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8 - Un seul monde |
Des milliers de personnes attendues au Forum Social de Bamako
Amnesty International : Une fausse balise ? Deux poids, deux mesures, et silences curieux..
Une occupation respectueuse des droits de l'homme ? Voyons le contexte. Au cours du mois de septembre 2004, l'armée israélienne a tué, en moyenne, 3,7 Palestiniens par jour ; elle en a blessé en moyenne 19,3 par jour ; elle a démoli beaucoup de maisons, affectant l'existence de milliers de personnes ; elle a transformé de vastes zones de la bande de Gaza en un paysage lunaire totalement désertique. Il est clair, également, que ces statistiques macabres seront pires, pour octobre. Le ministre israélien de la Défense Shaul Mofaz déclare ouvertement que les Palestiniens doivent être punis, et que les mesures adoptées visent à leur punition collective. C'est l'ensemble de la population palestinienne qui est prise en otage ; la pression (militaire) est exercée sur les Palestiniens, considérés globalement. L'épuration ethnique est en cours, et la construction du grotesque mur est la preuve patente du caractère criminel de cette politique. Etant donné les dévastations infligées par l'armée israélienne et les violations évidentes du droit international, on attendait au minimum une timide condamnation. Toutefois, voilà à quoi s'est limitée la réaction d'AI : «AI s'alarme du risque que le recours excessif, par Israël,
à la force, durant sa dernière incursion dans la bande
de Gaza en date, causera de nouvelles pertes de vies humaines et la
destruction de maisons et de biens palestiniens. Israël doit permettre immédiatement aux organisations de défense des droits de l'homme et aux organisations humanitaires de pénétrer dans la bande de Gaza. Actuellement, les délégués d'AI et les personnels d'autres organisations internationales se voient refuser l'accès à la Bande de Gaza.» Notez que cette déclaration insipide a été publiée en réaction à l'attaque du camp de Jabalya, un assaut que le Dr. Mustafa Barghouti décrit ainsi : « Les tanks de Sharon sont en train de semer la dévastation partout dans Jabalia et Beit Lahia, exactement comme ils l'ont fait à Khan Yunis, Rafah et Beit Hanun. La réalité est toute simple : Sharon est en train de répéter, à Gaza, ce qu'il a fait en Cisjordanie, en 2002 » [3].L'hypocrisie d'AI, lorsqu'elle publie ce banal communiqué, ressort, par contraste, lorsqu'on la compare à son communiqué de presse analysé ci-après : Deux poids, deux mesures « De telles attaques délibérées contre des civils, fréquentes, systématiques, et correspondant à la mise en application d'une politique déclarée consistant à s'en prendre à la population civile, constituent des crimes contre l'humanité, tels que définis par les Articles 7(1) et 2(a) du Statut (Rome, 1998) du Criminel International » [4]. Ainsi, quand des Palestiniens tuent quelques civils, cela constitue un « crime contre l'humanité » - c'est-à-dire un des crimes les plus graves du point de vue du droit international, juste au-dessous du génocide. Mais quand Israël tue un bien plus grand nombre de civils (palestiniens) « en application d'une politique déclarée » (pour reprendre les termes utilisés par AI à l'encontre des Palestiniens) afin de « faire payer le prix » (pour reprendre ceux du ministre israélien de la Défense Shaul Mofaz [5]), tout ce dont AI est capable de faire, c'est se tordre les mains et de « s'alarmer du recours excessif à la force par l'armée israélienne ». Ainsi, nous le constatons : AI n'hésite pas à utiliser contre les Palestiniens des termes tels « crime contre l'humanité », qu'elle n'a jamais clairement employés à l'encontre d'Israël. Il convient de noter que la femme israélienne tuée par des Palestiniens, dans l'épisode ci-dessus, était une femme colon. Ainsi, AI la qualifie abusivement de « civile » : les colons sont armés, et ils se considèrent, quand ils en ont l'envie, comme les troupes de choc d'un sionisme expansionniste dont le but proclamé et de procéder au nettoyage ethnique des Palestinien de l'ensemble des territoires situés à l'ouest du Jourdain (tout du moins, dans un premier temps). Au sujet de l'attaque palestinienne, AI déclare, également (qu'il s'agit d'attaques » « délibérées contre des civils, fréquentes, systématiques, et correspondant à la mise en application d'une politique déclarée consistant à s'en prendre à la population civile. » Eh béh ! Non seulement une telle description accolée à sa condamnation d'une attaque palestinienne est