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| Mexique |
Oaxaca
vit Carlos Beas Torres,
La grande participation enthousiaste de milliers de manifestants
qui, répondant à la convocation de l'APPO (Assemblée populaire des peuples
d'Oaxaca), sont à nouveau descendus dans les rues le 3 février dernier,
est un signal évident que le mouvement citoyen oaxaquègne n'a pas été
écrasé par la guerre sale menée contre lui, ni par la détention
de son leader médiatique Flavio Sosa.
Cette manifestation a démontré clairement que tant que persisteront
les causes profondes qui ont donné la vie à l'une des mobilisations
populaires les plus grandes de l'histoire du Mexique, il n'y aura ni
paix véritable ni gouvernabilité démocratique à Oaxaca. On perçoit en outre à travers l'attitude des manifestants que les
gens ont à nouveau cessé d'avoir peur, la peur que provoque la vague
criminelle propre au terrorisme d'État. Peu à peu le mouvement populaire
se regroupe et définit à nouveau les actions nécessaires pour obtenir
la libération des 64 détenus qui demeurent incarcérés dans différentes
prisons d'Oaxaca et du pays, sans renoncer, bien entendu, à la revendication
historique de la destitution d'Ulises Ruiz de son poste de gouverneur
de l'État. Cette année, à Oaxaca, il y aura des élections locales, qui seront
l'élément central de la bataille politique vécue dans cet État. L'APPO
a devant elle de grands défis; d'un côté en définissant sa participation
électorale, en alliance avec le Frente Amplio Progresista (Front
large progressiste), elle devra éviter au maximum que surviennent des
scissions et ruptures internes; c'est-à-dire, qu'elle devra veiller
à appliquer un de ses principes, qui est celui de l'indépendance à l'égard
de tous les partis politiques. Elle devra de même préserver l'unité
du mouvement, en s'efforçant de passer des accords par consensus, comme
ont insisté en ce sens les organisations et peuples indigènes, et éviter
ainsi le scénario des disputes pour les candidatures. D'un autre côté l'APPO ne doit pas perdre de vue l'impulsion d'actions
qui permettent une réelle transformation démocratique pour Oaxaca et
non une réforme cosmétique comme celle que vient de réaliser une commission
spéciale discréditée formée par Ulises Ruiz. La réforme de l'État, la
convocation d'une nouvelle Constituante et l'élaboration d'un nouveau
pacte social, où seront reconnues les nouvelles formes de participation
citoyenne et seront établis clairement les droits des femmes et des
peuples indiens, doit continuer d'être une priorité du mouvement citoyen.
La conjoncture électorale ne doit pas mettre de côté une transformation
démocratique de fond, que réclament depuis des mois des milliers et
des milliers de citoyens à Oaxaca. Plusieurs analystes convergent pour considérer que la principale
vague répressive est désormais passée; néanmoins, non seulement on compte
des dizaines de disparus et de détenus, mais les responsables directs
de nombreux assassinats et enlèvements, comme les chefs policiers Manuel
Moreno Rivas et Aristea Lopez, non seulement restent en liberté, mais
en plus occupent avec un parfait cynisme les postes dans lesquels ils
ont fait du tort à des centaines de citoyens oaxaquègnes. Ce n'est pas le moment de baisser la garde, étant donné que le combat
contre la répression est un des principaux défis que devra affronter
l'APPO, d'autant que se sont déclenchées de nouvelles opérations dans
tout l'État afin d'exécuter des mandats d'arrêt délivrés contre des
centaines de dirigeants sociaux, d’enseignants, d'autorités communautaires
et d'activistes. Cette nouvelle vague de répression est liée à la préoccupation
du gouvernement d'Ulises Ruiz face à la recrudescence de la mobilisation
de l'APPO depuis la grande marche du 3 février dernier. Le gouvernement
pense que par de nouvelles arrestations et détentions il pourra contenir
la révolte citoyenne. Enfin, le mouvement populaire a devant lui un grand défi, c'est celui
du rassemblement, en intégrant de nouveaux secteurs avec leurs revendications
spécifiques tout en maintenant et augmentant mobilisation citoyenne
et en évitant, dans la mesure du possible, les actions violentes et
les provocations. Les méthodes de la mobilisation démocratique devraient
prévaloir sur les positions favorables à la confrontation violente,
laquelle jusqu'à présent n'a servi qu'à réprimer de larges secteurs
de la population. La situation à Oaxaca a commencé à changer, étant donné que le groupe
gouvernant apparaît nerveux et divisé. Le moment est venu pour le mouvement
citoyen de passer à nouveau à l'offensive, maintenant que sont visibles
les fractures et les confrontations à l'intérieur du groupe d'Ulises
Ruiz; le démembrement de Les 150 derniers éléments de Il ne fait pas de doute que le conflit politique et social en Oaxaca va de nouveau s'amplifier dans les mois
qui viennent. Les différents défis qu'affronte le mouvement populaire
sont grands et difficiles, assurément, mais il est certain qu'il parviendra
à les surmonter, dans la mesure où il n'aura pas abandonné les causes
et les revendications qui sont à son origine et qui l'ont nourri. Le
peuple n'oublie pas et le peuple est attentif. Original : La
Jornada Traduit de l’espagnol
par Gérard Jugant, membre de Tlaxcala, le réseau
de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est
en Copyleft pour tout usage non commercial ; elle est libre de reproduction,
à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et
auteurs. URL de cet article : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2201&lg=fr
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