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8 - Un seul monde

10/07/06 - Il urgent de dénucléariser le Moyen-Orient : Message au G8

par Ginette Hess Skandrani, Paris, 6 juillet 2006

Membres du G8, qui vous réunissez dans moins d'une semaine à Saint-Petersbourg, qui prétendez vouloir diriger notre belle planète bleue, qui prétendez vouloir lutter contre la prolifération nucléaire dans le monde, afin de mieux prendre le reste du monde en otage. Permettez-moi de vous dire : Vous n'êtes pas crédibles.

Votre dossier principal concerne le programme nucléaire iranien, encore inexistant et malgré cela, accusé de constituer une menace pour la région. Alors que celui d'Israël, lui est bien réel, costaud et existant depuis près de quarante ans. Et vous le savez tous.

Alors que Gaza est privé d'électricité par 50°C à l'ombre, que les installations électriques sont détruites, que sa population est privée de médicaments et de ravitaillement et vit dans la peur constante des effets meurtriers de tirs effectués par des chars de combats, des hélicoptères et des avions d'attaque au sol, il serait urgent que les membres du G8 mettent à l'ordre du jour la question de la dénucléarisation générale du Proche et Moyen Orient.

Vous avez permis aux USA et à leur coalition fantoche d'envahir l'Irak afin de rechercher des armes de destructions massives, fantômes, alors que vous saviez qu'elles n'existaient plus. Les bombes israéliennes, quant à elles, sont bien réelles et continuent à proliférer.

La bombe atomique israélienne

L'armement nucléaire israélien a été dénoncé dès 1986 par l'ingénieur israélien Mordechaï Vanunu, dans le "Sunday Times" des 5 et 12 octobre 1986. C'est dans le complexe nucléaire de Dimona, planqué dans le désert du Neguev, ayant plusieurs étages souterrains qu'Israël a produit une centaine d'ogives nucléaires. Le nombre de ces ogives a largement triplé dans le plus grand secret, puisque personne, ni dans la région, ni parmi les pays "qui veulent donner des leçons au peuple irakien" ne s'en est inquiété. Le silence officiel, le mutisme de l'AIEA et des différents organismes de contrôle de l'armement nucléaire, dont la COCOVINU (commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies) celui de la presse spécialisée, reste à ce jour total. L'usine est cachée dans le désert et produit des ogives nucléaires depuis 1966. Entre-temps, elle a certainement, d'après certains articles échappés dans une certaine presse israélienne, fabriqué des armes thermonucléaires d'une capacité suffisante pour détruire des villes entières. Selon des sources israéliennes vers le milieu des années soixante, des physiciens et des techniciens de Dimona ont accompli, au moins, un essai nucléaire de faible puissance dans une caverne souterraine du désert du Néguev près de la frontière israélo-égyptienne. Il semble que la déflagration ait ébranlé certaines parties du Mont Sinaï. (Opération Samson par Seymour M. Hersch paru en 1992). Selon Vanunu, une usine d'extraction de plutonium, équipée du système français a transformé Dimona d'établissement de recherche en usine de production de bombes. La production de plutonium se situait dans les années 1986 de 40 kg par an, suffisamment pour produire 10 bombes. Les preuves, ainsi que les photographies apportées par Vanunu avaient surpris le monde entier ainsi que les experts en armement nucléaire car elles avaient démontré qu'Israël était devenu, en toute impunité, une puissance nucléaire. Tout en développant des techniques sophistiquées et hautement spécialisées, cet Etat avait construit un redoutable arsenal nucléaire. Théodore Taylor, un des experts américains les plus compétents avait estimé que le témoignage de Vanunu donnait à penser qu'Israël avait la capacité de produire 10 bombes atomiques par an, sensiblement plus petites, plus légères, et plus efficaces que les premiers types de bombes mis au point par les cinq grandes puissance nucléaires. Vanunu, enlevé par les services secrets israéliens à Londres a été détenu pendant 18 ans dans les cachots israéliens et est actuellement en résidence surveillée. Il a été accusé d'être un traître calculateur qui a vendu des secrets d'état par haine de son pays et appât du gain. En attendant Israël dispose déjà d'environs 400 bombes nucléaires et continue (dans un secret hypocrite)) à en produire .

Les deux bombes fournies par la France

Lorsque Pierre Péan publiait son livre "Les deux bombes" "Comment la France a "donné" la bombe à Israël et à l'Irak" (paru en 1982 aux éditions Fayard), dans lequel il critiquait le lourd héritage de cette double responsabilité prise par la France, entre 1956 et 1975, d'aider successivement deux pays belligérants du Moyen-Orient, le livre n'a pas fait la une des journaux.

L'armement nucléaire d'Irak a été dénoncé, des mesures militaires ont été prises pour son élimination, en utilisant des armes nucléaires (à uranium appauvri) condamnées par ailleurs. Ce véritable acharnement a surpris tout le monde, surtout que ce même acharnement veille à protéger l'autre "belligérant". Pourquoi toujours ce "deux poids, deux mesures"?

L'aviation israélienne s'était permis en 1981 de détruire le réacteur nucléaire irakien Osirak, faisant passer cet acte inadmissible pour une légitime défense préventive tout en cachant soigneusement sa propre production atomique. C'était surtout pour éviter un rééquilibrage des forces en présence, l'Etat hébreu, avec le soutien occidental, voulant garder la supériorité atomique dans la région afin de continuer à terroriser les populations voisines tout en continuant à coloniser les terres palestiniennes.

Il est temps, suite au démantèlement de l'armement irakien, de forcer également les Israéliens à démanteler toutes leurs installations d'armes de destructions de masses, afin de construire un Moyen-Orient dénucléarisé et débarrassé des armes chimiques et biologiques, afin qu'aucun pays ne puisse prendre les autres en otage.

 

 

06/07/06 - L'initiative suisse concernant les entreprises militaires et de sécurité privées : comment contribuer à promouvoir le respect du droit international humanitaire et des droits humains


Michael Cottier, TRIAL, Bulletin n°10, 22 juin 2006. Source : www.trial-ch.org

L'auteur est Chef suppléant de la Section des droits de l'homme et du droit humanitaire de la Direction du droit international public, Département fédéral des affaires étrangères. Cette contribution reflète l'opinion personnelle de son auteur.

