Liban
Paris III :
la Conférence
des pays donateurs pour le Liban
La troisième conférence
des pays donateurs pour la reconstruction du Liban s’ouvre à Paris le
jeudi 25 janvier avec la participation de 35 pays. Pendant ce temps,
au Liban les organisateurs de la grève générale, qui a été marquée par
plusieurs morts, ont suspendu leur mouvement. Nous publions le compte-rendu
du point de presse du porte-parole du Quai d’Orsay du 23 janvier ainsi
qu’un article du journaliste René Naba.
Quai
d'Orsay - Point Presse : Liban - C'est au gouvernement de mettre en
oeuvre le programme de réformes
Point
presse du 23 janvier 2007
Comment appréciez-vous l'évolution au Liban aujourd'hui, la Conférence de Paris
III ne risque-t-elle pas d'être annulée ?
A la veille de la Conférence de Paris
III qui doit manifester le soutien de la communauté internationale au
Liban, nous appelons tous les Libanais à faire preuve d'esprit de responsabilité.
Pour le reste, cette conférence se tiendra comme prévu.
Pouvez-vous développer ce que vous entendez par "esprit de responsabilité"
?
Je crois que c'est assez clair. Cette Conférence
de Paris III est un événement important puisque, comme nous l'avons
indiqué, il y aura une forte participation : 35 pays seront présents,
ainsi que les organisations internationales, les institutions financières
internationales. Ils seront là pour se mobiliser en soutien du Liban,
à la lumière du programme de réformes qui a été préparé et adopté par
le gouvernement libanais. C'est évidemment une échéance très importante
pour le Liban et ce que nous souhaitons, c'est qu'à la veille de cette
conférence, tous les Libanais, comme je l'ai dit, fassent preuve de
responsabilité et donnent de leur pays une image qui soit à même de
convaincre les participants à la conférence de se mobiliser.
L'une des revendications de l'opposition qui a appelé à manifester et
à bloquer les routes porte sur le projet de réformes qui a été présenté
le 10 janvier. Quel est votre commentaire alors qu'une bonne partie
de la population libanaise conteste de projet de réformes économiques
? Auriez-vous quelque chose à dire au gouvernement libanais à ce sujet
pour qu'il prenne en considération les revendications des autres, pour
qu'il écoute les autres avis concernant le projet de réformes ?
Ce programme de réformes était un élément essentiel
pour préparer la
Conférence de Paris III. Nous avions eu l'occasion
à plusieurs reprises de demander que ce programme de réformes soit présenté.
Avant la conférence elle-même, il a été examiné par les représentants
des Etats participants qui se sont retrouvés à Paris le 10 janvier dernier.
Ce programme a été jugé de façon positive par les participants, par
les institutions financières internationales et c'est évidemment un
élément important pour la tenue de la
Conférence de Paris III.
En même temps, ce n'est pas à nous de dire comment les choses doivent
s'organiser sur le plan interne au Liban, comment le gouvernement libanais
peut ou doit entamer un dialogue ou poursuivre un dialogue sur ce programme
de réformes. C'est quelque chose qui relève de son appréciation. J'imagine
qu'il y a sans doute un travail d'explication et de concertation à conduire,
avec les syndicats et avec les Libanais. Mais ce qui est important pour
la communauté internationale, c'est que ce programme existe et qu'il
ait été jugé positivement.
Bien évidemment, ensuite, ce n'est pas à moi de me prononcer sur les
aspects internes et sur les contestations qui peuvent exister, vis-à-vis
de tel ou tel aspect du programme. Ce qui est important, c'est que tout
cela se fasse dans le dialogue, d'une façon pacifique. Ce qui est préoccupant,
ce sont les incidents sanglants qui se sont produits ces dernières heures.
Ce n'est bien entendu pas la bonne méthode pour débattre de ce type
de questions.
Ce programme de réformes semble diviser la population libanaise. Appelez-vous
le gouvernement libanais à prendre en compte les analyses et les points
de vue de l'autre partie ?
Comme je l'ai dit, mais c'est au gouvernement
libanais d'apprécier, il est tout à fait souhaitable sur ce genre de
questions qu'il y ait un dialogue, une concertation. J'avais le sentiment
que c'était aussi le souhait du gouvernement libanais lui-même de faire
cela en concertation. La violence que l'on constate ces dernières heures
n'est certainement pas la bonne réponse à apporter à ce type de préoccupations.
