Combien
de divisions ?
Éditorial n°12 - 22
août 2006
Apprenant que le Vatican venait de déclarer la guerre à
l’Allemagne nazie, le Petit Père des Peuples, le Maréchal
Joseph Staline, avait eu cette phrase cinglante : « Le Vatican
? Combien de divisions ? »
Aujourd’hui, on pourrait poser une question analogue à
Romani Prodi, dit « la Mortadelle » : « L’Italie,
combien de divisions ? »
En effet, Chirac vient de « trahir » ses amis de Washington,
de Tel Aviv et de Beyrouth en annonçant que seuls 200 Français
participeront aux forces de la FINUL chargées de veiller à
l’application de la résolution 1701 au Sud-Liban. Et
que la France n’est pas chaude du tout pour « achever
le travail » commencé par la résolution 1559,
comme le lui avait enjoint la Britney Spears de Tel Aviv, Tzivi Lipni.
Il ne reste donc plus à la « communauté internationale
» qu’à trouver un autre idiot utile. Et Romano
Prodi a la tête (à claques) et le profil de l’emploi.
La « gauche de gouvernement » italienne au pouvoir aggrave
encore plus son cas, après avoir décidé de maintenir
les troupes italiennes en Afghanistan et en tardant à retirer
celles qui sont engagées en Iraq.
Le plus chaud partisan de ce rôle de commandement italien est,
comme par hasard, Ehud Olmert.
L’Union européenne est coincée. Elle reconfirme
qu’elle est peut-être un géant économique
mais qu’elle reste un nain politique. Un vrai nabot paralysé
par la peur de déplaire au Goliath bicéphale (=à
deux têtes), Usraël. Et particulièrement
l’Italie, secouée par le scandale de l’enlèvement
à Milan de l’Égyptien Abou Omar par la CIA en
2003, puis par l’assassinat par les militaires US du responsable
des services de renseignement italien qui avait réceptionné
la journaliste du Manifesto Giuliana Sgrena après sa libération
par la résistance iraquienne.
21/08/06 - La faute à Téhéran
!
Par Farouck ISSOP, 18 août 2006
L’auteur, membre de l’association
Présence Musulmane, est porte-parole du Comité Réunion
Palestine, de l’Île de la Réunion. Il a déclenché
un « scandale » fin juillet, en dénonçant
le terrorisme d’État israélien au Liban et en
Palestine, ce qui a amené le Président du groupe de
dialogue interreligieux, Monsieur Idriss Banian, le responsable de
la communauté juive, Monsieur Boutboul, et Mgr Aubry, évêque
de la Réunion, à se désolidariser du rassemblement
organisé par le Collectif « La Réunion contre
la guerre, pour la paix » tenu le 29 juillet dernier. Les bien-pensants
se sont empressés de dénoncer la « compassion
unilatérale » de Farouck Issop pour la Palestine et le
Liban, sa propre dénonciation du terrorisme d’Etat Israélien.
Lire à ce sujet la lettre du Collectif au Président
du Groupe de Dialogue Inter Religieux (voir en rubrique Palestine/Liban,
miroir du monde)).
Du même auteur, on peut aussi lire un
très beau discours prononcé en mars 2003, lors du déclenchement
de la guerre US contre l’Iraq : « Notre démocratie
est meurtrière » http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=118
Lire aussi « Pas de paix intérieure
sans courage », un article paru le 12 août 2006 http://www.temoignages.re/article.php3?id_article=16812
« Le régime de Saddam Hussein déstabilise la
région, nous possédons les preuves formelles qu’il
possède des armes de destruction massive » : Déclaration
de Georges Bush le 30 janvier 2001, soit dix jours après avoir
prêté serment en tant que président des Etats-Unis
et huit mois avant les événements tragiques du 11 septembre.
« Oussama Ben Laden est l’ennemi du monde civilisé,
il constitue une menace pour la sécurité de notre pays
» : Déclaration de Georges Bush le 15 février
2001, soit sept mois avant les attentats du 11 septembre.
On finit par se poser la question de savoir si, pour l’administration
Bush, la tragédie du 11 septembre est une attaque ou une opportunité
? Il n’y a jamais eu d’armes de destruction massive en
Irak, pas plus qu’il n’y a eu de trace d’Oussama
Ben Laden en Afghanistan.
Dans la même série, le dernier épisode en date
fait apparaître 31 « présumés coupables
», surveillés depuis plus d’un an en Grande-Bretagne,
démasqués au Pakistan, et qui préparaient, nous
dit -on, « un complot aérien de grande envergure visant
les Etats-Unis ». Tout cela, comme par hasard, en plein conflit
au Moyen-Orient. On savait venir l’habituelle provocante formule
du président Bush: « les Etats-Unis sont en guerre contre
les fascistes islamiques »… On attend maintenant l’habituelle
résurrection d’Oussama dans la version remix de la énième
cassette vidéo d’Al Qaïda. Le cessez-le-feu au Liban
risque de compromettre sérieusement sa diffusion.
