La machine de propagande de Washington dans
le monde musulman
Des dollars US pour amadouer les Musulmans
par Georg Mascolo, Der Spiegel (Allemagne), 21 février
2006.
Original : http://service.spiegel.de/cache/international/spiegel/0,1518,druck-402130,00.html
Traduit de l'anglais par BB pour Quibla
Les USA s'inquiètent de leur image à l'étranger,
en particulier dans le monde musulman. Mais une offensive massive
de propagande à coup de millions de dollars visse à
traiter ce problème.
Ils se qualifient eux-mêmes de force de réaction rapide.
Chaque matin à 4h30, ils se mettent au travail dans une pièce
sans fenêtres au deuxième étage du Département
d'Etat à Washington. Les postes TV dans cette pièce
sont tous branchés sur les chaînes arabes; c'est une
partie de leur recherche quotidienne sur les informations en provenance
du monde musulman qui pourraient être des signaux inquiétants
pour les USA.
La mission de l'équipe est de rectifier les informations erronées
et les mythes infondés aussi vite que possible - rectifications
qui sont alors diffusées sur le site web du Département
d'Etat. Et certaines de ces théories conspirationnistes qui
réclament un rétablissement des faits sont de gros bobards,
comme celui qui prétend que les USA étaient au courant
de la survenue du tsunami en Asie mais n'ont pas donné l'alerte
à temps, ou celui sur les soldats US en Iraq qui vendraient
les orgnes d'Iraquiens décédés.
Mais rectifier ces légendes n'est qu'une toute petite partie
du travail de l'énorme machine de propagande de Washington
dont le but est d'améliorer l'image des USA dans le monde musulman.
Les experts estiment que ce programme coûte des centaines de
millions de dollars. Et le président Bush lui-même a
qualifié le soutien à un Islam modéré
et pacifique de priorité pour la sécurité nationale.
"Des relations amicales avec le monde islamique", telle
est la consigne secrète que Bush a donné au Département
d'Etat, au Pentagone et à la CIA en mettant en oeuvre la plus
grande offensive de propagande depuis la fin de la guerre froide.
"Nous devons faire plus pour contrer la propagande hostile, dissiper
les mythes dangereux et présenter la vérité"
affirme la Secrétaire d'Etat Condoleeza Rice.
Des stations de radio et de télévision, sur le modèle
de la "Voix de l'Amérique" vont émettre à
nouveau de manière continue. Les USA financent la formation
de religieux en Indonésie ainsi que la production d'un talk
show sur "L'Islam et la tolérance." Ils aident secrètement
à la construction de centres islamiques.
Trois écoles primaires ont été construites à
l'intention de la minorité musulmane en Ouganda. En Egypte,
les USA participent à la production de l'émission "Sesame
Street", supposée promouvoir le dialogue interculturel.
Un peu partout dans le monde, des mosquées sont rénovées
avec l'aide des USA.
La CIA a développé son service pour "l'influence
stratégique" et gèrerait des sites web qui propagent
un Islam modéré et font campagne contr eAl Qaïda.
Des versements d'argent à des leaders spirituels font également
partie de la panoplie.
Mais les responsables de la propagande gouvernementale craignent aujourd'hui
l'annihilation de tous leurs efforts par l'agitation récente
qui s'est emparée du monde musulman. Le président a
été très clair en montrant qu'il n'avait guère
apprécié la publication de douze caricatures du prophète
Mahomet par un quotidien danois, caricatures qui ont suscité
des semaines de manifestations anti-occidentales parfois violentes
dans le monde musulman. Et Bush a été plutôt satisfait
de constater que ces dessins ont été peu diffusées
aux USA.
Les USA espèrent que l'énorme ampleur de leur machine
de propagande restera ignorée de la plupart des gens. Ils n'ont
pas chanté sur les toits le fait que trente stations de radio
en Afghanistan avaient été financées avec des
fonds US . "Nous ne voulons pas que les gens, se rendant compte
de la participation du gouvernement US, ferment leur poste,"
explique le colonel James Treadwell, expert de la guerre psychologique.
L'impact de telles actions peut toutefois difficilement être
évalué.
D'ailleurs, le programme de propagande est perçu de manière
encore plus critique depuis qu'on sait qu'une entreprise, le Lincoln
Group, payait jusqu'à 20 000 $ à des journaux iraquiens
pour publier des articles pro-USA et aidait le Congrès National
Iraquien (d'Ahmed Chalabi) dans sa campagne contre Saddam Hussein
avant la guerre. Les informations qu'il produisait à l'époque
sur Saddam et son programme d'armes de destruction massive allaient
trop loin, du point de vue même des services de renseignements
de Washington.
