
Serge Chapleau, 8 janvier 1986, encre sur papier, 28X21 cm. © McCord
Museum
30/08/06 - Kadhafi : Le fossoyeur
de la cause nationale arabe
par René Naba, 29 août 2006
La Libye célèbre, ce 1er septembre 2006,
le 37ème anniversaire de l’arrivée au pouvoir du
Colonel Mouammar Al Kadhafi, promu désormais par le mécanisme
de l’ancienneté, Doyen des Chefs d’État arabes
et par sa reddition en rase campagne au diktat américain au rang
de nouvelle coqueluche des médias occidentaux.
C’est là l’occasion d’un bilan
dédié aux personnalités suivantes :
Soudan: Abdel Khaleq Mahjoub, Secrétaire général
du Parti communiste soudanais et le colonel Hachem Al-Atta, un des plus
brillants représentants de la nouvelle génération
des jeunes officiers arabes, livrés à Khartoum par Mouammar
Al Kadhafi à la suite d’une tentative de coup d’état,
et exécutés sur ordre du président soudanais, le
général Gaafar Al-Nimeiry.
Liban: L’ Iman Moussa Sadr, fondateur du mouvement
chiite libanais « Amal », mystérieusement disparu
au terme d’un voyage en Libye, le 31 Août 1978 .
Libye : Daif Al Ghazal, journaliste au quotidien gouvernemental
«Al-Zahf Al-Akhdar» (La Marche Verte), puis au journal en
ligne «Libya Al Yom» (La Libye aujourd’hui), assassiné
pour avoir dénoncé la «corruption et le népotisme»
du régime du Colonel Kadhafi. Son cadavre mutilé a été
retrouvé le 1er juin 2005 dans la région de Benghazi (Nord-Est
de la Libye).
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En 37 ans de pouvoir erratique, le chantre de l’Unité
arabe aura été l’un des fossoyeurs du nationalisme
arabe, le démineur par excellence des menées américaines
dans la sphère arabe, le meilleur allié objectif d’Israël.
Tombeur de la dynastie Senoussi, première conséquence
directe de la défaite arabe de juin 1967, l’héritier
présomptif de Nasser sera propulsé au firmament politique
lors de sa nationalisation des installations pétrolières
anglo-saxonnes et de la gigantesque base aérienne américaine
«Wheelus Air Field», rebaptisée, en juin 1970, du
nom d’un grand conquérant arabe «Oqbah Ben Nafeh».
Mais, simultanément, l’homme de la relève s’appliquera
fougueusement à dilapider systématiquement le capital
de sympathie qu’il s’était spontanément constitué
et à affaiblir méthodiquement son propre camp.
Éternel second de la politique arabe réduit
à un rôle d’appoint, Mouammar Kadhafi, épris
de rêves de grandeur mais affligé d’un mouvement
pendulaire, n’a jamais cessé d’osciller entre les
deux pôles du monde arabe, le Machreq (le Levant) et le Maghreb
(le Ponant), épousant toutes les formes d’union, - confédération,
fédération, fusion-, tour à tour avec les États
de la vallée du Nil (Égypte-Soudan), en 1970, avec les
bureaucraties militaires prosoviétiques (Égypte, Syrie,Soudan),
en 1971, puis avec l’Égypte seule, avant de se tourner
vers le Maghreb, avec la Tunisie (1980), puis l’Algérie,
pour finalement jeter son dévolu sur l’Afrique sub-saharienne,
où il s’applique depuis le début de ce siècle
à jeter les bases d’un État trans-continental. À
part ses pulsions, impulsions et compulsions, ce fringant colonel n’aura
jamais tiré le moindre coup de feu contre ses ennemis déclarés,
Israël et les Etats-Unis.
Mais sur son sombre tableau de chasse, il épinglera,
tragiquement, certaines des figures les plus emblématiques du
mouvement contestataire arabe, le chef charismatique du Parti communiste
soudanais, Abdel Khaleq Mahjoub, en 1971, ainsi que le chef spirituel
de la communauté chiite libanaise, l’Imam Moussa Sadr,
en 1978.
