Un seul monde

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L’internationalisation du génocide


par Fidel Castro Rúz, 3 avril 2007

 

La réunion de Camp David vient de se conclure. Nous avons tous écouté avec intérêt la conférence de presse des présidents des Etats-Unis et du Brésil, et les nouvelles concernant leur rencontre et les opinions  qu’ils ont avancées.

 

Bien que son visiteur brésilien l’ait pressé au sujet de dispositions tarifaires et des subventions qui protégent et étayent la production étasunienne d’éthanol, Bush n’a pas fait la moindre concession à Camp David.

 

Le président Lula a attribué cette fin de non-recevoir à la hausse des cours du maïs qui a été, selon lui, de plus de 85 p. 100

 

Un peu avant, la principale autorité brésilienne avait exposé dans The Washington Post l’idée de convertir les aliments en carburant

 

Je n’ai pas l’intention de blesser le Brésil ni de me mêler de questions ayant à voir avec la politique intérieure de ce grand pays. C’est précisément à Rio de Janeiro, qui avait accueilli le Sommet mondial sur l’environnement, voilà maintenant quinze ans, que j’ai dénoncé avec véhémence, dans une allocution de sept minutes, les nuisances environnementales qui menaçaient l’existence de notre espèce. Bush père, qui était présent à cette réunion en sa qualité de président des Etats-Unis, a eu la politesse d’applaudir à la fin, comme tous les autres.

 

Personne à Camp David n’a répondu à la question cruciale : où et qui va fournir les plus de 500 millions de tonnes de maïs et d’autres céréales dont les Etats-Unis, l’Europe et les pays riches ont besoin pour produire la quantité de galons d’éthanol que les grandes compagnies des USA et d’autres pays exigent en contrepartie de leurs lourds investissements ? Où et qui va produire le soja, les graines de tournesol et de colza dont les huiles essentielles vont être convertis en carburant par ces mêmes pays riches ?

 

Un certain nombre de pays produisent des aliments et exportent leurs excédents. L’équilibre entre exportateurs et consommateurs était déjà tendu, si bien que les cours ont flambé. Pour être bref, je dois me borner à signaler ce qui suit.

 

Les cinq principaux producteurs de maïs, d’orge, de sorgho, de seigle, de millet et d’avoine, ces grains que Bush veut convertir en matière première pour la production d’éthanol, en écoulent 679 millions de tonnes sur le marché mondial, selon des chiffres récents. De leur côté, les cinq principaux consommateurs, dont certains sont aussi des producteurs de ces grains, ont besoin aujourd’hui de 604 millions de tonnes par an. L’excédent disponible est donc de moins de 80 millions de tonnes.

 

Or, ce gaspillage colossal de céréales, sans parler des graines oléagineuses, pour produire du carburant permettrait aux pays riches d’économiser à peine moins de 15 p. 100 de ce que consomment leurs voraces automobiles.

 

Bush a affirmé à Camp David qu’il avait l’intention d’appliquer cette formule à l’échelle mondiale, ce qui ne signifie rien moins que l’internationalisation du génocide.

 

Le président du Brésil, dans son article du Washington Post, publié la veille de la rencontre de Camp David,  a affirmé que moins de 1 p. 100 des terres arables du pays étaient consacré à la canne à sucre destinée à la production d’éthanol. C’est le triple de la superficie que consacrait Cuba quand elle produisait presque dix millions de tonnes de sucre avant la crise de l’URSS et les changements climatiques.

 

Notre pays produit et exporte du sucre depuis plus longtemps, d’abord à partir du travail des esclaves, qui finirent par être plus de trois cent mille dans les premières années du XIXe siècle et qui convertirent la colonie espagnole en la première exportatrice de sucre au monde. Presque cent ans après, au début du XXe siècle, dans la République médiatisée dont la pleine indépendance fut frustrée par l’intervention étasunienne, seule des immigrants antillais et des Cubains analphabètes cultivaient et coupaient la canne. La tragédie de notre peuple était la morte-saison, compte tenu du caractère cyclique de cette culture. Les plantations appartenaient à des compagnies étasuniennes ou à de gros propriétaires terriens d’origine cubaine. Nous avons donc accumulé plus d’expérience que quiconque au sujet de l’incidence sociale de cette culture.