étonnante, mais, au même moment, AI ne veut pas qualifier une quelconque action (militaire) israélienne de « délibérée, fréquente, systématique, et correspondant à la mise en application d'une politique déclarée consistant à s'en prendre à la population civile ». AI présente une violence palestinienne pire que la violence israélienne, faisant clairement preuve de « double standard » (« deux poids deux mesures »). Et la violence des colons ? Silence radio ! L'étude des archives d'AI révèle son manque de sens de la proportionnalité, dans le choix qu'elle opère entre les événements qu'elle décide de commenter. Il semble qu'AI considèrent que les colonies sont de simples faubourgs mal situés, et que ses habitants ne sont que quelques banlieusards occidentaux. Dans certaines colonies, c'est peut-être le cas, mais plusieurs de ces colonies illégales abritent des fanatiques sionistes racistes. Jeff Halper, président du Comité israélien (de lutte) contre les démolitions de maisons [Israel Committee Against House Demolitions : ICAHD], relève qu'il existe aujourd'hui une deuxième génération de colons : il s'agit des colons nés dans les colonies. Il les appelle « colons orange mécanique », lesquels sont encore plus extrémistes, racistes et violents que leurs prédécesseurs [8]. Les colons orange mécanique harcèlent souvent violemment les Palestiniens, ils démolissent des maisons et sont prêt, occasionnellement, à tuer, en toute impunité. Ce contexte soulève beaucoup de question au sujet des appels à exonérer les colons de toutes représailles palestiniennes, lancés par Amnesty Inernational. Depuis le début de la seconde Intifada, AI n'a pas publié une seule déclaration au sujet de la violence des colons. Qu'est devenu ce crime suprême ? AI n'est pas une association pacifiste, et sa position crée d'incessantes contradictions. Durant la phase de préparation de la guerre américaine en Irak, l'association humanitaire a publié des déclarations au sujet des moyens que les Etats-Unis allaient employer pour cette guerre. Mais, curieusement, AI n'a pas condamné la guerre elle-même ! C'est particulièrement étrange, étant donné qu'il s'agissait d'une guerre d'agression, qui était par conséquent constitutive d'un crime international suprême. Voir ci-après les commentaires du Professeur Michael Mandel (professeur de droit à l'Université York de Toronto Canada) : Quand l'attaque fut déclenchée, Human Rights Watch [Observatoire des Droits de l'Homme] et Amnesty International ont publié des avertissements solennels, adressés à tous les « belligérants », afin de leur rappeler leurs devoir et leurs obligations en vertu, et des us et coutumes de la guerre. Mais ils n'ont pas dit un seul mot quant à l'illégalité de la guerre en elle-même, ni quant à la responsabilité criminelle supérieure des pays qui l'avaient commencée. [9] Voyons maintenant les communiqués de presse publiés
par AI durant cette période : Et là, encore une fois, les rodomontades d'AI reviennent à recommander « au violeur de mettre une capote ». Aucune mention du crime ! Même si AI fait souvent référence au droit international quand il publie ses déclarations, les crimes suprêmes ne sont pas même mentionnés, dès lors qu'il s'agit des exactions des Etats-Unis. Un autre cas de deux poids deux mesures ? «Le Conseil de sécurité des Nations unies doit mettre un terme au transfert d'armes utilisées afin de commettre des violations massives des droits de l'homme au Darfour, a stipulé aujourd'hui AI, qui a publié un rapport étayé d'images prises par satellites, montrant des destructions à grande échelle de villages, dans la région du Darfour, au cours de l'année écoulée» [11] La situation est sans doute horrible, au Darfour, et la mesure suggérée est sans nul doute justifiée. Toutefois, l'aspect bizarre de cette déclaration, c'est qu'AI n'a jamais exhorté l'Onu, ni aucune autre institution, d'ailleurs, à imposer un embargo sur les armes destinées à Israël, bien qu'une telle recommandation soit plus qu'amplement fondée. Une universitaire américaine a enquêté sur ce deux poids deux mesures, et elle a reçu de la part de Donatella Rovera, chercheuse en chef d'AI sur le conflit israélo-palestinien la réponse suivante : "La situation au Soudan est tout à fait différente
de celle qui prévaut entre Israël et les Territoires occupés,
et ce sont différentes normes du droit internationales qui
s'appliquent, ce qui rend impossible tout appel à imposer un
embargo sur les armes destinées tant à la partie israélienne
qu'à la partie palestinienne.
