Appel de Bamako, janvier 2006
La veille de l'ouverture du Forum social mondial de Bamako,
le 18 janvier, une Journée consacrée au 50e anniversaire
de Bandung a été organisée dans cette ville.
Il en est sorti l' « Appel de Bamako » soumis à
la signature des organisations.
Rappel sur Bandung
En 1954, Nehru veut soutenir les décolonisations en Afrique,
lutter contre les difficultés économiques des nouveaux
pays et les conséquences de la guerre. Il propose une conférence
internationale visant à organiser un troisième pôle
à côté des deux blocs soviétique et usaméricain.
La conférence se tient à Bandung, en Indonésie,
en avril 1955. La conférence réunit 29 pays : 23 d'Asie,
2 du Moyen-Orient et 4 d'Afrique (aucun d'Amérique du Sud).
Des représentants de l'Afrique française du Nord (Maroc,
Algérie, Tunisie) sont invités. C'est "L'internationale
des pauvres" (Nasser). La conférence proclame l'existence
politique du Tiers-Monde.
Elle décide aussi :
- Condamnation du colonialisme mais aussi de toute forme d'impérialisme.
- Condamnation de l'impérialisme comme contraire à la
charte des Nations Unies.
- Appel lancé aux peuples encore colonisés pour qu'ils
luttent pour leur indépendance.
- Condamnation de l'Apartheid en Afrique du Sud et du racisme en général
au nom la déclaration Universelle des Droits de l'Homme (ONU,
1948).
- Condamnation implicite de la politique d'Israël en Palestine.
- Condamnation de la guerre d'Algérie et de la présence
des français en Afrique du Nord.
- Recherche de la voie pacifique, de la négociation, comme
moyen privilégié de la décolonisation.
- Non-ingérence dans les affaires intérieures d'un État.
- Non-alignement par rapport à l'un ou l'autre bloc (refus
de s'appuyer sur Moscou ou sur les États-Unis). C'est le principe
du neutralisme au nom de la coexistence pacifique.
La conférence de Bandung marque l'émergence du "Tiers
Monde" (_expression d'Alfred Sauvy). La conférence de
Bandung marque aussi la naissance d'un "troisième bloc"
à côté du monde soviétique et du monde
pro-occidental. Elle encourage la décolonisation de l'Afrique.
Mais la conférence échoue à fédérer
les nations présentes autour d'une cause commune. Le Tiers-Monde
est divisé :
- Les non-alignés : seuls l'Égypte de Nasser et l'Inde
de Nehru se prononcent pour un non-alignement.
- Les pro-occidentaux (Pakistan, Turquie).
- Les pro-soviétiques (Vietnam Nord et Chine).
L' « Appel de Bamako »
I.- INTRODUCTION
L'expérience de plus de 5 années de convergences mondiales
des résistances au néolibéralisme a permis de
créer une nouvelle conscience collective. Les Forums sociaux
mondiaux, thématiques, continentaux et nationaux et l'Assemblée
des mouvements sociaux en furent les principaux artisans. Réunis
à Bamako le 18 janvier 2006, veille de l'ouverture du Forum
social mondial polycentrique, les participants à cette Journée
consacrée au 50e anniversaire de Bandung ont exprimé
leur préoccupation de définir d'autres objectifs du
développement, de créer un équilibre des sociétés
abolissant l'exploitation de classe, de genre, de race et de caste
et de tracer la voie d'un nouveau rapport de forces entre le Sud et
le Nord.
L'appel de Bamako se veut une contribution à l'émergence
d'un nouveau sujet populaire historique et à consolidation
des acquis de ces rencontres : le principe du droit à la vie
pour tous ; les grandes orientations d'un vivre ensemble dans la paix,
la justice et la diversité ; les manières de réaliser
ces objectifs au plan local et à l'échelle de l'humanité.
Pour qu'un sujet historique naisse - populaire, pluriel et multipolaire
- il faut définir et promouvoir des alternatives capables de
mobiliser des forces sociales et politiques. La transformation radicale
du système capitaliste en est l'objectif. Sa destruction de
la planète et de millions d'êtres humains, la culture
individualiste de consommation qui l'accompagne et le nourrit et son
imposition par des forces impérialistes, ne sont plus acceptables,
car il y va de la vie même de l'humanité. De telles alternatives
doivent s'appuyer sur la longue tradition des résistances populaires
et prendre aussi en compte les petits pas indispensables à
la vie quotidienne des victimes.
L'Appel de Bamako, construit autour de grands thèmes discutés
en commissions, affirme la volonté de :
(i) construire l'internationalisme des peuples du Sud et du Nord face
aux ravages engendrés par la dictature des marchés financiers
et par le déploiement mondialisé incontrôlé
des transnationales ;
(ii) construire la solidarité des peuples d'Asie, d'Afrique,
d'Europe et des Amériques face aux défis du développement
au XXIe siècle ;
(iii) construire un consensus politique, économique et culturel
alternatif à la mondialisation néo-libérale et
militarisée et à l'hégémonisme des USA
et de leurs alliés.
II.- LES PRINCIPES
1.- Construire un monde fondé sur la solidarité des
êtres humains et des peuples
Notre époque est dominée par l'imposition de la concurrence
entre les travailleurs, les nations et les peuples. Pourtant le principe
de la solidarité a rempli dans l'histoire des fonctions autrement
plus constructives pour l'organisation efficace des productions matérielles
et intellectuelles. Nous voulons donner à ce principe la place
qui lui revient et relativiser celle de la concurrence.
2.- Construire un monde fondé sur l'affirmation pleine et
entière des citoyens et l'égalité des sexes
Le citoyen doit devenir le responsable en dernier ressort de la gestion
de tous les aspects de la vie sociale, politique, économique,
culturelle. C'est la condition d'une démocratisation authentique.
A défaut, l'être humain est réduit aux statuts
juxtaposés de porteur d'une force de travail, de spectateur
impuissant face aux décisions des pouvoirs, de consommateur
encouragé aux pires gaspillages. L'affirmation, en droit et
en fait, de l'égalité absolue des sexes est une part
intégrante de la démocratie authentique. L'une des conditions
de cette dernière est l'éradication de toutes les formes
avouées ou sournoises du patriarcat.
3.- Construire une civilisation universelle offrant à la diversité
dans tous les domaines son plein potentiel de déploiement créateur
Pour le néo-libéralisme, l'affirmation de l'individu
- non pas du citoyen - permettrait l'épanouissement des meilleures
qualités humaines. L'isolement insupportable que la compétence
impose à cet individu dans le système capitaliste produit
son antidote illusoire : l'enfermement dans les ghettos de prétendues
identités communautaires, le plus souvent de type para-ethnique
et/ou parareligieux. Nous voulons construire une civilisation universelle
qui regarde l'avenir sans nostalgie passéiste. Dans cette construction,
la diversité politique citoyenne, et celle des différences
culturelles et politiques des nations et des peuples, devient le moyen
de donner aux individus des capacités renforcées de
déploiement créateur.
