05/06/06 - Une "opération terroriste
déjouée" en plein centre de Damas
L'opération "terroriste" déjouée vendredi
2 juin par les autorités syriennes en plein centre de Damas,
dernière d'une série d'attaques, fait resurgir le spectre
des combats entre le pouvoir et les Frères musulmans qui ont
ensanglanté le pays au début des années 1980
[euphémisme pour parler du massacre de 20 000 musulmans dans
la ville de Hamma en 1980, NDLR Quibla]. La Confrérie des Fréres
musulmans est interdite en Syrie depuis cette époque.
Selon le ministére syrien de l'Intérieur, "quatre
membres d'un groupe terroriste ont été tués,
et quatre autres capturés" lors d'accrochages vendredi
avec les forces de l'ordre.
Les assaillants ont mené, selon les autorités, une
"opération terroriste" prés du siége
de la radio-télévision d'Etat, trés protégé
et situé sur la Place des Omeyyades où se trouvent plusieurs
édifices publics.
Selon la télévision, "les armes proviennent d'un
pays voisin".
Toujours selon la télévision, "les premiers interrogatoires
ont révélé que les terroristes font partie de
la mouvance takfiriste", un courant salafiste qui prône
la violence contre les "croisés" occidentaux et les
régimes arabes laïcs "hérétiques".
Pour l'écrivain et politologue syrien, Akram al-Bounni, "la
mouvance religieuse est alimentée par l'autoritarisme (..)
Le régime bloque l'ouverture politique. L'interdiction des
activités des militants démocrates et laïcs, comme
en témoignent les récentes arrestations et la tolérance
envers les activités religieuses encourageront le développement
des courants extrémistes", explique-t-il.
Le régime se veut de plus en plus en phase avec l'islam modéré.
Dans les vieux souks de Damas, des versets du Coran ornent désormais
les ruelles, même en dehors des périodes des fêtes
religieuses.
Bien que marginale, la mouvance salafiste syrienne semble être
apparue au lendemain de l'invasion américaine en Irak en avril
2003.
En mai 2003, un Syrien présenté comme un "islamiste"
avait tué un membre des services de renseignement dans la ville
de Homs.
Quelques jours plus tard, une quarantaine d'étudiants étaient
arrêtés dans la ville côtiére de Lattaquié.
Libérés aprés trois semaines d'incarcération,
ils seront identifiés comme des membres de la mouvance islamiste
"les Créateurs de la vie", courant apparu en Egypte
en 2003.
Dirigé par le prédicateur égyptien Amr Khaled,
un véritable "télévangéliste islamiste",
le courant a acquis une audience considérable dans les milieux
universitaires syriens et arabes, et au sein de la bourgeoisie urbaine.
Le groupe le plus redouté par les autorités, le Jound
el-Cham (Les soldats du Levant) préconise la "guerre sainte
contre les croisés et leurs mercenaires arabes".
En avril 2004, un commando avait tiré contre un ancien bâtiment
vide de l'ONU en plein Damas, semant une véritable panique.
Plus récemment, des accrochages se sont soldés par
la mort et l'arrestation de dizaines d'intégristes syriens
et arabes dans le nord du pays.
Des analystes mettent en garde contre l'émergence d'un véritable
mouvement intégriste en Syrie. Ainsi, le politologue Mohammad
Chahrour estimait, dans le journal libanais As-Safir, que "le
plus grand danger qui menace la Syrie aujourd'hui est la répression
des libertés" et que l'islamisation de la société
pourrait dans l'avenir, en l'absence de démocratie, amener
les islamistes comme dans les années 1970 et 1980, à
recourir aux armes.
Source : AFP, 3 juin 2006
"Ici, tu es en Syrie, tu n'as aucun droit,
oublie ton passeport !" - Les déboires dun Franco-Libanais,
tombé entre les pattes des Moukhabarat syriens
Charles Farhat ne dort plus. Ou si peu. Il avale de puissants médicaments,
se fait soigner le dos et les genoux dans un service de traumatologie
et attend que les ecchymoses sur ses phalanges disparaissent. Il essaie
aussi de lutter contre d'embarrassantes pertes de mémoire.