"C'est du baragouin. Quand j'appartenais au Bureau des Directeurs d'Amnesty International USA, vers la fin de mon deuxième mandat, en 1990-92, nous avons été investis de l'autorité nécessaire pour appeler à un embargo sur les armements destinés aux principaux violateurs des droits de l'homme, titre auquel Israël pouvait clairement prétendre à l'époque et c'est toujours le cas aujourd'hui même sous l'empire du droit interne des Etats-Unis. Bien sûr, à AI, personne n'allait le faire, puisque les principaux financeurs de la section américaine d'Amnesty International étaient majoritairement pro-israéliens, et que cette section américaine était à son tour le principal financeur d'Amnesty International à Londres [siège international de cette association, ndt]. C'est celui qui paie le violoneux qui dit quelle sera la prochaine danse c'est tout particulièrement vrai aux sièges d'AIUSA, à New York et de AI, à Londres. Quid des prisonniers ? Nombre total de prisonniers palestiniens (au 08.07.2004) : 5 892 [Notes : [1] Tous les prisonniers arrêtés avant la signature
des accords d'Oslo auraient dû être libérés.
[2] La détention administrative est considérée
illégale par le droit international. Les arrêtés
de mise en détention administrative peuvent avoir des durées
allant jusqu'à six mois, les Palestiniens étant maintenus
en détention sans jugement durant cette période. Israël
renouvelle couramment les ordres de détention administrative,
retenant ainsi prisonniers des Palestiniens contre lesquels ne pèse
aucune charge et qui n'ont jamais été condamnés.
Durant ce type de détention, les prisonniers se voient souvent
dénié l'assistance d'un avocat. Le cas (particulier ?) palestinien Le contraste avec les PDC cubains est frappant : dans leur cas, même des gens stipendiés par l'ambassade américaine (à La Havane) afin de mener des actions subversives se sont vu accorder ce statut de PDC, et une simple recherche dans le site ouèbe d'AI-USA ou certains des sites ouèbes des organisations de droite cubano-américaines en font apparaître 88 [13]. Ceci implique qu'une importante proportion des prisonniers "politiques" à Cuba sont des PDC [14]. Tandis que la liste des PDC palestiniens n'est pas rendue publique, lorsqu'il s'agit de Cuba : tout change ! [15]. Dans le cas de Cuba, AI publie des communiqués impérieux, et elle appelle à l'élargissement de tous les prisonniers. Ces déclarations peuvent être justifiées, étant donné qu'il y a 88 PDC cubains. Toutefois, AI n'a jamais émis de déclaration similaire au sujet des prisonniers politiques palestiniens, retenus en bien plus grand nombre en captivité par Israël. Sans doute, les « quatre » PDC palestiniens seulement ne justifient-ils pas un tel effort ? Les conditions faites aux prisonniers palestiniens en Israël et dans les territoires occupés sont horrifiantes, et les prisonniers sont communément torturés. Il y a quelques semaines, des prisonniers politiques palestiniens ont fait une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention. Les autorités carcérales israéliennes ont eu recours à des tactiques inadmissibles pour tenter de briser cette grève de la fin. Des gardiens de prison sont allés jusqu'à faire des brochettes dans la cour des prisons afin de briser le moral des grévistes affamés, ils ont confisqué le sel, qu'ils absorbaient dans de l'eau afin de lutter contre la déshydratation, etc. [16] Lorsqu'on sait l'intérêt que porte AI aux conditions des prisonniers, à la torture, aux refus de traitements médicaux, on s'étonne de l'absence totale de communiqué de sa part au sujet de la grève de la faim des prisonniers palestiniens. Notre requête en ce sens a révélé une absence de volonté similaire de lever la langue sur la question. Une comparaison avec les prisonniers de conscience cubains serait très instructive, mais cet article n'y suffirait pas. Le cas (particulier ?) irakien De plus, il est clair, aussi, que beaucoup de prisonniers ont été tués au cours de leur détention plusieurs de ces morts ont été manifestement causées par des tortures. Qu'en dit Amnesty International ? Elle a écrit une missive à "Son Excellence, M. John D. Negroponte", afin de lui demander dans quel cadre légal les prisonniers seraient traités. Déjà, il est étrange de voir AI déférer devant Negroponte d'une manière aussi abjecte. Negroponte a un passé sinistre, et il est bizarre d'entendre qu'on s'adresse à un personnage de cet acabit en disant "Son Excellence".. La missive demande ensuite une clarification du cadre légal s'appliquant aux prisonniers alors même qu'il y a des révélations sur des tortures : « Rappelant l'existence de rapports de torture d'Irakiens,
du fait non seulement des puissances occupantes, mais aussi de la
police irakienne, AI souhaite être informée des garde-fous
juridiques et pratiques qui s'appliqueront aux arrestations, détentions
et internements, de quels droits d'accès à ces prisonniers