La contestation rejaillit en quelque sorte sur la France. J'ai entendu
ce matin, plusieurs déclarations accusant la France d'aligner ses positions sur celles du gouvernement
Siniora et de ne pas prendre en considération les points de vue de l'opposition.
Comment répondez-vous à cela ?
Ce n'est pas la France qui a rédigé ce programme
de réformes. Il a été élaboré par le gouvernement libanais qui est notre
interlocuteur pour la préparation de cette conférence. Il a été soumis
aux participants à la
Conférence, mais c'est un programme qui relève de la
responsabilité du gouvernement libanais.
Comment comptez-vous convaincre les autres pays donateurs et les diverses
organisations vu que, depuis Paris I, la dette libanaise a grimpé, malgré
les dons précédents ? Cela ne donne-t-il pas raison justement aux opposants
qui disent qu'ils craignent une dette encore plus importante vis-à-vis
de l'extérieur. N'ont-ils pas raison ?
Il est évident que la question de la dette sera
l'un des aspects qui sera traité durant cette conférence, puisque le
taux d'endettement du Liban dépasse les 180 % du PIB, c'est donc un
taux d'endettement très élevé. La crise qu'a traversée le Liban durant
l'année 2006 n'a bien sûr pas arrangé les choses, mais le gouvernement
libanais s'est donné pour objectif précisément de diminuer ce taux d'endettement.
Il a adopté ce programme pluriannuel qui doit permettre, si je ne me
trompe, au bout de quelques années, de passer à 140 % du PIB en terme
d'endettement. Cela suppose certaines réformes qui sont proposées et
qui, comme toujours, peuvent présenter un caractère difficile. Bien
sûr, ce sont des réformes qui ne sont pas toujours faciles, dès lors
qu'il s'agit d'assainir les finances publiques, de diminuer le poids
de la
dette.
Mais cela ne remet pas du tout en cause la pertinence
de la démarche qui est la nôtre, car c'est bien un moment où l'on voit
justement que le Liban a besoin de la communauté internationale pour
l'aider à repartir, pour l'aider à assainir sa situation économique
et cela ne remet nullement en cause, je crois, la pertinence de la Conférence de Paris III. Les premiers éléments que
nous avons, et vous aurez plus de détails dans les heures qui viennent,
les premiers éléments que nous avons de la part de la communauté internationale
sont encourageants, que ce soit pour ce qui est de la participation
ou pour ce qui est des annonces de contribution.
J'ai déjà parlé avec certains analystes, on parle d'un montant de 4
milliards et jusqu'à 7 milliards d'aide. Les analystes disent que ce
serait un échec si l'aide représente moins de 4 milliards de dollars,
selon ce que j'ai pu entendre. Avez-vous une estimation ?
Non, comme vous l'avez vu depuis le départ,
nous n'avons pas affiché de montant et je crois que nous conserverons
la même attitude. Nous ferons le bilan à la fin de la conférence et
nous verrons à ce moment-là quel est le soutien qui sera annoncé par
les participants.
Comment pensez-vous que le gouvernement pourra appliquer ce programme
de réformes, sachant qu'il est refusé par la moitié de la population
?
C'est au gouvernement de le mettre en oeuvre.
Nous en avons déjà parlé, la Conférence elle-même n'est pas contestée en tant
que telle par les partis politiques libanais, par les syndicats libanais.
Il peut effectivement y avoir un débat concernant certains aspects du
programme de réformes. Je pense que cela se réglera dans un cadre libanais,
grâce à un effort d'explication qui devra être déployé par le gouvernement,
à travers la concertation et le dialogue. Le résultat de la Conférence de Paris
III peut aussi aider, sans doute, à ce que les choses s'engagent de
façon positive pour ce qui est de la mise en oeuvre de ce programme
de réformes. Cette conférence n'est pas conçue pour aider spécifiquement
le gouvernement de M. Siniora. Elle est organisée pour aider le Liban
dans son ensemble. C'est cela qu'il faut bien comprendre.