Selon certains rapports, des entreprises militaires et de sécurité privées emploient plus de 20 000 étrangers souvent armés en Irak. Les employés
d'entreprises mandatés par les forces multinationales en Irak bénéficient
largement d'une immunité devant les tribunaux irakiens en vertu du Coalition
Provisional Authority Order No. 17. Mais si les soldats engagés à l'étranger
restent assujettis au système disciplinaire et à la justice militaire de leur forces
armées, tel n'est généralement pas le cas des acteurs privés. Cela soulève des
questions qui dépassent le cadre de l'Irak car le volume de ces contrats
lucratifs accordés à des entreprises privés augmentera vraisemblablement
dans les conflits contemporains (réduction des forces armées, complexité
croissante de systèmes d'armement ultramodernes, etc.) : comment peut-on
exercer un contrôle et une surveillance adéquats sur la délégation de tâches
militaires et de sécurité à des entreprises privées? Comment peut-on, dans
des Etats où les mécanismes d'application du droit sont faibles, assurer la
responsabilité d'employés étrangers de sociétés privées qui commettent des
crimes contre le droit international public ? L'Etat qui conclut un tel contrat a-til
un pouvoir de juridiction pénale s'il n'y a pas d'autre lien avec lui que le
contrat ou le siège de l'entreprise ? Qu'en est-il en droit international public de
la responsabilité de l'Etat contractant et de l'entreprise mandatée ? Les droits
de l'homme sont-ils applicables aux agissements de ces acteurs non étatiques?
L'un des buts de l'initiative internationale de la Suisse visant à promouvoir
le respect du droit international humanitaire et des droits humains est de
renforcer et, si nécessaire, de clarifier les obligations que le droit international
impose aux Etats et aux autres acteurs dans les régions en conflit où opèrent
des entreprises militaires et des entreprises de sécurité privées. En effet, les
Etats sont tenus de respecter leurs obligations de droit international, telles que
l'interdiction de recourir à la violence et de s'immiscer dans les affaires des
autres Etats, aussi en ce qui concerne de tels contrats. En particulier, ils
doivent respecter - et veiller à faire respecter - le droit international humanitaire
et les droits de l'homme. L'Etat qui délègue des tâches à des particuliers ne
saurait se soustraire ainsi à ses responsabilités.
Un autre but central de l'initiative est d'élaborer des options et des modèles de
réglementation étatique ainsi que d'autres mesures idoines au niveau national
mais aussi, si possible, au niveau régional ou international. En effet, des
standards applicables aux contrats appropriées et des réglementations
étatiques peuvent contribuer à ce que les règles du droit international public
soient prises en compte et promus autant que possible.
L'idée de l'initiative suisse est née en 2004. Elle a été inspirée principalement
par le constat qu'il n'existait pas de dialogue interétatique portant
spécifiquement sur les défis que pose la privatisation croissante des tâches
militaires et de sécurité dans les situations de conflit. Dans le rapport qu'il a
présenté le 2 décembre 2005 en réponse au postulat Stähelin, le Conseil
fédéral a chargé le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de
mettre en œuvre le processus international envisagé pour promouvoir le
dialogue interétatique, renforcer les obligations internationales des Etats et
étudier des modèles de réglementation au plan national, régional et
international.
Le Conseil fédéral a également chargé l'administration d'étudier la possibilité
de fixer des conditions minimales aux entreprises privées chargées par la
Confédération d'exécuter des tâches de sécurité et d'examiner s'il est opportun
de soumettre à une obligation d'autorisation ou à un système de licence les
fournisseurs privés de prestations militaires ou de sécurité opérant depuis la
Suisse dans des zones de crise ou de conflit.
Comme premier pas de l'initiative internationale, qui est menée en coopération
avec le Comité international de la Croix-Rouge, le DFAE a organisé à Zurich
les 16 et 17 janvier 2006 une réunion d'experts gouvernementaux d'un petit
nombre d'Etats concernés et de représentants d'entreprises militaires et de
sécurité actives à l'international. Suite à l'écho encourageant, la Suisse
continuera de faciliter le dialogue entre les gouvernements, les entreprises de
sécurité et d'autres acteurs intéressés. Une seconde réunion d'experts
gouvernementaux est prévue pour la fin de 2006. La 30ème Conférence
internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge agendée en novembre
2007 pourrait permettre de développer certains aspects de l'initiative. Des
informations complémentaires peuvent être consultées sur le site de l'initiative, qui sera mis en service très prochainement (www.dv.admin.ch/psc).

 

 

17/06/06 - Nouveau record en 2005 des dépenses mondiales militaires : les USA en ont assuré la moitié


