15/08/06 - Des dirigeants
à vendre !
Par Mourad Zarrouk, aljazeera.net, août 2006.
Original : http://www.aljazeera.net/NR/exeres/5D4E2606-AED1-4C29-B38A-2F3EFE433A80.htm/
Traduit de l'arabe par Ahmed Manaï, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité lingistique
(www.tlaxcala.es). cette traduction est en Copyleft : elle est libre
de reproduction à condition d'en respecter l'intégrité
et de mentionner la source et les auteurs.
L'auteur est professeur à l’Université
Abdel Malek Sâadi- Maroc - et chercheur à l’Université
Libre de Madrid.
Il y a deux ans, précisément
au mois d’août 2004, j’ai participé au festival
d’Asila au nord du Maroc et j'ai suivi avec beaucoup d’intérêt
les interventions présentées à cette occasion.
Je me souviens surtout d’un participant qui avait interpellé
violemment le ministre des affaires étrangères espagnol
Miguel Angel Moratinos, le rendant responsable de l’échec
de la solution du problème du Moyen-Orient, en sa qualité
d’ancien envoyé spécial de l'Union européenne
dans la région.
Le ministre s’énerva et s’exclama : "Alors
c’est nous qui sommes responsables de cet échec ? D’accord,
mais je vais vous révéler quelque chose que je devrais
garder secret. Savez-vous qui se dresse contre l’expérience
politique palestinienne ? Ce sont précisément les pays
arabes voisins qui ont peur de ce modèle. J’ai essayé
avec Romano Prodi d’envoyer un hélicoptère au
président Arafat, encerclé à la Mouquatâ,
afin de le faire ramener à Beyrouth pour y participer au sommet
arabe. Alors Amr Moussa m'a répliqué que ce serait la
plus grande humiliation pour les Arabes !"
Je me suis souvenu des propos du ministre espagnol alors que je suivais
la révélation par l’Egypte et la Jordanie de «
l’implication » du mouvement Hamas dans des relations
avec des éléments terroristes locaux, malgré
les dénégations répétées du mouvement.
Il y a dans la région des pays qui s’obstinent à
appliquer à tout prix l’agenda américain, quelqu'en
soient les moyens et les résultats, sans que cela influe sur
la faible popularité de régimes qui ont perdu tous leurs
paris mais gagné toutes les élections truquées.
Il y a ce qu’il est convenu d’appeler les pays modérés,
qui sont en fait l’exemple de la servitude et de l’aplatissement.
Ces pays ne sont guère modérés quand il s’agit
de la gestion de leurs affaires intérieures, puisqu’ils
ne respectent pas les droits de l’homme et offrent le spectacle
de régimes pourris et vieillissants. C’est l’état
de l’ensemble des régimes arabes sans exception.
L’expérience palestinienne dérange. En dix ans,
jamais le truquage n’effleura une élection, y compris
celle qui fit la victoire de Yasser Arafat.
Mais l’expérience palestinienne n’est pas seule
à déranger leurs altesses et leurs excellences. L’expérience
libanaise terrorise les dictatures arabes parce qu’elle regorge
de leçons susceptibles d’être transposées
hors du pays du Cèdre.
Le pays est sorti il y a 20 ans d’une guerre civile qui a tout
détruit et ravagé. Il a su dépasser les attentats
politiques, les agressions israéliennes et réaliser
ce à quoi avaient échoué des pays qui se sont
libérés de la colonisation depuis 50 ans, ainsi que
ceux qui avaient gaspillé les revenus pétroliers.
Les Libanais ont retenu de cette épreuve que le confessionnalisme
et le sectarisme constituent une discorde qui tue, disperse les efforts
et dilapide les biens et qu’ils devaient s’unir pour reconstruire
le Liban sur des bases solides.
J’étais ravi de voir, l’année dernière
à Beyrouth, à l’occasion de la distribution des
prix aux étudiants méritants à l’Université
catholique, qu’il y avait dans le lot des étudiantes
musulmanes. C’était là un signe très fort
que les espaces vitaux de la société s’étaient
débarrassés de l’esprit confessionnel.
J’ai trouvé au Liban une liberté d’expression
comme il n’en existe nulle part ailleurs chez les autres peuples
arabes. J’ai rendu visite au siège du journal An Nahar
qui surplombe la mer au loin. C’était au mois d’avril,
avant que des mains assassines n’attentent à la vie de
Gébrane Tuéni, le directeur de ce monument du journalisme,
au mois de décembre de la même année. Je n’avais
remarqué aucune crainte, aucune peur dans l’exercice
du métier journalistique. Des femmes et des hommes qui méditent
le bleu azur tout en travaillant sérieusement leurs papiers
et à échafauder leurs plans d’avenir.
N’est-ce pas que ce genre d’expérience terrorise
les vautours qui nous étranglent ?
Le soir même, nous étions au pied de la tombe de Rafic
Hariri qui venait d’être assassiné depuis plus
de deux mois. Quand j’ai commencé à lire la fatiha
à la mémoire du défunt, je vis mon ami Henri
faire le signe de croix avec beaucoup de tristesse et je compris que
Hariri n’était pas mort mais que c’était
la haine et l’esprit confessionnel qui venaient de mourir.
