. Deux nouveaux radars seront opérationnels
d'ici la fin 2005. La marine nationale, les douanes, la gendarmerie
travaillent collectivement pour une meilleure efficacité. 41
kwassas kwassas (bateaux de pêche chargés d'étrangers
sans papiers - NDLR) ont été interceptés sur les
10 premiers mois de cette année contre 31 en 2004. Cela dit,
le périmètre à contrôler est immense, et
sauf à construire un mur tout autour de l'île, des gens
arriveront toujours à passer entre les mailles du filet.
o Le sentiment anti Anjouanais est très fort à Mayotte.
Vous ne craignez pas des débordements ?
Si on laisse la population en situation irrégulière
augmenter, il peut effectivement y avoir des mouvements de violence.
o Lesquels ont déjà eu lieu. Dans les villages, des Anjouanais
sans papiers se plaignent d'avoir eu leurs maisons pillées et
leurs échoppes brûlées sur les marchés. Des
personnes ont manifesté devant des écoles primaires pour
exiger le départ des élèves anjouanais.
Personne n'a été assassiné. Les Mahorais sont
des gens pacifiques. Les gendarmes et les policiers sont partout attentifs
à faire respecter la loi. Nous sommes dans un État de
droit. Les actions à l'encontre des étrangers sans papiers
doivent se faire dans le strict respect des procédures réglementaires.
Je l'ai rappelé à tous, et notamment aux élus,
à plusieurs reprises. Ces élus ont eux-mêmes appelé
au calme...
o En disant, notamment, comme l'ont fait certains d'entre eux que les
Mahorais doivent se débarrasser de leurs Anjouanais ?
Ces élus ont surtout rappelé à la population
qu'il est illégal d'héberger ou de faire travailler un
étranger en situation irrégulière.
o Ce rappel à la loi doit-il prendre la forme de discours pour
le moins douteux ? Les propos tenus par certains hommes politiques locaux
affleurent la xénophobie...
Je dirais plus que certains de ces propos sont borderline (à
la limite de l'acceptable - NDLR). Il faut juger tout cela à
l'aune locale et pas l'aune de l'occident. Il ne faut pas dramatiser.
o Juger à l'aune de la République, l'utilisation de propos
xénophobes est pénalement condamnable. N'est-il pas temps
de faire appliquer la loi afin de porter un coup d'arrêt à
l'escalade verbale ?
On ne pourra donner ce coup d'arrêt que si quelqu'un franchit
la ligne, et croyez-moi, le premier qui le fera s'exposera immédiatement
à une action pénale. Nous sommes parfaitement décidés
à ne pas laisser faire.
Reportage Imaz Press Réunion
La filière africaine
Des piles de passeports d'Afrique de l'Est et de Madagascar ont été
abandonnés à Anjouan par leurs propriétaires qui,
selon les autorités anjouanaises, sont ensuite entrés
clandestinement en Europe via Mayotte.
Mayotte, via Anjouan, serait-elle en train de devenir une voie d'accès
vers l'Europe pour les habitants de l'Afrique de l'Est ? "Nous
sommes en possession de centaines de passeports appartenant à
des ressortissants africains originaires des pays de la zone des grands
lacs", remarque le capitaine Affandi Inzouddine, commandant du
service de l'immigration d'Anjouan. Il montre des piles de passeports
entreposés dans son bureau. Presque toutes les nationalités
de l'Afrique du Sud-Est sont représentées : le Congo,
l'Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie. Les passeports malgaches
sont également en nombre.
Beaucoup sont tout neufs. "Ils ont visiblement étaient faits
uniquement pour permettre à ces personnes d'entrer en territoire
comorien", note le capitaine Affandi Inzouddine. C'est parce que
leurs possesseurs leur semblaient "douteux" que les documents
ont été confisqués par la police des frontières
d'Anjouan. Le but étant de s'assurer leur présence dans
l'île et de tenter d'empêcher un départ clandestin.
"En effet, grâce à ces passeports, ces étrangers
ont pu obtenir de Moroni (la capitale de l'Union des Comores - NDLR)
un visa pour séjourner temporairement sur le sol comorien, y
compris donc à Anjouan", souligne l'officier de police.
"Une fois qu'ils sont ici, ils se débrouillent pour prendre
un kwassas kwassas et entrer clandestinement à Mayotte. Certains
y restent, mais il est vraisemblable que la plupart d'entre eux se rendent
ensuite en France ou ailleurs en Europe", ajoute-il. "Les
possesseurs de ces passeports ont visiblement réussi leur coup",
remarque Affandi Inzouddine en montrant les documents étalés
devant lui en ajoutant : "ils ont littéralement disparu
de la circulation à Anjouan et ils ne sont plus jamais venus
réclamer leur passeport".
Le fait a été signalé à plusieurs reprises
aux autorités françaises par les services du Ministère
de l'Intérieur d'Anjouan.
Les chiffres de Mayotte
o Budget - L'enveloppe budgétaire allouée par la France
à Mayotte s'élève à 380 millions d'euros
par an. Les recettes des droits de douanes et des impôts sont
entièrement reversées au Conseil général
de Mayotte
o Population (chiffres INSEE) - 1991 : 91.000 habitants dont 14% en
situation. 1997 : 131.000 dont 21% en situation irrégulière.
2002 : 160.000 habitants dont 34% en situation irrégulière.
C'est un rapprochement entre le nombre de cartes de séjour et
celui des personnes se déclarant de nationalité étrangère
qui permet d'établir le aux des "sans papiers".
o Natalité - 7.500 nouveau-nés par an. 65% d'entre eux
ne sont pas de parents français.
o Allocations familiales. Les Allocations familiales sont limitées
à 3 enfants et sont de 40,20 euros pour 1 enfant, 64,50 euros
pour 2 enfants et 77,37 euros pour 3 enfants. Les autres enfants ne
sont pas pris en charge.
o Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) - 647 euros par
mois.
o Chômage - 26%. Le chiffre est très approximatif. Il n'existe
pas d'indemnité chômage à Mayotte, les personnes
sans emploi n'ont pas de raison de se déclarer légalement
en tant que tel. Selon divers recoupements, le taux de chômage
avoisinerait plus les 45%.
o Scolarisation - Rentrée 2005 : 41.979 élèves
dans le 1er degré. 21.438 élèves dans le second
degré dont 13.867 collégiens et 7.541 lycées.
o Baccalauréat : en 2005 : 1.444 au total et 810 lauréats
(374 pour le Bac général et 436 pour le Bac technologique)
En 1988, 34 candidats sur 51 avaient été reçus.
En 1995, ils ont été 129 sur 197. En 2000, 346 candidats
sur 542 ont été reçus. Ces chiffres regroupent
le Bac général et le Bac technologique.
Luc Guyau à Mayotte : une attitude méprisante
par la Confédération paysanne, mayotte, 2 novembre 2005
Est-il possible d'imaginer en métropole que le président
des chambres d'agriculture, en tant que tel, puisse officiellement se
déplacer dans un département sans en informer le président
de la chambre d'agriculture locale ? Evidemment non !
Pourtant, c'est bien l'attitude sectaire et partisane que Luc Guyau
a adoptée lors de son déplacement à Mayotte, les
1 et 2 novembre derniers.
Pour comprendre ce comportement, il suffit de savoir que la section
« agricole » de la chambre professionnelle de Mayotte (équivalent
de la chambre d'agriculture en métropole) est présidée
par la Confédération paysanne, qui a obtenu une large
majorité lors des précédentes élections.
Les paysannes et les paysans de Mayotte ne manqueront pas, le moment
venu, de se rappeler cette attitude méprisante.
Contacts : Dany SALIM, Président de la Confédération
paysanne Mayotte : 02 69 69 00 45 Madi LAGUERRA, porte-parole Mayotte
: 02 69 69 39 80 Jean-Jacques BAILLY, Secrétaire national : 06
80 13 44 41
Pluriactivité et agriculture à Mayotte
par Daniel Picamoles, www.agoravox.fr, 4 novembre 2005
De longue date, la mort de l'actuelle chambre professionnelle de Mayotte
est prévue et annoncée. Elle devait être divisée
en trois chambres consulaires distinctes depuis janvier 2005, il n'en
est toujours rien. Pour la partie agricole du projet, Luc Guyaut n'a
pas hésité à entreprendre un nouveau déplacement
dans la collectivité, pour tenter de résoudre une nouvelle
fois les problèmes.