L’animateur du groupe des «officiers libres»
libyens, ainsi dénommé sur le modèle de leurs aînés
égyptiens, fera cause commune avec les Britanniques, au mépris
de son aversion déclarée pour ses anciens colonisateurs,
en ordonnant le déroutement d’un avion de ligne de la BOAC
(British Overseas Airways Corporation), en juillet 1971, pour livrer
à son voisin soudanais, le général Gaafar Al Nimeiry,
les auteurs communistes d’un coup de force, notamment le colonel
Hachem Al Attah, un des plus brillants représentants de la nouvelle
génération des jeunes officiers arabes. Pis, au mépris
des règles de l’asile politique, Kadhafi livrera le chef
communiste Mahjoub, malencontreusement réfugié en Libye,
pieds et poings liés au président Nimeiry. Les remords
marmonnés en 1976 devant cet acte de forfaiture ne l’empêcheront
pas de récidiver deux ans plus tard contre l’Imam Moussa
Sadr, mystérieusement disparu au terme d’un séjour
à Tripoli, en 1978, au paroxysme de la guerre du Liban. Le tortionnaire
soudanais se déconsidérera par la suite, et son complice
libyen avec, en supervisant le premier pont aérien d’Ethiopiens
de confession juive vers Israël.
Saluée par la presse occidentale comme un acte
de bravoure, l’opération dans la foulée de la double
décapitation du plus grand parti communiste du monde arabe et
du premier mouvement militant chiite du monde arabe (Amal), a affecté
durablement les capacités combatives du camp progressiste et
renforcé les capacités démographiques d’Israël
avec l’apport de 80.000 Falashas.
L’homme fera le délice des journaux occidentaux
trop heureux de cette aubaine médiatique. Mais sa désinvolture
suscitera des pulsions mortifères dans de larges couches du monde
arabe. En 1982, dans Beyrouth assiégée, à Yasser
Arafat ployant sous le pilonnage de l’aviation israélienne
face à un immobilisme arabe quasi-général, l’homme
de Tripoli, confortablement tapi à Aziziah, la caserne militaire
transformée en résidence officielle, à des milliers
de kilomètres du camp retranché libanais en ruines, plutôt
que de forcer le blocus israélien pour voler au secours du chef
palestinien, plutôt que de se taire, lui conseillera, affligeant
conseil, non «le martyr», la sublimation symbolique de la
mort au combat, mais le suicide, infligeant une épreuve supplémentaire
au supplice palestinien. Ce à quoi Abou Ammar (Arafat) répondra
sèchement par retour de télégramme : « Suicide-toi
toi-même ».
Quatre ans plus tard, terré une semaine dans
son abri tripolitain au premier coup de semonce de l’aviation
américaine, en avril 1986, Kadhafi, orchestrera, sans crainte
du ridicule, une campagne médiatique visant à élever
Tripoli au rang de «Hanoi des Arabes», occultant le combat
singulier des Beyrouthins durant les soixante jours de siège
israélien, s’attirant par la même le sarcasme des
correspondants de guerre plutôt avertis des réalités
du terrain. L’homme fera aussi la fortune des marchands d’armes
et la ruine de son pays. L’impressionnant arsenal militaire dont
il s’est doté dès son arrivée au pouvoir
en 1970 par des achats massifs d’armes à la France -dont
le contrat du siècle portant sur la livraison de 75 avions de
combat Mirage, de l’ordre de quinze milliards de FF de l’époque-
sera carbonisé en 18 mois par son propre fournisseur français
par suite de retentissants revers au Tchad, en 1985 et 1986, notamment
à Wadi Doum et Faya Largeau.
Sans égard pour les conséquences tragiques
de sa décision, Kadhafi ordonnera l’expulsion de deux cent
mille (200 000) travailleurs égyptiens, au début des années
1980, pour sanctionner l’équipée solitaire du président
Anouar El Sadate dans ses négociations de paix avec Israël.
Récidiviste, il ordonnera cinq ans plus tard, en 1984, l’expulsion
de près d’un million de travailleurs africains pour sanctionner
les réticences des dirigeants africains à l’égard
de son activisme belliqueux.
Piètre stratège, piètre tacticien,
d’une nocivité vibrionnaire, l’homme s’aliénera
alors définitivement la sympathie de ses alliés naturels.
Il ne devra sa survie qu’à la protection de l’Union
soviétique qui pensera compenser par la Libye la défection
de l’Égypte post-nassérienne, à la vigilance
des services de renseignements est-allemands qui déjoueront de
nombreuses tentatives de coups d’État fomentés contre
lui, ainsi qu’à celle des aviateurs nord-coréens
et syriens qui assureront une protection permanente de son espace aérien.