Pour reprendre ce que vous venez de dire, M. Douste-Blazy a dit que
la Conférence de Paris
III est organisée pour aider le gouvernement de M. Siniora, il l'a dit
sur BFM il y a deux jours. Avez-vous le sentiment que les événements
au Liban durant ces dernières heures sont déclenchés pour faire échouer
la Conférence de Paris
III ?
Sur le premier point, le ministre a rappelé
que cette conférence avait été organisée pour aider le Liban. Le gouvernement
de M. Siniora est notre interlocuteur, puisque c'est le gouvernement
légitime du Liban et, très naturellement, nous travaillons avec ce gouvernement
pour préparer la
Conférence. Il aura évidemment un rôle à jouer pour
mettre en oeuvre les conclusions de cette Conférence mais je ne pense
pas que le ministre ait voulu dire autre chose que cela.
Quant au deuxième point, il est difficile pour moi d'émettre une appréciation
sur les motivations de ceux qui déclenchent cette grève générale. Il
faut que tous les Libanais se réunissent autour d'un objectif qui est
la reconstruction et le redémarrage du Liban. Ensuite, qu'il puisse
y avoir un débat sur tel ou tel aspect du programme de réformes, comme
je l'ai dit, ce n'est pas à nous de nous prononcer à ce sujet. Il faut
qu'il y ait une unité sur un même objectif qui est de sortir le Liban
des difficultés économiques et financières actuelles.
Vous avez dit tout à l'heure que votre souhait n'était pas de soutenir
le gouvernement Siniora, mais de soutenir le Liban lui-même, pouvez-vous
imaginer que soit le président libanais, soit le Parlement pourrait
être responsable de la coordination de cet argent qui sera donné ?
Je n'ai pas entendu cette hypothèse. Notre interlocuteur
est le gouvernement de M. Siniora qui est légitime et, naturellement,
c'est lui qui conduit la politique économique, comme dans tout pays,
et c'est lui qui a élaboré ce programme de réformes. Une concertation
est sans doute nécessaire avec l'ensemble des forces politiques libanaises,
mais c'est au gouvernement libanais de conduire cette concertation et
évidemment pas à la communauté internationale de se substituer à lui.
Vu la situation, craignez-vous que le président Siniora et sa délégation
ne puissent pas venir à Paris ?
Je n'ai pas entendu cela. Nous les attendons.
Source : http://www.tv5.org/TV5Site/info/communiques-de-presse-article.php?NPID=FR183822
Les dirigeants
des grands pays occidentaux, en phase terminale de leur mandat, en quête
désespérée d’une sortie honorable
par
René Naba, Paris, 25 janvier 2007
Les
dirigeants des grands pays occidentaux (France, États-Unis, Royaume
uni), dans une conjoncture rarissime, se retrouvent quasi simultanément
en phase terminale de leur mandat à la recherche désespérée d’un succès
diplomatique à l’effet de redorer leur bilan terni par leurs échecs
répétés tant en Irak, qu’au Liban qu’en Palestine, en vue de rétablir
une capacité dissuasive occidentale gravement compromise par les revers
militaires américains en Irak et israéliens au Liban.
Sauf rebondissement, le président
français Jacques Chirac achève son mandat en mai prochain sans avoir
réussi jusqu’à présent à mettre sur pied le tribunal international chargé
de juger les assassins de son ami l’ancien premier ministre libanais
Rafic Hariri, ni consolider la position gouvernementale de son successeur
et disciple, le nouveau premier ministre Fouad Siniora, alors que, parallèlement,
le premier ministre britannique Tony Blair s’apprête à lui emboîter
le pas, cet été, affligé du qualificatif infamant et indélébile de «caniche»
du président américain,
George
Bush n’est plus, lui, que l’ombre de lui-même. Soutenant à bout de bras
son allié israélien éclaboussé par ses déboires militaires au Liban
et les scandales qui touchent les plus hauts sommets de l’État israélien (harcèlement sexuel, spéculation financière
et corruption), le flamboyant chef de file de «l’axe du bien» mène un
combat d’arrière garde pour échapper à l’opprobre national du fait de
son aventurisme irakien.
Un succès, même minime de ces trois dirigeants en sursis, serait en
mesure de leur assurer une sortie honorable de l’histoire. C’est dans
ce contexte qu’il conviendrait de situer l’envoi de renforts de 21.000
soldats américains en Irak, le déblocage par Israël sous pression américaine
de cent millions de dollars au président palestinien Mahmoud Abbas ainsi
que la tenue, à Paris le 25 janvier 2007, de la conférence des pays
donateurs du Liban.
