www.quibla.net

   
 
Monde arabe - Libye
 
 


Serge Chapleau, 8 janvier 1986, encre sur papier, 28X21 cm. © McCord Museum

30/08/06 - Kadhafi : Le fossoyeur de la cause nationale arabe


par René Naba, 29 août 2006

La Libye célèbre, ce 1er septembre 2006, le 37ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Colonel Mouammar Al Kadhafi, promu désormais par le mécanisme de l’ancienneté, Doyen des Chefs d’État arabes et par sa reddition en rase campagne au diktat américain au rang de nouvelle coqueluche des médias occidentaux.

C’est là l’occasion d’un bilan dédié aux personnalités suivantes :

Soudan: Abdel Khaleq Mahjoub, Secrétaire général du Parti communiste soudanais et le colonel Hachem Al-Atta, un des plus brillants représentants de la nouvelle génération des jeunes officiers arabes, livrés à Khartoum par Mouammar Al Kadhafi à la suite d’une tentative de coup d’état, et exécutés sur ordre du président soudanais, le général Gaafar Al-Nimeiry.

Liban: L’ Iman Moussa Sadr, fondateur du mouvement chiite libanais « Amal », mystérieusement disparu au terme d’un voyage en Libye, le 31 Août 1978 .

Libye : Daif Al Ghazal, journaliste au quotidien gouvernemental «Al-Zahf Al-Akhdar» (La Marche Verte), puis au journal en ligne «Libya Al Yom» (La Libye aujourd’hui), assassiné pour avoir dénoncé la «corruption et le népotisme» du régime du Colonel Kadhafi. Son cadavre mutilé a été retrouvé le 1er juin 2005 dans la région de Benghazi (Nord-Est de la Libye).

----------------

En 37 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’Unité arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme arabe, le démineur par excellence des menées américaines dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël. Tombeur de la dynastie Senoussi, première conséquence directe de la défaite arabe de juin 1967, l’héritier présomptif de Nasser sera propulsé au firmament politique lors de sa nationalisation des installations pétrolières anglo-saxonnes et de la gigantesque base aérienne américaine «Wheelus Air Field», rebaptisée, en juin 1970, du nom d’un grand conquérant arabe «Oqbah Ben Nafeh». Mais, simultanément, l’homme de la relève s’appliquera fougueusement à dilapider systématiquement le capital de sympathie qu’il s’était spontanément constitué et à affaiblir méthodiquement son propre camp.

Éternel second de la politique arabe réduit à un rôle d’appoint, Mouammar Kadhafi, épris de rêves de grandeur mais affligé d’un mouvement pendulaire, n’a jamais cessé d’osciller entre les deux pôles du monde arabe, le Machreq (le Levant) et le Maghreb (le Ponant), épousant toutes les formes d’union, - confédération, fédération, fusion-, tour à tour avec les États de la vallée du Nil (Égypte-Soudan), en 1970, avec les bureaucraties militaires prosoviétiques (Égypte, Syrie,Soudan), en 1971, puis avec l’Égypte seule, avant de se tourner vers le Maghreb, avec la Tunisie (1980), puis l’Algérie, pour finalement jeter son dévolu sur l’Afrique sub-saharienne, où il s’applique depuis le début de ce siècle à jeter les bases d’un État trans-continental. À part ses pulsions, impulsions et compulsions, ce fringant colonel n’aura jamais tiré le moindre coup de feu contre ses ennemis déclarés, Israël et les Etats-Unis.

Mais sur son sombre tableau de chasse, il épinglera, tragiquement, certaines des figures les plus emblématiques du mouvement contestataire arabe, le chef charismatique du Parti communiste soudanais, Abdel Khaleq Mahjoub, en 1971, ainsi que le chef spirituel de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr, en 1978.