La guerre verbale aura été la seule guerre
qu’il aura véritablement menée. L’homme avait
en effet développé une phraséologie outrageusement
polémique dans le souci d’accréditer l’idée
qu’il menait l’avant-garde du combat contre «l’impérialisme
américain» et faire oublier ainsi ses connexions antérieures
anglo-saxonnes. Kadhafi usait, ainsi que ses médias, d’une
terminologie à telle point outrancière que la population
avait peine parfois à la décoder, à le décoder.
Un sommet Reagan-Thatcher, du nom du président
américain Ronald Reagan et du premier ministre britannique Margaret
Thatcher, au pouvoir dans les années 1980, était présenté
comme une rencontre entre «le chien enragé d’Israël
et la tueuse d’enfants» par allusion au raid américain
d’avril 1986 contre Tripoli au cours duquel la fille adoptive
du colonel avait été tuée. Le Caire qui signifie
en arabe «la victorieuse» était désignée,
par inversion, la «vaincue» et le mouvement chiite Amal
qui signifie en arabe «l’espoir» était qualifié
de «désespoir». La «Maison Blanche» était
devenue «La Maison Noire», le Royaume Uni, «le porte-avion
immobile des Américains», par allusion à l’autorisation
donnée aux appareils américains de décoller des
bases britanniques lors du raid contre la Libye. Le président
égyptien Hosni Moubarak était, par un jeu de mots, l’affalé
(Al Barek), le Roi Hussein de Jordanie «le traître»
et le président tchadien Hissène Habre, en conflit avec
la Libye, «le stipendié» .
Se piquant de culture, le «Guide suprême
de la Révolution libyenne» édictera son «Livre
Vert», un condensé de théories contradictoires glanées
de l’air du temps qui se présentait comme une sorte de
«Troisième Théorie Universelle». Offert gracieusement
à toute personne de passage en Libye ou en rapport avec ce pays,
une formalité obligée, cet ouvrage se proposait d’instaurer
un socialisme sans socialistes, une démocratie sans démocrates
et un pouvoir populaire sans peuple. La «populocratie» «Jamahirya»
qui en a tenu lieu, a érigé la bureaucratie en système
de gouvernement et le parasitisme en règle de vie. A son actif
aussi, au passif de la cause qu’il était censé promouvoir,
la destruction des avions de lignes commerciales, un appareil de la
compagnie américaine «PANAM» à Lockerbie (Ecosse),
en 1988, un avion de la compagnie française UTA au dessus du
désert tchadien, ainsi qu’un attentat contre une discothèque
à Berlin.
Un blocus draconien de dix ans (1992-2002) aura raison
de sa résistance. Kadhafi livrera son plus proche collaborateur
à la justice internationale en tant que victime expiatoire de
l’attentat de Lockerbie, avant de basculer lui-même sous
les fourches caudines américaines, trop heureux d’échapper
au sort funeste de l’Irakien Saddam Hussein.
En 1995, hanté par une idée qu’il
pensait «géniale», il expédia un groupe de
Libyens en pèlerinage à la Mosquée «Al Aqsa»
à Jérusalem, troisième Haut Lieu Saint de l’Islam,
s’imaginant briser par un coup d’éclat le blocus
frappant la Libye depuis trois ans. Mais ce pèlerinage rocambolesque
a finalement abouti à cautionner la souveraineté israélienne
sur la ville sainte et à conforter l’État hébreu
dans son rôle de garant des Lieux Saints.
En Décembre 2003, en une opération apparue
comme une capitulation en rase campagne, Kadhafi s’abandonnera
aux Américains livrant sans coup férir la totalité
de son programme nucléaire à l’administration néo-conservatrice
du président George Bush jr, dévoilant du même coup
tout un pan de la coopération des pays arabes et musulmans (Pakistan,
Iran, Syrie) dans le domaine de la technologie nucléaire.