J’ai trouvé que les musulmans sunnites et chiites, les
chrétiens maronites et orthodoxes et les druzes débattaient
des problèmes du Liban avec beaucoup de maturité…Un
débat libre et de haut niveau et un peuple qui a prouvé
qu’il n’avait pas besoin d’un leader éternel
pour le rassembler et auquel il fait des courbettes matin et soir.
C’est le Liban que j’ai connu et l’affaire ne se
limite pas à la transparence de ses élections et au
grand dynamisme de ses activités. Le peuple libanais est un
peuple fier qui refuse que sa dignité soit bafouée et
de devenir l’otage d’un régime comparable aux régimes
fascistes qui dirigent les pays arabes.
C’est pour cette raison que les ennemis des Libanais, parmi
leurs frères, doivent savoir que la marche vers la dignité
ne connaîtra pas de reflux quelque soit l’issue de l’agression
israélienne. L’expérience libanaise continuera
à servir de modèle pour ceux qui veulent s’en
inspirer.
Les régimes arabes ont perdu depuis longtemps leur raison d’être
et leur rôle se réduit à une trahison par ci par
là, à l’exercice de la torture par procuration
ou à toucher des commissions sur des opérations commerciales.
Si le modèle libanais a réussi dans un pays multiconfessionnel,
pourquoi ne réussirait-il pas entre des forces politiques que
ne séparent pas des différences religieuses mais simplement
des choix politiques ?
Après le deuxième massacre de Qana, il ne reste plus
beaucoup de choix aux peuples arabes. Ils se trouvent tous devant
une responsabilité morale et historique, pour entamer la marche
vers l’émancipation et l’autodétermination,
l’étape de la nationalisation du colonialisme ayant trop
duré et le temps de la vraie indépendance est enfin
venu.
Ce qui s’est passé en Palestine, en Iraq et au Liban
ne constitue qu’une étape qui sera suivie par d’autres
et il paraît difficile de les éviter. Nous sommes dans
la position de celui qui ignore seulement sur quel côté
il va tomber.
Si leurs Majestés et Excellences ont échoué à
constituer, je dirai, non pas une puissance, mais simplement un groupe
de pression, un lobby, suffisamment fort, pour défendre le
droit de leurs peuples à une vie digne ou simplement à
la vie, nous les dispensons du pouvoir et libre à eux de profiter
des milliards qu’ils ont pillés quoique leur vie entière
ne suffira pas à dépenser, voire à dilapider,
tout ce qu’ils ont ramassé.
Pas besoin de parler ici des formes de l’échec banal
qui conduit un homme politique, dans un Etat qui se respecte, à
démissionner. Cela semble difficile à obtenir.
Je parle de l’échec mortel, de la trahison et des crimes
politiques, de l’instrumentalisation des services de sécurité
et de la justice, pour protéger des régimes dictatoriaux,
du pillage des deniers publics et des politiques affamant les peuples.
Aucun défenseur d’un dirigeant arabe ne peut échapper
à l’un de ces traits de caractères : il profite
des bienfaits matériels ou du trafic d’influence, vil
et méprisable, ou craint le changement même positif,
parce qu’il est atteint de léthargie organique.
Le premier monarque dans l’histoire de l’islam à
avoir été vilipendé par ses sujets fut Mouâouya
parce qu’il avait usurpé le pouvoir sans en être
digne et si la nation garde aujourd’hui le silence, cela ne
veut pas dire que les dirigeants ont raison mais que la Oumma a tort.
Je ne suis pas un adepte de la violence, du désordre et de
la discorde, mais je suis de ceux qui défendent la dignité
et la dimension morale dans l’exercice de la politique, deux
choses qui se sont tellement effondrées dans ce qui se passe
au Moyen -Orient actuellement et à la lumière des nouvelles
trahisons.
Majestés, Excellences : savez-vous que chaque manifestation
de soutien au Liban et à la Palestine, est une condamnation
pour vous ? Savez-vous que vos positions dans toutes ces crises sont
des positions de régimes dictatoriaux et non pas celles de
peuples épris de liberté ?
Après votre mort, votre place sera garantie dans les poubelles
de l’histoire. Personne ne vous regrettera, ne se souviendra
de vous en bien et encore moins avec nostalgie. Les peuples, quant
à eux, se souviendrons de vous à la manière dont
vous a évoqués ce vieillard qui, il y a quelques années,
se tint debout au centre du Caire, portant un drapeau palestinien
sur lequel il avait écrit « Majestés, Excellences
: TFOUH " (=je vous crache dessus, NDT)
15/018/06 - La Résolution
de l’ONU 1701 du vendredi 11 août sur le Liban : une œuvre
de propagande sioniste, une insulte à la mémoire des
victimes de la barbarie sioniste, un blanchiment de l’agresseur
et un feu vert à Israël pour la continuation de ses crimes
Par Mondher Sfar, Paris, 12 août 2006r. Courriel
: mondher.sfar@club-internet.fr
La Résolution 1701 qui vient d’être votée
par le Conseil de sécurité restera dans les annales
de l’ONU comme la deuxième honte de son histoire après
la résolution dite de « partage » de la Palestine
du 29 novembre 1947.
