|
|
|
|
Des milliers de rebelles au néolibéralisme au Chiapas Par Hermann Bellinghausen,
Des sympathisants de l’EZLN
provenant de 30 pays asssistent à une rencontre de résistance à Oventic 13 ans après le soulèvement
armé, explication des succès des gouvernements autonomes
À la veille du 13ème
anniversaire de son soulèvement armé, l’Armée zapatiste de libération
nationale a reçu des partisans de 30 pays, tous adhérents de « Cette rencontre est
une nécessité et une urgence », a-t-il ajouté devant plus de visiteurs
du monde entier et au moins autant de membres des bases d’appui provenant
de toutes les régions autonomes zapatistes, outre les cinq Conseils
de bonne gouvernance [CBG = juntas de buen gobierno (JBG)] et les représentants
d’environ 200 autorités municipales autonomes du Chiapas.
Avec les peuples du monde Ce qui les réunit, c’est la
recherche de la voie pour « construire un monde meilleur contenant
tous les mondes ». En inaugurant Le CBG de Los Altos, « cœur
central des zapatistes face au monde », dans son rôle d’amphytrion,
a souhaité la bienvenue aux participants « sur notre territoire,
qui est aussi votre maison ». Aujourd’hui « nous commencerons
à nous écouter, pour savoir comment se passent nos luttes contre la
malgouvernance et ainsi construire des alternatives vers un monde où
ceux qui commandent le fassent en obéissant ». La rencontre, qui se prolongera
jusqu’au 2 janvier, a comme premier axe l’exposé détaillé des expériences
de gouvernement des communautés
zapatistes. En conséquence, le panel inaugural a été conduit par les
cinq CBG, qui ont décrit pendant deux heures ce que signifie pour les
zapatistes gouverner dans l’autonomie. Dans le grand auditorium plein
à craquer de ce caracol, se sont succédées les prises de parole d’hommes
et de femmes indigènes qui gouvernent à la manière zapatiste et qui
enseignent en apprenant. « Certains d’entre nous ne savent ni lire
ni écrire, mais nous savons penser. » derrière les passe-montagnes,
la jeunesse de la majorité d’entre eux, qui appartiennent à la nouvelle
génération zapatiste, était évidente. De fait certains d’entre eux ont
été formés par l’éducation autonome des rebelles. Et cet après-midi,
on a pu entendre des définitions pointues et très alternatives de concepts
censés être établis comme gouvernement, politique, autonomie ou participation
démocratique. Dans un espagnol de coloration
indigène, Miguel, membre du CBG de Roberto Barrios, a expliqué : « Nous
ne sommes pas payés pour gouvernement car nous sommes pauvres. »
de quoi ébranler l’axiome vétuste du professeur Carlos Hank González,
selon lequel « un politicien pauvre est un pauvre politicien »,
appliqué jusqu’à la nausée sous les régimes de Carlos Salinas et Vicente
Fox. Pour gouverner le peuple, dit Miguel, il faut être comme le peuple,
« il ne faut pas qu’il y ait de différence ». Il a estimé
que de cette manière, le pouvoir « se moque » d’ exercer
les responsabilités publiques, car « il ne nous respecte pas ». Le commandant
tojolabal Brus Li (Bruce Lee), coordinateur des exposés des CBG, a donné cette définition :
« L’autonomie est une manière de nous prendre en compte nous-mêmes
entre nous », car ici « le gouvernement est autre ».
« Nous ne dépendons pas des politiciens. Nous décidons nous-mêmes
comment nous voulons que nos communautés travaillent. » Et cela
« ne ressemble pas au système des capitalistes néolibéraux »
où le le gouvernemnt commande et les peuples obéissent ». Il a
reconnu : « Quand nous nous sommes soulevés en armes, nous
n’avions pas cette expérience. Il n’y a pas de manuel qui dise comment
gouverner», mais les zapatistes se sont employés à réussir à « gouverner
en proposant et non en imposant. » L’auditoire extrêmement diversifié a écouté avec un
intérêt et un enthousiasme croissants les témoignages et les définitions
qui, au-delà de la fameuse idée zapatiste du « commander en obéissant »,
ont révélé une grande vitalité. « Nous voulons être différents
des malgouvernants, qui décident pour leur propre bénéfice », a
expliqué Jesús, du CBG de Roel a admis que »l’un
des défis les plus importants est la participation des femmes à l’autonomie. »
Le premier CBG de Josefina, une Chol de la municipalité
autonome d’Akabalná et membre du CBG de Roberto Barrios, a rappelé que
les premier conseils autonomes ont été élus le 19 novembre 1994 et avec
le temps, « nous avons appris quelque chose que nous ne savions
pas : nous avons de nouvelles lutes, de nouvelles idées. »
Elle a décrit avec précision l’hostilité des paramilitaires et le rôle
des caciques dans la zone Nord, opposés à « l’autre gouvernement »
que pratiquent des milliers de membres des communautés indigènes du
Chiapas, en dépit des « trahisons » successives des gouvernements
d’Ernesto Zedillo et Vicente Fox.