L’animateur du groupe des «officiers libres» libyens, ainsi dénommé sur le modèle de leurs aînés égyptiens, fera cause commune avec les Britanniques, au mépris de son aversion déclarée pour ses anciens colonisateurs, en ordonnant le déroutement d’un avion de ligne de la BOAC (British Overseas Airways Corporation), en juillet 1971, pour livrer à son voisin soudanais, le général Gaafar Al Nimeiry, les auteurs communistes d’un coup de force, notamment le colonel Hachem Al Attah, un des plus brillants représentants de la nouvelle génération des jeunes officiers arabes. Pis, au mépris des règles de l’asile politique, Kadhafi livrera le chef communiste Mahjoub, malencontreusement réfugié en Libye, pieds et poings liés au président Nimeiry. Les remords marmonnés en 1976 devant cet acte de forfaiture ne l’empêcheront pas de récidiver deux ans plus tard contre l’Imam Moussa Sadr, mystérieusement disparu au terme d’un séjour à Tripoli, en 1978, au paroxysme de la guerre du Liban. Le tortionnaire soudanais se déconsidérera par la suite, et son complice libyen avec, en supervisant le premier pont aérien d’Ethiopiens de confession juive vers Israël.

Saluée par la presse occidentale comme un acte de bravoure, l’opération dans la foulée de la double décapitation du plus grand parti communiste du monde arabe et du premier mouvement militant chiite du monde arabe (Amal), a affecté durablement les capacités combatives du camp progressiste et renforcé les capacités démographiques d’Israël avec l’apport de 80.000 Falashas.

L’homme fera le délice des journaux occidentaux trop heureux de cette aubaine médiatique. Mais sa désinvolture suscitera des pulsions mortifères dans de larges couches du monde arabe. En 1982, dans Beyrouth assiégée, à Yasser Arafat ployant sous le pilonnage de l’aviation israélienne face à un immobilisme arabe quasi-général, l’homme de Tripoli, confortablement tapi à Aziziah, la caserne militaire transformée en résidence officielle, à des milliers de kilomètres du camp retranché libanais en ruines, plutôt que de forcer le blocus israélien pour voler au secours du chef palestinien, plutôt que de se taire, lui conseillera, affligeant conseil, non «le martyr», la sublimation symbolique de la mort au combat, mais le suicide, infligeant une épreuve supplémentaire au supplice palestinien. Ce à quoi Abou Ammar (Arafat) répondra sèchement par retour de télégramme : « Suicide-toi toi-même ».

Quatre ans plus tard, terré une semaine dans son abri tripolitain au premier coup de semonce de l’aviation américaine, en avril 1986, Kadhafi, orchestrera, sans crainte du ridicule, une campagne médiatique visant à élever Tripoli au rang de «Hanoi des Arabes», occultant le combat singulier des Beyrouthins durant les soixante jours de siège israélien, s’attirant par la même le sarcasme des correspondants de guerre plutôt avertis des réalités du terrain. L’homme fera aussi la fortune des marchands d’armes et la ruine de son pays. L’impressionnant arsenal militaire dont il s’est doté dès son arrivée au pouvoir en 1970 par des achats massifs d’armes à la France -dont le contrat du siècle portant sur la livraison de 75 avions de combat Mirage, de l’ordre de quinze milliards de FF de l’époque- sera carbonisé en 18 mois par son propre fournisseur français par suite de retentissants revers au Tchad, en 1985 et 1986, notamment à Wadi Doum et Faya Largeau.

Sans égard pour les conséquences tragiques de sa décision, Kadhafi ordonnera l’expulsion de deux cent mille (200 000) travailleurs égyptiens, au début des années 1980, pour sanctionner l’équipée solitaire du président Anouar El Sadate dans ses négociations de paix avec Israël. Récidiviste, il ordonnera cinq ans plus tard, en 1984, l’expulsion de près d’un million de travailleurs africains pour sanctionner les réticences des dirigeants africains à l’égard de son activisme belliqueux.

Piètre stratège, piètre tacticien, d’une nocivité vibrionnaire, l’homme s’aliénera alors définitivement la sympathie de ses alliés naturels. Il ne devra sa survie qu’à la protection de l’Union soviétique qui pensera compenser par la Libye la défection de l’Égypte post-nassérienne, à la vigilance des services de renseignements est-allemands qui déjoueront de nombreuses tentatives de coups d’État fomentés contre lui, ainsi qu’à celle des aviateurs nord-coréens et syriens qui assureront une protection permanente de son espace aérien.