4.- Construire la socialisation par la démocratie
Les politiques néolibérales veulent imposer un seul
mode de socialisation par le marché, dont pourtant les effets
destructeurs pour la majorité des êtres humains n'ont
plus à être démontrés. Le monde que nous
voulons conçoit la socialisation comme le produit principal
d'une démocratisation sans rivages. Dans ce cadre, où
le marché a sa place, mais pas toute la place, l'économie
et la finance doivent être mises au service d'un projet de société
et non pas être soumis unilatéralement aux exigences
d'un déploiement incontrôlé des initiatives du
capital dominant qui favorise les intérêts particuliers
d'une infime minorité. La démocratie radicale que nous
voulons promouvoir restitue tous ses droits à l'imaginaire
inventif de l'innovation politique. Elle fonde la vie sociale sur
la diversité inlassablement produite et reproduite, et non
sur le consensus manipulé qui efface les débats de fond
et enferme les dissidents dans des ghettos.
5.- Construire un monde fondé sur la reconnaissance du statut
non marchand de la nature et des ressources de la Planète,
des terres agricoles
Le modèle capitaliste néo-libéral assigne l'objectif
de soumettre tous les aspects de la vie sociale, presque sans exception,
au statut de marchandise. La privatisation et la marchandisation à
outrance entraînent des effets dévastateurs sans précédents
: la destruction de la biodiversité, la menace écologique,
le gaspillage des ressources renouvelables ou non (pétrole
et eau en particulier), l'anéantissement des sociétés
paysannes menacées d'expulsions massives de leurs terres. Tous
ces domaines doivent être gérés comme autant de
biens communs de l'humanité. Dans ces domaines, la décision
ne relève pas du marché pour l'essentiel, mais des pouvoirs
politiques des nations et des peuples.
6.- Construire un monde fondé sur la reconnaissance du statut
non marchand des produits culturels et des connaissances scientifiques,
de l'éducation et de la santé
Les politiques néolibérales conduisent à la marchandisation
des produits culturels et à la privatisation des grands services
sociaux, notamment de l'éducation et de la santé. Cette
option entraîne la production en masse de produits para-culturels
de basse qualité, la soumission de la recherche aux priorités
exclusives de la rentabilité à court terme, la dégradation
- voire l'exclusion - de l'éducation et de la santé
pour les classes populaires. Le renouvellement et l'élargissement
des services publics doivent être guidés par l'objectif
de renforcer la satisfaction des besoins et les droits essentiels
à l'éducation, la santé et l'alimentation.
7.- Promouvoir des politiques qui associent étroitement la
démocratisation sans limite définie à l'avance,
le progrès social et l'affirmation de l'autonomie des nations
et des peuples
Les politiques néo-libérales nient les exigences spécifiques
du progrès social - qu'on prétend produit spontanément
par l'expansion des marchés - comme de l'autonomie des nations
et des peuples, nécessaire à la correction des inégalités.
Dans ces conditions, la démocratie est vidée de tout
contenu effectif, vulnérabilisée et fragilisée
à l'extrême. Affirmer l'objectif d'une démocratie
authentique exige de donner au progrès social sa place déterminante
dans la gestion de tous les aspects de la vie sociale, politique,
économique et culturelle. La diversité des nations et
des peuples, produite par l'histoire, dans ses aspects positifs comme
dans les inégalités qui l'accompagnent, exige l'affirmation
de leur autonomie. Il n'existe pas de recette unique dans les domaines
politique ou économique qui permettrait de faire l'impasse
sur cette autonomie. L'objectif de l'égalité à
construire passe par la diversité des moyens à mettre
en ¦uvre.
8.- Affirmer la solidarité des peuples du Nord et du Sud dans
la construction d'un internationalisme sur une base anti-impérialiste
La solidarité de tous les peuples - du Nord et du Sud - dans
la construction de la civilisation universelle ne peut être
fondée ni sur l'assistance ni sur l'affirmation qu'étant
tous embarqués sur la planète, il serait possible de
négliger les conflits d'intérêts opposant les
différentes classes et nations constituant le monde réel.
Cette solidarité passe par le dépassement des lois et
valeurs du capitalisme et de l'impérialisme qui lui est inhérent.
Les organisations régionales de la mondialisation alternative
doivent s'inscrire dans la perspective du renforcement de l'autonomie
et de la solidarité des nations et des peuples sur les cinq
continents. Cette perspective contraste avec celle des modèles
dominants actuels de régionalisation, conçus comme autant
de blocs constitutifs de la mondialisation néo-libérale.
Cinquante ans après Bandung, l'Appel de Bamako exprime aussi
l'exigence d'un Bandung des peuples du Sud, victimes du déploiement
de la mondialisation capitaliste réellement existante, de la
reconstruction d'un front du Sud capable de mettre en échec
l'impérialisme des puissances économiques dominantes
et l'hégémonisme militaire des USA. Ce front anti-impérialiste
n'oppose pas les peuples du Sud à ceux du Nord. Au contraire,
il constitue le socle de la construction d'un internationalisme global
les associant tous dans la construction d'une civilisation commune
dans sa diversité.
III.- OBJECTIFS A LONG TERME ET PROPOSITIONS POUR L'ACTION IMMEDIATE
Pour passer de la conscience collective à la construction d'acteurs
collectifs, populaires, pluriels et multipolaires, il a toujours été
nécessaire d'identifier des thèmes précis pour
formuler des stratégies et propositions concrètes. Ces
thèmes de l'Appel de Bamako couvrent les 10 domaines suivants,
en fonction d'objectifs à long terme et de propositions d'action
immédiate.
Ces thèmes de l'Appel de Bamako, présentés plus
en détail ci-dessous, se recoupent, sans toutefois se recouvrir
totalement, les interconnexions entre eux étant multiples.
Ils couvrent les dix domaines suivants, en fonction d'objectifs à
long terme et de propositions d'action immédiate : l'organisation
politique de la mondialisation ; l'organisation économique
du système mondial ; l'avenir des sociétés paysannes
; la construction du front uni des travailleurs ; les régionalisations
au service des peuples ; la gestion démocratique des sociétés
; l'égalité des sexes ; la gestion des ressources de
la planète ; la gestion démocratique des médias
et de la diversité culturelle ; la démocratisation des
organisations internationales.
L'appel de Bamako est une invitation à toutes les organisations
de lutte représentatives des vastes majorités que constituent
les classes travailleuses et les exclus du système capitaliste
néo-libéral, ainsi qu'à toutes les personnes
et forces politiques qui adhèrent à ces principes, d'¦uvrer
ensemble pour parvenir à la mise en ¦uvre effective
de ces objectifs.
PROPOSITIONS DE L'APPEL DE BAMAKO
La constitution de synergies et de solidarités au-delà
des frontières géographiques et sectorielles est la
seule manière d'agir dans un monde globalisé et de déboucher
sur des alternatives. Des groupes de travail continueront au cours
de cette année d'approfondir et de concrétiser les thèmes
abordés ci-dessous, pour à nouveau faire le point lors
d'une nouvelle rencontre et de proposer des priorités stratégiques
d'action.
1.- Pour un système mondial multipolaire fondé sur
la paix, le droit et la négociation
Pour penser un système mondial multipolaire authentique qui
rejette le contrôle de la planète par les USA d'Amérique
et garantisse l'ensemble des droits des citoyens et des peuples à
disposer de leurs destinées, il est nécessaire :
1) de renforcer le mouvement de contestation contre la guerre et les
occupations militaires, ainsi que la solidarité avec les peuples
en lutte dans les points chauds de la planète. A cet égard,
il serait très important que la manifestation mondiale contre
la guerre en Irak et la présence militaire de l'Afghanistan
prévue les 18 et 19 mars 2006, soit articulée avec :
- l'interdiction de l'usage et de la fabrication des armes nucléaires
et la destruction de tous les arsenaux existants ;
- le démantèlement de toutes les bases militaires hors
du territoire national, notamment celle de Guantanamo ;
- la fermeture immédiate de toutes les prisons de la CIA.