les organisations internationales et irakiennes disposeront-elles
; les prisons et les centres de détention seront-ils placés
sous le contrôle du gouvernement irakien, ou sous un autre contrôle
? Curieux de voir AI contrainte à enquêter au sujet des droits des prisonniers en Irak en faisant appel à un représentant officiel du pays qui a lancé contre l'Irak une guerre illégale d'agression. Le ton obséquieux de la lettre est abject : il signifie aussi qu'AI n'a aucun désir de s'opposer aux très graves crimes des Etats-Unis d'une manière massive et contraignante. Si, par le passé, les rapports d'AI ont pu causer des trépidations chez certains dictateurs, aujourd'hui, ses déclarations sont à peine remarquées par les violateurs des droits de l'homme. C'est pour ce type de service préférentiel qu'Amnesty International a reçu le Prix Nobel de la Paix. Tous les autres communiqués de presse d'AI sont de nature
similaire. Ainsi : Cela nous rappelle quelque chose, car AI utilise là encore le couplet dont elle a usé dans ses communiqués et rapports sur les « abus» israéliens. Un droit à l' « autodéfense » ? La seule différence entre les positions d'AI et celle des Etats-Unis tient à ce qu'AI exhorte l'intervention militaire à « respecter les droits de l'homme », ou à ne «pas être excessive». [19] Tant les Etats-Unis qu'AI admettent qu'Israël a le droit de construire son Mur d'Apartheid : AI ne diffère des Américains qu'en ce qu'elle insiste sur le tracé du mur : Israël doit le construire en suivant la Ligne Verte ! [20] Le Professeur Mandel a une appréciation intéressante
de ce soi-disant droit à l'autodéfense : Dans la région, c'est Israël qui est l'agresseur, et ses actions visent à maintenir son emprise sur des territoires qu'il a conquis par la force. L'épuration ethnique se poursuit sans discontinuer depuis 1948, jusqu'à ce jour. Il est totalement irrationnel de suggérer qu'Israël aurait un quelconque droit à réprimer les gens qu'il s'ingénie à déposséder. Aujourd'hui, Israël tente de réprimer les Palestiniens qui se trouvent avoir conservé les clés des maisons d'où ils furent chassés en 1948 : on le voit, l'analogie du Pr. Mendel est totalement pertinente. Les déclarations d'AI au sujet de la violence mesurée, afin d'obtenir la « sécurité », est choquante, dans le contexte historique d'épuration ethnique. La politique israélienne consiste, depuis l'origine, à voler les terre et à déposséder la population (indigène palestinienne). Le contexte historique étant ce qu'il est, il est scandaleux de suggérer qu'Israël aurait un droit à « se défendre », étant donné que son comportement a toujours consisté en une agression ininterrompue. La position d'AI est rongée par les contradictions. D'un côté, elle veut défendre les « droits de l'homme », mais de l'autre, elle « comprend » la guerre et le recours aux armes, et elle accepte le droit à l' « autodéfense » d'un pays agresseur. AI tente, aussi, d'établir le signe égale (=) entre la violence de l'oppresseur et celle de ceux qui lui résistent ; elle s'ingénie à discréditer ceux-ci (les Palestiniens), alors qu'elle s'efforce (en paroles verbales) de « modérer » le premier (Israël), afin qu'il « respecte (bien, surtout,) » les droits de l'homme. Se dispensant de s'attaquer à l'injustice sous-jacente (au conflit), la position d'AI est tout simplement absurde. Les conséquences de la position adoptée par AI sont que cette institution ne promet absolument pas une solution qui comporte un minimum de justice ; elle semble admettre le statu quo, mais accompagné de « droits de l'homme » - on se demande, d'ailleurs, ce que signifie ce lexème dans le dictionnaire distordu qui est le sien... Alors : AI est-elle un leurre ? Utiliser les petits passages de ses communiqués et rapports qui semblent d'une quelconque utilité ne sert à rien ; le problème étant que sa position générale sur des problèmes fondamentaux est dans le meilleur des cas contradictoire. Beaucoup des volontaires bien intentionnés et idéalistes qui travaillent dans le cadre des campagnes d'Amnesty International perdent sans doute leur temps et gaspillent sans doute leurs efforts, étant donné que la structure de cette organisation adopte une position biaisée sur la plupart des problèmes (mondiaux). Faire des dons financiers à Amnesty International n'aboutit à aucune traduction concrète sous forme d'une action effective dans ces causes. Etant donné les états de sévices (pardon : de service) en la matière, les Palestiniens ne doivent absolument pas s'attendre de sa part à une couverture ou une représentation honnête (de leurs souffrances). Amnesty International condamnera-t-elle un jour clairement et catégoriquement Israël pour ses tueries, le chaos et les destructions qu'il a causés à Jabaliya ou à Beit Hanoun ? N'y comptez surtout pas !
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