La guerre verbale aura été la seule guerre qu’il aura véritablement menée. L’homme avait en effet développé une phraséologie outrageusement polémique dans le souci d’accréditer l’idée qu’il menait l’avant-garde du combat contre «l’impérialisme américain» et faire oublier ainsi ses connexions antérieures anglo-saxonnes. Kadhafi usait, ainsi que ses médias, d’une terminologie à telle point outrancière que la population avait peine parfois à la décoder, à le décoder.

Un sommet Reagan-Thatcher, du nom du président américain Ronald Reagan et du premier ministre britannique Margaret Thatcher, au pouvoir dans les années 1980, était présenté comme une rencontre entre «le chien enragé d’Israël et la tueuse d’enfants» par allusion au raid américain d’avril 1986 contre Tripoli au cours duquel la fille adoptive du colonel avait été tuée. Le Caire qui signifie en arabe «la victorieuse» était désignée, par inversion, la «vaincue» et le mouvement chiite Amal qui signifie en arabe «l’espoir» était qualifié de «désespoir». La «Maison Blanche» était devenue «La Maison Noire», le Royaume Uni, «le porte-avion immobile des Américains», par allusion à l’autorisation donnée aux appareils américains de décoller des bases britanniques lors du raid contre la Libye. Le président égyptien Hosni Moubarak était, par un jeu de mots, l’affalé (Al Barek), le Roi Hussein de Jordanie «le traître» et le président tchadien Hissène Habre, en conflit avec la Libye, «le stipendié» .

Se piquant de culture, le «Guide suprême de la Révolution libyenne» édictera son «Livre Vert», un condensé de théories contradictoires glanées de l’air du temps qui se présentait comme une sorte de «Troisième Théorie Universelle». Offert gracieusement à toute personne de passage en Libye ou en rapport avec ce pays, une formalité obligée, cet ouvrage se proposait d’instaurer un socialisme sans socialistes, une démocratie sans démocrates et un pouvoir populaire sans peuple. La «populocratie» «Jamahirya» qui en a tenu lieu, a érigé la bureaucratie en système de gouvernement et le parasitisme en règle de vie. A son actif aussi, au passif de la cause qu’il était censé promouvoir, la destruction des avions de lignes commerciales, un appareil de la compagnie américaine «PANAM» à Lockerbie (Ecosse), en 1988, un avion de la compagnie française UTA au dessus du désert tchadien, ainsi qu’un attentat contre une discothèque à Berlin.

Un blocus draconien de dix ans (1992-2002) aura raison de sa résistance. Kadhafi livrera son plus proche collaborateur à la justice internationale en tant que victime expiatoire de l’attentat de Lockerbie, avant de basculer lui-même sous les fourches caudines américaines, trop heureux d’échapper au sort funeste de l’Irakien Saddam Hussein.

En 1995, hanté par une idée qu’il pensait «géniale», il expédia un groupe de Libyens en pèlerinage à la Mosquée «Al Aqsa» à Jérusalem, troisième Haut Lieu Saint de l’Islam, s’imaginant briser par un coup d’éclat le blocus frappant la Libye depuis trois ans. Mais ce pèlerinage rocambolesque a finalement abouti à cautionner la souveraineté israélienne sur la ville sainte et à conforter l’État hébreu dans son rôle de garant des Lieux Saints.

En Décembre 2003, en une opération apparue comme une capitulation en rase campagne, Kadhafi s’abandonnera aux Américains livrant sans coup férir la totalité de son programme nucléaire à l’administration néo-conservatrice du président George Bush jr, dévoilant du même coup tout un pan de la coopération des pays arabes et musulmans (Pakistan, Iran, Syrie) dans le domaine de la technologie nucléaire.

Sadate dans son escapade solitaire avait pour lui l’excuse de la paix. Kadhafi, la survie de sa personne. Deux ans après sa reddition sans condition à l’ordre américain, le colonel Kadhafi, égal à lui même au sommet arabe d’Alger, le 22 mars 2005, traitait Palestiniens et Israéliens d’«idiots» pour n’avoir pas édifié une fédération «Isratine», néologisme forgé par la contraction d’Israël et de Palestine, gommant d’un trait cinquante ans de combat du peuple palestinien pour prévenir la négation de son identité nationale.