Ce Franco-Libanais de 42 ans a cru sa fin proche, en septembre 2005.
Il a été détenu pendant dix jours dans une geôle
syrienne, après un contrôle à la frontière.
Les conditions de son arrestation, les violences répétées
et les conditions de détention épouvantables l'ont conduit
à porter plainte à son retour en France. Après
une première tentative, en décembre, restée sans
réponse de la part de la justice, il a déposé
une plainte avec constitution de partie civile, le 10 avril, auprès
du doyen des juges d'instruction du tribunal de Nanterre. Le parquet
dit, pour l'heure, ne pas en avoir été informé.
Chaque année, Charles Farhat quitte la France - où il
vit depuis dix-sept ans et a eu quatre enfants - pour retourner dans
son pays d'origine. Il rend visite à sa mère à
Jarjouh, à quelques dizaines de kilomètres de Beyrouth.
Le 5 septembre 2005, convaincu par ses deux neveux, il décide
d'organiser une expédition touristique en Syrie pour découvrir
Damas.
A la frontière, les deux jeunes passent sans difficulté.
En revanche, le passeport français de M. Farhat suscite l'intérêt
des douaniers. L'un d'eux revient vers lui avec une fiche rouge :
elle comporte son nom, mais une tout autre date de naissance. "Un
général est ensuite arrivé vers moi, raconte-t-il.
Il m'a dit : "Viens Farhat, on va discuter.""
Interrogé pendant plusieurs heures, il parvient à prévenir
par une fenêtre ses neveux, qui alertent aussitôt la famille
et l'ambassade de France à Beyrouth. Il passe aussi quelques
appels depuis son portable, avant qu'un policier n'entre dans la pièce
et confisque le téléphone, en l'insultant et en le giflant.
"Ici, tu es en Syrie, tu n'as aucun droit, oublie ton passeport
!", lui aurait crié le fonctionnaire. En fin de journée,
M. Farhat est emmené au centre 235, à Damas, une prison
connue pour sa dureté.
A l'arrivée, les coups pleuvent. M. Farhat marche en claudiquant,
en raison d'un pied cassé trois mois plus tôt. Un des
gardes s'en aperçoit : il concentre ses impacts sur l'endroit
douloureux, puis le frappe avec un câble électrique.
L'interrogatoire qui suit porte, une nouvelle fois, sur ses visites
en Syrie - où il n'était pourtant jamais venu auparavant
- et sur l'obtention de la nationalité française. Puis
M. Farhat est laissé dans un couloir. Là, on lui dit
qu'il sera vite relâché. Il y côtoie d'autres prisonniers.
"Il y avait plein de gens qui pleuraient et criaient, souligne-t-il.
Ils étaient menottés, tête baissée. J'entendais
aussi le crachotement de l'électricité, en provenance
d'une pièce." Un homme brûlé, le visage ensanglanté,
tombe sur lui.
M. Farhat est à nouveau frappé, puis conduit au sous-sol.
Il se retrouve dans un cachot de quelques mètres carrés,
avec autres 46 personnes. "Certains étaient là
depuis quatre-cinq ans, sans savoir pourquoi, précise-t-il.
Ils me demandaient des nouvelles de l'extérieur. Ma tête
tournait."
Pour dormir, il faut se relayer. Certains doivent rester debout. Chaque
jour, des prisonniers sont extraits pour des interrogatoires. M. Farhat
se souvient, en particulier, d'un chauffeur de taxi, enfermé
depuis plusieurs mois. Il était torturé avec des pinces
électriques accrochées dans le dos, au sexe ou aux pieds.
"Il sentait le barbecue..." Un jour, un enfant de 4 ans
est incarcéré avec son père. Il lui redonne un
peu d'espoir : "Il est venu vers moi, on a un peu joué."