En refusant l’application de la résolution 1559 de l’ONU,
Le gouvernement libanais a prouvé au monde entier la légitimité
du Hezbollah en tant que mouvement de résistance nationale
ainsi que sa volonté de ne plus avoir un statut d’État-tampon
dans la région. Le porte parole du gouvernement israélien
déclarait à ce sujet : « Le projet de résolution
1559 a été dénaturé à la suite
de l’intervention du Liban sous la pression du Hezbollah…
» Allons donc ! Maintenant c’est le Hezbollah qui influence
le gouvernement libanais en Assemblée Générale
à l’ONU, alors qu’hier encore les médias
nous martelaient en nous disant que le Liban ne voulait pas d’eux….
Le plus étonnant, c’est qu’on ne s’étonne
pas que la résolution 1701 de l’ONU appelle à
un cessez-le-feu…sous 48 heures. Quel cynisme à l’égard
des populations civiles ! D’autant qu’elle demande aux
Libanais de quitter le Liban ! À la résistance libanaise
de capituler ! Et aux forces israéliennes de quitter «
au plus tôt » le Liban qu’elles occupent depuis
… 1982. « Au plus tôt », après 24 années
d’occupation du Sud-Liban, a plutôt un goût de colonisation
planifiée ! Encore…
Le cessez-le-feu entré enfin en vigueur au Liban n’empêche
pas l’armée israélienne de continuer le génocide
des Palestiniens à Gaza…au vu et au su de la communauté
internationale, de l’ONU, des gouvernements européens
et arabes sans oublier le silence complice des grands médias
occidentaux. L’armée israélienne a même
fait appel aux deux fils d’Ariel Sharon pour sauver le caporal
Shalit !
Saluons au passage le courage du président vénézuélien
Hugo Chavez, qui vient de rompre toute relation diplomatique avec
Israël.
On ne s’étonne plus aujourd’hui des 60 résolutions
de l’ONU qui n’ont jamais été respectées
par Israël. On ne s’étonne pas non plus des propos
de Nicolas Sarkozy au ministre israélien de l’intégration
: « De combien de temps l’État d’Israël
a-t-il besoin pour terminer le travail ? ». Samedi 12 août
on aurait pu lui répondre : 48 heures pour le Liban !
On ne s’étonnera pas, quand « le travail sera
terminé », d’entendre parlementer du « rôle
positif de la colonisation » américano-israélienne.
Parce qu’à force de stimuler nos réflexes conditionnés
on finit par connaître les complots à venir. On ne sera
pas étonné alors d’entendre dire que ce fut de
la faute de la Syrie et de Téhéran !
21/08/06 - L’Occident
et sa tête de turc : La Turquie au banc de l'Europe ou au ban
de l'Europe?
Force supplétive de l’Occident
ou membre de plein droit de la famille européenne ?
Par René Naba, 20 août 2006
La Turquie a été sollicitée pour apporter sa
contribution à la stabilisation de la situation dans la région
frontalière libano-israélienne dans la cadre de la FINUL
(Force intérimaire des Nations-Unies au Liban), mais cette
requête, si elle consacre le rôle régional de ce
pays musulman sunnite régi toutefois par une constitution laïque,
traduit avant tout la préoccupation de l'Europe, de Etats-Unis
et de leurs alliés arabes à donner une caution musulmane
à une force à dominante européenne.
Au delà de l'objectif affiché, l'implication de la
Turquie dans le problème libanais répond à deux
considérations majeures:
- Diplomatiquement: servir de contrepoint à l'influence grandissante
de l'Iran chiite galvanisée par le succès de son poulain
libanais, le Hezbollah, dans son conflit avec Israël,
- Stratégiquement: couper les voies de ravitaillement du Hezbollah
en neutralisant le territoire turc, qui était devenu depuis
la mainmise américaine sur l'Irak et la mise à l'index
de la Syrie, un des lieux de transit du matériel iranien vers
le Liban, d'une part. S'assurer la contribution de la Turquie dans
une éventuelle confrontation entre Les Etats-Unis et Israël
avec L'Iran, à propos du dossier nucléaire iranien,
d'autre part. L'Amérique dispose en Turquie d'une importante
base militaire à Incerlik, qui fut un des points de départ
des bombardements américains sur l'Irak, lors de la première
guerre du Golfe (1990 1991).;
L'émergence diplomatique de la Turquie résulte du constat
de la dislocation du monde arabe consécutive à la 6ème
guerre israélo-arabe, (guerre Hezbollah-Israël/juillet
2006), marquée notamment par le désaveu des grands pays
sunnites arabes à l'égard de "l'aventurisme"
de la guérilla chiite libanaise.
Mais la sollicitation de la Turquie constitue toutefois pour la diplomatie
occidentale un paradoxe qui masque mal son désarroi devant
les revers militaires israéliens face au Hezbollah libanais
et un "casse-tête" diplomatique pour les chancelleries
occidentales confrontées au problème de l'adhésion
de la Turquie à l'Union européenne et aux réticences
de l'opinion européenne à cet égard.
La Turquie a posé sa candidature à l'Union européenne
dès 1987 et sa demande est maintenue en suspens depuis lors,
soit depuis près de vingt ans.