Au plus fort de l’exaspération nationaliste en Irak et en Palestine, alors que le Premier ministre israélien Ariel Sharon se livrait en toute impunité à des liquidations extrajudiciaires, les assassinats ciblés par hélicoptère des dirigeants islamistes, Cheikh Ahmed Yacine et Abdel Aziz Al Rantissi, que le chef démocratiquement élu de l’Autorité palestinienne en personne, Yasser Arafat, était confiné en résidence forcée depuis trois ans à Ramallah et que l’opinion mondiale était sous le choc des révélations des tortures de la prison irakienne d’Abou Ghraïb, le Libyen, toute honte bue, justifiait son renoncement en des termes qui ont retenti comme une désertion. «L’Amérique n’a jamais été l’ennemie de la Libye, laquelle a été sanctionnée pour sa solidarité avec Yasser Arafat et les causes du tiers monde (...) Arafat s’acoquine avec les Américains et son premier ministre se saoule avec son homologue israélien (..) Les Libyens doivent se ranger du côté de l’Amérique», affirmera-t-il il contre toute évidence à Syrte devant une assemblée impassible dépitée par tant de reniements.( Discours inaugural de la réunion annuelle du congrès populaire arabe (Assemblée nationale) à Syrte, in «Al Qods Al-Arabi», 4 mars 2004).

Maniérisme avéré? Narcissisme affirmé? Ce révolutionnaire aura vécu dans l’opulence à bord de voitures rutilantes, entouré d’amazones de légende, une ribambelle de jolies filles chargées de sa protection rapprochée, un tailleur italien à deux doigts de couture de son auguste personne, ses enfants, Seif El Islam et surtout le cadet Hannibal, dans un luxe tapageur, défrayant régulièrement la chronique mondaine des capitales occidentales. Trônant désormais sur une nappe de pétrole, le doyen des dirigeants arabes contemporains, la trésorerie débordante de devises fortes, manque singulièrement de crédit. Nul n’est plus dupe. Nul ne sera plus dupé. La «Fondation Kadhafi pour les Droits de l’Homme», la structure ad hoc chargée de recycler le dirigeant libyen dans l’honorabilité en réglant au plus fort coût le prix de ses turpitudes passées, notamment l’indemnisation des 288 victimes de Lockerbie ou la libération des otages occidentaux de Mindanao (Philippines) relève du domaine du rafistolage.

Par ses foucades et ses rebuffades, ce militaire d’apparat et de parade, ce théoricien révolutionnaire de la troisième voie universelle, s’est mû en bouffon des sommets arabes qu’il menace régulièrement de quitter, en risée universelle de l’opinion internationale, au désespoir des peuples arabes lassés par ses frasques à répétition.

René Naba est écrivain. Derniers ouvrages parus : «Aux origines de la tragédie arabe » Editions Bachari, juin 2006, «Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français », L’ Harmattan novembre 2002

 

Kadhafi lance le "Pacte de Tombouctou" pour un "Grand Sahara"