Délégation droits et démocratie
de l'Université de Ouagadougou : Trois Burkinabè observateurs
des élections législatives au Canada
par Romaric Ollo HIEN (romaric@yahoo.fr), Sidwaya,
Ouagadougou, 15 février 2006. Source : http://www.lefaso.net
Trois Burkinabè, Pr Augustin Loada, M. Youmani Jérôme
Lankoandé et Mlle Edith Sagnan (tous deux étudiants)
ont été observer les dernières élections
générales qui se sont déroulées au Canada
en janvier dernier. Revenus au Burkina, ils ont fait un rapport de
ce qu'ils ont vu là-bas aux membres de la « Délégation
droits et démocratie de l'Université de Ouagadougou
», la structure qui les a mandatées.
Cette mission, qui ressemble fort à une politesse rendue à
la « Délégation droits et démocratie »
du Canada qui a séjourné au Burkina Faso pendant l'élection
présidentielle de novembre dernier, a conduit les trois Burkinabè
au Canada du 15 au 26 janvier 2006. Ils y ont assisté aux élections
générales de ce pays, convoquées à la
suite d'une motion de défiance contre le gouvernement de M.
Paul Martin.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que les trois observateurs sont
restés admiratifs de la manière dont fonctionne la démocratie
au Canada et surtout, du civisme exemplaire et de la confiance avec
laquelle les acteurs politiques évoluent. Morceaux choisis.
« Au Canada, les urnes sont en carton, ce n'est pas comme chez
nous où elles sont en plastique et transparentes et malgré
cela, les gens fraudent ou crient à la fraude.
Ce qui frappe aussi c'est que les scrutateurs une fois la formation
terminée, rentrent chez eux avec le matériel et c'est
le jour du vote qu'ils amènent le matériel dans les
bureaux de vote. Ici, il faut attendre le matin pour voir les urnes
solidement gardées par des forces de l'ordre ». Les bureaux
de vote au Canada peuvent être installés dans des lieux
publics ou privés ». Les résultats sont communiqués
par téléphone à l'état-major électoral
le plus proche qui les communique au quartier général.
Ce qui fait que deux heures après la fermeture des bureaux
de vote, les résultats sont connus par Internet ou grâce
aux médias ». Sur l'indépendance des médias,
les trois observateurs relèvent, avec admiration, que le directeur
de Radio Canada (la chaîne raditélévisuelle publique)
ne réside pas dans la même ville que la station dont
il a la charge et n'a pas non plus de contacts directs avec les journalistes
pris inviduellement.
Les observateurs de la section universitaire de la « Délégation
droits et démocratie » au Burkina relèvent qu'en
période électorale, la loi oblige les radiodiffuseurs
canadiens à accorder, contre paiement, 408 minutes de temps
d'émission (pendant les heures de grande écoute) aux
partis politiques enregistrés et aux nouvelles formations politiques.
Ils se félicitent d'une manière générale,
de la relative liberté d'expression et d'opinion qui existe
dans ce vaste territoire qui compte plus de 696 chaînes de radio,
plusieurs agences de presse et 116 télévisions privées.
Dans le rapport succint de dix pages qu'ils ont présenté,
les observateurs burkinabè parlent, entre autres, du système
électoral canadien, du fonctionnement et du financement des
partis politiques, ainsi que de la participation des jeunes et des
femmes au processus démocratique et du rôle des médias
dans le système démocratique canadien.
Des dépenses électorales consacrées à
la publicité
S'agissant du financement des partis politiques, les observateurs
burkinabè notent que ceux-ci sont autorisés à
dépenser cinquante millions de dollars canadiens au cours d'une
élection et qu'ils peuvent recourir à des prêts
bancaires pour financer leur campagne. Quant au financement public,
tous les partis ayant obtenu moins de 2% lors de la dernière
élection perçoivent 1,75$ canadien par voix obtenue,
ceux qui ont obtenu plus de 2% perçoivent un remboursement
partiel de 50%.