1) La résolution énonce mais à aucun moment ne
dénonce ni ne qualifie les massacres de centaines de civils
libanais, morts et blessés, le million des déplacés
en détresse et sans secours, la destruction systématique
de l’infrastructure et des villes libanaises, sans parler du
crime contre l’humanité perpétré à
Qana et contre les forces de la Finul et du bombardement d’immeubles
de civils. En s’abstenant de qualifier ces crimes, l’ONU
insulte la mémoire des victimes de l’agression sioniste
contre le Liban, insulte nos sentiments et bafoue les principes qui
fondent notre humanité. Les termes de cette résolution
sont même en deçà des premières critiques
timorées parlant de la « réaction disproportionnée
», formulées par certaines puissances pour qualifier
l’agression de l’entité sioniste.
2) Au lieu d’agression israélienne, la résolution
parle d’ « escalade des hostilités engagées
au Liban et en Israël depuis l'attaque du Hezbollah en Israël
le 12 juillet 2006 ». Ainsi, la Résolution fait endosser
au Hezbollah la responsabilité des massacres qui se déroulent
encore au Liban, et non à l’entité sioniste belliciste.
Même si le Hezbollah avait commis un acte d’hostilité,
rien ne saurait justifier l’agression barbare contre le Liban.
Mais l’ONU n’en a cure : elle épouse à la
lettre la propagande de guerre israélienne, et parle encore
des deux soldats prisonniers de guerre alors que l’entité
sioniste elle-même a cessé d’en parler !
3) Plus grave encore, la Résolution donne le feu vert à
l’entité sioniste de continuer son œuvre criminelle
sous prétexte de libérer les deux soldats enlevés
par le Hezbollah : « il faut remédier d'urgence aux causes
qui ont donné naissance à la crise actuelle, notamment
en obtenant la libération inconditionnelle des soldats israéliens
enlevés ». Ainsi, toute l’affaire n’est qu’une
« crise » qui tient à la libération de deux
otages, et non d’un horrible crime contre l’humanité.
4) Cette propagande israélienne relayée par l’ONU
éclate encore de plus belle manière quand il est décidé
un embargo sur les armes à destination du Liban : « Exclusion
de toute vente ou fourniture d'armes et de matériels connexes
au Liban, sauf celles autorisées par le Gouvernement libanais.
» Naturellement, l’entité sioniste agresseur n’est
pas touchée par un tel embargo, elle qui possède un
des arsenaux militaires les plus puissants du monde et qui bénéficie
lors de cette guerre d’un mont aérien US de fournitures
d’armes prohibées.
Nous comprenons dans ces conditions que ce chef d’œuvre
de propagande sioniste a été acclamé chaleureusement
par Bush, alors que l’entité sioniste fait semblant d’étudier
le texte de la résolution tout en intensifiant ses raids barbares
contre le Liban martyre.
Les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU viennent
de commettre un crime contre l’humanité dont ils devront
rendre compte un jour. Et grâce au Hezbollah, ce jour ne sera
pas très loin.
15/08/06 - Oui, c'est bien
« la queue, qui remue le chien » !
par Simon Jones [ sj958@yahoo.com ], 9 août
2006.
Original : http://simonjones1.blogspot.com/2006/08/dog-really-does-wag-tail.html
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique
(www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.
Juste au moment où il était devenu absolument évident
que la queue contrôlait totalement le chien (c'est-à-dire
au moment où Izzy* dirigeait la politique moyen-orientale des
USA), le chien a décidé de tenter de reprendre le contrôle
sur son appendice caudal.
Depuis l'époque de Raygun [Reagan, ndt], le lobby juif à
Washington (et tous les cinglés usaméricains) ont acquis
de plus en plus de pouvoir, jusqu'à ce que, grâce à
l'Aipac, au PNAC, aux attentats du 11 septembre et à l'Irak,
ils aient fini par prendre totalement le contrôle de la politique
étrangère usaméricaine, poussant Washington à
déclarer une guerre ouverte contre le plus grand ennemi d'Israël
: l'Islam.
Mais si le fantôme de Raygun revient nous hanter, c'est aussi
pour une autre
raison. Sa guerre contre l'Union soviétique, qualifiée
d' « Empire du Mal »,
a été couronnée d'une victoire dépassant
ses rêves les plus fous, qui a
conduit à son effondrement. Cette heure de gloire (en réalité,
une tragédie,
mais ce n'est pas le lieu de développer) a été,
dès lors, l'inspiration des
faucons et le modèle de la guerre des néocons contre
l'Islam et l' « Axe du
Mal », de nos jours. L'idée, c'est une concentration
massive d'armes, la
subversion active, l'invasion là où elle est possible
- le tout étant censé
entraîner l'effondrement de l'ennemi du jour, en l'occurrence
: l'Islam.
L'Union soviétique et l'Islam représent(ai)ent le même
défi
anti-impérialiste pour l'impérialisme états-unien
(désormais usraélien), un
défi qu'il n'a pas / n'est pas à même de coopter,
comme avait pu le faire l'
« Occident » « chrétien ». Aussi, il
était / est nécessaire de détruire ces
obstacles. La stratégie de Raygun a marché, dans le
cas de l'Union
soviétique, qui s'avéra moins résistante face
à l'impérialisme états-unien
que son idéologie n'aurait pu le laisser imaginer. Elle était
en déclin, et
elle était vulnérable au matérialisme séducteur
de l'Occident. Il ne lui
manquait qu'un dirigeant naïf [Gorbatchev, NDT] et une petite
poussée dans
le dos pour tomber dans l'étreinte mortelle usaméricaine.