Avec un statut de collectivité territoriale et une certaine
jeunesse dans sa capacité à se gérer, Mayotte ne
pouvait avoir de chambres consulaires à l'instar de toute commune
métropolitaine. Dès lors, une « chambre professionnelle
» regroupant l'ensemble des secteurs d'activités fut créée.
Ordonnance de 1981, pour un décret en 1987, et une mise en ¦uvre
en 1988, celle-ci devant aboutir en décembre 2004.
Or, malgré un travail conséquent, la scission de cette
institution en trois chambres consulaires distinctes, à savoir,
métiers et artisanat, commerces industries et services, agriculture
et pêche, n'a pu être réalisée, faute de mise
en place des éléments nécessaires à ces
créations, incluant textes, organisations des élections,
structures, financières etc. Cela, alors qu'une mise en garde
avait été adressée, sur un risque de voir disparaître
à jamais toute structure dès le dernier trimestre 2003,
lors d'une réunion avec les acteurs professionnels.
Cependant, des délais ayant été accordés,
l'installation prochaine de ces différentes chambres devant se
faire, Luc Guyaut est venu à Mayotte pour faire un point sur
la partie agricole du sujet. Arrivé le 2 novembre, il était
accueilli, à sa descente d'avion, par des représentants
de divers syndicats agricoles.
Une tournée des institutions, comme pour un ministre, était
prévue. Passant d'un président de conseil général
à un sénateur ou à un député, le
tour devait se finir par plusieurs reportages et plateaux dans le journal
télévisé de télé Mayotte, alias Rfo,
seule chaîne télévisuelle présente à
Mayotte.
De toutes ces rencontres et discussions, il semblerait que, parmi les
principaux points retenus par le président des chambres d'agriculture,
APCA, celui de la réelle définition d'un agriculteur,
non pluriactif, à Mayotte, restait un point épineux. Et,
pour cause, tous les acteurs ayant reçu Luc Guyaut, puis dirigé,
accompagné et conseillé, à quelques exceptions
près, sont des pluriactifs.
Mais le problème intrinsèque, à Mayotte, est la
confusion qui règne entre pluriactifs et pluriactivités.
En effet, peut-on considérer sur un même pied un fonctionnaire
se déclarant agriculteur, du simple fait de la possession de
terrains, souvent exploités par des clandestins, avec un réel
agriculteur ayant développé des activités connexes
comme des gîtes ou une table ? -surtout lorsqu'on sait que la
législation en matière de table d'hôtes implique
d'être avant tout agriculteur...
Qu'importe, la définition de l'agriculteur a donc été
arrêtée : mise en place d'un système de points !
Ainsi, nous allons considérer comme agriculteur toute personne
ayant un terrain avec un minimum de 300 points acquis. Sachant qu'un
pied d'ananas, à titre d'exemple, vaut 1 point, et que pour 300
pieds, il faut un peu moins de 100 mètres carrés, inutile
de dire que tout le monde peut être reconnu agriculteur. A moins
qu'il ne s'agisse de gonfler les rangs, peut-être pour envisager
un poids ou des subsides ultérieurs plus conséquents.
Dès lors, d'aucuns s'étonneront que les agriculteurs
reconnus, ayant obtenu des subventions de la collectivité, ne
soient jamais consultés, visités, ou conviés à
quelque réunion que ce soit. D'autres, en revanche, ayant également
bénéficié de subventions, et à qui il a
été demandé de rembourser ces subsides considérés
comme détournés de leur affectation, aient été
conviés par Monsieur Guyaut, mais n'ont pas daigné répondre.
C'est ainsi qu'il est aujourd'hui possible de voir des animaux, considérés
en divagation depuis belle lurette par arrêté préfectoral,
se promener en toute liberté, quitte à provoquer un accident.
Mieux, des animaux non marqués, susceptibles d'appartenir à
des clandestins ou, mieux encore, d'avoir été importés
frauduleusement, avec des risques d'infections. Mais il est vrai que
Mayotte se considère manifestement à l'abri d'une grippe
aviaire ou autre épidémie, alors qu'importent les relations
avec les pays asiatiques, avec lesquels un commerce important est entretenu.
Des animaux sont élevés par des clandestins, sur des
terres appartenant au conservatoire du littoral. Cet organisme se dit
fort choqué, mais impuissant, puisque les terrains lui appartenant
seraient, selon ses dires, gérés par la collectivité
et, qu'il n'a aucun représentant sur place. Ceci expliquant cela,
la mangrove, qu'est censé protéger cet organisme, est
actuellement détruite, pour laisser place à des cultures
de bananiers où paissent ces animaux. Pire, les berges des rivières
sont également mises en danger par la déforestation.
Mais, il n'est pas question de soulever le problème puisque,
après contact avec le conservatoire du littoral, celui-ci se
déclare incompétent. Pire, alors qu'il reconnaît
n'avoir aucune information du devenir de ses propres terrains, il accuse
autrui, en l'occurrence les agriculteurs mitoyens, de diffamation, pour
l'avoir en fait tenu informé des problèmes graves survenus
sur ses propres terres. Dans la catégorie autruche, mieux encore,
la LPO, séparée d'une seule porte, dans la Corderie à
la Rochelle, du Conservatoire du littoral, s'est permis de retirer l'appellation
de « réserve LPO » à une association mitoyenne
du conservatoire, sous prétexte que ce dernier ne savait si oui
ou non le terrain considéré était achetable ou
non par ses services.
Pour en revenir au problème des fonctionnaires « exploitants
agricoles », nous ne citerons que le cas de ce fameux pompier
qui, s'étant déclaré agriculteur, marié
à une femme d'origine anjouannaise, n'a pas hésité
à monter un village, à des fins de locations, qui n'est
autre qu'un de ces « déforesteurs » de la mangrove
protégée par le conservatoire du littoral.
Bref, après le passage de José Bové à Mayotte,
curieusement drivé par ceux qui n'ont pas voulu rencontrer Luc
Guyaut, quoique, le « fameux faucheur » fût peut-être
plus en voyage de noce qu'autre chose, il apparaît que la réalité
du terrain semble curieusement échapper aux principaux acteurs
d'un développement économique annoncé et qu'ils
prônent eux-mêmes. A moins que certains organismes n'aient
volontairement voulu éviter la présence de personnes,
considérées comme dérangeantes par de nouveaux
venus qui prêtent plus attention aux qu'en dira-t-on qu'à
autre chose, car la culture principale, à Mayotte, est le curriculum-vitae.
Toutefois, ici, ne sont énoncés que les problèmes
de surface.
Immigration clandestine entre Anjouan et Mayotte
: les "sans papiers" intégrés dans l'économie
mahoraise
Source : Témoignages, La Réunion, 8 novembre 2005
Dans "Témoignages" d'hier, nous avons évoqué
la montée explosive d'un racisme anti-anjouanais "sans papiers"
à Mayotte. Pourtant, ces immigrants clandestins sont un maillon
essentiel de l'économie mahoraise.S
ENTRE janvier 1998 et octobre 2005, 46.032 étrangers sans papiers
ont été expulsés. 8.591 d'entre eux l'ont été
en 2004 ce qui représente plus de la moitié des expulsions
sur l'ensemble du territoire français. En mettant l'accent sur
les moyens déjà déployés par la France pour
protéger les côtes mahoraises (vedettes maritimes et radars
notamment), Jean-Paul Kihl, le préfet de Mayotte, s'exclame :
"nous n'allons pas construire un mur tout autour de l'île".
En plus qu'irréaliste, le moyen serait d'autant plus inefficace
que la situation économique, sociale et sanitaire de l'Union
des Comores ne cesse de se dégrader. Alors malgré le climat
anti-Anjouanais sévissant dans l'île aux parfums, malgré
les maisons de "sans papiers" saccagées, les étals
tenus par les "clandestins" brûlés sur les marchés,
malgré la chasse aux enfants de "sans papiers" organisées
dans certaines écoles, les kwassas kwassas continuent d'arriver
sur les côtes mahoraises.