Le nouveau projet du Guide la Révolution libyenne suscite critiques et railleries de la presse algérienne. Voici ce qu'écrit Zine Cherfaoui dans El Watan du 12 avril 2006 :
Le guide de la Révolution libyenne, Mouammar El Kadhafi, renoue avec ses extravagances et ses sorties spectaculaires. Il vient de prouver, une nouvelle fois, qu'il est prêt à tout tenter pour faire revenir son pays sur la scène internationale et, surtout, à faire parler de lui. Quitte à prendre le risque d'entraîner la région dans une crise inextricable.
Après avoir échoué à réaliser son « rêve » de créer, en 2000, les Etats-Unis d'Afrique (EUA), en remplacement de la défunte Organisation de l'unité africaine (OUA), le dirigeant libyen s'est distingué, lundi soir, en appelant les habitants du Sahara, principalement les tribus qui y vivent, à se réunir dans un ensemble formant « le Grand Sahara » qui s'étendrait du Sénégal à l'Irak. Le fantasque guide libyen a annoncé son nouveau « plan », destiné à protéger la région du Sahel des visées « néocolonialistes » et à la prémunir contre l'action des éléments des services de renseignements occidentaux qui y « grenouillent », alors qu'il se trouvait à Tombouctou, au nord du Mali, où il a participé, avec d'autres présidents africains, à la célébration du Mouloud. Mouammar El Kadhafi a rallié le Mali à partir du Sénégal où il était en visite officielle. « Nous ne devons pas prendre des armes contre nous-mêmes. Nous devons mettre en valeur notre Sahara pour vivre en paix, dans la sécurité et la stabilité. » Nous sommes une grande famille dans ce grand Sahara. Nous portons des armes contre nos ennemis et nous mourrons pour le Sahara », a plaidé, cité par l'agence Jana, le dirigeant libyen au cours de la prière d'el maghrib qu'il a dirigée à Tombouctou et qui a ponctué la fête de célébration du Mouloud organisée par les autorités maliennes, baptisée, à l'occasion, « grande cérémonie du défi islamique ».

L'argument néocolonialiste et l'action des services étrangers

Le colonel Kadhafi a prononcé son serment devant les chefs d'Etat du Sénégal, du Mali, du Niger, de la Sierra Leone et du colonel Ali Ould Mohamed Val, président du Conseil militaire mauritanien de la justice et de la démocratie. Le vice-Premier ministre de la Tchétchénie, le délégué général auprès du président de l'Union russe, Zid Mohamed Sissi, Louis Farrakhan, leader de la nation de l'Islam en Amérique, des chefs de tribus et des confréries soufies ont assisté également au prêche du Guide de la révolution libyenne. Pour concrétiser son projet de création du « grand Sahara » et le protéger contre « les ennemis », Mouammar El Kadhafi a préconisé à ses auditeurs la conclusion d'un pacte. « Les tribus du Sahara du Croissant fertile au fleuve du Sénégal ne doivent pas prendre les armes contre elles-mêmes. Nous sommes une même famille et nous devons protéger le Sahara contre les ennemis. Nous allons instituer le pacte de Tombouctou que nous devons tous signer. Il y a avec nous maintenant de rois, des sultans, des cheikhs, des chefs des tribus du Grand Sahara, des personnalités islamiques, des organisations et associations islamiques du monde entier et, avec nous aussi, Louis Farrakhan, leader de la nation de l'Islam », a-t-il déclaré. Le dirigeant libyen, qui n'a pas manqué, lors de son sermon, de tomber à bras raccourcis sur les pays occidentaux en raison de leur gestion de l'affaire des caricatures « insultantes » du Prophète, n'évoque pas l'utilité, par contre, de consulter les Etats dont le territoire, comme celui de l'Algérie, comprend pourtant la majeure partie du Sahara, pour étudier la faisabilité de son projet. Au contraire, en faisant l'impasse sur la nécessité de consulter les Etats et en s'adressant directement aux tribus, Mouammar El Kadhafi - qui a eu à réprimer dans le sang des manifestants libyens descendus dans la rue pour protester contre la publication, par la presse européenne, des caricatures du Prophète - prend ainsi le risque de faire payer cher à la région son « fantasme ». Son initiative consistant à considérer le Sahara comme un bien vacant sonne à tout le moins, aujourd'hui, comme une provocation. Plus, elle est assimilable à une tentative de déstabilisation des Etats de la région. En ce sens, l'idée du « grand Sahara » lancée à partir du Mali par le Guide de la révolution libyenne ne va pas sans rappeler le vieux projet financé et longtemps soutenu par certains pays de l'Europe de l'Ouest de créer une sorte de « Targuistan » entre l'Algérie, le Mali et le Niger pour faire main basse sur les ressources pétrolières et les mines d'or et d'uranium de ces trois pays.
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-12/2006-04-12-40331

 

14 prisonniers politiques libérés , mais il faut renforcer la réforme des droits de l'homme

 

par Human Rights Watch, 25 janvier 2006 Signe que la Libye sort d'une longue période d'isolement international, le gouvernement a fait quelques pas importants pour améliorer la situation des droits de l'homme, en incluant la libération récente de 14 prisonniers politiques. Cependant le gouvernement libyen en détient toujours d'autres, s'adonne à des procès injustes et restreint sévèrement les libertés d'_expression et d'association, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd'hui.