En avant toute, vers la réincarnation de Raygun
Izzy contrôle désormais totalement Washington, aboutissement
d'un processus
entamé sous Raygun. L'idée, derrière le projet
pour l'avenir concocté en
1998 à Washington - le PNAC - [Project for an American New
Century : Projet
pour le nouveau siècle (qui sera nécessairement) américain]
- ressemblait
beaucoup au précédent : renverser les derniers Etats
musulmans résistant
encore à Usraël. Achever le boulot que Raygun avait entrepris
(et que Bush
père avait omis de parachever). L'idée, c'était
que la dernière invasion de
l'Irak marcherait comme sur des roulettes, aboutissant à la
création d'un
autre Etat musulman fantoche des USA, amical envers Izzy, ainsi qu'à
la récupération de la résistance palestinienne,
et à l'autorisation donnée à
Usrael de mener de nouvelles guerres contre les autres ennemis d'Izzy
appartenant à l' « Axe du Mal », à savoir
: l'Iran et la Syrie.
Le chien remue la queue [Oups : La queue remue le chien !]
Mais les choses n'ont pas si bien fonctionné que cela : l'Iran
s'est avéré
une noix plus dure à casser que l'Union soviétique,
et les Palestiniens ont
élu un gouvernement vigoureusement anti-Izzy, du parti Hamâs,
qu'Usraël n'a
pas tardé à qualifier d'organisation terroriste. Sur
ces entrefaites, l'Iran
a élu un dirigeant foncièrement anti-sioniste, et il
a contribué à maintenir
une arène politique solidement antisioniste en Irak, tant au
gouvernement qu
'au sein de la résistance.
L'inexpérimenté Olmert, pensant qu'il ferait au Liban
ce que les USA
étaient incapables de réaliser en Irak, finit par répéter
exactement les
mêmes erreurs que ces derniers en Irak, pour ne pas mentionner
ses propres
invasions (calamiteuses) du Liban. Résultat : ce satané
Hizbullah a réussi à
faire ce que personne n'avait été capable de faire :
ramener la crainte de
Dieu chez le « peuple élu ». C'est là, à
n'en pas douter, un retournement
total pour la vision usraélienne du monde. Mais pas pour la
vision du monde
envisagée par le PNAC. L'échec d'Israël à
dompter le Hizbullah, faisant
suite à l'échec USA à dompter l'Irak, marque
la mort du PNAC et
des néocons. Mais il s'avère que l'oreille de Washington
est sourde à cette
douce musique.
Une administration usaméricaine normalement constituée
aurait remarqué les
traces de jaune d'oeuf sur la figure d'Izzy ; elle aurait entendu
l'alarme et
elle aurait, peut-on espérer, sponsorisé une «
ferme » résolution de l'ONU
ordonnant à Israël de sortir du Liban après une
semaine de dévastation,
laquelle résolution accorderait, bien entendu, une semaine
supplémentaire
permettant à Israël de se retirer en traînant les
pieds et de calmer la
communauté internationale, à laquelle on laisserait,
le moment venu,
nettoyer les dégâts sans qu'Israël se fende du moindre
« merci, c'est
sympa».
Mais nous n'avons pas affaire à une administration usaméricaine
normalement
constituée. L'administration actuelle adhère réellement
au délire
apocalyptique sioniste chrétien, à base de Troisième
guerre mondiale et de
fin du monde, et bien loin de voir dans les traces de jaune d'oeuf
sur la
tronche d'Israël un appel à l'aide, elle a décidé
d'encourager Izzy, en le
laissant poursuivre ses dévastations, bombarder les civils
en tapis, et à se
« peindre dans le coin de la pièce », tandis que
les USA se préparent
à lancer des guerres au programme du PNAC aux pages désormais
cornées,
contre la Syrie et contre l'Iran.
Paradoxe plaisant : encore rougissants de leur succès contre
l'Union
soviétique, et sous l'inspiration des sionistes chrétiens
lunatiques, les
USA reprennent le contrôle de la politique au Moyen-Orient en
étant
plus Izzy qu'Israël, en nous servant une parodie gauche du Likoud.
Ce qu'
Izzy voulait dur comme fer ( et dont il avait désespérément
besoin), c'était
une tape sur les doigts qui lui aurait permis de sauver la face. Mais,
ayant
reçu carte blanche pour poursuivre son blitzkrieg et étant
respectueusement
consulté au sujet des résolutions éventuelles
de l'Onu, Israël ne fait que s
'enfoncer chaque jour un peu plus profondément dans son marigot
imbibé de
sang.
Il nous est donné aujourd'hui d'assister à un véritable
miracle : Izzy, en
homme d'Etat chenu et sage (son enfant pétulant étant
toujours à l'
intérieur, bien sûr), dans cette danse de mort avec des
USA semblant
reprendre le contrôle des ficelles (pour Condi, les hurlements,
au Liban, ne
sont rien d'autre que les contractions de l'enfantement), afin de
parachever
le scénario du PNAC en le poussant au paroxysme. Je vous laisse
décider si
cela prouve véritablement que le chien a (ou non) repris le
contrôle de sa
queue. Peu importe. Cette multiplication des marécages usraéliens
n'en
représente pas moins véritablement un moment de l'Histoire
à couper le
souffle, même si, malheureusement, nous risquons littéralement
de ne plus
être à même de reprendre un jour notre respiration.