En ce mois d'octobre 2005, en plein Ramadan, les départs de Domoni,
(la commune anjouanaise géographiquement la plus proche des côtes
mahoraise) en direction de Mayotte se faisaient au rythme de 2 à
3 par semaine. "On va en faire plus après le Ramadan",
note un passeur qui témoigne sous couvert d'anonymat .
Pourtant selon le gouvernement d'Anjouan, les solutions pour réduire
cette immigration massive existent. "Il est évident que
l'on pourrait considérablement ralentir le flux d'immigrants
pour peu que l'on nous aide à fixer notre population", souligne
Mohamed Bacar, le président de l'État autonome d'Anjouan.
Il pense principalement à la France. "Par son passé
et son action dans l'archipel, à une responsabilité historique
vis-à-vis des Comores", commente ainsi Djaanfar Salim Allaoui,
ministre de l'Intérieur d'Anjouan.
"Cela coûterait moins cher"
Pour le gouvernement anjouanais, l'aide de la France pourrait se décliner
en trois volets. Il s'agit d'abord d'autoriser les agriculteurs anjouanais
à aller vendre leur production en Mayotte qui n'est pas autosuffisante
en fruits et légumes. "Les gens qui ont une parcelle de
terre ici dans leur pays n'auront plus envie de partir ailleurs s'ils
sont certains de pouvoir vendre leur production à des prix décents
leur permettant de vivre dignement de leur travail", relève
le président Bacar.
Le deuxième volet porte sur l'amélioration du système
de soins. Les compétences en la matière existent, plusieurs
médecins anjouanais sont installés sur place et trois
médecins français coopérants travaillent à
l'hôpital de Mutsamudu (capitale d'Anjouan), mais par manque de
moyens en médicaments et en équipements, ils ne sont pas
en mesure de faire face correctement à tous les problèmes
de santé. D'où le départ des malades et des femmes
enceintes pour Mayotte. "À mon sens, nous aider à
mettre en place un service sanitaire de qualité devrait coûter
moins cher à l'État français que l'expulsion de
milliers de Comoriens", estime le ministre de l'Intérieur.
Enfin le troisième volet viendrait palier le manque de main d'¦uvre
à Mayotte. "Nous, les Anjouanais, nous n'avons pas peur
des travaux durs et pénibles. Nous pouvons être maçons,
carreleurs, creuser des soubassements, nous sommes habitués aux
tâches pénibles. Mayotte manque de bras dans plusieurs
secteurs d'activité. L'État français pourrait autoriser
des Anjouanais à occuper légalement ces postes",
déclare Mohamed Bacar. "Nous n'avons jamais été
opposés à cela. D'ailleurs sachant que le Mahorais n'est
pas pêcheur par tradition et que la grosse majorité des
pêcheurs étaient des ressortissants comoriens en situation
irrégulière, nous avons procédé à
la légalisation de leur séjour", rappelle le préfet
de Mayotte. Il ajoute que "le cadre législatif français
autorise un employeur à recruter légalement un travailleur
étranger s'il prouve qu'il n'a pas trouvé sur place un
employé répondant au profil recherché". Mais
la procédure en question est longue et pas toujours suivie d'effet.
La facilité pour les employeurs locaux qu'ils soient métropolitains
ou mahorais est d'employer clandestinement... un "clandestin".
Sous peine de dénonciation
Personne ou presque ne s'en est privé au cours des dernières
années. Les champs sont travaillés par des "sans
papier", le bétail est élevé par eux, les
enfants sont gardés par ces mêmes "sans papier",
le ménage est fait par eux. Ce sont eux toujours qui sont employés
en grand nombre pour des travaux de BTP (bâtiment et travaux publics)
et pour des emplois de service (taxis, serveurs des bars-restaurants
etc). Tous travaillent dur pour moins que le salaire minimum local,
n'ont pas droit à la revendication sous peine de dénonciation
aux autorités et tous font tourner une bonne partie de l'économie
locale. "Mayotte a toujours fonctionné avec une économie
souterraine et le fait qu'il y est autant de personnes en situation
irrégulière relève aussi de la responsabilité
des Mahorais eux-mêmes", reconnaît d'ailleurs Jean-Paul
Kihl.
Au fil des années, ces travailleurs anjouanais sans papiers se
sont tellement ancrés dans le monde du travail que les expulser
en masse du jour au lendemain reviendrait à littéralement
paralyser une bonne partie de l'économie. Les signes avant-coureurs
d'une telle situation sont déjà visibles. Depuis que s'est
développé le mouvement anti-"sans papiers" dirigé
par Mansour Kamardine - il a appelé chaque Mahorais à
"se débarrasser de son clandestin exploité au champ
ou dans d'autres secteurs" -, beaucoup d'Anjouanais et, dans une
moindre mesure, de Grands Comoriens en situation irrégulière
soit se cachent soit regagnent volontairement leurs îles d'origine.
Et ils le font en masse.
Les champs sont vides
Du coup, les champs mahorais se sont vidés. Les régimes
de bananes vertes, l'un des plats de base de l'alimentation mahoraises,
ne sont plus ramassés. Les étals des marchés sont
de plus en plus vides, ils étaient occupés par des "clandestins",
en panne de maçons, certaines maisons reste en attente de construction
quant aux taxis, ils ont tendance à se faire plus rares. Curieusement,
alors que les Anjouanais sont souvent accusés de prendre des
emplois à la place des Mahorais, il n'y a pas eu afflux de volontaires
pour occuper les places désormais vacantes.
"On ne pouvait pas s'attendre à autre chose", commente
Saïd Ahamadi, le maire apparenté socialiste de Koungou.
"Les Mahorais en mesure de travailler ne sont plus à Mayotte.
Attirés par le RMI et les autres minima sociaux, ils sont partis
en Métropole ou à La Réunion. Là-bas ils
vivent dans des conditions misérables, ils sont en butte au racisme,
mais ils s'en fichent, ils préfèrent ne pas revenir ici",
analyse le maire. "Les immigrés, en situation irrégulière
ou pas, n'ont fait qu'occuper la place laissée vacante par la
diaspora. C'est en ce sens que ses travailleurs étrangers sont
une chance pour Mayotte. Je ne vois pas ce que l'on pourrait faire sans
eux", affirme-t-il. Paradoxalement, beaucoup de Mahorais qui prônent
le départ des "sans papiers" reconnaissent que ces
derniers sont incontournables dans l'économie locale et affirment
ne pas en vouloir aux Anjouanais qui sont leurs frères.
"On nage en pleine schizophrénie", s'exclame Nassuf
Djailani, journaliste mahorais pigiste pour le journal comorien "Kashkazi".
Les mots sont plus durs dans la bouche du ministre anjouanais de l'Intérieur,
"pour certains Mahorais, la seule façon de se prouver à
eux-mêmes qu'ils sont français est de s'en prendre à
l'Anjouanais", lance ainsi Djaanfar Salim Allaoui.
Laisser du temps
Reste que sous peine de voir l'archipel s'embraser, ressentiments et
ranc¦urs devront pourtant bien s'apaiser de part et d'autre.
Contrairement au reste de l'Union des Comores, à l'OUA (organisation
de l'unité africaine) et de l'ONU, l'État autonome d'Anjouan
ne demande pas la réintégration de Mayotte dans l'ensemble
comorien. "Nous respectons le choix des Mahorais", souligne
le ministre de l'Intérieur anjouanais. Logique, en 1997 son pays
a demandé sans l'obtenir son rattachement à la France.
"Nous sommes ouverts au dialogue, nous demandons même instamment
la tenue d'une table ronde entre la France, l'Union des Comores et de
l'État d'Anjouan. Nous devons absolument trouver une solution
offrant à tous les moyens de vivre harmonieusement ensemble",
souligne Djaanfar Salim Allaoui. Jean-Paul Kihl note pour sa part "la
France n'a pas l'intention de bunkériser Mayotte dans son environnement
régional. Des perspectives de coopérations sont en train
de se dessiner. Il faut y mettre de la bonne volonté des deux
côtés. Il faut laisser du temps pour que les choses se
mettent en place".