Puissance militaire et château d’eau du Moyen-orient,
au point de confluence de deux continents, l’Europe et l’Asie,
la Turquie, par sa candidature à l’Union européenne,
constitue une parfaite illustration des contradictions internes de
l’opinion occidentale, tiraillée, d’une part, entre
sa crainte d’un débordement musulman sur l’Europe
et, d’autre part, son souci de préserver son partenariat
stratégique avec un État qui fut, pendant un demi-siècle,
le bouclier de l’Occident sur son flanc méridional, au
paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine (1945-2000).
Sa candidature est subordonnée à la satisfaction de
conditions politiques et économiques notamment une plus grande
démocratisation de la vie publique, une plus grande souplesse
dans la gestion du problème kurde, ainsi qu’un assainissement
de ses finances publiques, ainsi que la reconnaissance du "génocide
arménien".
Le parti arménien Dachnak (Fédération révolutionnaire
arménienne, sociaux-démocrates, NDLR Quibla), qui passe
généralement pour être le porte-parole de la communauté
arménienne du Liban, s'est opposé à une participation
turque à la Finul, invoquant le passé génocidaire
de la Turquie. En six ans, de 1984 à l’an 2 000, près
de trente mille (30.000) autonomistes kurdes ont été
tués, deux millions de personnes déplacées et
3.000 (trois mille) villages détruits du fait dune politique
d’assimilation musclée de l’armée à
l’égard des Kurdes.
Quant au plan économique, la situation n’est guère
plus brillante: la Turquie jongle avec une inflation moyenne de 50
pour cent depuis 20 ans, l’un des taux les plus forts d’Europe,
un endettement extérieur de 120 milliards dollars, et surtout,
une corruption représentant 15 pour cent de la valeur des contrats
publics.
Ces problèmes, graves, pris individuellement ou collectivement,
auraient justifié partout ailleurs une campagne médiatique
de dénonciation. Ils ont été longtemps passés
quasiment sous silence par la presse occidentale en raison de l’alliance
privilégiée conclue entre la Turquie et Israël,
sous l’égide des Etats-Unis.
Jusqu’en 1999, la Turquie, en effet, a été le
troisième pays bénéficiaire de laide militaire
américaine après Israël et l’Egypte. Rien
qu’en 1997 l’aide américaine à la Turquie
en guerre contre les autonomistes kurdes a dépassé celle
que ce pays a obtenue pendant la totalité de la période
de la guerre froide (1950-1989).
Véritable «porte-avions» américains en
Méditerranée orientale, la Turquie, en retour, a loyalement
servi l’Occident, y compris la France, allant même jusqu’à
se prononcer contre l’indépendance de l’Algérie,
déniant, contre toute évidence, au combat des nationalistes
algériens, le caractère de guerre de libération,
allant même jusqu’à mettre à disposition
de l’aviation israélienne ses bases militaires et son
espace aérien pour l’entraînement de ses chasseurs-bombardiers
en opération contre le monde arabe.
La Turquie a toutefois annulé en Août 2006 un contrat
de cinq cents millions de dollars avec Israël visant à
la modernisation de son aviation militaire en signe de protestation
contre les violations du droit humanitaire international par Israël
au Liban.
Jamais aucune puissance militaire musulmane n’avait été
aussi loin dans sa collaboration avec l’Occident. Au point que
Washington et ses relais médiatiques dans les pays occidentaux
avaient célébré le partenariat entre la Turquie
et l’Etat hébreu, conclu en 1993, comme « un partenariat
des grandes démocraties du Moyen-Orient », sans s’offusquer
nullement dune alliance contre-nature conclue entre le premier Etat
«génocideur» du XX me siècle (génocide
arménien toujours nié par la Turquie) et les rescapés
du génocide hitlérien.
L’objectif primait alors toute autre considération morale:
le verrouillage du monde arabe, par effet de tenaille, mené
par l’ancien colonisateur ottoman des Arabes et l’État
d’Israël, perçu dans l'ensemble arabe comme "l'usurpateur
de la Palestine". Son rôle pivot au sein de l’Alliance
atlantique justifiait, pour Ankara, tous les abus, et pour la presse
occidentale, toutes les indulgences.
La donne s’est quelque peu modifiée depuis la guerre
d’Irak, en mars 2003, et le bellicisme du premier ministre Ariel
Sharon et les assassinats extrajudiciaires des figures historiques
du combat national palestinien Cheikh Ahmed Yassine et Abdelaziz Al
Rantissi, les chefs successifs du mouvement Hamas.
Ankara a depuis lors pris ses distances à l’égard
de Washington dans son aventure irakienne, accordant la priorité
au combat contre l’irrédentisme manifesté par
les nouveaux partenaires de l’Amérique, les Kurdes irakiens,
entraînant, par un effet de balancier, un relatif rapprochement
entre la Syrie et la Turquie.
Tant vantée jusqu alors, la Turquie se découvre pour
l’opinion européenne non plus comme cet État laïc
au gouvernement teinté d’islamisme modéré
ayant vocation à servir de trait d’union entre l’Islam
et l’Occident, mais comme un vaste réservoir de 70 millions
de musulmans dont l’entrée en Europe risquerait de dénaturer
l’essence judéo-chrétienne de la civilisation
européenne.