NDT : par Izzy, l’auteur désigne bien évidemment
Israël
14/08/06 - A bas la résolution
1701 de l’ONU !!
par un militant anonyme du Forum social européen,
12 août 2006
La résolution 1701 de l’ONU vise à imposer la
paix impérialiste au Liban
La résolution 1701 a été votée, dans la
nuit de vendredi 11 à samedi 12 août, par le Conseil
de sécurité de l’ONU, à l’unanimité
de ses 15 membres. Cette résolution donne entièrement
satisfaction à Israël et à l’impérialisme.
Quand Shimon Peres déclare : « Nous avons obtenu satisfaction
sur la quasi-totalité de nos exigences. C’est sans précédent
», l’examen du texte lui donne totalement raison :
L’ONU considère que les hostilités ont été
déclenchées par le Hezbollah, et donc qu’Israël
n’a fait que se défendre : « Se déclarant
extrêmement préoccupé par la poursuite de l’escalade
des hostilités engagées au Liban et en Israël depuis
l’attaque du Hezbollah en Israël le 12 juillet 2006 ».
Autrement dit, en capturant deux soldats israéliens (dans le
but d’obtenir la libération des centaines de libanais,
y compris des enfants, emprisonnés en Israël) - d’après
le Hezbollah et le gouvernement libanais ont par ailleurs été
capturés sur le territoire libanais - la résistance
libanaise serait responsable de la campagne israélienne de
terreur et de destruction du Liban. Pour l’ONU, les résistants
sont les coupables et Israël n’a fait que riposter (la
résolution ne dit même pas qu’Israël l’a
fait de façon « disproportionnée », parlant
seulement d’escalade de la part des deux camps). Ainsi, après
avoir détruit le Liban, Israël pourra s’en laver
les mains, l’ONU n’exigeant même pas d’elle
une participation financière à la reconstruction du
Liban.
Ayant identifié la cause principale de la crise actuelle, l’ONU
réclame « la libération inconditionnelle des [deux]
soldats israéliens enlevés ». Autrement dit, la
résistance est sommée de libérer sur le champ
et sans contrepartie les deux soldats israéliens. Par contre,
l’ONU n’exige pas la libération des résistants
libanais emprisonnés en Israël, se contentant d’une
formule creuse, se disant seulement « conscient du caractère
délicat de la question des prisonniers et encourageant les
efforts visant à régler d’urgence la question
des prisonniers libanais détenus en Israël ». Bref,
Israël peut maintenir en détention les libanais avec la
bénédiction de la « communauté internationale
».
La résolution n’exige pas le retrait immédiat
des troupes d’occupation du Liban. L’ONU dit simplement
être « déterminé à agir de telle
sorte que ce retrait intervienne le plus tôt possible ».
Autrement dit, l’ONU laisse tranquillement l’Etat d’Israël
finir sa sale besogne. Après la fin de ses opérations
« offensives » visant à conquérir toute
la zone comprise entre la frontière et le fleuve Litani, Israël
annonce sa volonté de rester quelque temps (deux semaines selon
les dernières déclarations) pour « nettoyer »
(selon leur expression) la zone conquise, ce que lui permet l’ONU
qui ne lui demande que de cesser ses « offensives militaires
». Après la fin du « nettoyage », Israël
pourra passer le relais à une force internationale (FINUL)
de 15 000 hommes.
Alors qu’Israël a dévasté et occupe une partie
du Liban, l’ONU considère que la Résistance constitue
la grande menace qu’il faut neutraliser. Ainsi, les troupes
internationales ne seront pas déployées dans l’Etat
d’Israël pour neutraliser ses velléités guerrières,
mais dans la partie sud du Liban (précisément dans la
partie du Liban qu’Israël s’emploie à «
nettoyer » avant de passer la main à l’ONU) pour
aider le gouvernement libanais à appliquer la résolution
1559 de l’ONU, c’est-à-dire à désarmer
la résistance. L’occupation impérialiste du Liban
vise à empêcher toutes les opérations de la Résistance
libanaise contre Israël, laissant totalement isolé la
Résistance palestinienne.
La résolution n’exige pas qu’Israël quitte
la partie du Liban qu’elle occupe depuis 1967 (les fermes de
Chebaa). Elle se contente de dire : « Prenant dûment note
des propositions faites dans le plan en sept points concernant le
secteur des fermes de Chebaa (...) ». Israël pourra donc
continuer à occuper cette partie du territoire libanais pendant
que la force internationale la protégera de la résistance
libanaise.
Enfin, rappelons que l’ONU n’a strictement rien à
dire sur les opérations d’Israël à Gaza et
en Cisjordanie. Israël continue ses opérations armées
dans ces territoires, massacrent la population, kidnappent les représentants
élus du peuple palestinien, etc. sans que la « communauté
internationale » s’en émeuve. Enlever deux soldats
d’un Etat raciste et colonial est pour la communauté
internationale bien plus grave que l’oppression du peuple palestinien
et les exactions qui vont avec.
Source : http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=32437
14/08/06 - Tous les éléments
de la victoire
par Rashad Abu Shawar, écrivain palestinien, Al Quds
Al Arabi, Londres, 9 août 2006
La résistance libanaise accorde de nouveau à l'humain
arabe un état d'équilibre psychologique et mental, car
il s'agit d'une guerre différente de celle menée par
les officiels arabes, qui ont été soit des défaites
perdantes, soit des désastres.