(À suivre)
o Demain : Interview du ministre de l'Intérieur d'Anjouan : "La
France ne peut filer à la française"
Anjouan - Mayotte en kwassas kwassas
Embarquement pour le meilleur ou pour la mort
Les candidats anjouanais à une vie supposée meilleure
à Mayotte embarquent à 30 ou 40 sur des barques de pêche.
Mortellement dangereuse, la traversée coûte de 70 à
100 euros. Une fortune dans ce pays où le salaire moyen est de
30 euros pas mois.
Par mer calme et avec moins de 5 passagers à bord, la traversée
entre Anjouan et Mayotte peut s'effectuer en 2 heures dans de bonnes
conditions de sécurité. Cela est rarement le cas. Les
candidats au départ s'entassent à 30 ou 40 dans des kwassas
kwassas de 6 à 9 mètres. Certains partent les mains vides,
d'autres avec de maigres bagages et parfois avec des animaux. Seuls
les passeurs ont des gilets de sauvetage. On compte une moyenne de deux
naufrages par mois. Il y a rarement des survivants. "Le bras de
mer séparant Anjouan de Mayotte est le plus grand cimetière
du monde. Cela n'émeut pourtant pas grand monde", s'insurge
Djaanfar Salim Allaoui. Il arrive aussi régulièrement
que des barques dérivent à la suite d'une panne de moteur
ou parce que le passeur s'est perdu. Si la chance est avec eux, les
naufragés sont repérés par des avions ou des navires
circulant dans la zone et ramenés sur terre, souvent à
La Réunion où ils sont ensuite renvoyés à
Anjouan. Les moins chanceux dérivent à l'infini mourant
de soif et de faim les uns après les autres. Il y a quelques
années une barque est arrivée en Somalie après
avoir dérivé pendant plus d'un mois. Seuls trois de la
quarantaine de passagers ont survécu.
Les candidats au départ pour une vie meilleure connaissent les
risques qu'ils encourent. Ils partent quand même. Pour travailler,
pour se faire soigner ou pour accoucher. Dans ce dernier cas, les mamans
repartent rarement aux Comores s'accrochant à l'illusion que
leur enfant étant français par droit du sol, elles finiront
elles aussi par obtenir leur naturalisation ou une carte de séjour.
"On nous renseigne de Mayotte"
Les "clandestins" versent aux passeurs entre 70 et 100 euros,
une fortune dans ce pays où le salaire moyen est de 15.000 francs
comoriens (30 euros) et où les fonctionnaires sont payés
tous les 4 ou 5 mois. "Les gens économisent pendant des
mois", raconte le passeur confortablement installé dans
son salon doté d'une télé grand écran, d'un
lecteur de DVD, d'un magnétoscope, d'un ordinateur dernière
génération et d'une grosse paire de jumelles. "On
surveille les côtes quand on approche de Mayotte", dit-il
en expliquant que son réseau est bien organisé. Installés
à Mayotte, des membres du réseau surveillent quotidiennement
les patrouilles maritimes des forces de l'ordre françaises. Par
téléphone, ils renseignent les passeurs à Anjouan
sur les heures de rondes et sur les circuits. "La police française
en change souvent mais on est toujours informé", affirme
le passeur. En fonction de ces renseignements, le débarquement
des kwassas kwassas se fait tout au long des côtes. "Avant
on allait surtout à M'Tzamboro (Nord de Mayotte - ndlr), c'est
la plage la plus proche d'Anjouan et la plus sûre pour l'accostage.
Mais maintenant le coin est trop surveillé alors on va ailleurs,
mais c'est moins facile pour accoster", dit encore le passeur.
Un danger ultime après tous ceux encourus lors de la traversée.
"Une fois au moment de l'embarquement à Domoni, une grosse
vague a retourné l'une de mes barques et deux enfants sont morts",
se souvient le passeur.
"À demain"
Il dit avoir arrêté les traversées. Pas à
la suite de l'accident, mais "parce que je perdais trop de barques.
Les gendarmes à Mayotte m'en ont brûlé deux ou trois
après les avoir interceptées. Je ne pouvais plus faire
de passages".
D'autres continuent. La clientèle ne manque pas, y compris chez
les "sans papiers" expulsés de Mayotte. "À
l'aéroport, il y a souvent des taxis qui attendent l'arrivée
des expulsés. Ils sont à peine sortis de l'avion que les
chauffeurs leur proposent de les conduire à Domoni où
un départ de kwassa kwassa est programmé pour le soir
même ou le lendemain et quelques heures après leur expulsion,
ils sont de retour à Mayotte", souligne Antufi Mohamed,
coordinateur de la radio-télévision d'Anjouan (RTA). Les
anecdotes sur le sujet sont nombreuses. "À l'époque
où des bateaux faisaient encore du transport de passagers entre
les îles, les "sans papiers" étaient reconduits
à Anjouan par bateau. Aux Mahorais qui assistaient à leur
départ du port de Longoni (le port en eau profonde de Mayotte
- ndlr), les clandestins criaient régulièrement :"à
vendredi pour la grande prière"" se souvient un agent
portuaire. Il ajoute : "de fait, plusieurs d'entre eux étaient
de retour à Mayotte le surlendemain. Certains portaient encore
les mêmes vêtements qu'au moment de leur expulsion".
Ne répondant pas aux normes de sécurité françaises,
les bateaux assurant la rotation entre les 4 îles ne sont plus
autorisés à embarquer des passagers à Mayotte.
C'est donc par avion que se s'opèrent les reconduites à
la frontière. Le lundi 17 octobre sur la piste de Pamandzi (l'aéroport
de Mayotte), en montant dans le petit avion de Comores Aviation, un
jeune Anjouanais en séjour irrégulier lançait aux
policiers de la PAF (police de l'air et des frontières) surveillant
l'embarquement : "allez bonne journée, à demain".
C'est sans doute loin d'être une simple bravade.
Retours massifs à Anjouan ou en Grande Comore
"Les gens ont été atteints dans leur dignité"
Par peur d'exactions régulièrement commises ces derniers
temps, depuis mi-octobre, les vols de Comores Aviation, la compagnie
assurant tous les jours la rotation unique vers Anjouan avec un avion
de 44 places, affichent complet pour plusieurs semaines. Les Boeing
777 d'Air Austral qui relient Mayotte à Moroni (Grande Comore)
deux fois par semaine étaient eux aussi bien remplis (Air Austral
a arrêté depuis ses liaisons en raison de problèmes
sur la piste de l'aéroport de la Grande Comore). N'étant
pas aux normes françaises de sécurité, les trois
bateaux assurant la liaison entre les quatre îles de l'archipel
n'ont pas le droit de transporter des passagers, mais remplis à
ras bord de fret - bagages, meubles, appareils électroménagers,
voitures -, et toutes les semaines, ils quittent Mayotte pour Anjouan
et la Grande Comore. Ces Comoriens n'ont pas d'emploi sur place et cela
inquiète grandement les autorités d'Anjouan. Pauvre parmi
les pauvres, l'île, qui compterait plus de 260.000 habitants selon
le gouvernement, ne sera pas en mesure d'accueillir l'arrivée
massive de sa diaspora.
Mais "les gens ont été atteints dans leur dignité,
ils ont ressenti le fait qu'on leur demande de partir comme une manifestation
de racisme. Ils préfèrent rentrer chez eux. Ils partent
pour ne plus revenir. Certains ont même cotisé pour permettre
à des moins fortunés de prendre l'avion et de faire transporter
leurs meubles par bateau", commente une jeune mahoraise travaillant
dans la fonction publique.
Source : www.temoignages.re
Mayotte ne veut plus de ses "sans papiers"
par Témoignages, La Réunion, www.temoignages.re, 7 novembre
2005
Entretenu si ce n'est initié par la droite locale, un fort climat
anjouanais "sans papiers" se développe à Mayotte
où 34% de la population serait en situation irrégulière.
Les manifestations anti Anjouanais se multiplient. Ils sont pris à
partie et font l'objet d'injures racistes. Leurs maisons sont parfois
saccagées et leurs étals de marchés brûlés.
