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Un
seul monde, une seule humanité Par Fausto Giudice, 5 novembre 2007 Qui a construit Thèbes aux sept portes ? Dans les livres, on donne les noms des Rois… Les Rois ont-ils traîné les blocs de pierre ? Babylone, plusieurs fois détruite, qui tant de fois l’a reconstruite ? Dans quelles maisons de Lima logèrent les ouvriers du bâtiment ? Quand où allèrent, ce soir-là, les maçons ? Bertol Brecht, Questions
que se pose un ouvrier qui lit La nouvelle Babylone du XXIème siècle
s’appelle Dubaï. Cet émirat pétrolier du Golfe a été pris d’une frénésie
pharaonique et est en train de se transformer en un véritable cauchemar
climatisé. Burj Dubai,
la tour qui va dominer la nouvelle Babylone, sera la plus haute tour
jamais construite. Le nombre de ses étages sera un secret jusqu’à l’achèvement
du chantier. Mais la machine infernale vient de se gripper : les
esclaves se sont révoltés. Ou dit en termes modernes, les ouvriers se
sont mis en grève. La grève ? C’est la seule activité
exotique qui n’a pas droit de cité dans les Émirats arabes unis. Interrogé
l’année dernière par l’émission de France2 Envoyé spécial sur
les conditions de travail des ouvriers immigrés de ces chantiers babyloniens,
le responsable émirati préféra laisser la parole à son conseiller français,
lequel bafouilla : « Heu, travailler dans les Émirats,
ce n’est pas En 2005, les 10 millions de travailleurs
immigrés travaillant dans les pays du Conseil de Coopération des États
arabes du Golfe : Arabie saoudite, Sultanat d'Oman, Koweït, Bahreïn,
Qatar et Émirats arabes unis (Abou
Dabi, Ajman, Charjah, Dubaï, Fujaïrah,
Ras el Khaïmah et Oumm
al Qaïwaïn) ont envoyé dans leurs pays 30
milliards de dollars. Un argent durement gagné. Sur les chantiers de
Dubaï, il fait 45° Celsius à l’ombre. Il n’y a pas d’horaires. Les chantiers
tournent 24 h sur 24. Pour aller des chantiers à leurs logements, dans
ce qui est à juste titre appelé des camps, les ouvriers doivent attendre
leurs bus pendant des heures. Pour eux, le cauchemar n’est même pas
climatisé. Les patrons des émirats pétroliers ont
commencé à procéder à une substitution massive de main d’œuvre à partir
de la première guerre du Golfe, remplaçant les travailleurs égyptiens,
palestiniens, jordaniens, irakiens et yéménites par des ouvriers d’Asie,
principalement de 5 pays : Inde, Bangladesh, Pakistan, Srilanka
et Chine. Les Indiens sont les plus nombreux. Sur les 1,5 millions de
travailleurs indiens dans les émirats, plus de la moitié travaillent
à Dubai et 300 000 à Abou Dhabi. Ils viennent généralement
de trois États de l’Union indienne : Rajasthan,
Pendjab et Andhra Pradesh. La tour
qui monte (janvier 2006)... ...qui monte (juin 2006)... ...qui monte (octobre 2007)...jusqu'où ? Ce sont des ouvriers de
la première génération, anciens paysans et ouvriers agricoles. Ils sont
soit recrutés par des agences de négriers soit émigrent illégalement
dans les Émirats. Ils touchent des salaires allant de 93 à 131 € par
mois pour des journées de 12 heures et plus payées quelques Euros. Depuis
deux ou trois ans, ces ouvriers se rendent compte qu’ils se sont faits
bel et bien gruger : tout compte fait, ils auraient mieux fat d’aller
s’employer dans une des zones spéciales qui poussent comme des champignons
en Inde, de Delhi (Guraong) à Hyderabad (baptisée Cyberabad),
où ils gagneraient autant sinon plus, avec l’avantage de rester dans
leur pays. En juin dernier, le gouvernement
de Dubai a lancé une campagne de régularisation
des ouvriers sans permis de séjour, leur laissant le choix entre un
billet d’avion pour rentrer chez eux et un permis pour rester. 280 000
d’entre eux ont préféré repartir. Devant cette raréfaction de la main
d’œuvre, on a assisté à un double phénomène : les travailleurs
ont compris que la conjoncture était bonne pour revendiquer des augmentations
de salaires et des meilleures conditions de travail et de vie, et les
patrons ont commencé à recruter des travailleurs …au Tibet et en Corée
du Nord ! Si les grèves sont exotiques
dans les émirats, elles ne sont pas si rares que ça: à Dubaï, les dernières
ont eu lieu en mars et avril 2006. 2500 ouvriers employés par la firme anglo-émiratie
Al Naboodah Laing O'Rourke
sur le chantier de Burj Dubai,
la fameuse « plus haute tour du monde » avaient d’abord cessé
le travail et s’étaient affrontés aux forces de répression (elles-mêmes
composées en partie d'immigrés, en général yéménites). Ils réclamaient
des choses banales : un meilleur salaire (ils gagnaient de 2,75 € pour
un manœuvre à 5,25 € par jour pour un charpentier qualifié), des soins
médicaux, un meilleur traitement par les contremaîtres. Cette grève
avait été suivie, en avril, par celle des ouvriers de Le samedi 27 octobre de cette année,
un nouveau cycle de grèves s’est ouvert sur les chantiers de Dubaibylone. Les premiers à se mettre en grève ont été les
travailleurs de la zone industrielle de Jebel
Ali et du quartier résidentiel en construction de
Al Qusais. Ils ont affronté les policiers à coups de pierre et
ont détruit un peu de matériel. Bref, un comportement de « non-civilisés »,
comme l’a dit un haut fonctionnaire émirati. 4500 ouvriers ont été arrêtés.
Le gouvernement a d’abord annoncé leur expulsion, puis, sans doute rappelé
à la raison par les patrons des chantiers, a finalement décidé de n’en
expulser que 159, dont 90 Indiens. Les 4300 autres ont repris le travail
le 31 octobre. Les résultats immédiatement visible de cette grève sont
maigres : à l’entée du Camp de Sonapur,
un bâtiment de béton de 3 étages où dorment les ouvriers, la société
de construction a affiché une note annonçant que deux médecins commenceraient
bientôt des visites pour s’enquérir des malades. Et le patron s’est
aussi engagé à payer pour l’installation d’une climatisation dans le
camp et pour les bonbonnes de gaz utilisées par les ouvriers pour faire
cuire leur tambouille. Mais apparemment, il n’est pas question d’augmenter
les salaires. Par leur lutte, les parias de Dubai font souffler un vent nouveau sur les Émirats. Source : Basta ! Journal de marche zapatiste |
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