Sous
ce vocable pompeux se cache en fait une cruelle réalité: Les donateurs
devraient en fait remédier à la gabegie de leurs protégés régionaux
tant Libanais qu’Israéliens. D’un montant global de 40,6 milliards de
dollars (30,8 milliards d’euros) représentant 180 pour cent du Produit
national brut, la dette publique libanaise est principalement imputable
à la politique corruptrice de spéculation immobilière initiée pendant
ses dix ans de pouvoir par l’ancien Premier ministre libanais Rafic
Hariri, grand ami de l’Occident, principalement du président français
Jacques Chirac. Cette dette s’est aggravée par les destructions infligées
par Israël au Liban, l’été dernier, au cours d’une guerre encouragée
tant par les Américains que par les Français, les principaux alliés
du disciple de Rafic Hariri, le nouveau chef du gouvernement libanais
Fouad Siniora et dont le coût s’est chiffré
à près de cinq milliards de dollars (2,8 milliards de dollars
de pertes dues aux destructions et 2,2 milliards de dollars de pertes
indirects, selon le rapport officiel gouvernemental publie le 4 janvier
2007
1) Décryptage des origines de la crise
libanaise contemporaine:
Sur
fond d’exaspération des crispations inter-communautaires chiites-sunnites,
accentuée par la piteuse pendaison de l’ancien président irakien Saddam
Hussein, l’épreuve de force qui se déroule au Liban, avec en toile de
fond l’enlisement américain en Irak et israélien en palestinien, ainsi
que la montée en puissance de l’Iran, vise à éradiquer l’esprit de résistance
dans le monde arabe en vue d’une « finlandisation» de la zone,
sa neutralisation, au profit de l’axe américano-israélien et de
leurs alliés pétromonarchiques.
Dans
le souci de s’assurer une couverture politique face aux pressions américaines
contre l’Iran et la Syrie,
le Hezbollah avait conclu un arrangement électoral tacite avec Walid
Joumblatt, chef druze du Parti socialiste progressiste, pour lui permettre
de remporter la victoire dans la région montagneuse du Chouf dans la
première consultation électorale qui a suivi le départ des Syriens du
Liban, en juin 2005. Le Hezbollah s’est abstenu en effet dans cette
compétition-là de soutenir son allié traditionnel l’Émir Talal Arslane,
le rival druze de M Joumblatt.
Vainqueur
par défaut des élections grâce à l’abstention du Hezbollah, propulsé
chef effectif de la majorité parlementaire du fait de l’inexpérience
politique de son allié, le milliardaire sunnite Saad Hariri, encouragé
par ailleurs par les Américains et les Français qui voyaient en lui
leur nouvel homme-lige, Joumblatt s’est vécu en chef d’état virtuel
d’un État en apesanteur, un vizir à la place du grand vizir.
Une
fois assuré de sa victoire, il a voulu faire plier les Syriens par le
biais de l’affaire Hariri faisant d’une pierre deux coups: venger l’assassinat
de son père Kamal, dont il impute l’assassinat à Damas, et s’assurer
dans le même temps la gratitude des pétromonarchies du golfe et la protection
des Etats-Unis, à l’époque hyperpuissance invincible du Moyen-orient.
Les
déboires militaires de l’Amérique en Irak, la résistivité des mouvements
islamistes palestiniens face l’occupation israélienne, de même que le
camouflet militaire infligé par le Hezbollah à Israël ont quelque peu
modifié la donne et donné du tonus à l’opposition libanaise. Dans une
démarche symétrique à celle empruntée à ses rivaux, l’opposition libanaise
a voulu mettre à l’index le Premier ministre Fouad Siniora, de la même
façon que les anti-Syriens, en fait les pro-Américains, ont voulu mettre
en quarantaine le Président de la République Émile
Lahoud.
