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10
avril 2004 : 85 ans après son assassinat, Emiliano Zapata est toujours
vivant !
Le
10 avril 1919, Emiliano Zapata, général en chef de l'Armée de libération
du Sud, tombait, criblé de balles, dans un guet-apens tendu par un
officier de l'armée fédérale mexicaine, à San Juan de Chinameca.
Son assassin reçut 50 000 pesos de récompense des mains du président
Venustiano Carranza, le dictateur alors au pouvoir à Mexico. Immédiatement
après sa mort, la légende de Zapata se répandait, à travers les chansons
populaires, les "corridos", qui racontaient que le chef n'était pas
mort et qu'on avait vu son cheval blanc galoper dans la montagne.
Avec Zapata disparaissait un dirigeant révolutionnaire extrêmement
original, dont le message est toujours d'actualité. Son programme était
résumé dans le slogan "Tierra y Libertad" (Terre et Liberté). Pendant
9 ans, don Emiliano avait dirigé des armées de paysans-guérilleros
qui se battaient pour récupérer leurs terres, volées depuis les débuts
de la colonisation espagnole. A l'image de ces paysans, Zapata voulait
la terre et la liberté et refusa de prendre le pouvoir, ce qu'il
aurait pu faire lorsqu'il entra dans Mexico, rejoint par l'autre
grand dirigeant populaire, Pancho Villa, le "Centaure du Nord". Ses
combattants restèrent des paysans, alternant le fusil et la charrue
ou la houe.
65 ans après sa mort, un mouvement de libération apparut dans l'Etat du Chiapas,
au sud-est du Mexique. Il portait son nom : Armée zapatiste de libération nationale.
Ce mouvement était né du constat que, 75 ans après le début de la Révolution
mexicaine, les paysans mexicains étaient toujours spoliés de leur terre et
de leurs droits. L'image de Zapata redevint alors révolutionnaire, après avoir été récupérée
par le régime du PRI, le Parti révolutionnaire institutionnel, qui avait mis
Zapata à toutes les sauces et tenté de le transformer en icône inoffensif
: son portrait était désormais sur les billets de banque, une station de métro
de Mexico portait son nom et, depuis 1979, ses restes avaient été transférés
dans le monument de la Révolution, aux côtés de ceux de son assassin
Carranza.
Selon sa biographie officielle, Emiliano Zapata était né le 8 août 1879. Il
est donc mort au même âge que Che Guevara, à 39 ans. Son exemple
inspire encore aujourd'hui les paysans mexicains. Son épopée appartient à l'histoire
des peuples opprimés de la planète. "Terre et liberté" reste un slogan dans
lequel la plus grande partie de l'humanité peut se reconnaître, de la Bolivie
aux Philippines, en passant par la Palestine et l'Iraq
Pour ceux qui veulent connaître l'histoire de la vie et du combat d'Emilano
Zapata, on ne peut que recommander l'excellent livre de John Womack, Emiliano
Zapata, Editions La Découverte, 1997, 25 €.

Emiliano Zapata en 1914

Zapata, par Diego Rivera

Zapata, par Alfredo Arrequin

Paysage zapatiste-Le guérillero, par Diego Rivera, 1915, Museo Nacional de
Arte, México
le logo de la station de métro "Zapata" à México