 

Dimanche dernier, 1er avril, des spécialistes brésiliens affirmaient sur CNN que bien des terres consacrées à la culture de la canne dans ce pays avaient été achetées par de riches Etasuniens et Européens.

 

Dans mes réflexions du 29 mars, j’ai expliqué les effets des changements climatiques à Cuba, à quoi s’ajoutent d’autres caractéristiques traditionnelles de notre climat.

 

Dans notre île pauvre, qui n’est pas une société de consommation, il n’y aurait même pas assez de gens pour supporter les rigueurs qu’implique la culture de la canne à sucre, au milieu de la chaleur, des pluies ou des sécheresses croissantes. Quand les cyclones s’abattent sur l’île, même les machines les plus parfaites ne peuvent couper les cannes couchées et tordues. Des siècles durant, on n’avait pas pris l’habitude d’y mettre le feu, tandis que le sol ne se tassait pas sous le poids de machines complexes et d’énormes camions ; les engrais azotés, potassiques et phosphoriques, aujourd’hui très coûteux, n’existaient même pas, et les mois secs et les mois de pluies alternaient régulièrement. Dans l’agriculture moderne, il n’y a pas de rendements élevés possibles sans rotation des cultures.

 

L’AFP a donné, dimanche 1er avril, des informations inquiétantes sur les changements climatiques que des experts réunis par les Nations Unies jugent d’ores et déjà inévitables et appelés à avoir de graves conséquences dans les prochaines décennies.

 

« Les changements climatiques toucheront largement le continent américain, provoquant plus de tempêtes violentes et de vagues de chaleur qui produiront en Amérique latine des sécheresses, des extinctions d’espèce et même de  la famine, selon le rapport de l’ONU qui doit être adopté la semaine prochaine à Bruxelles.

 

« A la fin du siècle, chaque hémisphère aura des problèmes d’eau, et si les gouvernements ne prennent pas de mesures, la hausse des températures pourrait aggraver les risques de "mortalité, de pollution, de catastrophes naturelles et de maladies infectieuses", avertit le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

 

« En Amérique latine, le réchauffement est déjà en train de faire fondre les glaciers des Andes et menace les forêts de l’Amazonie dont le périmètre peut finir par se transformer en savane », affirme la dépêche.

 

« Compte tenu de la grande quantité de population qui vit près des côtes, les Etats-Unis sont eux aussi exposés à des phénomènes naturels extrêmes, comme l’a démontré le cyclone Katrina en 2005.

 

«  Ce rapport du GIEC est le deuxième d’une série de trois qui a démarré en février dernier par un premier diagnostic scientifique établissant avec certitude l’existence des changements climatiques.

 

« Dans cette seconde livraison de 1400 pages, qui analyse les changements par secteurs et par régions et dont l’AFP a obtenu un exemplaire, les experts estiment que, même si l’on prend des mesures radicales pour réduire les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère, la hausse des températures sur toute la planète dans les prochaines décennies est d’ores et déjà une certitude », conclut la dépêche de l’AFP.

 

Comme on pouvait s’y attendre, Dan Fisk, conseiller à la sécurité nationale pour la région, a déclaré le jour même de la réunion de Camp David que « Cuba ferait partie de la discussion de questions régionales, et pour aborder non le thème de l’éthanol – sur lequel le président Fidel Castro convalescent a justement écrit un article jeudi dernier – mais celui de la famine qu’il a provoquée chez le peuple cubain ».

 

Comme ce monsieur mérite une réponse, je me vois obligé de lui rappeler que le taux de mortalité infantile à Cuba est inférieur à celui des Etats-Unis. Il peut être sûr qu’aucun citoyen cubain n’est privé de soins médicaux gratuits. Tout le monde fait des études et personne ne manque d’offres de travail utile, malgré presque un demi-siècle de blocus économique et la tentative des administrations étasuniennes d’amener le peuple cubain à la reddition par la faim et l’asphyxie économique.

 

La Chine n’utiliserait jamais une seule tonne de céréales ou de légumineuses pour produire de l’éthanol. Il s’agit d’une nation à l’économie prospère qui bat de records de croissance, où aucun citoyen ne manque des revenus nécessaires pour acheter des biens de consommation essentiels, bien que 48 p. 100 de la population, qui dépasse 1,3 milliard d’habitants, travaille dans l’agriculture. Elle s’est proposée au contraire de faire des économies d’énergie considérables en éliminant des milliers d’usines qui consomment des quantités d’électricité et de carburant inacceptables. Elle importe bien des aliments mentionnés de n’importe quel endroit du monde, les transportant depuis des milliers de kilomètres.