Une image de croquemitaine, quand bien même toutes les grandes
réformes ont été initiées par un islamiste
modéré, le Premier ministre Recip Tayyeb Erdogan, aussi
bien l’abolition de la peine de mort, que le développement
d’un autonomie culturelle dans les zones kurdophones de Turquie.
Dans cette perspective, l’admission de la Turquie au sein de
l’Union européenne constituerait un test grandeur nature
de la compatibilité de l'Islam et de la démocratie et
d’un pluralisme culturel au sein dune civilisation mondialisée.
Son rejet marquerait, peu ou prou, le cloisonnement de l’Europe
et une cassure durable entre Islam et Occident, soutiennent les partisans
d’Ankara.
Se nourrissant de l’islamophobie ambiante dans laquelle baigne
l’opinion européenne depuis les attentats anti-américains
de septembre 2001, Valéry Giscard d’Estaing, l’ancien
Président de la République française et père
du projet de nouvelle constitution européenne, a, le premier,
agité la crainte d’une dilution européenne, suivi,
en France, par le chef du parti majoritaire Nicolas Qarkozy, l’ancien
Premier ministre gaulliste Alain Juppé et le dirigeant souverainiste
Philippe de Villiers, ainsi qu’en Allemagne par Mme Angela Merkel,
Chancelière et présidente de la CDU, le parti démocrate-chrétien.
Il est vrai que l’admission de la Turquie (70 millions de personnes),
puis plus tard de l’Albanie (5 millions), surajoutées
aux 12 millions de musulmans déjà présents en
Europe, porterait le nombre des musulmans en Europe à 90 millions,
soit 15 pour cent de la totalité de la population de l’ensemble
européen.
Mais ces cinq personnalités européennes (V.Giscard
dEstaing, A.Juppé, Ph.de Villiers et A.Merkel), oublient, ou
feignent doublier, que la Turquie, 2ème force militaire de
l’Otan, avec une armée de 750 000 hommes absorbant 10%
du budget annuel de l’État, a longtemps constitué
le bouclier méridional de l’Occident sur le flanc sud
du bloc soviétique et que l’encadrement politique, religieux
et culturel des deux millions de musulmans turcs d’Europe, dont
200 000 (deux cent mille en France), est assuré par un office
religieux relevant du ministère turc des Affaires étrangères.
Crée en 1984, ce dispositif a été mis en place
en accord avec les autorités allemandes. L'office, «Diyanet
Isleri Baskanligi», a la haute main sur la formation et la nomination
des imams turcs affectés aux huit cents lieux de culte musulmans
en Allemagne.
Contre toute attente, les dirigeants de l’UMP se sont ainsi
dressés contre l’admission de la Turquie, prenant par
là même à contrepied le chef de l’État,
issu des mêmes rangs politiques, Jacques Chirac, favorable à
la candidature turque.
S’agit-il d’un partage des rôles pour des raisons
électorales comme la presse française a paru le suggérer
? Les dirigeants de l’UMP, notamment son président Nicolas
Sarkozy, redoutent qu’une conjonction des voix de l’extrême-droite
et de la droite française, n’inflige un revers supplémentaire
au parti gaulliste, qui fragiliserait davantage le président
Jacques Chirac et le candidat de la droite républicaine aux
prochaines élections présidentielles françaises
(2007).
En somme, les Européens veulent bien de la Turquie pour leur
défense, mais non pour une cohabitation. Plus crûment,
ils seraient enclins à dire «oui à la Turquie
en tant que force supplétive de lOccident, mais, non en tant
que membre de sa famille».
À la Turquie, et au delà, aux pays arabes si soucieux
de respectabilité à tout prix occidentale, d’en
tirer les conséquences.
Les enjeux géopolitiques de l’élargissement européen
Au-delà de la conjoncture électorale, l’élargissement
de l’Union européenne marquerait incontestablement la
revanche de l’Europe sur l’accord soviéto-américain
de Yalta et consacrerait, au terme d’une coupure d’un
demi-siècle, la réunification d’un continent,
jadis au 1er rang du monde au début du 20ème siècle,
désormais relégué au 3ème rang des continents
du fait de deux guerres mondiales dont il a été l’initiateur.
Avec une population de 450 millions d’habitants, l’espace
européen doté dune monnaie unique ambitionne de devenir
la première zone économique du monde. Mais c’est
sans compter sur les ambitions contraires de l’Amérique.
Fortement présente en Albanie depuis la guerre du Kosovo, 1999,
alliée de la Turquie, l’Amérique s’est ainsi
assurée dans sa zone d’influence les deux seuls pays
musulmans d’Europe, une position qui la met en mesure, par un
jeu de levier, de peser sur le jeu européen. Cela d’autant
plus facilement que l’inclusion des dix nouveaux membres européens
dans le dispositif militaire de l’Otan devrait entraîner
un déplacement du centre de gravité de l’Alliance
atlantique vers le sud-est européen, et, du fait des réticences
allemandes lors de la guerre contre l’Irak, provoquer un redéploiement
vers la Bulgarie et la Roumanie des effectifs Américains jusque
là stationnés en Allemagne.