Mais l'argent public est dépensé par un agent désigné
par le parti sous la supervision d'un vérificateur nommé
à cet effet par la DEC. Les syndicats sont autorisés
à verser au maximum, 100$ CAN aux candidats et un citoyen peut
soutenir la publicité d'un candidat à hauteur de 150
000 $ canadiens pour une élection fédérale et
30 000 $ canadiens pour les élections régionales. La
publicité sur les candidats engloutit la moitié des
budgets électoraux, remarquent les observateurs burkinabè.
Lancement d'une plateforme française
contre les paradis fiscaux et judiciaires
Une dizaine d'organisation non gouvernementales (ONG) ont lancé
jeudi un programme d'action pour aboutir à "la disparition
des paradis fiscaux et judiciaires" qui pillent, selon elles,
les ressources des pays en développement.
Présentant ce projet à la presse, le président
du Secours catholique-France, Michel Roy, a précisé
que l'initiative de ce projet venait d'un appel des évêques
de la République du Congo, en 2002, soulignant l'importance
du pétrole, et des "détournements massifs"
de l'argent des Etats, dans le déclenchement de guerres civiles.
Les PFJ (paradis fiscaux et judiciaires) "conduisent à
l'assèchement des ressources fiscales des pays du Nord comme
du Sud", mais "sans compter la fuite des capitaux, le coût
de ce fléau pour les pays du Sud se monte à 50 ou 70
milliards de dollars", explique une "plate-forme" des
ONG publiée jeudi.
"La Suisse et le Luxembourg, les îles anglo-normandes,
Gibraltar, Malte, Chypre, le Liechtenstein et Andorre possèdent
une douzaine de PFJ, c'est-à-dire des territoires où
coexistent à des degrés divers une faible taxation,
le secret bancaire et l'impunité juridique", souligne
le texte.
Les PFJ "offrent un espace privilégié d'interface
entre des transactions financières légitimes, et l'argent
d'origine criminelle. Ils contribuent par leur existence même
à la corruption internationale et au développement des
réseaux criminels, terroristes et mafieux", poursuivent
les signataires.
Pour parvenir à lutter contre ces "paradis", la "plate-forme"
demande, d'abord à la France, puis à l'Union européenne,
la suspension de "toutes relations avec les territoires non coopératifs,
qui refusent ou appliquent de manière purement virtuelle la
coopération judiciaire internationale en s'appuyant sur le
secret bancaire".
Les ONG signataires -notamment Survie, le Comité catholique
contre la faim et pour le développement, Attac, et "Eau
vive"- demandent également l'adoption de programmes d'aide
à la reconversion économique des centres off-shore et
l'identification "des biens mal acquis et placés dans
les territoires off-shore", pour les "rapatrier aux personnes
morales et physiques spoliées".
La plateforme lancée à Paris fait partie du Tax Justice
Network, le Réseau pour la justice fiscale, basé à
Londres, qui regroupe des organisations aux quatre coins du monde
> www;taxjustice.net
Source : AFP, 2 février 2006
Forum mondial de la souveraineté alimentaire
au Mali en février 2007
L'altermondialiste français José Bové, s'exprimant
lundi à Bamako au nom de tous les paysans ayant pris part au
6e Forum social mondial (FSM), a annoncéqu'une rencontre similaire
consacrée à la souverainetéalimentaire sera organisée
au Mali en février 2007.
"Nous avons décidé de continuer la mobilisation
en Afrique et dans le monde en organisant ici même (à
Bamako) en février 2007 le premier Forum mondial de la souveraineté
alimentaire au Mali", a déclaré M. Bovélors
de la cérémonie de clôture du FSM, qui s'était
ouvert le 19 janvier.
La rencontre de Bamako a réuni pour la première fois
des délégués d'organisations paysannes "de
la quasi-totalité des pays d'Afrique", un continent où
les paysans représentent entre 70% et 30% de la population,
a-t-il indiqué.
"Il n'y a pas d'avenir pour une autre Afrique sans la participation
des organisations paysannes et des paysans africains", a-t-il
estimé.
José Bové a par ailleurs exprimé son soutien
aux Africains originaires du sud du Sahara récemment refoulés
du Maroc, en ajoutant que le Forum de Bamako devait leur être
"dédié".
Ce rassemblement des altermondialistes était le premier du
genre organisé dans un pays africain, avait rappelé
quelques heures auparavant un des coordinateurs de la rencontre, Diadié
Yacouba Dagnoko, lors d'une conférence de presse.