2) de refuser les interventions de l'OTAN hors d'Europe et d'exiger
que les partenaires européens se dissocient des guerres préventives
états-uniennes, tout en engageant une campagne destinée
à sa dissolution.
3) de réaffirmer la solidarité avec le peuple de Palestine
qui symbolise la résistance à l'apartheid mondial exprimé
par le mur établissant la fracture entre « civilisation
» et « barbarie ». A cet effet, le renforcement
des campagnes pour exiger la démolition du mur de la honte
et le retrait des troupes israéliennes des territoires occupés
apparaît comme prioritaire.
4) d'élargir les campagnes de solidarité avec le Venezuela
et la Bolivie, en tant que lieux de construction d'alternatives au
néo-libéralisme et d'artisans d'une intégration
latino-ususaméricaine.
Au-delà de ces campagnes, pourraient être envisagés
:
- la constitution d'un réseau de chercheurs, travaillant en
liaison étroite avec des associations de militants agissant
au niveau local, à la construction de bases de données
actualisées et exhaustives relatives aux bases militaires des
USA et de l'OTAN. Une information précise sur ces questions
militaires et stratégiques permettrait d'accroître l'efficacité
des campagnes menées pour leur démantèlement
;
- la création d'un Observatoire « Imperialism Watch
» qui dénoncerait non seulement les guerres et leur propagande,
mais aussi toutes les man¦uvres et pressions, économiques
et autres, exercées sur les peuples ;
- la création d'un réseau anti-impérialiste mondial
qui coordonnerait l'ensemble des mobilisations à travers la
planète.
2.- Pour une réorganisation économique du système
mondial
Dans la perspective d'une stratégie d'action pour transformer
le système économique mondial, il est nécessaire
de :
1) renforcer les campagnes de protestation contre les règles
actuelles de fonctionnement de l'Organisation mondiale du Commerce
(OMC) et pour la définition de règles alternatives (pour
la sortie de l'OMC de l'agriculture, des services, de la propriété
intellectuelleŠ).
2) créer des groupes de travail, en relation avec les associations
et mouvements sociaux ayant déjà entrepris ce travail
de longue date, pour établir, de la manière la plus
sérieuse et exhaustive que possible, un état des lieux
des propositions de mesures alternatives dans les domaines économiques
les plus fondamentaux :
- l'organisation des transferts de capitaux et de technologies ;
- la proposition de régulations (« codes d'investissements
» par exemple) précisant les droits des nations et des
travailleurs ;
- l'organisation du système monétaire : contrôle
des flux de capitaux (en particulier spéculatifs), suppression
des paradis fiscaux, édification de systèmes régionaux
de gestion des changes et leur articulation dans un système
mondial rénové (remise en question du FMI et de la Banque
mondiale, retour au principe de la primauté du droit des nations
à définir leur système économique, abolition
des entraves imposées par les décisions non négociées
des organisations internationalesŠ) ;
- l'élaboration d'une véritable législation concernant
les dettes extérieures (exiger des Etats des audits permettant
d'identifier les dettes odieuses) et le renforcement de la mobilisation,
à très court terme, pour l'annulation de dette du Tiers
Monde ;
- les réformes des services sociaux et de leur financement
: éducation, santé, recherche, retraitesŠ
3) créer des groupes de chercheurs spécialisés
pour suivre les évolutions des mouvements de capitaux et des
mécanismes de dépendance du capital financier national
vis-à-vis du capital financier international.
4) créer des groupes de travail, avec site Internet et groupes
de discussions, par pays et région, pour l'étude des
structures de propriété du capital et des mécanismes
de fonctionnement du capitalisme dans chaque pays et dans ses rapports
avec le système financier international.
5) créer des lieux de formation de journalistes pour les informer
sur les mécanismes complexes de la mondialisation néo-libérale.
6) mettre en contact, sous la forme de sites Internet connectés,
les différentes associations d'économistes progressistes
et militants engagés dans la recherche d'alternatives à
la mondialisation néo-libérale dans chaque région
du monde (Asie, Afrique, Amérique latine, Océanie, Europe,
Amérique du Nord).
3.- Pour des régionalisations au service des peuples et qui
renforcent le Sud dans les négociations globales
Partant du constat que le libre-échange, en favorisant les
plus forts, est l'ennemi de l'intégration régionale
et que cette dernière ne peut pas être réalisée
selon ses règles, il est nécessaire de dégager
les conditions d'une coopération alternative au sein de chaque
grande région, comme aussi celles du renouveau de la Tricontinentale,
en liaison étroite avec l'action des mouvements sociaux.
- En Amérique latine, face aux agressions des multinationales,
les travailleurs ont inscrit la question de l'intégration régionale
dans une perspective nouvelle, fondée sur des avantages coopératifs,
et non plus sur des avantages comparatifs. Tel est le cas des expériences
alternatives de coopération au Sud en matières de pétrole
(Petrocaribe), de réduction de la dette (rachat de dettes entre
pays du Sud) ou d'éducation et de santé (médecins
cubains), par exemple. Ce sont des principes politiques qui doivent
fonder cette coopération destinée à favoriser
la croissance et la solidarité dans tous les pays, et non plus
les règles imposées par l'OMC.
- En Afrique, l'aspiration à l'unité est très
présente, de même que la conscience de l'impossibilité
d'une résistance ou d'un développement isolés
face aux pressions de la mondialisation néo-libérale.
Les institutions d'intégration, nombreuses, y sont cependant
inefficaces, et les plus actives sont celles héritées
des périodes de la colonisation et de l'apartheid. L'Union
africaine et son programme économique et social (NEPAD) n'intègrent
aucune idée de résistance collective. C'est dans ce
contexte que les sociétés civiles doivent prendre conscience
la nécessité de dépasser leurs divisions. Pour
les pays nord-africains des pourtours méditerranéens,
les accords Euro-Méditerranée constituent un exemple
supplémentaire de régionalisation menée aux dépends
du Sud.
- En Asie, pour faire face à la mondialisation néo-libérale,
et malgré les difficultés, des initiatives populaires
pour une autre intégration régionale, réunissant
nombre d'organisations des sociétés civiles, d'ONG,
etc., se sont mis en marche dans la plupart des pays, aboutissant
notamment à l'élaboration d'une charte populaire visant
au renforcement de la coopération dans les échanges.
En conséquence, il paraît opportun de recommander, au-delà
de l'intensification des campagnes contre les guerres et les menaces
de guerres, les propositions suivantes :
1) pour l'Amérique latine : élargir les campagnes de
soutien à l'ALBA, pour mettre définitivement en échec
la stratégie états-unienne de l'ALCA, promouvoir l'indépendance
et le développement dans la justice et l'équité
entre les peuples et construire une intégration fondée
sur la coopération et la solidarité qui sache s'adapter
aux spécificités de ces derniers ; mobiliser les mouvements
sociaux pour un élargissement et un approfondissement des processus
d'intégration alternative, de type Petrocaribe ou Telesur ;
promouvoir les échanges répondant à une logique
coopérative ; et renforcer les articulations des actions organisations
sociales et politiques pour mettre en ¦uvre ces recommandations.