De
sorte que désormais, il existe
un divorce entre le pays légal, représenté par la majorité parlementaire,
et le pays réel, constitué par les deux principales formations politiques
de l’opposition, largement majoritaires dans le pays au niveau de la
base populaire. Le Hezbollah est en effet la principale formation de
la plus importante communauté libanaise, numériquement parlant, les
Chiites, et le général Michel Aoun,
ancien chef du gouvernement libanais, est le grand vainqueur, du coté
chrétien, de la consultation électorale de juin 2005 qui a suivi le
départ des Syriens du Liban.
De
surcroît, le Hezbollah et le Courant patriotique du général Michel Aoun
ont ceci en commun qu’ils n’ont jamais porté les armes contre leurs
compatriotes libanais, ce qui leur donne un prestige certain et une
plus grande crédibilité au sein de la population.
Le
Hezbollah, fondé en 1982, s’est toujours préoccupé de la guérilla anti-israélienne et Aoun à l’exception
du combat pour mettre au pas Samir Geagea en 1988, alors en rébellion
contre l’autorité légale, n’a jamais dirigé ses armes, lorsqu’il était
commandant en chef de l’armée, contre les musulmans ou la coalition
palestino-progressiste de l’époque. En contrepoint, l’alliance Hariri-Geagea-Gemayel-Joumblatt
est à proprement parler l’alliance des anciens de chef de guerre et
de leur principal bailleur de fonds. Une alliance qui a déchiré le tissu
social libanais avec sa guerre inter-factionnelle et grevé le redressement
économique du pays d’une insupportable
dette publique.
Un
problème de cohérence intellectuelle et de crédibilité politique se
pose pour Walid Joumblatt; un des rares dirigeants arabes se réclamant
du socialisme. Il est l’allié du plus important milliardaire du pays,
Rafic puis Saad Hariri. Poursuivant de sa vindicte la
Syrie qu’il juge responsable de l’assassinat de son
père, il accueille désormais à bras ouverts l’ordonnateur d‘un attentat
contre sa personne le chef du parti phalangiste, l’ancien président
Amine Gémayel.
2) Tribunal international:
A) Au niveau constitutionnel et politique:
Le
Liban est une démocratie consensuelle. Le fait d’avoir fait passer en
force le projet de constitution d’un tribunal international pour juger
les assassins de Hariri a constitué une atteinte au Pacte national,
confirmé par l’accord intercommunataire de TAEF (1989), qui stipule
dans son premier article que les décisions qui engagement l’avenir du
pays ne sauraient être prises sans l’assentiment des principales communautés
libanaises.
Le
projet de tribunal international a été entériné par le gouvernement,
en l’absence de six ministres représentant la communauté chiite et du
Président de la république, seule autorité habilitée à ratifier les
traités internationaux. Ce projet, au regard du droit public interne
libanais, est donc par son essence caduc et anti-constitutionnel.
B) Au niveau diplomatique et géostratégique:
Alors
que le Liban est sinistré par près de deux mois d’une guerre inégale
contre Israël (Juillet-août 2006), la
mise en avant du tribunal international est un moyen de pression contre
la Syrie et ses alliés libanais
en vue de les priver du bénéfice moral et diplomatique du camouflet
infligé à Israël par le Hezbollah et ses alliés transcommunataires libanais
(Parti communiste libanais, Parti national social). Il vise aussi à reléguer au second plan le problème de la
responsabilité d’Israël dans la destruction du Liban et la complicité
des États-Unis et dans un degré moindre de la
France dans cette opération.
Ceux
que l’on nomme «les anti-Syriens» sont en fait des pro-Américains et
pro-Francais, qui comptent massivement sur l’aide occidentale et saoudienne
pour se maintenir au pouvoir et préserver
leurs privilèges. Samir Geagea qui a massacré, sous l’autorité de la
famille Gemayel, la famille de Soleimane Frangié, le chef chrétien du
nord du Liban, de même Amine Gemayel qui a mené une guerre sans répit
contre les Druzes et fomenté un attentat contre Walid Joumblatt en personne,
en 1984, ainsi que Walid Joumblatt qui a ordonné le massacre de plusieurs
centaines de chrétiens dans la région montagneuse du Chouf, sont à proprement
parler des «criminels de guerre patentés».
La
proximité avec l’Occident ne doit pas conférer une honorabilité pas
plus que la moindre immunité. Dans cette perspective, le martyrologe
libanais est devenu un argument de brocante pour la survie d’une classe
politique déconsidérée.