Les dépenses militaires mondiales ont atteint un niveau record en 2005, à 1.118 milliards de dollars, dont la moitié revenant aux USA, selon le rapport annuel de l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm (SIPRI), publié lundi. Par rapport à 2004, le montant total s'est apprécié de 3,4% etéquivaut à 173 dollars par habitant sur la planète.
L'augmentation du budget militaire américain, principalement en raison des guerres menées en Irak et en Afghanistan et des cyclones Katrina et Rita, a compté pour le plus gros de la hausse des dépenses militaires mondiales en 2005."Les USA sont responsables de 48% du total mondial, suivis de loin par la Grande-Bretagne, la France, le Japon et la Chine, avec chacun 4 à 5%", note SIPRI. En 2004, Washington avait dépensé 47% des 1.035 milliards déboursés par la planète.
"La tendance de l'administration Bush à faire usage de la force de façon unilatérale semble inchangée, mais les troubles en Irak semblent l'empêcher d'aller au-delà d'allusions occasionnelles à un usage préventif de la force", constate l'institut.
La hausse des prix mondiaux des carburants a permis aux pays producteurs de pétrole de dégager des bénéfices permettant d'augmenter les dépenses en armement de l'Algérie, de l'Azerbaïdjan, de la Russie et de l'Arabie Saoudite. La Chine et l'Inde ont aussi contribué à la hausse des dépenses en armement mondiales, bien que les leurs ne soient toujours qu'une fraction de celle des Etats-Unis, note SIPRI.La Russie a maintenu son rang de premier fournisseur d'armes au monde, place qu'elle occupe depuis 2001, avec environ 30% des ventes d'armes, devant les USA, la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne.
La majorité des exportations russes sont allées à la Chine et à l'Inde, tandis que les premiers clients des USA ont été la Grèce, Israël, la Grande-Bretagne et l'Egypte. les ventes d'armes des 100 premières sociétés du secteur ont augmenté de 15% en 2004, année des dernières données disponibles.En 2005, il y a eu 17 conflits, principalement en Asie. Il s'agit du chiffre le plus bas depuis la fin de la Guerre Froide, et pour la seconde année consécutive, aucune guerre inter-Etats n'était en cours.La religion devient un élément de plus en pus important dans les conflits, note SIPRI."Depuis quelques années, et plus particulièrement après les évènements du 11 septembre aux USA, l'islam radical a été identifié comme une source de violences, y compris le terrorisme", selon le rapport annuel. En Irak, les violences se sont poursuivies en 2005 de façon quasiment inchangées.
"L'incapacité à comprendre les motivations des bélligérants ou la composition des rebelles, sans parler de l'identification de points sûrs d'entrée dans le dialogue politique, a continué de jeter une ombre sur l'Irak fin 2005", estime l'institut.Le nombre d'opérations multilatérales en faveur de la paix s'est élevé à 58 en 2005, avec un total de 289.500 employés militaires et 175.000 civils, dont 184.000 employés militaires et de la police civile en Irak.Entre 1948 et 1989, il y a eu au total 40 missions de maintien de la paix.Le continent africain a concentré à lui seul 75% des ressources de l'Onu pour le maintien de la paix, un niveau sans précédent. "Le seul nombre de missions ainsi que leur nature de plus en plus complexe font craindre qu'il existe un risque que l'Onu et d'autres organisations excèdent leurs capacités institutionnelles", met en garde SIPRI.
Source: AFP, lundi 12 juin 13h15

16/06/06 - Les pays du Golfe, acteurs majeurs de l'aide humanitaire

Profitant dune manne pétrolière toujours plus importante, les pays du Golfe noublient pas pour autant d'être généreux, au point d'apparaître de plus en plus comme des champions de l'aide humanitaire. Ils comptent désormais parmi les principaux donateurs de la planète, apportant leur aide aux victimes de catastrophes naturelles ou de la famine.

Cette année, l'Arabie saoudite a déjà donné 15 millions de dollars au Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU, soit plus que la France ou l'Australie et un peu moins que les 17 millions de dollars versés par le Japon.

"Si la tendance se poursuit, l'Arabie saoudite et les autres pays du Golfe pourraient figurer parmi nos dix premiers donateurs dans les prochaines années", souligne Tarek Shayya, responsable du PAM basé à Dubaï.

Les arabes musulmans donnent depuis toujours, anonymement et généreusement, à des oeuvres caritatives, remplissant ainsi un devoir religieux, la zakât (aumône), troisième pilier de l'islam.

Une aide qui a souvent suscité la controverse par le passé : après les attentats du 11 septembre 2001, Washington ont accusé certaines organisations caritatives de servir de paravent au financement d'islamistes radicaux en Afghanistan. Le gouvernement saoudien a fermé certaines de ces organisations et a commencé à en surveiller dautres.

Aujourd'hui, les pays du Golfe versent leur aide à de grandes organisations humanitaires, dont les agences de lONU. "Nous savons maintenant que ce sont des acteurs très importants, et leur rôle saccroît", souligne Ivo Freijsen, du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies.

Ces pays apportent une aide précieuse aux victimes des plus graves tragédies de la planète. Environ 60% des secours dépêchés après le séisme du 8 octobre au Pakistan provenaient du monde musulmans, essentiellement du Golfe, souligne Omar Shehadeh, responsable de lUNICEF basé à Dubaï.

En mai, le prince saoudien Al-Walid ben Talal a donné un million de dollars au PAM pour laide aux victimes de la sécheresse au Kenya. Deux semaines plus tard, Riyad allouait dix millions aux opérations du PAM contre la famine en Afrique de lEst. "Cest le don le plus important jamais versé au PAM par lArabie saoudite ou un autre pays du Golfe", sest réjoui James Morris, le directeur de lorganisation.

Après le séisme sur lîle indonésienne de Java le mois dernier, le Koweït, le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU) ont été parmi les premiers à offrir leur aide. Même lorsque louragan Katrina a ravagé les côtes américaines du Golfe du Mexique lan dernier, les monarchies du Golfe ont fait preuve daltruisme : EAU, Arabie saoudite et Qatar ont débloqué chacun 100 millions de dollars.

Rien que cette année, Riyad a donné pour 21 millions de dollars de vivres, tentes, couvertures, fournitures médicales et pesticides à huit pays africains et à lIndonésie, aux territoires palestiniens, à lIran et aux Philippines, selon lOCHA.

Laide versée par lArabie saoudite représente 4% de son PIB, alors que la plupart des pays développés natteignent pas lobjectif des 0,7% fixé par lOnu.

Et, dans lensemble du monde arabe, le taux global aide/PIB sétablissait à 0,85% en 2002, expliquait le prince saoudien Talal ben Abdoul Aziz Al Saoud, lors dune conférence il y a trois ans. Par comparaison, les Etats-Unis consacrent 0,15% de leur PIB à laide au développement, le Japon 0,21% et lAllemagne 0,32%

 

16/06/06 - OXFAM : Le commerce non contrôlé de munitions nourrit les conflits dans le monde

Le commerce non contrôlé de munitions nourrit les conflits dans le monde et les violations des droits de l'homme, y compris en Irak et en Afghanistan, a dénoncé jeudi l'organisation caritative Oxfam dans un rapport.