Le 15 septembre, on rend à M. Farhat son passeport, on lui
confirme qu'aucune charge ne pèse sur ses épaules. Il
peut rentrer au Liban, mais ne devrait pas trop s'épancher
sur son expérience syrienne, lui conseille-t-on.
Il fait pourtant le contraire, dès son retour en France, en
sollicitant le conseil de Me Patrick Baudouin, de la Fédération
internationale pour les droits de l'homme (FIDH) et de la Ligue des
droits de l'homme (LDH). Ensemble, ils demandent l'ouverture d'une
information judiciaire et la fin du silence observé par le
Quai d'Orsay dans cette affaire. L'ambassade de France à Damas
a seulement indiqué avoir tenté, en vain, d'obtenir
des éclaircissements.
Le 2 novembre, Roland Muzeau, sénateur communiste des Hauts-de-Seine,
a interpellé par courrier le ministre des affaires étrangères,
Philippe Douste-Blazy, en soulignant le préjudice moral, physique
et professionnel subi par M. Farhat. Le sénateur s'étonnait
aussi de la "façon de procéder" du ministère,
qui n'a ni répondu aux courriers de la victime ni accusé
réception de ceux-ci. "Les ambassades à Beyrouth
et Damas ont été immédiatement prévenues
du sort de M. Farhat, rappelle Me Baudouin. Ce cas emblématique
des traitements subis dans les geôles syriennes mériterait
un peu plus d'attention."
Source : Piotr Smolar, Le Monde du 23 avril 2006
Mort du poète Mohammed Al Maghout
L'écrivain et poète syrien Mohammed Al Maghout, 72
ans, considéré comme le pionnier de la poésie
arabe contemporaine et décédé lundi à
Damas, a été inhumé mercredi dans son village
natal de Salamya, à 210 km au nord de la capitale syrienne.
Son corps a été transporté dans une ambulance
depuis un hôpital de Damas où il reposait vers son village.
Le drapeau syrien enveloppait le cercueil.
De nombreuses personnalités ont assisté à une
cérémonie en hommage au poète à Damas,
dont les ministres de l'Information Mohsen Bilal et de la Culture
Riad Naassan ainsi que des députés, des artistes et
des écrivains.
Mohammed Al Maghout était également dramaturge, auteur
d'un grand nombre de pièces de théâtre et de scénarios
de films ("Le rapport", "La frontière")
et critique littéraire.
Homme mélancolique, les titres de ses oeuvres poétiques
sont révélateurs: "Tristesse au clair de lune"
(1959), "La chambre au million de murs" (1960) ou encore
"La joie n'est pas mon métier" (1970).
Pour le théâtre, il a notamment écrit "La
ferme d'octobre", "A ta santé, ma patrie", "Les
coquelicots" et "La balançoire".
Ecrivain de l'absurde, ses écrits sont à la fois tragiques,
pleins d'humour et de dérision.
Selon le quotidien Al Hayat, "il est mort dans un fauteuil,
un mégot de cigarette à la main droite et à la
main gauche le téléphone", victime d'une crise
cardiaque.
Né en 1934 à Salamya, dans le gouvernorat de Hama,
il avait entamé des études d'agronomie avant d'y renoncer,
proclamant que sa spécialité était "l'étude
des insectes humains et non des insectes".
Installé en 1948 à Damas, il fut emprisonné
en 1955 pour sa brève appartenance au Parti syrien national
et social (PSNS - partisan de la Grande Syrie).
Plus tard, il raconte comment, "adolescent pauvre", il
a choisi le PSNS "car le local était proche de ma maison
et était chauffé, alors que celui du parti Baas ne l'était
pas et était situé plus loin". Source : AFP, 5
avril 2005
L’avocat syrien Haytham El Maleh, membre
fondateur de Justitia Universalis, reçoit la médaille
néerlandaise Geuzenpenning (Médaille des Gueux)
par Justitia Universalis, La Haye, 23 mars 2006
L'avocat syrien Haitham El Maleh combat depuis plus de cinquante ans
pour les droits humains en Syrie. Ce qui lui a valu entre autres sept
ans de prison. Agé aujourd'hui de 75 ans, il est actuellement
sous la menace d'un nouveau procès.