Les Mahorais les accusent d'occuper leurs emplois et d'augmenter la
délinquance. Chronique d'un drame annoncé.MAINS
AéROPORT de Ouani à Anjouan, l'une des trois îles
- États de l'Union des Comores. Une poignée d'enfants
poursuivent deux jeunes hommes fraîchement débarqués
du petit 17 places de Comores Aviation. "Pwéré, pwéré",
crient les enfants. C'est le surnom que l'on donne ici aux Anjouanais
partis tenter leur chance sans papiers à Mayotte. Quatrième
île de l'archipel comorien elle est aussi la seule à avoir
choisi - par référendum -, de rester française
en 1974 alors que les trois autres îles (la Grande Comore, Mohéli
et Anjouan) accédaient à l'indépendance.
"Pwéré" est le nom shikomor (l'une des langues
pratiquées dans l'archipel comorien) de la bonite, un poisson
qui pullulent tout autour d'Anjouan. Les immigrants sans papiers ont
été surnommés ainsi car ils sont plusieurs milliers
chaque année à traverser en kwassas kwassas (barques de
pêche) les 70 kilomètres séparant Anjouan de Mayotte.
Maçons pendant 6 ans à Mayotte
En ce vendredi 14 octobre 2005, l'espérance d'une vie meilleure
est sérieusement écornée pour Salim et Mohamed.
Amis d'enfance, les deux jeunes hommes quittent l'aéroport à
pied pour rejoindre leur village natal quelque part sur la côte
Est. Il y a 6 ans c'est ensemble, et avec une trentaine d'autres compagnons
d'infortune, qu'ils sont montés à bord d'un kwassas kwassas
sur la plage de Domoni dans le Nord-Est d'Anjouan. Géographiquement,
c'est le point le plus proche de Mayotte. Par temps dégagé,
il y est même possible d'apercevoir la côte mahoraise.
Les deux jeunes hommes, maçons depuis 6 ans dans la région
de M'Tsangamouji (Nord-Ouest de Mayotte) ont été expulsés
de la collectivité départementale par la PAF (police de
l'air et des frontières françaises). L'avion qui les a
déposés à Ouani est déjà reparti
pour Mayotte. Il effectuera deux autres rotations dans la journée.
C'est en effet au rythme de deux à trois vols quotidiens que
les "sans papiers" sont reconduits à la frontière
par les autorités françaises. Certains ont été
interpellés par la police ou la gendarmerie lors des multiples
contrôles qui ont lieu dans les villes et à l'intérieur
des terres mahoraises.
D'autres, comme Salim et Mohamed, se sont eux-mêmes dénoncés.
Par peur. Car les manifestations anti-Anjouanais "sans papiers"
se multiplient. Ils sont pris à partie et font l'objet d'injures
racistes. Plus grave, des maisons ont été saccagées
- ce qui est arrivé aux deux jeunes hommes.
Depuis quelques semaines, la collectivité départementale
française est en proie à un très fort sentiment
anti-comorien en général et anti-anjouanais en particulier.
Discours affleurant la xénophobie
Comment en est-on arrivé là ? Certes, les transferts publics,
380 millions d'euros en 2004, sont sources d'avancées considérables
et ont mis la collectivité départementale sur les rails
du développement, mais la situation économique et sociale
reste fragile si ce n'est précaire. L'île aux parfums,
comme est surnommée Mayotte, compte 160.000 habitants (chiffres
INSEE 2002). Le taux de chômage est de 26%. Officiellement, car
aucune indemnité n'étant versée aux chômeurs,
ils ne se font pas tous connaître en tant que tel. "En fait,
le taux des sans emploi avoisine plus les 45% de la population active",
estime Saïd Ahamadi, maire apparenté socialiste de Koungou
(Nord-Est) en se basant sur la situation de sa commune.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets partout dans
le monde, c'est l'étranger, en l'occurrence l'Anjouanais qui
depuis quelque temps, est publiquement rendu responsable du manque d'emploi.
Ils sont aussi accusés d'être des délinquants. De
fait, les deux tiers des prisonniers sont des "clandestins".
Ce sentiment anti-Anjouanais est exacerbé par les élus
de la droite locale - majoritaire dans l'île -, dont les discours
affleurant parfois la xénophobie. "La problématique
est réelle. Nous sommes arrivés à une situation
de trop-plein", estime Jean-Paul Kihl, préfet de Mayotte.
Une étude de l'INSEE remontant à 2002, relève que
sur les 160.000 habitants de l'île plus d'un tiers ont déclaré
être de nationalité étrangère. Un rapprochement
avec les cartes de séjours dûment délivrées
par la préfecture a établi que 34% de ces 160.000 habitants
étaient en situation irrégulière. Ce pourcentage
n'a cessé d'augmenter. Il était de 14% pour 91.000 habitants
en 1991 et de 21,5% pour 131.000 habitants en 1997.
"Liés par le sang, l'histoire et la culture"
"Ce n'est guère étonnant. Les déplacements
entre les quatre îles de l'archipel ont toujours existé.
Pour aller à l'enterrement ou mariage d'un proche, pour faire
du commerce et même pour s'établir sur l'une ou l'autre
des îles. Cet état de fait est encore renforcé entre
Mayotte et Anjouan puisque les Mahorais et les Anjouanais sont liés
par le sang, l'histoire et la culture, c'est donc naturellement que
nous nous déplaçons d'une île à l'autre",
souligne Djaanfar Salim Allaoui, ministre de l'Intérieur autonome
d'Anjouan, l'une des trois îles - États de l'Union des
Comores - constitué également de l'État autonome
de la Grande Comore et de l'État autonome de Mohéli).
Le ministre ajoute : "nous l'avons toujours fait sans problème
de l'indépendance en 1974 jusqu'en 1994 lorsque Édouard
Balladur, alors Premier ministre de la France, a décidé
d'imposer un visa pour les Comoriens et donc les Anjouanais entrant
à Mayotte". La nécessité d'avoir un visa n'a
pas ralenti le flux migratoire. Il s'est au contraire accentué
au fil des années. "Il faut vivre la réalité
de la misère pour comprendre la situation", lance Djaanfar
Salim Allaoui.
Terre promise
Car dans son proche environnement géographique (l'Union des Comores
est l'un des pays les plus pauvres au monde) la collectivité
départementale fait figure de terre promise. Le niveau de vie
y est 5 fois plus élevé que dans le reste de l'archipel
comorien. Cela même si la plupart des minima sociaux ne sont pas
versés (le RMI n'existe pas et les allocations familiales sont
plafonnées à un maximum de 77,37 euros pour 3 enfants)
et que le salaire minimum est inférieur de moitié à
celui de la Métropole et des DOM (647 euros brut par mois).
Alors les Anjouanais et dans une mesure bien moindre les Grands Comoriens
arrivent en masse sur l'île aux parfums. Ils gonflent ainsi sa
population, participant à la pression démographique -
65% des 7.500 naissances annuelles sont issues de femmes en situation
irrégulière -, et affolent les élus locaux inquiets
quant à un possible tarissement des transferts publics. "Le
budget de Mayotte a été calculé par l'État
français en fonction de projections démographiques précises.
Le gonflement de la population par les étrangers en situation
irrégulière met à mal ces projections. On ne pourra
pas construire indéfiniment des écoles et des hôpitaux.
Il faut absolument fermer la 4 voies à sens unique qui relie
Mayotte à Anjouan", répète à longueur
de discours et d'interviews Mansour Kamardine, le député
UMP de Mayotte. Il est le principal initiateur de la campagne "anti-clandestins".
Il est favorable à une réforme du code de la nationalité
concernant le droit du sol envisagée par le ministre de l'Outre-mer,
François Baroin. Il a aussi déposé à Paris
une motion réclamant que la population mahoraise soit consultée
par référendum sur la question du flux migratoire.
Reste à savoir comment concrètement endiguer ce flot.
La solution est évidemment bien au-delà des invectives,
des injures racistes et des exactions qui "si elles demeurent sans
ferme condamnation de l'État français risquent hélas
de déboucher sur un bain de sang", met en garde Djaanfar
Salim Allaoui.
Maternité de Mayotte : plus de 7.500 naissances par an
130 médecins, 2 hôpitaux, 19 centres sanitaires, des soins
de qualité, des équipements performants, le dispositif
de santé mahorais est nettement supérieur à celui
des Comores. De très nombreux Comoriens viennent donc à
Mayotte, souvent clandestinement, pour se faire soigner ou pour accoucher.
