Mexique
Les aventures mexicaines de Sarah
Ilitch, une Française dans le chaudron d'Oaxaca
Par Nicolas Bourcier, Le Monde, 4 janvier 2007
Sarah Ilitch se souvient de tout, du moindre détail de cette
pièce sinistre aux murs vides, mangée par la poussière.
De ces cinq policiers mexicains du commissariat d'Oaxaca debout, face
à elle, les visages masqués par des cagoules. De cette
femme surtout, la seule de cet escadron anonyme, qui n'en finit pas
de lui crier les mêmes questions, les poings levés en signe
de menace.
"Non", Sarah Ilitch n'a pas de "noms de rebelles à
donner". Elle ne connaît pas les dirigeants de ce mouvement
insurrectionnel qui secoue Oaxaca depuis des mois. Cette jeune Française
de 22 ans est venue comme "simple touriste". Et dit avoir
peur. Les deux amis qui l'accompagnaient au moment de son arrestation
l'ont précédée dans cette même cellule. Ils
ont été battus, elle en est sûre.
Sarah Ilitch est aujourd'hui en France, raccompagnée, voilà
plus de trois semaines, par deux agents des services de la migration
mexicaine à bord d'un avion d'Aeromexico. Expulsée comme
une étrangère en situation irrégulière.
Étudiante en droit et originaire de Nice, elle dit n'avoir jamais
été militante, être partie au Mexique en septembre
2006 dans l'idée de parcourir le pays, avec la simple intention
de passer voir un ami espagnol installé à Oaxaca. Elle
n'a alors, insiste-t-elle, aucune notion de la crise sociale et politique
qui secoue la région.
La jeune femme découvre une ville en état de siège,
occupée depuis juin 2006 par des grévistes organisés
en Assemblée populaire du peuple d'Oaxaca (APPO). Ils luttent
pour obtenir la démission du gouverneur Ulises Ruiz, "le
tyran". Sarah croise des étudiants venus d'Europe et d'Amérique
du Nord. "Pas toujours des militants, souvent des anarchistes",
glisse-t-elle. Elle se prend au jeu, embrasse le mouvement, "forcément".
Au mois de novembre, elle se trouve au milieu des affrontements avec
les forces fédérales. Elle aide les manifestants, apporte
de l'eau, du vinaigre et du Coca Cola pour atténuer les effets
des lacrymogènes. Le 25 novembre, les forces fédérales
parviennent à reprendre le centre-ville.
C'est là, dans les jours qui ont suivi, qu'une patrouille de
la police coffre Sarah et deux amis mexicains. Au lendemain de l'interrogatoire,
un agent l'accuse d'avoir incendié une moto des forces de l'ordre
lors de son arrestation. Son sac à dos est posé au milieu
de la salle avec, bien en évidence, deux lance-pierres qui ne
lui appartiennent pas. Le policier lui tend une feuille blanche, l'intime
de signer si elle veut sortir. Sarah s'exécute.
Trois jours plus tard, elle se retrouve dans l'avion, un vol direct
pour Paris. Depuis, elle a appris que la plupart de ses amis se cachent
à Mexico. Tous, dit-elle, sont touchés par une vague de
répression qui a suivi l'évacuation d'Oaxaca. Il y a deux
jours, la jeune femme a reçu un courrier des services de la migration
de Mexico indiquant qu'elle était interdite de territoire pour
une durée de cinq ans pour "activités illicites".
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