Sauf
erreur ou omission de ma part, il n’y a jamais eu que je sache de tribunal
international pour juger par exemple les auteurs de la disparition de
Mehdi Ben Barka en France et Jacques Chirac a fait même du Maroc son
lieu de villégiature préféré, Jamais non plus de tribunal international
pour juger le président pro-Américain Paul Kagamé (Rwanda) qui passe
pour avoir ordonné la destruction de l’avion du président Habiyarimana,
encore moins de tribunal international pour juger les assassins du juge
français Bernard Borel, alors que le président de Djibouti
est toujours accueilli à bras ouverts par Jacques Chirac.
Pas
de tribunal non plus pour juger le tortionnaire chilien Augusto Pinochet,
assassin de Salvador Allende
et ordonnateur du plan Condor, enterré avec les honneurs militaires. Aucun tribunal international non plus pour juger
les auteurs de la disparition en 1978 en Libye, de l’Imam Moussa Sadr,
chef de la communauté chiite du Liban, Est- ce parce que la Libye est un pays pétrolier
qui s’est rapproché des Occidentaux en dévoilant tout un pan de la coopération
nucléaire arabe et musulmane ?
La
justice internationale ne saurait être sélective, de même que la prolifération
nucléaire. La duplicité de la diplomatie occidentale est à l’origine
de la grande suspicion que nourrissent les peuples arabes et musulmans
à l’égard de la moindre initiative occidentale.
3) Rivalité sunnite-chiite
Longtemps
les chiites ont été considérés comme les meilleurs alliés de l’Amérique
et d’Israël, notamment du temps du Chah d’Iran, alors que les sunnites,
en leur qualité de fer de lance du combat nationaliste arabe, étaient
perçus comme le véritable danger pour l’Occident. Cela a été
le cas du temps du président égyptien Gamal Nasser lorsque le sunnisme s’identifiait avec
le nationalisme arabe au point que Nasser, puis Arafat ont été diabolisés
en tant que «nouveaux Hitler» du monde contemporain, suscitant des «expéditions
punitives» des pays occidentaux à leur égard (Suez 1956 contre Nasser),
(1982 siège de Beyrouth contre Arafat par les Israéliens, puis mise
en résidence surveillée du président démocratiquement élu de la Palestine en 2003. Ce qui
est tout de même un comble qu’un «Prix
Nobel de la Paix»
soit maintenu en captivité avec la passivité des pays occidentaux et
l’approbation tacite des Américains).
Les
État s arabes pro-américains (Égypte, Arabie saoudite, Jordanie, pétro-monarchies
du Golfe)) en cautionnant l’intervention américaine en Irak, ont été
les principaux fossoyeurs du pouvoir sunnite en Irak et de la montée
en puissance du chiisme. Le Chiisme en Orient est en train de triompher
non par sa supériorité intrinsèque, mais par la soumission des dirigeants
sunnites gérontocrates des pays arabes, particulièrement ceux du Golfe.
Ce n’est pas un problème de religion, mais un problème d’éthique de
gouvernement. En Palestine, le combat de libération contre l’occupation
israélienne est mené exclusivement par des Sunnites que cela soit le
Fatah ou le Hamas. Mais la différence
entre ces deux formations sunnites n’est pas un problème d‘intégrisme
religieux mais d’intégrité politique
Au-delà
de leurs sensibilités culturelles ou religieuses, sunnites, chiites,
maronites, libanais arabes ou kurdes, algériens ou marocains, habitants
du Machreq ou du Maghreb doivent prendre conscience du fait qu’ils appartiennent
à la même sphère géoculturelle, qui constitue avec l’Amérique latine,
l’un des rares foyers de résistance à l’hégémonie américaine dans le
monde.
Prendre
conscience du fait qu’il existe davantage de complémentarité entre la
population de l’ensemble arabe qu’entre un Suédois et un Portugais,
par exemple, ou entre un pêcheur maltais et un plombier polonais.
4)- Le problème de l’armement du Hezbollah
Les
États-Unis se sont toujours opposés à la constitution d’une force aérienne
et navale crédible tant du Liban que de la Palestine, les deux pays limitrophes d’Israël, afin
d’accentuer la sécurisation de l’espace stratégique de l’État hébreu.