2) pour l'Afrique : sensibiliser les mouvements des sociétés
civiles sur la nécessité de formuler des propositions
alternatives dans les initiatives africaines ; prendre en compte la
nécessité d'articuler les actions entreprises aux niveaux
régional et national ; lancer des campagnes pour la paix pour
mettre fin aux conflits existants ou prévenir les risques de
nouveaux conflits ; se départir de conceptions de l'intégration,
fondée sur la race ou la culture.
3) pour l'Asie : contrecarrer l'expansion et la compétition
du capital entre pays et renforcer la solidarité entre classes
laborieuses des différents pays ; promouvoir le circuit local
entre production et consommation ; promouvoir les sciences pour la
reconstruction rurale.
Pour être efficace, la coopération entre pays du Sud
doit exprimer la solidarité des peuples et des gouvernements
qui résistent au néo-libéralisme et cherchent
des alternatives dans la perspective d'un système mondial multipolaire.
4.- Pour la gestion démocratique des ressources naturelles
de la planète
Le concept de « ressources naturelles » doit être
subordonné à celui du vivant, et donc du droit à
la vie, afin d'arrêter la dévastation et la déprédation
de la planète. Il s'agit donc d'un principe vital et non d'une
simple gestion des ressources naturelles. Ces dernières ne
peuvent être utilisées au-delà de leur capacité
de renouvellement, en les ajustant selon chaque pays. Des critères
de leur utilisation doivent être définis pour garantir
le développement et préserver la biodiversité
et les écosystèmes. Il faut donc encourager le développement
de substituts aux ressources non renouvelables. La marchandisation
de la vie (commodification of life) se traduit par des guerres pour
le pétrole, l'eau, etc. L'agrobusiness privilégie la
culture de rente sur la culture de subsistance tout en imposant des
modalités techniques qui produisent dépendances et destruction
de l'environnement (contrats d'exploitation pour imposer certains
matériels, engrais et semences comme les OGM).
Concrètement, deux niveaux d'actions sur l'environnement doivent
être combinées : micro et macro. Au niveau macro, qui
concerne les États, il serait souhaitable qu'un cadre interétatique
de concertation multilatéral ait des moyens d'actions et de
pression politique sur les États pour prendre des mesures globales.
Le niveau micro concerne quant à lui les actions locales ou
régionales, où la société civile a un
rôle important à jouer, notamment pour diffuser l'information
et changer les pratiques afin d'économiser les ressources et
protéger l'environnement. Le niveau local doit être renforcé,
les décisions étant trop souvent pensées au seul
niveau macro.
Les actions suivantes pourraient en résulter :
1) constituer un tribunal international chargé de juger les
crimes écologiques : les pays du Nord et leurs relais locaux
pourraient alors être condamnés à payer des réparations
aux pays du Sud (dettes écologiques) ;
2) rendre illégaux les contrats imposant une dépendance
entre agriculteurs et fournisseurs de semences, et qui conduisent
à l'esclavage technologique et à la destruction de la
biodiversité ;
3) abolir les « droits à polluer » (pollution rights)
et leur marché et obliger les pays riches à diminuer
leur taux de production de dioxyde de carbone (5,6 tonnes par an et
par personne pour les États-Unis) pour permettre aux pays pauvres
(0,7 tonnes par an et par personne pour les pays hors G8) de s'industrialiser
;
4) interdire que les grands barrages, dans la mesure où ils
sont vraiment nécessaires, soient construits sans compensation
pour les populations déplacées (réfugiés
économiques) ;
5) protéger les ressources biologiques et génétiques
des brevets du Nord et qui appauvrissent les pays du Sud, qui constituent
un vol de type colonial ;
6) combattre la privatisation de l'eau, telle que promue par la Banque
Mondiale, même sous sa forme de partenariat privé-public
(PPP, private-public partnership) et garantir une quantité
minimum d'eau par personne dans le respect du rythme de renouvellement
des nappes phréatiques ;
7) créer un Observatoire de l'Environnement (Ecologic Watch)
susceptible de dénoncer et de réagir aux agressions
caractérisées contre l'environnement.
5.- Pour un avenir meilleur des agricultures paysannes
Dans le domaine de l'agriculture paysanne, il existe d'abord des objectifs
à moyen et long termes, liés à la souveraineté
alimentaire et qui se situent à la fois aux niveaux national,
international, multilatéral (celui de l'OMC) et bilatéral
(Accords de partenariat économique [APE], négociés
entre les pays ACP et l'Union européenne). Ensuite, au niveau
national, cela concerne aussi bien la politique des prix et marchés
agricoles que la politique des structures, l'accès des agriculteurs
aux moyens de production et d'abord à la terre. A très
court terme, en 2006, il s'agit de faire échouer la finalisation
du Doha Round, ce qui facilitera le refus de conclure les Accords
de partenariat économique. A cet effet, les propositions portent
sur deux axes : les moyens pour imposer la souveraineté alimentaire
à moyen terme, et comme préalable la mise en échec
du Doha Round et les Accords de partenariat économique.
1) Propositions pour imposer la souveraineté alimentaire :
La souveraineté alimentaire est le droit qui doit être
reconnu à chaque État (ou groupe d'États) de
définir sa politique agricole intérieure et le type
d'insertion qu'il souhaite dans le marché mondial, avec le
droit de se protéger efficacement à l'importation et
de subventionner ses agriculteurs à condition de s'interdire
toute exportation de produits agricoles à un prix inférieur
au coût de production total moyen sans subventions directes
ou indirectes (en amont ou en aval). Elle est le bras de levier devant
permettre à tous les pays de recouvrer leur souveraineté
nationale dans tous les domaines. C'est aussi un outil de promotion
de la démocratie puisqu'elle nécessite d'impliquer fortement
les différents acteurs des filières agroalimentaires
à la définition de ses objectifs et moyens, en commençant
par les agriculteurs familiaux. Elle implique donc des actions de
régulation aux niveaux national, sous-régional et international.
- Au niveau national :
Les États doivent garantir l'accès des exploitations
paysannes aux ressources productives, et d'abord à la terre.
Il faut arrêter de promouvoir l'agriculture d'agrobusiness avec
accaparement de terres par les bourgeoisies nationales (dont fonctionnaires)
et les firmes transnationales au détriment des exploitations
paysannes. Cela implique de faciliter les investissements des exploitations
familiales et de transformer les produits locaux pour les rendre plus
attractifs aux consommateurs. L'accès à la terre de
tous les paysans du monde doit être reconnu comme un droit fondamental.
Sa mise en ¦uvre exige des réformes adéquates
des systèmes fonciers et parfois des réformes agraires.
Pour faire partager l'objectif de la souveraineté alimentaire
aux consommateurs urbains - condition indispensable pour que les gouvernements
s'y engagent -, trois types d'actions sont à mener :
- encadrer l'action des commerçants qui pénalise les
agriculteurs et consommateurs.
- faire des campagnes de sensibilisation des consommateurs sur le
tort immense fait à l'agriculture et à toute l'économie
par la dépendance des produits importés, qui sont pratiquement
les seuls vendus, par exemple dans les supermarchés d'Afrique
de l'Ouest.
- relever progressivement les prix agricoles par la hausse des droits
à l'importation pour ne pas pénaliser les consommateurs
au pouvoir d'achat très limité. Cela doit s'accompagner
de la distribution à ceux-ci de coupons d'achat au prix ancien
des produits alimentaires locaux, à l'image de ce qui se fait
aux États-Unis, en Inde et au Brésil, et cela en attendant
que les gains de productivité des agriculteurs aient fait baisser
leurs coûts de production unitaires, leur permettant de baisser
leurs prix de vente aux consommateurs.