Le Hizbullah s'est proclamé défenseur du Liban et poursuit
la victoire de 2000, car, selon l'analyse logique et la raison, on
sait que cet ennemi ne dort pas sur une telle défaite, il ne
laissera pas le Hizbullah vivant, nageant dans une mer de masses qui
lui accordent leur confiance, leur respect et leur voix.
Hizbullah, même s'il est issu dans le giron d'une confession
musulmane, n'a pas adopté un comportement confessionnel. A
aucun moment, il n'a pu lui être reproché d'avoir distingué
un libanais d'un autre, d'un point de vue religieux. C'est pourquoi
nous voyons que les plus proches de lui, politiquement, sont des chrétiens
(de religion), des patriotes et d'appartenance arabe.
Le Hizbullah n'a pas ignoré, lui et sa direction clairvoyante
et croyante, qu'en menant la bataille pour la défense de la
souveraineté du Liban, par terre, air et identité, il
mène en même temps la bataille de la Palestine arabe
en tant que nation, et des opprimés dans le monde.
Le Hizbullah s'est préparé pour la bataille, à
laquelle il s'attendait, il a bien compté ce que possède
l'ennemi, ses possibilités militaires et destructrices, son
arrogance et son dédain, sa dureté et sa barbarie, et
il a planifié, comme cela est évident, au cours de quatre
semaines de guerre, afin de réduire la distinction et la supériorité
militaire de l'ennemi, en commençant par l'élément
humain.
Il en a fait l'élément de surprise, dans cette guerre,
cet élément est un combattant, corporellement, moralement
et spirituellement, il ne se retire pas du terrain, il éxécute
les ordres de ses dirigeants sur le terrain, fermement présents
avec lui, des dirigeants prêts au sacrifice, et non des dirigeants
par satellites ou dignes de défilés, des dirigeants
qui ont fourni à leurs combattants tous les constituants de
la résistance et de la fermeté sur le terrain. Il bénéficie
d'une particularité qui est la rapidité du mouvement
avec des armes légères en comparaison avec ce que possède
l'ennemi, légères pour être portées par
un ou quelques-uns, mais efficaces et corresponsant à la rapidité
et la vigueur d'un combattant qui n'attend pas l'ennemi mais qui le
contourne, qui le pique, qui frappe avant de se cacher. Son action
est visible, son corps est caché même pour les appareils
les plus subtils de l'espionnage aérien, maritime, terrestre,
des caméras des correspondants des chaînes satellitaires,
qui affirment tous les jours qu'ils ne voient et n'ont vu aucun combattant
du Hizbullah sur la terre du sud !
Le Hizbullah a préparé une force militaire, relativement
peu nombreuses, mais ayant des capacités corporelles, psychologiques
et croyantes, ses hommes se sont préparés à mener
une guerre véritable avec un ennemi qui s'est habitué
à vaincre les armées des pays arabes, quel que soit
le nombre de ses troupes.
Avec la clarté du but et la construction ferme, il me semble
que les dirigeants du Hizbullah (la résistance islamique) se
sont posés de multiples questions à propos de tout.
Par exemple, celui qui mène cette guerre terrible doit poser
ces questions : comment nous protéger de l'aviation supérieure
de l'ennemi ? Quelles sont les armes appropriées pour faire
face aux chars blindés de l'ennemi qui ne sont pas percées
par les RPG ordinaires ? Comment faire pour que les forces de l'ennemi
soient constamment en état d'alerte, si elles envisagent de
pénétrer quelque part ? Comment se maitenir autour et
derrière les forces de l'armée habituée aux percées
et qui mène ses batailles avec une puissance de feu terrible,
en peu de temps et avec un retrait rapide ?
Il est clair que le Hizbullah et ses dirigeants, hommes de religion,
ne sont pas des derviches assis dans les zawiya et les takiya, ils
ne sont pas des sermonneurs du vendredi dont la fonction est l'égarement,
ou dont les invocations vont aux gouvernants, ou qui incitent à
obéir aux gouvernants, mais ce sont des hommes de religion
combattants, nés sur la terre combative du sud depuis les années
60, dans le giron de familles ayant goûté à l'oppression
sociale. La religion fut un élément de conscience révolutionnaire
et non un moyen d'égarement et un facteur d'ignorance. Il a
entouré toutes ses activités, de grandioses constructions,
par le secret et le silence, de sorte qu'aucun élément
de cette machine puissante ne sait que ce qu'il doit savoir, ne dévoile
autre qu'à lui-même et sa conscience, car il porte un
dépôt, un but sacré, et il est le confident du
secret de la victoire...
La sincérité : après avoir défini le but,
et bâti ce qui assure la fermeté, c'est-à-dire
la victoire, en l'entourant par une protection sécuritaire,
je rappelle ici les réseaux que le Hizbullah a réussi
à arrêter, ces dernières années. Cette
grande victoire sur l'ennemi qui est resté aveugle, malgré
ce que nous savons à propos de ses capacités d'espionnage,
de ses percées. Il a entouré et protégé,
avec les enfants du pays, ce qui est devenu une des caractéristiques
du Hizbullah, que ce soit des dirigeants ou des combattants, avec
un moyen médiatique qui s'est manifesté par la chaîne
satellitaire al-Manar, luttant par sa précision, son dynamisme,
son calme, le réseau de ses correspondants, sans excitation,
ni bouffonnerie, où tout est étudié, la nouvelle,
le programme de discussions avec les dirigeants des différents
courants politiques, malgré les divergences, en leur accordant
la possibilité d'exprimer leurs attitudes.