Le 6e FSM a été élaboré selon une "formule
polycentrique" prévoyant deux autres rencontres d'altermondialistes
à Caracas (Venezuela) à partir de mardi et ‡àKarachi
(Pakistan) en mars, avait ajouté M. Dagnoko.
Source : AFP, 24 janvier 2006
Le 6e Forum social a transformé Bamako
en tribune africaine
Mondialisation néolibérale, agriculture, dette, immigration
ou accès à l'eau: le 6e Forum social mondial (FSM),
qui a attiré à Bamako du 19 au 23 janvier des milliers
d'altermondialistes, a évoqué ces problèmes pour
la première fois en terre africaine.
Ce Forum, qui se tient chaque année depuis 2001 en réponse
au Forum économique mondial, "revêt une importance
considérable pour l'Afrique en raison de l'extrême gravité
des conséquences de la mondialisation néolibérale
sur ce continent", a déclaré le comité national
d'organisation du rassemblement.
"L'Afrique n'est pas un continent qui va à vau-l'eau,
mais l'organe le plus atteint d'un monde malade parce que pillé
par une poignée d'acteurs super puissants", a-t-il affirmé
dans le dossier de présentation du Forum organisé sur
onze sites à travers la ville de Bamako.
"Si on regarde aujourd'hui ce qui se passe dans le monde, on
se rend compte qu'il y a une systématisation de l'accaparement
des terres des paysans partout où ils se trouvent", de
l'Amérique latine à l'Afrique où la plupart des
populations vivent de l'agriculture, a estimé Ibrahima Coulibaly,
membre d'un réseau ouest-africain d'organisations paysannes.
Mohamed Haïdara, coordinateur d'Afrique Verte Mali, une ONG de
développement durable, s'est de son côté inquiété
de l'introduction en Afrique des Organismes génétiquement
modifiés (OGM), contre le gré des producteurs mais avec
la bénédiction de puissances industrielles.
"Ca commence chez nous avec le coton. Le jour que ce sera le
tour des céréales, ça va contribuer à
tuer les producteurs, ils seront obligés d'aller acheter leurs
semences avec une firme américaine", a dit M. Haïdara.
L'altermondialiste français José Bové, présent
à Bamako, a développé des arguments similaires
sur la question des OGM et sur l'agriculture en général
lors d'une conférence sur les "agressions contre les sociétés
paysannes".
Il a également invité les dirigeants africains à
"attaquer l'Union européenne (UE) devant le tribunal de
l'Organisation mondiale du commerce (OMC)" pour destruction de
leurs économies locales.
La dette, qualifiée par certains participants d'"ennemi
intime de la lutte contre la pauvreté", a également
été un des thèmes majeurs durant le Forum.
"Les privatisations imposées par les grands argentiers
du monde alourdissent la dette des pays du tiers-monde", a accusé
Aminata Barry Touré, présidente de la Coalition des
alternatives dette et développement (CAD-Mali), regroupant
une soixantaine d'associations.
"Le mécanisme est simple: on nous dit: +Privatisez vos
sociétés et on vous donnera de l'argent pour renflouer
vos caisses+. Or, cela entraîne des désastres",
a-t-elle ajouté.
L'immigration n'a pas été en reste lors des discussions
qui ont exposé "le traitement inhumain et honteux"
de ressortissants de pays du Sud poussés par la pauvreté
ou les conflits pour tenter d'avoir un meilleur lendemain en Europe.
"En France, on prend les étrangers pour faire des travaux
difficiles ou ingrats, et quand on n'a plus besoin d'eux, on les jette
en les expulsant", a dénoncé dimanche un jeune
prenant part à une rencontre sur la question, en qualifiant
cette procédure de "politique Kleenex".
Autre thème abordé durant le Forum: l'accès à
l'eau, pour lequel l'ex-Première dame française Danielle
Mitterrand, présidente de la France Libertés a mené
campagne à Bamako.
"Aujourd'hui, près de 1,5 milliard de personnes n'ont
pas accès à l'eau potable dans le monde. (...) 34.000
personnes meurent chaque jour du manque d'eau potable", a affirmé
Mme Mitterrand, en appelant à reconnaître et respecter
"le droit de l'eau d'être libre, potable et gratuite".