Les conséquences pour le monde arabe
L’extension de la zone Otan et de la zone Euroland à
proximité des frontières orientales du monde arabe devrait
retentir comme un avertissement et inciter les pays arabes à
prendre exemple sur les Européens en vue de surmonter des divisions
bien moins importantes que ne le furent les rivalités entre
l’Allemagne et la France, à l’origine des deux
guerres mondiales du XX me siècle et de la relégation
consécutive du continent européen au classement mondial
des nations.
L’Europe, 3ème puissance économique du monde
et son prolongement stratégique sur le flanc sud, la rive musulmane
de la Méditerranée, représentent un marché
potentiel de 700 millions de consommateurs, à l’intersection
de trois continents (Europe-Asie-Afrique).
Au delà des clivages religieux, le fait est qu’entre
la Turquie, l’Iran et la Ligue arabe se présente une
forte convergence d’intérêt dans cette phase de
recomposition régionale.
Zone de transition entre l’Asie et l’Europe, dont il
constitue l’arrière-plan stratégique, au point
de confluence des grandes voies de communication internationales,
sur la route du pétrole, le monde arabe, coeur historique du
monde musulman, borde le flanc méridional de l’Union
européenne sur une façade maritime de 12 000 km de la
Mauritanie, via Gibraltar (Maroc) à Lattaquieh (Syrie). Vaste
réservoir humain, il demeure malgré sa fragmentation
actuelle et la multiplication des bases américaines sur son
sol, une zone stratégique de première importance. Par
les combats en Irak et en Palestine, ainsi qu’au Liban, le principal
point de confrontation à l’hégémonie américaine.
De son côté, La Turquie, un des pays les plus peuplés
d’Europe et le plus pauvre, sera inéluctablement un fardeau
financier pour l’Union européenne, fardeau plus important
que les 10 nouveaux membres admis le 1er mai 2004 au sein de l’Union.
L’émergence d’un pouvoir chiite en Irak dans la
continuité territoriale de l’Iran chiite constituerait
un scénario cauchemardesque pour la Turquie, qui verrait son
leadership régional sérieusement mis à mal et
sa position géostratégique dévalorisée.
Dans cette perspective, la constitution d’un ensemble homogène
agrégeant la Ligue arabe aux anciens maîtres de l’axe
continental de la route des Indes, (Turquie, Iran) créerait
une instance géopolitique intermédiaire de 250 millions
de personnes, à l’effet de faire la jonction entre l’ensemble
européen, la Russie et l’immensité asiatique représentée
par l’Inde et la Chine.
Hors de l’unité point de salut
Un ensemble en mesure d’instaurer d’un partenariat global
entre les deux rives de la Méditerranée, et, sous-tendre,
face à l’hégémonie anglo-saxonne, un objectif
plus politique: l’affirmation dune latinité méditerranéenne
ayant vocation à servir de passerelle entre l’Islam et
l’Occident et de module stabilisateur au sein du voisinage immédiat,
en vue de dépasser le clivage islamo-chrétien.
Plaident en faveur de ce partenariat trans-méditerranéen,
les bouleversements majeurs qui vont modifier les données stratégiques
de la zone:
- Démographiquement : dans un renversement de tendances sans
précédent de l’histoire, la rive sud de la Méditerranée
est en passe d’enregistrer un surplus démographique par
rapport au nord européen. Dans une génération,
vers l’an 2025, la population de quatre États européens
membres de l’Union européenne (France, Italie, Espagne,
Portugal) aura à peine augmenté- 170 millions alors
que celle des autres pays du pourtour se sera accrue de 70 pour cent
et avoisinera les 400 millions, induisant une nouvelle pesanteur sur
l’écologie politique et économique du Bassin méditerranéen
-Religieusement, l’Islam, fait aussi sans précédent
dans l’histoire, se hisse au premier rang des religions par
le nombre de ses fidèles (1,5 milliards de croyants en l’an
2000 contre 1,2 milliards de catholiques).Une promotion qui se double
d’une implantation durable et permanente de l’Islam dans
l’espace occidental et par une montée en puissance en
Europe de la 3ème génération issue de l’immigration.
Apportant sa caution militaire et diplomatique aux États-Unis,
sous estimant sa capacité d’influence, l'Europe, (sauf
la parenthèse franco-allemande de la guerre d’Irak),
apparaît au regard de la communauté internationale comme
l'appendice de l’Amérique. Au point que se pose dans
toute sa brutalité la question de savoir si l'Europe a abdiqué
son indépendance pour se résoudre au rôle de promontoire
outre-Atlantique de l’Amérique, ou alors, renouant avec
sa vocation ancienne de foyer de civilisation, elle développera
sa propre autonomie face aux États-Unis pour en faire une "île
au large des rives de l'Eurasie", pour reprendre l'expression
du géographe Michel Foucher.
Quant aux Arabes, les déboires européens de la Turquie,
de même que les combats de Falloujah et de Najaf, en Irak, de
Jénine et de Gaza, en Palestine, de Bint Jbeil, Khiam et Aytaroune,
au sud-Liban, le prouvent: la quête permanente d’une protection
occidentale ne saurait tenir lieu de politique. Le Koweït, Bahreïn,
la Jordanie et lEgypte, récents titulaires d’un label
«allié majeur hors Otan», et au-delà, l’ensemble
des dirigeants arabes doivent y prendre garde: une caution américaine
ou un satisfecit européen ne sauraient suffire. Ils ne valent
jamais en tout cas quitus de leurs peuples.