La réaction des millions d'Arabes a paru lent, le poids des
défaites qui courbent les esprits et les coeurs, ne peuvent
pas s'évanouir rapidement, mais les actes héroïques
sur le terrain, la grandeur du peuple du Liban entourant sa résistance,
l'humiliation de l'armée ennemie sur le front de la lutte,
où il avance quelques mètres pour s'enfuir épouvanté
par ceux qui l'entourent et le combattent face à face, le frappant
à la poitrine, sur le dos et sur le front...
Le discours politique assuré, clair, par la voix et l'image
de Sauuid Hassan Nasrullah est devenu une provision psychologique,
idéologique, culturelle, attendu par des millions d'Arabes
et de Musulmans, qui ont foi en lui et qui le croient, est l'un des
éléments de la résistance, plus, est une arme
dasn cette guerre psychologique, pour l'ami et pour l'ennemi.
Le Hizbullah, par la parole de Sayyid Hassan, et c'est ainsi qu'il
est dorénavant appelé par les gens, car il n'y qu'un
seul Sayyid Hassan, a dit dans son discours du 3 août : "nous
ripostons à ce que fait l'ennemi, il nous frappe par les fusées,
nous le frappons, il bombarde nos villes, nos villages, nous ripostons,
et... s'il bombarde notre capitale Beyrouth, nous bombarderons sa
capitale Tel Aviv..
Le public arabe s'est rapidement éduqué à croire
Sayyid Hassan, à croire al-Manar, et il s'agit là d'une
révolution dans le rôle de l'information. Nous, les Arabes
du Machreq, nous nous étions habitués à suivre
les informations des guerres sur les radios de la voix d'Israël,
la BBC, ou Monte Carlo. Nous ne croyions pas nos radios, surtout après
la série des défaites et la perte des médias
officiels de leur crédibilité.
Le Hizbullah et ses combattants ont suscité une révolution
dans les concepts. Ils ramènent à l'humain arabe sa
confiance en soi et en ses capacités, ils placent les millions
d'Arabes face à des régimes arabes soumis, sinon complices
ou spectateurs, ils trient entre les amis et l'ennemi, posent chaque
Arabe devant ses responsabilités, dans un immense processus
de tri, où les masses arabes commencent à croire que
Chavez est plus arabe que les dirigeants arabes, de père en
fils, et que la Malaisie est plus courageuse et plus musulmane que
les pays membres de la Ligue arabe.
Traduit par Centre d'Information sur la Résistance en Palestine
La discipline de fer du Hezbollah
est un adversaire à la mesure de la machine militaire
par Robert Fisk, The Independent, 11 août 2006.
Traduction JFG
On entend beaucoup de braillements et de rugissements provenant
d’Israël à propos d’une attaque militaire
massive jusqu’au fleuve Litani. Mais aujourd’hui, ces
rugissements et ces braillements, qui promettent de "déraciner"
la "graine" de "terroristes" musulmans chiites
hezbollahi, supposés - du moins dans les fantasmes d’Israël
- être les alliés des ennemis de l’Amérique
dans la Guerre contre la Terreur (un conflit que nous soutenons bien
sûr tous religieusement), ont baissé d’un cran.
Une colonne de blindés israéliens, qui a rampé
jusqu’à l’intérieur de la ville libanaise
chrétienne de Marjayoun - largement peuplée par les
collaborateurs libanais, de 1978 à 2000, des occupants israéliens
- a bifurqué hier au nord vers Khiam, un village déjà
en grande partie dépeuplé, pour s’y apercevoir
que les guérilleros du Hezbollah refusaient de se rendre.
La frustration d’Israël - et son sentiment d’avoir
perdu, puisque 15 de ses soldats ont été tués
dans la seule portion de la zone frontalière du sud Liban que
Tsahal "contrôle" depuis ces dernières 24 heures
- était manifeste dans le document potentiellement criminel
qu’il a largué hier au-dessus de Beyrouth. Signé
"l’Etat d’Israël" - ce qui a au moins le
mérite de rendre son origine claire - ces tracts annonçaient
que "les Forces de Défense d’Israël ont l’intention
d’étendre leurs opérations dans Beyrouth".
Aïe ! Avons-nous tous dit après l’avoir lu, nous
attendant à plus de morts parmi les civils. Et nous n’étions
pas dépourvus de preuve ! La décision israélienne,
annoncée dans ce document israélien - un carré
de papier voletant, place Riad Solh, au-dessus des boutiquiers et
des employés de bureau, et sur moi - avait été
prise parce que les roquettes du Hezbollah continuaient de tomber
sur Israël et à cause des "déclarations de
leur dirigeant" de la veille au soir. En effet, mardi soir, Sayed
Hassan Nasrallah, le président du Hezbollah, s’était
vanté des 350 missiles que ses membres, selon lui, avaient
tirés sur Israël pendant ces dernières 48 heures
et conseilla vivement au Arabes israéliens de quitter Haïfa.
Il devrait être dit, aussi, que les soldats israéliens
ne sont pas en train de gagner leur guerre dans le sud-Liban. Mercredi,
à moins de 2 kilomètres de leur propre frontière,
ils ont perdu 15 soldats et beaucoup d’autres ont été
blessés. Le plus loin qu’une colonne de blindés
ait pu aller hier était les abords de Khiam, le site de leur
propre prison tristement célèbre où la torture
a été pratiquée de 1978 à 2000. Ce village
n’est encore distant que de 2,5 km de la frontière et
ils combattent un ennemi beaucoup plus déterminé et
discipliné qu’en 1982, lorsque leur "incursion"
les a conduit jusqu’à Beyrouth.