- Au niveau sous-régional :
Pour que les États puissent recouvrer leur pleine souveraineté,
et d'abord la souveraineté alimentaire, l'intégration
politique régionale s'avère incontournable pour les
petits pays du Sud. A cet effet, il faut réformer les institutions
régionales actuelles, notamment, en Afrique, l'UEMOA et la
CEDEAO, trop dépendantes de ces diverses méga-puissances.
- Au niveau international :
Faire pression pour que les Nations unies reconnaissent la souveraineté
alimentaire comme un droit fondamental des États indispensable
pour mettre en ¦uvre le droit à l'alimentation défini
par la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948
et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels de 1996. A ce niveau, quatre instruments de régulation
des échanges agricoles internationaux sont à instaurer
pour rendre la souveraineté alimentaire effective :
- Une protection efficace à l'importation, c'est-à-dire
fondée sur des prélèvements variables garantissant
un prix d'entrée fixe de manière à garantir des
prix agricoles intérieurs minima sécurisant les investissements
des agriculteurs et les prêts des banques, les droits de douane
étant insuffisamment protecteurs face à des prix mondiaux
fortement fluctuants, fluctuation aggravée par celle des taux
de change.
- L'élimination de toutes les formes de dumping, en interdisant
toute exportation au dessous du coût de production total moyen
du pays sans subventions directes ou indirectes.
- Des mécanismes de coordination internationale de la maîtrise
de l'offre, de manière à éviter des surproductions
structurelles et à minimiser les surproductions conjoncturelles
qui font s'effondrer les prix agricoles.
- La nécessité de sortir l'agriculture de l'OMC en confiant
la régulation internationale des échanges agricoles
à une institution des Nations Unies qui pourrait être
la FAO. En particulier en réformant son organisation sur le
modèle tripartite de l'OIT (Organisation internationale du
travail), ce qui associerait à la régulation les représentants
des syndicats agricoles (FIPA et Via Campesina) à côté
de représentants des firmes agroalimentaires (qui agissent
déjà dans l'ombre sur les gouvernements négociant
à l'OMC) et des États.
2) Propositions à court terme pour mettre en échec
le Doha Round et les Accords de partenariat économique :
Un enseignement majeur de la Conférence ministérielle
de l'OMC à Hong Kong est que le Brésil et l'Inde, et
avec eux le G-20, se sont distancés des intérêts
des populations du Tiers Monde et se sont révélés
des promoteurs les plus déterminés de la mondialisation
néo-libérale. Puisque le Doha Round est un « paquet
global » (single undertaking), il y a moyen de le mettre en
échec. La société civile internationale, et d'abord
les organisations paysannes du Nord et du Sud, pourront dans une campagne
médiatique, montrer que ces subventions (particulièrement
de la « boîte verte »), sont un instrument de dumping
bien plus considérable que les subventions explicites à
l'exportation, et le seront encore plus à partir de 2014 lorsque
les premières auront été éliminées.
6.- Pour la construction du front uni des travailleurs
Deux des armes principales entre les mains de travailleurs sont le
droit de vote et le droit de constituer des syndicats. La démocratie
et les syndicats, jusqu'à présent, ont été
construits principalement sur une base nationale. Cependant, la mondialisation
néo-libérale est un défi pour les travailleurs
du monde entier et le capitalisme mondialisé ne peut être
affronté uniquement au niveau national. Aujourd'hui, la tache
est double : renforcer le niveau national et simultanément
mondialiser la démocratie et réorganiser une classe
ouvrière mondiale.
Le chômage massif et le caractère croissant du travail
informel sont une autre raison majeure pour repenser les organisations
existantes des classes travailleuses. Une stratégie mondiale
du travail doit considérer non seulement la situation des ouvriers
au travail munis de contrats stables. L'emploi hors des secteurs formels
concerne une partie croissante des travailleurs, même dans les
pays industrialisés. Dans la plupart des pays du Sud, les travailleurs
du secteur non formel - travailleurs avec des emplois temporaires,
travailleurs des secteurs informels ; auto-emplois, les chômeurs,
les vendeurs de rue, ceux qui vendent leurs propres services -, forment
ensemble la majorité des classes travailleuses. Ces groupes
sont en croissance dans la plupart des pays du Sud à cause
d'un chômage élevé et du double processus, d'une
part la raréfaction et l'informalisation des emplois garantis
et d'autre part l'exode rural continu. La tâche la plus importante
sera pour les travailleurs hors du secteur formel de s'organiser et
pour les syndicats traditionnels de s'ouvrir afin de réaliser
une action commune.
Les syndicats traditionnels éprouvent des difficultés
à répondre à ce défi. Toutes les organisations
des travailleurs hors secteurs formels ne seront pas nécessairement
des syndicats, ou organisations similaires et les syndicats traditionnels
devront aussi se transformer. De nouvelles perspectives de construire
ensemble, fondés sur des liens horizontaux et le respect mutuel,
doivent se développer entre les syndicats traditionnels et
les nouveaux mouvements sociaux. A cet effet, les propositions suivantes
sont soumises à considération :
1) Une ouverture des syndicats vers une collaboration avec les autres
mouvements sociaux sans essayer de les subordonner à la structure
syndicale traditionnelle ou à un parti politique spécifique.
2) La constitution de structures syndicales effectivement transnationales
afin de faire face aux employeurs transnationaux. Ces structures syndicales
devraient avoir en même temps une capacité de négociation
et un mandat d'organiser des actions communes au-delà des frontières
nationales. A cet effet, un pas important serait d'organiser des structures
syndicales fortes au sein de certaines transnationales. Ces dernières
possèdent un réseau de production complexe et sont souvent
très sensibles à toute rupture dans les chaînes
de production et de distribution, ce qui indique vulnérabilité.
Quelques succès dans les combats contre les transnationales
pourraient avoir un impact réel sur les rapports de forces
mondiaux entre capital et travail.
3) Le développement technologique et le changement structurel
sont nécessaires pour améliorer les conditions de vie
et éradiquer la pauvreté, mais les relocalisations de
production ne sont pas aujourd'hui réalisées dans l'intérêt
des travailleurs, sinon selon une logique exclusive de profit. Il
est nécessaire de promouvoir une amélioration graduelle
des salaires et des conditions de travail, une production locale croissant
avec la demande locale et un système de négociation
pour les relocalisations en tant qu'alternatives à la logique
du profit et du libre-échange. Ces relocalisations pourraient
faire partie de négociation transnationales, afin d'éviter
que les travailleurs des différents pays soient forcés
d'entrer en concurrence les uns avec les autres dans une lutte implacable.
4) Considérer les droits des travailleurs migrants comme une
préoccupation de base pour les syndicats en assurant que la
solidarité entre travailleurs ne soit pas liée à
leur origine nationale. En effet, la ségrégation et
la discrimination, que ce soit sur des bases ethniques ou autres,
sont des menaces pour la solidarité de la classe travailleuse.
5) Veiller à ce que l'organisation transnationale future de
la classe travailleuse ne soit pas conçue comme une structure
unique, hiérarchique et pyramidale, mais bien comme une variété
de différents types d'organisations, et une structure en réseau
avec de nombreux liens horizontaux.