L’occupation de l’Irak et les diverses tentatives visant à neutraliser
la capacité nucléaire iranienne relève de cette même stratégie. Mais
la démilitarisation relative de ces deux pays limitrophes d’Israël
n’a pas pour autant entraîné une sanctuarisation de leur espace
vital.
Bien
au contraire, Israël a envahi
à deus reprises le Liban, en 1978 et en 1982, puis partiellement en
2006, malgré la présence d’une force d’interposition dans la région
frontalière libano-israélienne, la
FINUL, depuis 1978, et le territoire palestinien est
soumis à un régime de couvre feu quasi-permanent, masquant une colonisation
rampante de la Palestine avec la caution
américaine et le silence complice des pays occidentaux.
L’armement
balistique du Hezbollah constitue, dans cette perspective, une réplique
à l’abdication étatique arabe, en même temps qu’une riposte asymétrique
à la volonté de muselage israélo-américaine.
Tant
au niveau de la démocratie numérique, représentant la plus importante
formation paramilitaire de la plus importante communauté libanaise, qu’au
niveau de la démocratie patriotique, le Hezbollah, artisan de deux revers
militaires israéliens, devrait occuper une place de choix non seulement dans l’imaginaire arabe, mais également dans
le discours officiel arabe.
Il était honteux de lui demander des comptes. Il eût été plus judicieux
de demander des comptes également à l’Arabie saoudite qui a instrumentalisé
l’Islam, ou plutôt la forme la plus rétrograde de la religiosité, comme arme de combat politique contre le nationalisme
arabe, des comptes aussi à la Libye qui a abdiqué face au diktat américain sans
coup férir, en une sorte de capitulation en rase campagne, alors que
Kadhafi avait assourdi la planète pendant un quart de siècle de ses
imprécations révolutionnaires anti-américaines. La liste n’est pas limitative.
5) La France :
Confier
les rênes de la diplomatie française à un des auteurs de la loi sur
le « rôle positif de la colonisation» marque la déconnexion de
la France des affaires du tiers-monde ;
L’histoire est impitoyable avec les êtres à qui le destin aura souri
deux fois dans leur existence. De plainpied Jacques Chirac appartient
à cette catégorie de privilégiés mais s’y distingue d’une manière singulière
par un bilan rarement égalé au sein des grandes démocraties occidentales.
Le Roi des Arabes, le proposé au Prix Nobel de la
Paix pour son opposition à l’unilatéralisme américain
dans le dossier irakien, le champion de la résorption de la fracture
sociale, le barrage au fascisme français, apparaît désormais par ses
camouflets diplomatiques et la succession de ses déroutes électorales
comme le grand perdant sur le plan international, le fossoyeur de l’héritage
gaulliste et de la fonction présidentielle sur le plan interne, accablant
bilan de l’ampleur d’une double Berezina diplomatique et domestique.
La
posture gaullienne de Jacques Chirac tant célébrée par la presse française
tant sur l’Irak que sur le Liban ne doit pas faire illusion. Elle s’est
résumée en une gesticulation diplomatique sur fond de rumeurs d’affairisme,
masquant un alignement progressif sur une diplomatie atlantiste.
Loin d’augurer d’une nouvelle politique d’indépendance, elle s’est davantage
apparentée à un combat d’arrière-garde d’un président mal élu et décrié
dans son propre pays à la recherche d’une sortie honorable pour l’histoire.
Un combat d’arrière-garde d’un pays en perte de vitesse dans son pré
carré arabo-africain, alors que six des États africains les plus proches
de la France en Afrique (Côte d’Ivoire,
Centrafrique, Congo-Brazzaville, République Démocratique du Congo, Gabon
et Tchad) paraissent déstabilisés par une guerre civile larvée et que
se poursuit sur le plan économique la mainmise des fonds de pension
anglo-saxons sur les sociétés françaises cotées en bourse, quadruplant
en sept ans leur acquisition, passant de 10 pour cent en 1985 à 43 pour
cent en 2003 [1].