 

Des dizaines et des dizaines de pays ne produisent pas d’hydrocarbures et ne peuvent pas cultiver du maïs et d’autres grains, ni des graines oléagineuses, parce qu’ils n’ont même pas assez d’eau pour satisfaire leurs besoins les plus élémentaires.

 

Lors d’une réunion convoquée à Buenos Aires par la Chambre de l’industrie de l’huile et le Centre des exportateurs et portant sur la production d’éthanol, le Hollandais Loek Boonekamp, directeur des Marchés et du Commerce agricole de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a déclaré à la presse : « Les gouvernement se sont emballés ; ils devraient garder la tête froide et se demander s’il faut soutenir l’éthanol si fortement.

 

« La production d’éthanol n’est viable qu’aux Etats-Unis, nulle part ailleurs, à moins de subventions.

 

« Ce n’est pas la manne, et nous ne devons pas nous engager à l’aveuglette »,

 

« Aujourd’hui, les pays développés poussent à ce que les carburants fossiles soient mêlés aux biocarburants à hauteur de 5 p. 100, ce qui exerce déjà une pression sur les cours des produits agricoles. Si ce taux s’élevait à 10 p. 100, il faudrait utiliser 30 p. 10o de la surface semée aux USA et 50 p. 100 de celle de l’Europe. Je me demande donc si c’est soutenable. La demande accrue de cultures à éthanol fera grimper les prix et les rendra plus instables.» a-t-il conclu.

 

Les mesures protectionnistes se montent désormais à 50 centimes le gallon, tandis que les subventions réelles sont encore plus élevées.

 

Un simple calcul arithmétique, de ceux qu’on apprend à l’école, permet de constater qu’il suffit de substituer des ampoules à basse consommation aux ampoules à incandescence pour économiser, comme je l’ai dit dans mes réflexions antérieures, des milliards de dollars en investissements et en ressources énergétiques, sans utiliser un seul hectare de terre arable.

 

Sur ces entrefaites, des nouvelles publiques en provenance de Washington nous apprennent, selon l’AP :

 

« La disparition mystérieuse de millions d’abeilles dans tous les Etats-Unis met les apiculteurs sur les nerfs et inquiète même le Congrès qui débattra jeudi la situation critique d’un insecte capital pour le secteur agricole.

 

“Les premiers indices sérieux de cette énigme sont apparus un peu après Noël dans l’Etat de la Floride, où les apiculteurs ont constaté que les abeilles avaient disparu.

 

« Depuis, ce syndrome que les experts ont baptisé Problème de la disparition des essaims (CCD, selon le sigle anglais) a réduit de 25 p. 100 les essaims du pays.

 

« "Nous avons perdu plus d’un demi million de ruches, qui compte environ 50 000 abeilles chacune", a déclaré Daniel Weaver, président de la Fédération des apiculteurs des Etats-Unis, qui a précisé que le mal touchait une trentaine des cinquante Etats. Le plus curieux, c’est que, bien souvent, on ne trouve pas de cadavres. 

 

« Selon une étude de l’université de Cornell, les abeilles assurent la pollinisation de cultures évaluées de 12 à 14 milliards de dollars.

 

« Les scientifiques avancent toutes sortes d’hypothèses, entre autres qu’un pesticide ait provoqué des dommages neurologiques aux abeilles et altéré leur sens de l’orientation. D’autres accusent la sécheresse, voire les ondes des téléphones portables, mais le fait est que personne se sait vraiment quelle est la cause de ce phénomène. »

 

Le pire nous attend peut-être : une nouvelle guerre pour contrôler les fournitures de gaz et de pétrole, qui mettrait l’espèce humaine au bord de l’hécatombe totale.

 

Des organes de presse russes, citant des services de renseignement, ont informé que les préparatifs minutieux de la guerre contre l’Iran ont démarré depuis plus de trois ans, le jour où l’administration étasunienne a décidé d’occuper totalement l’Iraq, y déclenchant une guerre civile odieuse et interminable.