6) Promouvoir un front du travail réorganisé dans des
structures couvrant aussi les travailleurs hors du secteur formel
dans le monde entier, capable en action coordonnée d'affronter
efficacement le capitalisme mondialisé.
Seul un tel mouvement global mondial et renouvelé des travailleurs,
agissant ensemble avec d'autres mouvements sociaux pourra transformer
le monde présent et créer un ordre mondial fondé
sur la solidarité plutôt que sur la concurrence.
7.- Pour une démocratisation des sociétés devant
permettre un plein développement humain
Les forces progressistes doivent se réapproprier le concept
de démocratie, car une société alternative, socialiste,
doit être pleinement démocratique. La démocratie
ne se décrète pas d'en haut. Elle est un processus de
transformation culturelle, car les personnes se transforment au travers
de leurs propres pratiques. Il est donc indispensable que les acteurs
des mouvements populaires et des gouvernements de gauche ou progressistes
comprennent qu'il faut créer des espaces d'une réelle
participation tant au niveau des lieux de travail qu'à celui
des lieux géographiques de vie. Sans la transformation des
personnes en acteurs protagonistes de leur histoire, on ne pourra
point résoudre les problèmes des peuples : santé,
alimentation, éducation, logementŠ. La chute des pays
socialistes d'Europe de l'Est a beaucoup à voir avec cette
absence de participation. Les citoyens de ces pays n'étaient
plus guère motivés à défendre des régimes
où ils étaient des observateurs et non des acteurs.
La lutte pour la démocratie doit aussi être liée
à la lutte pour l'éradication de la pauvreté
et de toutes les formes d'exclusion. En effet, si l'on veut résoudre
ces problèmes, il faut que le peuple devienne le sujet du pouvoir.
Cela implique la lutte contre la logique de profit du capital et de
mettre en place, dans les espaces que l'on peut conquérir,
une logique différente, humaniste et solidaire. Car, la seule
affirmation de la nécessité d'une société
alternative ne suffit plus et il est donc nécessaire de proposer
des initiatives populaires qui soient des alternatives au capitalisme
et qui cherchent à briser la logique marchande et les rapports
que cette dynamique impose.
Mais il s'agit aussi d'organiser des luttes qui ne se réduisent
pas à de simples revendications économiques, même
si ces dernières sont nécessaires, et qui proposent
un projet social alternatif, incluant de réels niveaux de pouvoir
et de démocratie, dépassant les formes actuelles de
la démocratie représentative, parlementaire, électoraliste.
Il est donc nécessaire de lutter pour un nouveau type de démocratie,
venant d'en bas, pour ceux d'en bas, par le biais des gouvernements
locaux, des communautés rurales, des fronts de travailleurs,
des citoyensŠ Cette pratique démocratique, solidaire,
sera la meilleure manière d'attirer de nouveaux secteurs sociaux
dans une lutte pour la société alternative pleinement
démocratique.
Afin de concrétiser les principes énoncés, les
grandes lignes suivantes sont proposées :
- Inscrire la démocratie dans l'ensemble des conditions qui
caractérisent les mouvements d'émancipation et de libération,
dans leur dimension individuelle et collective.
- Reconnaître que l'échec du soviétisme et des
régimes issus de la décolonisation résultent
en grande partie de leur déni des libertés et de leur
sous-estimation de la démocratie. L'élaboration d'alternatives
doit intégrer ce constat et donner une place prééminente
à la construction démocratique.
- Contester le double discours des puissances dominantes promptes
à donner des leçons de démocratie. Le cynisme
de l'impérialisme usaméricain est particulièrement
insupportable alors qu'ils se manifestent comme fauteurs de guerres,
de tortures, de violations de libertés. Pour autant, cela ne
saurait servir de prétexte à limiter les libertés
et l'exercice de la démocratie.
- Récuser la conception dominante de la démocratie avancée
par les USA et les puissances occidentales. La démocratie ne
peut être définie comme l'acceptation des règles
du marché et la subordination au marché mondial, d'élections
pluralistes contrôlées de l'extérieur et d'une
idéologie réductrice des droits de l'homme. Ce type
de démocratie consiste à imposer l'expansion de la marchandisation
en la liant arbitrairement à l'importance reconnue des élections
libres et du respect des droits. On ne fait pas alors que restreindre
la démocratie, on en pervertit le sens.
- Reconnaître qu'il existe une forte dialectique entre démocratie
politique et démocratie sociale, car une démocratie
politique est incomplète et ne peut durer si persistent les
inégalités et l'exploitation et l'injustice sociale.
Une démocratie sociale ne peut progresser sans lutte contre
l'oppression et les discriminations, tout en rappelant qu'aucune politique
sociale ne peut justifier l'absence de libertés et le non-respect
des droits fondamentaux.
- Affirmer que la démocratie nécessite une participation
effective et croissante de la population, des producteurs et des habitants.
Celle-ci implique une transparence dans les processus de décision
et dans les responsabilités et elle n'annule pas l'importance
de la démocratie représentative. Au contraire, elle
la complète et l'approfondit.
- Puisque la démocratie doit faciliter la lutte contre la pauvreté,
les inégalités, les injustices et les discriminations,
elle doit laisser une place stratégique aux pauvres et aux
opprimés, à leurs luttes et à leurs mouvements.
Dans ce sens la démocratie dans le fonctionnement de ces mouvements
concourre à leur pérennité et à leurs
succès.
- La démocratie dans le mouvement altermondialiste est une
indication de l'importance que le mouvement accorde à la démocratie
dans ses orientations. Elle implique un renouvellement de la culture
politique et de la culture d'organisation, une attention particulière
accordée à la question de l'autorité et de la
hiérarchie. A cet effet, une des propositions d'action immédiate
est de mener une campagne pour que les mouvements d'éducation
populaire fassent une place importante à l'éducation
citoyenne et à l'éducation à la démocratie
et que cette dimension soit présente dans l'enseignement. Rappelons,
en effet, que le mouvement altermondialiste est porteur d'un projet
foncièrement démocratique. Il revendique l'accès
pour tous aux droits fondamentaux. Il s'agit des droits civils et
politiques et notamment des droits à la libre organisation
et à la libre _expression qui sont les fondements des libertés
démocratiques. Il revendique aussi les droits économiques,
sociaux, culturels et environnementaux qui sont les fondements de
la démocratie sociale. Il revendique enfin les droits collectifs
et les droits des peuples à lutter contre l'oppression et contre
les violences qui leurs sont imposées. Il s'agit là
de la définition d'un programme de mise en ¦uvre de
la démocratie.
- Le mouvement altermondialiste reconnaît aussi l'importance
des services publics comme un des moyens essentiels de garantir l'accès
aux droits pour tous et l'égalité des droits. Il défend
les luttes des travailleurs et des usagers des services publics. Il
met en avant les propositions issues des mouvements de défense
des services publics, et notamment des services d'éducation
et de santé. Par exemple pour la santé l'accès
à une liste de médicaments gratuits et le refus des
monopoles, de la dictature des brevets et de la prétention
à breveter le vivant.
- La lutte pour la démocratie doit tenir compte des différents
niveaux d'intervention suivant les espaces. Nous en retiendrons cinq
: l'entreprise, la démocratie locale, la démocratie
nationale, les grandes régions, la démocratie mondiale.
Pour chacun de ces niveaux, à titre d'illustration, une action
peut être proposée. Le choix des priorités résultera
du débat stratégique.