"Chaque année, la faiblesse des contrôles signifie que des millions de cartouches finissent dans des zones de guerre et tombent dans les mains de personnes responsables de violations des droits de l'homme", accuse l'ONG britannique dans un rapport intitulé "Munitions: le carburant des conflits".

Or, "le trafic de munitions a inondé des pays en proie à des conflits, y compris la Somalie, la Sierra Leone et le Liberia au cours des cinq dernières années", ajoute-t-elle dans ce document publié quelques semaines avant la conférence des Nations unies sur le commerce d'armes légères, le 26 juin prochain à New York.

Elle cite ses propres enquêtes qui "montrent que des munitions (de fabrication récente) sont largement disponibles sur le marché noir à Bagdad". Pour Oxfam, "il y a deux explications à cela: soit elles sont importées illégalement des pays voisins, soit elles ont été obtenues auprès des forces de la coalition ou irakiennes."

"Dans les deux cas, la faiblesse des contrôles a pour conséquence la perte de vies dans les rues de Bagdad", poursuit-elle.

L'ONG affirme que certaines de ces munitions ont été fabriquées entre 1999 et 2004 et proviennent de République tchèque, de Serbie, de Roumanie et de Russie.

Le prix moyen de cartouches de fusil-mitrailleur AK-47 Kalachnikov est de 30 cents américains (23 centimes d'euros), indique-t-elle.

Selon Oxfam, 76 pays fabriquent des munitions dans le monde et 33 milliards de cartouches sont produites chaque année, mais de gros producteurs comme la Chine, l'Egypte, l'Iran, le Brésil, la Bulgarie, la Roumanie et Israël ne fournissent aucune donnée concernant leurs exportations.

"Jusqu'à 14 milliards de cartouches sont produites chaque année (mais) il n'y a pas de données fiables sur la façon dont elles sont utilisées", affirme-t-elle. Source : AFP, 15 juin 2006

 

L'ONU et les droits de l'Homme


par Mustapha Hammouche, Liberté Alger, 11 mai 2006


À la veille de l'élection de la Tunisie à la Commission des droits de l'Homme, la police du gouvernement tunisien encerclait le local de la Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LDTH). Il y a quelque chose de symbolique et d'ironique dans cette coïncidence. Ce qu'on appelle la communauté internationale semble parfois se moquer de la propre finalité de son organisation.
Bien sûr, la Commission des droits de l'Homme des Nations unies n'a pas d'existence effective. Si sa présidence a pu, un jour, échoir à une déléguée libyenne, c'est justement parce qu'il n'y a aucun risque à confier une coquille vide à un régime aussi extravagant. Mais l'instance a tout de même un rôle parabolique : elle exprime le souci partagé de l'humanité pour un meilleur statut de la personne. Mais voilà qu'en 2006, Fidel Castro qui, avec Kim Jong-Il, représente les derniers régimes staliniens du monde, est, lui aussi, élu dans ce forum. Autre coïncidence, cette promotion intervient au lendemain de l'incroyable révélation : dans un pays où la misère accable la majeure partie de la population, le dirigeant communiste compte le jeu de mots est involontaire , avec ses 900 millions de dollars, parmi les trois ou quatre premières fortunes personnelles de la planète.
La Russie, dont la démocratisation est scrupuleusement contrôlée par le KGB s'est, elle aussi fait inviter à la table des droits de l'Homme. Pourtant, les revendications populaires y sont toujours vouées à l'épreuve de la terreur d'État, les opposants y sont toujours promis aux prisons de Sibérie et les étrangers de couleur y sont assassinés de jour, et sur les places publiques. Même la Chine, qui tue les trois quarts des exécutés de la planète pour partie, en fonction du programme de greffe d'organes, s'engage dans la protection de l'intégrité morale de la personne humaine.
Toute la dérision qui se rattache à ladite commission peut se résumer dans la présence de l'Arabie Saoudite dont le rigorisme intégriste nie l'existence citoyenne du genre féminin et dont la générosité est à la base Al-Qaïda, en arabe de la formation idéologique et militaire de ce qui constitue aujourd'hui le réseau du terrorisme international.

L'élection de l'Algérie ne correspond pas non plus à son apport potentiel à la cause des libertés humaines : que peut exporter, en la matière, un régime bien plus intraitable avec le délit d'opinion qu'avec le crime terroriste ?

Depuis longtemps, l'ONU se résume à son Conseil de sécurité. La qualité de membres des deux cents autres nations semble faite pour leur octroyer le droit d'être un jour élu au siège de membre non permanent de ce Conseil. Position d'un relatif effet, puisqu'un veto de membre permanent s'avérerait bien plus décisif que tous les votes des membres temporaires. En un mot, les voix de ces dix pays d'appoint ne comptent que si aucun membre décideur ne s'oppose à la résolution du moment.
C'est justement la présence de certains pays au retard politique avéré qui vide les instances de l'ONU de leur légitimité et fait de l'Organisation internationale un lieu d'arrangement : les droits de l'Homme et la démocratie n'ont pas droit de cité dans un lieu où l'on compose plutôt qu'on ne milite.
Il faut bien en convenir : les droits de l'Homme ne sont pas la cause des Nations unies, parce que ce n'est pas la cause des États, mais des hommes.

 

 

Vienne, Autriche (10-13 mai) : Contre-sommet Europe ­ Amérique latine : tisser de nouvelles alternatives transatlantiques !
par Franck Gaudichaud, avril 2006


« L'Europe a une dette historique avec l'Amérique latine et les Caraïbes. Plus de trois siècles d'exploitation coloniale ne signifient pas seulement le génocide de plusieurs peuples indigènes, mais aussi la spoliation de richesses du continent. Malgré les innombrables luttes et mouvements de résistance qui ont marqué l'histoire de l'Amérique latine et des Caraïbes, la souveraineté des peuples et des Etats nationaux se trouve plus en difficulté que jamais. Pire même, les processus de démocratisation relative auxquels nous assistons dans le « Nouveau Continent » sont extrêmement fragiles et clairement insuffisants. En Amérique latine et Caraïbes, les majorités continuent à être soumises à la pauvreté et les peuples continuent d'être victimes de la marginalisation, la spoliation et la répression » (Extrait de la convocation du contre-sommet de Vienne 2006).