Sadate dans son escapade solitaire avait pour lui l’excuse
de la paix. Kadhafi, la survie de sa personne. Deux ans après
sa reddition sans condition à l’ordre américain,
le colonel Kadhafi, égal à lui même au sommet arabe
d’Alger, le 22 mars 2005, traitait Palestiniens et Israéliens
d’«idiots» pour n’avoir pas édifié
une fédération «Isratine», néologisme
forgé par la contraction d’Israël et de Palestine,
gommant d’un trait cinquante ans de combat du peuple palestinien
pour prévenir la négation de son identité nationale.
Au plus fort de l’exaspération nationaliste
en Irak et en Palestine, alors que le Premier ministre israélien
Ariel Sharon se livrait en toute impunité à des liquidations
extrajudiciaires, les assassinats ciblés par hélicoptère
des dirigeants islamistes, Cheikh Ahmed Yacine et Abdel Aziz Al Rantissi,
que le chef démocratiquement élu de l’Autorité
palestinienne en personne, Yasser Arafat, était confiné
en résidence forcée depuis trois ans à Ramallah
et que l’opinion mondiale était sous le choc des révélations
des tortures de la prison irakienne d’Abou Ghraïb, le Libyen,
toute honte bue, justifiait son renoncement en des termes qui ont retenti
comme une désertion. «L’Amérique n’a
jamais été l’ennemie de la Libye, laquelle a été
sanctionnée pour sa solidarité avec Yasser Arafat et les
causes du tiers monde (...) Arafat s’acoquine avec les Américains
et son premier ministre se saoule avec son homologue israélien
(..) Les Libyens doivent se ranger du côté de l’Amérique»,
affirmera-t-il il contre toute évidence à Syrte devant
une assemblée impassible dépitée par tant de reniements.(
Discours inaugural de la réunion annuelle du congrès populaire
arabe (Assemblée nationale) à Syrte, in «Al Qods
Al-Arabi», 4 mars 2004).
Maniérisme avéré? Narcissisme
affirmé? Ce révolutionnaire aura vécu dans l’opulence
à bord de voitures rutilantes, entouré d’amazones
de légende, une ribambelle de jolies filles chargées de
sa protection rapprochée, un tailleur italien à deux doigts
de couture de son auguste personne, ses enfants, Seif El Islam et surtout
le cadet Hannibal, dans un luxe tapageur, défrayant régulièrement
la chronique mondaine des capitales occidentales. Trônant désormais
sur une nappe de pétrole, le doyen des dirigeants arabes contemporains,
la trésorerie débordante de devises fortes, manque singulièrement
de crédit. Nul n’est plus dupe. Nul ne sera plus dupé.
La «Fondation Kadhafi pour les Droits de l’Homme»,
la structure ad hoc chargée de recycler le dirigeant libyen dans
l’honorabilité en réglant au plus fort coût
le prix de ses turpitudes passées, notamment l’indemnisation
des 288 victimes de Lockerbie ou la libération des otages occidentaux
de Mindanao (Philippines) relève du domaine du rafistolage.
Par ses foucades et ses rebuffades, ce militaire d’apparat
et de parade, ce théoricien révolutionnaire de la troisième
voie universelle, s’est mû en bouffon des sommets arabes
qu’il menace régulièrement de quitter, en risée
universelle de l’opinion internationale, au désespoir des
peuples arabes lassés par ses frasques à répétition.
René Naba est écrivain. Derniers ouvrages
parus : «Aux origines de la tragédie arabe » Editions
Bachari, juin 2006, «Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire
français », L’ Harmattan novembre 2002
Kadhafi lance le "Pacte
de Tombouctou" pour un "Grand Sahara"
Le nouveau projet du Guide la Révolution libyenne suscite critiques
et railleries de la presse algérienne. Voici ce qu'écrit
Zine Cherfaoui dans El Watan du 12 avril 2006 :
Le guide de la Révolution libyenne, Mouammar El Kadhafi, renoue
avec ses extravagances et ses sorties spectaculaires. Il vient de prouver,
une nouvelle fois, qu'il est prêt à tout tenter pour faire
revenir son pays sur la scène internationale et, surtout, à
faire parler de lui. Quitte à prendre le risque d'entraîner
la région dans une crise inextricable.