Avec 7.500 naissances par an, dont 65% de parents non français,
la maternité de Mayotte affiche le plus fort taux de natalité
de la République.
Depuis avril 2005, les soins médicaux ne sont plus dispensés
gratuitement à l'hôpital de Mayotte par les 130 médecins
hospitaliers répartis dans les 2 hôpitaux et les 19 centres
sanitaires de Mayotte. Pour ne pas payer, il faut désormais être
affilié à la caisse de sécurité sociale
de Mayotte. Les non-affiliés doivent verser un forfait de 10
euros englobant le prix de la consultation, les soins, les médicaments
et la prescription d'éventuels actes médicaux supplémentaires.
Le forfait accouchement a pour sa part été fixé
à 300 euros. Il comprend les consultations pré et post-natales,
l'accouchement ainsi que le suivi de la mère et de l'enfant.
Le dispositif hospitalier mahorais devrait ainsi perdre sa réputation
d'aspirateur pour l'immigration clandestine.
En effet, compte-tenu du mauvais état sanitaire de l'Union des
Comores, l'une des principales raisons d'entrée clandestine à
Mayotte en kwassas kwassas est la recherche de soins et d'équipements
de qualité pour se faire soigner ou accoucher gratuitement.
Préoccupation légitime
Le souci viendrait du fait que souvent ces personnes ne repartiraient
pas sur leur île d'origine. L'affiliation obligatoire à
la caisse de sécurité sociale a permis d'établir
que 30% des personnes venant consulter ne sont pas affiliées.
"Pour continuer à ne pas payer les soins, les Mahorais ont
rapidement fait leurs démarches d'affiliation", note Alain
Daniel, directeur du centre hospitalier de Mayotte. On peut donc en
déduire qu'une très grosse partie de ces 30% de non-affiliés
soit ne sont pas de nationalité française, soit n'ont
pas de cartes de séjour. À la maternité, qui avec
environ 7.500 nouveau-nés par an affiche le plus grand nombre
de naissances de France, 65% des femmes ne sont pas affiliées,
"mais nous ne savons absolument pas de quelle nationalité
elles sont. D'ailleurs, nous ne leur demandons pas, nous ne sommes pas
des policiers. Nous sommes seulement tenus de déclarer les naissances",
souligne Alain Daniel.
Il note aussi qu'il existe de tentatives de ressortissants comoriens
d'utiliser l'hôpital comme moyen de venir légalement à
Mayotte - par le biais des évacuations sanitaires notamment -,
dans l'espoir d'y demeurer ensuite clandestinement. Il remarque cependant
"qu'en raison des procédures de contrôles de plus
en plus serrées, le phénomène reste marginal".
Chaque demande d'évacuation est validée de manière
collégiale par un comité de médecins des îles
comoriennes - dont des coopérants français -, et de Mayotte.
Il est également vrai qu'en cas de refus d'évacuations
sanitaires, les malades n'hésitent pas à prendre des kwassas
kwassas, avec tous les risques que cela comporte, pour venir se faire
soigner. Ils n'hésiteront pas non plus à payer les consultations,
lesquelles ne peuvent absolument pas - et c'est heureux -, leur être
refusées.
Alors certes en raison de ses performances, de ses compétences
et de ses équipements, l'hôpital de Mayotte reste attrayant
pour les malades des îles voisines. "Plus nous serons qualitatifs
et plus nous serons attractifs. C'est logique. Mais faut-il pour autant
arrêter d'être bons et donc mettre en danger la vie des
patients pour ne plus attirer l'immigration ? Je ne pense pas",
conclut Laurent Bien, directeur adjoint de l'hôpital chargé
des finances.
Contrôle d'identité géant à Mayotte
Du
jamais vu ou presque. Hier (mercredi 2 novembre), une immense opération
de contrôles d'identité a mobilisé près de
200 gendarmes, policiers nationaux et municipaux à Mamoudzou,
provoquant des bouchons monstres entre 9 heures et 11 h 30, alors que
l'affluence du côté du marché était importante.
Le but était d'arrêter les personnes en situation irrégulière.
Un cordon de gendarmes a bloqué toutes les issues du marché
sur le terre-plein de la douane. Des bateaux attendaient pour acheminer
les sans-papiers vers le centre de rétention, en Petite Terre.
Sur la jetée, un jeune homme tend sa carte bleue et sa carte
de bus au gendarme. "Ceci n'est pas une pièce d'identité
monsieur", une discussion s'engage, un homme et une femme s'approchent,
"il est mahorais monsieur". Le jeune repart. Non loin de là,
trois gendarmes gardent deux jeunes hommes menottés. "Ce
sont des mineurs, ils habitent mon quartier" lance un syndicaliste.
"Et alors, c'est la loi", lui rétorque un gendarme.
Plus loin devant la Banque Française Commerciale, deux policiers
municipaux assurent qu'il s'agit d'une "opération normale".
"J'aurais souhaité qu'il y en ait davantage, car c'est la
seule façon de protéger les commerçants qui ont
des patentes", lance Fahar Madi, conseiller général
de Bouéni présent sur les lieux. A l'heure où nous
bouclions cette édition, la préfecture n'avait pas communiqué
le nombre de personnes arrêtées.
Source : kashkazi.com, 6 novembre 2005
Mayotte, porte dérobée de l'Europe
par Benoît Hopquin, Le Monde, 21 octobre 2005
Sur cette île française, un tiers des habitants sont des
clandestins, venus des Comores voisines. Exploités, méprisés,
ils sont de plus en plus contestés
DES hauteurs de Chiroroni, au sud de l'île d'Anjouan, la vue porte
jusqu'à Mayotte, par-dessus 80 kilomètres de mer scintillante.
Un sentier conduit à la plage où d'antiques pirogues à
balancier déversent leur cargaison de poissons. Des barques plus
grandes attendent, posées sur le sable. Les embarcations se rempliront
à la tombée du jour de candidats au passage vers la France.
Elles partiront pour un périlleux voyage, ballottées par
les vagues, méritant ainsi leur surnom, hérité
d'une danse africaine chaloupée : les kwassa-kwassa.
Plus loin, entre deux cocotiers, la terre a été fraîchement
retournée. Des pierres plates ont été levées
face à La Mecque. Quatre corps anonymes ont été
enterrés sans cérémonie. Il y a deux mois et demi,
un kwassa-kwassa s'est fracassé sur la barrière de corail.
Ces passagers-là n'ont pu être sauvés de la noyade.
Le fossoyeur montre deux autres monticules, un peu plus loin, qui datent
d'un an.
Encore la mer a-t-elle bien voulu rendre ces morts. Il en est tant qui
disparaissent corps et âme au large, dans cette zone infestée
de requins. Selon l'Observatoire de l'émigration clandestine
anjouanaise (OECA), 200 personnes périssent chaque année
dans la traversée. La passe entre l'île comorienne et l'île
française serait « le plus grand cimetière de l'océan
Indien », d'après Mansour Kamardine, député
(UMP) de Mayotte. Rosmin, 20 ans, y a perdu plusieurs amies, dont une
jeune mère et son enfant de 3 ans.. En septembre 2004, Rosmin,
elle aussi, a « tenté sa chanc e ». Elle est partie
de la plage de Bambao, après avoir remis 50 000 francs comoriens
(100 euros) au passeur. Vingt-six personnes dont sept enfants et plusieurs
femmes enceintes ont été entassées, à genoux,
dans une barque dont le bord rasait les flots. Le calvaire a duré
treize heures.
« Nous étions plongés dans le noir. Les gens priaient,
pleuraient, ceux qui étaient malades vomissai ent », raconte
Rosmin. Longtemps, le passeur a louvoyé au large de Mayotte,
tentant de tromper la vigilance des navires de surveillance. Puis il
s'est jeté pleins gaz dans le lagon par-dessus le récif
et a déversé sa cargaison humaine. Les clandestins se
sont cachés jusqu'au petit jour avant de se fondre dans la masse.