Du 10 au 13 mai 2006 se réunira à Vienne, et pour la quatrième fois, le sommet des chefs d'Etat et de gouvernements d'Amérique latine, Caraïbe et de l'Union Européenne (UE). Parallèlement à la réunion officielle, mouvements sociaux et organisations non gouvernementales d'Europe, d'Amérique latine et des Caraïbes organiseront un contre-sommet destiné à présenter des alternatives à un ordre néolibéral, impulsé tant par l'Europe que par la majorité des gouvernements latino-américains. Dénommé ³Enlazando Alternativas 2² (« Tissant des alternatives 2»), cette mobilisation s'inscrit dans le prolongement des résistances qui surgissent de toute part sur les deux continents. Plus spécifiquement, cette initiative est en continuité directe avec les premières rencontres sociales ³Enlazando Alternativas² qui se sont tenues à Guadalajara, au Mexique, en mai 2004. Face à la multiplication des traités de libre-échange entre l'UE et l'Amérique latine (AL) [1], il s'agit d'unir les mouvements sociaux par le biais d'une coordination transnationale qui participent aux rapprochement des peuples des deux régions. Cette initiative s'inscrit pleinement dans la dynamique du mouvement altermondialiste dont les dernières expressions ont été notamment le Sommet des Peuples à Mar de la Plata (Argentine), en novembre 2005, le Forum Social de Caracas en janvier 2006 et bientôt le Forum Social Européen à Athènes, qui se tiendra en avril 2006.

Ce réseau « Enlazando Alternativas » est actuellement coordonné par le « Transnational Institute » en Europe, un institut de recherches hollandais qui tente de formaliser un « programme global de justice économique » et une critique des institutions financières internationales et, du coté latino-américain, par « Alianza Social Continental », un forum d'organisations sociales progressistes américaines, née en 1999 au Costa Roca et qui cherche à être un espace ouvert destiné « à promouvoir la justice sociale et d'autres formes d'intégration économiques ». Mais ce sont bien des dizaines d'organisations - aux horizons très divers - qui sont partie prenante de ce mouvement, dont - parmi d'autres - les ATTAC de plusieurs pays, des ONG de commerce équitable, féministes ou écologistes latino-américaines, le réseau européen Transform ! [2], l'association France Amérique Latine [3], certains partis politiques de la gauche unie européenne, des organisations bolivariennes (Venezuela), etc Au-delà de pratiques militantes hétérogènes et de nombreuses différenciations politiques qu'il faudra nécessairement aborder, l'objectif commun est de « participer de façon active et solidaire aux discussions sur une nouvelle alliance transatlantique, basée sur la paix, la démocratie participative, la justice sociale, les Droits Humains et le droit à l'autodétermination des peuples », afin de construire un espace politique et de mobilisation bi-régional. En mondialisant les résistances, ce collectif cherche ainsi à mieux s'opposer aux politiques néolibérales appliquées dans les deux continents et en particulier « aux politiques des entreprises et des gouvernements européens qui affectent l'Amérique latine et les Caraïbes », comme « à l'offensive que préparent les gouvernements de l'UE pour supprimer les principales conquêtes sociales du vieux continent ».
Ainsi, durant quatre jours, des milliers de personnes sont attendues, venues d'Europe et d'Amérique latine et chacun pourra participer aux diverses tables de discussions, dont le programme s'articule autour de quatre thématiques : ordre néolibéral et conséquences de la globalisation / coopération entre les peuples d'Europe et d'Amérique latine / militarisme et droits de l'homme / dialogue politique entre UE et AL / intégration régionale et stratégies politiques pour le développement régional. De plus, cette rencontre sera l'opportunité pour voir siéger un « Tribunal permanent des Peuples », qui vise à « mettre en accusation le fonctionnement du système de pouvoir des transnationales européennes tant en Amérique latine, comme au sein de l'Europe elle-même ». Basé sur l'expérience du Tribunal Bertrand Russel sur les crimes de guerre perpétrés au Vietnam (1967), plusieurs cas exemplaires seront présentés devant un jury composé d'intellectuels, juristes, syndicalistes et militants. Il s'agira de décrire avec précision les modalités de fonctionnement des multinationales européennes, telles les pratiques prédatrices de Suez pour la gestion de l'eau. Car le constat est sans appel : « les corporations transnationales exercent un pouvoir énorme dans le monde ­ un pouvoir qui affecte la vie de tous. Les multinationales vont par le monde en faisant s'affronter les travailleurs, des communautés et même des régions et des pays entiers les uns contre les autres, générant ainsi une concurrence impitoyable où les droits humains sont finalement minés de toute part ».
Pour conclure cet évènement, le 13 mai, aura lieu une grande manifestation festive qui montrera l'unité dans la diversité des luttes sociales, politiques, féministes, écologiques et anti-raciales qui parcourent aussi bien l'Amérique latine que la vieille Europe. Ceci avec pour toile de fond la volonté de dénoncer haut et fort la rhétorique fallacieuse selon laquelle l'Union européenne incarnerait un capitalisme « à visage humain »...


Pour de plus amples informations : www.alternativas.at

Notes :
1 - C'est le cas des accords entre l'UE et le Mexique, l'UE et le Chili, et l'UE et le Mercosur, l'UE et la communauté andine, l'UE et l'Amérique centrale qui incorporent des règles sur les investissements, la propriété intellectuelle et les services, en soumettant ces pays du sud au pouvoir discrétionnaire du capital européen.
2 - http://www.transformitalia.org
3 - http://www.franceameriquelatine.fr

 

Maître Jacques Vergès : "Le TPI est une institution illégale"


Entretien réalisé par Silvia Cattori Maître Jacques Vergès à Paris, 14 mars 2006. Première publication : oulala.net, 17 avril 2006

A l'heure où tant de gens peinent à comprendre le silence de leurs autorités face aux victimes qui, en Irak, en Afghanistan, en Palestine, mais aussi chez nous, sont laissées sans protection, nous croyons que des voix comme celle de Maître Vergès sont importantes.