Source : AFP, 24 janvier 2006
Barbie mise au tapis par sa rivale voilée
: Fulla, la “poupée Barbie” islamique
par Léna Lutaud , Le Figaro, 16 janvier 2006]
A l'exception de ses beaux yeux foncés surlignés de
khôl, son abaya (grand manteau) noire ne laisse rien voir. Mais,
une fois à l'abri des regards des hommes, Fulla (jasmin en
arabe) s'étourdit d'élégance avec ses robes du
soir surbrodées et ses escarpins dorés. Vendue à
près de deux millions d'exemplaires dans les Carrefour et les
Toys'R'Us du Moyen-Orient, cette Barbie islamique, c'est Charia et
Coca-Cola. Emballée dans une boîte rose mais vêtue
d'une longue robe traditionnelle. Un mélange d'ultramondialisation
et d'ultratraditionnalisme. Et c'est bien ce qui fait rêver
Aïcha, six ans, arrière-petite-fille de Bédouins
sédentarisés à Dubaï depuis trois générations.
«Elle en a déjà trois. Comme des millions de petites
musulmanes, Aïcha a découvert Fulla sur les écrans
publicitaires de la télévision satellite saoudienne
Spacetoon, raconte sa mère Asma, tout en doublant une colonne
de dromadaires impassibles au volant de son 4 x 4 aux vitres fumées.
Son cartable, ses brassards de piscine et même ses céréales
portent le logo rose à fleurs de Fulla. Je lui ai même
trouvé, pour ses cours à l'école coranique, une
abaya rose Fulla.» Se précipitant sous l'immense porche
rose qui surplombe le «monde merveilleux» de Fulla, Aïcha
tire sur la robe de sa mère : «C'est celle-là
que je veux», lance la petite fille en empoignant une Fulla
voilée de blanc de la tête aux pieds vendue avec un tashib
(chapelet). «C'est la Fulla pour les petites Egyptiennes. Celle
avec le foulard et le long manteau est pour les Syriennes. Celle entièrement
voilée de noir est destinée à l'Arabie saoudite.
Les petites filles de la région sont exactement comme leurs
copines occidentales : elles veulent le plus de poupées possible»,
sourit la vendeuse Najla. Deux pas plus loin, Laurence, expatriée
française, commente : «Au début, j'achetais Fulla
comme clin d'oeil kitch pour mes amis de passage dans la région.
Maintenant, je la prends pour ma fille. Nous vivons à Téhéran
et sommes obligées de porter le voile. Dans ce contexte, jouer
avec une Barbie blonde n'a pas de sens.» Sursautant à
la vue d'Occidentales en grande conversation avec une Dubaïote
voilée "une vision suspecte car rarissime à Dubaï
", Jogesh Mehra, directeur du magasin, traverse son mégastore
d'une seule glissade. Une fois rassuré, il est intarissable
sur le succès foudroyant de Fulla. «La marque appartient
aux propriétaires saoudiens de la télévision
Spacetoon. Grâce à cette chaîne qui diffuse en
permanence des publicités pour Fulla, ils ont pu, à
moindre coût, la rendre populaire en un temps record. Ils sont
aussi très bons en marketing. Les nouveautés arrivent
très régulièrement. Pour le ramadan, c'était
des lecteurs de CD. Pour l'Aïd-el-Kébir, le kit de prière
avec le tapis, le voile et l'abaya. C'est l'équivalent arabe
du déguisement de princesse Barbie», explique-t-il en
tapotant la pile de robes, dont la première taille commence
à sept ans.
A 149 dirhams, soit 37 euros, c'est cher. Plus cher que Barbie alors
que visiblement les articles sortent des mêmes usines taïwanaises.
«La folie Fulla est telle que le prix n'est pas un souci. Ici
dans le désert, les enfants pauvres comme riches s'ennuient.
Alors, ils consomment», sourit Jogesh Mehra. En ce début
d'année, Asma dûment cachée sous son abaya noire
s'offre avec sa fille une virée au Toys'R'Us d'Al Futtaim Center.
Niché au coeur du quartier hindou de Dubaï, sur l'avenue
clairsemée de palmiers de Salah Al din, c'est le plus grand
magasin de jouets du Moyen-Orient. Silhouette noire sur des drapeaux
claquant au vent, vitrines croulant sous les poupées voilées
et la centaine de produits sous licence, sandales, lecteur de CD...
Bienvenue à la «mecque» de Fulla (prononcez Foula).
Paradoxalement alors que George Bush fustige les islamistes, le premier
distributeur de Fulla est américain.