1) La démocratie dans l'entreprise est une revendication majeure.
Elle implique la reconnaissance du pouvoir des travailleurs, des usagers
et des collectivités publiques territoriales et nationales.
Elle nécessité le refus de la dictature des actionnaires
et de la logique destructrice du capital financier. Elle débouche
sur le contrôle des décisions, et notamment des délocalisations.
La mise en valeur des formes innovantes d'auto-organisation et de
mutualisation est une des manières de revendiquer la pluralité
des formes de production et de refuser la fausse évidence de
l'efficacité de l'entreprise capitaliste privée. Le
mouvement pour la responsabilité sociale et environnementale
des entreprises présente un grand intérêt, malgré
les risques de récupération, à condition de déboucher
sur des normes publiques contraignantes dans le droit international.
2) La démocratie locale répond à la demande de
proximité et de participation. Elle repose sur des institutions
locales qui doivent garantir les services publics et qui augurent
d'une alternative au néo-libéralisme préférant
le niveau local et la satisfaction des besoins à l'ajustement
de toute la société au marché mondial. Elle permet
de renouveler la citoyenneté, notamment à travers celle
de résidence et de ses conséquences en termes de droits
de vote.
3) La démocratie nationale reste l'échelon stratégique.
Les questions des identités, des frontières, du respect
des droits des minorités, de la légitimité des
institutions participent aux fondements de la souveraineté
populaire. Les politiques publiques peuvent être des espaces
d'affrontement contre le néo-libéralisme. La redistribution
des richesses fondée sur la fiscalité est à défendre
et à étendre. Des mesures comme le revenu minimum et
la couverture sociale fondée sur la solidarité entre
générations ne sont pas réservées au pays
riches, mais découlent des conditions du partage entre rémunérations
du travail et profits spécifiques à chaque société.
4) Les grandes régions peuvent être aussi bien des vecteurs
de la mondialisation néo-libérale, comme dans l'Union
Européenne, que des contre-tendances et des lieux de résistance,
comme le montre les évolutions du Mercosur et la mise en échec
de l'ALCA. De ce point de vue, les forums sociaux continentaux ont
des enjeux considérables.
5) La démocratie mondiale est une perspective de réponse
à la mondialisation néo-libérale. Dans la situation
actuelle, les mobilisations prioritaires portées par le mouvement
altermondialiste sont : l'annulation de la dette, la remise en cause
fondamentale de l'OMC, la suppression des paradis fiscaux, la taxation
internationale et tout particulièrement celle du capital financier
(transferts de capitaux, profits des firmes transnationales, écotaxesŠ),
une réforme radicale des institutions financières internationales
(avec notamment le principe un pays, une voix), la réforme
des Nations unies dans le respect des droits des peuples et le refus
de la guerre préventive.
Il serait donc nécessaire de : se doter d'un Observatoire de
la Démocratie, qui soit en mesure de résister à
l'hégémonie des pays dominants, au premier rang desquels
les États-Unis, et à leur discours fallacieux sur la
démocratie ; encourager le contrôle citoyen ; promouvoir
les formes démocratiques inventées et mises en ¦uvre
par les mouvements sociaux et citoyens.
8.- Pour l'éradication de toutes les formes d'oppression,
d'exploitation et d'aliénation des femmes
Les formes du patriarcat sont multiples, comme ses liens avec l'impérialisme
et le néo-libéralisme. Il est important et nécessaire
d'en analyser l'impact sur les femmes. Le concept de patriarcat se
réfère à la domination du père/patriarche
et a servi à décrire un modèle familial dominé
par les hommes ayant autorité sur tous les autres membres de
la famille. Le modèle n'est certes pas universel, nombre de
sociétés africaines ayant été matrilinéaires
ou à régime dualiste, avec des lignages paternels et
utérins qui ont leurs rôles pour l'individu. Ce système
patriarcal s'est étendu avec l'essor des religions abrahamiques
et des idéologies et législations coloniales. Aujourd'hui,
le patriarcat désigne surtout la domination masculine, l'inégalité
entre les sexes au détriment des femmes et leurs multiples
formes de subordination. La famille qui socialise l'enfant reste le
lieu premier de la « domestication » des filles et des
femmes. Cette hiérarchisation des sexes est d'autant plus marquée
qu'elle est soutenue par des normes culturelles et des valeurs religieuses
menant à l'appropriation des capacités productives et
reproductives des femmes. L'État renforce ce pouvoir patriarcal
avec ses politiques et ses codes de la famille. Des discriminations
persistent dans les relations au sein de la sphère familiale,
dans l'éducation, dans l'accès aux ressources naturelles,
matérielles et financières, à l'emploi, dans
la participation au pouvoir politique, etc. Malgré une avancée
sensible des droits des femmes, la domination masculine s'inscrit
encore durablement avec
la « masculinisation » des institutions que reproduisent
les organisations néo-libérales.
L'analyse des rapports entre patriarcat et impérialisme et
le bilan, mitigé, des luttes des femmes contre ces systèmes
amène à proposer plusieurs actions :
1) Rompre avec la marginalisation de la question des femmes, qui aboutit
à un apartheid politique et scientifique. La question du genre
étant transversale, elle doit être prise en compte dans
toutes les recommandations.
2) Poursuivre le lobbying des organisations de la société
civile et de la classe politique, de façon à renforcer
l'alliance entre organisations féministes et forces progressistes
et inscrire dans leur agenda le plaidoyer en faveur des femmes, comprenant
:
- la lutte contre l'image de leur position d'infériorité
dans les discours sociaux, politiques, culturels et religieux de la
société globale ;
- le développement de l'éducation et de la formation
des femmes afin de briser l'internalisation de cette position d'infériorité
;
- la diffusion d'une meilleure conscience de leurs rôles actifs
dans la société ;
- l'incitation des hommes à s'interroger sur cette domination
masculine pour en déconstruire les mécanismes ;
- le renforcement des dispositions juridiques pour une égalité
effective entre les sexes ;
- l'accroissement de leur représentation dans les institutions
(parité).
3) Rendre visible l'histoire des femmes, leurs actions individuelles
et collectives, notamment :
- le projet d'attribution du prix Nobel de la Paix 2005 à Mille
femmes, institution mise sur pied par des associations de Hong Kong
;
- la campagne de Women say no to war contre la guerre en Irak ;
- diverses campagnes sur des sujets d'actualité ou des projets
de société.
4) Promouvoir le droit fondamental des femmes à disposer de
leur corps physique et mental, à contrôler elles-mêmes
les décisions relatives à leur choix de vie : éducation,
emploi, activités diverses, mais aussi sexualité et
fécondité (droit à la contraception, choix de
la fécondité, droit d'avortementŠ), le corps des
femmes étant le site d'oppressions et de violences de toutes
natures.
5) Soutenir la réflexion théorique, à partir
des expériences féminines, pour aller à l'encontre
de la domination masculine, et renforcer les perspectives des femmes
sur diverses questions affectant la société afin d'ouvrir
de nouveaux horizons pour la recherche et l'action, en matières
notamment de population, dans le prolongement de la Conférence
du Caire sur la population (1994), ou d'environnement, à la
suite du Sommet de la terre à Rio de Janeiro (1992), au cours
duquel les femmes ont exigé le droit de vivre dans un environnement
sain.
6) Développer les bases de données et un portail Internet
sur les rapports entre les femmes et l'impérialisme et le néo-libéralisme.