L’histoire récente l’enseigne: hors de l’unité,
point de salut, et faute d’unité, plus dure sera la chute.
René Naba est jounaliste-écrivain. Dernier ouvrage paru
"Aux origines de la tragédie arabe", Editions Bachari-Juin
2006. Auteur notamment de "Du bougnoule au sauvageon, voyage
dans l'imaginaire français", L’Harmattan 2002 et
"Rafic Hariri, un homme d'affaires, Premier ministre", L’
Harmattan 2000
21/08/06 - – Contre
l’envoi de soldats suisses au Liban
Par Sami Aldeeb, Lausanne, 18 août 2006
Mesdanes, Messieurs les Conseillers fédéraux,
Medames, Messieurs les parlementaires fédéraux,
20/
Le débat a commencé en Suisse autour de l'envoi de soldats
suisses au
Liban pour participer à la Force intérimaire des Nations
unies au
Liban (FINUL). En tant que Suisse, chrétien d'origine palestinienne,
je suis opposé à un tel envoi. J'estime que la Suisse
a d'autres
possibilités pour favoriser la paix dans cette région
du monde:
Pourquoi je suis opposé à l'envoi des soldats suisses?
Les Nations Unies ont démontré depuis plus 60 ans qu'elles
sont le
jouet du Conseil de sécurité dont le rôle n'est
pas de maintenir la
paix mais de servir les intérêts de quelques États
prédateurs,
principalement les États-unis et Israël. Le retard dans
l'adoption de
la résolution 1701 imposant le cessez-le-feu n'était
motivé que par la
volonté des États-unis à laisser à Israël
assez de temps pour détruire
le Liban, au mépris des conventions de Genève et de
la Charte des
Nations Unies. Ces deux États ont une stratégie claire:
asservir le
monde arabe, l'humilier et le déposséder de ses richesses.
Très vite
la FINUL sera vue comme un instrument pour la réalisation de
ces
objectifs et sera prise pour cible par tous ceux qui refusent leur
asservissement. Nos soldats suisses risqueront alors de rentrer dans
les cercueils pour une cause qui n'est ni honorable ni digne pour
la
Suisse. La Suisse ne doit pas devenir le valet des États-unis
et
d'Israël. Il ne faut pas ridiculiser nos soldats et notre pays.
Que faire de mieux?
Au lieu d'envoyer nos soldats se faire tuer comme des lapins au Liban,
la Suisse ferait mieux à pousser les Nations Unies à
mettre un terme à
l'injustice au Proche-Orient, principale cause des conflits dans cette
région, hier, aujourd'hui et demain. Les Nations Unies ont
créé dans
cette région un État raciste d'apartheid qui a détruit
plus de 380
villages palestiniens, expulsé leurs habitants pour le seul
crime
qu'ils ne sont pas juifs, détruit des milliers de maisons,
déraciné
des milliers d'oliviers et autres arbres fruitiers, etc.. Mettons
fin
à cette injustice:
- En exigeant le retour des réfugiés palestiniens chez
eus et la
reconstruction de leurs villages.
- En exigeant l'abolition du système d'apartheid israélien
et le
démantèlement du nouveau mur de Berlin, construit avec
l'argent
occidental.
- En créant un seul État démocratique en Palestine/Israël
avec des
droits égaux pour tous, quelle que soit leur religion, selon
le modèle
suisse.
Voilà la voie de la paix, une paix basée sur la justice.
Toute autre
solution ne fera que prolonger les souffrances des uns et des autres,
attiser la haine contre l'Occident et les juifs, et pousser les gens
dans le désespoir et le terrorisme.
Que Dieu vous guide dans la voie de la paix: "La paix sera le
fruit de
la justice" (Isaïe 32:17).
Sami Aldeeb, docteur en droit ; Suisse, chrétien d'origine
palestinienne
Site personnel: www.sami-aldeeb.com
Politiquement
défait, militairement contré, moralement à jamais
sali
On peut donc maintenant faire
un premier bilan de la folle équipée de l’Etat
sioniste durant ce terrible mois de Juillet.
Par le Dr Moncef Marzouki, 13
août 2006.
L’auteur est un professeur de médecine
tunisien, opposant au régime Ben Ali et dirigeant du Congrès
pour la République. Sa devise : « Il est idiot de vouloir
changer le monde mais criminel de ne pas essayer. » On peut
visiter le site du CPR http://cprtunisie.net ainsi que le nouveau
site personnel de M. Marzouki http://www.moncefmarzouki.net/
Politiquement l’objectif explicite,
à savoir la destruction du Hezbollah, n’a pas été
atteint, tant s’en faut. L’objectif implicite, qui était
de provoquer l’Iran et la Syrie et les impliquer dans une guerre
régionale pour le compte américain, a lui aussi fait
chou blanc. Mieux, ce sont les objectifs de ses ennemis jurés
d’Israël qui ont reçu un grand coup de pouce.