Silvia Cattori - Vous connaissiez M. Milosevic. Qu'avez-vous ressenti à l'annonce de son décès ?

Jacques Vergès : Je suis son avocat, un parmi d'autres. Qu'ai-je ressenti ? J'ai ressenti de l'indignation parce que, manifestement, c'est une mort que l'on a voulue. De ce point de vue, c'est un assassinat. M. Milosevic était très malade. On lui a imposé des séances harassantes qui se terminaient après l'heure de la promenade journalière, qui consistait à faire les cent pas, dans la cour de la prison. Au début de cette année il a été très malade ; il a demandé à se faire soigner en Russie. Nous ne sommes plus au temps de la guerre froide. Les Russes avaient promis de le garder entre les mains de la justice, de ne pas lui permettre de s'évader. Le Tribunal Pénal International a refusé qu'il se fasse soigner en Russie. A cet homme qui avait besoin de soins urgents, on les lui a refusés, avec au bout sa mort. Aujourd'hui, l'autopsie dit qu'il est mort d'un infarctus, que c'est une mort naturelle. Ce n'est pas vrai. Des morts naturelles peuvent être provoquées. Pendant la guerre d'Algérie, j'ai été désigné par les nièces d'un Monsieur qui venait d'être arrêté. Je leur ai dit que j'allais intervenir auprès des autorités pour qu'il ne soit pas torturé et elles ont dit « mais il ne s'agit pas de tortures, il s'agit de sa vie, il est diabétique et a besoin d'une piqûre d'insuline tous les jours, sans quoi il meurt ». Il serait mort de mort naturelle. Dans le cas de M. Milosevic, même si l'on ne trouve pas de trace de poison, il est mort d'une mort naturelle, mais d'une mort naturelle provoquée. On me dit : mais pourquoi ceci ? Parce que, premièrement, c'était un homme qui était courageux, qui se défendait seul devant le tribunal, et on voulait le briser, au risque de le tuer. Eh bien, on l'a tué. C'est pourquoi je dis que ce tribunal est un tribunal d'assassins.

S.C.- En n'accordant pas au prévenu le respect auquel tout prisonnier a droit, fut-il un criminel, Mme Carla del Ponte a-t-elle donc failli ?

Jacques Vergès : Oui, on a refusé à M. Milosevic le respect que l'on doit à tout prisonnier. En France, nous avons un ancien ministre, M. Papon, qui a été condamné pour crimes contre l'humanité. Il s'est senti malade. Des médecins ont fait leur constat, et on l'a mis en liberté. Il a été traité humainement.

S.C.- N'avez-vous aucune considération pour le TPI ?

Jacques Vergès : Le Tribunal Pénal International est une institution illégale qui a été décidée par le Conseil de Sécurité qui n'a aucun pouvoir judiciaire. On ne peut pas déléguer un pouvoir que l'on n'a pas. Seule l'Assemblée pouvait décider cela. Deuxièmement, ce tribunal n'a pas de loi. En France ou en Suisse, quand vous allez devant un tribunal, il y a un code de procédure que l'on applique. Pour le TPI, il n'y a pas de code de procédure. Le TPI change la procédure selon les besoins qu'il éprouve. La procédure, en ce qui concerne M. Milosevic, a été changée vingt-deux fois. Troisièmement, ce tribunal s'occupe de faits antérieurs à sa création, ce qui est illégal. Cela s'appelle « la rétroactivité de la loi pénale », procédé qui est parfaitement contraire à toutes les règles démocratiques. Ce tribunal admet que des témoins puissent témoigner masqués. Quel débat contradictoire est-il encore possible ? ! Ce tribunal dit que, dans certains cas, la rumeur publique suffira comme preuve. Or, nous savons à quel point la rumeur publique est lourde d'erreurs et de manipulations. Enfin, pour couronner le tout, le tribunal accepte des dons : 14 % du budget du TPI provient de dons. Par exemple, M. Soros, qui est un adversaire de la Serbie, contribue aux payements du salaire des juges. Que diriez-vous si vous deviez comparaitre devant un tribunal payé par une chaîne hôtelière ou par une chaîne d'épicerie ?

S.C.- N'y a-t-il plus de légalité internationale ? Quelle confiance, par conséquent, les faibles peuvent-ils encore avoir en la justice ?

Jacques Vergès : Ecoutez, la légalité internationale ? Vous avez entendu parler de Guantanamo. Quelle légalité ! ? Vous avez encore appris quelque chose qui est pire que Guantanamo : que des services secrets américains auraient, en Europe, des prisons où on envoie des gens pour y être torturés sans que cela se sache. On a avancé les noms de pays comme la Pologne et la Roumanie.

S.C.- Comment cela se fait-il que la France ou l'Europe ne tapent pas du poing sur la table face à la gravité des violations auxquelles le monde assiste ?

Jacques Vergès : Là-dessus, le souhait que j'aurais est que des pays comme la France s'y opposent mais, malheureusement, ce n'est pas le cas. Déjà, de sa part, s'être opposé à la guerre contre l'Irak, je considère que c'est une grande chose, c'est inespéré. Les Etats- Unis détiennent des gens à Guantanamo en-dehors de toute légalité. Ces détenus ne dépendent même pas de la loi américaine. On a vu également, à la prison d'Abou Graib, comment la torture n'était plus un instrument d'interrogatoire mais un instrument d'abaissement de la dignité humaine. En Algérie, quand les Français torturaient, ce qui était ignoble, c'était, disaient-ils, pour avoir des renseignements. Mais quand, comme cela s'est vu, une jeune Américaine rit en traînant par une laisse un homme nu agonisant, ce n'est pas pour chercher des documents, c'est pour l'assimiler à une bête. Là, nous assistons à une époque d'ensauvagement de l'humanité.