Notre ami El Maleh vient de se voir décerner la médaille
néerlandaise Geuzenpenning pour son « courageux engagement
pour les droits de l'Homme ».
La médaille "Geuzenpenning" est attribuée
chaque année par la fondation Geuzenverzet à une personne
ou organisation « qui s'est particulièrement engagée
pour la démocratie ou contre la dictature, la discrimination
et le racisme. » Cette distinction a été entre
autres décernée à la fondation Anne Frank et
au président tchèque Václav Havel.
M. El Maleh ne cesse de dénoncer la détention arbitraire
de centaines de citoyens syriens (dont des enfants) et la torture
dont ils sont l'objet par les services de sécurité qui
disposent d'une carte blanche depuis l'état d'urgence de 1963.
M. El Maleh est actuellement accusé d'avoir critiqué
ouvertement le système judiciaire syrien ; il risque à
son tour de retourner en prison.
Il fait actuellement l'objet d'une interdiction de sortie du territoire
syrien depuis qu'il avait plaidé, il y a trois ans, pour la
levée de l'état d'urgence en Syrie. « L'attention
internationale est importante mais tant que mes concitoyens ne peuvent
pas circuler librement, tant qu'ils sont torturés pour leurs
idées et tant que l'état d'urgence reste en vigueur,
il n'y a aucun espoir pour les droits de l'Homme, encore moins pour
la démocratie. » a-t-il déclaré à
la presse néerlandaise.
Malgré son âge et le harcèlement du régime
syrien, Haytham El Maleh n'a pas l'intention de jeter l'éponge
: « mon association [Human Rights Association in Syria (HRAS)
] est passée en cinq ans de 35 à 180 militants. Ce qui
donne de l'espoir. Je ne prendrai jamais ma retraite. J'aime me battre
pour cette cause ».
Discours du M. Bernat Bot, ministre néerlandais
des Affaires Etrangères
Mesdames, Messieurs,
Est-ce vraiment le printemps de Damas qui s'annonce ou simplement
une période de redoux dans la rigueur de l'hiver ? C'est là
toute la question.
C'est un grand honneur pour moi de pouvoir remettre cette année
la Médaille des Gueux à Monsieur Haitham Maleh, au nom
de la Fondation Résistance des Gueux 1940-1945. L'engagement
de Monsieur Maleh, qui n'a cessé d'œuvrer en faveur d'une
justice indépendante, s'inscrit parfaitement dans la tradition
de la Résistance des Gueux – nom qui évoque ces
dissidents hollandais du seizième siècle luttant contre
la domination espagnole.
Depuis la Deuxième Guerre mondiale, la Résistance des
Gueux est associée à Vlaardingen. Pendant les périodes
les plus sombres, les Gueux ont défendu la liberté de
parole, payant souvent cette audace de leur vie. Leur courage est
un exemple pour chacun de nous. C'est pourquoi leur voix résonne
encore aujourd'hui. Non seulement aux Pays-Bas, mais partout où
des hommes s'engagent pour la liberté des autres.
Avant de vous parler des mérites de Monsieur Maleh, je tiens
à saluer son fils, Mohammed Anas Maleh. Je me réjouis
que vous vous soyez joint à nous aujourd'hui pour recevoir
la Médaille des Gueux au nom de votre père, ce qui exprime
la confiance et la fierté d'un père pour son fils.
J'aurais souhaité aujourd'hui, près de quarante ans
après sa première visite aux Pays-Bas, pouvoir saluer
Haitham Maleh en personne. Les autorités syriennes n'ont cependant
pas voulu mettre fin à l'interdiction de sortie du territoire
dont il est frappé depuis trois ans. Le gouvernement néerlandais,
la présidence autrichienne de l'Union européenne et
même le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme
n'ont pas ménagé leurs efforts pour faire fléchir
les autorités syriennes. Malheureusement sans succès.
Monsieur Maleh n'est cependant pas tout à fait absent aujourd'hui.