Le Hezbollah est devenu la principale force politique du Liban. Son
aura dans le monde arabe est devenue considérable. Le fossé
entre Chiites et Sunnites s’ y est rétréci. Au
Liban, Chrétiens et Musulmans se sont unis contre un agresseur
ne s’essayant plus à aucune subtilité. Ne parlons
pas de l’exacerbation de la flambée de détestation
générale dans tout le monde arabe et musulman pour un
Etat qui veut, parait-il, être accepté un jour ses voisins.
Quel coup pour cette paix si urgemment nécessaire à
tous !
Sa présence dans la région, l’Etat sioniste a
toujours cru l’imposer par la force, la brutalité, la
guerre permanente et l’invincibilité militaire. Le mythe,
savamment entretenu de cette dernière et qui avait déjà
beaucoup de plomb dans l’aile, est définitivement mort
au Sud -Liban. Il ne restera qu’à l’enterrer un
jour avec tous les déshonneurs qui lui sont dus.
Justement parlons en des déshonneurs.
Ce que le monde retiendra de la folle équipée de l’Etat
sioniste cet été , c’est l’image de ses
valeureux aviateurs, maîtres absolus du ciel d’un pays
presque sans armée , pilonnant des ambulances , des taxis collectifs
, des camions de nourriture et des convois humanitaires ou de réfugiés.
Ce que l’histoire retiendra c’est le bombardement aveugle
de quartiers d’habitation, avec un cynisme, un acharnement et
une cruauté à faire vomir.
Les responsables de tels actes ne doivent pas se faire d’illusions.
Ce qui va commencer maintenant c’est une longue série
de procès intentés contre eux pour crimes contre l’humanité.
Ils pourront toujours en ricaner, mais les temps vont devenir de plus
en plus durs pour tous ceux, Israéliens ou américains,
qui se croient au dessus des lois et de la morale de l’humanité
toute entière. Résumons - nous. Israël est aujourd’hui
politiquement défait, militairement contré. Mais le
pire c’est que son image est à jamais salie, non seulement
dans le monde arabe, mais dans le monde entier.
Il faudra désormais beaucoup d’impudence à ses
dirigeants pour traiter certains Etats d’Etat -voyou, d’Etat
-terroriste.
Mais que l’arbre ne cache pas la forêt. Ce qui vient d’être
défait, contré et révélé dans toute
son immoralité, c’est aussi et surtout l’administration
Bush. Cette guerre, comme celle qui ravage encore l’Irak et
la Palestine martyrisée, est le pur produit de sa politique
, aujourd’hui le principal facteur de guerre et d’instabilité
sur cette planète.
Source : http://cprtunisie.net/article.php3?id_article=491
18/08/06 - Israël devrait
faire ses valises et partir
Par Nadim Shehadi, Haaretz, 15 août 2006
Original : http://www.haaretz.com/hasen/spages/750500.html
Traduit de l’anglais par Mireille Delamarre pour
http://www.planetenonviolence.org et révisé par Fausto
Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour
la diversité linguistique (http://www.tlaxcala.es).
Cet article d’un expert libanais sur
Israël comme « failed State » (un « État
en échec » a suscité dans les 48 heures qui ont
suivi sa publication 494 courriers de lecteurs au quotidien Haaretz
(voir ci-dessous). L’auteur est économiste et chercheur
à Chatham House à Londres (ex-Institut Royal des Affaires
internationales) depuis 1997. Il a dirigé de 1986 à
2005 le Centre d’études libanaises de l’Université
d’Oxford.
Quelle est la logique qui va émerger de cette guerre ? Si Israël
ne peut exister qu'en détruisant le voisinage, alors il est
temps de le déclarer comme un État en échec.
Le rêve sioniste a viré au cauchemar et n'est pas viable.
Si le futur réserve la même chose, alors le temps est
venu de reconsidérer la totalité du projet. Chaque État
a le devoir de défendre ses citoyens, mais il a aussi le devoir
de leur fournir la sécurité et les deux choses sont
différentes. Les perspectives sont, encore plus de destruction,
de fanatisme, de violence, de haine. Aucune séparation unilatérale
ne peut isoler Israël de tout cela, la région et la totalité
du monde ne peuvent vivre en en supportant les conséquences.
Cela semble le seul choix, et Israël doit se faire une faveur
et en faire une aux autres, et s'en aller.
L'occupation de la Cisjordanie et de Gaza montre un pays privé
de toute humanité. La Cisjordanie est invivable, la population
étranglée dans trois groupes de prisons. Des barrières
de béton, des barbelés, des routes de contournement,
des êtres humains émergeant comme des rats de tunnels
souterrains, l'humiliation quotidienne aux centaines de barrages routiers.
Depuis que la population a osé élire le Hamas, Gaza
est assiégée, son infrastructure a été
anéantie et sa population conduite au désespoir dans
ce qui semble une répétition de ce qui devait se passer
au Liban.
Le Liban s'est réveillé le 12 juillet à une
réalité qui peut détruire les bases mêmes
de la société. Il est partagé entre ceux qui
croient en une « Côte d’Azur » construite
sur des consensus politiques, le partage du pouvoir et un État
faible, et ceux qui, comme le Hezbollah, voient la nécessité
d'avoir une forteresse pour résister à un ennemi dangereux,
diabolique. C'est cette dernière logique qui va prévaloir
du fait du comportement d'Israël.