Après avoir échoué à réaliser son
« rêve » de créer, en 2000, les Etats-Unis
d'Afrique (EUA), en remplacement de la défunte Organisation de
l'unité africaine (OUA), le dirigeant libyen s'est distingué,
lundi soir, en appelant les habitants du Sahara, principalement les
tribus qui y vivent, à se réunir dans un ensemble formant
« le Grand Sahara » qui s'étendrait du Sénégal
à l'Irak. Le fantasque guide libyen a annoncé son nouveau
« plan », destiné à protéger la région
du Sahel des visées « néocolonialistes » et
à la prémunir contre l'action des éléments
des services de renseignements occidentaux qui y « grenouillent
», alors qu'il se trouvait à Tombouctou, au nord du Mali,
où il a participé, avec d'autres présidents africains,
à la célébration du Mouloud. Mouammar El Kadhafi
a rallié le Mali à partir du Sénégal où
il était en visite officielle. « Nous ne devons pas prendre
des armes contre nous-mêmes. Nous devons mettre en valeur notre
Sahara pour vivre en paix, dans la sécurité et la stabilité.
» Nous sommes une grande famille dans ce grand Sahara. Nous portons
des armes contre nos ennemis et nous mourrons pour le Sahara »,
a plaidé, cité par l'agence Jana, le dirigeant libyen
au cours de la prière d'el maghrib qu'il a dirigée à
Tombouctou et qui a ponctué la fête de célébration
du Mouloud organisée par les autorités maliennes, baptisée,
à l'occasion, « grande cérémonie du défi
islamique ».
L'argument néocolonialiste et l'action des services
étrangers
Le colonel Kadhafi a prononcé son serment devant
les chefs d'Etat du Sénégal, du Mali, du Niger, de la
Sierra Leone et du colonel Ali Ould Mohamed Val, président du
Conseil militaire mauritanien de la justice et de la démocratie.
Le vice-Premier ministre de la Tchétchénie, le délégué
général auprès du président de l'Union russe,
Zid Mohamed Sissi, Louis Farrakhan, leader de la nation de l'Islam en
Amérique, des chefs de tribus et des confréries soufies
ont assisté également au prêche du Guide de la révolution
libyenne. Pour concrétiser son projet de création du «
grand Sahara » et le protéger contre « les ennemis
», Mouammar El Kadhafi a préconisé à ses
auditeurs la conclusion d'un pacte. « Les tribus du Sahara du
Croissant fertile au fleuve du Sénégal ne doivent pas
prendre les armes contre elles-mêmes. Nous sommes une même
famille et nous devons protéger le Sahara contre les ennemis.
Nous allons instituer le pacte de Tombouctou que nous devons tous signer.
Il y a avec nous maintenant de rois, des sultans, des cheikhs, des chefs
des tribus du Grand Sahara, des personnalités islamiques, des
organisations et associations islamiques du monde entier et, avec nous
aussi, Louis Farrakhan, leader de la nation de l'Islam », a-t-il
déclaré. Le dirigeant libyen, qui n'a pas manqué,
lors de son sermon, de tomber à bras raccourcis sur les pays
occidentaux en raison de leur gestion de l'affaire des caricatures «
insultantes » du Prophète, n'évoque pas l'utilité,
par contre, de consulter les Etats dont le territoire, comme celui de
l'Algérie, comprend pourtant la majeure partie du Sahara, pour
étudier la faisabilité de son projet. Au contraire, en
faisant l'impasse sur la nécessité de consulter les Etats
et en s'adressant directement aux tribus, Mouammar El Kadhafi - qui
a eu à réprimer dans le sang des manifestants libyens
descendus dans la rue pour protester contre la publication, par la presse
européenne, des caricatures du Prophète - prend ainsi
le risque de faire payer cher à la région son «
fantasme ». Son initiative consistant à considérer
le Sahara comme un bien vacant sonne à tout le moins, aujourd'hui,
comme une provocation. Plus, elle est assimilable à une tentative
de déstabilisation des Etats de la région. En ce sens,
l'idée du « grand Sahara » lancée à
partir du Mali par le Guide de la révolution libyenne ne va pas
sans rappeler le vieux projet financé et longtemps soutenu par
certains pays de l'Europe de l'Ouest de créer une sorte de «
Targuistan » entre l'Algérie, le Mali et le Niger pour
faire main basse sur les ressources pétrolières et les
mines d'or et d'uranium de ces trois pays.