S.C.- En ne condamnant pas les Etats-Unis et la Grande Bretagne, durant les années où ces pays ont bombardé en Irak, en violation du droit, la zone appelée « No fly zone », l'ONU ne s'est-elle pas rendue complice des préparatifs de cette guerre ?

Jacques Vergès : Bien sûr. Aucune instance n'a vraiment condamné les mauvais traitements de ces prisonniers. Toutefois, la guerre contre l'Irak, l'ONU ne l'a pas votée. Les Américains ont engagé cette guerre sur un mensonge. Tout le monde savait très bien que Saddam Hussein n'avait pas d'armes de destruction massive. Et la guerre a quand même été menée sous ce faux prétexte. Et personne ne condamne les agresseurs. D'autre part, il y a eu l'embargo, entre les deux guerres ; embargo qui a causé la mort de cinq cent mille enfants. C'est l'OMS qui le dit. Quand on demande à Mme Albright ce qu'elle en pense, elle dit « C'est le prix de la démocratie ». Est-ce qu'un régime, quel qu'il soit, mérite le sacrifice de cinq cent mille enfants ? Les criminels contre l'humanité, c'est parmi les grandes puissances occidentales qu'on les trouve.

S.C- Les gens se souviennent de la période où les médias vous ont qualifié de « nazi », de « terroriste », pour avoir défendu Barbie et Carlos. Cela ne vous dérange-t-il pas quand on vous traîne dans la boue ?

Jacques Vergès : Non.

S.C.- Et quand on vous traite « d'antisémite » cela vous laisse-t-il indifférent ?

Jacques Vergès : Ecoutez, du moment que cela n'est pas vrai, cela me laisse indifférent.

S.C.- Mais la rumeur peut détruire des carrières !

Jacques Vergès : Je vis dans un pays qui s'appelle la France. Il existe une tradition en France : le Français a une tendance à se sentir seul contre l'establishment. Il est pour d'Artagnan, pour Mandrin. Un jour, je sortais de la cour d'Assise d'Aix. Je traversais le petit marché qui se tient aux abords du Palais de justice. Un confrère m'a dit : « Tu vois, quand les gens te reconnaissent cela ne m'étonne pas ; ce qui m'étonne c'est la manière dont ils te saluent ; ce n'est pas un notable qu'ils saluent, c'est un complice. Alors, Maître, on continue »

S.C.- A part vous, il y a des nombreuses personnes qui sont accusées « d'antisémitisme », d'être « anti-juives », qui est un délit qui pèse plus lourd que si l'on est accusés de « racisme », d'être « anti-arabes » !

Jacques Vergès : Actuellement, on ne me traite plus d'antisémite. Ma plaidoirie a été publiée et diffusée à la télévision ; on a bien vu que je n'avais pas tenu de discours « antisémite ». Le problème des médias, vous le connaissez : les médias hurlent avec les loups. Ils considèrent que c'est leur fonction. Je disais, au moment du procès Barbie, à un journaliste de télévision : le service que vous pourriez me rendre c'est de publier ma photo tous les jours dans votre journal en disant « cet homme est un salaud ». Les Français ne sont pas assez bêtes et ils décrypteront votre message et se diront : si on l'insulte tant c'est que c'est un type bien.

S.C.- Vous croyez vraiment que les gens soumis au matraquage médiatique savent faire la part des choses ?

Jacques Vergès : A la longue, oui.

S.C.- Vous avez connu des personnalités comme Tarek Aziz que beaucoup respectaient. Elles sont aujourd'hui traitées comme des chiens, livrées à la torture. Comment vivez-vous, en votre for intérieur, cette violence des Etats faite au nom « des droits humains et de la démocratie » qui a déjà fait tant de victimes, causé tant de souffrances ?

Jacques Vergès : Comme la grande imposture. Nous vivons une période de sauvagerie et d'imposture. Saddam Hussein était l'allié de l'Occident puis, un jour, on a pensé qu'il était trop fort et on a décidé de l'abattre. Et ensuite on l'a abattu sur des mensonges. On le reconnaît aujourd'hui. Et puis on nous dit que l'on se bat pour les droits de l'homme mais on n'a jamais autant humilié et bafoué les hommes que dans les prisons américaines, en Irak et à Guantanamo. On est allé en Afghanistan pour vaincre les Talibans et le résultat est que la production d'opium a été multipliée par dix. On menace l'Iran, en disant que l'Iran ne doit pas avoir la bombe atomique. Il ne doit même pas être soupçonné d'avoir les moyens de faire la bombe nucléaire. Alors que l'Iran a deux voisins qui l'ont déjà : le Pakistan d'un côté et Israël de l'autre. Pourquoi ces deux pays ont-ils droit à la bombe et l'Iran non ? Ne cherchez pas de réponses. Ce sont des décisions des puissants du moment.

S.C.- Imaginez-vous que l'on puisse modifier le cours des choses ?

Jacques Vergès : En 1941, en Europe, on pouvait prévoir que les choses changeraient si Hitler faisait une folie. La folie, il l'a commise : il a attaqué l'Union soviétique et il a été vaincu. Je pense que tout cela va se terminer par une folie et, malheureusement, un grand massacre. A ce moment là, il sera mis fin à cet état d'hypnose dans lequel vit le monde. On sait très bien, par exemple, que, si les Etats-Unis attaquent l'Iran, nous assisterons à une confrontation extrêmement grave dans tout le Moyen-Orient. Avec même des conséquences dans les pays occidentaux, avec le cours du pétrole. C'est pour cela du reste qu'ils hésitent tellement !

S.C.- Donc ces guerres « dites préventives », voulues même par des personnalités qui se disent humanitaires, comme Pascal Bruckner et Bernard Kouchner, par exemple, ne mènent pas vers le meilleur des mondes !

Jacques Vergès : Non. Vous n'avez qu'à voir, actuellement, cette prétendue « guerre contre le terrorisme ». Qu'est-ce que c'est que le « terrorisme » ? Ce n'est pas une entité. J'ai fait la guerre dans l'armée française libre ; j'étais artilleur. L'artillerie n'était pas une entité. Il n'y avait pas une artillerie contre une infanterie. Il y avait une artillerie allemande et une artillerie française. Les « terroristes » sont différents entre eux. Les gens de l'IRA et les gens d'Al Quaida ne sont pas les mêmes. Les gens de l'ETA et les Corses ne sont pas les mêmes. Mais, au nom du « terrorisme », on justifie tout.