Pourtant, le système libanais est tenace. Le premier ministre
Fouad Siniora, sous les bombes, a été capable de soutirer
un consensus en 7 points où la forteresse victorieuse a accepté
de revenir à un processus politique. Le Liban a même
réussi à défier les USA et Israël par pure
ténacité, et par un tour de force diplomatique, il a
réussi à orienter le Conseil de Sécurité
vers une solution politique plutôt qu'une solution militaire.
Pour la première fois, les ministres arabes des Affaires étrangères
se sont mobilisés et ont mené une campagne active de
lobbying en lien avec la légalité internationale.
Il y a une volonté délibérée de cibler
les civils. Israël peut le nier, mais les Israéliens qui
le font savent, en fait, que c'est vrai. Plus de 17 000 personnes
ont été tuées au cours de l'invasion de 1982,
et le résultat net de cela ce fut la création du Hezbollah,
du Hamas et du Jihad Islamique. Il existe une doctrine qui dit que
les Arabes ont besoin d'être écrasés, qu'on peut
les bombarder pour les soumettre, qu'ils tomberont à genoux
éventuellement. C'est la doctrine et non son application qui
est viciée. Elle dit qu'en terrorisant les populations, elles
nous respecteront et feront la paix ; elle dit que ceux qui osent
résister doivent être éradiqués à
travers des assassinats ciblés et ceux qui les soutiennent
annihilés quel qu'en soit le prix. Les seules leçons
qu'Israël a apprises c'est qu'il devrait faire mieux la prochaine
fois.
3 pays arabes ont des traités de paix ou des relations diplomatiques
avec Israël, la plupart des États du Golfe ont ou ont
eu des bureaux commerciaux, l'Arabie Saoudite et le roi Abdallah ont
proposé un plan offrant une normalisation avec Israël
– ce qui n'avait pas été obtenu en 30 ans de paix
avec l'Égypte. La Tunisie et le Maroc ont d'excellentes relations
avec Israël. Même des États voyous comme la Syrie
et la Libye ont montré des signes positifs- le premier désespérant
de renouer inconditionnellement des pourparlers de paix. La région
a une histoire de tolérance et de coexistence ; les minorités,
y compris les juifs, y ont survécu et prospéré
pendant des siècles. Israël est aveugle à tous
les développements positifs, ce qui aura pour effet de faire
disparaître et ces positions et ceux qui les tiennent, leur
attitude n'étant pas tenable.
Le Liban peut reconstruire ses aéroports, ses routes, ses
ponts, ses usines, enterrer et pleurer ses morts, reconstruire des
vies ébranlées. Israël n’existe que depuis
60, un millième de seconde à l'échelle de l'histoire,
mais c'est suffisant pour juger des résultats. Si la morale
fondamentale est viciée, alors il est temps de jeter l’éponge,
de faire ses valises et de partir.
Les réactions des lecteurs de Haaretz
Nous avons sélectionné deux réponses de lecteurs,
qui nous semblent bien résumer le clivage entre deux types
principaux de positions qui divisent les Israéliens et ceux
des juifs qui s’identifient plus ou moins à Israël.
Traduit par Fausto Giudice.
Aller où
Par Andres, Paris
Aller où ? À la mer ?
Cet article montre de fait que les Arabes sont restés eux-mêmes
et la mer aussi. Israël n’est pas un État en échec.
L’échec, ce sont les États arabes. Et leur volonté
obsessionnelle de détruire Israël, comme on le voit dans
cet article, provient de leur propre échec. Alors qu’Israël
a créé une société moderne, prospère
et démocratique, ils ont créé haine, fanatisme
religieux et pauvreté. Israël est là pour leur
rappeler sans cesse ce qu’ils pourront être et ne sont
pas. Ce sont peut-être eux –les véritables échecs
– qui devraient faire leur valise et partir…en Europe,
qui semble tellement les aimer.
Je suis surpris que l’auteur –qui partage les vues de
Mein Kampf – puisse être un chercheur à Chatham
House. Et je suis aussi surpris que Haaretz publie un papier si haineux
et destructeur.
Existence et dissuasion dans le mental sioniste
Par Iga, Paris
Un esprit sioniste est strictement binaire : c’est ou bien «
l’existence » ou bien « la dissuasion ». Ou
bien vous êtes une victime consentante/désarmée
ou un dominant violent/criminel. C’est le dilemme de l’existence.
Depuis que les Juifs ont fait l’expérience de l'holocauste
dans les années 40 et ont été forcés à
agir comme victimes volontaires/désarmées les sionistes
pensent qu’il est de leur devoir vis-à-vis des Juifs
et de l’histoire d’être capables non seulement de
jouer le rôle du dominant violent/criminel mais aussi de forcer
les Arabes à jouer le rôle de la victime désarmée
consentante.
Ils pensent qu’ainsi l’Histoire et le Monde vont les absoudre.
Le seul problème avec ce fantasme c’est que la majorité
des Arabes –Musulmans, Chrétiens et certains Juifs –
ne sont pas disposés à jouer dans ce scénario
binaire de « dissuasion ».
Ce sionisme sera obligé évidemment de faire sa valise
et de partir. Il n’y a pas de place dans le monde pour la réalisation
d’un tel fantasme.