Les
repentances furtives à répétition ne sauraient gommer un siècle d’incohérences
et de gesticulation déclamatoire, pas plus que les «hommes providentiels»
que la France s’est choisie parmi
les dirigeants arabes (Saddam Hussein, Rafic Hariri) en guise de substitut
à une politique destinée à camoufler une politique de conquête des marchés
arabes: de Suez (Égypte) à Bir Zeit (Palestine) en passant par Alexandrette
(Turquie), Dimona (Israël), Sétif (Algérie) et Bizerte (Tunisie), par
ses alliances successives avec les principaux ennemis du monde arabe,
d’abord la Turquie (1920-30), puis Israël
(1950-60), puis son hostilité résolue au noyau dur du monde arabo-islamique
dans les années 1980, via son alliance irakienne, la France se place, après les
États-Unis, à égalité avec la
Grande-Bretagne, comme le deuxième pays cible des attentats
anti-occidentaux depuis le dernier quart du XXème siècle. Que cela soit
à Beyrouth avec l’ambassadeur Louis Delamarre, en 1981, et les 58 soldats
du contingent français de la
Force multinationale occidentale tués dans l’attentat
du PC Drakkar (23 octobre 1983) ou l’universitaire Michel Seurat, ou
encore à Karachi (Mai 2002) et au Yémen (Octobre 2002) ou enfin
sur le sol national avec les 13 morts et les 250 blessés des
10 attentats de Paris (1985-86), le Général Rémy Audran, «Monsieur Irak»
de la Direction Générale
de l’Armement (DGA), les attentats de 1995-1996, sans parler du long
feuilleton de la spirale infernale des otages français au Liban (1985-1988)
et en Irak (2004-2005).
De
sorte que la France
parait désormais faire davantage partie du problème que de la solution
des problèmes du monde arabe. Le fait de confier les rênes de la diplomatie
française à un des auteurs de la loi sur le «rôle positif de la
colonisation», M. Philippe Douste-Blazy, à l’époque député de Toulouse
(sud de la France), marque d’ailleurs la déconnexion de la France des affaires du tiers-monde.
6) La sortie de crise ;
Il
est vain et illusoire de compartimenter les problèmes, de découpler
le conflit d’Irak de celui de la
Palestine ou du Liban. Les combats croisés menés par
l’Amérique pour le compte d’Israël en Irak et d’Israël
pour le compte des États-Unis au Liban, de même que le propre
combat mené par Israël pour son compte avec le soutien américain contre
les Palestiniens relèvent d’une même intrication dont l’élément central
demeure la revendication nationale palestinienne
à un État viable, indépendant et souverain.
Il
est tout aussi vain et illusoire de jouer la division des peuples dans
l’adversité et de considérer comme «renégats» une fraction de la communauté
arabe, le Hezbollah, pour cause de chiisme, alors même que dans l’histoire
peu glorieuse du monde arabe contemporain ce parti aura inscrit de glorieux
fait d’armes au palmarès arabe.
Il
importe à l’Arabie saoudite, meilleur allié arabe des États-Unis et
artisan de deux plans de paix arabe, de sortir de sa frilosité légendaire,
son théâtre d’ombre, et de réclamer
enfin à son ami américain la contrepartie de sa loyauté, de s’adresser
à l’Iran, son rival pétrolier chiite, en vue de négocier les conditions
d’un modus vivendi opératoire aussi bien en Irak, qu’au Liban que dans
le Golfe visant à une stabilisation de la sphère arabo-musulmane, prélude
à des efforts conjugués non vers la neutralisation de la capacité nucléaire
iranienne mais vers la dénucléarisation d’Israël et la promotion d’un
règlement d’ensemble des problèmes régionaux, en tête
desquels le problème palestinien.
Les Arabes ont dépensé mille cinq cent milliards de dollars dans le
domaine de l'armement au cours du dernier quart du vingtième siècle
sans se doter ni de la capacité nucléaire, ni de la capacité spatiale
ni d'une capacité de projection de force. Plutôt que d'ameuter la planète
de leurs jérémiades,
ils seraient avisés de prendre exemple sur l'Iran et de se doter d'une
capacité de dissuasion à l'effet de forcer le respect des autres pays
du monde.
Note
René
Naba
Auteur
de Aux origines de la tragédie
arabe, Éditions Bachari 2006, Du
bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français, L’ Harmattan
2002, Rafic Hariri, un homme d’affaires Premier ministre,
L’ Harmattan 2000, Guerre des
ondes, guerre des religions, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen,
L’Harmattan 1998
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