 

En attendant, le gouvernement des USA consacre des centaines de milliards de dollars à la mise au point d’armes à technologie hautement perfectionnée, telles celles qui utilisent des systèmes microélectroniques, ou de nouvelles armes nucléaires qui pourraient atteindre leur cible à peine une heure après en avoir reçu l’ordre.

 

Les Etats-Unis se moquent royalement de l’opinion mondiale qui s’oppose aux armes nucléaires, quel qu’en soit le type.

 

Démolir jusqu’à la dernière usine iranienne est une besogne technique relativement facile à exécuter pour une puissance telle que les USA. Le plus difficile risque de venir ensuite, si l’on déclenche une nouvelle guerre contre une autre croyance musulmane qui mérite tout notre respect, tout comme le méritent les autres religions des peuples du Moyen, du Proche ou de l’Extrême-Orient, antérieures ou postérieures au christianisme.

 

L’arrestation de soldats britanniques dans les eaux territoriales de l’Iran semble une provocation tout à fait comparable à celle des prétendus « Frères à la rescousse » quand, violant les ordres du président Clinton, ils se sont introduits dans nos eaux territoriales et que l’action défensive de Cuba, absolument légitime, a servi de prétexte à cette administration pour signer la fameuse loi Helms-Burton qui viole la souveraineté de pays tiers. De puissants médias ont enseveli cet épisode dans l’oubli. Beaucoup de gens attribuent le fait que le baril de pétrole ait atteint lundi presque 70 dollars aux craintes d’une attaque contre l’Iran.

 

D’où les pays pauvres du tiers monde tireront-ils les ressources minimales pour survivre ?

 

Je n’exagère pas ni ne tiens des propos outranciers : je m’en tiens aux faits.

 

Comme on peut le voir, le polyèdre a bien des faces sombres.

Original : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2362&lg=es
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Le mouvement des mouvements dans son labyrinthe

Par Luis Hernandez Navarro, 3 avril 2007

 

Depuis sa naissance lors des protestations de Seattle contre la réunion de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), fin 1999, le mouvement contre la globalisation néolibérale a reçu divers noms. Altermondialisme, mouvement des mouvements, no global, Peuple de Seattle en sont quelques-uns.
Très vite la révolte des globalisés a pris une importance politique mondiale. Il n'y avait pas de sommet des organismes financiers multilatéraux, du Groupe des 8 (G8) ou en faveur d'accords de libre-échange entre nations qui ne se trouve confronté aux protestations de nombreux manifestants. Tant est si bien qu'un haut fonctionnaire de l'administration Bush déclara au New York Times du 21 avril 2001 : « Il ne peut plus désormais se tenir un sommet commercial sans gaz lacrymogènes; ce serait comme un cheeseburger sans fromage ». Aujourd'hui, néanmoins, en dépit de ses succès, le mouvement se trouve confronté à un énorme défi.
Le septième Forum Social Mondial (FSM), qui s'est tenu à Nairobi au Kenya du 20 au 25 janvier dernier, s'est déroulé au milieu de fortes critiques. A cette occasion, à la différence des autres années, on a contesté non seulement le caractère purement délibératif de la rencontre et sa décision de ne pas prendre de décisions programmatiques ou d'action, mais la dynamique même de fonctionnement.

Cette édition du FSM a été dominée par les congrégations religieuses et les grandes fondations de coopération internationale avec beaucoup de moyens, au détriment des mouvements sociaux. Que des entreprises privées parrainent le forum a soulevé l'indignation de ceux qui voient en lui une alternative à la logique du marché, et que les organisateurs payent une cotisation pour accéder à la réunion, laissant à l'écart les Africains les plus pauvres qui n'ont pas les moyens de payer, a été sévèrement contesté. Avec ironie, Rafael Uzcategui a transformé le slogan original Un autre monde est possible en Un autre tourisme est possible, paraphrase partagée par bon nombre d'assistants. Cela est un indicateur de l'épuisement de la proposition originale du premier forum, celui de Porto Alegre.
Ne sont pas étrangères à cette crise les difficultés que traversent deux de ses principaux promoteurs. L'association ATTAC s'est trouvée blessée par un grave conflit suscité par le changement de la direction de l'association en France, au cours duquel furent formulées des accusations de fraude. Le Parti des Travailleurs du Brésil continue de gouverner ce pays mais le réformisme sans réforme du président Lula a précipité une grave rupture interne, la sortie de l'aile gauche du parti, et la déception de nombreux militants dans et hors du pays à l'égard de l'ancien dirigeant des métallos.