 

« Nous saluons les premiers pas de la Libye vers la réforme », a dit Kenneth Roth, le directeur exécutif de Human Rights Watch qui a visité Tripoli cette semaine pour présenter le rapport au gouvernement. « Mais le gouvernement a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre les normes internationales des droits de l'homme ».

Malgré ces améliorations, le gouvernement libyen viole encore les droits fondamentaux de l'homme, confie Human Rights Watch. Il proscrit des groupes politiques non-autorisés, des médias indépendants et des organisations non-gouvernementales établies. Il a emprisonné des détracteurs pacifiques et les a gardés en détention en dépit des lois libyenne et internationale, en utilisant quelquefois la torture pour leur arracher des confessions. Le sort de nombreux prisonniers politiques reste encore incertain à ce jour.

Au cours des dernières années, le gouvernement libyen a cependant amélioré les conditions de vie dans les prisons et a fermé une cour de justice spéciale qui condamnait injustement ceux cherchant pacifiquement un changement politique. Il a autorisé des organisations internationales des droits de l'homme, y compris Human Rights Watch, à mener des enquêtes et des campagnes de sensibilisation dans le pays.

Le rapport de 84 pages intitulé "Words to Deeds: Libya's Urgent Need for Human Rights Reform" (des mots aux actes : un besoin urgent pour une réforme des droits de l'homme en Libye), est inspiré essentiellement du tout premier voyage de Human Rights Watch en Libye, effectué au milieu de l'année 2005, voyage que l'organisation a applaudi comme un geste encourageant vers la transparence. Les autorités ont permis de rencontrer un grand nombre de hauts responsables et d'accéder à des commissariats de police, un centre de détention pour immigrés et cinq prisons où 32 prisonniers ont été interrogés en privé. Des guides du gouvernement ont cependant escorté les chercheurs de Human Rights Watch à chaque instant et ont contrôlé les contacts non-autorisés avec les Libyens et les étrangers présents dans le pays.

Cette semaine, Human Rights Watch est revenue en Libye pour présenter ce rapport. Le gouvernement a annoncé à Human Rights Watch la libération des 14 prisonniers, énumérés ci-dessous, qui avait été condamnés pour leur implication dans deux organisations proscrites.

« Nous avons parlé ouvertement de nos préoccupations avec le gouvernement libyen » a déclaré Roth. « Nous sommes en désaccord sur de nombreuses questions de taille mais ils sont disposés à écouter et à discuter ».

Les lois fondamentales de la Libye respectent dévotement de nombreux droits fondamentaux mais la législation restreignant les libertés d'_expression et d'association est complètement contradictoire aux normes internationales des droits de l'homme, a ajouté Human Rights Watch. La Loi 71, par exemple, interdit toute activité de groupe basée sur une idéologie politique opposée aux principes de la Révolution Al- Fateh de 1969, qui a permis au chef libyen Mu`ammar Al-Qadhafi d'accéder au pouvoir Fathi Al-Jahmi, qui a fortement critiqué Qadhafi lors d'interviews avec les médias internationaux en mars 2004 est le prisonnier politique le plus connu. L'Agence de Sécurité Intérieure l'a gardé en détention sans procès jusqu'en décembre 2005. Il est maintenant jugé par la Cour pénale de Tripoli pour avoir diffusé de la désinformation, insulter Qadhafi et communiquer illégalement avec les étrangers contre les intérêts de l'état.

Le gouvernement détient toujours 86 membres de la Confrérie Musulmane, une organisation politique et sociale qui rejette la violence ; une cour de justice a condamné à mort les deux chefs du groupe. En octobre 2005, la Cour suprême a renversé le verdict des 86 hommes lors d'un retournement de situation favorable et a ordonné un nouveau procès. Un verdict est attendu le 31 janvier. Human Rights Watch a interrogé Fathi Al-Jahmi et les chefs de la Confrérie Musulmane dans le cadre du rapport.