Pourquoi les businessmen saoudiens ont-ils réussi là
où Barbie a fait chou blanc ? «Ils ont compris les besoins
des familles arabes, résume une femme d'affaires palestinienne
travaillant à Dubaï. Au Moyen-Orient, Barbie est boycottée
car elle ne correspond pas à notre mode de vie.» Et d'expliquer
: «Je ne peux pas acheter à ma fille une Barbie en bikini
et lui expliquer qu'à la plage, elle doit nager en jupe longue.
Moto, cabriolet... aucune femme n'a les mêmes hobbys que Barbie.»
Dans cette région où aucun homme n'ose aborder une femme
en public, Fulla n'a évidemment pas de fiancé Ken.
«C'est dommage, regrette Gina, vendeuse au rayon jouet du Carrefour
d'Emirates Center au nord de Dubaï. On pourrait imaginer un grand
frère en disdasha blanche, la robe des Bédouins avec
des lunettes fumées et une grosse montre au poignet.»
Reste à savoir si Fulla est juste un coup marketing génial
d'entrepreneurs moyen-orientaux qui ont repris et développé
un concept américain. Ou si cette poupée est le cheval
de Troie d'extrémistes religieux pour habituer les petites
filles à se couvrir de la tête au pied dès leur
plus jeune âge ?
Difficile de trancher. Se dissimulant derrière une pyramide
de sociétés, basées en Syrie comme en Arabie
saoudite, personne ne connaît l'identité exacte des créateurs
de Fulla. Le géant américain Mattel prétend ne
rien savoir alors, que dans le Golfe, les publicités Fulla
débarquent sur les chaînes pour enfants anglo-saxons
et hindous. L'opacité est telle que même les hommes d'affaires
les mieux informés comme les banquiers responsables des fonds
d'investissement des cheikhs s'avouent ignorants. Contacté
par Le Figaro dans ses bureaux de Damas, Amir Tarabichi, l'un des
principaux grossistes de Fulla, ne souhaite pas s'exprimer. Peu habitué
à la presse occidentale, ce Syrien confie seulement qu'il «aimerait
bien exporter Fulla en France». A l'heure où le premier
McDo halal vient d'ouvrir ses portes en banlieue parisienne, c'est
sûrement une excellente idée.
Source : http://www.lefigaro.fr/cgi/edition/genimprime?cle=20060116.FIG0035
La stratégie antiterroriste américaine
propice aux abus affaiblit les droits de l'homme au niveau mondial
: Rapport Mondial 2006 de Human Rights Watch
(Washington, le 18 janvier 2006) De nouvelles découvertes
ont prouvé, en 2005, que la torture et les mauvais traitements
font partie intégrante de la stratégie antiterroriste
de l'administration Bush. Cette orientation délibérée
affaiblit la défense mondiale des droits de l'homme, a déclaré
Human Rights Watch aujourd'hui lors de la publication de son Rapport
Mondial 2006.
De nouvelles preuves ont montré que les abus lors des interrogatoires
ne se sont pas le fait de quelques soldats de grade inférieur,
mais qu'ils sont la conséquence d'une stratégie politique
délibérée, élaborée par des hauts
fonctionnaires du gouvernement américain. Cette politique est
une entrave à la volonté de Washington d'amener d'autres
Etats, par la persuasion ou par moyen de pression, à respecter
le droit international, comme l'indique le chapitre d'introduction
de ce rapport de 532 pages.
"Le combat contre le terrorisme est indissociable du combat pour
les droits de l'homme," a déclaré Kenneth Roth,
le Directeur exécutif de Human Rights Watch. "Mais justifier,
pour mener ce combat, le recours à des pratiques illégales
contre des terroristes présumés est tout à la
fois maladroit et contreproductif."
Roth a affirmé que les pratiques illégales ne font qu'encourager
l'enrôlement des terroristes, tout en décourageant l'assistance
portée par le public aux efforts antiterroristes et en créant
une catégorie de détenus qu'il devient alors impossible
de juger.
Certains partenaires des Etats-Unis, comme la Grande-Bretagne et le
Canada, ont contribué à cette déficience de leadership
en matière de droits de l'homme en tentant de se dérober
à certaines obligations de protections internationales des
plus importantes. La Grande-Bretagne a en effet cherché, en
se basant sur des assurances de bons traitements dénuées
de crédibilité, à livrer des suspects à
des régimes susceptibles de les torturer, Le Canada a cherché
à réduire la portée d'un traité proscrivant
les disparitions forcées. L'Union Européenne a continué
de minimiser l'importance des droits de l'homme dans ses relations
avec des Etats jugés utiles dans la lutte contre le terrorisme,
comme la Russie, la Chine et l'Arabie Saoudite.