Araceli
Herrera |
Chiapas
: la mort voyage à dos d'homme
par Hermann Bellinghausen, La Jornada, Mexico, 16 mars 2004.Traduit de l'espagnol
par Hapifil, pour http://risal.collectifs.net
San Cristobal de las Casas, Chiapas, 15 mars. Marcela était sur le point
de donner le jour à son second enfant. Elle a 16 ans ; Fernando, son époux,
20 ans, s'occupait pendant ce temps de leur premier-né, âgé de
10 mois et gravement malade. Quand les douleurs de l'enfantement ont commencé,
ils décidèrent de se rendre à l'hôpital de San Quintín
de la commune d'Ocosingo. Nous sommes en novembre 2003, dans la forêt Lacandona.
San Bartolo, leur village, est dans les montagnes, à trois ou quatre heures
de marche de la route de terre qui joint Ocosingo et San Quintín. Le parcours,
plus approprié aux mules qu'aux personnes, oblige à traverser une
rivière au fort courant dans un long hamac tendu au-dessus. C'est là que
se rendent la femme en couches, son mari et leur bébé malade.
La photographe Araceli Herrera les a rencontrés à San Quintín,
et elle les a accompagnés dans leur lutte contre la mort. C'est elle maintenant
qui raconte cette histoire, et les images que le lecteur a devant les yeux sont
les siennes.
« Il se trouve que l'enfant était atteint d'une étrange maladie.
'Sa langue tournait et retournait dans sa bouche et son estomac gonflait comme
un ballon'. Fernando parla avec les médecins de la clinique de San Quintín,
connue comme le 'petit hôpital'. Ils lui affirmèrent ne pas avoir
les moyens de s'occuper de l'enfant. Fernando leur dit qu'il n'avait pas d'argent
pour l'emmener à Tuxtla Gutiérrez, à 12 heures de camion à bétail
de San Quintín ».
Comme ils semblaient ne pas avoir d'ambulance, ou du moins ne pas avoir l'intention
de l'utiliser, les médecins firent savoir à Fernando qu'ils n'avaient
pas d'argent eux non plus. « Aussi ne restait-il qu'à attendre la
mort du bébé, sans aucun espoir », rapporte Araceli Herrera.
Pendant ce temps, Marcela put mettre au monde une fille. Le garçon, le
bébé de 10 mois, qui n'avait pas encore de prénom, succomba « comme ça,
simplement », comme les animaux de la montagne. Fernando et Marcela tout
juste « allégée » rentrèrent dans leur communauté en
portant le mort.
Ce sont les parents de Fernando qui les accueillirent d'abord ; quand, « le
visage indescriptiblement marqué par la douleur et la colère, il
leur apprit la nouvelle, ils éclatèrent en sanglots », ajoute
la photographe.
« En quelques heures, les hommes de la communauté s'organisèrent
pour transporter Marcela, qui ne pouvait marcher, dans sa maison des montagnes.
A l'aide d'une machette, d'une chaise, de bâtons et de liens, ils fabriquèrent
de quoi transporter la mère assise, et ils partirent avec Marcela sur
le dos. Le plus difficile fut de traverser le pont suspendu. Un fort courant
animait la rivière. Le vent, violent, menaçait de secouer le « hamac »,
et les membres du cortège devaient passer un par un. Et un par un ils
prirent leur tour de porteur ».
En arrivant dans sa communauté, Marcela fut prise en main par toutes les
femmes qui s'organisèrent dans la cuisine pour nourrir la jeune mère
et prendre soin du nouveau-né. « Le moment le plus angoissant fut
la préparation du corps du garçon. Son grand-père lui mit
ses habits et fabriqua la caisse pour l'enterrer ».
Arrivée à ce point de sa narration, Arceli commente : « Les
chiffres de la mortalité des enfants et des jeunes mères sont très élevés,
mais ils ne sont pas exacts, car le secrétariat à la Santé ne
couvre pas cette zone marginalisée ».
L'histoire de Marcela, si tristement dramatique, est une histoire « normale » dans
les terres indigènes du Chiapas. Elle se déroule pourtant à San
Quintín, le village-forteresse de l'Armée mexicaine dans la forêt
Lacandona, où l'économie paysanne est stimulée par la présence
de centaines de militaires ainsi que par « l'investissement considérable
du gouvernement » en matière de services dans cette communauté tzeltal,
vitrine des préférences et des soutiens institutionnels des derniers
gouverneurs priistes [1].
Roberto Albores Guillén, récemment ressuscité par son parti,
fut sur le point de transformer San Quintín en chef-lieu d'une nouvelle « commune » parmi
toutes celles qu'il a créées à des fins contre-insurrectionnelles.
Il aimait visiter le village, au pied des Montes Azules (réserve naturelle),
au bord de la rivière Jataté au plus fort de son débit,
tout proche de la lagune de Miramar. A l'occasion, il accompagnait le président
Zedillo et le secrétaire de la Défense. San Quintín profite
de la meilleure piste d'aviation de la forêt, et du trafic régulier
d'avions militaires et civils.
Base militaire clé, c'est une grande unité de casernement de la
39e zone militaire, créée aussitôt après le soulèvement
zapatiste. Une hampe aussi haute que celle du Zócalo de Mexico, et son