L'attaque des Tours Jumelles du 11 septembre 2001 et les invasions militaires de l'Afghanistan et de l'Irak ont traversé le mouvement contre la globalisation néolibérale et l'ont obligé à réorienter son activité. La paix est devenue un de ses objectifs centraux. Les altermondialistes sont parvenus, avec d'autres forces, à faire sortir des millions de personnes dans les rues dans pratiquement le monde entier afin d'exiger la fin de l'intervention militaire. Cependant, toute cette énergie sociale et cette indignation n'ont pas réussi à arrêter l'agression armée. Un sentiment d'impuissance et de désespérance s'est emparé de beaucoup d'activistes.

Simultanément le réveil de la vague patriotique aux USA a fait que des syndicats importants qui intervenaient dans les protestations contre l'OMC se sont retirés du mouvement. Une vague anti-étasunienne, qui ne distinguait pas entre les faucons de Washington et les citoyens, a parcouru le Peuple de Seattle. Nombre de ses participants connaissaient en détail ce qui se passait dans des communautés reculées du Chiapas mais ignoraient la résistance des héritiers de Tom Paine*. De même le mouvement a ignoré ce qui se passait dans des pays comme la Chine, où on a enregistré 80.000 protestations sociales en une année. Il n'a pas non plus bien compris la nature de la résistance dans les pays musulmans en général et en Irak en particulier.
La lutte contre la guerre ne s'est pas achevée avec les actions contre les grands sommets de la Banque Mondiale ou du Fonds Monétaire International mais sa portée a été limitée. Elle a atteint son expression la plus haute au cours des journées de Genève en 2001.
En Amérique latine la dynamique des mouvements populaires s'est croisée avec les processus électoraux qui ont conduit au gouvernement de plusieurs pays des coalitions progressistes. En Argentine, au Brésil et en Équateur les résistances ont reflué pour s’intégrer à la sphère étatique et sont en proie à des doutes sur leur futur. Presque partout dans le monde les protestations ont facilité la réorganisation et la réapparition de la vieille gauche orthodoxe de tout type. Cette renaissance s’est accompagnée de tentatives pour centraliser, coopter et diriger les mouvements émergents, sans sensibilité pour leurs traits novateurs.

Le mouvement a insisté pour faire de la politique à partir du bas et pour impulser l'autoorganisation de la société comme voie pour changer le monde. Néanmoins, sans nécessairement le proposer, la révolution bolivarienne a fait que diverses îles de l'archipel altermondialiste en sont venues à mettre l'accent dans leur action sur les espaces étatiques et la politique institutionnelle.

Ces derniers mois des initiatives ont surgi pour surmonter la crise. Le leader paysan français José Bové a présenté sa candidature à la présidence en France alors que durant des années il s'était refusé à faire incursion dans cette arène. Via Campesina a intégré une coalition stable avec des écologistes, des consommateurs, des migrants et des peuples indiens en matière de souveraineté alimentaire. Des groupes anarchistes et autonomistes, opposés entre eux depuis les protestations de Prague, ont commencé à agir ensemble et se préparent à bloquer la réalisation de la prochaine réunion du G8 en Allemagne. Cette année sera fructueuse en nouvelles propositions d'action. Une nouvelle vague de résistance semble ponter à l’horizon.

 

* Tom Paine (1737-1809) : républicain anglais qui participa à la guerre d’indépendance américaine puis à la Révolution française (il fut élu à La Convention et échappa de peu à la guillotine)

Original : www.jornada.unam.mx/2007/04/03/index.php?section=opinion&article=017a2pol

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant et révisé  par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2357&lg=fr


France-Italie-Brésil

Prière laïque (pour Cesare Battisti)


Par Francesco Forlani, 20 Mars 2007

" - Monsieur ?
- Un aller-simple s'il vous plaît.
- Pour où, monsieur ?
- Pour loin.
"
Cesare Battisti, L'ombre rouge, page 303, Série Noire, Gallimard

 

Cesare Battisti, arrêté au Brésil le 18 mars dans une opération conjointe des polices brésilienne, française et italienne, avait fui la France en 2004 après une décision de l’extrader en Italie.