S.C.- Pour les peuples sous occupation ou agressés, n'y a-t-il pas un droit international à se défendre ?

Jacques Vergès : Cela s'appelle la résistance. Le mot terrorisme a été utilisé pour la première fois, en France, par les Allemands, pendant l'occupation.

S.C.- Comment expliquer, dès lors, que le Parlement européen ait inscrit - avec l'accord de tous les partis, de l'extrême gauche à la droite - le mouvement du Hamas sur la liste des « organisations terroristes » à la demande d'Israël et des Etats-Unis ?

Jacques Vergès : Parce que, à mon avis, on vit sur une équivoque. Quand on examine les crimes de l'Allemagne nazie, je disais, au cours du procès Barbie : « avant de le juger, essayez de balayez devant votre porte ». La Gestapo a commis moins de crimes en France que la France n'en a commis en Algérie. Ou bien que les Russes n'en ont commis en Afghanistan, ou que les Américains n'en ont commis au Vietnam. Et on me répond « non, nous sommes une démocratie ». Mais une démocratie est capable de crimes. Il y a cette équivoque : la démocratie ne serait pas capable de crimes ! Au contraire. Près de la Nouvelle Zélande, vous avez une île qui est plus grande que la Suisse, la Tasmanie ; il n'y a plus de Tasmanie. La dernière tasmanienne est morte en 1977, détruite par les colons anglais. Prenez les Peaux Rouges, les Incas, les Aztèques, tous ont été détruits ; c'étaient des civilisations florissantes. Donc, les démocraties sont capables de crimes aussi bien que les dictatures. Avec des circonstances aggravantes dans le cas des démocraties : c'est que l'opinion est avertie. On me dit « mais il y a la liberté de la presse ». Mais alors, cela aggrave la responsabilité de l'opinion.

S.C.- Je crois que l'opinion n'est pas avertie !

Jacques Vergès : Pendant la guerre d'Algérie, la torture, nous la dénoncions. A Abou Graib, tout le monde est censé savoir ce qui s'est passé, les photos sont passées sur les télévisions.

S.C.- L'opinion a été pré-conditionnée : ne lui a-t-on pas présenté la guerre comme « un moindre mal » ?

Jacques Vergès : Mais l'histoire « du moindre » mal n'excuse pas cette inhumanité gratuite, et l'opinion le sait, et l'opinion démocratique n'a pas réagi.

S.C.- Auriez-vous pu imaginer, il y a quinze ans, que les choses se passeraient de la sorte ?

Jacques Vergès : Oui, à partir de la chute du mur et de la chute de l'URSS, où les Etats-Unis se retrouvaient être les seul maîtres, avec, à leur tête, des dirigeants incultes. Ce n'est pas étonnant que les dirigeants allemands et français aient été contre la guerre en Irak. La France et l'Allemagne ne sont pas des îles. Chirac a une expérience du monde arabe. Il était officier en Algérie, il sait ce que c'est qu'une guerre de libération. Les Américains ne savent pas. L'Amérique est une île. La couche éclairée de la côte Ouest et Est, peut-être, le savent. Mais l'Amérique profonde, du Nebraska à l'Arkansas, l'ignore. Je disais à des Serbes, à Belgrade : comment voulez-vous expliquer à un type de l'Arkansas que le Kossovo est le berceau de votre nation ? Eux, ils n'ont pas de nations. Ils n'ont pas d'histoire.

S.C.- Voulez-vous dire que les barbares sont de retour ?

Jacques Vergès : Oui, bien sûr. Je pense que jamais l'humanité n'a vécu une époque aussi sauvage qu'aujourd'hui. En Europe, il y avait certaines règles ; aujourd'hui on ne les respecte plus.

S.C.- Qui peut faire contrepoids à l'unique superpuissance américaine ?

Jacques Vergès : Au point de vue militaire, personne. Mais au point de vue économique, beaucoup de pays le peuvent. La guerre n'est plus seulement militaire aujourd'hui, elle est hors normes. Il suffit que deux tours s'effondrent à New York, sous les coups d'une organisation qui n'a pas de territoire, pour que les compagnies d'aviation américaines déposent leur bilan. Il suffit qu'il y ait des man¦uvres chinoises sur le détroit de Formose pour que la bourse de Taipei s'effondre. A la fin, mêmes soumis, la télévision, les journaux, devront dire certaines choses. L'opinion est très lente à changer de point de vue, mais elle se réveillera. Un jour, elle changera de point de vue.

Silvia Cattori : Qui sont les propriétaires des démocraties occidentales aujourd'hui ? Qui commande réellement ? Vers qui les peuples opprimés peuvent-ils encore se tourner ?

Jacques Vergès : Dans nos démocraties, ce sont les dirigeants des grandes sociétés. L'exemple est typique : quand les biscuiteries « LU » licencient leur personnel, les grévistes s'adressent à M. Jospin, qui était alors le premier ministre, et celui-ci leur répond « Que puis-je faire » ? Effectivement, il ne pouvait rien faire dans le système actuel.

S.C.- Donc les gens ne peuvent plus rien y changer ?

Jacques Vergès : Si, mais pour changer il faudra vraiment de grands bouleversements.

S.C.- Actuellement, le rapporteur spécial du Conseil de l'Europe, le procureur suisse Dick Marti, chargé de faire la lumière sur l'existence des « prisons volantes » de la CIA, se débat avec les gouvernements qui sont réticents à lui fournir les informations. Pensez-vous qu'il va pouvoir arriver au bout de son enquête ?

Jacques Vergès : S'il le veut, il peut y arriver. Quand on s'acharne, la vérité finit toujours par éclater : il y a toujours des témoins. Il réussira à condition qu'il accepte d'être isolé et d'être insulté. Je lui souhaite beaucoup de chance.