drapeau monumental, font figurer San Quintín sur la carte. Au c¦ur
de la forêt, visible à distance, le drapeau est une image sans équivoque
: flèche plantée dans le sol, il indique que « les institutions
se trouvent ici ».
A partir de 1995, quand les communautés de la forêt furent militarisées,
San Quintín, qui appartenait majoritairement à la Centrale paysanne
nationale du PRI, connut une « prospérité » supérieure à la
moyenne régionale. La cohabitation fréquente avec au moins 2 mille
soldats, deux fois plus nombreux que la population indigène, a produit
d'importants effets sur la société. La consommation de « services » (hôtels,
restaurants, blanchisseries, bazars, etc.) introduisit dans le paysage la prostitution
professionnelle, une « coutume » inconnue jusqu'alors. On l'apprit
vite, et des familles « vendirent » leurs filles, car elles valaient
plus qu'une prostituée « usagée ».
San Quintín dispose de tous les services et de la présence évidente
des institutions, pas seulement des militaires. Travaux publics, écoles,
services de santé. Pour le fils de Marcela, on s'est littéralement
croisé les bras. On leur a dit, à elle et son mari, qu'on n'avait
pas de quoi sauver l'enfant moribond. Vrai ou faux, on savait que ça s'aggraverait,.
Refuser une assistance est un crime. Manquer de moyens est un scandale, car cela
signifie que la « présence des institutions » n'est qu'un
leurre, une simple mise en scène. Qu'une fois de plus les indiens ne comptent
pas.
Marcela et son époux Fernando, poussés par l'espoir, ont porté jusqu'à ce
que la mort le leur arrache leur fils de 10 mois, qui est mort sans avoir été baptisé.
Notes :
[1] Le Parti révolutionnaire institutionnel - PRI a dirigé le Mexique
d'une main de fer durant sept décennies.
30/01/04
- Pas de Musulmans au Chiapas !
Il ne faut surtout pas que les Musulmans fassent la jonction avec les
zapatistes ! C'est sans aucun doute cette crainte qui a motivé
l'avis d'expulsion prononcé par les autorités mexicaines
contre un groupe de Musulmans espagnols installés dans le Chiapas
depuis une dizaine d'années. Pour continuer à régner,
l'Empire se doit de diviser...
San Cristobal de las Casas, Chiapas, 21 janvier (Correspondance) - L'Office
National des Migrations (INM) a ordonné à 11 Espagnols
- dont plusieurs mineurs -, de confession musulmane qui résident
dans cette ville, de quitter le pays dans les prochains jours, pour
avoir présumément organisé des cérémonies
religieuses sans autorisation.
Les personnes concernées ont déposé la semaine
passée une requête devant le Secrétariat de Gouvernement
et l'INM lui-même pour que la décision soit rapportée.
Comme le prévoyaient des informations obtenues par la presse
de cette ville, l'INM a ordonné à 11 Espagnols de quitter
le territoire, ceux-là même qui, il y a quelques mois,
avaient demandé la modification de leur statut comme résidents
étrangers et s'étaient vus répondre négativement.
Depuis plus de dix années, quelques familles espagnoles qui pratiquent
la religion musulmane se sont établies dans cette ville. La majorité
d'entre elles vit dans la colonie Ojo de Agua, située au nord
de San Cristóbal.
C'est là que sont installés les locaux de l'association
Mission Civile pour la Dawa au Mexique, que dirige Aureliano Pérez,
lui-même espagnol, où se pratiquent des cérémonies
religieuses sans autorisation du Secrétariat du Gouvernement.
Plusieurs familles d'indigènes qui ont rejoint le groupe et qui
professent désormais cette religion prennent part àces
cérémonies.
Il y a quelques temps, le Sous-secrétaire aux Affaires Religieuses,
dépendant du Secrétariat du Gouvernement, avait refusé
d'enregistrer ce groupement comme association religieuse, mais les demandeurs
ont continué à pratiquer leurs cérémonies
cultuelles.
Dans le même secteur fonctionne une menuiserie appelée
l'Alpujarra, où travaillent certains des Espagnols auxquels l'INM
a demandé de quitter le pays.
Selon les infirmations obtenues, Alicia Fernández Torrealba et
ses enfants Zainab, Daud, Umar, Amina et Zaida Nuria Aragonés
Fernández se sont vus notifier le 6 janvier dernier par l'INM
qu'ils avaient 15 jours ouvrables pour quitter le pays.
Francisco Javier Coy Iranzo et ses enfants Abraham, Sara et Javier Asi's
Coy Ibáñez se sont vus notifier le 4 janvier qui disposaient
de 30 jours pour sortir du territoire mexicain. María José
Yáñez Ruiz a reçu une notification semblable le
7 janvier.
En réponse, les intéressés ont déposé
un recours en révision dans lequel ils ont sollicité que
"on suspende l'exécution de l'acte, puisque les requérants
ne troublent pas l'ordre public, ne portent pas préjudice à
la société et ne causent ni dommages ni préjudice
à des tiers, et eu égard au fait que le droit de recours
est garanti constitutionnellement".
Source : Elio Henriquez, La Jornada, México, 22 janvier 2004
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