Monsieur, nous savons que vous nous entendez. Et nous savons que vous
suivez la cérémonie en direct par internet. Nous sommes
nombreux, ici, à vous avoir vu vendredi dernier à la
télévision néerlandaise. Certes, le monde actuel
est un village global, le téléphone, la télévision
et Internet ayant fait disparaître les frontières. Pourtant
nous souhaitons vraiment pouvoir vous voir en personne bientôt.
Cher Monsieur, Mesdames, Messieurs,
Dans leurs contacts avec la Syrie comme avec les autres pays, les
Pays-Bas et l'Union européenne rappellent sans relâche
l'importance de la liberté de presse, de la liberté
de réunion, des droits des minorités et de la liberté
des organisations de la société civile, et, d'une façon
plus générale, de pouvoirs publics soucieux du respect
des règles et susceptibles d'y être contraints, si nécessaire,
par une justice indépendante. Dans ce domaine, les bonnes et
les mauvaises nouvelles se succèdent à un rythme accéléré.
Ainsi, le Centre de formation pour la société civile,
créé fin février à Damas grâce au
financement de la Commission européenne, vient de fermer ses
portes sur ordre des autorités syriennes. Ailleurs, des prisonniers
sont libérés tandis que d'autres personnes sont incarcérées
sans procès équitable.
Lorsque le président actuel est entré en fonctions,
certains ont parlé du printemps de Damas. Comme je l'ai déjà
dit, il serait tragique de devoir constater que ce printemps n'a été
qu'une brève période de redoux dans la rigueur de l'hiver.
Mais, fort heureusement, l'Union européenne ne se décourage
pas facilement. Aussi poursuivons-nous le dialogue avec la Syrie sur
une base de respect mais aussi de clarté et de fermeté.
Mesdames, Messieurs,
Vous et moi sommes rassemblés ici en tant que gardiens de la
liberté de parole. qui, ces derniers temps, a fait couler beaucoup
d'encre. La liberté d'_expression serait menacée en
Europe, ou servirait, au contraire, à offenser les autres en
raison de leurs convictions religieuses. Je me suis constamment efforcé
d'adopter et de promouvoir une position nuancée à ce
sujet, lors de ma visite en Arabie Saoudite et au Qatar notamment.
En fait, nous souscrivons, en Europe, à l'adage attribué
à Voltaire : « Je désapprouve ce que vous dites,
mais je défendrai jusqu'à la mort votre droit de le
dire ».
Mais nous souscrivons également à la célèbre
Règle d'or, inspirée, pour les chrétiens, du
discours de Jésus sur la montagne, et qui dit : « Ne
fais pas à autrui ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse
». Traite les autres comme tu voudrais être traité
toi-même.
La Convention européenne des droits de l'homme indique clairement
que la liberté d'_expression ne peut être restreinte
que par la loi et que ces restrictions doivent être justifiées
par « les besoins d'une société démocratique.
» Tel est le cas pour les interdictions portant sur la diffamation,
la discrimination ou l'appel à la violence. Et dans les cas
particuliers où il y a conflit entre la liberté d'_expression
et ces interdictions, c'est à la justice, et non aux gouvernements,
qu'il revient d'établir la priorité entre ces deux principes.
La loi protège l'individu contre les restrictions de sa liberté
par les pouvoirs publics et donne aussi un cadre permettant de punir
l'usage inacceptable de la liberté d'_expression d'un individu
contre un autre.
À l'heure où notre monde se rétrécit de
plus en plus, nous devons investir dans le respect et la compréhension
mutuels, notamment dans le domaine des droits de l'homme. Une erreur
très répandue consiste à croire que les droits
universels de l'homme ne s'adressent qu'aux Occidentaux. Pourtant
tous les pays membres de l'ONU ont souscrit à la déclaration
universelle des droits de l'homme. La plupart des conventions des
droits de l'homme, que les pays sont libres de signer ou non, se fondent
sur cette déclaration.