Source : http://www.elwatan.com/2006-04-12/2006-04-12-40331
14 prisonniers politiques libérés
, mais il faut renforcer la réforme des droits de l'homme
par Human Rights Watch, 25 janvier
2006 Signe que la Libye sort d'une longue période d'isolement
international, le gouvernement a fait quelques pas importants pour améliorer
la situation des droits de l'homme, en incluant la libération
récente de 14 prisonniers politiques. Cependant le gouvernement
libyen en détient toujours d'autres, s'adonne à des procès
injustes et restreint sévèrement les libertés d'_expression
et d'association, a déclaré Human Rights Watch dans un
rapport publié aujourd'hui.
« Nous saluons les premiers pas de la Libye vers
la réforme », a dit Kenneth Roth, le directeur exécutif
de Human Rights Watch qui a visité Tripoli cette semaine pour
présenter le rapport au gouvernement. « Mais le gouvernement
a encore beaucoup de chemin à parcourir avant d'atteindre les
normes internationales des droits de l'homme ».
Malgré ces améliorations, le gouvernement
libyen viole encore les droits fondamentaux de l'homme, confie Human
Rights Watch. Il proscrit des groupes politiques non-autorisés,
des médias indépendants et des organisations non-gouvernementales
établies. Il a emprisonné des détracteurs pacifiques
et les a gardés en détention en dépit des lois
libyenne et internationale, en utilisant quelquefois la torture pour
leur arracher des confessions. Le sort de nombreux prisonniers politiques
reste encore incertain à ce jour.
Au cours des dernières années, le gouvernement
libyen a cependant amélioré les conditions de vie dans
les prisons et a fermé une cour de justice spéciale qui
condamnait injustement ceux cherchant pacifiquement un changement politique.
Il a autorisé des organisations internationales des droits de
l'homme, y compris Human Rights Watch, à mener des enquêtes
et des campagnes de sensibilisation dans le pays.
Le rapport de 84 pages intitulé "Words
to Deeds: Libya's Urgent Need for Human Rights Reform" (des mots
aux actes : un besoin urgent pour une réforme des droits de l'homme
en Libye), est inspiré essentiellement du tout premier voyage
de Human Rights Watch en Libye, effectué au milieu de l'année
2005, voyage que l'organisation a applaudi comme un geste encourageant
vers la transparence. Les autorités ont permis de rencontrer
un grand nombre de hauts responsables et d'accéder à des
commissariats de police, un centre de détention pour immigrés
et cinq prisons où 32 prisonniers ont été interrogés
en privé. Des guides du gouvernement ont cependant escorté
les chercheurs de Human Rights Watch à chaque instant et ont
contrôlé les contacts non-autorisés avec les Libyens
et les étrangers présents dans le pays.
Cette semaine, Human Rights Watch est revenue en Libye
pour présenter ce rapport. Le gouvernement a annoncé à
Human Rights Watch la libération des 14 prisonniers, énumérés
ci-dessous, qui avait été condamnés pour leur implication
dans deux organisations proscrites.
« Nous avons parlé ouvertement de nos
préoccupations avec le gouvernement libyen » a déclaré
Roth. « Nous sommes en désaccord sur de nombreuses questions
de taille mais ils sont disposés à écouter et à
discuter ».
Les lois fondamentales de la Libye respectent dévotement
de nombreux droits fondamentaux mais la législation restreignant
les libertés d'_expression et d'association est complètement
contradictoire aux normes internationales des droits de l'homme, a ajouté
Human Rights Watch. La Loi 71, par exemple, interdit toute activité
de groupe basée sur une idéologie politique opposée
aux principes de la Révolution Al- Fateh de 1969, qui a permis
au chef libyen Mu`ammar Al-Qadhafi d'accéder au pouvoir Fathi
Al-Jahmi, qui a fortement critiqué Qadhafi lors d'interviews
avec les médias internationaux en mars 2004 est le prisonnier
politique le plus connu. L'Agence de Sécurité Intérieure
l'a gardé en détention sans procès jusqu'en décembre
2005. Il est maintenant jugé par la Cour pénale de Tripoli
pour avoir diffusé de la désinformation, insulter Qadhafi
et communiquer illégalement avec les étrangers contre
les intérêts de l'état.
Le gouvernement détient toujours 86 membres
de la Confrérie Musulmane, une organisation politique et sociale
qui rejette la violence ; une cour de justice a condamné à
mort les deux chefs du groupe. En octobre 2005, la Cour suprême
a renversé le verdict des 86 hommes lors d'un retournement de
situation favorable et a ordonné un nouveau procès. Un
verdict est attendu le 31 janvier. Human Rights Watch a interrogé
Fathi Al-Jahmi et les chefs de la Confrérie Musulmane dans le
cadre du rapport.