Je vous prie de ne pas faire pencher la balance
à mesurer les morts à l’aide cette aiguille
qu’on l’appelle Histoire, critique, regret

« À toi, ils auront plus fait de mal qu’à moi »
et qu’on en finisse avec cette course entre
le mensonge et le compte
qu’on met au crédit d’un autre,
mais surtout pas à soi-même,
de victimes et d’auteurs de massacres

qu’on cesse de se faire potence et garrot

Il y a en cette façon de faire plus de honte
Manifeste pour vous qu’en cette énumération
de bas de page que vous dites rubrique nécrologique
et des blessés à mort – hurlait Carmelo Bene –
dont vous vous foutez tout à fait

Ne jugez pas, je vous en prie, ce fugitif

Et avalez la salive qui sourd d’en-dedans de vous
avec le désir tordu de vendetta
et faites-en un crachat

Et alors, faites-le et comprenez-moi bien
qu’avec lui j’ai bu une bière
aux pieds de Belleville au printemps.

Source : Carmilla
Francesco Forlani, Napolitain de Caserta est né en 1967, à sept mois. Il habite à Paris depuis quinze ans et il est extradable. Et il est poète, cela va sans dire.
Traduit de l’italien par Sedira Boudjemaa

Mouvement contre l’extradition d'un Italien


par Erica Azevedo, 2 avril 2007
La Commission des Droits de l’Homme de l'Ordre des Avocats du Brésil (OAB-CE) a initié dans l’Etat du Ceará un mouvement contre l'extradition de l'ex-activiste italien Cesare Battisti, arrêté à Rio de Janeiro par la police française le 18 mars dernier et qui était en fuite depuis 26 ans. Une campagne pour la libération immédiate et l’octroi à cet ex-militant de l'asile politique au Brésil sera initiée demain, à 16 heures, Place do Ferreira. Elle est organisée par des groupements sociaux, des partis politiques, des avocats et enseignants.
Battisti a été condamné à la prison à vie dans son pays en1993, pour quatre meurtres commis entre 1978 et 1979. Il était considéré comme l’un des chefs de l'organisation d'extrême gauche « Prolétaires Armés pour le Communisme », mais il a toujours nié avoir commis les crimes qu’on lui reproche. OAB exige que l’on respecte la Constitution Fédérale qui interdit l'extradition d'étrangers arrêtés au Brésil pour crime politique. Conformément à l'article 5º, alinéa LII de la Constitution : « Il ne sera accordé aucune extradition d'étranger pour crime politique ou d'opinion ».
Selon le président de la Commission des Droits de l’Homme de OAB-CE, João Ricardo Vieira, il n’existe aucune accusation contre Battisti depuis qu'il est en fuite, ce qui exclue de considérer l’ex-militant comme une « menace ». « Quelqu’un qui s’est éloigné depuis presque 30 ans du militantisme politique ne met en danger la sécurité nationale d'aucun pays. L'extradition demandée par la France a des connotations beaucoup plus politiques que techniques. Ce sont les candidats de la droite française qui veulent gagner les élections, entre les mois d'avril et mai, en remettant à l'Italie un ancien prisonnier politique », a-t-il affirmé.
L’incarcération de Battisti, qui vivrait au Brésil depuis 2004, a été le résultat d'une action conjointe de la Police Fédérale brésilienne et d'agents Italiens et Français. Après avoir passé une nuit au siège de la Police Fédérale de Rio de Janeiro, le jour de son arrestation, il a été transféré à Brasília.
En 1979, l'ex-activiste a été arrêté en Italie au cours de l’enquête sur les activités terroristes des groupes de gauche, et il s’est enfui du pays en octobre 1981. Il a trouvé refuge en Amérique latine et, plus tard, en France, dans les années 80. Le président d’alors, François Mitterrand, refusait d’extrader les activistes italiens de gauche. En vivant légalement en France, Battisti a commencé à écrire et il a publié 12 romans policiers. Père de deux filles, il percevait un salaire mensuel en tant que gardien d’immeuble.
Après un changement de la législation sur l'extradition, la Justice française en est arrivée à mettre Battisti sous les verrous en février 2004. En octobre de la même année, ce pays a accepté de le livrer à l'Italie, mais Battisti avait déjà pris la fuite.
Original : Journal O Povo
Traduit par B. Pasobrola pour  http://www.vialibre5.com/opovo.htm
URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2375&lg=fr 

 

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