Soifa et Anfouza, âgées de 18 ans toutes les deux, ont
également risqué leur vie, en octobre 2002 et novembre
2004. Elles ont vendu jusqu'à leur ultime bijou pour payer le
voyage, se sont embarquées sans savoir nager. « Avions-nous
le choix ? A Anjouan, nous n'avions aucun avenir. Mayotte, c'était
la possibilité d'une existence meilleure », explique Anfouza.
Soifa, elle, partait pour soigner des douleurs gastriques. « Ici,
il fallait payer l'hôpital et les médicaments. Là-bas,
c'était gratui t. » Une fois guérie, elle est restée
un mois cachée chez une amie, en quête d'un emploi de serveuse.
« Chaque fois que je sortais, je tremblais, de peur d'être
attrapé e », raconte-t-elle. A bout d'argent et d'espoir,
Soifa, Anfouza et Rosmin sont finalement rentrées.
Toutes les trois aujourd'hui n'ont en tête qu'une idée
: repartir dès qu'elles auront économisé la somme
nécessaire. Puis tenter de trouver un travail, se marier, avoir
des enfants. « Je serais si contente s'ils pouvaient être
français », assure Rosmin.
A Anjouan, rien n'est fait pour enrayer le trafic. Les adresses des
passeurs sont connues de tous, à Bambao, M'Rémani ou Marahare.
A Domoni, un de ces trafiquants répare à la vue de tous
un moteur, près de la crique maculée de sacs plastique
et de détritus d'où il s'élancera, le soir venu.
Entre deux étals de poissons, des hommes et des femmes attendent.
Des liasses d'argent passent de main en main. Certains policiers sont
soupçonnés de complicité. Quelques malfrats auraient
été molestés, pour l'exemple, mais il se murmure
que tel haut gradé de l'armée gérerait cinq bateaux
en sous-main.
Le gouvernement se réfugie derrière un argument diplomatique,
rappelé récemment à Paris par le président
Azali Assoumani : les Comoriens n'ont pas à demander de visa
pour Mayotte puisque cette île leur appartient. En 1975, trois
des quatre entités de l'archipel (Grande Comore, Mohéli,
Anjouan) ont opté pour l'indépendance. Les Mahorais ont
choisi par référendum de rester français. Cette
décision a été dénoncée par l'ONU.
La République des Comores revendique donc officiellement le territoire.
En 1997, Anjouan avait fait sécession et demandé son rattachement
à la France. Une partie de la population avait défilé
le 14 juillet dans les rues de Moutsamoudou derrière des drapeaux
tricolores. La France n'est finalement pas venue à eux. Eux ont
donc décidé d'aller massivement vers la France.
A 10 000 kilomètres de Paris, Mayotte est ainsi devenue une porte,
dérobée, de l'Europe. Selon l'Insee, sur une population
de 160 000 habitants, l'île compterait 55 000 clandestins, venus
essentiellement des Comores mais également de Madagascar et d'Afrique
continentale. Ils forment l'essentiel de la main-d'oeuvre dans l'agriculture,
la pêche, le bâtiment, la restauration. Les immigrés
sont également domestiques chez les « m'zoungous »,
les Blancs métropolitains, ou les riches Mahorais. Les salaires
varient entre 100 et 500 euros par mois pour des horaires évidemment
illimités. « Nous avons à faire à des esclavagistes
des temps modernes », regrette Serge Castel, patron du Medef,
qui dénonce « une concurrence déloyale pour ceux
qui respecte nt les règles ».
Ces clandestins, combien sont-ils parmi les centaines de malades qui
attendent dans les couloirs du dispensaire Jacaranda, à Mamoudzou
? Les médecins refusent de rentrer dans ce décompte, au
nom de l'obligation de soins qu'ils doivent à chacun. A la maternité
de la ville, on tente de tenir des statistiques : 7 100 accouchements
en 2002, 7 600 en 2004, 8 248 sur les neufs premiers mois de 2005. L'île
totalise 1 % des naissances françaises et 65 % sont le fait de
femmes entrées clandestinement. Il faut chaque année ouvrir
plusieurs dizaines de nouvelles classes pour accueillir les enfants
en âge d'être scolarisés.
Sur les hauteurs de Kawéni, aux portes de Mamoudzou, les sans-papiers
s'entassent par centaines, dans ce qui est probablement l'un des plus
grands bidonvilles sur le sol français. Des baraques en bois
et en tôle, sans eau courante, avec des installations électriques
piratées, grimpent serrées les unes contre les autres
à l'assaut d'une colline qui devient bourbier chaque fois qu'il
pleut. Des Mahorais louent pour 200 euros par an les quelques mètres
carrés où les familles ont bâti leurs abris
On vit ici dans la crainte des descentes de police. L'arrivée
d'une voiture est scrutée avec inquiétude. Mais, très
vite, ils sont une cinquantaine à se couper la parole pour raconter
leur quotidien. Abdallah Mouhoudhoir, 20 ans, tient à donner
son nom par dignité et lassitude de se cacher. A Anjouan, il
cultivait la vanille, le clou de girofle et la fleur d'ylang-ylang pour
gagner, les bonnes années, 100 euros par an. Il vit aujourd'hui
à Mayotte comme vendeur à la sauvette ou saisonnier agricole,
et gratte une centaine d'euros par mois qui le font survivre avec sa
femme et ses trois enfants : 2 ans, 1 an et 2 mois. Abdallah n'a qu'une
ambition : « Des papiers. »
Mais il le sait, cela tient de plus en plus de la chimère. Depuis
quelques semaines, la population locale est passée du mépris
à l'ostracisme. Les choses se sont envenimées après
une manifestation de clandestins, le 28 septembre, qui a dégénéré
et attisé les rancoeurs. La police a arrêté les
meneurs, les a aussitôt expulsés. L'un d'eux a échappé
à la descente musclée. Cet ancien instituteur d'Anjouan
a quitté son île en 1998, las de n'être plus payé.
Il travaille aujourd'hui comme manoeuvre dans le bâtiment. «
Les Mahorais ne veulent plus de nous », constate-t-il.
Les sans-papiers vivent aujourd'hui la peur au ventre. Mourdi a ainsi
été chassé de sa maison par des hommes qui lui
ont volé ses biens. Une mère de famille assure dormir
dans la forêt, avec ses trois enfants, depuis que son propriétaire
lui a intimé l'ordre de partir. Cet autre raconte comment des
clandestins ont été passés à tabac après
avoir répondu à une fausse offre d'emploi. « On
nous traite comme des anim aux », jure un homme. « On nou
s dit que nos papiers comoriens ont la couleur d'une couche de bébé
sale ».
Dans certaines communes, des comités de vigilance ont sommé
les étrangers de partir sous huitaine. Le maire de Sada a ordonné
à la police municipale de recenser les habitants qui emploient
ou hébergent des clandestins. Dans les écoles, des mères
de famille apostrophent les directeurs qui acceptent des enfants d'illégaux.
Les clandestins sont accusés d'alimenter le chômage quand
14 000 Mahorais sont en recherche d'emploi. Pas un vol non plus qui
ne leur soit reproché. Il est vrai que les kwassa-kwassa ne repartent
pas à vide vers Anjouan. Télévisions, ordinateurs,
motos vendus là-bas n'ont pas souvent leur certificat d'origine...
Des réseaux illégaux bricolent des faux papiers, arrangent
des mariages blancs ou combinent de fausses reconnaissances d'enfants.
Le ras-le-bol des Mahorais est relayé par une large fraction
de la classe politique. Les propositions pour un durcissement du droit
du sol à Mayotte, reprises le 17 septembre par François
Baroin, le ministre de l'outre-mer, ne trouvent guère de contradicteurs
dans l'île. Elles visent à restreindre l'accès à
la citoyenneté française pour les enfants de clandestins.
Les associations de défense des droits de l'homme jugent pourtant
qu'un tel débat pèche par sa vacuité. La modification
du droit du sol n'empêchera pas les Comoriens de fuir leur pays,
assurent-elles. En outre, dans un archipel qui a toujours brassé
ses populations, nombre de Mahorais ont des parents originaires des
autres îles. Les esprits retors glissent également que
la plupart des dignitaires de la République des Comores ont,
en revanche, des passeports français parfaitement en règle.