9.- Pour la gestion démocratique des médias et de la
diversité culturelle
1) Pour le droit à l'éducation :
En amont du droit à la culture, du droit à l'information
et du droit d'informer, se pose le problème fondamental du
droit à l'éducation. Ce droit, s'il est officiellement
reconnu partout, reste sans effectivité dans de nombreux pays,
et tout particulièrement pour les filles. C'est donc une tâche
prioritaire pour tous les mouvements sociaux que de faire pression
sur les gouvernements pour qu'ils remplissent leurs obligations les
plus élémentaires dans ce domaine.
2) Pour le droit à l'information et le droit d'informer :
- Initiatives en direction des grands médias
Le droit à l'information et le droit d'informer entrent en
contradiction avec la logique générale du système
médiatique. Par sa concentration croissante à l'échelle
mondiale, il est en effet non seulement partie prenante directe, et
bénéficiaire des mécanismes de la mondialisation
néo-libérale, mais également vecteur de son idéologie.
Il faut donc lutter pied à pied pour mettre des grains de sable
dans cette entreprise de « formatage » des esprits, qui
prétend faire accepter comme inévitable et même
souhaitable l'ordre néo-libéral. A cette fin, des campagnes
doivent être lancées dans chaque pays, dans le cadre
d'une coordination internationale :
- pour des initiatives législatives visant à lutter
contre la concentration des médias ;
- pour des initiatives législatives visant à garantir
l'autonomie des rédactions par rapport aux actionnaires et
propriétaires, en encourageant, là où elles n'existent
pas, la création de sociétés de journalistes,
et en leur donnant des pouvoirs réels ;
- pour l'éducation à la critique des médias dans
le système scolaire et dans les organisations populaires.
- Favoriser les médias alternatifs
Les médias alternatifs et à but non lucratif, sous toutes
leurs formes (papier, radio, télévision, Internet),
jouent déjà un rôle important pour une information
pluraliste et non soumise aux diktats de la finance et des multinationales.
C'est pourquoi il faut exiger des gouvernements que ces médias
bénéficient de conditions réglementaires et fiscales
privilégiées. Un Observatoire des Médias alternatifs
pourrait identifier les législations les plus avancées
existant actuellement dans le monde. A l'instar de ce que font les
propriétaires et directeurs des grands médias, il serait
utile d'organiser chaque année une rencontre des responsables
des médias alternatifs du monde entier, éventuellement
dans le cadre du processus des Forums sociaux mondiaux.
- Ne pas laisser le monopole des images du monde aux télévisions
du Nord. Les grandes chaînes de télévision internationale
du Nord, comme CNN, ont longtemps bénéficié d'un
monopole de fait et donné une vision du monde correspondant
aux intérêts des puissances dominantes. Dans le monde
arabe, la création d'Al-Jazeera a permis, avec un grand professionnalisme,
de rompre avec la vision unilatérale des conflits du Proche-Orient.
Le récent lancement de Telesur permet à l'Amérique
latine de ne plus se voir seulement à travers le prisme des
médias usaméricains. La création d'une chaîne
africaine répond à un besoin identique, et tous les
efforts doivent être déployés pour qu'elle voie
le jour.
3) Pour le droit de s'exprimer dans sa langue :
Pour toutes les élites off-shore de la planète, l'usage
de l'anglais est le premier des signes de reconnaissance. Il existe
un lien logique entre la soumission volontaire ou résignée
à l'hyper-puissance états-unienne et l'adoption de sa
langue comme unique outil de communication internationale. Or le chinois,
les langues romanes - si l'on promeut l'intercompréhension
au sein de la grande famille qu'elles forment - et demain l'arabe
ont tout autant vocation à jouer parallèlement ce rôle.
C'est affaire de volonté politique. Pour lutter contre le «
tout-anglais », les mesures suivantes devraient être encouragées
:
- Se donner comme objectif, dans les systèmes éducatifs,
et quand les conditions le permettent, d'enseigner deux langues étrangères
(et pas seulement l'anglais) pour des compétences actives et
passives (comprendre, parler, lire, écrire) et une ou deux
autres langues pour des compétences passives (lire et comprendre
oralement).
- Mettre en pratique, dans les systèmes éducatifs, les
méthodes d'intercompréhension des langues romanes (espagnol,
catalan, français, italien, portugais, roumain qui sont langues
officielles dans 60 pays). C'est quand chacun parle sa langue et comprend
celle de son interlocuteur que la communication est la plus efficace.
- Dans le cas spécifique de l'Afrique, faire de l'enseignement
et de la promotion des langues nationales une priorité politique
de l'Union africaine.
Créer un fonds international de soutien à la traduction
du maximum de documents dans les langues des pays à faibles
ressources, en particulier pour qu'elles soient présentes sur
Internet.
10.- Pour la démocratisation des organisations internationales
et l'institutionnalisation d'un ordre international multipolaire
Les Nations unies constituent une institution des peuples, qui représente
à ce titre un acquis. Mais il s'agit aussi d'un lieu de rapport
de forces entre États, dont l'impact peut s'avérer ambivalent,
voire négatif, dans le cas de certains peuples ou en certaines
circonstances. Des transformations sont donc nécessaires, dans
la mesure où l'hégémonie des pays les plus puissants
a pour effet l'instrumentalisation à leur profit de l'ONU.
Il est par conséquent proposé les initiatives suivantes
:
1) Démocratiser l'espace que signifie les Nations unies ;
2) Initier les « réformes » de l'institution de
l'ONU dans le but de limiter les inégalités de rapports
de forces entre États ;
3) Agir sur les gouvernements qui constituent l'ONU, et pour cela,
constituer dans chaque pays un Observatoire qui permette une transparence
de l'action des gouvernements au sein des Nations unies, des organismes
spécialisés et des instances créées à
Bretton Woods (FMI, Banque mondiale, OMC) ;
4) Refinancer les organisations spécialisées telles
que la FAO ou l'OMS, pour éviter leur dépendance vis-à-vis
d'entreprises transnationales ;
5) Assurer une présence étendue et effective des mouvements
sociaux et des organisations non gouvernementales au sein des institutions
internationales ;
6) Promouvoir des Cours internationales de Justice, notamment concernant
les crimes économiques, en évitant qu'elles soient instrumentalisées
par les puissances dominantes, et, dans le même temps, constituer
des tribunaux d'opinion afin de promouvoir des manières alternatives
d'établir la justice ;
7) Pour démocratiser les Nations unies, accroître le
pouvoir de l'Assemblée générale et démocratiser
le Conseil de Sécurité afin de briser les monopoles
(droit de veto, puissances atomiques) ;
8) Promouvoir une Organisation des Nations unies qui permette une
régionalisation dotée de réels pouvoirs sur les
différents continents. Il est en particulier proposé
de promouvoir un Forum social du Moyen Orient, rassemblant les forces
progressistes des pays de la région pour rechercher des solutions
alternatives au projet états-unien de « Grand Moyen Orient
».
9) Promouvoir à l'intérieur de l'ONU le respect de la
souveraineté des nations, tout spécialement face aux
actions entreprises par le FMI, la Banque mondiale et l'OMC.
10) Promouvoir une Assemblée mondiale des peuples pour sortir
du cercle vicieux de la pauvreté.
Premiers signataires :
Forum pour un autre Mali, Forum du Tiers Monde, Forum mondial des
Alternatives, ENDA.