L'universalité des droits de l'homme est aussi corroborée
par le fait que toutes les civilisations, quels que soient le lieu
et l'époque, ont professé des idées comparables
sur les droits de l'homme.
Ainsi, le code d'Hammurabi, roi de Babylone, qui date d'environ 1752
avant Jésus-Christ – il y a donc 3 758 ans – énonce
des dispositions étonnamment modernes sur la révocation
des juges partiaux et la lutte contre les violences faites aux femmes.
Le code imposait la protection des « pauvres, veuves, orphelins
et opprimés». Le philosophe chinois Mo Zi qui –
il y a quelque 2 400 ans –, soulignait, quant à lui,
l'importance du devoir accompli, du don de soi et du respect des autres
« non pas seulement pour les membres du clan ou de la famille,
mais dans tout l'univers ». Et plus récemment, pensons
aux droits et libertés que l'empire ottoman accordait à
ses sujets, chrétiens et juifs inclus : le droit à la
vie, l'immunité contre l'arbitraire de l'État, une justice
indépendante, l'interdiction de la torture, la liberté
d'_expression, le droit à la vie privée et la liberté
de voyager.
Même si Haitam Maleh a dû parfois se sentir très
seul dans les épreuves qu'il a subies, il n'est pas seul. Hier
comme aujourd'hui, beaucoup soutiennent sa cause, dans son pays également.
L'Association des droits de l'homme qu'il a fondée en Syrie
compte actuellement 150 membres. Et votre présence ici est
la preuve qu'aux Pays-Bas aussi il est soutenu dans son combat.
C'est un combat non violent. Maleh a choisi le Coran pour guide. Pour
lui, le prophète Mohammed a laissé un message d'équité
qui prône la défense des pauvres et des opprimés.
Ce qui ne veut pas dire qu'il recule devant le danger. Au risque de
sa vie, il a accepté d'être médiateur dans les
confrontations entre les forces de l'ordre et les citoyens kurdes,
dans le quartier de Dummar à Damas.
Aujourd'hui, nous rendons aussi hommage à un homme qui a passé
sept ans en prison. C'est là qu'en assemblant des milliers
de débris de verre, il a fabriqué des textes qui ornent
maintenant les murs de son bureau. Dans l'un d'entre eux, emprunté
au Coran, Moïse s'exclame : « Seigneur, grâce aux
bienfaits dont tu m'as comblé, jamais je ne soutiendrai les
criminels » [1].
Voilà plus de quarante années que Haitham Maleh mène,
dans cette Syrie qui lui est chère, une action contre les abus
induits par la loi sur l'état d'urgence. Cette loi, entrée
en vigueur en 1963, l'est toujours à l'heure actuelle. Elle
donne une immense liberté d'action aux services secrets syriens,
et il n'est pas rare que des personnes disparaissent, pour des années,
derrière les barreaux sans procès équitable.
Maleh n'hésite pas à dénoncer les fautes du régime
et à manifester son opposition. Il s'appuie sur le code civil
pour exiger des autorités un procès équitable
pour les opposants politiques et les criminels de droit commun.
À une Néerlandaise qui lui demandait récemment
ce qu'il faudrait en Syrie pour permettre des réformes, Monsieur
Maleh a répondu : « La pluie lave la poussière
et la saleté, fait germer les plantes, mais tombe toujours
de haut en bas ». Il a raison : ce n'est pas une révolution,
mais une politique de réformes qui changera la situation durablement.
Il faudra que les dirigeants actuels prennent conscience que ces changements
sont indispensables si la Syrie veut conserver les valeurs auxquelles
elle est attachée.
C'est dans un esprit de profond respect pour le courage, la tolérance
et la persévérance d'Haitham Maleh que je voudrais maintenant
passer à la remise de la Médaille des Gueux 2006.
[1] Sourate 28.17
Source : Justitia Universalis, P.O. Box 17110, 2502 CC The Hague -
The Netherlands
Tel. +31 30 236 93 86, Fax +31 30 230 45 11. Courriel : juniversalis@gmail.com
Site web : <http://www.justitia-universalis.net>
Qui des 25 sera le Ahmed Chalabi syrien ?