Les Israéliens ont traversé cette même frontière
pour se rendre compte que leurs ennemis, le Hezbollah, sont prêts
à mourir dans la bataille - ce qui ne fut pas le cas de l’OLP
laïque qu’ils ont facilement vaincue en 1982. Le Hezbollah
est un ennemi différent. Les affirmations du Premier ministre
israélien, Ehoud Olmert, selon lesquelles il poursuit la même
"guerre contre la terreur" que George Bush, sont réduite
en poussière face à cet adversaire. Le Hezbollah est
pourvu en officiers par des hommes qui ont passé 18 ans à
combattre les occupants israéliens et qui ont appris à
leurs dépends qu’un meilleur armement et une discipline
de fer sont plus importants que les discours nationalistes. Depuis
le retrait israélien de 2000, ils ont eu six ans pendant lesquels
ils ont enfoui leurs caches d’armes dans le sous-sol, et cela
dans un secret extraordinaire.
Etonnamment, la chaîne de télévision du Hezbollah,
al-Manar, émet toujours. Et c’est peut-être la
rage d’Israël, face à cette démonstration
surprenante d’initiative technologique, qui l’a conduit
à cette attaque grotesque, à Beyrouth-ouest, contre
les vieux sémaphore et transmetteur de radio français,
qui remontent à la période du mandat. Cette structure,
construite par les Français dans les années 30, avait
été, pendant et après le régime de Vichy,
une station-relais de Radio France, mais elle était laissée
à l’abandon depuis 1946. Pourtant, à 11h20 hier
matin, les Israéliens ont gaspillé deux missiles contre
cette tour, prouvant ainsi que leur "guerre contre la terreur"
- dans laquelle ils insistent pour dire qu’ils sont "nos"
alliés - remonte à une époque où Israël
n’existait même pas encore.
Le document largué hier par l’aviation israélienne
ordonnait aux Musulmans chiites des quartiers de Beyrouth, Hay al-Selloum,
Bourj al-Barajneh et Chiyah, d’abandonner leurs foyers "immédiatement".
Autrement dit, l’armée israélienne souhaite "nettoyer"
de tout civil les 30 km2 qui séparent l’aéroport
de Beyrouth et la vieille ligne de front chrétienne de la guerre
civile à Galerie Semaan. Ce document méchant se termine
par une menace sinistre - qui viole toutes les règles de la
Convention de Genève à ce sujet - selon laquelle "chaque
expansion des opérations terroristes du Hezbollah mènera
à une riposte sévère et puissante et que cette
riposte douloureuse ne se limitera pas au gang de criminels d’Hassan".
Que signifie donc "ne se limitera pas" ? Que ce sont les
civils qui en paieront le prix - cette fois-ci à Beyrouth -
comme ils l’ont payé au sud-Liban ces trois dernières
semaines dans les massacres perpétrer par l’aviation
israélienne ! Eh bien ! Tenez-vous prêts à plus
d’atrocités de la part du Hezbollah et à plus
d’atrocités israéliennes !
14/08/06 - Le «transfert
d'hostilité» occidental sur les Palestiniens et les Libanais
par Georges Corm, Le Figaro, 11 août 2006
L’auteur, est économiste et historien,
ancien ministre des Finances du Liban (1998-2000), auteur de La Question
religieuse au XXIesiècle. Géopolitique et crise de la
post- modernité, La Découverte, 2006.
Bibliographie disponible complète : http://www.amazon.fr/gp/search/ref=nb_ss_b/402-9835606-0224937?__
mk_fr_FR=%C5M%C5Z%D5%D1&url=search-alias%3Dstripbooks&field-keywords=Georges+Corm&Go.x=11&Go.y=9
L'anesthésie de beaucoup de consciences face au drame du Liban
et au non-respect des règles du droit humanitaire et des conventions
de Genève n'est pas simple à comprendre. Cela n'est
d'ailleurs pas la première fois que cette anesthésie
se manifeste. En effet, le déplacement forcé par les
bombardements de l'aviation israélienne d'un quart de la population
libanaise, le blocus terrestre, maritime et aérien –
y compris le bombardement des camions transportant l'aide humanitaire
ou des denrées alimentaires – est une répétition
sur une échelle plus large de ce qu'a déjà subi
une partie du Liban en 1982 avec le siège de Beyrouth par l'armée
israélienne durant deux mois et demi ; il s'agissait alors
d'éradiquer les mouvements armés de l'OLP. Cette insensibilité
d'une partie de l'opinion occidentale se manifeste aussi à
l'égard des Palestiniens occupés depuis 1967 par l'armée
israélienne.
Face à ce chaos sanglant, l'Europe se félicite d'être
enfin en paix. Elle ne réalise pas, cependant, que le vent
de folie meurtrière qui va de l'Afghanistan à la Palestine
et au Liban, en passant par l'Irak n'est, en grande partie, que le
sous-produit de sa propre histoire.
Lire la suite sur
http://www.lefigaro.fr/debats/20060811.FIG000000088_le_transfert_d_hostilite_occidental_sur_les_palestiniens_et_les_libanais.html