Ou ce qu’il en est de la non-application des Accords de San Andrés,
signés par un ministre de l’Intérieur supposément saoul en 1996, en
« quinze minutes » ou encore de la pathétique loi indigène
que la logorrhée de Fox a enterré. Elías, Tzeltal du CBG de En conclusion du panel inaugural,
Traduit de l’espagnol
par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité
linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial
: elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité
et d’en mentionner sources et auteurs. L’EZLN célèbre le 13ème anniversaire de son soulèvement avec des
délégués de 47 pays Le peuple yaqui, menacé de
répression par le gouvernement du Sonora, alerte Marcos Par Hermann Bellinghausen,
Oventic, Chiapas., 1er
janvier -
L’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN) a célébré le 13ème
anniversaire de son soulèvement armé par la concentration publique d’autorités
zapatistes civiles et militaires la plus importante à ce jour. De son côté, le lieutenant-colonel Moisés, au nom
de la commission intergalactique de l’EZLN a affirmé que dans leur combat pacifique mais décidé contre
le capitalisme et le néolibéralisme, les zapatistes ont besoin « d’une
idée et d’une pensée » pour « semer la lutte, l’organisation
et le savoir sur la manière de le faire, car nous n’allons plus nous
contenter de le dire, mais nous allons tenter de le faire. » En présence des cinq conseils de bonne gouvernance,
de plus de 40 conseils municipaux autonomes et du sous-Commandant Marcos
et s’adressant aux bases d’appui zapatistes de « tous les caracols,
municipalités et territoires zapatistes du sud-est mexicain »,
le commandant David a déclaré qu’après ces années de lutte ouverte,
quelque chose a changé et qu’à l’avenir, « en plus de parler, nous
allons être à l’écoute de nos frères et sœurs de tous les États mexicains
et de tous les pays du monde. » Treize années de lutte, a-t-il poursuivi, pour avancer
les demandes des peuples indigènes : démocratie, liberté et justice
pour tous. « Pour les réaliser, nous voulons unir nos luttes avec
celles de nombreux peuples qui souffrent aussi d’injustices, d’humiliations
et de persécutions. Nous avons pris la parole pour faire savoir ce que
nous pensons et voulons, et beaucoup de gens nous ont écoutés et nous
ont crus. »
Résistance au
siège officiel Dans une atmosphère à la fois festive et solennelle,
sous un nuage flottant de brouillard, le commandant tzotzil a salué
les adhérents à David a salué les commandants
et commandantes « qui ont essayé humblement et simplement d’accomplir
leur travail de dirigeants en liaison avec les comités régionaux et
locaux », ainsi que les villages bases d’appui « de tout le
territoire zapatiste, qui sont » ceux qui ont reçu et enregistré
les menaces et harcèlements militaires et paramilitaires « des
malgouvernants ». Il a annoncé la prochaine
Rencontre intercontinentale. « Pour ce travail, nous avons fait
Il a réitéré l’engagement
zapatiste auprès des peuples « pour qu’ils continuent à s’organiser
sous tous les aspects pour améliorer leurs conditions de vie et à résister
aux coups, menaces et persécutions du malgouvernement. » Se poursuivront la défense
« de nos droits et de notre culture en tant que peuples indigènes »,
la construction et le reforcement de l’autonomie « à tous les niveaux
de vie » ainsi que le travail de l’Autre Campagne. Pour la seconde
étape de celle-ci, une délégation plus importante parcourra tout le
pays, afin de « travailler de près avec les camarades de l’Autre
Campagne, pour mettre au point le programme national de lutte. » Invitant « tous les braves
gens de notre pays à entrer dans cette lutte politique et pacifique »,
il a déclaré : « Ce travail ne plaît pas aux puissants,
aux gouvernements et aux partis politiques. Nous avons reçu des menaces.
Mais nous tenons à dire que quoiqu’il arrive, nous le ferons. Il faudra
qu’ils nous tuent tous et toutes pour mettre fin à notre idée de créer
un mouvement anticapitaliste et de gauche. » En conclusion, le
commandant David a exigé liberté et justice pour Atenco et Oaxaca et
la libération de tous les prisonniers politiques du Mexique. Auparavant, et de manière
inhabituelle, le sous-Commandant
Marcos avait lu un discours en tzotzil adressé à ceux qu’il
a appelés "nos dirigeants, les peuples zapatistes zoques, mames,
chols, tojolabals, tzeltals et tzotzils", provenant "de toutes
les zones du Chiapas o* flotte notre drapeau de l’EZLn avec l’étoile
rouge à cinq branches. » La version espagnole a été
lue à son tour par la commandante Hortensia : »Nos paroles
s’adressent à ceux d’entre nous qui sont le cœur brun de notre organisation »,
« le Votán Zapata, gardien et cœur de nos peuples. » Certains
« étaient encore des enfants quand notre lutte a commencé mais
ils ont grandi dans la résistance et la dignité que nous enseignent
nos anciens. Il a souligné que l’histoire de son mouvement est collective
et que les « zapatistes ne sont rien pris individuellement ». « Les puissants et leurs
malgouvernants, avec le mépris et l’oubli, étaient en train de mener
contre nous une guerre d’extermination. Alors, nous, l’EZLN, nous avons
dit que ça allait comme ça, que ça suffisait, et nous nous sommes levés
en armes, pour qu’ils nous voient, nous prennent en compte et nous respectent.
Notre histoire est celle d’une dignité qui lutte pour se faire chaque
fois plus collective, pour construire un Nous si grand qu’il puisse
contenir tous les exploités, les spoliés, les méprisés et les réprimés
du Mexique et du monde. » Il a déclaré que « dans
le cours de notre lutte, nous avons compris que nos demandes ne peuvent
être satisfaites que si nous nous unissons aux autres peuples indiens
du Mexique, que si nous faisons cause commune avec d’autres personnes
qui ne sont pas indigènes mais qui luttent aussi pour la liberté, la
justice et la démocratie. » Actuellement, a jouté Marcos,
nous suivons la vie de l’Autre Campagne et « nous sommes allés
dans tous les coins de notre pays pour connaître, écouter et parler
avec ces nouveaux camarades. » ce faisant, « nous avons découvert
que la pensée collective est bien comprise par la plupart des peuples
indigènes. » Il a remarqué que « les plus décidés dans la
lutte sont les peuples indiens, les jeunes et les femmes. » Traduit de l’espagnol par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette
traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est
libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en
mentionner sources et auteurs. |
|
|