De nombreux pays - dont l'Ouzbékistan, la Russie et la Chine
ont utilisé l'argument de "guerre contre le terrorisme"
pour se débarrasser de leurs adversaires politiques, alors
marqués du label de "terroristes islamiques".
Outre ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, Human Rights
Watch a rassemblé des preuves sur nombre d'abus graves. En
mai, le gouvernement d'Ouzbékistan a massacré des centaines
de manifestants à Andijan, le gouvernement soudanais a continué
sa "purification ethnique" au Darfour, et des atrocités
répétées ont été rapportées
dans la République Démocratique du Congo, ainsi qu'en
Tchétchénie. Une intense répression s'est poursuivie
en Birmanie, en Corée du Nord, au Turkménistan, ainsi
qu'au Tibet et dans la région de Xinjiang en Chine. La Syrie
et le Vietnam ont continué de restreindre les libertés
de la société civile, et le Zimbabwe a mené des
expulsions forcées massives, sur la base de motifs politiques.
Il y a cependant eu des avancées dans les efforts déployés
par les puissances occidentales pour soutenir les droits de l'homme
en Birmanie et en Corée du Nord. Les pays en voie de développement
ont aussi joué un rôle positif: l'Inde a suspendu l'essentiel
de son aide militaire au Népal après le coup d'Etat
du Roi, et l'Association des Nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE)
a obligé la Birmanie à abandonner sa présidence
en 2006 en raison de ses antécédents déplorables
en matière de droits de l'homme. Le Mexique a pris l'initiative
de convaincre les Nations Unies de maintenir un Rapporteur spécial
sur la protection des droits de l'homme dans le cadre de la lutte
contre le terrorisme. Le Kirghizistan a résisté à
une intense pression de la part de l'Ouzbékistan et a porté
secours à la presque totalité des 443 réfugiés
du massacre d'Andijan, la Roumanie leur a accordé un refuge
provisoire.
Pourtant, la déficience de leadership de la part des puissances
occidentales a parfois laissé le champ libre à la Russie
et à la Chine, qui ont bâti des alliances économiques,
sociales et politiques sans tenir aucun compte des droits de l'homme.
Dans son introduction au Rapport Mondial, Kenneth Roth écrit
qu'en 2005, il est devenu évident que les mauvais traitements
infligés à des détenus par des soldats américains
ne se sont pas limités à de simples manquements aux
règlements et à la discipline, et n'ont pas uniquement
été le fait de quelques « brebis galeuses»,
mais reflètent un réel choix politique de la part des
hauts dirigeants.
Parmi les exemples de cette dérive figurent la menace du Président
George W. Bush de mettre son veto à une loi interdisant tout
"traitement cruel, inhumain et dégradant" et la tentative
du vice Président Dick Cheney de permettre à la CIA
de déroger à cette loi. En outre, le Ministre de la
Justice Alberto Gonzales a déclaré que les Etats-Unis
pouvaient maltraiter des détenus dès lors qu'il s'agissait
de citoyens non américains détenus à l'étranger.
Le Directeur de la CIA, Porter Goss, a, de son côté affirmé
que le "waterboarding", une méthode de torture qui
donne à la victime l'impression qu'elle se noie, était
simplement une "technique d'interrogatoire professionnelle".
"La part de responsabilité en ce qui concerne l'usage
de la torture et les mauvais traitements ne peut plus être plausiblement
mise sur le compte de mauvaises pratiques de soldats de grade inférieur
faisant partie de l'équipe de nuit," a déclaré
Kenneth Roth. "L'administration Bush doit nommer un procureur
spécial pour enquêter sur ces abus, et le Congrès
doit mettre sur pied une commission indépendante et bipartite
pour mener sa propre investigation."
Le Rapport Mondial 2006 de Human Rights Watch contient des informations
issues d'enquêtes sur l'évolution des droits de l'homme
dans 66 pays en 2005. Outre l'introduction sur la torture, le rapport
comprend deux autres chapitres spécifiques : "Les compagnies
privées et l'intérêt public: pourquoi les sociétés
devraient se réjouir d'une réglementation mondiale des
droits de l'homme" et "Empêcher la propagation fulgurante
du VIH/sida: le rôle essentiel des droits de l'homme".
Source : http://hrw.org/french/