La torture reste au centre des préoccupations. Le gouvernement libyen a criminalisé la torture affirmant plusieurs fois qu'il enquêtait et traitait en justice des cas dans lesquels la torture aurait été utilisée. Néanmoins, 15 des 32 individus interviewés par Human Rights Watch dans les prisons libyennes dans le cadre du rapport - des prisonniers politiques et des criminels communs ­ affirment que les forces de sécurité les ont torturés lors d'interrogatoires, généralement pour obtenir d'eux des confessions.

Lors des réunions de cette semaine avec Human Rights Watch, le gouvernement libyen a annoncé qu'il avait poursuivi 48 membres des forces de sécurité pour utilisation prétendue de la torture en 2004. Le gouvernement n'a pas dit combien d'entre eux avaient été condamnés, ni n'a fourni de chiffres pour 2005.

L'accusation de torture la plus célèbre fut portée par les cinq infirmières bulgares et le docteur palestinien condamnés à mort pour avoir prétendument inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens. Quatre de ces infirmières ont avoué à Human Rights Watch que les interrogateurs leur avaient fait subir des décharges électriques, les rouant de coups avec des câbles et des battons de bois et les frappant à grands coups sur les plantes de pieds. Lors d'un autre développement favorable, la Cour suprême a annulé les condamnations à mort en décembre et a accordé un nouveau procès aux accusés.

Le gouvernement contrôle les médias de façon stricte, a attesté Human Rights Watch. Il n'y a aucune station de radio ou de télévision privée et les autorités gouvernementales publient les principaux journaux du pays. Les seules sources d'information non censurées proviennent de programmes de télévision par satellite et par Internet, les deux ayant proliféré en Libye au cours des dernières années. Le gouvernement bloque de temps à autre quelques sites Internet et il a poursuivi en 2005 un auteur publié sur Internet, `Abd Al-Raziq Al-Mansuri, apparemment pour des critiques qu'il avait publiées ; il a reçu une peine d'emprisonnement d'un an et demi pour possession illégale d'une arme feu.

Le rapport fait également état de la réhabilitation internationale de la Libye pendant les cinq dernières années. Les gouvernements américain et européens sont attirés par la richesse en pétrole de la Libye et par la coopération stratégique de Qadhafi dans la lutte contre le terrorisme. Ils critiquent parfois le bilan des droits de l'homme en Libye mais laissent rarement leurs inquiétudes entraver un tel renforcement de leurs liens dans les domaines de la sécurité et de l'économie.

« Alors que les gouvernements occidentaux améliorent leurs relations avec la Libye, ils devraient exiger du gouvernement libyen un plus grand respect des droits de l'homme », a déclaré Roth. « La coopération de la Libye dans la lutte contre le terrorisme ne devrait pas être lui donner carte blanche pour commettre des atrocités ».

 

PRISONNIERS POLITIQUES LIBÉRÉS

Du Club de football Al-Ahli - pardonnés par le Conseil suprême pour
l'autorité judiciaire le 25 octobre 2005 :
1. Al-Sherif Moftah Al-Amami
2. Abdel Rehim Qarqum Al-Fitory
3. Rabea Khaled Al-Seayti
4. Soliman Saad Abd Rabbo Nejm
5. Abdel Choucas de Salam Al-Mazoughi
6. Ramadan de Mohamed Al-Amami
7. Ahmed Abdel Salam Al-Sherif
8. Ahmed Mohamed Al-Zalawi

Libérés pour raison de santé par le Secrétaire du Comité populaire pour
la justice le 6 janvier 2006 :
9. Moftah Abdel Al-Jali Wanis Al-Mezeini
10. Awad Mohamed Saad Al-Orfi
11. Ahmed Mohamed Ibrahim Zaed
12. Mousa Abdallah Saleh Al-Shaeri
13. Salah Saeid Younis Khazzam
14. Ahmed Aly Abdel Hamid Al-Khafifi
 
 


Cliquez sur le logo