La torture reste au centre des préoccupations.
Le gouvernement libyen a criminalisé la torture affirmant plusieurs
fois qu'il enquêtait et traitait en justice des cas dans lesquels
la torture aurait été utilisée. Néanmoins,
15 des 32 individus interviewés par Human Rights Watch dans les
prisons libyennes dans le cadre du rapport - des prisonniers politiques
et des criminels communs affirment que les forces de sécurité
les ont torturés lors d'interrogatoires, généralement
pour obtenir d'eux des confessions.
Lors des réunions de cette semaine avec Human
Rights Watch, le gouvernement libyen a annoncé qu'il avait poursuivi
48 membres des forces de sécurité pour utilisation prétendue
de la torture en 2004. Le gouvernement n'a pas dit combien d'entre eux
avaient été condamnés, ni n'a fourni de chiffres
pour 2005.
L'accusation de torture la plus célèbre
fut portée par les cinq infirmières bulgares et le docteur
palestinien condamnés à mort pour avoir prétendument
inoculé le virus du sida à 426 enfants libyens. Quatre
de ces infirmières ont avoué à Human Rights Watch
que les interrogateurs leur avaient fait subir des décharges
électriques, les rouant de coups avec des câbles et des
battons de bois et les frappant à grands coups sur les plantes
de pieds. Lors d'un autre développement favorable, la Cour suprême
a annulé les condamnations à mort en décembre et
a accordé un nouveau procès aux accusés.
Le gouvernement contrôle les médias de
façon stricte, a attesté Human Rights Watch. Il n'y a
aucune station de radio ou de télévision privée
et les autorités gouvernementales publient les principaux journaux
du pays. Les seules sources d'information non censurées proviennent
de programmes de télévision par satellite et par Internet,
les deux ayant proliféré en Libye au cours des dernières
années. Le gouvernement bloque de temps à autre quelques
sites Internet et il a poursuivi en 2005 un auteur publié sur
Internet, `Abd Al-Raziq Al-Mansuri, apparemment pour des critiques qu'il
avait publiées ; il a reçu une peine d'emprisonnement
d'un an et demi pour possession illégale d'une arme feu.
Le rapport fait également état de la
réhabilitation internationale de la Libye pendant les cinq dernières
années. Les gouvernements américain et européens
sont attirés par la richesse en pétrole de la Libye et
par la coopération stratégique de Qadhafi dans la lutte
contre le terrorisme. Ils critiquent parfois le bilan des droits de
l'homme en Libye mais laissent rarement leurs inquiétudes entraver
un tel renforcement de leurs liens dans les domaines de la sécurité
et de l'économie.
« Alors que les gouvernements occidentaux améliorent
leurs relations avec la Libye, ils devraient exiger du gouvernement
libyen un plus grand respect des droits de l'homme », a déclaré
Roth. « La coopération de la Libye dans la lutte contre
le terrorisme ne devrait pas être lui donner carte blanche pour
commettre des atrocités ».
PRISONNIERS POLITIQUES LIBÉRÉS
Du Club de football Al-Ahli - pardonnés par le Conseil suprême
pour
l'autorité judiciaire le 25 octobre 2005 :
1. Al-Sherif Moftah Al-Amami
2. Abdel Rehim Qarqum Al-Fitory
3. Rabea Khaled Al-Seayti
4. Soliman Saad Abd Rabbo Nejm
5. Abdel Choucas de Salam Al-Mazoughi
6. Ramadan de Mohamed Al-Amami
7. Ahmed Abdel Salam Al-Sherif
8. Ahmed Mohamed Al-Zalawi
Libérés pour raison de santé par le Secrétaire
du Comité populaire pour
la justice le 6 janvier 2006 :
9. Moftah Abdel Al-Jali Wanis Al-Mezeini
10. Awad Mohamed Saad Al-Orfi
11. Ahmed Mohamed Ibrahim Zaed
12. Mousa Abdallah Saleh Al-Shaeri
13. Salah Saeid Younis Khazzam
14. Ahmed Aly Abdel Hamid Al-Khafifi |