Des représentants de plusieurs composantes de l'opposition
syrienne, dont un ancien vice-président, étaient réunis
jeudi à Bruxelles afin de créer un "front uni"
pour renverser le régime du président syrien Bachar
al-Assad, a-t-on appris auprès des participants.
L'ancien vice-président syrien Abdelhalim Khaddam, qui vit
en exil à Paris depuis sa démission de ses fonctions
en juin, ainsi que le chef des Frères musulmans Ali Asr Eddine
el-Bayanouni, participent à la réunion, selon un collabortateur
de M. Khaddam joint par l'AFP.
Des représentants libéraux, kurdes et nationalistes
sont également présents, soit 25 personnes, a-t-il ajouté.
M. Khaddam, 73 ans, a quitté la Syrie après avoir dénoncé
les autorités syriennes, qui, en retour, l'ont accusé
de "haute trahison" et ouvert une procédure judiciaire
à son encontre.
"L'objectif est d'obtenir un changement de régime et
d'introduire une vraie démocratie en Syrie, à l'occidentale",
a expliqué jeudi le collaborateur de M. Khaddam.
Pour y parvenir, le futur front de l'opposition compte utiliser des
moyens "100% syriens et civils". "Il n'y aura pas de
demande d'aide étrangère et pas d'intervention de l'armée
syrienne", a ajouté ce responsable.
Le front va "inviter tous les Syriens" à le rejoindre
et "cela va grandir comme une boule de neige dans les prochains
mois", selon la même source.
Les participants à la réunion de Bruxelles doivent
en principe élire leur chef, qui devrait être présenté
lors d'une conférence de presse prévue dans la capitale
belge vendredi à 13H00 (12H00 GMT). Source : AFP, 16 mars 20069
La Syrie décide de faire toutes ses
transactions en Euro
Ce fut une des motivations pour les USA à envahir l'Iraq :
la décision de ce pays de faire toutes ses transactions en
Euro et non plus en dollars une fois l'embargo levé. L'Iran
est en train de passer à l'Euro pour ses ventes de pétrole.
Et voici que la Syrie s'y met à son tour. Désormais,
Damas fera toutes ses transactions en Euro et non plus en billets
verts. Vu de Washington, c'est une véritable déclaration
de guerre, même si le montant des transactions effectuées
par la Syrie est très modeste : en 2004, le pays a importé
pour 6,7 milliards de $ de biens et en a exporté pour 5,4 milliards.
La production pétrolière quotidienne est de 400 000
barils par jour. Selon un économiste, la décision syrienne
est une sorte d'action préventive pour empêcher un gel
de ses avoirs en dollars en cas d'escalade des mesures d'embargo prises
contre la Syrie par les USA. En 2004, Waddington a en effet interdit
certaines exportations vers la Syrie, a coupé les liens avec
la Banque commerciale de Syrie et a gelé les avoirs de Syriens
censés être liés au terrorisme.
L'utilisation de dollars pour acheter le pétrole a conduit
à une situation où il y a plus de dollars à l'extérieur
des USA qu'à l'intérieur, la réserve fédérale
US imprimant des billets à la en veux tu-en voilà, vendus
contre devises étrangères aux pays en ayant besoin pour
acheter du pétrole. C'est donc une source d'enrichissement
pour les USA qui ne leur coûte que le prix de l'impression des
billets et leur rapporte des devises étrangères. Plus
les USA impriment de dollars, plus ils se dévaluent. Mais si
tous les pays du monde essayaient soudain d'acheter des biens US pour
les dollars qu'ils détiennent, la valeur des billets verts
remonterait vertigineusement. Actuellement, même si sa valeur
a chuté de 40% sous la présidence Bush, le dollar reste
fortement surévalué. Chaque fois qu'un pays décide
de passer du dollar à l'Euro pour ses transactions, la valeur
du dollar baisse et celle de l'Euro augmente.
Source : Reuters, 14 février 2006