Mexique

 

 

Oaxaca vit

Carlos Beas Torres, La Jornada, 10 mars 2007


Flavio Sosa

La grande participation enthousiaste de milliers de manifestants qui, répondant à la convocation de l'APPO (Assemblée populaire des peuples d'Oaxaca), sont à nouveau descendus dans les rues le 3 février dernier, est un signal évident que le mouvement citoyen oaxaquègne n'a pas été écrasé par la guerre sale menée contre lui, ni par la détention de son leader médiatique Flavio Sosa.

Cette manifestation a démontré clairement que tant que persisteront les causes profondes qui ont donné la vie à l'une des mobilisations populaires les plus grandes de l'histoire du Mexique, il n'y aura ni paix véritable ni gouvernabilité démocratique à Oaxaca.

On perçoit en outre à travers l'attitude des manifestants que les gens ont à nouveau cessé d'avoir peur, la peur que provoque la vague criminelle propre au terrorisme d'État. Peu à peu le mouvement populaire se regroupe et définit à nouveau les actions nécessaires pour obtenir la libération des 64 détenus qui demeurent incarcérés dans différentes prisons d'Oaxaca et du pays, sans renoncer, bien entendu, à la revendication historique de la destitution d'Ulises Ruiz de son poste de gouverneur de l'État.

Cette année, à Oaxaca, il y aura des élections locales, qui seront l'élément central de la bataille politique vécue dans cet État. L'APPO a devant elle de grands défis; d'un côté en définissant sa participation électorale, en alliance avec le Frente Amplio Progresista (Front large progressiste), elle devra éviter au maximum que surviennent des scissions et ruptures internes; c'est-à-dire, qu'elle devra veiller à appliquer un de ses principes, qui est celui de l'indépendance à l'égard de tous les partis politiques. Elle devra de même préserver l'unité du mouvement, en s'efforçant de passer des accords par consensus, comme ont insisté en ce sens les organisations et peuples indigènes, et éviter ainsi le scénario des disputes pour les candidatures.

D'un autre côté l'APPO ne doit pas perdre de vue l'impulsion d'actions qui permettent une réelle transformation démocratique pour Oaxaca et non une réforme cosmétique comme celle que vient de réaliser une commission spéciale discréditée formée par Ulises Ruiz. La réforme de l'État, la convocation d'une nouvelle Constituante et l'élaboration d'un nouveau pacte social, où seront reconnues les nouvelles formes de participation citoyenne et seront établis clairement les droits des femmes et des peuples indiens, doit continuer d'être une priorité du mouvement citoyen. La conjoncture électorale ne doit pas mettre de côté une transformation démocratique de fond, que réclament depuis des mois des milliers et des milliers de citoyens à Oaxaca.

Plusieurs analystes convergent pour considérer que la principale vague répressive est désormais passée; néanmoins, non seulement on compte des dizaines de disparus et de détenus, mais les responsables directs de nombreux assassinats et enlèvements, comme les chefs policiers Manuel Moreno Rivas et Aristea Lopez, non seulement restent en liberté, mais en plus occupent avec un parfait cynisme les postes dans lesquels ils ont fait du tort à des centaines de citoyens oaxaquègnes.

Ce n'est pas le moment de baisser la garde, étant donné que le combat contre la répression est un des principaux défis que devra affronter l'APPO, d'autant que se sont déclenchées de nouvelles opérations dans tout l'État afin d'exécuter des mandats d'arrêt délivrés contre des centaines de dirigeants sociaux, d’enseignants, d'autorités communautaires et d'activistes. Cette nouvelle vague de répression est liée à la préoccupation du gouvernement d'Ulises Ruiz face à la recrudescence de la mobilisation de l'APPO depuis la grande marche du 3 février dernier. Le gouvernement pense que par de nouvelles arrestations et détentions il pourra contenir la révolte citoyenne.

Enfin, le mouvement populaire a devant lui un grand défi, c'est celui du rassemblement, en intégrant de nouveaux secteurs avec leurs revendications spécifiques tout en maintenant et augmentant mobilisation citoyenne et en évitant, dans la mesure du possible, les actions violentes et les provocations. Les méthodes de la mobilisation démocratique devraient prévaloir sur les positions favorables à la confrontation violente, laquelle jusqu'à présent n'a servi qu'à réprimer de larges secteurs de la population.

La situation à Oaxaca a commencé à changer, étant donné que le groupe gouvernant apparaît nerveux et divisé. Le moment est venu pour le mouvement citoyen de passer à nouveau à l'offensive, maintenant que sont visibles les fractures et les confrontations à l'intérieur du groupe d'Ulises Ruiz; le démembrement de la CROC, un syndicat priiste très agressif, et l'affrontement direct entre le président de la Grande Commission de la législature locale et le secrétariat du Gouvernement sont des preuves de la faiblesse interne de ce groupe.

Les 150 derniers éléments de la Police Fédérale Préventive ont quitté Oaxaca et désormais le combat contre la protestation citoyenne est complètement entre les mains de l'appareil répressif d'Ulises Ruiz. Cet appareil répressif présente lui aussi de graves fissures, comme l'ont démontré les accusations publiques de cadres policiers moyens qui ont été menacés par leurs supérieurs.

Il ne fait pas de doute que le conflit politique et social en  Oaxaca va de nouveau s'amplifier dans les mois qui viennent. Les différents défis qu'affronte le mouvement populaire sont grands et difficiles, assurément, mais il est certain qu'il parviendra à les surmonter, dans la mesure où il n'aura pas abandonné les causes et les revendications qui sont à son origine et qui l'ont nourri. Le peuple n'oublie pas et le peuple est attentif.

 

Original : La Jornada

Traduit de l’espagnol par Gérard Jugant, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

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