« La seule solution pour endiguer l'immigration clandestine, c'est
de les aider chez eux », constate Serge Castel.
Face à la grogne, l'Etat a surtout durci son arsenal répressif.
Les moyens de lutte contre l'immigration ont quasiment doublé.
Le nombre des reconduites à la frontière à Mayotte
représentait, en 2004, la moitié du chiffre réalisé
dans la métropole. Le centre de rétention administrative
à Dzaoudzi affiche complet. Jusqu'à trois vols charters
quotidiens sont organisés vers Anjouan. Régulièrement,
les médias sont conviés à des destructions de kwassa-kwassa
interceptés - une quarantaine déjà pour l'année
en cours.
Les règles d'accès aux soins médicaux ont également
été révisées. Ceux qui ne peuvent justifier
d'une affiliation à la sécurité sociale, donc les
clandestins, doivent désormais payer. Pour un accouchement, le
forfait est de 360 euros. Dans les faits, les hôpitaux et les
médecins rechignent et accueillent tous les cas d'urgence. Mais
les femmes qui n'ont pas versé leur écot peinent ensuite
à obtenir un certificat de naissance, perdant ainsi toute chance
d'obtenir des papiers pour leur enfant.
L'inspection du travail multiplie, quant à elle, les contrôles.
Des employeurs indélicats se sont retrouvés en garde à
vue. Didier Perino, le directeur du travail, s'agace parfois des arguments
que lui font valoir les gens pris en faute. « Ils me parlent de
mesures humanitaires alors qu'ils ne font que profiter de la détresse
de pauvres ge ns », explique-t-il. Le fonctionnaire dénonce
une certaine « hypocri sie » ambiante. « On dit :
les étrangers dehors, sauf bien sûr celui que j'exploite
chez mo i. » Les peines encourues, quelques dizaines de milliers
d'euros, ne sont guère dissua-sives
Le climat est pourtant suffisamment délétère pour
que nombre de clandestins aspirent aujourd'hui à rentrer chez
eux. Air Comores, la seule compagnie à assurer une liaison aérienne
vers Anjouan, est submergée. Les moins fortunés attendent
que soit rétablie une liaison régulière par bateau,
promise pour le mois de novembre.
Les départs provoquent déjà des turbulences dans
l'économie. Faute de cueilleurs et de transporteurs, le prix
des bananes a doublé à Mayotte. Le poisson commence également
à manquer depuis que les pêcheurs anjouanais ne sont plus
autorisés à les décharger sur le port.
06/11/2005 - Préparatifs
pour une "grande déportation" de Comoriens de Mayotte
Les autorités françaises ont décidé de déporter
plusieurs milliers de Comoriens sans-papiers !
Des sans-papiers comoriens de Mayotte organisent leur
retour au pays
Des sans-papiers comoriens ont commencé à anticiper les
mesures de reconduite à la frontière annoncées
pour novembre par les autorités de Mayotte en envoyant leurs
meubles par bateau aux Comores, en attendant de pouvoir y partir eux-mêmes,
faute de liaison maritime pour les passagers.
A Ngombani, quartier de la périphérie sud de Mamoudzou,
d'énormes paquets sont posés sur le trottoir d'un quartier
à forte concentration d'immigrés. D'autres sont entreposés
sur le balcon d'une maison servant de siège à une agence
de voyages, très sollicitée par des familles d'immigrés
clandestins désireux d'expédier leurs biens au pays :
meubles, réfrigérateurs, appareils électroniques
et cuisinières emballés dans des cartons ou des tissus.
Des ballets de "pick-up", chargés à ras bord,
se font entre l'agence de voyage et le port de Longoni (nord). Deux
bateaux caboteurs, L'alliance des îles et le Ville de Mohéli,
embarquent ces centaines de tonnes vers Anjouan, Mohéli ou la
Grande-Comore, multipliant les rotations face à cette demande
exceptionnelle de fret. Sur le quai du port de Longoni, Ismaël
est venu faire embarquer ses affaires bien qu'il ne soit pas clandestin
: "Je suis Mahorais mais mon épouse est anjouanaise. Comme
l'État français et les Mahorais menacent de la chasser,
elle a décidé de partir. Moi, je la suis avec nos affaires",
confie-t-il.
Référendum
Un autre, qui est clandestin, veut partir aussi et souligne : "Ils
veulent notre départ, alors nous demandons un bateau". De
nombreux sans-papiers, anticipant une expulsion à venir, réclament
que l'on affrète un bateau pour les ramener chez eux. La lutte
contre l'immigration clandestine à Mayotte, réaffirmée
en juillet par un comité interministériel ad hoc, se heurte
à la suspension, depuis le début de l'année, pour
des raisons de sécurité, des liaisons maritimes entre
Mayotte et les Comores, le Ville de Sima et le Tatringa ne répondant
plus aux normes de sécurité. Les départs volontaires
de Mayotte, où un tiers de la population (180 000 habitants au
total) est illégale, ne se font qu'au compte-gouttes, à
raison de 14 places par avion, alors qu'un bateau pourrait rapatrier
200 personnes par jour. Un millier de Comoriens sans papiers ont manifesté
le 28 septembre à Mamoudzou pour réclamer un bateau et
exprimer leur ras-le-bol. Signe de la tension ambiante, la manifestation
a dégénéré avec le saccage de la permanence
du député UMP de Mayotte Mansour Kamardine. Six clandestins,
mis en cause dans la dégradation de biens publics et dans des
violences volontaires contre une femme et un policier, ont écopé
de peines de quatre à six mois de prison ferme. A leur sortie
de prison, ils feront l'objet de reconduites à la frontière
et seront interdits du territoire français pendant dix ans. De
son côté, Kamardine a mis en place un "Comité
pour la défense des intérêts de Mayotte" qui
dénonce l'immigration clandestine et ses corollaires, insécurité
et délinquance selon le député. Il défend
l'idée d'un référendum sur le plan de lutte contre
l'immigration clandestine.
D'ici un mois, une liaison maritime régulière entre Mayotte
et le reste des Comores pourrait reprendre, selon le préfet Jean-Paul
Kihl. La lutte contre l'immigration clandestine prendra alors, note-t-il,
une tout autre ampleur.
Source : Clicanoo.com, 11 octobre 2005
Communiqué sur la situation
dans l'île comorienne de Mayotte
Le ministère (comorien) des Relations Extérieures et de
la Coopération suit avec une attention soutenue, l'évolution
de la situation dans l'île comorienne de Mayotte.
Il déplore le climat de suspicion, de haine, de repli sur soi
et de rejet de l'autre, suscité et entretenu, et qui peut conduire
à des situations incontrôlées, préjudiciables
à tous.
Il condamne la violence et appelle à la retenue et à la
responsabilité.
Il croit fermement que l'escalade verbale et les agissements inconsidérés,
ne peuvent être les fondements d'une solution éventuelle
à la situation que connaît l'île comorienne de Mayotte.
Il demande aux autorités de l'île de créer les conditions
d'un retour à la sérénité et à la
tolérance, pour une convivialité et une harmonie entre
les habitants des Mayotte
Le ministère de Relations Extérieures et de la Coopération
réaffirme l'attachement du peuple comorien à la comorianité
de l'île de Mayotte.
Il réitère l'engagement du gouvernement, de poursuivre
et d'approfondir sa politique de dialogue et de concertation, afin de
créer les conditions de la complémentarité et de
la cohésion des îles, dans une Région qui doit s'épanouir
dans une réelle intégration, pour l'intérêt
de la paix, de la stabilité et du bien-être de tous.
Source : Al Watwan, Moroni, 7 octobre 2005
Mayotte : silence, on chasse les Comoriens des
autres îles
Quand des représentants de la patrie des droits de l'homme à
Mayotte cautionnent des revendications d'aussi basse facture, cela est
un scandale. Quand des Mahorais utilisent la même langue pour
insulter et chasser leurs frères d'Anjouan, de Ngazidja et de
Mohéli, c'est un déni de l'histoire.
Les rues de Mamoudzou ont été très enflammées
ces dernières semaines. A l'origine de cette agitation la chasse
aux Comoriens des trois autres îles ouverte à Mayotte au
nom d'u
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